





                     Le Patriarche


                Le Premier Monde : Crise


                Florent (Warly) Villard


              Janvier 1984 - Octobre 2003











Version: 0.2.9 - 27 dcembre 2003 - 0

Copyright 2003 Florent Villard









Remerciements
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Toujours et encore  Monsieur Yves Gueniffey, sans     
      lequel ces crits n'auraient peut-tre jamais    
       commenc.

 personne d'autre encore pour l'instant.

Ylraw
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Pass
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Vendredi 28 janvier 2005, jour 647
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Les traces du pass sont difficiles  dceler. Dlicat de
savoir les lments qui ont vraiment de l'importance. Une
chance qu'Ylraw eut toujours cette obsession de l'criture,
de raconter sa vie.

Tout tait diffrent depuis le dbut, je le savais, mais
je ne le croyais pas. Tous ces crits m'ont aid  tenter
de comprendre qui il est vraiment.

Son enfance est marque par son attachement  son village,
Chteauvieux. Ces terres sur lesquelles il a grandi, et
que Sarah redoute tant. Il y a quelque chose l, quelque
chose qui rend les hommes diffrents.

Je me rappelle, je me rappelle ce jour o il s'est renvers
cette tasse de caf bouillant dessus, je me rappelle qu'un
peu aprs une femme est venue. Je n'ai que l'image floue
d'une jeune femme. Mais elle tait belle, tellement que
je pense que ma vision de la beaut n'est autre que son
image.

1984, ses tout premiers crits.

Jeudi 4 janvier 1984
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Nous sommes alls au ski aujourd'hui. Il a fait Soleil.
Je suis tomb deux fois et Mathilde quatre fois. Fabien
est malade.

Vendredi 5 janvier 1984
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Il fait Soleil, Fabien est toujours malade.

Vendredi 28 janvier 2005, jour 647
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Fabien est son petit frre, de quatre ans son cadet. Il
continua ainsi d'numrer quelques jours, se proccupant
principalement du temps. Mais est-ce si anodin, finalement,
cet attachement pour le Soleil ? J'ai longtemps cru que
c'tait la simple influence de la tlvision, "Les Mystrieuses
Cits d'or", qu'il regardait avec tant d'assiduit, et o
Esteban, fils du Soleil, pouvait le faire venir par un sourire.
Je me rappelle qu'il se demandait tout de mme ce qui se
passerait si jamais il souriait la nuit.

J'ai retrouv un agenda, de l'anne suivante, 1985. Rien
de trs intressant, si ce n'est quelques jours aprs une
chute qui lui valut des points  la tte. Le mdecin l'avait
mal recousu, et sa blessure s'infecta.

Lundi 26 aot 1985
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Je suis tomb hier.  l'hpital il ne m'ont pas endormi
et ils m'ont mis cinq points. J'ai eu trs mal.

Dimanche 1 septembre 1985
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Je suis retourn  l'hpital aujourd'hui. Le docteur m'a
dcousu et recousu. Mais je pense que comme la dame elle
m'avait guri, c'tait pas la peine.

Vendredi 28 janvier 2005, jour 647
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C'est flou dans mon esprit, mais je pense me rappeler qu'effectivement,
le mdecin n'avait pas jug bon de l'endormir pour le recoudre,
il avait d tout de mme l'anesthsier un minimum, j'ai
du mal  croire qu'il l'et recousu directement.

Cette dame dont il parle, c'est toujours la mme que celle
voque plus haut, et c'est encore la mme qui a rappel
 Ylraw de retour d'Australie l'existence de la Pierre Univers
et la ncessit absolue pour lui de la retrouver ; c'est
trs clair dans mon esprit dsormais. Alors qu'il n'avait
que neuf ans, elle est passe le voir, un moment o il marchait
seul sur la route pour rejoindre sa grand-mre. Elle lui
a parl un instant, a touch sa blessure au front.  l'poque
il tait persuad qu'elle l'avait guri. Et puis il a oubli,
comme on oublie tous ces mythes auxquels on croit quand
on est jeune.

Mais aujourd'hui il n'y a gure de mythes auxquels je ne
crois plus...

Je n'ai pas retrouv de documents sur la priode s'talant
de 1985  1992. Il est entr au Collge,  Gap, en 1987,
et il l'a quitt pour le lyce en 1991. Je ne me rappelle
rien de notable sur cette priode, si ce n'est qu'il oubliait
un peu son monde pour la ralit des hommes. Il oubliait
Dieu et se cantonnait  ce que voyaient ses yeux.

Entre 1992 et 1994, il crivit presque au jour le jour.
Le Soleil est toujours prsent, presque chaque jour.

Aprs son bac, en 1994, il partit  Grenoble, pour ses classes
prparatoires. Il souffrit les premiers mois du manque de
Soleil, puis celui-ci revint. Il n'y a rien de bien notable
sinon, en 1996 il intgra les Mines de Nancy, pour trois
annes qui le menrent  son diplme en 1999.

C'est aussi en 1999 qu'il commena la mise en place d'un
site web relatif  linux, sa passion grandissante depuis
1996. Il y crivit en ralit beaucoup plus, dpassant largement
sur sa vie et sa vision du monde. Il dmnage de Nancy vers
Orsay, dans l'Essonne, dans un premier temps, pour son stage
 Motorola, puis d'Orsay  Gif-sur-Yvette et son premier
emploi  Silicon Graphics. Il y restera tout juste cinq
mois, avant de rejoindre Mandrakesoft, socit ditrice
du systme d'exploitation Mandrake Linux. Il y entra le
22 novembre 1999, et marqua ainsi le dbut de son implication
vritable pour les logiciels libres, logiciels que tout
un chacun peut modifier, copier, revendre. Une nouvelle
vie qui lui valut aussi sa rencontre avec Virginie et son
dmnagement pour le centre de Paris, rue Crillon, en fvrier
2000. Il crit toujours, soit sur son site internet, soit
brivement les dtails de sa vie au jour le jour, puis,
vers l't 2000, dlaisse un peu l'criture.

Dsespoir
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Vendredi 28 janvier 2005, jour 647
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Juillet 2001, Virginie vient de le laisser. Il crit de
nouveau.

Ses crits n'taient pas trs ordonns, je vous prviens...

Ce n'tait pas trs ordonn et pourtant, pourtant en quoi
une vie qui coule, qui se construit, qui se dtruit, n'est-elle
pas ordonne ? C'est le temps qui passe, l'ordre.

Il tait une fois. Il tait une fois quelques jours, quelques
moments. Un peu d'une vie, un peu de dsespoir, un peu d'espoir.
Comme une qute, une recherche. Jour aprs jour, en en oubliant
certains, trop fatigu, trop occup. Le monde change, les
hommes moins vite, les paradoxes se crent, les incohrences.
Les valeurs, la morale, les envies, les vices, les buts,
toutes ces questions avec mes rponses. Le mal, le bien,
le rvoltant, le dsesprant...

C'est dans cette priode que l'on trouve sans doute la source
de mes futures innombrables discussions avec Enavila.

Jeudi 19 juillet 2001
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Rveil le matin on n'attend pas trop. Les choses se passent.
On se lve. ventuellement on fait un clin, ventuellement
on coute les catastrophes du matin aux infos. Tout dpend
un peu d'avec qui on est. Seul ou pas. Nous restons seuls
de toutes les faons,  bien y rflchir c'est presque automatique.
On mange, on a faim. On ne sait mme pas trop si on a faim.
En tous les cas cela se passe le matin c'est le matin, 
part les infos et le clin, il n'y a finalement pas beaucoup
de marge. Travailler, il le faut. Parat-il. On part tt
ou on part tard. On a des ides, parfois. Et parfois moins.
Les choses s'accumulent sans notre aide. On rigole. On ne
rigole pas. On mange un peu ou beaucoup. On lit ses mails,
des centaines de mails qui nous tiennent en vie, presque...
La journe se termine sans avoir vraiment commenc. On discute
un peu, on parle de choses qui nous tiennent  coeur, parfois.
Ou on ne sait pas trop  vrai dire, ce qui nous tient 
coeur ou pas. Est-ce le temps ? Les personnes qui partent
? Ou qui arrivent ? Les personnes qui pleurent, les personnes
qui sont seules, la bourse qui monte, et la bourse qui descend
? Tout se passe, finalement, presque trop facilement. On
gagne un peu d'argent qu'on n'a mme pas envie de dpenser.
La tl ne sert plus  rien tellement le temps est gris,
point de mto qui puisse y changer quoi que ce soit. Et
ces livres, ces films, qu'on ne lit et ne regarde pas pour
vivre soi-disant plus que de ne rver. Ne vaut-il mieux
pas rver, parfois, tellement inutiles sont ces jours qui
s'accumulent ? Quelques espoirs toutefois, quelques sourires,
finalement, quelques rves, tout compte fait... Mais toujours
un matin suivant, un autre rveil, une autre vie. Rveil
qui ne sonne mme plus tellement il est normal de faire
une journe aprs l'autre. Rveil qui en perd ses btons
tellement le temps devient inutile. Mme plus de fatigue,
 croire qu'il n'y a plus rien  retenir, que la mmoire
ne sait plus trop ce qu'elle veut et ce qu'elle ne veut
pas... Partir pour revenir, quelques vacances l o tout
n'est que retards qui s'accumulent, comme les jours, comme
les mails, comme les chiffres dans les cahiers, comme si
chaque instant avait une importance pour qu'on le garde
sur un support, alors que des milliards d'instants s'envolent
et passent on ne sait o sans que jamais personne ne s'en
inquite...

Mais o va-t-on ?

19 juillet, 2001, 9 heures 45.

Rien n'est commenc, tout est vierge. Le travail est  faire,
la prparation est termine, il est temps d'tre un peu.
Plus de jeu, on est ou on n'est pas.

Vendredi 20 juillet 2001
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Qu'est ce qu'on peut bien gagner en une journe ?  ct
de tout ce que l'on perd. Pourquoi est-on triste certains
jours, certains moments ? Pourquoi les choses passent ?
Pourquoi n'a-t-on rien qui tienne ? Pourquoi les gens se
lassent ? Pourquoi tant de fois  tenter d'avancer on se
retrouve toujours au mme point, seul. Quel est l'intrt
? Quel est le but de toutes ces choses ? Je me moque du
pass, c'est le prsent qui m'intresse, et  chaque fois
que je m'en rends compte, je suis triste, n'y aurait-il
donc que la tristesse qui nous montre le temps qui passe
? Pas de clin. C'est ma faute, ce n'est pas ma faute, c'est
la faute  qui ?  quoi ? Et pourquoi cela fait mal ? Qu'est-ce-qu'on
peut bien gagner en une journe ?

Se laisser vivre, le rve de beaucoup, n'est peut-tre finalement
que le plus grand des cauchemars. N'avoir qu'une vie inutile,
remplie de plaisirs phmres et sans porte. Mais o est
donc ce qui est crit dans ces livres ? O est donc cet
amour ? Cette motivation ? Ces grandes choses que l'homme
est sens faire ? La morale et l'thique, le respect de
l'individu, les conventions, les protections, les associations,
les droits galitaires... Ne seraient-ils pas, finalement,
ce qui aseptise notre diversit, et nous rduit  n'tre
qu'un citoyen monotone, mono-got, monoculture ? Je n'ai
pas envie, moi, d'tre comme les autres, trait comme les
autres, ignor comme les autres. Qu'est ce que j'ai fait,
dans cette journe, que je pourrais raconter plus tard,
sans avoir la triste impression qu'elle n'tait, finalement,
qu'une journe si banale qu'elle rsumait  elle seule la
vie de la majeure partie de l'humanit.

Se laisser vivre, c'est mourir prmaturment.

Pourtant il est si dur d'tre tout le temps, en permanence,
attentif. N'a-t-on vraiment droit  aucune faiblesse ? Restera-t-on
vraiment si seul ? Il est des douleurs qui sont toujours
les mmes, et dont on se lasse presque tellement on les
connat, presque en nous, presque nous. Il est dur d'aimer,
peut tre pas aussi dur de ne pas aimer, mais qu'importe,
puisqu'au final tout revient toujours au mme.

Samedi 21 juillet 2001
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21 juillet, 2001, 15 heures 14, j'ai perdu, une fois de
plus. Pourquoi l'espoir est-il toujours l ? Comme s'il
ne servait qu' alimenter la douleur.

Je ne sais plus trop ce qu'il faut faire, ce que je dois
faire, et pourquoi. Pourquoi je suis l, pourquoi j'ai choisi
cette route et o elle me mne. Je me suis longtemps dit,
pendant ces moments, que la voie ne pouvait tre faite que
de solitude, et malgr tous les efforts, je n'ai jamais
pu, rellement, me prouver le contraire. J'aimerais parfois
m'arrter, juste l, attendre, ne plus avoir  rflchir,
ne plus avoir  encaisser, juste me reposer. Ne peut-on
vraiment crer que dans le tourment ? Dans la peine et la
rage, n'y a-t-il que ces sentiments comme combustible 
la crativit ? Le bien ne sortirait-il que du mal ? Je
suis fatigu de tout cela.

21 juillet, 2001, 21 heures 26, la libert est un mal, une
porte ouverte  la dbauche, et  l'inutilit.

Je ne veux pas que ce soit facile, je ne veux pas dcider
de quand j'ai envie d'aimer ou pas, d'tre seul ou pas,
d'tre heureux ou pas. Je ne veux pas que le plaisir soit
comme la tl qu'on allume et qu'on teint, le frigo, le
cinma, la fte... Je veux mriter. Je veux souffrir pour
savourer. Je n'aime pas ce monde o tout est si tendre,
si proche, si facile, o quand on est malheureux ce n'est
qu'un chagrin d'amour. L'homme n'est qu'une livide ineptie
dans le confort. J'ai honte, parfois.

Dormir parfois donne un peu de courage, un peu de raison,
un peu de quoi avoir envie de faire quelque chose. Ou au
moins d'en avoir l'ide. Pas toujours. Peut-tre que trop
dormir, comme de trop faire quoi que ce soit, ne fait que
dtruire la vertu de l'action. C'est presque de ne pas avoir
mal qui me le fait. C'est difficile  comprendre. C'est
comme si subitement, alors que c'est toujours un peu l'esprit
qui agit sur le corps, pour le rendre plus fort. Comme si
subitement  trop subir c'est le corps qui devient plus
fort, insensibilise, rend indiffrent... Aimer est une belle
chose cependant, mais il est  croire qu'elle ne survit
pas au traitement qu'elle subit dans notre socit moderne.
Cela me tue, presque, de n'avoir plus rien, de ne sentir
plus rien. Pourtant je suis triste, peut-tre la douleur
change-t-elle, peut-tre deviens-je plus mature, et que
ce n'est plus la passion qui me tue, mais l'absence de logique.

La route est longue, et seme d'embches, heureux ceux qui
peuvent la suivre longtemps...

Dimanche 22 juillet 2001
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22 juillet, 2001, 9 heures 08, nuit trop longue, nuit trop
facile, o tes-vous, mes insomnies ?

Peut-tre finalement que c'est seul que chacun doit faire
son chemin. Peut-tre aussi que n'importe pas cette morale
et cette vertu ; pourquoi donc s'inquiter du futur, des
autres, et pourquoi ne pas simplement prendre le plaisir
o il est, vivre intensment, pour mourir jeune et plein
d'images ? Il est des jours o on se demande s'il y a rellement
quelque part une grandeur de l'homme, ou si ces habits ne
sont pas que la honteuse couverture d'instincts primitifs
qui sont toujours intacts et ne font que se rvler de plus
en plus,  la mesure de la facilit grandissante de la vie
dans nos socits modernes. Mais comment la spiritualit
et la srnit peuvent-elles sortir d'une suite de plaisirs
pris comme ils viennent ? Encore une fois n'est-il pas infiniment
plus sduisant de mriter ? Le bonheur de l'instant est
si facile, il ne peut ne pas avoir de contrepartie. La solitude
doit tre un bonheur plus grand, peut-tre. Toute cette
histoire qui nous vient de la Bible, Ancien Testament, Coran,
et autres, ne serait-elle pas finalement l'amoncellement
de l'exprience de la voie qui mne a la srnit et au
bonheur ? Et que notre soif de plaisir immdiat ne fait
que bafouer pour nous ramener dans la solitude, la tristesse
et l'oubli...

Il est paradoxalement parfois rconfortant de ne rien attendre,
de vouloir juste faire ce que l'on a  faire, et de ne pas
esprer, ou vouloir, plus que ce que l'on a ; comme si la
fatigue et la lassitude avaient pris place dfinitivement.
L'occupation dsintresse semble le doux rconfort de l'oubli
et de l'insouciance, comme si on cherchait  s'occuper l'esprit
simplement, pour faire passer le temps.

Lundi, premier jour de la semaine.

Dernire semaine de juillet 2001.

Qu'aurais-je fait en ce mois ? Qu'aurais-je fait pour en
tre fier et qu'aurais-je fait pour avoir  faire mieux
le mois prochain ?

La prise de conscience peut-tre, simplement, la prise de
conscience que la vie n'est pas ce que j'ai, et que l'avenir
n'est pas ce que j'attends.

Mardi 24 juillet 2001
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Rveil sans rveil, point d'urgence, trop de sommeil mme,
peut-tre,  croire que la mesure n'existe pas, soit trop
soit pas assez, mais que prfr-je, entre me rveiller
prs d'elle ou repos, que prfr-je, entre la draison
et l'ordonn, entre les caprices des relations humaines,
et le charme rconfortant de la solitude ?

Tout semble encore bien confus, mon dsir d'tre d'il y
a quelques jours, ma soif de contrle, peut-tre aussi.
Tout cela n'est pour l'instant que rve et je me confronte
toujours, comme beaucoup,  subir les jours, les nuits,
le temps qui passent. Mettre en valeur chaque instant, ne
perdre rien, que chaque moment apporte toujours sa part.
Mais il est si facile de dire, si facile de se croire fort,
tranquillement install chez soi, et de s'apercevoir de
sa faiblesse, de ses faiblesses, quand on se retrouve en
face de ce que l'on attend, comme si on se connaissait si
mal, que la surprise de nos envies, de nos ractions, est
une excuse pour remettre  plus tard nos volonts. L'accord
entre notre raison et nos actes serait-il moyen  grandir
notre srnit ? Ou n'est-ce encore qu'un aveuglement de
plus sur les buts et desseins de l'homme dans son ensemble,
homme animal, physique, moral, spirituel ? Y a-t-il vraiment
un chemin sans souffrance pour l'homme, ou restera-t-il
dchir entre ses instincts et ses rves tant que sa couverture
charnelle dictera ses volonts bien plus fort que les soupons
de raison qui l'habitent ? La solitude ou la draison, que
vaut-il mieux ?

Mardi, 24 juillet 2001, 8 heures 08 deuxime jour de la
semaine, longue semaine, comme si la raccoutumance rendait
le temps plus prsent, moins fluide, plus pesant...

Il est des moments o on ne sait jamais trop ce que l'on
doit faire, o entre un mal et l'autre, il est difficile
de choisir. Le mal d'tre loin, mais qui lui permet d'oublier,
et le mal d'tre prs, qui remue le couteau dans notre plaie.
Il est si dur de laisser s'couler ses jours quand on ne
sait pas sa route. Il est si dur d'accepter d'attendre,
pour savoir, quand tout ce qui nous importe est ailleurs
que l. Il est si dur de rapprendre  rester seul. L'impatience,
c'est peut-tre cela, finalement, qui nous dtruit tous...

Jeudi 26 juillet 2001
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26 juillet, 2001, 8 heures 50. La lassitude est toujours
l.

La lassitude arrive toujours, je ne sais pas trop pourquoi.
Sans doute parce que notre monde moderne nous habitue au
changement,  la nouveaut,  ne jamais garder quelque chose
trs longtemps,  en changer au moindre signe d'ennui. Qu'est-ce
qui est bien ? Je ne sais. Cette libert de choisir, d'avoir
cette impression de contrle sur nos vies, mais de ne rester
que dans l'phmre, l'incomplet, l'inachev, ou cet intolrable
mais malgr tout passionnant enchanement qui ne nous laisse
pas d'alternative  la lutte, chaque jour, chaque instant,
et o la possession n'est que foutaise, o on ne survit
pas seul, o on regarde toujours l'avenir avec des yeux
blouis, mais o ce n'est pas notre ennui qui nous guide,
mais notre soif de vivre.

Vendredi 27 juillet 2001
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27 juillet, 2001, 8 heures 15, clash plus une semaine, longue
nuit, encore, trop de rves inintressants.

Je me suis souvent demand ce qui faisait avancer les gens.
Ce qui faisait qu'ils avaient envie de continuer  vivre.
La peur de mourir en fait partie, sans doute, la peur de
souffrir, le rflexe non naturel de se donner la mort. Mais
elle n'explique pas, j'imagine, tous ces jours de dsespoir.
Certains doivent vivre pour leurs enfants, et c'est une
lgante et facile faon de se dcharger de la responsabilit
de justifier sa vie. D'autres doivent esprer je ne sais
quoi, le bonheur sans doute. Mais y a-t-il vraiment de bonnes
raisons, dans toutes les raisons qui existent, y en a-t-il
au moins une qui soit une vraie raison de vivre, de se battre,
jour aprs jour, de souffrir, jour aprs jour, de ne jamais
baisser les bras, de se relever, quoi qu'il arrive, de ne
penser qu' elle, jour et nuit, jusqu' la fin ? Les plaisirs
phmres n'apportent pas le bonheur, ils ne font qu'entretenir
une illusion, qui s'envole bien vite, quand on rentre, tout
seul. Le bonheur est peut-tre dans le souvenir, souvenir
des bons moments. Mais ne seraient-ils pas plutt plus 
mme d'amener la nostalgie ? Mais le bonheur peut-il tre
autre chose que le souvenir ? Puisque le prsent nous dpasse
un peu, reste incertain, reste phmre, et s'envole. Nous
ne nous rendons compte du bonheur que de temps en temps,
rarement sur le moment. Les erreurs et les dfaillances
reviennent aussi, se mlent, s'entremlent, et laissent
au final une impression trange, qui doit fluctuer avec
les humeurs et les instants. Qu'est ce qui me fait avancer
? Est-ce que je suis heureux ? Pourquoi est-ce que je ne
ressasse jamais le pass ?

Samedi 28 juillet 2001
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28 juillet 2001, 10 heures 54, samedi, dernier jour de la
semaine, jour de repos, jour de solitude, jour de remise
en question, jour de rflexions diverses.

Nous sommes si faibles, parfois, souvent, de ne vouloir
que de tant de choses, de tant de force, et de cder, si
facilement.  vouloir tre trop fort on se masque souvent
la vue, et on n'en ressort que plus faible, au final. Serait-ce
vraiment si dur de se voir comme nous sommes, d'accepter,
de comprendre, et de contrler, peut-tre, ne serait-ce
qu'un peu ?

Le ciel est gris.  mon Soleil ! O es-tu donc ?  mon Soleil
! Comme si ta prsence me rconfortait, toi le plus ancien
Dieu des hommes...  mon Soleil, que dois-je faire ? Ni
Dieux, ni dmons, ni hommes ne m'ont jamais rpondu... Mais
toi tu es rest, tout le temps, quelque part o je te retrouve
quand les forces me manquent... Mais les forces me manquent-elles
vraiment ? N'est-ce pas plutt mon obstination  fermer
les yeux devant l'vidence ?

Et le temps passe, nous attendons un peu, nous croyons que
les choses vont changer, mais elles ne changent pas. Elles
ne changent jamais, elles n'empirent pas trop, au mieux...
12 Aot 2001, 11 heures 13. La vie continue, nous ne savons
jamais trop pourquoi, si nous le mritons ou pas. Mais le
temps n'arrange rien, il nous rend plus indiffrent  la
limite. Mais je n'ai pas envie d'tre indiffrent... Quant
 mieux savoir ce qu'il faut faire, c'est comme si l'vidence
mme tait tellement diabolique qu'on se la masque sous
des excuses. Nous ne sommes rien sans nos sentiments. Vouloir
les contrler, les limiter, c'est enlever tout le got de
nos journes, de nos pleurs, de nos blessures, de nos amours
perdues. Mais de quoi se rappellera-t-on une fois vieux
et fatigu ?  De nos amours rates, ou de ces choses que
nous avons pass des jours, des semaines, des annes, 
construire ?  La futilit m'embte. Mais  quoi bon croire
qu'une relation, une entraide, ira plus loin la prochaine
fois ? Pourquoi ne pas accepter la solitude, s'en fortifier,
et avancer indiffremment des autres ? Il est dur de suivre,
pour sr, et presque le rle de messie serait plus facile
 tenir que celui de fidle. Peut-tre ai-je trop attendu
dsormais, qu'il faut partir, commencer, poursuivre. Je
suis perdu, je ne sais pas o j'en suis, ce que je suis,
ce que je veux...

11 heures 49.

Mais comment me retrouver ? Quel est l'ordre ? Un fil conducteur,
le suivrais-je sans savoir ? Comme si mes ides taient
classes, ranges, ordonnes. Mais le sont-elles ? Srement
pas, alors  quoi bon ? Autant laisser couler les mots et
c'est peut-tre la libert de les ranger comme ils viennent
qui permettra  l'ordre d'apparatre.

Mais l'ordre n'est pas, le moins qu'on puisse dire pour
l'instant, prsent. Et comment faire de l'ordre dans des
mots qui viennent d'une vie dsorganise ? Il me faudrait
planifier une histoire, mon histoire, puisque tout cela
ne reprsente que l'ensemble des rflexions de ma vie quotidienne.
Planifier sa vie, quelle chose immonde, comment peut-on
accepter d'avoir une vie pense  l'avance ? Pourtant construire
est une proccupation, et ainsi devrait ressortir, peut-tre
pas un plan du futur, mais au moins un constat du prsent
et une direction. Il est assez difficile de parler de la
vie, de sa vie, en voulant rester gnrique, vague, presque,
sans exemple, sans lien avec une ralit, mais c'est peut-tre
cet effort de prise de recul qui permet une gnralisation
plus lgitime.

La religion est une forme de voie. Du peu que j'en connais,
les religions restent assez en accord sur la ncessit de
limiter l'gosme, et de favoriser l'entraide et la solidarit.
Mais depuis la nuit des temps y en a-t-il une qui a dj
russi  rendre l'homme heureux sur Terre autrement qu'en
lui promettant l'invrifiable, la vie ternelle, la rmission
des pchs et autres cadeaux bonux post-mortem ? Si cette
religion existe je ne la connais pas. Et j'aime  croire
qu'il n'est point besoin de promettre pour contraindre,
simplement de rendre vident, clair et ncessaire.

Mardi 14 aot 2001
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Mardi 14 aot 2001, 21 heures 57. Journe de travail termine,
qu'ai-je fait aujourd'hui que je garderai demain ? Ne pourrait-on
pas vivre nos vies  l'envers, pour peut-tre profiter d'abord
des sacrifices avant de les faire  l'aveuglette ? Et faut-il
les faire, ces sacrifices, faut-il manger correctement,
faire du sport, apprendre, se cultiver, pour tre mieux,
heureux peut-tre, plus tard ? Chaque jour les rponses
diffrent, tellement mes ides sont confuses, cueillir le
jour, combien d'interprtations peut-on lui associer ? Cueille
le jour pour quoi, pour vivre, pour mourir, pour vieillir,
pour construire, pour apprendre, pour se reposer ?

Une chose qui est ressortie de mes rflexions, il n'y a
pas de rgle absolue, ne jamais dire jamais, c'est peut-tre
la seule rgle, finalement, qui serait sa propre exception.

Mercredi 15 aot 2001
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Mercredi 15 Aot 2001, 8 heures 17, un rituel dj bien
tabli m'a fait lire mes mails et me tenir au courant des
dernires nouvelles, que j'oublierai bien vite pour profiter
un peu de cette journe de solitude. Fte de Marie. Autant
les rares moments d'criture que je m'octroie sont-ils disparates
et courts par les urgences quotidiennes, autant ce mercredi
15 Aot, je le rserve  cette activit. M'y conformerai-je
? C'est peut-tre la question, mais je n'aurai gure d'activit
que je trouverai prpondrante, en tous les cas selon mon
humeur prsente, mais le temps change si vite... Si ce sont
plusieurs heures que j'ai devant moi, peut-tre, enfin,
pourrais-je imaginer un plan, une logique, quelques heures
ne sont pas une vie et cette activit n'aura pas une incidence
gnante sur mon impression de libert. Il serait srement
intressant de faire une petite chronologie de ma pense,
de mes efforts, pour d'autant mieux comprendre o j'en suis
et o j'aurai prtention d'aller. Laissons-nous, ou je me
laisse, plus humblement, aller  une rapide chronologie.
 la mode des dissertations de philo, que j'affectionnais,
il est vrai, ce sera, autant que je m'en souvienne, un classique
intro-description du plan-corps-conclusion, dont le sujet
est : "La recherche d'une philosophie de la vie chez l'homme."

8 heures 30, introduction

Trouver la voie sur laquelle on marche et marchera s'immisce
presque naturellement dans chacune de nos actions depuis
l'enfance jusqu'aux regrets (ou remords, rtorqueront certains),
mais n'ayant prtention  parler au nom des hommes, et une
fois de plus mon gocentrisme lgendaire s'exaltant, je
consacrerai cette rflexion  ma vie, en me concentrant
tout d'abord sur les causes de ces questions, puis sur les
manifestations des rponses, les checs, et les russites.

Plan en trois parties, classique, pour ne pas choquer le
correcteur, pas de citations, cependant, je n'ai jamais
trs apprci trop m'appuyer sur les ides des autres, m'imaginant
sans doute que leurs penses, d'une faon ou d'une autre,
m'avaient touch auparavant et influenaient mes propos.

Les raisons du pourquoi chercher une voie, une philosophie,
ne doivent pas tre en apparence bien compliques. Le monde
dans lequel j'ai grandi, le pays, pour tre plus prcis,
me permettant de ne m'inquiter que modrment de mon avenir
et des problmes tels que la nourriture et le logement.
J'ai eu tout loisir de dsirer autre chose qu'une piste
profonde de vie classique. Car, mme si le besoin restait
loin, ce n'est pas pour autant que le bonheur, ou la satisfaction
du prsent, se manifestait. Se laisser vivre, si cela, dans
son insouciance, apporte une voie toute trace, n'en soulve
pas moins des inquitudes. Et si cela ne continuait pas
? Et si la guerre revenait ? Et si une catastrophe arrivait
? Nos vies sont si fragilement lies  l'environnement,
que le moindre minuscule changement pourrait changer pour
toujours l'impression de progrs et de scurit. Mes proccupations
premires taient d'ordre plus intemporel, srement lies
 mon intrt, tant jeune,  l'astronomie et la prhistoire.
Et c'est indubitablement les risques d'une chute de mtorite
ou de surpopulation qui me faisaient esprer de tout coeur
un rapide essaimage de l'humanit vers les plantes voisines
ou l'univers en gnral. Mais, hormis peut-tre prtendre
 participer au dveloppement d'une technologie aidant les
voyages interplantaires, il est difficile de se prparer
 une chute de mtorite. Cependant ma jeunesse dans un
petit village protg m'a permis, en tous les cas, de rester
loin des soucis des jeunes de mon ge, de me consacrer 
l'cole, le catchisme, et rcr A2, mme si je regrette
un peu le laxisme de mes parents quant  me laisser regarder
ces missions. Mais c'est srement une part importante de
moi qui en dcoule, vu le temps que j'y ai pass. Dans le
cas contraire c'tait vraiment du gchis, hypothse que
je ne repousse pas totalement. Je ne sais pas si j'ai vraiment
cherch une voie  ce moment l, avant mes dix ans. Ou si
c'tait plus l'absolue vrit, en tous les cas  mes yeux,
qui sortait de la bouche des grands qui me poussait, sans
que je n'aie  me poser de questions, vers la route pure
et simple d'une pratique religieuse modre. En suivant
les principes des commandements, en attendant patiemment
que les jours s'coulent, que les automnes passent, et que
je devienne docteur ou pompier, pour tre grand  mon tour,
pour avoir une voiture et des comptes  faire, et connatre
tout sur le monde en attendant d'tre grand-pre.

Le collge et le vritable contact avec le monde de mon
poque sont une tape, si ce n'est difficile, au moins intressante
sur ma vision du mal, des hommes, et du futur. J'y dcouvre
que la radio ne se limite pas  France-Info, les proccupations
des autres, la tlvision qui montre d'autres images que
des dessins anims, l'histoire noire, les guerres, tellement
proches, pleines de consquences, encore prsentes mme,
le mensonge. Petit  petit plus grand chose ne tient, pas
plus la religion faite par des menteurs, que le doux avenir
de docteur ou de pompier, de spationaute peut-tre. Mais
il est dur, trop dur, rvoltant mme, de se sparer de son
enfance, de rfuter tout ce dont on a mis des annes  s'imprgner.
Dur d'accepter qu'il n'y a pas de vrit, que tout est caution
 critique, doute, suspicion. La crise d'adolescence n'est
srement pas beaucoup de notre faute, vous les grands qui
nous parliez de Pre Nol, de joie et de calme, pourquoi
d'un coup nous mettre devant vos erreurs, vos faiblesses,
vos vices, et esprer que nous aurions encore quelque chose
 croire de vous, ou  esprer ? Toujours est-il que si
l'apparence est reste sage, il n'en est pas moins vrai
que la recherche d'une voie, ma voie, s'est affirme quand,
alors grandissant,  quinze ans, en seconde, anne fondamentale,
tous mes rves et espoirs d'une humanit dans l'humanit
s'envolaient. Que pouvez-vous esprer de nous, face  votre
monde ? Que pouvions nous faire que chercher une autre voie
? C'est srement plus le besoin mme que la nature de cette
voie qui me hantait, le besoin de savoir, voir, vouloir
quelque chose, quelque chose qui tienne, qui ne s'effondre
pas comme tous les chteaux de cartes prcdents, quelque
chose qui soit l quand il fait froid, quand je suis seul,
quand je suis triste, quelque chose dont je pourrai me rappeler,
quelque chose qui ne soit pas que cette qute dsespre
d'un bonheur phmre, matriel, futile qui semblait vous
proccuper tous.

10 heures 45, l'obsession de l'heure me mne  me poser
des questions, quelle importance, finalement, qu'il soit
10 heures 45 ou 12 heures 20, je n'aurai pas, cette fois,
 rendre de copie...

Il est de bon augure de faire une transition, comme si,
toujours, la logique devait imprgner toute oeuvre de l'homme,
comme si les professeurs avaient peur que trop de naturel,
de spontanit, eussent t nfastes  la philosophie, 
l'ordre... Mais le cheminement libre des penses n'est-il
pas celui qui mne rellement  l'innovation, aux vritables
limites, nouveauts ? Qu'importe, je me conformerai, une
fois de plus,  vos principes...

Une fois de plus la cause de toute rflexion, interrogation
et remise en question reste l'histoire, l'exprience personnelle,
les non-rponses du monde m'entourant. Mais la longue qute
des rponses, des choix, n'en est pas moins entrecoupe
de dsillusions, de gchis, de temps perdu...

Quand tout ce que nous croyons s'effondre, quand il n'y
a plus que mensonge, quand le monde de demain n'est rien
de plus que l'amoncellement des erreurs du pass, nous nous
perdons. Nous nous demandons  quoi bon, pourquoi, nous
nous demandons qu'est-ce qu'est la vie,  quoi bon le bien,
l'entraide, la bont. Quand nous voyons la comptition,
l'gosme, la paresse, la faiblesse. Nous apprenons, nous
acceptons, nous essayons de nous adapter, de nous protger.
Le mal n'est plus vraiment le mal, il n'y a plus rien de
valable, tout est  reconstruire, repenser, rapprcier.
Je m'enfonais donc dans l'athisme, l'gosme, la solitude,
comme par copie, comme si c'tait la solution, aussi dsagrable
soit-elle. Apprendre  rester seul,  vivre seul, apprendre
 ne pas souffrir, apprendre  accepter. Se prparer  se
battre,  ne plus croire en l'homme, rester mfiant, indiffrent
pour ne pas tre touch.

Et le rconfort apparat, par moments, quand l'indiffrence
nous rend plus fort, et permet de traverser les preuves
comme si elles n'taient que des faits banals. Et nous y
prenons got, mme,  l'insensibilit et la solitude qui
l'accompagne. Et nous nous prparons encore plus dans cette
voie qui semble la bonne. Nous endurcissons notre corps,
nous apprenons  pleurer seul, nous acceptons l'gosme.
Nous perdons notre Dieu, petit  petit. Nous en retrouvons
d'autres, au dtour de chemins. Nous nous en inventons,
comme si nous retracions pour soi la relation de l'homme
face  l'irrel, le superstitieux, mais au final nous ne
nous retrouvons que plus seul, sans Dieu, sans foi, sans
rien qu'une carapace de plus en plus dure, et un sourire
de plus en plus faux.

Et les annes passent, et la routine s'installe, la solitude
et les passions individuelles. Le mal parfois mme devient
une alternative, le mensonge, quand il n'y a plus de valeurs,
n'a que le got pass d'une interdiction d'anciens temps,
faite par ceux-l mme qui en usent  loisir dsormais,
tout comme ces autres principes.

Pourtant l'espoir que cette humanit, sinon prsente, du
moins possible, revient toujours, comme si la solitude et
les buts personnels ne pouvaient faire une vie, ou apporter
suffisamment de satisfaction pour regarder le pass sereinement.
Et si Dieu ne revient pas, si la carapace ne s'ouvre pas,
la force acquise n'en est pas moins frustre que de ne servir
qu' se protger, oublier les autres, et, peut-tre, se
dit-on finalement, la souffrance n'est pas si mauvaise que
cela, et les joies ne sont pas sans peines. Alors la qute
d'une autre voie, pas celle de l'aveuglement de ma jeunesse,
pas plus que celle de la rvolte de mon adolescence, mais
l'ternel compromis entre les deux. Une voie, une philosophie,
qui mnerait  la fois ma vie, mais permettrait aussi, idalement,
de servir d'exemple, ou d'aide,  d'autres. Mais tenir compte
aussi bien des gosmes que des altruismes n'est pas chose
aise, et trouver l'quilibre sera sans doute l'ternelle
question du reste de mes jours. Aimer les autres ne fait
pas plus souffrir que de les ignorer, j'ai tent les deux,
et si de multiples fois je me reprochais que de ne trop
croire en l'amour, ou  une relation pure et franche, il
n'empche que de nier tous sentiments n'apporte pas plus
de srnit. Toujours cette mesure, cette balance dmoniaque
entre nous et les autres qui nous tue  chaque mouvement...
Je n'ai pas la rponse, aujourd'hui, de cette philosophie,
de cette voie idale, et chaque jour je me retrouve encore
parfois seul, parfois  vouloir l'tre, parfois du des
hommes, et parfois plein d'espoir. Mais le temps passant
je prends conscience que ma plus grave erreur serait de
croire qu'il n'y a pas d'espoir de crer quelque chose,
d'apporter quelque chose, et que cette humanit n'existe
pas.

Je m'loigne un peu du sujet, comme d'habitude, je me moque
de la conclusion, il n'y en a pas, du moins pour l'instant,
je verrai plus tard o tout cela peut bien mener avant de
prtendre  conclure, si tant est que j'aie envie, un jour,
de conclure.

12 heures 49, quelques interruptions, quelques coups de
tlphone...

Je ne sais pas quelle sera la fin et pour tre franc je
ne m'en soucie peu, fin ou pas ce sont les moyens qui comptent.
C'est le cheminement, les erreurs, les faux pas, les inquitudes,
l'espoir qui persiste, le courage, l'acharnement, la rigueur,
l'innovation, les ides, qui seront retenus. Qui, aprs
tout cela, peut bien se taper de l'oeuvre ? Montrez-moi
votre savoir, vos mthodes, vos essais, c'est vous qui tes
l'oeuvre, le reste ne sont que les traces dans la neige.
Les rgles ne sont bonnes qu' tre bafoues, elles sont
soit inutiles et videntes, soit barrires  l'imagination.
Je rve d'un monde sans rgles autres que la sagesse et
la vertu, o les hommes s'exprimeront autrement que par
des rapports de force, et o les puissants seront des hommes
exceptionnels, purs et saints, et non le montant de leurs
actifs.

Je ne sais pas quelle sera la fin mais j'espre qu'elle
me mnera dans un monde o les gens s'coutent, se comprennent,
acceptent leurs erreurs et les reconnaissent. Mais avant
d'esprer pour les autres il me faut esprer pour moi, il
me faut trouver cette voie, cette sagesse mle de folie,
qui me fera avancer sereinement, et qui me montrera autre
chose que ces objets de pseudo-bonheur dont on m'abreuve,
je ne veux pas de voyages au bout du monde, je ne veux pas
d'ordinateur super puissant, je ne veux pas manger des trucs
au chocolat aux 12 vitamines, je ne veux pas de voiture
rouge qui reconnat mon dodorant, et je ne veux pas que
mon dodorant sente l'huile d'hva sche, qu'on les laisse
tranquilles, les hvas, un peu d'odeurs artificielles me
suffisent amplement... Je veux juste de la vrit, de la
franchise, de la simplicit. Je veux que nous avancions
pour avoir de meilleures voitures, une meilleure alimentation,
une meilleure hygine, mais je ne veux pas vivre pour cela.
Je veux que nous avancions pour avancer encore plus vite,
pour que chacun ait la libert de crer, d'imaginer, pour
que chacun puisse partager plus facilement, puisse apporter
aux autres, et non pour exalter les individualismes et nous
enfermer chacun devant notre multispcialDVD dolby multi
surround avec des histoires d'amour  l'cran. Je veux que
chacun vive ses propres histoires d'amour...

Mais je ne sais pas comment faire, je ne sais pas comment
dire, comment changer, comment changer moi-mme, comment
effacer la rancoeur, comment comprendre les autres, accepter
leurs gots, leurs avis, accepter que je ne suis pas le
meilleur, le plus grand ou le plus intelligent, et que beaucoup
me dpassent en beaucoup de domaines. Mais c'est  moi de
prouver, peut-tre, que chacun peut apporter, et que l'gosme
et l'orgueil ne sont pas que des dfauts, que chacune de
nos facettes peut tre canalise pour donner quelque chose,
si peu soit-il.

Il est dj un paradoxe de penser que je puisse rellement
donner quelque chose et de vouloir crer une voie d'humilit.
La rponse tient peut-tre dans le fait que l'humilit est
aussi un vice, une peur, un retranchement, et qu'il faut
savoir aller de l'avant, prendre des risques, montrer ce
que l'on sait pour que chacun apprenne  son tour. Aujourd'hui,
et je l'espre pour toujours, l'information bouge plus librement,
les ides vont et viennent, et si vous me lisez aujourd'hui
c'est srement grce  cela, et aussi parce que mon humilit
est reste l o elle doit tre. Cela ne doit pas se confondre
avec trop de prtention, donner son avis n'est pas l'imposer,
et ne doit pas l'tre.

Ft un temps dix rgles sur une caillasse suffirent  riger
des lois pour des milliers d'annes. Mais ces rgles tombent
sous le progrs qui les rend obsoltes ou trop vagues. Que
faut-il faire alors, en crer de nouvelles, toujours et
sans cesse remises en question et jamais  jour, ou peut-on
dsigner des sages-qui-ont-la-rponse, et font la part des
choses ? Les juges sont-ils cela ? Mais sur quoi sont-ils
choisis, sur leur vertu, leur sagesse, leur intgrit, ou
leur russite aux concours ? Qui a le droit de choisir,
qui a le droit de changer des rgles, la dmocratie s'essouffle
quand l'indiffrence apparat, quand ceux qui font les rgles
sont dnigrs, ignors, quelle lgitimit gardent-ils ?
Le monde va de plus en plus vite, et la dmocratie absolue
favorise l'immobilisme, alors o est la voie ? Qui a raison
? Qui doit dire qui a raison ? Qui couterait un voleur,
tricheur, menteur, lui dicter ce qui est bien et ce qui
est mal ? Comment faire confiance quand on ne connat pas,
quand on ne sait pas ?

13 heures 59... Zazie, Larsen... Les artistes ont des rponses,
parfois, et de douces mlodies... Et chacun  sa manire,
apporte sa solution, mais les autres, souvent, n'entendent
que la mlodie et pas les cris. Le monde n'est pas rose,
nos liberts s'envolent aussi facilement qu'on zappe les
images du vingt heures. Mais o donc irons-nous ?  qui
est ce monde ?  nous, ou  quelques-uns ?

J'ai mang simplement, une pche, un morceau de cabillaud
avec du pain, et un yaourt, toujours avec du pain. J'ai
mang simplement comme souvent en me disant que c'est dans
la simplicit, d'une certaine faon, que se cache le bonheur.
Autant les prophtes vont-ils chercher la bonne parole dans
le recueillement, autant apprcier les choses simples permet
de goter chaque instant, d'apprhender le ncessaire et
le superflu, et garder  l'esprit ce que sont les plaisirs,
les gots, et les couleurs. Car  trop en voir on prend
le risque d'y devenir indiffrent. J'ai mang simplement
peut-tre aussi par paresse, cuisiner ne m'enchante gure,
il est vrai. J'ai mang simplement srement parce qu'il
est difficile de prtendre  trouver une voie dans l'abus,
l'opulence et la dmesure.

La lassitude doit tre sans doute une bien mauvaise chose,
c'est elle qui dtruit nos rves, qui limite nos crations,
qui casse nos relations. La lassitude, l'ennui, l'envie
d'autre chose sans savoir quoi. A l'instant mme j'ai comme
un manque d'inspiration, comme si crire ne m'intressait
plus, ou si ce que j'avais  dire restait sans importance.
La lassitude est srement un problme  rsoudre,  prendre
en compte,  expliquer,  dnoncer parfois, corriger aussi.
Il est sans doute lgitime d'avoir quelques envies d'autre
chose de temps en temps, mais pourquoi les punir ou les
refouler, l'homme est curieux, aventureux, c'est sa force,
alors pourquoi la lui reprocher ? Mais comment justifier
cette lassitude, comment justifier, pardonner, expliquer,
que tu puisses ne plus avoir envie d'tre avec moi ? Ne
plus avoir envie d'aller plus loin ? Comment considrer
les changements de gots comme des atouts, des qualits,
quand ils nous touchent si durement ? Il ne faut pas aimer
les gens parce qu'ils nous aiment, ou pour qu'ils nous aiment,
mais il faut aimer les gens pour ce qu'ils sont. Mais la
lassitude est srement ce qui nous fait avancer, ce qui
nous fait inventer, ce qui nous fait progresser. Quelle
cruaut de ne plus tre qu'une lumire du pass...

Il est dur d'accepter de ne pas tre l'autre tant recherch,
de ne plus l'tre. Il est dur d'tre imparfait, faillible.
Il est dur de rester seul. Il est dur de ne pas tre goste.

C'est malgr tout ainsi que nous sommes, chacun cherchant
ce qu'il ne trouvera sans doute jamais. Mais la rancune
n'aide en rien, et pas plus que je n'en veux, et n'accepte
d'en vouloir,  mes amours qui sont parties loin, je n'aimerais
que l'on me reproche ma soif de dcouvertes, d'aventures...
Les autres sont une ressource prcieuse, et si l'touffement
de nos villes nous rend souvent seul, il n'empche qu'il
est beau de faire un peu de route ensemble, et que mme
s'il m'est dur d'imaginer que ma longue route aura un intrt
pour d'autres que moi, je n'en ai pas moins l'espoir que
de leur montrer quelques directions.

15 heures 33 minutes 33 secondes, et bien, que de rconfort
que de voir passer de temps en temps la puret... Aussi
imaginaire soit-elle.

Tout est si compliqu, tout est si difficile, entre la vie,
les envies, les principes, les choses  faire,  ne pas
faire, les autres... Tout ce qui a dj t fait ? Comment
rivaliser avec des millnaires de sagesse, de folie, de
religion, d'illusion, de prires, de bien et de mal ? Quelle
voie montrer, quelle voie esprer pour ces milliards de
personnes aussi perdues les unes que les autres. Faire le
bien, quel bien ? tre solidaire ? Est-ce que je suis solidaire
quand j'ignore tous les sans domicile fixe que je trouve
sur le trajet vers mon travail ? Suis-je solidaire quand
je ferme les yeux, quand je me repose ? Ne pas mentir ?
Ne pas voler, ne pas tuer, ne pas faire ceci, ne pas faire
cela, faire sa prire, manger quilibr, faire du sport,
payer ses impts, attendre la sonnerie avant d'avancer...
Les hommes crent des lois pour des choses qui ne sont pas
des hommes, les hommes crent des lois pour des Dieux. La
loi est une foutaise, l'quilibre social ne tiendra jamais
trs longtemps ds que les gens sauront, voudront, accderont
 l'information de manire uniforme. Les lois sont des foutaises
qui ne feront que rendre les choses plus difficiles. Les
lois sont tellement des foutaises qu'il faut des avocats
par pelletes et des millions pour prouver que l'on a raison.
Mais qu'est-ce que ce monde ? Quel est ce monde ou le bien
et le mal se jouent dans les tribunaux ? Les lois sont des
foutaises, et c'est la raison pour laquelle ceux qui les
connaissent les transgressent, et ceux qui les respectent
les subissent.

Le bien et le mal n'est pas une question d'argent, c'est
une question de vertu et de sagesse, et jamais dans toute
l'Histoire l'on m'a cont que celles-ci s'achetaient.

Les intrts dtruisent tout, emportent avec eux toute l'humanit
qu'il resterait  notre pauvre monde...

Les philosophes au pouvoir.

L'utopie a-t-elle plus d'invraisemblance que de marcher
sur la Lune ?

Mardi 21 aot 2001
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Mardi 21 Aot 2001, 8 heures 57, lever russi, reste  esprer
que le reste de la journe sera de mme. Le matin est un
moment finalement trs particulier, o l'on a encore espoir
que la journe sera profitable, o on s'numre toutes les
choses que l'on va faire, ou au moins que l'on doit faire.
Je ne sais plus trop o j'avais lu ou vu que chaque journe
se rsume un peu comme une vie, le matin avec les illusions
et les rves, le soir avec la nostalgie, la fatigue, et
tout ce que l'on n'a pas accompli.

Je trouve qu'il est dur de faire de chaque journe la pierre
supplmentaire  l'difice, qu'il est dur de faire avancer
chaque jour un peu les choses et de le sentir, et de ne
pas simplement presque passer le temps sans chercher autre
chose que le soir et le repos. C'est peut-tre parce que
nos journes sont tellement remplies de banalits et d'automatismes
que nous n'arrivons mme plus  penser  quelque chose de
grand, et que nous nous contentons de nous rciter dans
l'ordre la succession des tapes, lever, lire ses mails,
faire un peu de sport, djeuner, aller au travail, regarder
les nouvelles du jour, aller dire bonjour, se mettre au
courant, et il est dj midi voire plus, manger, travailler,
enfin, sans perdre le regard sur le monde, sur ses mails
qui arrivent par dizaines, les coups de fil, les nouvelles
qui tombent... Peut-tre serait-il plus profitable que l'on
s'enferme, quelques heures, tous les jours, pour vraiment
avoir l'esprit  crer, sans tre drang, avancer par nous-mmes,
avoir le calme et un peu de temps pour regarder les choses...
Mme si l'urgence nous fait srement avancer plus vite,
ce n'est peut-tre pas le meilleur moyen pour trouver une
bonne solution, et prendre un peu de recul.

Mercredi 22 aot 2001
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Mercredi 22 Aot 2001, 8 heures 27, moins dormi, moins rv.

Les jours passent si vite que je n'ai le temps d'intgrer,
digrer, ce que j'y fais, ce que j'y apprends. Nous vivons
dans un monde qui se prcipite, o il faut tout faire, voir,
dire, connatre, le plus rapidement possible. Pas tonnant
que les gens se lassent des choses, que tu te lasses de
moi, si vite...

Mais cela est une bonne chose, je pense, qui n'est dangereuse
que si nous ne prenons pas le recul suffisant pour faire
la part des choses entre ce qui doit tre fait rapidement
et progresser vite, et ce qui doit prendre du temps et se
construire petit  petit.

L'ordre viendra avec le temps, en rptant, en repensant
les choses. L'ordre viendra plus tard, quand j'aurai fait
le tour de la question. L'ordre viendra plus tard, quand
le dsordre aura fait son oeuvre.

Il est dur d'essayer de dcrire comment trouver une voie,
et je comprends  quel point il est facile, indispensable
mme, de se faire passer pour Dieu pour l'crire. Les hommes
croient rarement les autres hommes, mais qu'ont-ils  reprocher
 Dieu ? Et comment le pourraient-ils ? Avec du recul, et
un peu d'exprience on comprend beaucoup de choses. Et je
comprends  prsent que la cration d'un Dieu tait indispensable,
pour que les hommes le suivent.

Mais l'humanit grandira-t-elle au point, un jour, de faire
confiance  de simples hommes, apprendra-t-elle  faire
la part des choses entre le bien et le mal elle-mme ? C'est
peut-tre la gageure en laquelle je crois.

J'essaie d'apprendre  conomiser l'eau,  ne pas laisser
couler le robinet inutilement,  couper l'eau sous la douche,
et  me dire  chaque petite quantit d'eau perdue, qu'elle
l'est peut-tre pour toujours, qu'elle l'est peut-tre pour
beaucoup, et  me dire  chaque petite quantit d'eau que
je n'utilise pas, que j'conomise, qu'elle est peut-tre
gagne pour d'autres, peut-tre gagne pour la Terre. C'est
srement ridicule, insignifiant, mais j'ai un peu de bonheur,
de plaisir, de satisfaction  chaque petit effort que je
fais. Il y a srement beaucoup  faire, et j'ai sans aucun
doute d'extrmement mauvaises habitudes de respect de la
nature et des autres, mais j'espre, petit  petit, apprendre
 profiter de ce que j'ai, et l'conomiser. Autant le plaisir
d'un bain chaud peut-il exister, autant chaque petit effort
pour que ce plaisir puisse continuer, de temps en temps,
pas trs souvent,  exister, est aussi un moment de plaisir,
peut-tre plus pur, peut-tre plus sain.

Jeudi 23 aot 2001
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Jeudi 23 Aot 2001, 8 heures 20,  croire que je me lve
de plus en plus tt.

J'aime bien couter un peu de musique en crivant, plutt
de la musique douce, calme, qui arrte un peu le temps.
Il est vrai que l'criture est un peu un moyen de se confronter
 l'ternit, et mrite bien un peu plus d'attention et
d'abandon. Je ne sais pas si vouloir rendre les choses ternelles
est une source de bonheur, mais cela rend les futilits
de la vie quotidienne plus anodines, et permet de regarder
le futur avec l'espoir que ce que l'on fait, peut-tre,
un petit peu, restera pour quelque temps, au moins. Chacun
a ses mots  dire, chacun a son histoire, et beaucoup doivent
avoir des expriences plus intressantes que ma triste vie,
mais peut-tre n'ont-ils pas l'opportunit d'crire, de
dire, de faire, alors un peu en les regardant j'en absorbe
quelques ides qui ressortiront un jour ou l'autre.

Une grande interrogation que je me pose concernant le bonheur,
la philosophie de la vie, la voie  suivre, est la part
des choses entre les erreurs et la conscience, entre le
raisonnable et le dment, entre le vice et la vertu. Je
suis fait d'envies autant louables que critiquables, et
je ne pense pas que tout un chacun puisse rellement trouver
la voie sur un chemin o il n'y a que souffrance et dvouement.
Nous sommes un peu gostes, nous sommes un petit peu fainants.
Mais comment faire la part des choses, o mettre la limite
? Ai-je le droit de te voir ? Dois-je attendre, faire mes
preuves, construire quelque chose, te gagner, te mriter,
ou puis-je simplement tendre la main ? La voie se trouve
peut-tre dans un fin dosage de la difficult  atteindre
le plaisir,  le mriter. Le bon sens commun nous rend assez
rceptifs au bien et au mal,  l'gosme et  l'altruisme,
peut-tre que de faire un peu de bien aux autres avant de
se faire un plaisir plus personnel, avant d'aller au cinma,
avant de manger une ptisserie, rendrait ces choses tellement
plus savoureuses.

Je travaille dans une entreprise qui fait du logiciel libre.
C'est--dire dont le code source est disponible, et dont
la diffusion et la redistribution sont libres et autorises,
gratuitement ou pas. Je ne sais pas si c'est le bien, mais
l'ide de partager son travail, de le rendre accessible,
et de demander  ceux qui en ont les moyens, ou  ceux qui
ont un besoin particulier, de me donner un peu d'argent
pour que je puisse continuer, me parat sduisante et plus
conforme  une certaine forme de franchise entre moi et
les personnes qui utilisent ce que je fais. Elles ne sont
pas trahies, ou trompes, elles peuvent essayer, utiliser,
profiter, et choisir, aprs cela, de considrer que c'est
du bon ou du mauvais travail, et de faire une contribution
en achetant une version, ou en faisant un don. Internet
va tout changer, vous ne le voyez peut-tre pas, ce n'est
peut-tre pour vous qu'un tuyau  sites Web de vente en
ligne, ou une infamie de plus de l'ingrence publicitaire
sur votre propre bureau, mais c'est beaucoup plus que cela,
c'est le lien direct entre crateurs, c'est l'abstraction
de l'apparence physique des ides, des musiques, des chansons.
C'est ce qui fera que vous pourrez enfin payer pour une
chanson ou une histoire, et non pas pour du plastique et
du papier ; c'est ce qui fera que chacun devra devenir crateur,
artiste, peintre, musicien, et non plus avocat, businessman,
publicitaire. C'est ce qui dtruira ces empires de pouvoir
que sont les maisons de disques, et qui dcident de vos
gots et de la tendance du moment, c'est ce qui fera que
vous payerez la cration, uniquement. Mais il faut peut-tre
jouer un peu le jeu, alors si vous avez d'ores et dj des
habitudes faites de mp3, de napster ou de gnutella, de temps
en temps, crivez une lettre  votre chanteur favori en
expliquant que ce qu'il fait vous plat, et joignez-y un
peu d'argent, il n'aurait pas touch beaucoup plus, de toutes
les manires, si vous aviez achet son disque.

Samedi 24 aot 2001
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Samedi 24 aot 2001, 11 heures 41. Le Soleil brille, le
monde tourne, mais o est-ce que je vais vraiment ? Le temps
passe et s'en va et je souffre comme je m'amuse. Il est
dur de faire confiance, il est dur de croire, il est tellement
dur de ne pas savoir, et de devoir se rassurer, s'inventer
des histoires, des raisons... La rvolte est un choix facile.
O tes-vous quand vous tes loin de moi ? Que faites-vous,
pensez-vous encore  moi ? L'gosme tue, tout autant que
l'orgueil, la peur de ne pas tre reconnu, de ne pas tre
aim. Mais que m'importe, finalement, si tu m'aimes ? Qu'y
gagnerai-je, irai-je plus loin, serai-je plus fort, ou perdrai-je
mes forces dans des efforts vains ? Tous ces instants o
je ne veux que te serrer dans mes bras ne seraient-ils pas
mieux utiliss  construire autre chose,  aider d'autres
gens ? Mais peut-on aider d'autres gens par simple dvouement,
peut-on apporter l'amour sans le connatre ? Peut-on comprendre
la souffrance si on ne la ressent pas soi-mme ? Le mal
est ncessaire en cela qu'il nous donne la force de l'apprhender.

La tristesse est indispensable, c'est un peu comme la nuit.
Il n'y aurait pas de jour s'il n'y avait pas de nuit. Elle
est peut-tre mme plus forte que la joie, car du dsespoir
nat la force de le combattre, d'avancer, de changer les
choses. Au contraire, qui voudrait changer le bonheur ?
Qui voudrait prendre le risque de tuer sa joie ? C'est souvent
de cette tristesse que la force vient, que l'espoir existe,
que la volont se forge. Pleurer de temps en temps c'est
comme se reposer aprs un long combat, cela donne des forces,
cela donne de quoi repartir, recrer la volont.

11 heures 58, le Soleil brille.

L'homme a besoin d'tre triste, de temps en temps. Tout
le monde est triste,  un moment ou  un autre. Le refuser,
le cacher, ne pas le reconnatre revient  refuser sa nature.

Mais en quoi retrouver la force et l'espoir, quelle est
cette voie qui fera se relever encore et encore, quel est
ce but qui donne pour toujours la volont de ne jamais cder,
ne jamais baisser les bras ? Qu'attendre du futur, qu'en
vouloir ? Que m'importe le bonheur des autres, finalement
? Le mien y est-il si intimement li ?

12 heures 13, le Soleil brille toujours, et les rponses
et les questions vont et viennent.

La satisfaction d'essayer de faire de son mieux, de ne pas
trahir, de ne pas avoir de rancune, de ne pas faire des
choses par vengeance, est une joie qui, si elle n'est srement
pas intense, apporte cette srnit permettant de regarder
en arrire, peut-tre pas sans rien  se reprocher, mais
au moins sans trop de remords...

12 heures 37, le temps me manque, la force de ne pas s'arrter.
Le temps me manque. Je ne t'oublie pas, et le temps me manque.
Le Soleil brille pourtant, srement encore pour quelque
temps, mais qui sait ? Quelles sont nos erreurs, nos faiblesses
? Combien de temps cela tiendra-t-il encore ? Les choses
peuvent-elles rellement changer ? Que puis-je faire, que
fais-je ? Qui m'coutera, qui me croira ? Et ne suis-je
qu'une me perdue parmi tant d'autres ? Mais qu'importe,
qu'importe aprs tout la vrit, personne ne l'aura jamais.

Me faut-il vraiment tre seul pour voir cela, pour avancer,
pour ne pas perdre de temps. Me faut-il vraiment tre seul
pour comprendre votre dtresse. Le Soleil brille. J'ai peur,
tellement peur que tout cela ne porte jamais ses fruits,
que mes faiblesses, mes dfauts, mon gosme, ne me laissent
couch  terre alors qu'il me faut tellement de force. Dois-je
perdre mon sang, dois-je tuer mes envies, mes plaisirs,
mes vices, pour esprer tre quelque chose, pour tre cout
? Mais qui coute la perfection, je ne l'coute pas, elle
n'est pas moi, ne le sera jamais,  quoi bon ?

Peut-tre me faut il un bourreau, peut-tre me faut-il tre
puni pour comprendre. Peut-tre que dans l'aisance ne nat
que la futilit, que je ne comprendrai jamais votre dtresse
dans mon monde de luxe et de facilit, dans mon quotidien
d'une routine aise.

Peut-tre que j'ai besoin de vous, peut-tre que jamais
sans vous rien de bon ne sortira de moi...

La trace du prsent souvent s'enfonce dans le flou  trop
s'y accrocher comme si on ne voulait que jamais les choses
ne changent, mais les choses changent, tout s'envole. Faire
son temps mais pas plus, savoir mettre un terme, apprendre
 arrter  temps... Pourtant tant de choses sont ternelles
que toujours on croit pouvoir faire durer l'instant pour
longtemps. Mais l'instant passe, les gens se lassent...

Mardi 4 septembre 2001
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Mardi 4 septembre, 8 heures 34. La rentre. Un peu de nostalgie
de mon pass d'tudiant, modrment toutefois, la nostalgie
n'apporte pas grand chose, et je prfre le prsent. Les
choses changent et c'est tant mieux, on se lasse mme parfois
du bonheur et c'est bien dans le sens o l'on n'avancerait
pas dans le cas contraire. Les choses changent et c'est
tant mieux, alors pourquoi regretter ? Les choses changent
et j'volue, j'apprends, je grandis, plus trop physiquement,
certes, la soupe n'a jamais t mon truc tant jeune, mais
peut-tre un peu par l'exprience, la connaissance du monde.
Les choses changent et tu t'en vas. Mais je ne sais pas
si c'est mieux, je l'ai cru souvent, parce qu'il y a toujours
mieux ailleurs, parce qu'on gagne  devenir plus fort quand
on souffre, parce que la solitude est une force, et pour
peut-tre d'autres raisons, mais peut-on vraiment toujours
trouver mieux ? A-t-on vraiment toujours le temps, en une
vie, de ne faire que toujours aller de droite  gauche ?
N'est-il pas plus intelligent de faire avec ce que l'on
a ? La qute de la perfection est sans fin, heureusement...
Mais il se peut que chacun soit beaucoup trop perdu pour
ne mme que tenter d'aller quelque part, ventuellement
pas trs loin. Serait-il plus important de d'abord trouver
sa voie avant  de la faire partager ? Mais peut-on la trouver
seul, sa voie ?

Mercredi 5 septembre 2001
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Journe pas trop mal commence, la forme, le moral, on ne
pense pas trop, en tous les cas on arrive  ne pas y penser,
 se concentrer sur autre chose,  regarder devant, loin,
 se sentir prt  avancer. Un peu de sport, un peu de temps
pour soi. Toujours le moral. Les broutilles arrivent, panne
de connexion  Internet, pas grave, pars plus tt au boulot
aucun problme, toujours le moral. Un peu de libert, un
peu d'oubli de l'oppression habituelle. Le bruit, les gens,
les questions, encore le bruit, encore des questions, mauvaises
nouvelles, choses  faire, perte de temps, perte de soi,
donner du temps pour rien, tout ce temps qu'on donne sans
jamais rien en retour, du bien et du mal, et encore ce bruit,
mais ne pourra-t-on jamais tre un peu tranquille ? Qu'une
envie de partir, de tout foutre en l'air, plus de moral,
plus jamais, qu'est-ce qu'on doit faire, qu'est-ce que l'on
doit accepter, supporter, supporter et encore supporter,
je n'en peux plus...

Elle est o la voie, il est o le calme ? Il n'y en a pas,
quand on n'en peut plus, quand c'est trop, pas de srnit
qui tienne, pas de matrise de soi, pourquoi est-ce que
je ne peux pas partir, au moins aujourd'hui, rien qu'aujourd'hui,
pourquoi vous me parlez, cela ne m'intresse pas, cela ne
m'intresse plus, laissez-moi un peu...

Envie de taper, envie de crier, et de crier encore plus
fort, de courir, de partir, de mourir, tout mais pas ici,
pas ailleurs d'ailleurs, nulle part, un peu plus loin, plus
seul, plus calme... Point de voie qui ne tienne dans la
colre, quand les nerfs lchent, quand la volont s'envole,
quand les yeux brlent, plus de force, plus de courage...
Que doit-on faire dans ces moments ? Doit-on partir, rester,
se contenir, oublier, pleurer ? Que doit-on faire, que pourra-t-on
donner comme conseil ?

Journe bien commence n'est pas encore termine.

Rentr tard, encore. Tlphone, encore. Tout cela pour ne
retrouver qu'un retour en arrire, qu'un retour en arrire...
Y a-t-il vraiment un rconfort, quand on va mal, quand mme
un moral et une volont se font balayer par le martlement
incessant des coups du temps, de la journe, des gens, des
choses ?... Peut-tre l'accepter, savoir que certains jours
sont plus durs, certaines priodes plus difficiles  franchir,
peut-tre apprendre  se connatre pour  prendre ses vacances
au bon moment, pour savoir se reposer quand il le faut,
pour savoir encaisser le contrecoup...

Juste un peu de calme, un peu de ciel bleu, un peu de mes
montagnes  l'horizon, et quelques rayons de mon Soleil,
juste un peu de calme... Les choses les plus simples, les
plus indispensables, les plus belles, ne se font que dtruire
par ce progrs factice qui nous rend seul et triste...

Juste un peu de calme, un peu de paix...

Samedi 8 septembre 2001
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Samedi 8 septembre 2001, 11 heures 43, journe dj bien
entame, presqu' moiti, en ralit. Pourtant rien jusqu'
maintenant que quelques routinires tches. Si chaque journe
de moiti la routine s'est dj installe, est-ce que cela
veut dire que ma vie est dj consomme  moiti, et qu'il
ne me reste qu'une autre moiti de libert ? Ne devrait-on
pas laisser ces choses routinires pour plus tard, quand
l'imagination se fatigue, quand la volont s'essouffle ?
Mais l'esprit s'amuse  se concentrer sur l'insignifiant,
sur le frigo presque vide, sur le linge sale qui s'accumule...
Qu'importe cela  ct de la soif d'apprendre et d'avancer
? Il faut passer du temps  se connatre pour s'conomiser,
et pour profiter de ses moments de force, pour ne pas les
gcher dans le futile, et les consacrer  l'ternit.

Faire des choses rgulirement, c'est  la fois se dcharger
du besoin d'y penser, parce que les courses seront faites
et la baignoire nettoye, mais c'est aussi prendre le risque
de les rendre prpondrantes par rapport  des choses plus
importantes. Il est aussi agrable de ne jamais se soucier
de dtails de la vie quotidienne, pour se consacrer  des
affaires plus passionnantes, que dsagrable de n'tre prpar
 un dsquilibre passager, parce que c'est jour de fte,
parce que la cl n'est pas o elle devrait tre, parce que
le garage a ferm, ou parce que la connexion internet est
coupe. Je pense qu'il est utile d'acqurir certains rflexes,
ou habitudes, de toujours fermer la porte sans poigne avec
la cl, pour ne pas rester coinc, de garder un paquet de
Kellogs K d'avance, en cas de pnurie nationale, pour viter
la panique. Mais il est aussi bon de se confronter de temps
en temps  une cassure de l'quilibre, de changer ses habitudes,
de ne plus mettre le portefeuille dans la poche gauche mais
la droite, de ne plus prendre le courrier avant de sortir
les poubelles mais aprs, de ne plus lire ses mails en arrivant
au boulot mais deux heures plus tard... Cela permet de voir,
petit  petit, de nouvelles faons de travailler, de voir
les gens, de voir les choses, de voir la vie...

Dimanche 9 septembre 2001
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Ce doit tre une belle journe, un neuf neuf, et aussi infantile
puisse tre de se laisser influencer par d'aussi insignifiantes
choses que des chiffres sur un calendrier, aujourd'hui sera
une bonne journe, j'en dcide ! Un beau ciel bleu ce matin,
un doux Soleil pendant mon footing, pas trop de pollution
encore. Un peu de flemme en ce dimanche matin, aussi. Dimanche
9 septembre 2001, donc, 10 heures 34. C'est peut-tre parce
que je vais dcrire un de mes plus grands secrets, une recette
magique, extraordinaire presque, faramineuse  la limite.
Ce n'est pas compliqu juste du mas mlang avec du maquereau
 la sauce moutarde et voil c'est fini. Redoutable, n'est-il
pas ? Bien sr il faut manger cela avec un pain de seigle
Poilne un peu rassi rchauff quelques secondes au micro-ondes.
 Bien sr... Soif d'un peu de sucr-sal et vous y rajouterez
quelques morceaux de pomme Granny-Smith. Les choses simples
sont compliques.

Le monde est autant fait de petites que de grandes choses,
et l'insignifiant intimement se mle au grandiose pour laisser,
chaque jour un peu plus de savoir, d'exprience, de joie,
 tous ceux qui viendront aprs. Cela me rappelle une citation,
je ne sais plus vraiment la formulation exacte, mais elle
ressemblait  : "Il est aussi grand, pour l'amour de Dieu,
d'plucher chaque jour ses patates, que de construire des
cathdrales". Que choisirais-je, entre la cathdrale de
Notre-Dame, et un baiser chaque jour de mon aime ?

Lundi 10 septembre 2001
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Encore faut-il avoir une aime. Et ce n'est pas chose si
facile, que de mme le savoir,  force des vents et mares
qui rodent tout, qui rendent ces instants plats et ternes.
L'Amour va et vient, et aimer pour la vie n'est peut-tre
qu'un rve, une qute sans espoir. Mais qu'importe aprs
tout, c'est bien ces causes sans espoir qui sont les plus
belles, et qu'ai-je  faire de l'impossible ?

Une nouvelle semaine qui commence, une semaine charge,
certainement, mais c'est dans l'urgence et le stress qu'on
trouve le plus de plaisir. C'est dans les situations difficiles
que l'on trouve plus vite des solutions, c'est devant le
danger que l'instinct de survie se met en route, c'est quand
la panique s'installe qu'on a la chance de pouvoir toucher
du doigt le temps qui passe.

Lundi 10 septembre 2001, 8 heures 45, frais matin parisien
; pour la saison, s'entend.

Un petit peu froid et un petit peu faim. Garder les notions
de l'existence et du besoin. Ne pas se laisser aller  la
facilit. Il est dur de rsister  son plat favori, il est
dur de rsister  tourner le bouton du chauffage. Toutefois,
un jour, l'ide que cela nous rende plus fort, qu'trangement
aucun rhume de l'hiver, ou pas de panique en cas de coupure
d'eau chaude, pas de problme de cholestrol, pas de problme
de poids, pas de problme de caries. Aprs c'est une question
d'organisation, un peu comme si le plaisir se rpartissait
en quantit limite, finie. Quelques petits efforts et sacrifices
aujourd'hui, quelques soifs de plaisirs simples, ou plus
espacs, et j'en profiterai d'autant plus, et d'autant plus
 longtemps.

La facilit est un mal qui me tue, et je n'accepte plus
de l'aimer, d'aimer avoir chaud, de t'aimer toi, si tu n'es
pas ce que je veux, je veux la lutte, la distance, la souffrance,
l'effort, je veux juste passer du temps  construire, passer
du temps pour trouver, passer du temps  t'attendre si tu
ne veux pas de moi, passer du temps  tre plus si je ne
suis pas assez, passer du temps  devenir si je ne suis
pas encore...

Mercredi 12 septembre 2001
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Mercredi 12 septembre 2001, lendemain du 11 septembre. Les
hommes se battent et meurent pour des causes, des causes
qui sont cres, inventes. Ne croyez pas ce qu'on vous
dit, ne croyez pas ceux qui vous montrent les mchants.
Les ennemis des hommes, ce sont la misre et le dsespoir,
ce sont eux qui crent les guerres, qui crent la mort,
qui crent la haine. Si vous avez besoin d'un ennemi, d'un
responsable, d'un coupable, que ce soit cette misre, et
si vous devez mourir pour une cause, que ce soit pour la
combattre.

Lundi 17 septembre 2001
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L'automne arrive, plus que quelques jours, dj la fracheur
du matin est au rendez-vous. Lente descente vers les jours
pleins de nuit, vers cet hiver, ce froid dont on ne sait
jamais si on va en rchapper. Point d'amertume non, car
pas de plaisir plus grand que voir de nouveau les jours
grandir, petit  petit, et de voir un nouveau printemps,
une nouvelle vie qui nat, et le Soleil qui revient.

Lundi 17 Septembre 2001, j'hsite entre laisser tels quels
mes dires, ou retravailler, censurer, reformuler, changer
un jour qui n'est plus le bon ce que le pass m'inspira.

Samedi 29 septembre 2001
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Le monde est dur, il nous frappe souvent. Le monde est dur
et impatient, le monde est dur et impassible. Il nous faut
tre forts et susceptibles, doux et rsistants. Le monde
est dur et nous rend ainsi. Indiffrents jour aprs jour.
Les choses nous touchent moins, la lassitude toujours, lassitude
des autres, de leur violence, de leur absence, de leurs
faiblesses, de leurs humeurs. Que de se battre pour construire,
que de se battre pour d'autres. O sont ces causes, o sont
ces amours, o sont ces vies sans solitude ? Sensibilit
tu t'envoles, reste encore un peu. Sensibilit, encore quelques
pleurs. Avant que tout ne s'affadisse. Laisse-moi souffrir
encore un peu du mal qu'ils me font, du mal qu'elle me fait.

Point de faiblesses, point de retard, point d'attente. Aller
de l'avant sans attendre, sans comprendre, sans esprer.
Rendre les autres des contraintes, des rendez-vous, du temps
perdu, du temps pass, du temps gch. La force est-elle
vraiment, dans l'insensibilit ?

Samedi 29 Septembre 2001, Mandrake Linux 8.1 termine, pour
 l'instant tout du moins. 8 heures 30, le temps de reprendre
un peu ses esprits le matin grandissant. Mais les efforts
sont rcompenss, le dvouement, les concessions, la volont,
ne sont pas inutiles, les efforts sont rcompenss.

Samedi 20 octobre 2001
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Un peu de temps qui passe, un peu de recul qui s'accumule.
Samedi 20 octobre 2001. Il pleut sur la ville comme il pleut
sur mon coeur, citation dont je ne connais pas l'auteur
qui correspond si bien  cette journe.

Ylraw
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Bonheur
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Cent vingt-et-unime jour, Pnople vient de nous apprendre
que nous aurons dsormais chacun notre propre chalet, avec
seulement un contrle minimal mais sans aucune barrire.
Tout en sachant que le contrle est plus li  notre scurit
dans la mesure o nous n'avons pas de bracelet pour vrifier
notre tat physique. Nous emmnageons donc dans deux petits
chalets cte  cte, tout proches de la salle des conseils,
prs du chalet de Guerd, la copine d'Erik.

Notre dmnagement ne fut pas trs compliqu, dans la mesure
o nous n'avions aucune affaire, mme pas d'habits. Les
vtements nous sont mis  disposition via un gnrateur,
une sorte de grosse armoire dans la chambre, d'o nous choisissons
une tenue nous convenant. Nous avons certaines limitations
dans la mesure o nous ne possdons pas de bracelet, mais
cette contrainte n'est pas trs problmatique vu ma passion
de la mode. L'armoire possde tout de mme un systme qui
vaut la peine d'tre not,  savoir qu'elle nous projette
une image mentale de nous-mmes portant l'habit slectionn,
ce qui permet de se rendre compte du rendu. Elle donne de
plus quelques conseils au regard de la mto du jour et
des activits que nous prvoyons. C'est impressionnant 
quel point tout communique. Tout est centralis dans ce
ou celui que j'appelle "Chalet", qui est le nom, original,
que j'ai trouv pour mon logis. Chalet me donne des conseils
sur quoi manger, comment m'habiller, s'il trouve que je
suis fatigu, nerv, triste... C'est plutt amusant, d'avoir
quelqu'un avec qui discuter. Mais nous avons l aussi de
par notre status certaines limitations, le chalet, n'ayant
pas notre trace vu que nous ne possdons pas de bracelet,
refusera de nous renseigner sur nombre de choses.

Mais pour toutes ces choses j'ai une conseillre bien plus
sexy,  savoir Pnople. Je suis un peu dsorient par sa
capacit  prvoir bon nombre de mes actions, encore une
astuce du bracelet, mais cette contrainte ne fait que pimenter
l'affaire. Pnople me rejoint une petite heure aprs que
j'ai intgr mon nouveau logis. Leur unit de temps est
aussi trange que la notre, elle correspond  la dure du
jour d'Adama, dcoup en trente-six priodes, qui correspondent
 un petit peu moins que nos heures. Chacune de ces priodes
est elle-mme dcoupe en six priodes, puis en six autres,
et ainsi de suite. C'est un peu la mme ide que leurs grands
et petits sixime pour le dcoupage de l'anne. Leur base
six rend les choses un vrai casse-tte  comprendre, c'est
largement pire que le passage  l'Euro. D'autant que pour
simplifier les choses le jour de Stycchia est plus court
de plusieurs heures au jour officiel d'Adama, et qu'il parle
indifferemment de l'un ou de l'autre suivant leur interlocuteur.
Donner rendez-vous dans trois jours ou  une date donne
 une personne est ainsi une tche bien plus complexe qu'il
n'y parait, impossible mme sans le bracelet. Bien sr la
dure de l'anne sur Stycchia est diffrente de celle d'Adama.
Heureusement que le bracelet rassemble de manire graphique
tous ces calendriers pour nous aider un peu  nous y retrouver,
mme si je ne sais pas encore lire leur criture. Mais je
tenterai de conserver une conversion en unit de temps terrestre,
pour avoir un tout cohrent, de toute manire autant le
prix des carottes est concevable en euros, autant la dure
des prliminaires optimale avec leur systme temporel c'est
a en perdre toute motivation.

- a y est, tu t'es install, tu as fait un tour ?

- Oui, c'est pas trs grand mais sympathique.

- Tu as discut avec l'appartement ?

- Avec "Chalet", oui.

J'emploie "chalet" en Franais, et comme nous parlons sa
langue, ce mot ne veut rien dire pour elle.

- "Chalet" ? C'est un nom de ton monde ?

- Oui, de ma langue plus prcisment, car Erik et moi n'avons
pas la mme langue maternelle, en "franais", la "France"
tant le nom du "pays", je ne sais pas comment dire a,
d'o je viens, "chalet" veut dire chalet.

- Votre monde est divis en plusieurs petites parties appeles
"pays" ?  quoi cela vous sert-il ? Et ce n'est pas un peu
compliqu que vous parliez des langues diffrentes ? C'est
pour vous forcer  apprendre plusieurs langues de la mme
faon que nous obligeons les enfants  le faire ?

- Hum, et bien ce n'est pas vraiment voulu, il se trouve
que chaque peuple s'est structur de lui-mme en petit groupe
avec ses propres coutumes et langages, et que par la suite
ces groupes donnrent naissance  la notion de pays, et
que nous sommes toujours dans cette phase. Toutefois il
est  prvoir que cette subdivision devienne obsolte 
un moment o  un autre.

Je rflchis un instant.

- Mais c'est tout de mme trange que tu ne trouves aucune
information sur ma plante.

- Ce que je crois c'est que tu viens de l'au-del. Que les
vaisseaux partis il y a si longtemps se sont parpills
et que certains, peut-tre, se sont poss sur des plantes
accueillantes et de l leurs passagers ont fond de nouvelles
civilisations.

- a se tient. La Terre serait une des plantes o sont
atterris les hommes de l'Au-del, et ils auraient alors
cr les bases d'une nouvelle socit. Plus prcisment
une partie de ces hommes seraient toujours prsents sur
Terre grce aux tlporteurs qui maintenaient leur jeunesse.
a expliquerait pourquoi les gens appartenant  ce que j'appelais
l'organisation parlaient une langue bizarre et avaient presque
tous une apparence jeune. Cette hypothse conforte aussi
la thse que les cahiers que j'avais trouvs avaient bien
t crits par la mme personne.

- C'est quoi cette histoire d'organisation et de cahiers
?

J'explique brivement mon aventure terrestre  Pnople,
ma vie, le bracelet, ma course  travers le monde, les cahiers...
Cependant elle rflchit un instant et casse ma belle thorie.

- Mais il y a un truc qui ne colle pas. Les hommes de l'Au-del
ne sont partis d'ici il n'y a que mille quatre cents ans
environ.

Je comprends mon erreur et fais la moue.

- Aaah... C'est vrai tu as raison. Tu crois que des artificiels
auraient pu inventer et laisser assez de fausses traces
pour faire croire  une histoire de plusieurs milliers d'annes
?

- Oui a ne pose pas de problmes particuliers, les artificiels
sont capables d' peu prs n'importe quoi avec leurs gnrateurs
 fusion du moment qu'ils ont une source d'nergie suffisante.
Mais a n'explique pas pourquoi ils auraient cr une histoire
de toute pice et plac des millions de personnes avec la
mmoire prformate pour leur faire croire qu'ils habitaient
cette plante depuis des milliers d'annes. Les hommes de
l'Au-del voulaient crer une nouvelle civilisation, il
ne fait pas de doute l-dessus, mais quel intrt de le
faire artificiellement ?

- Peut-tre voulaient-ils gagner du temps, aller plus vite,
arriver directement  l're industrielle ?

- Ce n'est pas impossible, mais je trouve que cette thorie
ne colle pas, ce n'est pas logique. Pourquoi ne pas partir
du niveau auquel ils taient alors ?

- Je ne sais pas. Peut-tre alors que cette plante tait
dj habite par des hommes, et qu'ils sont arrivs ensuite.

- C'est peut-tre plus cohrent et encore, d'o venait les
hommes qui l'habitaient ? Nous sommes apparus sur Adama,
et il n'y a pas trace d'expditions habites vers l'Au-del
plus de deux milles ans en arrire.

- Peut-tre n'avez-vous pas ces informations. Ne serait-il
pas possible tout de mme que des vaisseaux habits, il
y a de a dix ou vingt milles ans, soient partis d'Adama
et aient finalement atterri sur la Terre ?

- Oui aprs tout, c'est possible, mais cette hypothse ne
me convainc qu' moiti et reste trs suspecte.

- Qui pourrait nous renseigner l dessus ?

- J'avoue que si le bracelet ne me donne rien, c'est assez
difficile  dire. Peut-tre une dcouverte garde secrte,
mais ce serait bien trange, rien n'est secret ici.

- Ou tout du moins le croyez-vous.

- Oui, certes, c'est toujours plus facile de remettre en
cause quelque chose qui ne nous apporte pas la solution
immdiatement que de la chercher vraiment.

- Est-ce que a veut dire que je ne pourrais plus jamais
retourner sur la Terre ?

- "Jamais" est une notion bien particulire ici, donc l'espoir
n'est pas vain, toutefois si tu viens bien de l'Au-del,
ce sera sans doute trs long et difficile de retrouver ton
chemin. Mais tout ne tombe pas si mal, tu es presque ternel
dsormais...

- Gnial, et quand finalement dans vingt mille ans je retrouverai
la Terre, trois guerres nuclaires seront passs par l,
et je ne retrouverai que deux ou trois mutants  trois yeux
sous des cendres radioactives...

- Vous tes donc un peuple si guerrier ?

- Guerrier je ne sais pas, orgueilleux et inconscient sans
doute...

Je suis bien perplexe... Je reste silencieux un instant,
pensant  toutes les consquences de cette situation sur
ma vie, avec tous mes repres, combats, ide, envies, qui
deviennent obsoletes... Je pense tout haut :

- Toutes ces choses sont bien tranges cela dit, que vais-je
bien pouvoir faire ? Rester ici pour toujours ?

- Pour un moment sans doute, pour toujours c'est moins sr.
Quoiqu'il en soit il faudra bien que nous portions votre
dcouverte  la connaissance d'autres personnes si nous
n'arrivons pas  lucider ce mystre nous-mmes. De plus
 partir du moment o vous vous trouvez dans la Congrgation,
il faudra bien statuer sur votre cas. La situation tant
ce qu'elle est, pour esprer entreprendre des recherches
et dcouvrir d'o vous venez, il vous faudra dans un premier
temps devenir membres  part entire.

- Cette procdure se passe comment ?

Pnople consulte son bracelet, elle reste silencieuse un
moment.

- Le cas identique au votre ne s'est jamais vraiment prsent,
mais dans le pass lors de la formation de la congrgation
toutes les plantes n'ont pas rejoint au mme moment, et
la procdure tait de passer devant le Congrs ou une assemble
d'avis suffisamment grande pour entriner la citoyennet
des demandeurs et les rendre gaux  tout membre de la Congrgation.

- C'est long ?

- Pour vous tout sera long ici, mais le tout peut se faire
assez rapidement vu le caractre exceptionnel de l'vnement,
je pense qu'en quelques grands siximes l'affaire peut tre
rgle. D'autre part nous avons dj dcid de vous donner
dans quelques jours des bracelets enfants, ne serait-ce
que pour vous familiariser avec leur utilisation et communiquer
plus facilement avec nous.

- Mais... Vous fates tout avec ce bracelet, vous pouvez
vous en sortir sans ?

- Certaines personnes se refusent  le porter trop souvent,
pour ne pas en devenir dpendante, mais c'est tellement
pratique. De plus ne pas porter de bracelet est un risque
de se faire manipuler par d'autres personnes, exactement
ce que j'ai fait avec vous en vous paralysant ou vous faisant
marcher. Toutefois agir ainsi reste une faute trs grave
si la raison n'est pas valable. Le bracelet sert  beaucoup
de choses, communiquer, les discussions en virtuel c'est
quand mme vraiment pratique.

- C'est si bien que cela le virtuel ?

- Toi tu n'as jamais fait de virtuel, on fera un jeu aujourd'hui
si tu veux, tu te rendras compte. Le bracelet sert aussi
 trouver des informations, surveiller notre tat biologique.
Il contient aussi notre dernire sauvegarde, et, depuis
peu, un nouveau modle permet d'avoir une sauvegarde permanente.
Auparavant il n'avait pas la capacit de le faire, mais
les artificiels ont mis cela au point voil un sicle ou
deux. Si j'avais eu un tel bracelet quand mon initial est
mort, il m'aurait permis de garder en souvenir mes tous
derniers instants, je le regrette un peu...

Je ralise subitement.

- La dernire sauvegarde ? Mais alors cela veut dire que
le bracelet dans le tlporteur o nous sommes arrivs contient
la sauvegarde de Naoma ?!

- Mais tu avais dit ne pas avoir ce bracelet ? Vous les
avez pris ? Ton amie a port ce bracelet ?

- Oui !

- Ah a change tout alors, le bracelet n'est pas initialis
si tu ne le prends pas, mais si elle l'a rcupr sa dernire
sauvegarde a pu tre mise dessus. Toutefois comme elle l'a
remis en place, il a peut-tre t rinitialis.

- a vaut le coup d'aller voir non ?

- Toujours aussi press ! Si tu veux, nous pouvons y aller
faire un tour, a nous fera une balade. Mais, nous y allons
tous les deux seuls, non ? Tu veux y aller avec Erik et
Guerd ?

- Pas ncessairement, d'autant que je ne voudrais pas faire
croire Erik en de nouveaux espoirs.

- Et rendre Guerd malheureuse... Pas que je ne veuille pas
que votre amie reviennent, mais Guerd est attire par Erik,
et tant qu'il aura de l'espoir il ne voudra srement pas
voire en elle autre chose qu'une amie.

- Oui. On djene ? Chalet, tu fais la bouffe ?

Chalet :

- a roule ma poule.

- Je vois que tu l'as bien duqu !

Nous nous installons  la petite table de la pice principale
o j'ai dispos le petit-djeuner, constitu de divers mets
absolument impossibles  qualifier. Tout est compltement
artificiel, et il est trs dur d'y trouver des saveurs connues.
La nourriture est bonne toutefois, mme si ma part est moins
goteuse que celle de Pnople. 

- a fait combien de temps que vous ne mangez plus de choses
naturelles ?

- Comment a ?

- Et bien, des animaux, des plantes.

Pnople fait la moue.

- Ah ! Rien que d'y penser a me dgote...

Pnople reste silencieuse un moment, sans doute consulte-t-elle
son bracelet.

- a fait trs longtemps. a date de la mise au point en
gros de la fusion.  partir du moment o nous parvnmes
 gnrer tout et n'importe quoi, nous ne fmes plus vraiment
appel  la nature. C'est tonnant j'aurais dit que cette
tape tait arriv avant la tlportation, mais non a a
t mis au point aprs. La tlportation remonte  quinze
mille ans environ, et la fusion treize mille. a voudrait
dire que certaines personnes encore vivante aujourd'hui
ont vcu dans un monde sans fusion ! Extraordinaire ! Quoique
les premires expriences russi de fusion sont antrieures
 la tlportation, mais l'arrive au niveau similaire 
ce que nous connaissons aujourd'hui remonte effectivement
 environ treize mille ans.

- Mais, pour les chalets, ici, vous avez utilisez des arbres,
non ?

- Oui, mais tu sais il n'y a pas vraiment de rgle absolue
ici. La rgle c'est le respect des avis. Les avis ont jug
recevable l'ide de prendre un peu de surface sur la fort
pour faire le village, mais pour limiter le gaspillage,
les artificiels ont utilis une partie du bois pour construire
les chalets, mme si en ralit c'est plus pour un aspect
esthtique qu'autre chose. Mais manger un animal, tu trouveras
difficilement des avis qui seront pour, d'ailleurs cet aspect
m'inquite un peu quant  la validation de votre intgration
dans la Congrgation.

- Et ? On aurait d faire comment ? Mourir de faim ? On
ne connat pas, nous, vos techniques de fusion-bidule.

- C'est vrai que le cas n'est pas vraiment conventionnel.
Enfin, nous verrons a en temps utile, pour l'instant, abeille
!

Je charge Chalet de ranger la table, et je suis Pnople.
Je fais tout de mme un petit dtour par le chalet d'Erik,
mais son chalet m'informe qu'il dort encore, alors je lui
demande juste de transmettre un bonjour et de lui dire que
je suis all faire un tour avec Pnople.

Je vais avec Pnople dans le chalet du conseil. Dans une
des pices se trouve une sorte d'armoire d'o elle sort
deux combinaisons. Elle m'en tend une puis se dshabille
devant moi et jette ses habits dans une sorte de corbeille.
Son corps est superbe. J'ai beau savoir que c'est un clone
et qu'elle a mille quatre cents ans, il n'empche qu'elle
ferait frmir de jalousie n'importe quel top modle terrestre.

- Euh, a ne te drange pas de te dshabiller devant moi
?

- Je devrais ?

- Vous n'avez pas de tabou par rapport  la nudit ?

- Tu sais ici presque tout le monde  un corps parfait,
alors non. Et ceux qui n'en ont pas le font par choix. Mais
plus srieusement je ne crois pas qu'il n'y ait jamais eu
de tabou sur cet aspect, pas depuis que je suis ne en tout
cas. Chez toi ce n'est pas correct de se dshabiller devant
quelqu'un ? Tu veux que je cherche dans les archives ?

- Non non laisse, nous verrons a plus tard. Pour rpondre
 comment les choses se passent chez moi, et bien a dpend
des personnes, mais assez gnralement cette pratique ne
se fait pas non. a arrive entre filles ou entre garons
dans des vestiaires, mais dans un cas comme nous sommes
aujourd'hui, clairement a ne se ferait pas.

- De toute faon n'oublie pas que j'ai mon bracelet, je
lis en toi comme dans un livre ouvert. Je sais bien que
je te plais. Mais je peux te paralyser au moindre geste
suspect... Stressant, non ?

- Tu es cruelle...

- Allez montre moi tes fesses et enfile ta combi plutt
que te plaindre, gamin !

Je pourrais difficilement contester mon statut de jeunot
vu son ge, il est vrai. Je me dpche d'enfiler la combinaison,
et nous sortons du btiment sur la place du village.

- Je vais piloter pour toi, ce n'est pas forcment vident
dans un premier temps, je te donnerai des cours plus tard
si tu veux.

- D'accord.

- Tu te laisses faire, tu ne fais pas de mouvements brusques,
et ne t'inquite pas mme si tu ne me verras pas, je serai
derrire. C'est parti ?

- C'est parti !... Houaaaaou !

Deux ailes se forment  l'arrire de ma combinaisons et
se mettent en marche en quelques diximes de secondes. Je
suis tir vers le haut  une vitesse prodigieuse. J'entends
le gros bourdonnement caractristique. Je suis nanmoins
surpris d'entendre la voix de Pnople.

- Je me suis branche sur ta combinaison. Je ne peux pas
t'entendre mais je peux dj te dcrire un peu le paysage.
Je n'ai pas activ l'affichage de l'altitude et la vitesse
en surimpression, tant donn la base six tu n'y comprendrais
pas grand chose et je ne pense pas qu'il soit prvu de pouvoir
changer de base, je demanderai au gnrateur s'il sait faire.

Nous sommes toujours en vol vertical,  quelques centaines
de mtres au dessus du village.

- Comme tu avais dj sans doute pu le remarquer, notre
village se trouve presqu' l'extrmit de la bande de terre
surleve par la chute de la mtorite qui a form ce cratre.
Stycchia possde un paysage un peu atypique d  son bombardement
par des mtores de glace pour apporter de l'eau  sa surface.
Avant sa terraformation, Stycchia tait une plante morte
sans aucune trace d'activit, ni tectonique et encore moins
biologique. D'immenses blocs de glace ont alors t projets
 sa surface pour crer les ocans, cette opration a donn
naissance  certaines formations trs tranges. Auparavant
Stycchia avait une priode de rotation plus rapide, elle
a t ralenti pour mieux correspondre au rythme humain.
Mais cette rotation rapide avait tout de mme, par force
centrifuge, cr un volume ovode dont le diamtre quatorial
est suprieur de plusieurs pourcent au diamtre polaire.
Par consquent la majeure partie des terres merges se
trouvent  l'quateur et recouvertes d'une paisse fort
vierge. Il subsiste nanmoins deux continents en zones tempres,
un dans l'hmisphre Nord et un dans le Sud. C'est sur ces
deux continents que se trouve quatre-vingt quinze pourcent
de la population, la vie dans les zones humides n'tant
gure agrable.

Nous nous dplaons un peu et redescendons en nous dirigeant
vers l'extrmit du cratre.

- Notre village fait parti des rares qui ne se trouvent
pas sur ces deux continents, nanmoins il n'est pas compltement
dans la zone quatoriale, et le climat y est trs agrable,
mme si un peu chaud. Nous survolons sans doute l'endroit
par lequel vous tes arrivs.

Nous avanons jusqu'au niveau des parois puis remontons
brutalement pour dpasser le sommet de la falaise. Pnople
est un peu brusque dans ses changements de directions et
je me demande si je vais pouvoir conserver mon djeuner
jusqu'au bout. Cette sensation pas trs agrable mise 
part c'est fantastique de voler comme une abeille.

- Je vais acclrer un peu, nous avons presque deux cent
kilomtres  parcourir jusqu'au cratre, comme c'est juste
de la mer, ce n'est pas trs intressant. Je vais activ
l'ionisateur sur ta combinaison pour limiter le vent, ne
t'inquite pas.

Un petit bourdonnement supplmentaire se fait entendre,
et simultanment nous acclrons considrablement. Nous
volons  quelques dizaine de mtres de l'eau, et par moment
j'y distingue quelques poissons. Une dizaine de minutes
plus tard le cratre o nous sommes arrivs est en vue,
mais il nous faut encore plus d'une demi-heure pour y arriver
enfin. Dire qu'il nous  fallut plus de quarante jours pour
faire le trajet avec Erik et Naoma ! Naoma...

- Ces cratres, avec la fort  l'intrieur et l'eau  l'extrieur
sont spcifiques  Stycchia. Quand certains mtores de
glace ont percut le sol, l'eau qu'ils contenaient s'est
vaporise.  cet endroit de la plante la roche est particulirement
impermable, ainsi bien que d'un niveau infrieur  celui
de la mer environnante, il a pu subsister des cratres avec
de la fort  l'intrieur comme celui-ci et quelques autres.

Nous continuons  vitesse plus rduite jusqu'aux btiments,
prs desquels nous nous posons dix minutes plus tard. Pnople
stoppe ma combinaison  un mtre du sol, et moi qui m'attendait
 un atterrissage en douceur, je me retrouve les fesses
par terre.

- Et oh, mais a ne va pas ou bien !

- Excuse moi, je pensais que tu te rattraperais.

- Tu aurais pu au moins me prvenir !

- Tu as raison. Je suis dsole.

- Mouais.

- Cessons ces chamailleries, entrons. Pfff, regarde, il
reste encore des traces de votre feu, bande de barbares
!

- Tu aurais prfr qu'on se laisst mourir de faim ?

- Beaucoup d'entre nous aurait sans doute choisi cette solution
dans votre situation, mais cette remarque ne tient pas compte
du fait que pour vous cette dcision aurait t une fin
dfinitive, alors que nous pour nous la mort est toute relative.

- Franchement je n'en suis pas sr. Tu n'as peut-tre jamais
eu ni vraiment faim ni vraiment soif, mais tu fais des choses
que tu n'aurais pas faites dans nombres d'autres situations,
crois-moi.

- C'est vrai que je n'ai jamais souffert de faim ou de soif.
Mais si vous aviez t un peu plus malins, vous non plus
je pense, suis-moi, il doit bien y avoir une caftria dans
ces locaux.

Pnople fait le tour de la pice principale et entre dans
la pice ou se trouvaient les trois tables. Elle se dirige
alors vers la paroi, et une trappe s'ouvre avec  l'intrieur
un plateau de nourriture.

- Oh ! Mais comment pouvait-on savoir ?

- C'est vrai que sans bracelet c'est impossible  trouver,
je veux bien le reconnatre. Bon, retournons  nos affaires.

Nous nous dirigeons et entrons dans la pice aux tubes.

- Quel tait le tube de Naoma ?

- Celui-ci.

Pnople hsite.

-  vrai dire j'ai peur que si c'est moi qu'il l'ouvre il
ne se rinitialise. Tu peux encore ouvrir le tien ?

Je pose ma main sur la petite trappe, elle s'ouvre. Je rcupre
le bracelet. Pnople pense tout haut.

- D'ailleurs cette histoire soulve d'autres questions dont
je n'ai pas la rponse. Si vous n'tes pas membres de la
Congrgation, ce n'est pas normal que vous ayez pu d'une
part utiliser le tlporteur et d'autre par avoir un bracelet.
Il y a un mystre l-dessous. Fais voir ton bracelet ?

Je le tends  Pnople. Elle l'analyse.

- Pourtant il a l'air tout  fait normal, il me dit qu'il
ne peut pas donner l'accs, il doit donc bien contenir des
infos. C'est mme un nouveau modle. Tu peux le mettre s'il
te plat ?

J'enfile le bracelet, je n'ai plus vraiment d'apprhension
dsormais.

- Comment a marche ?

- Pense juste  lui, regarde le ventuellement, a devrait
t'ouvrir le menu principal.

- C'est gnial !

En regardant le bracelet et en pensant entrer en contact
avec lui, trois sphres sont apparues. J'imagine qu'elles
ne sont qu'une projection que le bracelet fait sur mon cerveau,
mais c'est trs impressionnant. L'une d'elle semble servir
 avoir des informations sur mon corps, sur une autre j'interprte
le petit pictogramme comme tant le symbole pour tlphoner,
ou tout du moins l'quivalent local. Quant  la troisime,
elle doit permettre de chercher des informations.

- Il fonctionne ?

- Oui !

Quand je vais sur les infos de mon corps, je ne comprends
pas grand chose entre la langue et les chiffres, que je
parle et comprends mais n'cris pas du tout. Mais il semble
y avoir mon rythme cardiaque, mon tat de fatigue, les points
qui sont douloureux, mes ressources d'nergies... C'est
fantastique !

- C'est trange, trs trange. Tu ne devrais pas le garder
sur toi toutefois, il pourrait t'attirer des problmes s'il
s'avre que c'est celui d'une autre personne, ou une forme
de piratage.

- Vous connaissez a vous, le piratage ?

- Dans le pass c'est arriv je crois, a fait longtemps
cela dit. Quoiqu'il en soit je ne te le laisse pas, donne
le moi.

- Non.

- Donne.

- Non.

- Allez, tu ne vas pas m'obliger  te forcer.

Je refuse de lui donner. Je suis curieux de savoir ce qu'elle
peut faire. Elle est dcontenance. Elle hsite. Elle m'attaque
mentalement, mon bracelet signale une tentative de la part
de son bracelet, je choisis simplement ce qui me parat
tre le mode de protection.

- Tu viens de m'attaquer, Pnople, alors que je ne t'ai
rien fait.

- Tu n'as pas le droit d'avoir ce bracelet. C'est toi qui
est en tord.

- Comment sais-tu que je n'ai pas le droit, comment le saurais-je,
moi ? Puisqu'il m'a t offert  mon arrive ?

Je m'approche d'un pas. Mon bracelet m'informe qu'elle tente
de savoir ce que je pense. Mais je reste calme, essayant
de penser  toute autre chose pour troubler son dtecteur.
Elle recule, elle a peur, mon bracelet me l'indique. J'avance
d'un autre pas. Elle est prise au pige, si elle veut s'enfuir
il lui faudra me bousculer. Elle a de plus en plus peur.
Je ne voudrais pas la pousser  bout et la faire ragir
trop violemment.

- Je te le donne  condition que tu m'embrasses.

Elle reste silencieuse, m'observant bizarrement. Je reste
devant elle, immobile. Elle a toujours peur.

- Et qu'est ce qui me prouve que tu vas me le donner ?

- Est-ce que j'ai menti, en te le disant ?

- Non.

- a ne te suffit pas ?

- Je ne sais pas. Je...

Elle s'approche de moi, sa peur a diminu. Elle s'apprte
 m'embrasser. Quand elle n'est plus qu' quelques centimtres
de ma bouche, je m'loigne, retire mon bracelet et lui le
tends.

- Je t'aurais cru plus tmraire, Pnople. De la d'o je
viens dans ce genre de situation un bon coup de genoux dans
les couilles et c'tait rgl. Le bracelet te rend trouillarde.

Elle est dcontenance.

- Mais, comment as-tu fait ? Pourquoi je n'ai pas dtect
ta colre, j'aurais eu la permission de te contrler alors.

- Parce que je n'tais pas en colre.

- Mais... Tu... Tu voulais quoi ?

- J'tais curieux, simplement, curieux de savoir ce que
tu ferais.

- C'tait juste pour me tester ?

- Oui, mais j'ai vu que tu avais peur. a m'a tonn, intrigu.

Elle reste pensive un instant.

- Tu as raison. Je n'aurais jamais ragis de cette faon
par le pass. Je ne sais pas pourquoi, mais tu m'as paralyse,
mon bracelet ne me donnait rien, je ne savais pas quoi faire.
Peut-tre suis-je trop dpendante de lui, oui...

- Toutefois ce n'est pas vraiment un problme car je n'avais
effectivement aucune animosit  ton gard, donc tu ne craignais
bien rien. Je t'ai juste fait croire que tu craignais quelque
chose, et peut-tre qu'au contraire si tu avais vraiment
cout ton bracelet, tu aurais vu qu'il n'y avait pas de
problme.

- Oui c'est vrai. Mais j'ai vraiment eu peur. J'ai... J'ai
appel  l'extrieur, je vais prvenir que ce n'tait rien...

- Tu as mme appel, fichtre ! Quelle trouillarde !

- Que veux-tu, cela fait des centaines d'annes que je n'ai
pas vcu de situation dans laquelle je perdais le contrle,
c'est trs drangeant.

- Tu as bien de la chance, les situations dans lesquelles
je ne contrle que dalle c'est ma vie au quotidien depuis
plus de six mois.

Pnople a l'air vraiment perturbe par cette exprience.
Je l'a prend par la main, elle est surprise.

- Ne t'inquite pas, je ne le dirai  personne.

Elle sourit.

- Quoi qu'il en soit, l'exprience semble concluante, mon
bracelet  l'air correctement initialis. Tentons d'ouvrir
la trappe d'Erik, peut-tre pourrons-nous ainsi tester si
la mme opration est envisageable avec celle de Naoma.

- Oui, bonne ide.

Mais il n'y a rien  faire, la trappe ne s'ouvre pas, pas
plus avec les requtes que Pnople fait avec son bracelet
que moi en y allant  l'ancienne.

- Mais comment pourra-t-on l'ouvrir si seule elle peut le
faire ! Nous faudra-t-il apporter une de ses mains en dcomposition
en esprant que les empreintes y sont toujours ?

- Non cela ne fonctionne pas avec les empreintes digitales,
il faut l'empreinte lectromagntique du cerveau.

- C'est pas gagn quoi ?

- Non... Mais il doit bien y avoir un moyen. On doit pouvoir
ouvrir cette trappe, par contre il doit sans doute prendre
l'avis d'un comit plus important, comme je t'avais expliqu
la tlportation est un sujet sensible.

- C'est foutu pour aujourd'hui quoi.

- Oui, il nous faudra srement en aviser le village, et
j'ai peur que le Congrs lui-mme ne doive statuer sur un
tel cas.

- Bon, c'est rap quoi. On rentre ? On va faire un jeu virtuel
comme tu m'avais parl ce matin ?

- Si tu veux,  condition que tu me promettes de ne plus
faire ce que tu m'as fait tout  l'heure.

- Au contraire !

- Pfff... Allez rentrons.

Je me laisse emmener une fois de plus en abeille par Pnople,
et moins de trois quarts d'heure plus tard nous sommes au
village. Notre escapade matinale aura presque dure trois
heures. Pnople va s'entretenir avec quelques villageois
de notre aventure, j'en profite pendant ce temps pour faire
un tour du village et dire bonjour. Je croise Erik qui vient
semble-t-il tout juste de se lever.

- a va ?

- Mouais, j'ai eu ton message, vous tes dj rentr ?

- Oui.

- Vous tes all o ?

J'hsite un instant. Dois-je lui dire la vrit, dois-je
l'luder ? Je n'aime pas trop cacher des choses, surtout
qu'Erik peut tout  fait comprendre. Il va srement me reprocher
de ne pas l'avoir emmen avec lui, mais qu'importe.

- Pnople m'a fait faire un tour avec les combinaisons
abeilles, elle m'a expliqu l'origine de ses cratres. Mais
notre objectif tait de retourner aux btiments.

- Pourquoi, vous avez du nouveau ?

- Pas vraiment, juste qu'en discutant avec Pnople, j'ai
appris que le bracelet que l'on trouve en sortant d'un tlporteur
contient une sauvegarde, et que mme certains modles contienne
en permanence une sauvegarde de la personne. Et si tu te
rappelles bien Naoma avait pris et enfil le bracelet. Nous
avons tent de le rcuprer, mais sans succs, car seule
Naoma peut le faire. Pnople pense qu'avec l'accord de
certaines personnes nous pourrions peut-tre tout de mme
y parvenir, cela dit je ne veux pas te donner de faux espoirs
car nous ne savons pas s'il contient toujours l'empreinte
de Naoma.

- Et on peut le bloquer ce tlporteur, le dsactiver, pour
que personne ne puisse l'utiliser.

- Ha j'ai pas penser  a... Toutefois selon Pnople il
n'est plus utilis d'une part, et d'autre part il ne contient
aucune trace de notre passage, ce qui veut peut-tre dire
qu'il a un problme ou que l'on a effac nos traces.

- Mouais, mais ce serait quand mme plus prudent de le bloquer,
ce serait pas de veine qu'on le perde  cause de a. Pourquoi
ne m'avez-vous emmen ?

- D'une part ce n'tait qu'un intuition, d'autre part tu
dormais. Et puis je ne voulais pas t'apporter de faux espoirs.

- Et oh a va j'ai pas dix ans, j'ai dj perdu des proches,
j'tais un tueur avant, si jamais tu ne t'en souviens pas.
La prochaine fois tu fais signe.

- a marche. Allons voir Pnople pour l'histoire du blocage.

Une personne nous interpelle :

- H ! Vous allez o ?

Guerd apparat, elle se prcipite vers Erik et me salue
 peine qu'avec un petit signe de la tte. Elle a l'air
compltement subjugue par Erik. Guerd est une rousse superbe.
Il faut toutefois relativiser car en effet Pnople a raison,
tout le monde ou presque a un corps magnifique ici. Il est
vrai que je trouve Pnople plus jolie, mais Guerd est aussi
mignonne comme tout. Mais son caractre par contre ne me
sirait pas du tout j'en ai peur. Guerd est trop collante,
beaucoup trop dpendante je pense. Mais je ne la connais
pas vraiment non plus alors je laisserai au temps le soin
de m'infirmer ou pas sur ce point.

Nous nous dirigeons tout trois vers la salle du conseil
o se trouve Pnople. Nous la trouvons en grande discussion
avec cinq autres personnes. Nous les saluons.

- Moyoto, je suis dsol de vous dranger, mais Erik m'a
fait remarquer que ce serait peut-tre plus prudent de faire
en sorte que le tlporteur soit dsactiv le temps que
nous rsolvions cette affaire ?

- Oui c'est ce dont nous avons parl entre autre, mais le
centre est dj dsactiv. C'est un mystre de plus, vous
n'auriez pas d pouvoir arriver pas l. Ce soir nous aviserons
Adama, il semble que l'affaire soit un peu plus complexe
que nous ne l'imaginions, tant pis pour notre tranquillit.

Erik est press.

- Nous ne pouvons pas les aviser maintenant ? C'est quelle
heure sur Adama en ce moment ?

Pnople rigole.

- Et bien a dpend o, mais si ta question est de savoir
si le congrs est disponible en ce moment, je te rpondrais
non. Mme si les avis sont  mme de rsoudre pratiquement
tous les problmes, il n'en reste pas moins que trois cent
soixante milliards de personnes crent quand mme bon nombre
de situations difficiles. Mais ne t'inquite pas nous avons
dj expos le problme  plusieurs personnes de Stycchia
et une personne du Congrs. C'est elle qui nous mettra en
contact ce soir.

Je propose  Erik :

- Vous mangez avec nous ?

- Oui pourquoi pas, je n'ai pas encore pris mon petit-dj
de toute manire.

Erik demande :

- On va chez qui ?

Je rponds :

- Chez Guerd nous n'y sommes jamais alls.

Erik conteste :

- Moi j'y suis dj all.

- Euh, toi a ne compte pas...

Je m'aperois que je dois tre en ralit le seul dans ce
cas et je rectifie.

- Euh... Les autres non plus d'ailleurs a ne compte pas...
Bon, MOI je n'y suis jamais all. C'est valable, non ?

Erik et Guerd rigolent et nous nous dirigeons vers le chalet
de Guerd. Pnople ne dit pas un mot, elle a l'air soucieuse.
Nous allons tous les quatre chez Guerd. Son appartement
est sympa, il me file des trucs nouveaux  manger. Erik
pose quelques questions sur notre matine, sur le principe
du bracelet, sur les avis et d'autres aspects que j'avais
dj abords avec Pnople, puis nous drivons sur des sujets
moins importants, quoiqu'aussi intressants. Je demande
 Pnople et Guerd :

- A propose de vos corps et de la beaut, si tout le monde
a un corps parfait, cela ne pose pas des problmes pour
la diversit ? Et mme, tout le monde ne possde pas les
mmes critres de beaut, pourtant vous semblez tous appartenir
au mme type, au mme physique ?

Guerd rpond en premier lieu :

- Si chacun fait comme il veut c'est que finalement c'est
ce que veulent les gens.

Pnople complte :

- C'est vrai que c'est une question que nous nous sommes
souvent pose. Mais plusieurs lments justifient le rsultat.
Premirement nos enfants naissent obligatoirement de parents
non modifis. Deuximement si tu compares les corps des
initiaux avec les clones, tu ne verras pas tant de diffrence
que a, car nos corps ne sont pas faonn par un dsir quelconque,
mais par un contrle mdical qui leur apporte une alimentation
et des soins optimums, ensuite...

Je rtorque :

- Mais il doit bien y avoir des erreurs, des malformations,
des problmes gntiques ? Est-ce que vous interrompez certaines
grossesses, par exemple ?

- Non, aucune. Toutefois les femmes ne sont pas obliges
de suivre leur grossesse elle-mme, des artificiels peuvent
recueillir le foetus. Sur le plan des dformations gntiques
et des erreurs, comme toujours ce sont les avis qui dcident.
Ds que le foetus a quelques jours seulement nous savons
projeter son volution et savoir  quoi il va ressembler
plus tard. Ainsi quand un enfant aura une malformation,
par exemple un seul bras au lieu de deux, alors un bras
lui sera rajout pendant son dveloppement, mais ses gnes
sont conservs. De la mme faon, s'il possde des dformations
osseuses, ou une prdisposition aux maladies, ou tout autre
problme qui ne le rendra pas gal  ces concitoyens, il
est artificiellement corrig, mais l'intgrit de ces gnes
est toujours prserve.

- Mais vous pouvez tout corriger ? Il n'y a pas des foetus
qui ont des problmes de dveloppement tel qu'ils meurent
avant la fin de la grossesse par exemple ? Et est-ce que
cela n'est pas contraire  la nature. Par exemple il n'est
pas normal qu'une personne n'est qu'un seul bras, est-ce
que cette politique de mener mme les grossesses les plus
dsespre  terme n'est pas dangereux pour l'espce au
final ? De conserver ces gnes, ou mme des prdispositions
 certaines maladies ?

- Il y a effectivement des grossesses qui n'aboutissent
pas. Notre limite se situe toujours au niveau des gnes.
Si leur modification est ncessaire pour que la personne
puisse vivre, c'est gnralement reprouv par les avis.
Sur les problmes de dgnrescence du patrimoine gntique
de l'humanit, quand j'ai dis que les personnes devaient
natre gales les unes aux autres, j'ai menti. Si nous devions
tous tre gaux les uns aux autres il faudrait partir d'un
clone et rendre tout le monde identique. Il s'avre que
l'apparence physique relle est toujours prsente aux autres.
Si une personne n'a qu'un bras tout le monde saura que gntiquement
cette personne n'a qu'un bras. Nous ne cachons pas les choses.
Et il y a effectivement des gens qui sont plus intelligents,
ou plus habiles, plus forts... Mais seules deux personnes
peuvent dcider en connaissance de cause si elles veulent
avoir un enfant ou pas, nous ne pouvons pas les forcer 
le faire ou  ne pas le faire.

- Tiens en parlant de couple, vous avez une proportion d'homosexuels
parmi vous ?

- Extrmement faible, mais il y en a tout de mme.

- Ils peuvent avoir des enfants ?

- S'ils y arrivent, oui, mais dans la pratique c'est assez
dur pour eux. Les avis considrent que la procration doit
rester naturelle. Sur l'homosexualit, il s'avrent que
la proportion tait plus grande dans le pass, dsormais
tout le monde peut changer de sexe comme il l'entend, et
de plus le changement de sexe conserve les gnes. Souvent
les personnes indcises sur leur tendances sexuelles exprimentent
les deux sexes, et choisissent celui qui leur convient le
mieux. Certaines personnes vont mme jusqu' changer de
sexe plusieurs fois pas an. Mais globalement tout le monde
trouve son bonheur. Les seuls cas un peu trange sont les
couples homosexuels fminin qui sont des homosexuelles pures,
c'est--dire qu'elles aiment les femmes, et qu'elles ne
voudraient pas tre un homme. Si ces couples dcident d'avoir
des enfants, et que l'une d'entre elles devient un homme
quelques temps dans ce but, ils n'auront que des filles.
Mais le problme se pose peu, le nombre d'enfants est de
toute faon trs faible.

- Tu as t un homme toi ?

- Oui pendant quelques annes, mais a ne m'a pas trop russi.
Pourtant, franchement je ne regrette pas l'exprience, c'tait
trs instructif ne serait-ce que pour comprendre les problmes
du sexe oppos.

Erik prend la parole :

- Et pour revenir sur la beaut, tu n'as pas vraiment rpondu
sur les critres de la beaut, tout le monde a les mmes
?

-  vrai dire je ne sais pas vraiment rpondre, et je pense
que la rponse de Guerd sera aussi la mienne. Nous ne forons
pas les gens, c'est eux qui dcident, c'est eux qui ont
leurs propres critres. Si la majorit des gens ont plus
ou moins le mme idal fminin ou masculin, c'est que peut-tre
le concept de la beaut est effectivement une valeur partage
par tous les hommes. Nous ne forons personne  faire quoi
que se soit. Chacun dcide, et si aujourd'hui le rsultat
est tel, c'est que c'est ainsi que les hommes en ont dcid.

Guerd s'intresse  notre vision de la beaut :

- Pourquoi, vous n'avez pas les mmes critres chez vous
?

Erik rpond :

- Dans la partie du monde dans lequel je vis les critres
ressemblent pas mal  ceux d'ici. Et ne t'inquite pas je
vous trouve trs jolies, mais je ne suis pas sr que toute
ma plante soit compltement d'accord avec cette position.
Je pense que Ylraw sera d'accord, c'est lui l'intellectuel.

- Et oh ! Assume.

- J'assume.

- C'est vrai qu'on peut se demander si votre notion de la
beaut est celle qui a mis tout le monde d'accord, ou plutt
celle qui tait le plus en avance et a effac toutes les
autres. Sur notre plante je dirais que c'est plutt cette
deuxime chose qui se passe.

La conversation continue sur des dtails plus mineurs de
notre monde  l'initiative de Guerd. Pnople s'est dsintresse
de la conversation, elle semble toujours soucieuse. Le repas
termin, Guerd propose  Erik d'aller se baigner, je rappelle
 Pnople sa proposition de virtuel. Nous nous sparons
et sur le chemin du chalet de Pnople, je m'inquite de
ses proccupations :

- Avant le repas et aprs notre conversation sur la beaut
tu m'a apparu soucieuse, quelque chose ne va pas ? Vous
avez appris une mauvaise nouvelle avec le conseil avant
que nous n'arrivions Erik, Guerd et moi ?

Elle me regarde et sourit.

- Non non pas du tout.

Elle attends quelques secondes puis reprend :

- C'est bte mais je suis toujours perturbe par ce que
tu m'as fait ce matin, je me rends compte que j'ai vieilli,
que mon esprit a chang.

Je la prend par la main et tente de la rassurer.

- Ne soit pas si alarme, cette sensation vient surtout
du fait que tu tais surprise, en tant plus souvent face
 ce genre de situations tu retrouverais ta fougue d'antan
!

- Peut-tre, mais je ne suis pas sre, je me demande si
le temps ne nous rend pas diffrents. Notre corps n'volue
pas, pourtant notre esprit semble chang, mais pas uniquement
par l'accumulation de l'exprience. Je m'en rends d'autant
compte que je t'ai fais mon rcit il y a quelques jours,
et qu'en le mettant en relation avec ma vie actuelle, je
suis tellement mconnaissable...

- Nos ides changent, peut-on rellement l'viter ? C'est
salvateur mme, ne crois-tu pas, d'voluer ?

Elle sourit, comme si ma remarque lui paraissait si anodine.

- voluer ! Ah ! C'est le choix que nous n'avons pas fait,
pourtant ! Mais l'humanit change oui, elle continue d'voluer
sans doute, mais pour aller o ? Crois-tu que nous dgnrons
?

- J'aurais bien du mal  te le dire, je connais si peu de
votre Congrgation ! Peut-tre, si je dois la parcourir
de long en large pour retrouver ma maison, pourrai-je te
rpondre, plus tard ?

Nous sommes maintenant arrivs dans la maison de Pnople,
c'est un chalet un peu comme tous les autres, si ce n'est
qu'il est sur deux niveaux.

- Tu vois ce chalet par exemple, avec un tage,  l'poque
c'tait une forme de rbellion, personne d'autre n'a d'tage,
hormis le chalet du conseil, mais c'est particulier.

- Rebelle d'avoir un tage ? Fichtre !

- Et encore plus rebelle d'tre oblig d'y monter par les
escaliers ! Les hommes n'ont jamais vraiment aim les tages.
Dans le pass sur les plantes surbondes cette architecture
devint une ncessit, mais dans notre histoire ancienne
nous vivions dans les grottes ou sous terre, alors l'altitude
n'tait pas vraiment notre fort. Mais c'tait encore une
forme de domination des reptiliens j'imagine.

- Il faudra que tu me racontes cette histoire de reptiliens,
un jour.

- Oui, il le faudra.

- Montons et installons-nous, comme tu n'as pas de bracelet
je vais...

- Si j'en ai un ! O l'as-tu mis d'ailleurs ?

Elle reprend :

- Comme tu n'as PAS de bracelet, je l'ai rang, oublie tu
ne le trouveras jamais, je vais te donner un rcepteur de
virtuel uniquement. Et ne perds pas ton temps en t'nervant
dessus, il ne sert qu'au virtuel.

- Vous pouvez faire du virtuel juste avec votre bracelet
?

- Non, il nous sert de rcepteur, il faut un artificiel
plus puissant pour le virtuel. Allongeons nous sur le lit,
nous serons plus  l'aise et en scurit, parfois nous faisons
tout de mme quelques mouvements.

L'tage, qui ne doit pas faire plus de trente mtres carrs,
est constitu d'un grand lit, un canap, une armoire, une
petite table et quelques chaises. Quatre grandes fentres
laissent entrer la lumire du jour mais il se dgage malgr
tout une ambiance tamise avec une petite odeur de pin et
de rsine. Pnople me donne un petit bracelet, plus fin
que le sien, et nous nous allongeons sur le lit, cte 
cte. J'espre que nous allons vite partir en virtuel parce
que sinon  je vais rapidement avoir quelques pulsions pour
faire du rel !

- On y va ?

Je me dtends, ferme les yeux et acquiesce :

- On y va !

Quelques secondes passent, rien de change. Pnople se redresse.

- Ah, je crois qu'il y a un problme, je n'arrive pas 
lancer le module.

- C'est buggu votre truc !

- Me, il y a un problme ?

"Me" est sans doute le nom de son chalet.

- Dsol Pnople mais ne t'ayant pas servi du virtuel depuis
longtemps, j'avais driv son entre pour la gestion de
la mto, qui est dcidment trs chaotique ici, veux-tu
que je redrive  nouveau ?

- Oui s'il te plat, combien de temps te faut-il ?

- Une vingtaine de minutes tout au plus.

- OK.

- C'est nul "Me" comme nom.

- Pas de commentaires ! "Chalet" c'est bien peut-tre ?
Appeler son chalet chalet, c'est stupide, et pourquoi pas
fentre tant qu'on y est !

- Ne deviens pas insultante s'il te plait, j'ai un problme
avec les fentres.

En attendant je lui explique ma remarque et nous redescendons
au premier pour manger un pain d'eau aromatis. Soudain
un grand bruit se fait entendre au dehors.

- Qu'est ce que c'tait ?

- Je ne sais pas, allons voir.

Nous sortons. La maison de Pnople est un peu en retrait
derrire quelques autres habitations. Nous sommes en plein
milieu de l'aprs-midi, il fait un grand Soleil, la chaleur
est caniculaire. Rien ne parat suspect. Mais un nouveau
grand bruit se fait entendre, en provenance de la place
du village. C'est un peu comme la chute d'une norme pierre
sur le sol. Je m'interroge mme sur le fait que nous ressentions
des vibrations dans le sol ou si ce n'est qu'une impression.
Nous avanons d'un pas rapide vers la place du village,
elle est dserte.

- Il n'y a pas foule, mais tu vois quelques chose d'anormal
?

- Non. C'est sans doute plus loin... Allez, bouge toi on
va trouver ce que c'est.

Soudain Pnople me pousse. Je ne m'y attendais pas, je
vascille et je tombe au sol, elle rigole.

- Mais tu vas pas bien ! Refais a et je te fais bouffer
tout le sable de la place !

Je me relve doucement, mais de nouveau elle me pousse.
Elle rigole toujours.

- T'es pas trs stable.

- Mais arrte ! Mais qu'est ce qu'il te prend, il faut que
nous trouvions l'origine du bruit !

- Tu as raison, avanons.

Je suis un peu dboussol par l'attitude de Pnople. De
nouveau le bruit se fait entendre, mais cette fois-ci derrire
nous !

- Mais qu'est ce que c'est que ces histoires, et o sont
les autres, ils sont sourds ou quoi !

Je n'ai pas termin ma phrase que Pnople me saute de nouveau
dessus, mais par chance j'anticipe un peu et parviens en
basculant en arrire  la faire passer par-dessus moi. Elle
se relve aussitt et me prviens :

- Et, mais a ne va pas se passer comme a !

Elle s'lance vers moi et sans que je puisse faire autre
chose que de me protger avec mes bras. Je reois un puissant
coup de poing dans le ventre, qui me fait dcoller du sol
de plusieurs centimtres et retomber lourdement dans le
sable de la place. Mais le tout ne se termine pas l, avant
mme que je ne me redresse, elle morphe une pe avec son
bracelet, et d'un seul coup me coupe le bras gauche, net.
La douleur est immdiate et insupportable. Je hurle. Je
ne comprends plus, que se passe-t-il. Est-ce que nous serions
dans la simulation, m'a-t-elle dup ? Mais comment le savoir,
tout semble si vrai ! Je ne peux pas me laisser faire, si
ce n'tait pas le cas, si elle tait folle, si c'tait un
pige depuis le dbut, un test ?

Je ne me pose pas plus de questions et pars en courant 
toute vitesse, mon bras gauche en moins. Ma blessure saigne
abondamment, je tente de contenir le sang en faisant pression
avec ma main droite. Mais je reois alors un sorte de boomerang
mtallique qui me tranche tout aussi net la jambe droite
avant de retourner dans les mains de Pnople. Je m'croule
au sol. Oh mon Dieu fate que ce soit une simulation ! Je
suis allong sur le dos. Elle s'approche. Je recule tant
bien que mal pour loigner le moment o elle sera  mon
niveau. Mais bien sr c'est peine perdue.

- Alors ? Tu t'avoues vaincu ?

- C'est une simulation, c'est a, hein ?

- Pourquoi le serait-ce ? N'aurais-je pas des raisons de
vouloir te tuer ?

Je ne sais pas quoi penser, la logique me pousserait  croire
que c'est bien une simulation, mais c'est le seul lment.
Tout le reste le contredit.

- Tu as peur je vois. Manque de pot, je n'ai pas de couilles.

Une rfrence  ce matin ! Elle a d vouloir se venger.
Dans ce cas c'est donc bien une simulation, j'avoue que
je suis bluff.

- Je suis impressionn. Je suis compltement incapable de
faire la diffrence avec le rel. Mes blessures me font
tellement mal. Le sable qui me brle, la tte qui tourne,
la chaleur qui m'tourdit. Tout semble si vrai !

- Tu vois, tu fais toi aussi trop confiance  tes sens...

- Basse vengeance.

- a me rassure toutefois.

- Et... On peut arrter la douleur, parce que je ne vais
pas tarder  tomber dans les vapes.

- Tu baisses les bras ?

- "Le" bras tu veux dire. Et bien j'avoue avoir peu d'ides
pour m'en sortir.

Je suis coup par un soupir, j'ai les yeux qui clignent,
je pleure de douleur. C'est insupportable. Je n'entends
plus vraiment ce qu'elle dit.

- Et si je meurs... Je meurs aussi en vrai ?

- Ben non, c'est virtuel, t'es bte.

Je pousse un gmissement, mais garde un peu d'humour...

- C'est nul Matrix...

- Quoi ?

- Non rien.

Ce sur quoi Pnople se morphe une sorte de pistolet et
dans la seconde s'en sert pour me transpercer de toute part
avec ses projectiles. Je suis plaqu contre le sol, ma respiration
est saccade, je ne peux plus bouger, je sens ma conscience
partir. La mort serait donc ainsi, une dlivrance...

Quelques secondes passent et un flash se produit. Je rapparais
alors, entier,  ses cts. Je cligne des yeux, reprends
mes esprits, mes douleurs sont passes.

- Je suis impressionn. Mais a ne cause pas des problmes
dans mon corps rel de subir toutes ses motions.

- Il y a des effets effectivement. Mais le simulateur, qui
a pris le relais de ton cerveau pour ton corps, lui transmet
un tat de sommeil. Toutefois ton cerveau va secrter pas
mal d'adrnaline, et cette surdose peut avoir quelques consquences.
Mais tout est contrl, et en cas de problme, la simulation
est coupe.

- Dj sur notre plante certains sont dpendants des simulations
bas de gamme que nous avons, alors tre plong dans un monde
virtuel indiscernable de la ralit... Mais qui te dis alors
que la ralit n'est pas elle-mme une simulation ?

- Dans la ralit je ne peux pas morph mon bracelet en
pistolet-mitrailleur !

- Oui, parce que c'est toi qui contrle, mais moi, par exemple
dans le cas prsent, quels moyens avais-je pour discerner
la simulation, qui te dit que ta vie dans ton monde rel
n'est pas une simulation ?

- C'en est sans doute une, dans le sens ou nous n'apprhendons
que l'image que nous donne nos sens de la ralit. C'est
ce que je crois qui compte, pas ce qui "est". Rien n'est
vraiment, il y aura toujours un niveau que tu ne comprendras
pas.

- Et il n'y a pas des gens qui croient que ces mondes virtuels
sont leur ralit ?

- Ils le voudraient peut-tre, mais ils savent en eux que
ce n'est pas le cas, et c'est l toute la diffrence. Tu
ragis compltement diffremment quand tu sais que tu ne
mets pas ta "vrai" vie en jeu, ou que tout peut-tre effac,
recommenc. Et mme s'ils tentent de se convaincre et peut-tre
y parviennent parfois, le bracelet ou leur mthode d'entre
est l pour le leur rappeler.

- Certains ne sont pas parvenus  bidouiller des versions
qui contournent les limitations ?

- Oh c'est bien possible, mais c'est alors le contrle des
autres qui va donner l'alerte.

- Il doit bien pouvoir se faire contourner aussi, non ?

- C'est dj sans doute beaucoup plus dlicat, et quoiqu'il
en soit la personne aura bien faim et soif  un moment ou
 un autre. Et mme encore dans ce cas, les avis trouveront
 un moment ou  un autre que la personne a tricher, et
 partir de l elle perdra pas mal de sa libert vis--vis
des autres. Enfin toujours est-il que le systme a sans
doute des failles, mais si personnes ne s'en plaint, c'est
qu'elles ne doivent pas tre trs importantes.

- Vous avez peut-tre tous l'illusion que votre vie est
parfaite mais subissez en ralit de nombreuses injustices.
Qui te dit que tes sauvegardes n'effacent pas de ton cerveau
certaines parties gnantes pour ton illusion actuelle ?

- Oui nous sommes peut-tre tous sous le joug d'une puissance
malfique qui contrle nos vies, et mme si cette hypothse
reste hautement improbable, dans la mesure o tout systme
a ses failles, qu'est ce que cette situation change ? Nous
vivons dans un monde o personne ne travaille, ou personne
n'a faim, ou tout le monde a accs  presque tout ce qu'il
dsire, que demander de plus ? Si l'enfer est le paradis,
pourquoi s'en plaindre ?

- C'est vrai... Bon, que peut-on faire dans ton jeu ?

- Celui-ci n'est pas vraiment un jeu, c'est plus un terrain
virtuel sous mon contrle. Et je crois que les limites sont
juste celles de mon imagination.

Ce sur quoi je lui dcoche un puissant coup de poing dans
la figure, qui la fait rouler en arrire. Mais elle se relve
et sans mme me toucher, juste d'un mouvement d'avant de
la main, je suis propuls dans les airs jusqu' retomber
lourdement et glisser dans le sable. Allong sur le sol,
je gmis :

- Aaaahhh... Tu triches...

Alors elle me saute dessus, et, assise sur moi, me bloquant
les bras, me susurre  l'oreille.

- C'est moi qui domine, gamin, c'est moi la plus forte.

Mais cette proximit lui vaut tout de mme un puissant coup
de tte. Elle dcolle du sol, enrage, alors que je me relve
tant bien que mal. Je lui crie

- Je ne me laisserai pas faire !

- Insolent !

Elle vole alors vers moi, et m'attrapant le bras je me vois
projeter de nouveau dans les airs, cette fois-ci beaucoup
plus loin que la fois prcdente. J'atterris en grand fracas
dans le mur d'un chalet, ce qui me vaut sans doute quelques
brisures d'os, car je retombe au sol le dos si douloureux
que je ne peux bouger.

- a ne va pas se passer comme a ! Je vais changer la matrice
et te casser la figure.

J'ai la tte contre le sol et j'avale le sable qui virevolte
prs de mon visage emport par la brise lgre. Le rendu
est vraiment superbe. Franchement je n'arrive pas  m'imaginer
que je suis en fait en ce moment tranquillement allong
sur le lit  ct de Pnople. Elle relve le dfi.

- Je t'attends...

Je ne peux vraiment plus bouger, et question de changer
la matrice, c'est plus vite dit que fait, je ne dois pas
tre l'lu, somme toute.

- Euh.. Je n'y arribe pas...

- Tu n'es qu'un... Ah, j'ai un appel... Euh, on quitte ?

Toujours la tte dans le sable :

- J'dais pludt bien instad, mais tant pis, on levienda.

Un flash, j'ouvre les yeux. Je suis toujours allong sur
le lit, au ct de Pnople. Elle est dj en conversation.
Je me tourne vers elle. Elle est habille de rubans blancs
lgers, enrouls plusieurs fois autour de la taille et des
seins, masquant sa peau, alors qu'ils ne sont qu'un voile
transparent sur ses paules et son ventre. Elle semble toujours
dtache, discutant mentalement avec je ne sais qui. J'approche
ma main de son ventre, soulve ses rubans, laisse mes doigts
l'effleurer. De sa main elle me repousse doucement. Je la
lui saisis et la pose doucement sur son ventre, puis me
penche pour l'embrasser dans le coup. Elle penche la tte
et remonte l'paule. Elle veut utiliser sa main mais je
la tiens toujours fermement. Je la lche enfin et fait glisser
ma main le long de sa jambe. Je me rapproche encore. Elle
se retire un peu et me parle enfin, sa communication doit
tre termine.

- Eh ! Tu fais quoi l ?

Je me rallonge alors.

- Rien, je tentais de te distraire, simplement. Mais bon
tu n'es plus en com, alors ce n'est plus intressant.

- C'tait un des grants de Stycchia, qui demandait plus
de prcision sur votre cas et surtout celui de votre amie
pour l'accs au bracelet. Il va intercder auprs du Congrs
pour expliquer la situation, si sa demande est accepte,
nous n'aurons pas besoin de runir trop de monde d'ici pour
faire appel, et nos craintes de voir dbarquer la moiti
de la plante seront en partie rassures. C'est pour toi
que je fais toute ces dmarches, tu pourrais avoir un peu
plus de respect !... Bon, pourquoi tu t'es arrt ?

- Et bien, je te l'ai dis, tu n'es plus en com, il n'y a
plus lieu de tenter de te distraire. Mais vous n'aviez pas
un conseil ce soir ?

- Si justement nous devions runir les avis de Stycchia
pour avoir accs en urgence au Congrs, mais si a se trouve
nous aurons directement accs.

Elle se rapproche. C'est moi qui suis sur le dos et elle
 mes cts dsormais. Elle parle plus doucement.

- Tu voulais juste m'embter pendant ma com ?

- Et bien, oui, que croyais-tu ?

- J'avais vaguement l'impression que tu voulais m'embrasser.

Elle se rapproche encore, s'apprtant  m'embrasser.

- Si je l'avais voulu je t'aurais laisser faire ce matin.

- Salaud !

Elle se redresse, me file une tape de la main et se tourne
pour se lever du lit. Je l'attrape par le bras et la tire
en arrire, elle tombe  la renverse sur le lit mais me
repousse. Elle se dbat mais je la matrise. Je l'embrasse
dans le coup. Elle se calme mais me repousse et me maintient
 distance les deux avant-bras contre mon torse.

- Qui te dis que j'ai envie de toi ?

- Ton bracelet.

- Comment a ?

- Si tu n'avais vraiment pas envie de moi, tu m'aurais paralys.

- a ne me fait pas forcment plaisir de te paralyser en
permanence ! Si je peux m'en sortir toute seule, je n'hsite
pas !

- Oui mais l tu ne peux pas t'en sortir.

- Prtentieux !

- Tu as raison, il ne faut pas tre prtentieux. Fais ce
que tu veux.

Je la lche et me retourne, m'apprtant  me lever, et c'est
elle, alors, qui me tire de nouveau sur le lit et m'embrasse.
Je lui passe ma main dans les cheveux, elle fait traner
la sienne sur mon torse. Je suis habill avec une combinaison
moulante bordeaux, d'un seul tenant, j'ai bien peur qu'elle
aie quelques difficults  me dshabiller. Pour ma part
la tche sera sans doute longue mais un vritable plaisir.
Je commence en dgrafant l'attache de ses bandeaux, et les
glissant tout doucement en lui caressant le dos. Elle descend
sa main et sourit en constatant mon excitation.

- a te convient-il ?

- On va voir a.

- Tu vas avoir quelques mal  me dnuder, alors que moi.

Je lui retire dj un premier bandeau.

- Tu crois a ?

Elle passe alors sa main doucement sur moi, et mes vtements
se dchirent, se rtractent, disparaissent. Je souris, stupfait.

- Tu triches encore, tout a parce que je n'ai pas de bracelet.
Tu ferais sans doute moins la maligne si j'avais le mien.

- Oui mais tu ne l'as pas, et je n'ai pas envie de te le
donner, alors il va falloir que tu me dshabilles  l'ancienne...

- Ce n'est pas spcifiquement un problme.

Pendant qu'elle termine de dchirer mes vtements en m'effleurant
de la main, je remonte avec ma main droite le long de sa
cuisse et passe sous la jupe forme par les rubans. J'atteins
sa fesse, aussi douce que la peau d'un bb, tout comme
sa jambe.

- Vous devez vous piler les jambes ?

- Petite exception  la nature, nous pouvons contrler notre
pilosit. Tu n'as pas remarqu que ta barbe ne poussait
pas ?

- Ah... Oui, j'avais relev avec Erik et Naoma, c'est vrai
que a m'tais compltement sorti de la tte ce truc trs
bizarre... Et tu en as conserv un peu ?

- Tu verras...

Elle m'embrasse, m'arrache ce qui me reste d'habits et s'agenouille
sur moi. Je m'emmle dans ses rubans, les drouler prend
des heures. Elle s'arrte un instant, surprise par toutes
mes traces de blessures, aux jambes, au ventre,  l'paules,
aux bras...

- Toutes ses blessures, elle date d'avant ?

- a dpend lesquelles, certaines de mon pope sur mon
monde d'origine, d'autres de notre passage dans la jungle
sur Stycchia.

- Tu as d tellement souffrir...

- Si nous parlions de ces choses un peu plus tard ?

Et impatient je tente de la retourner pour en finir avec
ces fichus rubans. Elle rsiste et finalement se lve du
lit. Je suis nu et elle est loin de l'tre. Elle recule
un peu, j'avance et rcupre deux ou trois rubans qui pendent
pour la faire tourner doucement et enfin la plaquer le dos
contre mon torse, en serrant un de ses seins dans chacune
de mes mains. Elle se cambre et penche la tte en arrire,
laissant chapper un petit gmissement.

- a te plait ?

Ils sont parfaits,  la fois fermes mais pourtant naturels,
autant que son corps peut l'tre. Il est toutefois difficile
de se mettre en tte qu'il n'est pas purement naturel. C'est
 la fois si beau et si vrai.

- Ils m'ont vraiment l'air pas mal, mais est-ce que le reste
suivra ?

Elle me saisit mes deux mains, pendant quelques secondes
elle se cambre un peu plus et appuie mes mains contre ses
seins, puis les descend doucement sur son ventre, et quand
elle passe sur son sexe, les rubans se dsintgrent, comme
le firent mes vtements. Je remonte ma main gauche sur un
sein, et doucement de la main droite je glisse vers son
sexe et du bout des doigts exite son clitoris.

Je redescends doucement, embrassant son dos, glissant mes
mains sur la courbe de ses hanches pour la saisir et la
tourner. Son sexe est joliment coiff, couvert de petits
poils presque doux qui forment une amande autour de ses
lvres. Je souris en laissant deux de mes doigts commencer
l'exploration de son vagin.

- Mes seuls poils sont-ils  ton got ?

- Je te le dirais aprs y avoir eu got, en attendant je
trouve a trs mignon.

- Mignon ? Ah ! Utilise donc ta langue  un autre usage,
insolent !

Je m'excute et tout en continuant de lents mouvements de
haut-en-bas avec mon majeur et mon index dans son sexe,
je maintiens fermement sa fesse droite avec mon autre main
et suce doucement son clitoris. Elle pose ses mains sur
ma tte et gmit doucement. Elle se laisse faire quelques
instants puis me remonte vers elle. Je serre son corps,
mon pnis tendu contre elle. Je l'embrasse puis tourne autour
d'elle. Je la ressaisis un fois derrire, serre ses seins
puis redescend et carte ses lvres. Je plie lgrement
les genoux pour remonter mon sexe contre son vagin. Je la
pntre si aisment, son excitation me rendant la voie presque
trop facile. Elle gmit, moi-aussi. Elle se penche en avant
et avance lgrement, moi avec, pour s'appuyer contre la
table.

Je lui saisis les hanches et commence alors le premier va-et-vient.
D'abord doucement, puis mettant un peu de force par moments,
ou un peu de vitesse. Je lui donne envie  d'autres encore
en ne la pntrant que lgrement. Cela l'nerve et elle
se retourne pour me pousser vers le lit.

- Attends...

- Non non je n'attends pas, c'est moi qui dcide on a dit.

- Tu as dis, n'est-on pas en dmocratie parfaite dans cette
Congrgation ?

- Eh ! J'ai huit cent quatre vingt neuf ans, tu veux m'apprendre
la vie ? Tu as quel ge toi, rappelle moi ?

- En annes d'Adama a doit faire dans presque dans les
dix-sept ans !

- Bah, j'ai plus de cinquante fois ton ge ! Tu n'es mme
pas majeur ! Gamin ! Alors laisse toi faire.

Je ne rsiste pas plus, ayant bien peu d'antipathie  me
laisser prendre en main, si je puis dire, par la belle.
Elle m'allonge sur le lit et s'agenouille sur moi, puis
avec des petits mouvements du bassin parvient  rintroduire
mon sexe en elle.

- Me !?

L'ordinateur du chalet rponde de sa voix douce :

- Oui Pnople ?

- Insonorisation !

- Pas de problme, fais-toi plaisir.

Je souris :

- Il est cool ton chalet.

Elle ne rpond mme pas et se contente d'un long gmissement
en frottant son sexe fort contre le mien.

- Tu aimes quand je fais rentrer ton sexe profondment ?

Je me laisse aller moi-aussi... Elle gmit :

- Oooh... Oui !!...

Elle acclre alors, jusqu' ce que je saisisse sa taille
pour acclrer encore la cadence. C'est alors qu'elle jouit,
me griffant presque en contractant ses mains sur ma poitrine
et justifiant l'usage de l'insonorisation. Je me retiens.

Quelques secondes passent, plus calmes, elle me demande
:

- Pourquoi n'as-tu pas joui avec moi ?

- Ne t'inquite pas a va venir.

- Toujours aussi prtentieux.

Elle change alors de position, recroqueville, elle monte
et descend au dessus de moi, alors que je l'aide avec mes
mains sous ses fesses. Quelques minutes encore et je la
retourne sur le lit, et, elle allonge sur le ventre, je
pntre son vagin par derrire en jouant de ma main, pass
devant sous son sexe.

- Tu aimes ?

- Mmm... Plutt...

Quelques minutes encore, pour faire remonter son excitation,
et la retournant de nouveau je m'immisce dans une position
plus classique, la saisissant par les paules pour faire
profondment entrer mon sexe en exerant une forte pression
sur son pubis. Elle apprcie et gmis, crie presque. Je
sens  mon tour monter l'excitation en moi et acclre d'autant,
me plaquant toujours plus contre elle. Parvenant  la faire
jouir de nouveau  grand cris, elle crispe ses mains sur
mes fesses et je m'abandonne moi aussi, criant mon plaisir,
relevant mon torse pour mettre mon pnis au plus profond
alors que je jouis.

Je m'allonge alors doucement sur elle, lui faisant un bisou
dans le cou. Une minutes ou deux s'coulent. Je lui demande
:

- Vous parlez aprs ?

- Comment a ?

- Aprs l'amour, est-ce que vous restez cte--cte un moment
en discutant doucement.

- a dpend... J'ai connu de tout...

- Tu prends encore vraiment du plaisir aprs tout ce temps
? Il te reste du dsir, des envies ?

- Ah, le plaisir purement sexuel est toujours l oui, ou
trs souvent, mais le dsir est moins fort. a faisait plus
de trente ans que je n'avais pas fait l'amour, et a ne
me manquait pas vraiment. Je crois qu'avec le temps c'est
plus la peur de l'ennui de se retrouver avec une personne
qui vole un peu de notre indpendance qui prdomine.

- Comment a ? Tu veux dire que tu n'as plus envie de construire
quelque chose, une relation ?

- Oui c'est a, je suis bien toute seule et je n'ai pas
envie d'avoir quelqu'un. Ce n'est pas pour autant que je
n'apprcie pas voir des gens, au contraire, mais j'aime
bien choisir ces instants. Quand tu es avec quelqu'un, tu
lui dois un peu une certaine disponibilit, pas quand ce
sont juste des amis, ou pas pareil, en tous cas.

- Tu as d avoir des centaines et des centaines de petits-amis
?

- Des centaines peut-tre pas, beaucoup c'est sr, c'est
long presque neuf cent ans, enfin mille quatre cent ans
pour toi. Peut-tre cent, oui aprs tout, je n'ai pas compt
je t'avouerais. Mais avec lesquels je sois reste plus d'un
an ou deux, pas plus d'une dizaine.

- Je n'ai pas grand chose  t'apprendre, alors...

Je me retire d'elle et m'allonge sur le ct. Elle sourit
et m'embrasse sur le front.

- Il reste toujours  apprendre, surtout de toi, qui vient
sans doute de l o j'aurais d aller.

- Il n'es pas trop tard, il n'est jamais trop tard pour
vous.

Elle sourit encore, puis soupire.

- Oh, je ne sais pas si j'irais maintenant... Je crois que
n'en aurai plus envie, plus le courage...

- C'est avec Ragal que tu aurais voulu y aller ?

Elle soupire, reste silencieuse un instant.

- C'est surtout vritablement jeune, quand je ne connaissais
pas encore le monde et les hommes, quand tout tait encore
possible, que crois-tu qu'il soit possible de faire quand
on a mille quatre cent ans ? Crois-tu qu'il y ait encore
rsolution qui tienne ? Non, non, on ne change plus aprs
un certain temps, on connat ses limites et ses peurs, et
on les accepte...

Je reste pensif sur ces paroles. Me demandant ce que je
pourrai devenir en vivant plus de mille ans. Qu'est ce qui
peut rsister  mille ans, y a-t-il combat que l'on puisse
mener sur une aussi longue priode ? Est-ce que linux aura
supplanter windows dans mille ans ?  quoi bon vivre si
tous nos combats sont morts ? Si tous nos combats sont devenus
une anecdote du pass ?

-  quoi penses-tu ?

- Je me demandais s'ils pouvaient exister des combats qui
durent si longtemps, et si par exemple sur la Terre ce pour
quoi je travaille pourrait m'occuper mille ans.

- Pour quoi travailles-tu ?

- Dans le monde o je vis, notre technique est bien moindre
que la votre, les gens travaillent encore, et ce que tu
appelles les artificiels sont chez nous bien moins intelligents.
Ils ne font gure que quelques tches basiques et rptitives,
mme si leur volution est tout de mme fulgurante, mais
il y a cinquante ans  peine ils existaient tout juste,
et aujourd'hui des mondes virtuels, certes pas aussi avancs
que celui dans lequel nous avons volu tout  l'heure,
existent dj. Mais tout ces artificiels ne sont qu'un tas
de composant lectroniques agencs les uns avec les autres.
Certains s'occupent de faire l'affichage, d'autre conservent
et stockent les informations, et d'autres encore traitent
ces donnes. Pour les faire fonctionner correctement, nous
utilisons un "systme d'exploitation", qui est constitu
de programme de bas niveau qui permettent de lier et rendre
cohrent le tout. L'entreprise dans laquelle je travaille
fabrique un de ces systmes d'exploitations. L'originalit
de notre fonctionnement rside dans le fait que nous partageons
avec tout le monde notre travail gratuitement. Dans notre
monde nous vivons encore avec le systme de points que vous
aviez par le pass, et c'est vrai que certains en accumulent
sans savoir qu'en faire, ou les utilisent comme un pouvoir.
Toujours est-il que le but de beaucoup est d'accumuler le
maximum de points, et ils le font en rendant le plus inaccessible
possible leurs mthodes de fabrications, alors que nous
pensons qu'il est meilleur pour tout le monde de partager
pour avancer en mme temps et plus vite.

- Et ton combat, c'est a ? Faire changer les gens d'avis,
faire que les gens acceptent de partager plus pour avancer
plus vite et tous ensemblee ?

- Oui, c'est un peu a.

- Tu penses que vous allez russir ?

- Oui, nous russirons, parce que notre combat utilise les
bons cts de l'homme, alors que le leur utilise son gosme
et sa cupidit.

- Et si pourtant les mauvais cts gagnent ?

- C'est que l'homme ne mrite pas plus que ce qu'il a, et
peut-tre alors, oui, je me retirerai dans quelque endroit
comme Stycchia... Mais pour a il faudrait que je puisse
y retourner...

- Ton nouveau combat est peut-tre de retrouver ton monde,
et mille ans ne seront pas de trop, j'en ai peur...

Je soupire.

- Mon...

Je suis coup, je ne sais pas comment dire "Dieu" dans leur
langue :

- Croyez-vous en autre chose que le monde, en quelque chose
de surnaturel, une ou plusieurs cratures au-dessus de tout
qui ont cr l'univers et tout ce qui va avec, vous y compris
?

- Euh... Et bien non, pas que je sache.

- Vous n'avez jamais ador ou pri pour quelque chose, pour
que cet tre vous protge ou vous aide ?

- Non, pas que je sache, nous croyons en la ralit, la
cration du monde a t expliqu voil bien longtemps, nous
n'avons pas de raison de croire  plus.

- Mme dans le pass, vous n'avez jamais expliqu le monde
autrement ?

- Pas que je sache. Je ne crois pas. Tu veux que je cherche
?

- Non, nous verrons plus tard, ce n'est pas trs important...

- Ton monde te manque, tu penses que tu n'y retourneras
pas ? Tu as ta famille l-bas ? Tu as une copine ?

- Pas vraiment de copine non, j'ai beaucoup de personne
 qui je tiens et a me fait de la peine de penser que peut-tre
je ne les reverrai plus...

- Je t'aiderai, si tu restes, je t'aiderai, je ne sais pas
vraiment comment, mais bon. Ah ! Peut-tre que les gens
du Congrs sauront ?  Ils sont sages et savent bien des
choses que les artificiels ont du mal  trouver parfois.
 ce propos nous pourrions aller discuter un peu avec le
conseil avant d'tre en relation avec Adama.

- Nous avons un peu de temps ?

Pnople m'embrasse et se relve. Elle ramasse les restes
de ses vtements et des miens.

- Un peu de temps pour quoi ?

Je me lve subrepticement et m'avance vers elle, l'attrape
par derrire une main sur un sein et une sur son sexe et
l'embrasse dans le cou.

- Pour recommencer !

- Recommencer, dj ! Fichtre, a ce voit que vous ne vivez
pas vieux chez vous !

Et nous recommenons, sur le sol en bois lisse de l'tage,
usant des rubans tranant pour nous enlacer un peu plus.
Elle termine allonger sur moi, jouant avec les poils de
mon torse.

- On prend un goter ?

- Bonne ide !

- Me, tu nous prpares un bon petit goter en bas ? Tu me
trouves un truc  me mettre aussi ? Un truc noir et moulant
s'il te plat, et pour Ylraw, hum... Pareil !

- Mais, ils viennent d'o ces habits ?

- Ils sont gnrs par Me.

- Pratique.

Me voil donc en complet moulant noir, tout comme Pnople.
Nous mangeons l'apptissant goter prpar, puis sortons
et allons jusqu' la maison d'Erik. Nous le trouvons, lui
aussi, en train de goter avec Guerd et deux autres villageois.
Erik nous salue.

- Hello, vous gotez avec nous ?

- Nous avons goter dj, mais je prendrai bien volontiers
encore un petit gteau comme vous avez l.

- Nous allons rejoindre le conseil pour discuter un peu
avant la runion de tout  l'heure. Ce serait bien que tu
viennes, Erik.

- C'est bon. On y va tout de suite ?

- Prenez votre temps, je vais d'abord aller voir qui est
disponible pour un conseil, j'appellerai Guerd pour vous
prvenir quand nous serons prts.

Pnople se dirige tranquillement, toujours avec sa dmarche
passablement langoureuse, vers la salle du conseil, appelant
sans doute dans le mme temps les personnes du village intresses
par l'affaire. Disparue de notre vue, Erik demande :

- a y est, vous tes dsormais comme deux gouttes d'eau
?

Erik fait rfrence  notre tenu quasi identique. Je lui
rponds en anglais, ne sachant pas comment dire cela dans
leur langue.

- L'habit ne fait pas le moine.

Ce qui donne "clothes do not make the man" en anglais. Guerd
demande ce que j'ai dit. Erik explique que c'est un proverbe,
une expression populaire signifiant qu'il ne faut pas juger
une personne  la faon dont elle est habille. Nous enchanons
alors sur l'existence de proverbes dans leur culture, en
essayant de faire correspondre un quivalent des ntres.
Ils ont un proverbe qui dit en gros "plus malin que toi
profitera de toi", et cette expression populaire me rappelle
l'histoire de Pnople et l'aversion et les craintes que
les gens ont envers les chercheurs, les personnes prtendument
plus intelligentes. D'autant que cette peur semble dpasser
le simple cadre de la mfiance envers le progrs et la nouveaut
que l'on retrouve aussi sur Terre. Autant avons-nous une
certaines motivations pour faire mieux que les autres, pour
russir, que ce soit socialement, intellectuellement, ou
simplement dployer une certaine prsence d'esprit, autant
ici tout ceci semble tre ngativement peru. Cette diffrence
de perception explique sans doute leur choix, d'une volution
quasi nulle, d'un travail interdit, et peut-tre aussi la
lenteur apparente de leur volution. Ceci dit il est difficile
de juger o en sera la Terre dans dix ou vingt mille ans
; l'volution, avec la complexification des recherches,
des techniques, de l'ensemble du savoir  engranger pour
pouvoir progresser, aura-t-elle tendance  aller de moins
en moins vite ?

Je suis tir de mes penses par Guerd qui nous signifie
que Pnople nous attend. Erik et Guerd termine leur gteau
et nous partons la rejoindre dans la salle du conseil. Une
dizaine de personnes sont dj prsentes, je salue celles
que je n'ai pas encore eu l'occasion de voir dans la journe,
en changeant deux trois nouvelles. C'est Iurt, une des
rares personnes  avoir un corps d'apparence g, je ne
sais pas si c'est l'effet rel du temps ou un choix personnel,
qui prside.

Jour 135
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La maison du conseil est une demeure un peu plus grande
que les autres habitations du village, constitue d'une
premire salle de taille moyenne en entrant, o cinq  six
personnes peuvent se runir, accole sur sa droite et sa
gauche par deux salles en demi-cercle beaucoup plus grande,
pouvant accueillir dix  quinze personnes, et finalement
la salle du conseil. C'est une grande salle circulaire,
sans meuble, si ce n'est un banc sur son pourtour, pouvant
tre le lieu de discussion pour la cinquantaine d'habitants
du village. La lumire encore chaude du soleil entre par
six petites fentres disposes  intervalles rguliers,
faisant ressortir la teinte marron-oranges du bois la constituant.
Quand le nombre de participants est infrieur le banc peut
tre avanc par morceaux de faon  permettre la formation
de cercle plus troits. C'est le cas aujourd'hui, mais cette
situation reste l'exception, car les villageois apprcient
gnralement les discussions interminables o se dcident
l'emplacement du prochain chalet, o la date de la prochain
fte du village. Mais pour l'occasion le conseil pensait
que limiter le nombre de participants rendrait la tche
plus aise, d'autant que la dcision du village avait dj
t prise,  savoir de nous autoriser  rester ici et devenir
membre de la petite communaut  part entire, et que la
discussion du jour tait plus la soumission de cette dcision
aux autres reprsentants de la Congrgation, ou tout du
moins  un mdiateur dans un premier temps.

Iurt nous conseille,  Erik et moi, de nous installer cte
 cte bien en vue de tout le monde, car n'ayant pas de
bracelet c'est par leur yeux que les interlocuteurs nous
verrons. D'autre part nous apprcions sa demande d'autorisation
de nous projeter une image mentale pour voir leur ou leurs
interlocuteurs, et ainsi pouvoir suivre la conversation,
et rpondre  d'ventuelles questions.

C'est Iurt qui initie la conversation, parlant seul dans
un premier temps, puis une personne apparat au milieu de
cercle. Un homme g, debout, habill de vtements lgers
et amples bleus marines, il se prsente comme Guewour. Iurt
prsente rapidement les personnes autour du cercle, puis
laisse quelques secondes  Guewour pour nous observer. Iurt
passe un long moment  dtailler l'historique de notre prsence
ici, les dbuts mystrieux o ils ne nous avaient que croiss
dans le cratre, puis notre arrive au village bien des
jours plus tard, et l'ensemble de notre volution parmi
eux. Il ne cache rien, le fait qu'ils aient tenter de rsoudre
le problme par eux-mmes pour viter l'affluence, ainsi
que leur conscience du caractre exceptionnel de l'vnement.
Guewour ne semble pas affiche d'humeur ni d'avis particulier,
coutant impassiblement le discours de Iurt.

Iurt ponctue son histoire de nombreuse images et scnes
que mettent  sa disposition les autres personnes, Pnople
entre autre me concernant, et Guerd pour Erik. Toujours
dans le but de montrer notre intgration, la confiance qu'il
nous portent, et notre capacit tout  fait avre de vivre
parmi eux. Iurt termine en exposant les questions qui restent
en suspend,  savoir notre origine, le problme du bracelet
de Naoma, et notre incorporation en tant que membre de la
Congrgation.

Iurt a t trs prcis dans son discours, le rendant assez
long, sans doute plus de quarante minutes, mais Guewour
en semble satisfait et pose mme de nombreuses questions
pour complter son point de vue. Guewour exprime sa stupfaction
sur notre arrive par un tlporteur normalement hors d'usage,
et d'autant que celui-ci ne conserve pas de trace de notre
passage. Il s'exprime confiant quand  la rcupration du
bracelet, expliquant qu'il faudra tout de mme en rfrer
 un regroupement d'avis plus reprsentatif sur ce sujet
sensible. Concernant notre intgration, ce cas ne s'tant
pas prsent depuis bien des milliers d'annes, il pense
que celle-ci sera dpendante de l'lucidation du mystre
de notre arrive, de notre capacit, qui a l'air d'tre
dj tout  fait convenable,  accepter les rgles de la
Congrgation, le tout devant tre valid par les autres
membres de la Congrgation, ou par leur reprsentant. Il
pense donc que l'quivalent d'un rfrendum est ncessaire
pour cette question, ce qui ne manque pas de m'tonner.
Toutefois le cas ne s'tant pas produit depuis plusieurs
milliers d'anne, une telle disposition peut se justifier,
et aprs tout chaque membre de la Congrgation peut avoir
avis sur l'intgration de nouvelles personnes comme concitoyen.

Bref, Guewour explique que quoi qu'il en soit plusieurs
avis sont ncessaires  diffrents niveaux. La premire
tape sera de prendre contact avec les artificiels responsables
de la tlportation pour leurs explications et le dblocage
du bracelet de Naoma, qui ne pose a priori pas de problme
et devrait pouvoir se faire rapidement. Pour le dernier
point, d'autres runions du Conseil sont  prvoir, tout
en sachant que si un rfrendum est considr comme ncessaire,
il faudra sans doute un certain temps avant que notre prsence
comme citoyen soit pleinement valide. Dans un premier temps
nanmoins, Guewour pense que nous pouvons recevoir des bracelets
de type enfants, et ainsi nous habituer  leur maniement,
et pour rendre notre vie de tous les jours un peu plus simple.
Iurt s'inquite de l'avis que pourraient avoir les gens
s'ils dcident simplement au niveau du conseil du village
de l'octroi de bracelet enfant, Guewour rtorque que ceux-ci
tant plus une mthode de surveillance supplmentaire qu'un
rel pouvoir, il n'y a absolument aucun problme. De plus
cette mesure permettra plus facilement d'avoir l'historique
de notre progression, qui sera un lment important quant
 aider  la formulation d'un jugement  notre gard.

Guewour termine en dtaillant qu'il ne sera pas disponible
pendant deux ou trois jours, mais que ce temps nous sera
ncessaire pour regrouper suffisamment d'avis pour prendre
contact avec les artificiels et demander la libration du
bracelet. D'autre part il en profitera lui-mme pour trouver
de nouveau avis et prendre recommendations sur les diffrents
points auprs d'autres personnes du Conseil d'Adama, o
il espre pouvoir exposer succinctement le problme avant
une semaine, vue son caractre inhabituel. Tout le monde
salue alors respectueusement Guewour, qui disparat du milieu
du cercle quelques secondes plus tard.

Nous restons encore quelques minutes  discuter, plutt
satisfait de cet entretien. Iurt nous prvient tout de mme
que tout risque de prendre du temps, et que nous devrons
avoir de la patience avant d'tre membre  part entire
de la Congrgation. Les gens, aprs les recommandations
de Guewour, discutent alors de la mise  notre disposition
de bracelet enfant, et rendez-vous est pris pour le surlendemain
et une discussion gnrale des villageois sur ce point.
Nous nous quittons l'aprs-midi laissant petit  petit place
au soir naissant. Guerd nous propose un balade et un pique-nique
au bord de la mer, nous acceptons.

Bien malin qui pourrait dire que nous ne sommes pas sur
Terre, alors que nous marchons dans le sable cr par les
artificiels sur les dix kilomtres de plage faisant face
au village, bercs par le remous de la mer sous le ciel
bleu s'assombrissant  mesure qu'apparaissent les toiles.
Guerd brise les quelques minutes de silence que nous nous
tions octroys en contemplant les milles reflets du couchant.

- Le ciel est aussi beau, chez vous ?

Erik rpond :

- Oui il est, en tous les cas en Australie, le pays d'o
je viens, je trouve. Mais j'imagine que partout sur Terre
on peu trouver un ciel aussi beau.

- Oui dans mon pays aussi le ciel est beau. Peut-tre un
peu moins pur, autour des grandes villes,  cause de la
pollution de l'atmosphre.

Guerd est curieuse :

- Vous avez des problmes de pollution ?

- Oui normment, nos techniques sont loin d'tre aussi
avances que les vtres, et nos industries rejettent beaucoup
de substances nfastes dans la nature.

Guerd a une expression de dgot.

- Aarg...

Erik s'intresse au dbat :

- Vous n'avez pas ce genre de problme vous ? Comment ce
fait-il d'ailleurs ? Vous produisez bien pourtant de nombreuses
choses ?

C'est Pnople qui rpond :

- La plupart de nos gnrateurs sont de petites units indpendantes
recyclant la majeure partie des choses. Un grande partie
de nos biens sont fabriqus par fusion, dans la mesure o
nous n'avons pratiquement pas de limites d'approvisionnement
en nergie, nous nous passons souvent de la nature. Les
chalets recyclent l'eau, les habits, tous nos rejets corporels,
et complte par fusion.

- Mais toute cette nergie, d'o vient-elle.

Pnople cesse de marcher et pointe son doigt vers le ciel
:

- Tu vois la lgre trane lumineuse qui traverse presque
tout le ciel ?

- Oui, nous l'avions dj vu sur le radeau.

- Et bien c'est une ceinture nergtique concentrant l'nergie
de l'toile et la mettant  disposition des diffrents artificiels.

Guerd semble tonne :

- Vous n'avez pas ce genre de chose, chez vous, d'o tirez-vous
votre nergie ?

Nous nous lanons alors dans une discussion prolonges sur
nos diffrentes sources d'nergie, ptrole, nuclaire, hydrolectrique,
solaire et toutes celles qui nous passent par la tte. La
discussion est coupe par la faim qui nous pousse  nous
installer pour le dner. Nous avions emport chacun de petits
paniers mis  notre disposition par le chalet d'Erik. Aprs
quelques minutes silencieuses pour dguster les fameux petits
pains, Guerd reprend la discussion :

- Et si vous tes accepts dans la Congrgation, qu'allez-vous
faire ? Rester ici, aller sur une autre plante ?

- Je ne sais pas pour Erik, mais en ce qui me concerne je
ne me soucis pas vraiment de mon intgration  la Congrgation
ou pas, ce qui m'intresse en premier lieu, c'est retourner
sur Terre.

- Mais si vous avec tellement de retard sur nous, pourquoi
y retourner ? De plus vous serez obligs de travailler l-bas.

Je conteste :

- Oui mais c'est chez nous ! C'est l-bas que sont nos familles,
nos amis, nos vies ! Et puis je ne supporterai pas de ne
pas tenter de comprendre cette histoire, qu'est ce que nous
faisons l...

Erik prend la parole :

- J'ai moins d'attaches qu'Ylraw sur Terre, mais j'aimerais
moi aussi claircir cette histoire.

Guerd reste confiante :

- Peut-tre que les artificiels s'occupant du tlporteur
pourront donner des informations.

- J'espre.

Nous discutons encore plusieurs heures aprs dner, de notre
monde, du leur, de nos habitudes, cultures, style de vie...
La nuit se faisant un peu plus frache avec le vent se levant,
nous rentrons doucement vers le village, qui n'est qu'
quelques centaines de mtres. Guerd invite Erik  passer
encore un moment chez elle, quand  moi je me dirige vers
mon chalet. J'ai bien des questions dans mon esprit, et
le fait mme que j'ai fait l'amour avec Pnople m'est compltement
sorti de l'esprit, et je n'ai pas le rflexe de lui proposer
de dormir chez moi. Je la quitte sans remarquer qu'elle
est trs nerve de mon attitude.

C'est au milieu de l'excellente nuit que je passe que je
me rends compte que je ne l'ai mme pas embrasse le soir,
pas plus qu'invite  dormir avec moi. Il ne me faudra pas
longtemps le lendemain matin pour m'apercevoir que cet oubli
lui a moyennement plu, quand elle refuse de prendre le petit-djeuner
avec moi, prtextant qu'elle a d'autres choses de prvues
pour la journe, et que je fais bien ce que je veux. Je
suis tonn et amus par un tel caprice  son ge. J'avoue
que la situation me motive plus qu'autre chose de la savoir
vexe par mon attitude, me laissant le loisir de trouver
le moyen de la faire revenir sur sa dcision.

La demi-heure plante devant son chalet  l'appeler et formuler
mes plus plates excuses reste infructueuse, et je ne vois
pas le petit bout de son nez. Mais imaginant que tout ce
qu'elle espre c'est justement de me faire patienter sans
mot dire un bon moment, je lui signifie alors que je lui
souhaite une bonne journe et que je vais pour ma part vaquer
 des occupations plus productives. J'entreprends alors
mon tour de salutation des habitants du village, discutant
avec la plupart d'entre eux de choses et d'autres. Mon tour
m'amne  tre invit pour djeuner avec une dizaine d'entre
eux qui avaient organis un petit buffet  l'occasion du
nouveau morceau de musique compos par le compositeur du
village. J'avoue ne pas tre extrmement sduit par les
rythmes langoureux de sa musique, je suis nanmoins trs
intress par sa faon de composer, l encore uniquement
par interaction avec le bracelet, en imaginant une mlodie
dans sa tte dans un premier temps, puis en la travaillant
et la structurant de manire progressive en l'enregistrant
dans le bracelet.

La matine s'coule, et je la termine avec une petite balade
avec deux autres personnes qui sont alles observer  quelques
pas du village l'volution d'un couple de petits oiseaux
qui ont fait niche dans un arbre bas. Ce n'est pas trs
intressant, mais l'occupation me rappelle ma maman qui
passe beaucoup de temps  observer autour de la maison de
mes parents les diffrents animaux et oiseaux et leurs volutions.
En rentrant je vois enfin Pnople, qui marche seule en
direction de son chalet. Je la rejoins sans faire de bruit.
Bien sr je me fais doubler par son bracelet qui lui signale
mon arrive.

- Si tu crois que je ne t'ai pas vu.

- Tu n'es pas trs joueuse. Bonjour.

- Bonjour. Bien dormi ?

Je sens le piquant de sa remarque, qui me fait sourire.

- a t'amuse, c'est dj a, tu jouais, c'est a ?

- Je suis vraiment dsol, Pnople, franchement je voulais
tout sauf te faire du mal, quand je suis...

Elle me coupe :

- Tiens, mon bracelet dois avoir un problme, il ne dit
pas que tu es en train de mentir...

Cette remarque m'nerve passablement :

- Et oh c'est qui qui est adulte l ? C'est pas toi qui
es cense avoir mille ans et moi mme pas vingt ?

- Ce n'est pas une question d'tre adulte, c'est une question
de respect.

- De respect ? Mais je te respecte bon sang ! C'est parce
que par mgarde je suis trop proccup par le fait que je
ne sais toujours pas si je vais revoir Naoma avant plusieurs
semaines, pas plus si je vais pouvoir retourner chez moi,
ou quand je pourrai enfin librement partir  la recherche
d'indices que je te manque de respect ? Oui dsol je ne
pense pas  toi en permanence. Si a c'est te manquer de
respect et bien soit !

Elle reste silencieuse, je continue :

- Je te respecte Pnople, vraiment, et je te suis extrmement
reconnaissant pour tout ce que tu as fait pour moi. Et je
tiens aussi beaucoup  toi, et je a me fait trs plaisir
que nous soyons devenu proches.

- Pourtant tu prfres encore dormir loin de moi.

- Tu sais trs bien que ce n'est pas vrai, que...

- Comment pourrai-je le savoir, tu ne me dis rien.

- Tu pouvais demander aussi, a m'aurait fait trs plaisir
de passer cette nuit en te serrant dans mes bras. Mais j'ai
tellement de choses  quoi penser, je suis tellement perdu.

- J'ai l'impression que tu n'es pas si proche de moi.

- Pnople, je suis perdu dans un monde que je ne connais
pas, sans savoir pourquoi ni comment, sans savoir si je
vais rester l et combien de temps. Tu ne peux pas me reprocher
de ne pas tomber follement amoureux de toi en cinq minutes
!... Est-ce que je peux te prendre dans mes bras ?

- Ici ?

- Oui.

Elle rflchis un instant, surprise.

- Et bien, euh, si a ne te drange pas, j'aimerais plutt
que tu fasses a chez moi. Pas que je ne veille pas dire
aux autres que je sors avec toi, mais juste que je prfre
de pas trop l'exposer  tous.

Je la prends par la main et la raccompagne jusqu' son chalet.
Une fois  l'intrieur, je la serre dans mes bras, lui demandant
une fois de plus pardon de ne pas l'avoir invite hier soir.
Pour me faire excuser je lui propose de lui faire un massage
:

- Tu veux dire faire une sance de massage ?

- Euh, non, moi, te faire un massage.

- Mais, comment ?

- Et bien, avec mes mains, te masser le dos, les jambes,
le visage, la tte...

- Tu sais faire a ?

- Ce n'est pas trs compliqu, mais j'ai peur que ce ne
soit moins bien que ce que propose vos artificiels.

- Bah ! Peu importe, c'est diffrent, je veux bien.

Me dit-elle en souriant. Je lui fait un bisou et l'invite
alors  monter s'allonger sur le lit. Je demande  Me s'il
aurait de l'huile de massage, j'ai un peu de mal a expliquer
et Pnople m'aide. Finalement celui-ci me fournit des petits
sphres d'huile avec lesquelles je peux me frotter les mains
pour les induire, c'est parfait. J'ai toujours aim faire
des massages, peut-tre parce que j'apprcie la dcouverte
du corps que je masse, ses points sensibles, douloureux,
ou tout simplement pour donner du plaisir  une personne
que l'on apprcie.

Je prends le temps, doucement, de la dshabiller, en massant
lgrement au passage ses bras, paules, jambes, cuisses.
Une fois nue, je tapote du bout des doigts tous les muscles
apparents, principalement le dos, les cuisses, les fesses,
les paules et les bras. Je commence alors  utiliser l'huile
de Me pour doucement lui en enduire le corps, et dbuter
le massage  proprement parler. Je m'attarde sur les mains
et les pieds, puis les jambes et les bras. J'insiste longuement
sur le dos, et graduellement intensifie aussi la force de
mon massage. Rgulirement je fais une pause au niveau de
la tte, pour masser le cou et le cuir chevelu. Je m'assure
de manire rpte que je ne vais pas trop fort ou si je
dois insister sur certaines parties plus douloureuses de
son corps.

Son corps est vraiment parfait, et je ne me lasse pas de
le caresser. Bien videmment j'aurai difficilement pu ne
pas tre excit par cette sance, et, considrant ma pnitence
accompli, je me dshabille et m'allonge nu sur son dos.
Elle murmure :

- Hum, intressant, c'est de me masser qui t'a mis dans
cet tat ?

- J'ai bien peur que oui, que va-t-on pouvoir faire ?

- Et bien ce serait idiot de ne pas en profiter, tu ne crois
pas ?

J'acquiesce, et, lui cartant les jambes avec mes genoux,
je me glisse doucement en arrire puis en avant, et, avec
de petit mouvement du bassin, me fraye un chemin jusqu'
ce que mon sexe rentre doucement dans son vagin, puis petit
 petit la pntre  mesure que son excitation augmente.
Elle se laissera faire, jusqu' jouir en m'attrapant les
fesses par derrire, puis se laissant doucement glisser
vers une somnolence rafrachissante.

- Tu vois, et bien je crois que tu dois tre la premire
personne humaine qui me fait un vrai massage, et bien je
trouve que c'est bien bte de systmatiquement utiliser
les artificiels pour a.

- Ils ne font pas de bons massages ?

- Oh si ils font de trs bons massages, d'autant plus qu'ils
peroivent plus justement les tensions de notre corps, mais
ils en font rarement qui se terminent aussi bien...

Je souris et m'allonge prs d'elle, elle se tourne et pose
sa tte sur mon torse. Nous nous endormons ainsi pour une
agrable sieste. Me diminue la temprature de la pice et
teinte lgrement les vitres, crant ainsi une pnombre
propice  nos repos.

Nous nous endormons profondment, et ne sommes rveills
que lorsque Guerd et Erik passent pour savoir si nous serions
d'accord pour aller nous baigner avec eux. Et c'est  la
plage que nous terminons l'aprs-midi, avant de finir cette
journe bien remplie par un dner chez Iurt, qui est dsireux
de s'entretenir encore avec nous, ayant toujours mille questions
sur d'o nous venons, comment nous vivons, qui sont les
gens habitants notre plante...

En rentrant de chez Iurt, je ne manque pas de demander 
Pnople si elle dsire venir dormir  la maison, mais c'est
finalement chez elle que nous passerons la nuit, terminant
ce cent vint-deuxime jour.

Les deux jours suivant n'ont gure  envier  celui-ci,
et nous profitons de la vie facile dans l'attente des diffrents
conseils devant avoir lieu. C'est dans la soire du cent
ving-quatrime jour que nous est accord le port d'un bracelet
enfant. Ma soire se consacre presque exclusivement  son
tude. Il donne accs comme le bracelet que j'avais essay
dans le tlporteur  trois menus principaux, qui se subdivisent
eux-mmes en une multitude de choix et options. Il n'est
pas draisonnable que nous commencions avec ce modle simplifi,
car j'ai dj du mal  me dpatouiller de toutes les fonctionnalits.
Heureusement Guerd et Pnople nous expliquent et nous donne
les raccourcis, les faons pour accder directement  certaines
fonctions cls. Moi qui est toujours t passionn par les
appareils de mesure, rythme cardiaque, poids, nergie consomme
et tout autre genre d'information comme l'altitude, la temprature
et bien d'autres, je suis aux anges. Le plus extraordinaire
c'est qu'allong tranquillement dans mon lit je peux regarder
en dtail ce que j'ai fait dans la journe, car il y a une
sauvegarde de tout ce que l'on voit, entend, bref, tout
ce que l'on ressent.

Pnople doit mme me retirer mon jouet de force, en usant
du sien, pour que je daigne enfin la prendre dans mes bras
et lui faire un clin avant de nous endormir. C'est le lendemain,
le cent vingt-cinquime jour, que j'apprends  grand-peine
 me servir de la fonction de sauvegarde du bracelet, et
o je dbute succinctement le rcit  partir de notre dpart
de chez Martin, en esprant pouvoir retrouver un jour la
partie crite avant cet pisode, sur Terre.

Le soir du cent vingt-cinquime jour, le conseil a enfin
un entretien avec Guewour et plusieurs autres personnes
du conseil. Nous n'y sommes pas convis Erik et moi, mais
nous apprenons avec joie que la libration du bracelet de
Naoma est valide, et que ds le lendemain nous nous rendrons
sur place pour le rcuprer. Depuis notre dernire visite,
Moln, la personne s'y connaissant le plus en tlportation
du village, et dont m'avait dj parle Pnople, est revenu
et sera la personne en charge de l'expdition. Pnople
nous explique par contre que les artificiels n'ont absolument
aucun trace de notre arrive, et ne l'explique pas, allant
mme jusqu' mettre en doute notre bonne foi. Pnople nous
raconte que ce paradoxe a cr un fort remue-mnage, et
que de nombreuses personnes sur Adama voudraient nous interroger
plus en dtail pour mettre ce mystre au clair. C'est ainsi
qu'il a t dcid,  partir du moment o le rsultat sur
la reconstitution de Naoma sera connu, d'organiser un premier
entretien avec de nombreuses personnes du Congrs, et sans
doute de prvoir un voyage vers Adama de tout ce petit monde
pour  la fois tenter d'lucider ce mystre et prparer
notre premier entretien en vue de notre admission comme
membre de la Congrgation.

Ce soir l, pour la premire fois depuis plusieurs jours,
j'ai une discussion seul  seul avec Erik :

- Ils ont l'air confiant sur le fait qu'ils vont pouvoir
la faire revenir.

Erik n'a pas l'air aussi enthousiaste que je le pensais
:

- Oui, c'est vrai. Mais j'avoue ne pas trop savoir  quoi
m'attendre.

- C'est  dire ?

- Et bien a fait maintenant plus de deux mois qu'elle est
morte, il s'est pass tellement de choses ici, je ne sais
pas vraiment ce que je voudrais.

- Quoi qu'il en soit elle ne se souviendra pas de ce qui
s'est pass, pour elle se sera sans doute comme si elle
arrivait tout  coup sur cette plante.

- Oui, mais... Nous allons sans doute lui raconter ce qu'il
s'est pass, et... Si je peux te le demander, j'aimerais
que tu ne parles pas du fait que je lui ai dis que je l'aimais,
a ne ferait compliquer les choses. Ou en tous les cas j'aimerais
que ce soit moi qui lui apprenne.

- Bien sr, je comprends. Tu es tomb amoureux de Guerd
?

- Amoureux je ne crois pas, mais il est vrai que je la trouve
bien foutue.

- Vous couchez ensemble ?

- Oui, depuis presqu'un mois.

- Oh ! Je n'aurais pas dit autant.

- Je n'ai srement pas autant de remords que toi pour coucher
avec une nana. a ne fait que quelques jours que vous tes
ensemble avec Pnople.

- Oui, mme pas une semaine. Mais j'avoue que j'ai pas mal
d'autres soucis qui me tournent dans la tte.

- Que fera-t-on une fois Naoma de retour, nous allons rester
ici, partir, chercher la Terre, mais o, personne ici ne
semble la connatre ni d'avoir d'ide o la trouver ?

- Je pense qu'il est important que nous puissions rentrer
dans la Congrgation, cette premire tape nous rendra libre
d'aller o nous voulons. Pour la Terre Pnople pense que
c'est un monde form au del des limites de la Congrgation
o les hommes de l'Au-del ont trouv refuge.

- a ne nous avance pas beaucoup, combien de millions de
plantes devrons nous visiter avant de la retrouver ? Et
encore, si leurs tlporteurs dconnent autant que celui
avec lequel nous sommes arrivs et que nous devons le faire
en vaisseaux, autant prendre directement notre retraite
ici, nous n'avons aucune chance.

- C'est vrai que je n'ai franchement aucune ide de comment
procder. Mais tout a ne peut pas tre qu'un hasard, il
doit bien avoir une raison o un responsable.

- C'est ce que je me dis aussi, mais comme tu dis tant que
l'on ne peut pas bouger par nous mme, nous sommes un peu
coincs. Depuis combien de temps sommes nous ici ?

- a fait plus de quatre mois que nous sommes partis de
Sydney, d'ailleurs a me fait penser que je n'ai pas compter
le temps que prend une tlportation. d'aprs Pnople c'est
de l'ordre de trois jours, ce qui porterait le nombre de
jours  cent trente-un et pas cent vingt-six. Et a fait
un peu plus de deux mois que nous sommes dans le village.

- Plus de quatre mois !... Ce qui veut dire que nous serions
vers le dbut du mois de mai 2003 sur Terre. Et encore,
si nous considrons que les jours sont les mmes et que
tu ne te sois pas trop planter dans ton calcul.

- Les jours n'ont pas l'air trop diffrents, peut-tre une
heure ou deux de diffrence, mais pas plus, au max a rajoute
ou enlve une dizaine de jours au total, ce qui ne change
pas beaucoup, vu le point o nous en sommes.

Nous sommes coups par une douce voix fminine :

- Salut les garons, on va manger un bout ?

Guerd nous rejoint et nous allons tous les trois chez elle
pour le dner. Pnople n'est pas disponible ce soir, mangeant
avec une connaissance dans un village plus au Nord. Je passe
une grande partie de la soire  enregistrer notre histoire,
arrivant jusqu'au soir ou j'avais regard les toiles du
toit des btiments. Je me couche la nuit dj bien avance,
Pnople me rejoindra dans la nuit, quelques heures plus
tard, me rveillant juste un instant pour venir se blottir
contre moi.

Cent trente-deuxime jours, inclus le petit ajustement pour
tenir compte des temps de tlportation. C'est aujourd'hui
que nous devons justement nous rendre au tlporteur pour
chercher le bracelet de Naoma, et ventuellement d'autres
indices avec l'aide de Moln. Je me rveille tt, impatient.
Je me lve sans bruit et demande  Chalet de me prvenir
pour ne venir rveiller Pnople que lors du dpart, qui
se fera dans le milieu de la matine. Mais elle se rveille
avant et m'appelle pour savoir o je suis. J'accours presque
et nous prenons un copieux petit djeuner, en discutant
de sa soire du jour prcdent. Nous allons tre une petite
expdition  aller l-bas, Moln, Ulri un autre villageois,
Guerd, Erik, Pnople et moi. Le temps est maussade sur
le village, et ceci jusqu' plusieurs dizaine de kilomtres
des ctes. Guerd pilote Erik et Pnople se charge de moi.
Nous pourrions voler par nous-mmes, mais l'apprentissage
prend quelques temps, et nous sommes presss. Le temps dans
le cratre du village n'tant pas propice  un vol en altitude,
avec un fort vent et beaucoup de pluie, nous ne volons qu'
quelques mtres au-dessus de la fort, en suivant le chemin
inverse que nous avons parcouru deux mois plus tt. Le bruit
de nos abeilles effraient les animaux, et, au dtour d'un
petite clairire, ironie du sort, trois petites btes noires
partent en courant, effrayes, suivies par une beaucoup
plus grosse, norme mme, qui les suit en boitant de la
patte arrire...

Erik demande  ce que nous fassions une pause, et j'explique
que c'est sans doute la bte qui a attaqu et tu Naoma.
Nous attendons qu'elle quitte notre champ de vision, nous
demandant sans doute Erik et moi si nous ressentons de la
haine  son gard, si nous voudrions la tuer, si l'espoir
que nous avons de retrouver Naoma pardonne  cette mre
de nous l'avoir prise pour nourrir ses bbs. Nous repartons.
tant plus nombreux et le temps moins beau le voyage durera
un peu plus que la fois prcdente. Arrivs nous ne chmons
pas et nous nous rendons directement dans le tlporteur.
Moln prend contact avec les artificiels responsables et
l'ouverture de la trappe pour rcuprer le bracelet de Naoma
ne pose pas de problme, ce qui est dj un soulagement.

Moln tente ensuite de retrouver des informations sur notre
passage. Nous ne comprenons pas grand chose  ce qu'il fait,
et, hormis Ulri, qui s'y intresse aussi, nous allons pour
notre part grignoter un pain aromatiser dans la cuisine.
Erik est dpit en dcouvrant ce qui m'avait moi-mme trs
agac lors de ma premire visite avec Pnople. Nous consommes
les petits gteaux au got sucr-sal en faisant un tour
des locaux, et esprant de Pnople qu'elle nous fasse dcouvrir
tout ce que nous avions manqu.

Les tours de magies commencent dans la cuisine par la gnration
de chaises autour des tables. En prenant de la main le rebord
de la table, une tige mtallique y prend croissance pour
former un petit sige arrondi.

- Voil pour la cuisine. Bien sr  cela s'ajoute le contrle
de l'opacit des fentre, de la lumire, de la temprature...

Pnople illustre ses propos en faisant l'obscurit dans
la pice, puis en ramenant les vitres  une transparence
parfaite. Nous ressortons pour rejoindre la pice annulaire
principale.

- Ici se trouve les postes de travail, de la mme faon
vous trouverez des chaises au niveau des tables, et de plus
une connexion  l'intelligence des btiments. Cette connexion
vous donne accs  la base de connaissance et les diffrents
paramtres des locaux, ainsi que leur historique.

Pnople, une fois assise sur la chaise nouvellement cre,
fait apparatre une console virtuelle comportant une reprsentation
des btiments, et, en prenant de ses mains les diffrents
paramtres, nous dtaille en montrant des squences vidos
en trois dimensions le rle et le travail qui occupait les
personnes prsentes dans ces locaux ; ces pisodes remontant
 prs de mille cinq cent ans. 

- Ceci tait un poste d'tude de la faune et de la flore
du cratre. Les personnes travaillant ici y passaient gnralement
une dizaine de jours.

- O dormaient-ils ?

- Au sous-sol, vous n'y tes pas alls ?

- Nous n'avons pas pu...

- Ah, oui... Je sais...

Pnople sourit et me caresse la joue avant de se diriger
vers la petite salle couloir donnant sur toutes les autres.

- On ne peut pas descendre sans bracelet. Suivez-moi.

Nous grimpons avec elle sur la plaque, et descendons pour
nous retrouver, enfin, dans ces fameux sous-sols.

- Et dire que j'avais peur d'y trouver je ne sais quoi...

- Pas de quoi s'affoler, effectivement, tu as raison Erik.

Le sous-sol est simplement constitu d'une dizaine de petite
chambres indpendantes, comportant chacune un lit et une
petite table, ainsi qu'une armoire.

- Il n'y a rien d'autre ?

- Non, cette endroit servait juste de dortoir, nous retournons
en haut ?

Nous remontons cette fois-ci par les escaliers, la porte
s'ouvrant sans manire devant la volont de Pnople.

- Mais que peut-on faire sans bracelet chez vous, rien ?

- C'est ce qui permet de nous identifier, n'avez-vous pas
vous aussi des systmes d'identifications chez vous, qui
vous sont ncessaire pour accder  certaines choses ?

- Si, mais nous nous en servons moins souvent, c'est moins
contraignant.

- Bah, a le deviendra sans doute.

Pnople a srement raison,  partir du moment o une identification
lectronique efficace existera, elle sera dploye systmatiquement.
Mais comme c'est dj un peu le cas, a posera de nombreux
problme de vie priv, toutefois.

- Mais, Pnople, des personnes ne se sont-elles pas opposs
au port quasi-obligatoire de bracelet, c'est tout demme
un peu embettant pour les liberts individuelles, la vie
prive, non ? N'importe qui peut savoir ce que tu fais,
o tu vas ?

- Certaines personnes le refusent oui, et vivent sans, mais
trs peu. Et pas n'importe qui peut accder  tes donnes.
Il faut faire confiance au systme, bien sr, mais si tu
supposes que le systme est fiable, seul toi est garant
de tes donnes, par contre tu dois les dvoiler si tu dsires
quelques choses, ce qui est honnte. D'autre part avec un
certain nombre d'avis on peut accder  tes donnes.

- Ni a-t-il pas de l'abus, des personnes qui cherchent suffisamment
d'avis juste pour pouvoir djouer ou espionner ?

- Ce n'est pas si vident que a de trouver des avis dans
un but non honnte. Je te rappelle que les gens sont capables
de savoir quand tu mens. D'autre part espionner pour quoi
? Par jalousie ? Dans la mesure o la notion de proprit
est trs abstraite, et o les gens ni ne travaillent pas
ni ne dirigent, il ne reste gure que les histoires de coeur
ou d'orgueil qui persistent. Les gens savent reconnatre
l'orgueil, essaie au village de trouver suffisamment d'avis
pour avoir accs  mes donnes quand je m'absente comme
hier soir, je te souhaite bien du courage. Je ne dis pas
que ce n'est pas possible, mais je pense que c'est extrmement
difficile, d'autant qu' ma connaissance personne ne s'en
est jamais vraiment plaint  raison.

- Mais, pour avoir accs  tes donnes justement, combien
faut-il d'avis ? Un, cinq, dix ? Comment est-ce calcul
?

- C'est une sorte de duel. Si tu veux accder  mes donnes
et que je m'y oppose, alors tu peux faire appel  une personne
supplmentaire et lui exposer le problme. Si elle t'es
favorable,  mon tour de chercher des personnes qui seraient
en ma faveur.

- Mais quand cela s'arrte-t-il ? Le tout peut durer indfiniment
!

- C'est vrai que a peut durer trs longtemps en thorie,
mais dans la pratique les gens s'impatientent assez vite,
et dans l'exemple donn, au bout d'un jour ou deux soit
toi soi moi aurions baisser les bras. De plus dans la majeure
partie des cas une trs nette majorit s'exprime en faveur
de l'un ou de l'autre, et si au bout d'une semaine, par
exemple, je n'avais que dix pourcent des avis, j'ai tout
intrt  cder, car a pourrait m'tre prjudiciable par
la suite.

Cette discussion allant, nous nous tions rendus dans la
salle comportant la table centrale, les cages, les barres
mtallique ainsi que la grande baie vitre.

- Ce sont les barres que vous utilisiez, j'imagine que vous
n'avez pas russi  les faire fonctionner ?

- Pourquoi, c'est cens faire quoi ?

- Prends-en une et ouvre ton bracelet, ton bracelet doit
pouvoir de montrer les fonctions.

Je comprends que Pnople me demande de me concentrer sur
mon bracelet pour en ouvrir le menu. Et, surprise, dans
le menu principal, sur la petite sphre reprsentant mon
corps, se trouve la barre dans ma main. En allant consulter
le menu, j'accde effectivement  une partie spcifique
 la barre. Erik fait de mme et sous restons tout deux
silencieux en explorant les diffrentes possibilit. Erik
 s'exclame :

- Eh ! Il y a un menu pour dfinir les facteurs de rpulsion
ou d'attraction sur les animaux, la mienne est configure
sur une rpulsion pour tous les gros animaux et ceux qui
sont dangereux, et une attraction pour les petits !

- Ah mais a explique pourquoi nous avions ici tellement
d'aisance  chasser alors que c'tait une vrai galre l-bas
dans l'autre cratre quand nous avions perdu les barres
!

- Si seulement nous avions gard ces barres, Naoma ne se
serait sans doute pas fate attaque...

- Oui...

Je me trouvais pour ma part dans un menu laissant penser
que la barre peut se transformer, changer son aspect. Je
slectionne l'aspect d'un pe, mais a ne semble pas fonctionner.

- J'ai tent de la mtamorphoser en pe, mais a ne marche
pas...

Pnople touche la barre de sa main :

- trange, tu ne devrais pas avoir accs aux menus restreints
avec ton bracelet.

Pnople saisit alors la barre, et, surprise, la barre se
mtamorphose en une digne pe de Conan le Barbare ! Elle
me l'a tend.

- Ce doit tre un ancien modle...

- Mais c'est gnial !

Je sors de la salle pour aller au dehors et tester mon jouet
sur diverses brindilles.

- Eh ! Tu vas o avec ton pe ?!

Je comprends mon erreur

- Ah... Euh... Je vais couper... Euh... Tester... Euh...

- Je te rappelle que tout ce que tu fais en ce moment sera
pris en compte lors de votre audience pour devenir membre
de la Congrgation, alors tu ferais mieux de restreindre
un peu tes pulsions guerrires !

Pnople reprend la barre et lui redonne sa forme originale.
Je la repose, penaud, contre la paroi.

- OK, OK... a craint le paradis...

Pnople ne dis rien, mais j'imagine ce qu'elle se dit,
que je ne suis encore qu'un gamin effront et dsireux de
dcouvrir le monde, alors qu'elle n'aspire plus qu' une
vie tranquille. Je m'approche d'elle et l'embrasse doucement
dans le cou, en lui murmurant  l'oreille.

- Mais non tu n'es pas si vieille que a...

Elle sourit et me rend mon baiser. Nous retournons voir
o en est Moln et son compre. Mais la situation ne semble
pas volue de manire notable pour eux, nous les retrouvons
tous deux assis sur les siges contre la paroi, en train
de discuter de choses sans rapport avec leur problme actuel.
Pnople demande :

- Alors, du nouveau ?

- Non, absolument rien, je certifierai sur tout ce que tu
veux que ce tlporteur est hors service et que rien ne
s'est pass ici depuis plusieurs centaines d'annes.

Je ne comprends pas, il doit bien y avoir moyen de prouver
que nous sommes apparue.

- Mais, il y a pas des mthodes dtournes pour savoir ce
qu'il s'est pass, un niveau d'nergie, une trace de gnration
d'un clone, o sont-ils, d'ailleurs, les clones qui servent
au tlportage ?

- Ils sont soit gnrs soit cres  partir de clones stocks
en dessus, dans le gnrateur.

Moln indique de son doigt la pice au dessus de nous.

- Et on ne peut pas faire des prlvements, voir la date
de la dernire gnration, voir la courbe d'utilisation
d'nergie ?

- Si, et la dernire activit remonte  trois cent cinquante
trois ans et des poussires, un peu avant la dsactivation
du centre.

- Mais c'est faux, c'est manifestement faux ! Les trucs
qui vous ont donn ces informations mentent ! C'est vident,
il ne faut pas les croire, il faut vrifier par nous-mmes
! Il nous faut pter ce putain de tlporteur de mes couilles
et lui sonder sa race en profondeur sacrebleu !

Moln est dcontenanc en plus de ne sans doute pas tout
comprendre  mon argot approximatif, Pnople me calme.

- Calme-toi, a ne sert  rien de s'nerver.

- Je ne suis pas nerv, je fais juste comprendre que vos
artificiels sont des menteurs, qu'on ne peut pas leur faire
confiance et qu'il faut trouver par d'autres moyens ce que
nous cherchons.

- Mais... Les artificiels ne peuvent pas mentir.

- Bien, soit, et je viens d'o alors ?

- Je... Peut-tre que... Je ne sais pas.

- On peut causer  cette maison ?

Pnople rpond :

- Oui, mais uniquement avec un bracelet adulte.

- Dis lui que c'est un menteur, que je suis arriv l il
y a deux mois, et qu'il ferait bien de m'expliquer comment
s'il ne veut pas que je dmonte pice par pice.

- Il dit qu'il n'y a eu personne de tlport ici depuis...

- Demande-lui qu'elles sont les dernires personnes venues
ici avant nous aujourd'hui.

- C'est toi et moi il y a...

- Oui avant, bon ! Tu aurais pu rectifier par toi-mme !

Et Bingo ! Pnople se vexe.

- Oh mais a suffit, comporte-toi autrement ! Je suis l
pour t'aider alors pas besoin de me traiter comme une demeure.

- Excuse-moi... Je suis dsol. N'y a-t-il pas un moyen
que je discute avec lui ?

- Les dernires personnes avant nous, c'taient notre petit
groupe la premire fois que nous sommes entrs en contact
avec vous, le jour o nous avions teint votre feu.

- Et qui avait fait ce feu, a-t-il des images.

- Non, il ne sait pas, aucune image.

- Comment peut-on accder  la salle du dessus ?

- On ne peut pas.

- Comment a on ne peut pas ! Il y a bien moyen de le dmonter
ce btiment !

- J'aimerais que tu changes de ton, c'est la dernire fois
que je te le fais remarquer, tout a servira pour acceptation
dans la congrgation.

Cette dernire remarque est la goutte qui fait dborder
le vase, c'en est trop, ils ne sont tous que des incomptents
compltement aseptiss par leur vie d'amorphe, je prfre
en rester l. Je retiens ma colre.

- Bon OK on se casse, c'est bon.

Et je sors de la pice et me dirige dehors. Erik me rejoint
quelques minutes plus tard. Le voyant, j'enlve mon bracelet
et le pose prs de l'entre. Erik fait de mme et nous nous
loignons un peu.

- J'tais bien d'accord avec toi de lui dmonter la tronche,
moi,  ce tlporteur, mais ce ne sont qu'une bandes de
lavettes.

- Ils sont compltement affols  l'ide que leur monde
parfait puisse avoir une faille...

- Tu penses que nous pourrions revenir plus tard pour trouver
des rponses ?

- Pas avant d'avoir leur foutu bracelet en tous les cas,
de plus il nous faudra des outils et des choses dans ce
genre, et nous ne comprenons rien  leur technologie, il
faudrait savoir comment c'est construit pour pouvoir extraire
des informations  la main.

- Cela doit bien se trouver dans leur base de donnes.

- Peut-tre, mais faut-il encore qu'ils ne nous mettent
pas des btons dans les roues avec les avis qu'ils nous
faudra.

- Bah, une fois qu'on aura quelques entres, on se trouvera
bien le moyen de se dnicher quelques bons vieux rayons
lasers ou autre, tous les systmes ont leur circuit parallle.
Peut-tre pas ici, mais sur Adama ou je ne sais, ce devrait
le faire.

- Je ne sais pas, nous verrons en temps utiles, mais c'est
clair que s'il nous faut attendre qu'ils se bougent les
fesses eux-mmes, c'est pas gagn, ils vivent  deux  l'heure,
c'est terrible.

- D'un autre ct, s'il ne se passe jamais rien, c'est un
peu normal qu'ils soient dcontenancs.

- Mouais, enfin, il faudra encore qu'on se dbrouille quoi.

Ils sortent  ce moment du btiment, en discutant entre
eux. Pnople demande :

- Nous pouvons partir.

Je tente de rponde avec la voix la plus neutre possible
:

- Oui.

Nous allons rcuprer nos bracelets. Pnople nous regarde
d'un air trs nerv.

- Pourquoi aviez-vous enlev vos bracelets ? Vous savez
que c'est encore plus grave pour vous que de dire des btises
?

Je me contente d'un sourire forc en la regardant, et je
me place droit dans l'attente du dpart.

- Je suis prt.

Erik rpond de mme. Le voyage ne me doit pas, il est
brutal et rapide, comme je pouvais m'y attendre. Pnople
est partie de l'avant, laissant  Moln et les autres le
soin de voyager plus tranquillement. Une fois arrive, Pnople
ne dis pas un mot et s'en va vers son chalet. Elle est vexe
mais qu'importe, j'ai d'autres choses en tte. C'est elle
qui est cense tre adulte, aprs tout. Je rejoins mon chalet,
et tente infructueusement de l'interroger pour avoir plus
d'informations sur les tlporteurs. Je me fais prparer
alors un copieux pique-nique, que je vais manger sous la
pluie fine au bord de la mer.

Je suis triste bien plus que je ne suis nerv. L'nervement
n'est rien, il n'est qu'un moyen pour faire avancer les
choses. Mais qu'est ce que je fais ici, et qu'est ce que
je fais faire ? Ce n'est pas chez moi... Ah, mon Dieu...
Rgnes-tu sur ces contres loignes ? Toi que j'ai oubli
depuis si longtemps, c'est si loin que parfois je me demande...
Je devrais tre heureux, Naoma va peut-tre revenir. Mais
aprs, qu'allons nous devenir, combien de mois, d'annes
nous faudra-t-il attendre dans leur systme avant de pouvoir
esprer faire quelque chose ? Ils ne sont pas plus dynamiques
que s'ils taient morts. Ce qu'ils sont dj tous, d'ailleurs...
Je repense  la Terre,  ma famille,  Deborah... ? Ils
me croient sans doute tous mort l-bas... Les larmes me
montent aux yeux, je pleure. C'est paradoxalement rconfortant
parfois, d'exhumer sa peine, de faire s'vacuer les sanglots...
J'aimerais tant revenir avant que vous ne soyez tous morts
et enterrs depuis des sicles...

Il pleut toujours, je n'ai pas encore touch mon djeuner.
Soudain je suis surpris par une personne s'asseyant  ct
de moi. C'est Pnople, je ne l'avais pas entendue,  moins
qu'elle ait utilis sont bracelet.

- J'ai vu que tu pleurais, je... Je suis dsol d'avoir
t sche. Je ne me rends pas compte que pour toi notre
tentative reprsente l'espoir de pouvoir retourner chez
toi, de comprendre cette histoire.

- Ce n'est pas si grave, je trouverai bien un moyen.

- Je comprends que tu puisses nous en vouloir, de ne pas
tout tenter, mais... Nous sommes tellement dsorients.
Il ne nous ait jamais arriv un truc pareil, que les artificiels
mentent, ou soient dfaillant, mme aprs une contre analyse.
Tout marche toujours sans problme... D'habitude.

- Je comprends, c'est moi qui suis dsol d'avoir t impatient
et mchant. Tu as dj beaucoup fait pour moi, et je t'en
suis reconnaissant.

Je redeviens silencieux, et pousse un long soupir.

- Tu... Tu veux que je te laisse seul ?

Je me retourne vers elle, elle est craquante avec les petites
gouttes d'eau qui perlent au bout de son nez. Je me lve
et me place derrire elle, je la tiens dans mes bras, entre
mes jambes. Je lui fais un bisou dans le cou.

- Non reste, j'ai assez  manger pour deux, a te drange
de manger sous la pluie ?

- Avec toi non...

Je souris et me relve, car sans dossier cette position
n'est pas trs facile  tenir. Je prends alors mon petit
panier et lui propose les diffrentes portions que Chalet
avaient prpares pour moi. Pnople s'installe ensuite
allonge sa tte sur ma jambe, et nous parlons de ce que
je faisais pour m'amuser sur Terre. Elle m'interrompts pour
me dire que Guerd nous cherche pour savoir si nous sommes
prt pour rejoindre Moln qui a termin d'tudier le bracelet
ramen ce matin. Nous les rejoignons aprs un nettoyage
express dans le chalet, pour retirer le sable et nous scher
les cheveux.

Mais quoiqu'il en soit, comme l'explique Moln, mme si l'enregistrement
semble cohrent et complet, nous n'aurons pas le plaisir
ou la dception de savoir le rsultat avant les trois jours
ncessaires  la synthse d'un nouveau corps pour Naoma,
son corps prcdent tant trop endommag pour tre remis
 niveau. Nous n'en saurons pas beaucoup plus pour aujourd'hui,
et il nous faudra maintenant patienter quelques jours.

Il pleut toujours, rendant l'atmosphre un peu triste, malgr
la temprature qui reste leve. Je repars avec Pnople
et la suis chez elle. Nous nous apprtons  faire une sieste.
Elle se permet de me demander un massage, j'accepte. Il
se finit bien, encore...

- Quels taient tes liens avec Naoma ?

- Je t'avais dj racont, je l'ai connue en Australie,
la partie du monde o nous nous trouvions avant d'tre tlports
une premire fois, je ne la connaissais l-bas que depuis
un mois environ.

- Oui, mais, en Australie, justement, vous travailliez ensemble,
est-ce que tu es sortie avec elle ?

- Non. Mais...

- Mais ?

- Mais je pense qu'elle s'tait attache  moi, et j'en
ai eu confirmation quelques heures seulement avant qu'elle
meure, quand elle m'a demand ce que je ressentais pour
elle, un peu aprs qu'Erik lui ait dit qu'il l'aimait.

- Mais Erik sort avec Guerd, a ne va pas poser problme
?

- Pas vraiment dans la mesure o elle ne se rappellera pas
de cet pisode, pour elle ce sera comme au moment de notre
arrive sur cette plante. D'ailleurs peut-tre que nous
devrions ne pas trop nous voir au dbut, j'ai peur que a
la blesse.

- Tu penses ? Mais... Si tu n'as pas envie de sortir avec
elle, elle peut comprendre, non ?

- Oui, c'est vrai. Mais dans les premiers jours je pense
qu'elle sera toujours avec moi, et a l'embtera si elle
sait que par consquent a m'empche de te voir, en plus
Erik ne sait lui non plus pas trop o il en est, alors je
pense que ce sera mieux pour elle que pendant quelques jours,
le temps qu'elle fasse connaissance, nous nous retrouvions
un peu tous les trois.

- Oui c'est une bonne ide.

- Tu vas lui raconter ce qu'il s'est pass ?

- Pas la partie concernant Erik, il me l'a demand, le reste
je pense que oui, je lui dois bien ces explications.

- Tu m'en veux toujours pour ce matin ?

- Non, non. C'est  moi que j'en veux. Je suis trop impatient,
je ne comprend pas toujours votre faon de voir les choses.

- Tu sais pour le bracelet, j'tais srieuse, il ne faut
pas trop que tu l'enlves n'importe quand, a pourrait rendre
ton adhsion difficile.

- Et que feriez-vous de nous alors, vous nous dsintgreriez
?

- Non, vous seriez mis en gardiennage chez des artificiels
sur une plante quelconque

- Quelle diffrence avec ici ?

- Et bien... Euh, c'est diffrent, vous ne seriez pas libres
de vous tlportez o vous voudriez, vous ne pourriez pas
communiquer avec n'importe qui, ce serait un peu comme vous
tes maintenant. Tu penses que nous sommes soumis  ces
artificiels, que nous ne pouvons vivre sans, que nous nous
croyons libres mais qu'en fait ils nous manipulent ?

- Je ne crois rien, je constate juste que personne n'explique
comment nous sommes l, pourtant nous sommes bien l.

- Oui c'est vrai, et je ne le comprends pas non plus, mais
peut-tre sur Adama trouveront-ils plus de rponses.

- Pourquoi en trouveraient-ils plus que nous, vous avez
accs aux mme donnes, non ? Aux mmes sources d'informations
?

- Oui, mais, ils ont plus d'exprience, sans doute, sans
doute ne savons-nous pas o chercher.

- Mais vos artificiels, eux, ils sont beaucoup plus intelligents
que vous, ils doivent savoir ou chercher, non ?

- Et bien, habituellement oui, mais l...

- Mais l ils vous dupent, et ce n'est peut-tre pas la
premire fois, o alors est-ce le prmices de gros soucis
pour vous.

- Comment a ?

- Si vous perdez le contrle de vos artificiels, vous tes
finis. Si des hommes de l'Au-del, qui doivent bien rechercher
une vengeance, j'imagine, si les hommes que nous avons vu
sur cette lune o nous tions tlports, si ces hommes
qui fabriquent des vaisseaux et des armes vous attaquent,
s'ils piratent vos tlporteurs et vous envahissent, que
feriez-vous ?

- Avec des "si" on fait beaucoup de choses, pour l'instant
rien de tout ce que tu dis ne s'est produit, et nos barrires
de protections, nos flottes spatiales, nos dtecteurs, rien
n'indique qu'une attaque quelconque se prpare, en tous
les cas pas que je sache. Quant  savoir si certains tlporteurs
ont t pirats, peut-tre, mais je pense plutt que c'est
une dfaillance, peut-tre tes-vous bien arrivs sur Stycchia
il y a trois cent ans aprs tout, et que vous tes rests
en sommeil l-bas tout ce temps. Peut-tre sortez-vous d'une
simulation de la Congrgation qui nous a fait perdre la
mmoire et la remplac par ce que tu crois. C'est arriv,
par le pass, que lors de tlportation des personnes soient
incorrectement initialises.

- C'est possible ? C'est possible que nous ayons pu rest
si longtemps dans le tlporteur ? Ou que ce n'tait qu'un
virtuel ? Mais comment aurions-nous pu inventer tout a,
notre nouvelle langue, elle devrait tre connu de vous si
elle sortait d'un virtuel, non ?

- Oui, pour la langue tu as raison, c'est peu probable que
vous sortiez d'un virtuel, mais de rester si longtemps dans
le tlporteur,  partir du moment o celui-ci a eu un problme,
on ne peut pas savoir.

- Si c'est le cas il n'y a pas grand besoin de nous presser
pour retourner chez nous, nous n'y retrouverons rien. Mais
comment savoir ?...

- J'ai peur qu'il ne soit pas possible de savoir...

Trois cent ans... Et si nous tions arrivs il y a trois
cent ans...  quoi bon se battre alors ?  part la curiosit
et la nostalgie qu'est-ce qui pourrait bien me ramener sur
Terre ? Je prfre ne pas plus y penser et m'endormir en
caressant doucement Pnople serre contre moi...

Aprs la sieste, je quitte Pnople pour la laisser accueillir
un cousin ou en tous les cas un membre de sa famille ; je
n'ai pas encore saisi toutes les variantes des noms consacrs
 leur statut familial, dans la mesure o les familles ici
comportent plusieurs dizaines de gnrations entretenant
des liens plus ou moins troits. Cette fin d'aprs-midi
de libre me permet de continuer mon rcit dans mon bracelet,
j'y consacre plusieurs heures, jusqu'au dner, que je vais
prendre chez un habitant du village avec qui j'avais sympathis.

Comme la nuit prcdente, Pnople me rejoindra tard pour
se glisser dans mes bras. Nous nous accordons le lendemain
matin, cent trente-troisime jour, un petit djeuner au
lit servi par un artificiel. Je dcouvre  cette occasion
la prsence de ceux-ci dans l'appartement. Ils sont en fait
cachs dans le dcors, ou dans un placard, et en sortent
au besoin pour accomplir diverses tches.

- Mais, il y en a beaucoup du mme genre dans l'appartement
?

- Non, assez peu, en fait la plupart sont gnrs si besoin,
et dtruits s'ils ne servent pas pendant un certains temps.
Toutefois ils sont prsents en permanence. N'as-tu pas remarqu
que ton appartement tait toujours propre ?

- Et bien, euh, non, je n'ai pas vraiment fait attention,
je pensais tre suffisamment prcautionneux pour ne pas
le salir.

Pnople sourit.

- Et bien non, les cheveux que tu perds, les peaux mortes,
les salets, tout est rcupr par de tous petits robots
qui recyclent tout ce qui trane. Je ne veux pas te dgoter,
mais toute la nourriture que tu consommes vient presque
exclusivement d'un cercle ferm.

- Tu veux dire que Chalet recycle mes besoins, mes cheveux,
mes peaux mortes, tout mes dchets et avec produit la nourriture
? Mais, je consomme de l'nergie pourtant, a ne peut pas
tre un cercle compltement ferm ?

- Non ce n'est compltement ferm car justement le chalet
reoit de l'nergie de la ceinture plantaire, et avec cette
nergie et les dchets, resynthtise de la nourriture, de
l'eau, des habits, tout ce dont tu as besoin !

- C'est pas mal...

- Vous ne recyclez pas chez vous ? Ici nous tenons en horreur
tout dplacement de matire, car c'est trs coteux.

- Nous recyclons de manire insignifiante, et de plus pas
sur place, pour tre recycles les choses doivent parcourir
d'normes distances, ce n'est pas efficace du tout. C'est
d'ailleurs un des problme majeur de mon monde, l'utilisation
des ressources naturelles.

- C'est bizarre que votre technologie soit si loigne de
la notre. J'ai d mal  comprendre comment votre civilisation
est apparue.

- De ce que j'en sais nous avons volu  partir du singe
pour petit  petite nous diffrencier et devenir des hommes.
Et vous ?

- Naturellement ?

- Comment a ?

- Vous avez volu  partir du singe de manire naturelle
? Vous avez les traces de cette volution ?

- Et bien oui, nous avons des fossiles, des traces de civilisations
anciennes, d'outils... Nous ne sommes toutefois pas compltement
sr du cheminement exact de nos anctres, mais nous avons
les grandes lignes.

- Je ne peux pas croire que l'homme soit apparu  deux endroits
diffrents. Ton corps, sur Terre, c'est le mme que celui-ci,
tu n'as pas de diffrences ?

- Comment a ? Si, j'ai remarqu quelques petites diffrences,
mes cicatrices ne sont pas les mmes, et il ne ragit pas
tout  fait pareil.

- Oui a c'est parce que ce n'est pas vraiment ton corps,
c'est un clone standard, mais tu n'as pas de diffrences
physiques importantes, pas de bras plus longs, de capacit
respiratoire compltement diffrente...

- Non, ce n'est pas trs diffrent, d'ailleurs il m'a fallu
plusieurs jours pour raliser que ce n'tait pas vraiment
mon corps.

- C'est incroyable, dans tous les mondes que nous avons
dcouverts, le plus infime changement, une plante un tout
petit peu plus loigne, la prsence d'une lune ou pas,
un cart d'un pourcent de la concentration d'oxygne, et
l'volution conduit  des espces vivantes qui n'ont rien
 voir, pas la mme structure, des formes d'ADN compltement
diffrentes, pas le mme code gntique, ce n'est pas possible
que vous soyez apparus l-bas.

- Comment l'expliques-tu alors ?

- a je ne sais pas, mais il est possible comme nous l'avions
dj dit que votre Terre soit un colonie trs ancienne d'hommes
partis d'Adama... Ils remontent  combien vos fossiles ?

- Plusieurs millions d'annes.

- Et ils ont l'air rels ?

- Dans la mesure o nous n'avons que a sous la main, nous
pouvons difficilement les mettre en doute.

- Oui c'est vrai. Vous avez eu des reptiles ?

- Euh, nous avons toujours des reptiles.

- Vous avez toujours des reptiliens avec vous !

- Mais, euh, qu'appelles-tu reptiliens ?

- Ce sont comme des lzards, mais se tenant debout, trois
ou quatre mtres de haut, pas trs malins, mais suffisamment
pour nous avoir levs et mis en esclavage.

- Ah non, nous n'avons pas du tout ce genre de reptiles.
Les reptiles qui pouvaient peut-tre s'apparenter  ce que
tu dis, nous appelions cela les "dinosaures", et ils ont
disparu il y a soixante-cinq millions de nos annes, environ
quarante millions des vtres,  la suite d'une chute de
mtorite. Et de plus je crois qu'ils n'taient pas malins
du tout du tout.

- Je ne comprends pas.

- C'est quoi cette histoire de reptiliens ?

Jour 139
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- C'est un des pisode les plus noir de notre histoire,
il faudra que je te le raconte.

- OK... Et pour revenir sur le virtuel, je ne pourrais vraiment
pas sortir d'une version clandestine, inconnue, une sorte
d'exprience secrte ? Rest confin  l'intrieur depuis
mon enfance ?

- Si, je pense que a n'est pas impossible, pourtant nous
n'avons pas eu de problme de ce genre depuis des millnaires.
Normalement les artificiels veillent  tout a. Mais c'est
difficile  dire.

- C'est pas gagn que je rentre chez moi, quoi...

Pnople me fait un clin, devinant ma mlancolie.

- Aller, un peu d'espoir, en attendant je prendrai soin
de toi.

Nous nous embrassons et je glisse doucement ma main sur
son corps, m'apprtant  lui faire l'amour. Elle est tonne,
encore, de tant de vivacit, leur ternit rendant les choses
moins prcipits, sans doute. Nous nous levons ensuite pour
aller faire un tour dans le village et passer le bonjour.

Ce jour-ci et le suivant ne sont gure diffrents, nous
profitons de la vie facile d'ici. Balades, discussions interminables,
il y a tant de choses que je voudrais savoir et apprendre.
Pour satisfaire ma curiosit bien sr, comment ne pourrais-je
pas tre comme un enfant dcouvrant le monde face  cet
univers qui se dvoile sous mes yeux, ces technologies,
cette humanit vivant dans une harmonie et un bonheur semble-t-il
quasi parfait, mais pour tenter, aussi et surtout, de comprendre.
Comprendre d'o je viens, quels liens nous avons avec tous
ces hommes, et pourquoi, pourquoi cette histoire m'est tombe
dessus, pourquoi encore et toujours ce bracelet, pourquoi
ensuite cette organisation, cette fille qui m'a sauv, puis
le kidnapping avec Erik et Naoma, cette Lune, ma mort, mon
assassinat plutt. Et ce monstre bleu, qui pouvait-il tre,
que voulait-il, que cherchait-il ? Les mystres ne se sont
pas vraiment amoindris depuis mon dpart,  peine ai-je
l'impression de trouver un lment explicatif que tout s'emmle
 nouveau dans un ralit toujours plus complexe. Le bracelet,
puis les hommes qui me poursuivent, le pentagone, l'arme
amricaine, l'organisation, l'interrogatoire  Sydney, cette
trange fille, le dsert, Melbourne... J'en ai fait du chemin,
et de l o je suis il se mesure en anne-lumires...

Pourtant pour rien au monde je ne prfrerais ma petit vie
morose d'avant, dans ce monde que je croyais tellement dcadent
que rien qu'une rvolution pouvait le sauver. Mais il m'est
aujourd'hui presque aussi inconnu que tout le reste, avec
l'implication probable de personnes venues d'ici, avec cette
histoire nouvelle qui explique peut-tre beaucoup de choses.
Je tente de dcrire tous ces dtails de manire la plus
prcise possible dans le bracelet, pour pouvoir, peut-tre
un jour, pouvoir dmler tous ces fils. Sauver des ides
n'est pas chose aise, et dans un premier temps je me servais
surtout d'un enregistrement pur de phrases dictes dans
ma tte. Mais cette procdure n'est pas trs simple, car
autant si je les dis dans la langue de Pnople, le bracelet
peut-il les transcrire en criture, que je ne comprends
pas, autant si je les exprime en franais, elles restent
sous forme vocale et leur restitution ou leur consultation
n'est pas des plus vidente non plus. Quoi qu'il en soit
je rajoute dsormais en plus des images mentales au rcit,
cette technique permettant d'acclrer les recherches en
situant rapidement  quelle moment ce passe la partie associe.
Je ne suis pas encore trs au point sur toutes les techniques
mises  ma disposition, elles sont pourtant pour la plupart
compltement naturelles et transparentes.

Cent trente-cinquime jour. J'ai dormi chez Pnople, et
je me rveille seul, tonn de ne pas la trouver  mes cts.
Me m'indique qu'elle n'a pas trs bien dormi et qu'elle
s'est leve un peu plus tt, me demandant de l'appeler quand
je serai dispos  prendre mon petit-djeuner avec elle.
Je l'appelle donc, et un quart d'heure plus tard nous sommes
attabls autour d'un sans doute apptissant petit-djeuner
prpar par Me. Sans doute car j'ai encore un peu de mal
 oublier toutes mes rfrences culinaires pour me consacrer
 ces petits pains multicolores sans rels rapport avec
une quelconque nourriture plus naturelle.

- Tu n'as pas bien dormi m'a dit Me, quelque chose ne vas
pas ?

- Dcidment on ne peut rien cacher dans cette maison !

Me intervient.

- Je suis dsol, je ne pensais pas que cette information
devait rester confidentielle.

- Non ne t'inquite pas Me, je plaisantais, tu peux nous
laissr djeuner sans te faire de soucis.

Me comprend alors la sommation polie de ne plus nous interrompre.

- Oui je n'ai pas trs bien dormi, mais rien de grave, je
suis alle faire un petit tour en attendant.

- Tu es un peu malade o quelque chose comme a ?

- Non non tout va bien, ne t'inquite pas, oublions a.
Profitons de ce petit-djeuner ensemble.

Je crois comprendre  cette dernire expression :

- Ah... C'est Naoma ? C'est le retour de Naoma qui t'inquite
?

- Non non, je suis contente que vous retrouviez enfin votre
amie, a fait des mois que vous attendez ce moment. C'est
juste que...

- C'est bien a, c'est bien le retour de Naoma. Tu as peur
que nous ayons moins de temps pour tous les deux.

- Peut-tre oui, je ne sais pas trop  vrai dire. J'ai toujours
t assez solitaire, mais, aprs tout, nous n'tions pas
si mal tous les deux... Enfin, moi au moins...

Je me lve et me place derrire elle pour la prendre dans
mes bras et l'embrasser sur la joue :

- C'est vrai que je vais passer du temps avec elle je pense,
surtout au dbut, mais que a ne nous empche pas de nous
voir, et puis tu pourras toi aussi rester avec nous, je
n'y vois pas d'inconvnient, aprs tout tu connais mieux
la langue que nous et a rendra son intgration d'autant
plus rapide. Toi et d'autres d'ailleurs, il faut qu'elle
rencontre le maximum de personnes pour ne pas se sentir
isole.

- Je ne sais pas trop si j'ai vraiment envie de rester avec
vous, je pense que c'est mieux si nous nous voyons sparment,
et puis j'ai des tonnes de gens  qui je dois rendre visite,
j'en profiterai.

- Comme tu veux, mais n'hsite pas une seule seconde si
tu veux qu'on passe un moment ensemble.

- Ne t'inquite pas, c'est bien que tu t'occupes d'elle.

Erik se prsente au chalet avant mme que nous n'ayons termin
notre djeuner, lui-mme n'ayant que peu manger, il s'attable
avec nous, et Guerd nous rejoint quelques minutes plus tard.
Tout le monde rassasi, nous nous rendons chez Moln, que
nous drangeons d'une partie de je ne sais quel jeu de rflexion,
sans doute une sorte d'chec ou de go, qu'il menait avec
son ternel collgue Ulri. Il est tonn de nous voir si
presss, il est vrai que tout se passe si tranquillement
dans ce monde. Aprs vrification, il s'avre toutefois
que la reconstitution corporelle s'est correctement termine
:

- J'avais indiqu de ne pas procder  l'empreinte crbrale,
de faon  nous donner le temps de vrifier que tout est
bon. Nous pouvons nous rendre au tlporteur et, si tout
va bien, transfrer l'image du bracelet.

Nous suivons Moln et quelques minutes plus tard nous contemplons,
par l'intermdiaire d'images virtuelles, le nouveau corps
magnifique de Naoma. Mais si celui-ci doit tre sans doute
plus parfait, son ancien corps terrestre, d'aprs mon souvenir,
n'a que bien peu  lui envier. Elle tait dj trs belle.

- Vous ne le remarquerez peut-tre pas, mais les donnes
compltes sur l'apparence physique n'tait pas disponible,
uniquement la version sommaire.

- Qu'est ce que a signifie, qu'elle ne sera pas complte
? Qu'elle ne sera pas vraiment elle-mme ?

- Oh,  partir du moment o nous sommes clons nous ne sommes
pas vraiment nous-mmes, mais je ne parlais pas de son empreinte
crbrale, qui est toujours la partie sauvegarde en premier
lieu, car la plus importante. Mais le tlporteur n'a semble-t-il
pas procd  la sauvegarde du scan dtaill de son corps.
Son visage sera trs ressemblant, mais le reste de son corps
est assez gnrique, si elle avait des petites marques caractristiques,
il se peut qu'elle ne les retrouve pas.

Je regarde alors mon poignet droit, ralisant que la marque
de la brlure imprime dessus n'est qu'une sorte de tatouage
amlior. Pnople le remarque et me prends par la main.

- C'est bon ? Vous trouvez que cette apparence est suffisamment
ressemblante malgr tout, nous pouvons rajouter quelques
dtails si vous les connaissez.

Erik rpond :

- En ce qui me concerne je me serais laiss berner entre
ce corps et son prcdent, donc je n'ai pas d'objections.
Peut-tre Ylraw la connaissait-il mieux ?

- Non, tel quel il me va  moi aussi, et puis j'imagine
qu'elle pourra elle-mme arranger ces dtails par la suite
si quelque chose ne va pas ?

Moln rpond.

- Oui, enfin pas d'elle-mme tant qu'elle n'a pas de bracelet,
mais je ne pense pas que a pose un problme pour nous de
lui permettre de le faire si besoin.

Pnople et Guerd confirme que ce point ne soulve aucune
inquitude. Moln indique donc au tlporteur qu'il peut
procder.

- Combien l'opration prend-elle de temps ?

Moln me rpond qu'il faut compter quelques minutes, puis
une fois l'image valide, encore quelques minutes pour que
le tlporteur vrifie que toutes les fonctions de l'organisme
sont correctement initialises. L'intervention se termine
par le temps de rveil, qui est variable suivant les cas.
Moln nous transmet les graphiques indiquant la progression
des oprations jusqu' l'ouverture du tube. Nous restons
alors silencieux, regardant le corps nu de Naoma, parfaitement
sec et propre malgr son sjour dans le liquide jauntre,
sans doute nourricier et protecteur, mais nanmoins jauntre.

Un vingtaine de minutes doivent s'couler, Moln discute
avec Ulri de choses et d'autres, et Guerd avec Pnople.
Erik et moi restons silencieux, regardant avec sans doute
un petit serrement au ventre le retour de notre compagnon
de route, cette autre personne qui nous rend un peu moins
seul si loin de chez nous.

Retrouvailles 2
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Un froncement de sourcils, sa bouche qui s'entrouvre, un
lger mouvement de la main. Puis ses yeux qui s'ouvrent
 peine, et en quelques secondes le rveil brutal et l'affolement.
Elle crie en anglais :

- Mon Dieu ! Le bracelet ! Quand je l'ai mis j'ai eu un
flash ! Mais Qu'est ce qu'il se passe ? O...

Elle regarde autour d'elle, s'aperoit qu'elle est nue.

- Tout va bien Naoma, ne t'inquite pas.

Je m'approche et la prend par la main. Elle jette des regards
affols.

- Mais que s'est-il pass, qui sont ces gens, d'o viennent-ils
? Mais ? Nous ne sommes plus au mme endroit ?

- Ne t'affole pas.

Erik demande  Pnople :

- On peut lui filer des habits ?

- Oui, je vais en chercher.

Naoma ne comprends pas :

- Mais, c'est quoi cette langue, vous la comprenez ? Qu'est
ce qu'il s'est pass ?

Mais elle comprend vite, toute seule, la ralit...

- Oh ! Mon Dieu ! Je suis morte c'est a ? Je suis morte
et vous venez de me recrer dans un autre tlporteur !
C'est la mme chose que ce qu'il t'es arriv, c'est a ?
Mais pourquoi est-ce que je me rappelle de mon arrive alors
?

- Oui tu as devin, tu es morte, mais nous avons russi
 rcuprer une sauvegarde de ton tat qui date du moment
o tu as enfil le bracelet.

- Et ? Nous sommes sur une autre plante ? a fait combien
de temps que je suis morte ?

- Non nous sommes toujours sur la mme plante. Voil environ
quatre-vingts jours que tu es morte.

- Quatre-vingt jours ! Presque trois mois ! Mon Dieu, oh
mon Dieu.

Pnople revient avec des vtements amples que Naoma enfile
rapidement, se sentant tout de suite plus  l'aise. Je n'ai
mme pas encore eu le temps de la prendre dans mes bras,
mais je ne tarde pas plus. Naoma commence  pleurer, mais
nous savons Erik et moi que ce n'est pas trs inquitant
venant d'elle. Nous sourions tous les deux.

- a me fait tellement plaisir de te retrouver, pendant
si longtemps j'ai cru que c'tait fini...

Erik s'impatiente et l'a prend aussi dans ses bras. Elle
semble surprise de tant d'engouement de sa part et revient
vite me prendre par le bras.

- Je te prsente Pnople, Guerd, Moln et Ulri. C'est surtout
grce  Moln que tu es de retour.

Ils la saluent et leur fait un signe de la main. Elle salue
plus longuement Moln pour le remercier.

- Dis leur que je suis enchante de les connatre, et que
je remercie beaucoup Moln de m'avoir sauve.

Je transmets le message, puis je propose que nous allions
faire un tour dehors avant d'aller djeuner. Pnople et
Guerd prfrent ne pas se joindre  nous, dans la mesure
o nous allons parler anglais et que les retrouvailles seront
plus faciles pour Naoma si nous restons tous les trois.

- a fait combien de temps que vous tes arrivs dans ce
village ?

- a fait un peu plus de soixante-dix jours,  vrai dire
un peu moins d'une semaine aprs ton dcs.

- Je... Je suis morte comment ?

- Si tu veux je peux te raconter plus en dtail tout depuis
le dbut ?

- Oui, je voudrais, mais est-ce que je pourrais juste savoir
d'abord comment je suis morte ? Est-ce que j'ai souffert
?

- Tu as t tu par une bte froce.

- Oh ! Mon Dieu ! J'ai t dvore ? C'est horrible ! Ah
! Je crois que j'aurais prfr ne pas le savoir finalement.

- Non tu n'as pas t dvore, elle t'a mordue au cou, puis
nous l'avons mis en droute, mais tu es morte quelques minutes
plus tard, ta mort fut sans doute douloureuse mais rapide.

- Aaah ! C'est horrible. Mais c'tait loin d'ici ? Vous
avez transport mon corps sur tout le chemin ? Non, c'est
un nouveau corps, n'est-ce pas?

- Oui c'est un nouveau corps, mais nous avons bien transport
ton corps sur des dizaines de kilomtres, dans l'espoir
de te soigner. C'est pour cette raison que nous sommes venus
dans ce village. Mais tu tais morte depuis trop longtemps
et nous avons d trouver un autre moyen. Mais tu ne prfres
pas que je reprenne depuis le dbut ?

- Si, si, mais tu peux me faire visiter en mme temps aussi,
vous habitez o ?

Erik prend la parole :

- Juste  ct, nous avons chacun un chalet, celui-ci et
celui-l.

Erik indique du doigt les deux chalets cte  cte.

- Vous avez chacun votre propre maison ? Mais ces gens,
ils sont avec nous ?

- En tous les cas ils n'ont pas l'air contre, mais Ylraw
va te raconter.

Pendant plus de deux heures, soit en marchant lentement,
soit assis dans l'herbe  l'ombre des arbres, je raconte
l'histoire depuis ce fameux jour o Erik a dcouvert les
bracelets. Erik qui ponctue l'histoire de diverses prcision
et commentaires. J'essaie de garder le maximum de dtails
pour redonner  Naoma le plus d'information sur ses souvenirs
manquants. Je me rfre  l'histoire que j'ai moi-mme stocke
dans le bracelet pour ne rien oublier. Nous sommes interrompus
par Guerd qui appelle Erik pour lui proposer de djeuner,
alors que j'avais termin nos premiers jours dans les btiments
et notre dpart prcipit dans la jungle. Nous retournons
doucement au village pour rejoindre Guerd. Pnople ne souhaite
pas se joindre  nous, elle me prend juste en apart un
moment pour m'indiquer qu'elle profite que je sois occup
pour aller rendre visite  sa mre pour les trois jours
suivant. Elle me quitte sur un baiser, que je fais prolong
en la retenant un instant. Elle sourit et s'en va, me faisant
un dernier signe de la main. Nous tions  l'cart et Naoma
n'a pas assist  la scne, mais elle se pose dj des questions
:

- C'est qui cette nana, pourquoi elle te parle en priv
?

- C'est Pnople, c'est elle que nous avons vue en premier
en arrivant ici, et ensuite nous sommes rests proches.

- Proche comment ?

- Je te raconterai toute l'histoire, mais pour l'instant,
je pense qu'il est temps que tu prennes tes premiers cours
de langue.

Le repas est consacr aux premiers mots de vocabulaire de
Naoma. Elle est curieuse d'apprendre, et le repas se prolongeant,
elle connat dj les formules de politesse principales
et deux trois phrases quand, sans doute presque trois heures
plus tard, nous quittons la table pour une balade sur le
bord de mer. Le temps est couvert et il ne fait ainsi pas
trs chaud,  cela s'ajoutant une petite brise rafrachissante.

L'aprs-midi est de nouveau consacre au rcit, ponctue
par quelques baignades et autres batailles dans l'eau chaude
de la mer. Arrive au bout de la plage de sable, nous nous
asseyons pour continuer l'histoire, jusqu'au soir naissant
o nous reprenons la route du village. Le soir Naoma est
presqu'au fait de toute la partie o elle tait encore l.
J'ai volontairement occult la discussion que nous avions
eu en nageant elle et moi quand nous avions rejoint la mer
la premire fois. Et sur un accord via une communication
prive avec Erik, je lui ai expliqu que je dtaillerai
la discussion que j'avais eu avec elle avant notre dpart
un peu plus tard, sans mentionner comme il me l'avait demand
sa dclaration  Naoma.

Pour le dner, que nous prenons chez Erik, en compagnie
de Guerd et deux autres villageois que nous avons invits
au passage, Naoma rcite ce qu'elle a retenu de son cours
du midi, mais elle s'emmle un peu, ce qui est plus que
comprhensible aprs cette journe quelque peu dense en
information.

Nous nous quittons  une heure somme toute correcte, Naoma
laissant entrevoir des signes de fatigue. Nous laissons
tout ce beau monde et traversons les dix mtres qui nous
sparent de mon chalet.

- Dis moi, Guerd et Erik, il y a quelque chose entre eux
?

Je feinte la surprise et passe pendant ce temps un coup
de fil  Erik.

- Et bien j'ai l'impression que Guerd, en tous les cas,
elle est assez proche de lui, et il m'a sembl qu'ils se
sont pris par la main  un moment avant le repas.

Erik n'est pas oppos  ce que je dise la vrit  Naoma,
il ne veut pas se cacher de toute faon. Je reste nanmoins
assez flou.

- Oui je crois qu'ils sortent ensemble, mais c'est plutt
du ressort de Guerd qui tourne autour d'Erik depuis que
nous sommes arrivs.

- On voit qu'elle ne le connat pas vraiment, franchement
je ne sentirais pas de sortir avec un voyou pareil.

Ah, ironie du sort, voil donc  quel point nos avis peuvent
changer du tout au tout en quelques jours... Sa remarque
me fait sourire.

- Pourquoi est-ce que tu souris ?

- Et bien, je ne sais pas... Ta mfiance  son gard, vous
avez tout de mme partag beaucoup sur la Lune, et puis
il ne t'a jamais laisse tomber.

- Mouais, il n'a pas non plus fait grand chose pour essayer
de t'aider quand tu es mort l-haut. Et puis je ne sais
pas, je crois que je ne lui fais pas confiance.

Je prfre ne pas continuer dans cette discussion, et je
profite de la prsentation de Chalet  Naoma pour changer
de sujet.

- Je te prsente Chalet, c'est l'intelligence artificielle
qui contrle la maison, tu peux lui demander ds que tu
as une question ou un problme.

- Bonsoir Naoam, j'espre que vous allez vous plaire ici,
allez-vous habiter avec Ylraw ?

Naoma ne comprends pas ce qu'il dit, mais elle a tout de
mme compris son nom. Elle me glisse  l'oreille :

- Comment il connat mon nom ? Et qu'est ce qu'il a dit.

Je lui traduis et rajoute :

- Oh tu sais par ici tout est reli, mme si on ne le voit
pas.

Je m'adresse ensuite  Chalet :

- Chalet pour l'instant elle ne parle pas encore la langue,
donc ne t'tonne pas si elle ne te rpond pas. Je pense
qu'elle va rester ici quelques jours, le temps que le village
lui trouve sa propre maison.

De nouveau  Naoma :

- Voil, je lui ai dis que tu allais rester quelques jours
ici, le temps que tu ais ta propre maison.

- a ne me drange pas de rester habiter avec toi tu sais.

- Oui oui, on verra  l'usage.

Je sens que le tout va tre sportif, entre Erik, Guerd,
Pnople, Naoma et moi, je n'ose mme pas imaginer l'imbroglio...
En attendant, il faut au plus vite que je lui raconte l'explication
que nous avions eu peu avant sa mort, de manire  dj
claircir les choses de ce ct l.

- On dort o ?

- Je vais demander  Chalet de te prparer un lit.

- Oh, je peux pas dormir avec toi ? S'il te plat, je n'ai
pas envie de rester toute seule. Juste comme la nuit que
tu avais pass chez moi ?

Comment pourrai-je refuser...

- Si tu veux.

- Merci.

Elle m'embrasse sur la joue.

- Est-ce que je peux avoir une chemise de nuit, o un truc
dans ce style ?

- Chalet, tu lui trouve une robe de chambre lgre, et 
moi un caleon ?

- Ils vous attendent sur le lit.

- Merci t'es cool.

Nous nous couchons, Naoma se glisse doucement contre moi.
Elle me demande de continuer  lui raconter l'histoire,
mais elle n'en saura pas beaucoup plus, un petit bruit charmant
me faisant comprendre qu'elle s'est endormie. Un peu plus
tard dans la nuit je la repousserai doucement... Je dormirais
mal cette nuit l, sans doute gn par la prsence de Naoma,
peut-tre un peu inquiet aussi qu'elle ne se rapproche trop.

Au matin, en ce cent trente-sixime jour depuis notre dpart
de Sydney, je me rveille un peu tard, m'tant endormi que
la nuit bien avance. Naoma n'est pas dans le lit, mais
me voyant rveill elle y revient et m'apporte deux petits
pains.

- O as-tu trouv ces pains ?

- C'est Chalet qui me les a donns. J'ai commenc  lui
apprendre l'anglais.

- C'est vrai que je n'avais jamais pens lui apprendre notre
langue.

- J'en ai dj mang deux, c'est vachement bon ces petits
trucs, tu sais avec quoi c'est fait ?

- Il ne vaut mieux pas que tu le saches.

- Oh non ! Ne me dis pas que c'est le mme principe que
la machine de Bakorel !

- J'en ai peur.

- Oh... Pfff... Enfin, aprs tout c'est plutt une bonne
chose de recycler. Et de toute faon sur Terre c'est un
peu pareil, nos dchets servent au final  faire pousser
les plantes et tout revient toujours  un moment ou un autre.
Et puis en plus ils ont bon got alors....

Je mors aussi dans le petit pain bleu vert,  la pte lgrement
croustillante,  peine sucr, ressemblant un peu aux ptisseries
arabes, l'huile en moins.

- Tu as bien dormi ?

- Oui gnial, je crois que je n'ai mme pas tenu plus d'une
phrase de ton histoire hier soir, j'ai peur qu'il ne faille
que tu recommences.

Je pense que c'est le moment opportun pour que nous abordions
le sujet dlicat de notre dernire conversation avant sa
mort.

- Quand je t'ai racont l'histoire, hier sur la plage, j'ai
omis quelques parties.

- Ah ?

- Oui, aprs notre arrive au bord de la mer,  la sortie
de la cuvette, nous sommes alls nager tous les deux, et
nous avons un peu parl. Tu m'as propos de rejoindre le
petit cratre qui se trouvait  environ un kilomtre de
celui o nous nous trouvions.

- Et, nous y sommes alls ?

- Non, j'ai refus.

Naoma prend une voix un peu triste :

- Tu ne voulais toujours pas de moi, c'est a ?

- Je ne voulais surtout pas compliquer la situation avec
Erik, nous tions perdus tous les trois, et je pensais que
ce n'tait pas sain que nous commencions une relation qui
aurait pu le faire se sentir un peu  l'cart.

- Je comprends, mais bon, nous n'aurions pas t obligs
de le montrer au grand jour.

- Peu importe, il n'y a pas eu de suite jusqu' une discussion
que nous avons eu quelques heures avant que tu ne disparaisses.

Naoma reste silencieuse, inquite et curieuse de savoir
la suite, j'imagine.

- Un moment que nous tions seul, tu m'as demand quels
sentiments j'avais pour toi, et si je t'avais tout dit.
Je t'ai dit que j'prouvais de l'amiti, mais tu n'as pas
sembl convaincue, me demandant si c'tait tout. Tu m'as
rappel que j'avais dit ne pas vouloir faire l'amour avec
toi, et tu as insist pour savoir pourquoi j'tais aussi
sr de moi en disant que nous ne ferions jamais l'amour.
Je savais que quoi que je dise j'allais te blesser. Je le
savais et je ne savais pas comment dire. J'ai simplement
dit que je ne voulais pas te blesser, et que ce n'tait
pas raisonnable que nous couchions ensemble, que nous ne
nous connaissions pas assez. Mais tu m'as fait justement
remarquer qu'il ne m'avait fallu que trois jours pour coucher
avec Deborah. Et ce que tu en as dduis c'est que je ne
voulais pas de toi parce que je te considrais pas assez
bien pour moi. Que je cherchais quelqu'un  conqurir, et
pas  aimer. Quelqu'un comme Deborah, oui. Je n'ai pas dit
non, sans doute parce qu'il y avait une part de vrit dans
ce que tu disais. Tu t'es fche et tu es partie, et tu
ne m'as plus adress la parole. Quelques heures plus tard
tu tais morte, et j'tais dsespr que 'ait t sur un
dsaccord que nous nous fussions quitts.

- Je suis dsole de m'tre fche, a a d tre dur pour
toi.

- Tu n'as pas  tre dsole, c'tait ma faute. C'est moi
qui suis tellement dsol de t'avoir fait de la peine. Et
je suis dsol de t'en faire encore en te racontant cette
histoire, mais je prfrais que tu le saches.

- Oui, c'est mieux, je te remercie de me l'avoir racont.
Mais qu'y puis-je si je me suis attache  toi ? Mais je
comprends, j'ai dj eu des amis qui voulaient sortir avec
moi et qui ne me plaisaient pas, et c'est pas facile de
dire non sans blesser un peu la personne. Mais c'est la
vie, qu'est ce qu'on peut y faire, tu ne vas pas te forcer
non plus. Je ne t'en veux pas, je suis contente d'tre avec
toi dj.

Je la prends dans mes bras.

- Moi aussi Naoma, mois aussi je suis si content de te retrouver
aprs tout ce temps.

- Tu sais pour moi nous n'avons t spars qu'une fraction
de seconde.

- Tu as de la chance, pour moi a a t beaucoup plus long.

- Je vais chercher d'autres petits gteaux, ils sont vachement
bons. Chalet !

Naoma se lve et fait signe  Chalet qu'elle veut de la
nourriture. Chalet s'excute et Naoma revient deux minutes
plus tard avec un petit panier rempli.

- Je dois te dire une autre chose, au sujet de Pnople.

- Tu as couch avec elle ?

- Oui, enfin, nous sortons ensemble.

- Elle est rebelle, c'est a ? J'ai cru le remarquer.

Elle me fait sourire.

- Tu es dure. C'est vrai qu'elle a un certain caractre.

- a fait combien de temps ?

- Quinze jours,  peu prs.

- Cela ne fait pas trs longtemps, et a se passe bien ?
Elle a quel ge ?

- a se passe pas trop mal pour l'instant. Elle  un peu
plus de mille quatre cent ans.

Naoma s'crie :

- Combien ?!

Je ne lui avais pas encore expliqu beaucoup de chose sur
ce monde, m'tant principalement consacr au rcit de notre
arrive. Je lui dtaille plus la Congrgation, en expliquant
le principe du tlporteur, et rapidement le parcours de
Pnople.

- Et a te fait quoi de coucher avec une nana qui pourrait
tre ta grand-mre puissance vingt-deux ? Pas trop ride
?

- T'es pas trs gentille, tu vois bien qu'avec leur clonage
ils ont toujours un corps de vingt ans, comment faire la
diffrence ? D'ailleurs je ne la fais pas. Seul le caractre
laisserait entrevoir qu'elle n'est pas toute jeune, et encore,
par moment elle a des ractions bien puriles.

- Tu l'aimes ?

- Je ne crois pas non. Je ne sais pas trop, je crois que
je ne sais plus trop ce qu'est l'amour, aprs tout ce temps...

- Et Deborah, tu l'aimais ? Si tu devais choisir entre Deborah
et Pnople ?

- Oh... a ne sert  rien ces questions, je ne sais pas.
Je suis trop perdu pour savoir. Peut-tre que j'aimais Deborah...

- Et a ne te gne pas de coucher avec Pnople, ce n'est
pas trs honnte envers elle.

- Peut-tre oui. Mais les chances pour que je revois Deborah
sont tellement faibles ! Et puis je ne sais mme pas si
je l'aime, peut-tre que j'avais besoin de quelqu'un, quand
j'tais perdu, et qu'elle tait un peu mon rconfort.

- Et moi ? Je ne pouvais pas l'tre ? C'est parce que tu
penses que je ne suis pas assez forte c'est a ?

Elle m'a eu...

- S'il te plat Naoma... Je ne sais pas tout a. Peut-tre
que je le crois, peut-tre que je le croyais, mais je ne
veux pas qu'on se fche, s'il te plat.

- Je ne suis pas fche, je ne t'en veux pas, je veux juste
essayer de te comprendre, mais si tu veux j'arrte.

- Peut-tre que le fait que j'ai tent de t'aider, au dbut,
peut-tre que cette partie a fait que je t'ai considre
plus comme quelqu'un que je prenais sous ma protection,
et que part la suite dans mon esprit tu es reste la petite
fille fragile que j'ai tente de consoler.

- Tu te prends un peu comme mon pre quoi. C'est vrai que
je n'allais pas trs bien quand on s'est rencontr, mais
est-ce une raison pour cataloguer tout de suite dans les
filles qui ne t'intressent pas ? Nous nous serions rencontrs
une semaine plus tt tu aurais eu un avis compltement diffrent
et nous aurions couch ensemble ds le premier soir, c'est
a ?

- Tu t'acharnes hein ? Mais tu as peut-tre raison, c'est
peut-tre juste a. Peut-tre que je me prends un peu comme
ton pre, ou ton grand frre tout au moins...

Je la regarde avec des yeux de chiens battus, elle me prend
dans ses bras.

- Je t'embte hein ? Je suis dsole, mais j'avais envie
de comprendre. Mais c'est pas grave, je t'aime quand mme
tu sais, mme si tu veux tre mon grand frre. Et si tu
es bien avec Pnople, aprs tout, tant mieux, je ne voudrais
pas que tu aies de la peine  cause de moi.

- On se lve ?

- OK.

Nous nous trouvons quelques tenues lgres pour la journe
qui, d'aprs Chalet, s'annonce chaude, puis nous allons
toquer  la porte voisine. Guerd et Erik nous accueillent,
et nous prenons un consquent petit-djeuner ensemble. Nous
partons ensuite tous les quatre en direction de la mer.
Je continue  raconter les deux mois et demi de prsence
au village, le conseil, le fonctionnement de la Congrgation,
le problme du bracelet... Naoma fait beaucoup d'efforts
pour apprendre la langue, et Guerd est son principal professeur.

Le midi nous djeunons chez Iurt, auprs de qui nous nous
informons de la suite des vnements. Iurt nous apprend
justement la tenue d'un conseil le lendemain, aprs le retour
de Pnople. D'aprs lui la logique voudrait que Naoma soit
intgre au village jusqu' obtenir un bracelet, puis se
poserait pour nous trois le problme de notre admission
comme membres  part entire de la Congrgation. Au dernire
nouvelle le dysfonctionnement du tlporteur a fait beaucoup
de bruit dans le Conseil d'Adama, et Guewour avait transmis
la volont du Congrs de lever le voile sur cette histoire
au plus vite. Au plus vite tant une notion relative dans
la Congrgation et signifiant une priode pouvant tout de
mme s'tendre sur plusieurs mois.

Quoi qu'il en soit la premire phase consiste  faire rencontrer
le plus de monde  Naoma, pour lui donner son indpendance
 l'intrieur du village. Nous passons donc l'aprs-midi
avec cinq villageois  discuter de notre monde. Nous parlons
dans leur langue et je traduis seulement quelques mots 
Naoma pour la forcer  tendre l'oreille et tenter de reconstituer
le discours. Elle fait beaucoup d'effort mais tout ce travail
est puisant pour elle et peu aprs le goter elle me fait
savoir son envie de faire un break pour cette journe. Nous
passons alors la fin de l'aprs-midi et la soire avec Erik
et elle  bavarder sur notre vie ici, sur ce que nous avons
compris de leur mode de vie et d'autres considrations d'ordre
pratique.

Nous nous couchons alors qu'il est assez tard, Erik et Naoma
ne trouvant sans doute pas de fatigue dans nos journes
calmes et tranquilles. Pour ma part je n'avais pas si bien
dormi la nuit prcdente et ce sont mes signes d'endormissement
qui mettent un terme  la soire. Aussitt rentr avant
mme que Naoma de soit couche je m'endors comme une masse.
Elle me reprochera plus tard de ne mme pas lui avoir souhait
bonne nuit.

Un peu plus tard dans la nuit j'ai la sensation vague que
quelqu'un me caresse. D'abord le sentiment de me trouver
dans un rve, puis la perception grandissante de la ralit.
Naoma glisse doucement sa main sur moi, elle se presse contre
moi. Elle m'embrasse doucement sur la joue puis me glisse
un "j'ai envie de toi"  l'oreille. Je peux difficilement
ne pas ragir, et je la repousse calmement.

- Non Naoma, dors.

- Mais... Pourquoi ?

- Chuuut, parce que ce n'est pas raisonnable, je suis avec
Pnople.

La nuit se terminera sans incident. Au matin elle s'excuse,
qu'aprs tout je lui avais dit ne pas aimer Pnople, et
que celle-ci revenant aujourd'hui, elle s'tait dit, peut-tre,
pour une fois, une seule fois... Mais non, Naoma, non, ne
te mprends pas sur moi, je ne peux pas la trahir. Et ne
pas aimer d'amour ne veut pas dire ne pas aimer, apprcier,
ou tre fidle. D'autant que je l'aime sans doute un peu,
mais que si loin, si perdu, si seul, comment savoir...

Pnople, justement, arrive dans la matine, et je laisse
Naoma aux mains d'Erik le temps du djeuner pour le prendre
avec elle. Elle refuse dans un premier temps mon invitation,
puis se laisse dompter par mon insistance. Elle m'avouera
finalement que la prsence fminine chez moi la gne un
peu, et que celle-ci aurait tendance  la faire s'loigner,
prendre du recul. Je lui raconte mes discussions avec Naoma,
mais lui tmoigne de ma fidlit, et, un peu avant la tenue
du conseil, retrouve avec plaisir ses cris de jouissance
caractristiques.

Je n'assisterais pas au conseil, pas plus que Naoma et Erik,
mais la substance n'en est pas formidable, si ce n'est le
statu quo dans l'attente de la mise  niveau de Naoma. Celle-ci
habitera chez moi pendant encore quelques temps, dans la
mesure o la construction d'un chalet ne se justifie pas
tant que nous n'avons pas dfinitivement pris rsidence
dans le village. Cette dcision n'enchante pas outre mesure
Pnople, mais nous aurons toute latitude de nous retrouver
chez elle.

Jour 146
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Il faudra une dizaine de jours avant que Naoma n'ait son
bracelet, mme si alors sa matrise de la langue est encore
loin d'tre parfaite. Nous passons beaucoup plus de temps
ensemble, avec Erik et elle, et si Pnople et Guerd ne
s'en plaignent pas ouvertement, cet tat de fait a sans
doute cr une petite tension. Mais hormis ce point la vie
est plus que paisible, et si le paradis existe nous n'en
sommes pas trs loin. J'ai termin de racont mon rcit,
et me retrouve, comme au moment du dpart de chez Martin,
 raconter au jour jour. Est-ce un signe qu'il va tre temps
au sort de nous faire repartir ?

Les journes sont tranquilles, je dors la plupart du temps
chez Pnople et nous nous retrouvons dans la matine avec
Erik, Naoma et qui le veut pour les activits de la journe.
Souvent consacres  des balades, des virtuels ou d'interminables
pique-niques au bord de la mer.

Si Naoma a reu son bracelet en ce cent quarante-sixime
jour, alors qu'elle ne matrise pas encore totalement la
langue, c'est aussi parce que le Congrs semble plus press
encore que ne l'avait suspect Iurt ; et Guewour lui-mme
incitait les villageois  acclrer notre intgration pour
prvoir au plus vite une session sur Adama, sans mme faire
de premier passage par virtuel interpos d'ici mme.

Pnople trouve cette prcipitation suspecte, quant  moi
je la trouve salutaire, signifiant sans doute qu'il y a
des intrts dans cette histoire, nous garantissant une
certaine aide dans la rsolution de ces nigmes.

Cent quarante-sixime jour donc, bientt cinq mois depuis
notre dpart... Cinq mois... C'est assez pour que le monde
change, c'est assez pour avoir un noyau linux 2.6, quoique...
C'est assez, par contre, pour que nous ne soyons plus que
des souvenirs  notre retour, si retour. Cent quarante-sixime
jour, Naoma dcouvre les joies de la communication et du
contrle de son corps. Cent quarate-sixime jour, nous serions
presque satisfaits que quelques uns passent encore, dans
la tranquillit d'une vie d'insouciance, de facilit, de
perfection...

Cent quarante-sixime jour, j'ai pass une bonne partie
de la journe seul  jouer avec Chalet, ou plus exactement
perfectionner sa pratique du franais. Il parle dsormais
trs corectement ma langue, Naoma avait abandonn son apprentissage
de l'anglais. Le soleil baisse sur l'horizon, pas mon Soleil,
cependant... Naoma, Erick et Guerd sont alls se promener
pour un pique-nique au bord de la mer, je n'ai pas souhait
m'y rendre, d'une part parce que j'aprcie de me retrouver
un peu seul de temps en temps, et aussi parce que je dois
voir Pnople ce soir, et qu'entre tous mes efforts pour
apprendre sur ce monde, ma curiosit et mon amusement face
 l'intelligence impressionante de Chalet, et le temps pass
avec Naoma que je sens un peu seule, je ne la vois plus
beaucoup.

Pnople a pass les deux jours chez un ancien ami  elle
de passage sur Stycchia, un ancien amant sans doute mme
si elle ne me l'a pas avou, mais je ne suis pas de nature
jalouse et je lui voue un entire confiance. Alors que je
commence  m'inquiter, Pnople m'appelle.

- Ah, je commenais  me faire du soucis, tout va bien,
o es-tu ?

- Je suis toujours  Bankor.

Je reste silencieux un instant.

- Ah mais, euh, on ne devait pas se voir ce soir ?

- Oui je sais, mais... Je pense que je vais rester quelques
temps ici, encore.

- Ah, je, bon... Tout va bien au moins ?

- Oui oui ne t'inquite pas. Bon, je dois te laisser.

Pnople coupe la communication et disparait de devant moi.
Mme pas un baiser, mme pas un geste... Je m'assois...
Chalet me fait remarquer qu'il a repr un changement anormal
de mon tat biologique, je lui dis que je suis au courant...
J'ai mal. Je ne sais pas si c'est mon orgueil qui est bless
ou mon coeur. Aprs tout peut-tre qu'elle ne pouvait pas
parler, peut-tre qu'elle tait de mauvaise humeur, peut-tre
que je me fais des ides.

Pourtant il faudrait tre idiot pour ne pas comprendre...
Mais que pouvais-je esprer ? Je ne suis pas de ce monde,
je dois sans doute lui paratre immature et barbare...

Quelques jours s'coulent o je reste principalement seul.
Naoma s'inquite un peu de mon moral, je lui dis simplement
que j'ai un peu de nostalgie mais qu'elle passera en quelques
jours, juste que j'ai envie de me retrouver un peu seul.
Pnople revient finalement. Je ne lui ai pas donn de nouvelles
depuis cette froide discussion. Elle ne me prvient mme
pas de son retour je la croise simplement sur la place du
village. Je ne sais pas trop comment me comporter. Je me
dirige vers elle et lui demande si elle va bien.

- Oui et toi ?

Je rponds d'un air pas trs enjou.

- a va.

- Tu n'es pas avec Naoma ?

- Non, je reste plutt seul ces derniers jours.

- Pourquoi, vous vous tes disputs ?

Je comprends pas  quoi elle joue, qu'est-ce qu'elle veut
me faire dire ?

- Mais, pourquoi... C'est avec toi que je suis, pas avec
Naoma, pourquoi tu te comportes comme a ?

- Non Franois.

Elle avait pris l'habitude de m'appeler par mon vrai prnom.

- Comment a ?

- Tu n'es pas avec moi, tu n'es avec personnes, tu n'es
qu'avec toi... Tu sais j'en ai connu des amants, et je sais
comment tu es. Je sais  quelle race d'hommes tu appartiens
; tu ne seras jamais avec personne, pas plus avec moi qu'avec
Naoma ou une autre. Alors il vaut mieux que nous en restions
l. Je pensais vraiment que je ne souffrirait plus avec
ce genre de chose, apparemment on ne guri jamais...

Je ne sais pas quoi dire.

- Mais... Pourquoi, c'est parce que je ne t'ai pas dit que
je t'aimais, que j'tais bien avec toi... Pourquoi ?

- Je... Je pense que c'est mieux si on ne se voit pas trop
les jours qui viennent. Excuse-moi, j'ai rendez-vous avec
Samrn pour djeuner, bonne journe.

Et je reste comme un imbcile...

C'est toujours pareil ces histoires, j'ai beau all au fin
fond de la galaxie je me fais toujours larguer de la mme
faons, c'est vraiment pas marrant... Mais... Pourquoi a
ne peut pas tre simple, pourquoi est-ce que a ne pourrait
pas tre clair ? Je ne sais mme pas les raisons de son
choix... Je suis toujours aussi seul...

Je crie de rage.

- Y'en a marre ! C'est nul ! C'est la loose ! On se fait
larguer comme avant et en plus ya mme pas de vaisseaux
spaciaux ni de super-pouvoirs !

Je finis sur un hurlement. J'clate de rire devant mes propres
pitreries... Et je redeviens triste... Je me dirige vers
mon chalet, en pestant et donnant des coups de pieds qui
soulvent des nues de poussires.

- a craint !

Je ne m'en aperois qu' l'instant, mais j'ai en fait fait
sortir tout le monde sur la place. Iurt me recommande mentalement
de me calmer et me rappelle que tout ce que je fais et dis
sera pris lors de ma comparution devant le Congrs.

J'emmerde le Congr, si c'est pour se retrouver dans un
monde parfait o on ne peut mme plus tre triste, c'est
nul. Je rentre dans Chalet et lui demande de baisser la
temprature et diminuer la luminosit. Je me laisse glisser
le long d'une paroi pour me retrouver assis par-terre. Chalet
me conseille de manger ce qu'il m'a prpar pour reprendre
le moral. Je lui rponds que j'ai pas envie d'avoir le moral
pour l'instant.

Je ne sais pas trop ce que j'espre. Je ne sais pas trop
ce que je voulais avec Pnople. C'est vrai que je me proccupais
plus de tenter de comprendre ce qu'il se passait, d'apprendre
cette langue, cette nouvelle vie. Je ne sais mme pas si
j'ai envie d'aller de l'avant, de dcouvrir ce qu'il se
passe, d'o je viens, o est la Terre...

Je ne comprends pas... Pourtant... Je ne crois pas que j'tais
amoureux de Pnople, pourquoi est-ce que j'ai mal, pourquoi
tout s'embrouille ? Pnople, Deborah... Je crois que j'aime
Deborah, pourtant...  Pourant je la connais si peu... Tout
ce temps pass avec Pnople, je sais tant de chose de sa
vie... Et je ne reverrai sans doute jamais Deborah...

Oh et puis mince ! Je vais pas me laisser embter par ces
sentiments stupides, je vais me tirer de cette plante pourrie
et je vais all pter la gueule  tous ces zonards qui m'ont
envoy dans ce ptrin !

Je me relve bien dcid  ne pas me laisser abattre et
je rejoins Erik, Guerd et Naoma au bord de la plage. Les
choses ne sont pas simples non plus pour le pauvre Erik.
Depuis le retour de Naoma il tente de s'loigner un peu
de Guerd pour passer plus de temps avec elle. Mais Guerd
le sent et ne veut pas lcher son Beau. Je crois qu'Erik
avait dit  Guerd que c'tait termin entre eux, mais la
chair est faible et la belle Guerd sait faire tourner quand
il faut la tte d'Erik. J'oublie un peu mes propres problmes
en le voyant tant bien que mal tenter de sduire Naoma tout
en tenant Guerd  distance. Mais  croire que tout n'est
pas si vou au hasard qu'on le pense, car je sens que Naoma
laisse transparatre quelques signes qui pourraient indiquer
qu'elle n'est pas totalement impermable aux avances d'Erik...
Bref je passe une soire tranquille entre leur chamaillerie
et o chacun raconte les diverses btises qu'il a pu faire
tant jeune...

Quelques jours s'coulent o je ne vois pas Pnople, mais
je n'en peux plus, je n'en peux plus de rester comme a.
Je dois la voir. J'aimerai lui crire, une lettre, un pome,
mais je ne peux pas, je n'ai ni papier ni crayon et je ne
sais mme pas crire cette maudite langue...

C'est elle qui me contactera, finalment, pour prendre des
nouvelles. Je lui dis qu'elle me manque, que j'ai des sentiments
pour elle et que j'ai envie de la voir. Elle n'est pas au
village mais revient le lendemain, nous convenons de nous
voir. J'irai chez elle. Bien sr je tenterai de la retrouver.

- Ah quoi bon Franois ?  quoi bon ? De toute faon tu
vas partir, je sais trs bien que tu vas partir. Et je ne
suis plus prte pour a.

Je me rapproche d'elle, la prend par la main.

- Pourtant je crois que je t'aime Pnople. C'est un peu
tout mlang dans ma tte, avec toutes ces questions, avec
tout qui s'entremle... Mais je suis bien quand tu es prs
de moi.

- Mais a ne nous mnera  rien, tu le sais bien, tu sais
bien que nous n'aurons jamais les mmes envies, jamais les
mmes ambitions... Tu ne le vois pas mais je suis vieille,
Franois. Je suis vieille et fatigue. J'ai plus de mille
quatre cent ans. Te rends-tu compte du nombre de dsillusions
que j'ai eues ? Te rends-tu compte du nombre de rves briss
? Du nombre de fois o mon coeur a souffert ? Non Franois,
mon coeur est froid dsormais, et je veux qu'il le reste,
je ne veux plus de ces souffrances, je veux juste voir le
jour se lever chaque matin et se coucher chaque soir, jusqu'
ce que tout s'effondre...

Elle pleure... Je me lve pour la prendre dans mes bras,
mais elle me repousse.

- Non Franois, non...

Elle arrte de pleurer. Je me rassois.

- Je ne crois pas ce que tu dis, je ne crois pas que tu
sois vieille, tu peux toujours avancer Pnople, rien n'est
jamais fini. Pourquoi tu veux me laisser ? Pourquoi tu veux
m'abandonner ? Je sais que je ne t'ai pas assez montr que
je t'aimais, mais pourquoi ne pourrait-on pas rester ensemble,
pourquoi ne pourrait-on pas tre bien tous les deux, ne
l'avons-nous pas t jusqu'alors ?

Il me semble qu'elle a peur, simplement, il me semble qu'elle
a peur de notre relation, qu'elle a peur de s'attacher,
peur de retrouver des sentiments qu'elle croyait perdus.
Elle ne dit rien.

- Qu'est-ce que tu risques ?

Elle ne dit toujours rien.

- Mais je ne veux pas te forcer. C'est vrai que je ne sais
pas o je vais, c'est vrai que je ne resterai pas pour une
petite vie tranquille sur Stycchia, et que le reste de ma
vie s'il le faut je le passerai  cherche ma maison, mais
pourquoi toujours parler du futur, pourquoi toujours ne
penser qu' l'ternit ? Ne peut-on pas tre bien tous les
deux pendant tout le temps qui...

- Qu'il te faudra avant de trouver quelque chose de plus
intressant  faire ou quelqu'un de mieux ? Non merci !

- Merde ! Je dois quoi, te jurer fidlit jusqu' la fin
de mes jours, tu crois que c'est facile pour moi de savoir
o je vais ? Je suis compltement paum !... J'ai besoin
de toi.

Elle m'nerve, tu n'as pas besoin d'elle... Je crois que
si... Mais non ! Tu t'en ais bien passe jusqu'alors !

Quelques minutes de silence s'coulent.

- Il vaut mieux que je m'en aille alors. J'imagine que tu
prfres ne plus me voir d'un moment.

Elle ne rpond pas. Je me lve et me dirige vers la porte.
Elle me laisse partir. J'avais espoir qu'elle me retnt.

Quelques jours s'coulent o je n'ai pas de nouvelles, je
ne la croise mme pas, elle ne doit pas tre l. Je passe
mes journes  discuter avec les habitants du villages,
 me promener avec eux. Je passe beaucoup de temps seul
ou avec Chalet. Je suis triste je crois. Triste comme on
l'est  chaque fois. De toute faon je ne peux gure faire
qu'attendre notre dpart pour Adama, alors je profite un
peu d'une vie de calme.

Je croise Pnople quelques jours plus tard. Nous restons
mus un instant. Je la prends par la main, elle se laisse
faire. Nous marchons vers mon Chalet. Une fois rentr je
la plaque contre le mur et lui fais l'amour.

- Qu'est-ce qu'on va devenir, Franois ?

- Restons, juste, c'est dj bien, non ?...

Jour 182
--------



Et voil, sans doute plus de six mois... Jour cent quatre-vingt-deux.

En phase pour une nouvelle tape. J'attends, patiemment,
allong dans le tube du tlporteur. Premire tlportation
volontaire, dans quelques jours je me rveillerai sur Adama,
avec un corps neuf.

Plus de six mois dont la totalit presque furent passs
ici, Stycchia. Deuxime plante autre que la Terre que je
foule, avec cette Lune dont je ne souviens pas. Ah Stycchia,
te reverrai-je ? Tu resteras en tous les cas ce que je considre
comme le plus proche du paradis. Certes Naoma perdit la
vie chez toi, mais elle est revenue, dsormais, et peut
se vanter de parler comme nous la langue de cette nouvelle
humanit, immense, gigantesque, trois cent soixante milliards
de personnes, qui vivent dans le calme et le bonheur. Paradis
oui, ds que nous rejoignmes le village. Pas sans heurts,
toutefois, j'ai encore le bleu de la bosse de ce fichu jour
o nous dcidmes d'apprendre  voler par nous mme avec
ces combinaisons-abeilles. Ces maudits appareils ragissent
au quart de tour ! Il ne m'a pas fallu longtemps, pour que,
 peine enfile et orgueilleux de ne pas vouloir me servir
du stabilisateur, la moindre pense de travers me fit virevolter
en tout sens, sous les fous-rires de Naoma et d'Erik, et
terminer ma course comme une vulgaire mouche s'crasant
nonchalamment sur le sommet de la salle du Conseil, restant
accroch comme un malheureux jusqu' ce que ma belle, qui
ne l'tait pas  l'poque, viennent me dlivrer.

Ah Pnople... Nous emes quelques altercations suite 
notre premire sparation, ces remous lui rappelant sans
doute sa houleuse relation avec Ragal... Les raisons en
taient diffrentes, sans doute, plus lies, littralement,
aux mondes qui nous sparent, autant ces milliers d'annes
de temps que ces probables milliers d'annes-lumire de
distance. Autant de distance que de temps entre nous, il
fut bien dur, la phase de la dcouverte s'estompant, de
trouver passion commune. La srnit mle d'indiffrence
de son ge  ma curiosit sans limite, sa vie tranquille
et indpendante  ma soif de bouger, de lui faire l'amour,
encore et encore, ma soif de rvolte, de rponses.

Si diffrents et pourtant, si nous nous sparmes, dcidant
que l'amiti serait sans doute plus approprie  notre relation,
nos rsolutions ne duraient rarement que plus de quelques
jours, et puis de nouveau nos corps s'entremlaient, trop
dsesprs sans doute que nous ne puissions trouver quoi
d'autre pourrait nous unir.

Je laisse mon corps petit  petit sombrer dans le sommeil,
bientt accompagn de mes sept camarades que je retrouverai
sur Adama. Naoma et Erik, bien sr, Guerd et Pnople, difficile
de faire sans, Moln et Ulri pour leur implication dans l'tude
du tlporteur  l'origine de la polmique, et Iurt, nomm
par les villageois pour les reprsenter.

Le tube referm, plongeant dans un profond sommeil, mes
penses s'envolent en quelques secondes... Au revoir, Corps,
adieu peut-tre...

Ort - Machiann - Terr - mi - Ourstanove - rianos
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Arrive
-------



Quand le tube de Ort s'ouvrit, il fut surpris que la salle
soit sombre et calme. Il s'attendait  un accueil, mais
il tait seul. Rapidement il se leva et bougea pour ne pas
perdre la chaleur emmagasine dans le tube. Mais il fut
de nouveau surpris de ne trouver aucun habit  disposition.
Il fit rapidement le tour de la grande pice et sortit sans
crainte dans le couloir, mais il faisait si noir qu'il ne
voyait absolument rien. Il chercha un moyen d'allumer la
lumire, mais les boutons qu'il trouva ne fonctionnaient
pas. Il commena  s'interroger sur la validit de leur
destination, et eut un frisson dans le dos en se disant
qu'il n'tait peut-tre pas o il pensait.

Il ne connaissait rien de la plante o ils taient censs
se trouver. Il savait simplement qu'il avait t slectionn,
comme Machiann, Terr, mi, son petit frre Ourstanove et
rianos, pour accomplir cette mission, retrouver ce jeune
et le ramener. Il esprait d'ailleurs qu'ils ne seraient
pas long  arriver. Ils avaient normalement slectionner
un transport rapide, avec clone indiffrenci, mais il ne
savait pas trop ce que les technologies de ce monde permettaient.

Il ne faisait pas beaucoup plus froid que de l o il venait,
mais il tait nu et il savait qu'il devait bouger continuellement
pour ne pas s'engourdir. Il entreprit donc de courir autour
de la pice en ponctuant son footing par d'autres exercices
physiques.

Il dut attendre plus d'une heure avant que coup sur coup
Machiann et Terr n'arrivassent. Il les accueillit avec joie
et tous trois s'aventurrent un peu plus en avant autour
de leur pice d'arrive, mais tout tait dsert et froid.

"Nous n'tions pas censs tre accueilli ?" Demanda Terr

"Si", confirma Ort, "mais je n'avais pas plus d'info, peut-tre
que notre transfert a dur plus que prvu, ou peut-tre
ne sommes nous pas l o nous devions tre."

"Glent s'est peut-tre plant, le tlporteur ne sert pas
souvent, et puis stress comme il est, il a peut-tre fait
une mauvaise manipulation." Rflchit tout haut Machiann.

"Quoi qu'il en soit j'espre que les autres vont arriv
en vitesse car j'aimerai finir cette mission en vitesse,
pour moi c'est une perte de temps, les reptiliens avancent,
pendant que nous sommes l  attendre." Marmonna Ort.

"C'est vrai chef, mais c'est Lui qui veut." Dit Terr, 
voix basse.

"Je sais, j'espre juste qu'Il sait ce qu'Il fait."

"Mouais, nous ne savons toujours pas ce qu'il est et ce
qu'il veut", fit remarquer Machiann.

"Mais Il nous a toujours aid, jusqu' prsent, mme s'Il
est dur avec nous ; c'est grce  lui que nous avons pris
de nouveau du terrain aux reptiliens." Complta Terr.

"Toujours aid ? Et il y a un grand dixime dennien, quand
il a daign se montrer, quand il nous est enfin apparu pour
la premire fois, tu oublies vite que nombre d'entre nous
prirent." Dit Ort avec un regret dans la voix. Il se rappela
ses deux autres frres.

"Oui, chef, je sais que vous avez perdu vos frres sous
sa colre, mais il nous affligea nous comme eux, et peut-tre
ne voulait-il que nous prouver sa force", rpondit Terr.

"C'est bien a le problme, Terr, j'ai parfois peur qu'il
ne soit pas plus avec nous qu'avec eux", lui fit remarquer
Ort.

"Peut-tre alors qu'il voulait nous faire relever la tte,
qu'il voulait nous faire subir une preuve ?" lui rpondit
Terr.

"C'est vrai qu'il faut parfois savoir couper les branches
pourries, ce que nous ne faisons pas assez souvent", marmonna
Machiann.

"J'en sais rien, mais j'espre que ses intrts ne sont
pas trop antithtiques aux ntres...", soupira Ort.

Une voix coupa leur discussion.

"C'est mi, retournons  la salle", dit Ort.

Un quatrime homme, semblable aux premiers, se leva du dernier
tubes ouvert.

"Alors, mi ! a te fait quoi d'tre dans un corps blanc
!" Lui dit Machiann en le frappant dans le dos.

"Bah a me fait un peu peur maintenant que je vais tre
aussi con que toi", lui rpondit le nouvel arrivant, mi.

"Nous ne sommes pas l pour rigoler, je vous le rappelle",
les coupa Ort d'un ton autoritaire.

"Pardon, chef", s'excusa Machiann.

"Maintenant que nous sommes quatre, Machiann et Emi partez
chercher de quoi nous habiller et des armes, je reste avec
Terr pour l'arrive d'Ourstanove et d'rianos. Mais ne partez
pas trop loin, au moindre doute revenez, et quoi qu'il en
soit soyez de retour dans un demi dixime", ordonna Ort.

Ort parlait en units de temps spcifiques  Oriagoth, la
lune d'den 2. La journe d'den 2 tait divise en dix
priodes, reprsentant environ deux heures chacune. Ils
avaient dans leur langue cinq ou si faon de dire "dixime",
suivant qu'ils en rfraient aux dixime de l'anne, du
mois, du jours, de l'heure... Mais ce n'tait que le penchant
des siximes du pass. Certains parlaient encore en unit
de temps Adamienne, les trente-siximes de l'ancienne plante
mre, mais Ort ne voulait plus entendre parler d'Adama,
ce n'tait pour lui qu'une lgende, que le poids d'un pass
oubli depuis maintes gnrations, que le dbut de la longue
fuite de ses anctres expulss de l'den par ces autres
hommes jaloux. Ces autres hommes qu'il hassait plus que
tout au monde, plus encore que ce Dmon Bleu.

"Oui, chef." Rpondirent Machiann et mi, qui partirent
sur le champ.

Quand ils revinrent bredouilles, Ourstanove, le jeune frre
de Ort, tait arriv, il ne manquait plus qu'rianos.

"Nous n'avons trouv aucun habit ni aucune arme." Dit Machiann.
"Les lieux sont dserts, nous avons march du plus vite
que nous avions pu dans le noir, mais pas trouv d'issue,
mais pour sur nous ne sommes pas sur Oriagoth, je me sens
plus lourd, et l'air est plus dense."

"Oui nous ne sommes pas sur Oriagoth." Rpta Ort. "D'aprs
Omos, nous devions trouv sur place des hommes d'ici pour
nous donner armes et habits, et nous mener  Ylraw."

"Mais, comment allons-nous faire si nous sommes livrs 
nous-mmes ici ? Nous ne connaissons rien de ce monde, ni
s'il est hostile, ni qui sont nos ennemis, ou nos allis."
S'inquita Terr.

"T'as peur ?" Lui demanda Ourstanove avec un regard de dfi.

"Terr a toujours t une poule-mouille, non ? Dj il y
a un demi dixime sur den 2 j'ai cru qu'il allait crever
de peur quand on s'est crash." Rigola mi.

"Tu rigoleras moins quand on sera dehors,  mon avis." Lui
rpondit Terr. "D'autant que tu ne faisais pas le fier toi
non plus quand les trois reptiliens nous sont tombs dessus,
et si je n'avais pas rpar le canon juste avant, tu servirais
dj d'engrais aux Galphomes."

"a suffit ! On n'a qu'une journe pour cette mission, et
nous sommes dj dans une sale situation." Cria Ort.

"Bah faut pas vous en faire, chef", dit mi, "au pire on
repart direct en disant qu'on a rien trouv."

"Ah ouais, et Lui, qu'est-ce que tu lui diras quand il sondera
ton esprit ?" lui lana Terr.

"Que je l'emmerde ?" suggra Ourstanove.

"La ferme les pipelettes, rianos arrive, nous allons partir"
dit Machiann en les coupant.

"C'est pas trop tt, je commenais  me les peler" dit Ourstanove
en sautant sur place.

"Bah, tu dis a pour faire croire que c'est pas sa grandeur
normale, mais tout le monde sait que t'as pas encore fait
ta pubert, gamin" lui rpondit mi.

"Ta gueule mi", lui lana Ourstanove nerv, "on a des
clones quasi indiffrencis, je te signale que la tienne
n'est pas beaucoup plus longue."

"Oh mais c'est qu'il est toujours aussi susceptible !" lui
dit rianos en sortant de son tube.

"Toi l'intello la ferme" rajouta Ourstanove.

"Silence, on n'y va, je ne veux entendre personne jusqu'
ce qu'on sorte d'ici !" ordonna Ort.

rianos s'enqurit tout de mme de savoir pourquoi personne
ne les avait accueilli, et pourquoi ils n'avaient ni arme
ni habit. Ils sortirent rapidement de la pice et avancrent
dans le couloir. Emi marchait en claireur, Ort et Macchian
le suivait  une vingtaine de mtres, puis encore vingt
mtre plus loin allaient Ourstanove, Terr et rianos.

Ils progressrent sans bruit, attentifs, montant promptement
dans le noir les escaliers qu'ils rencontraient, habitus
au noir de par leurs vies dans les sombres couloirs des
mines d'Oriagoth. Ils connaissaient la guerre depuis leur
enfance, ils avaient tous une soeur ou une mre aux mains
des reptiliens, et ils avaient perdu tellement qu'ils riaient
souvent de la mort. Mais ils savaient se battre, et maintes
fois ils avaient avanc en silence dans les forts sombres
d'den 2  la recherche d'un ami  dlivrer, ou pour chapper
 leurs ennemis, ou pour les chasser.

La premire porte ne les arrta qu'un instant, ils n'eurent
aucun mal  l'ouvrir, tout comme la seconde et la troisime.
Ils prirent tout de mme soin de la refermer presque compltement,
pour laisser le moins d'indices de leur passage.

Ils arrivrent sans encombre, aprs avoir monte encore
deux tages, devant la porte donnant dans le hall d'un grand
btiment. mi toujours en claireur s'avana. Ils taient
toujours silencieux et ordonns.

Soudain un bruit assourdissant retentit. mi courut et sauta
derrire une sorte de comptoir, les autres refermrent la
porte.

"Merde, c'est quoi ?", chuchota Terr.

"Une alarme, sans doute, mais il nous faudrait sortir avant
que les renforts n'arrivent, nous n'avons aucune arme",
rpondit Ort.

Ils se turent de nouveau quand ils entendirent un homme
parler dans une langue qu'ils ne connaissait pas. Quelque
seconde plus tard ils entendirent de nouveau le mme homme
criait de douleur.

"mi a dut l'avoir, allon-y !", ordonna Ort.

Au mme moment ils entendirent effectivement leur chuchoter
de venir. Ils s'aventurrent dans la pice, Ourstanove retint
un cri d'tonnement en voyant l'extrieur au travers des
vitres. Le matin se levait.

"Je crois qu'il est seul", dit mi, qui tenait l'homme plaqu
au sol, lui tordant le bras un peu plus chaque fois que
ce dernier haussait un peu trop la voix. "Il avait a, a
doit tre une arme."

mi donna le bout de mtal noir qui ressemblait un peu 
leur pistolet  Ort.

"Oui c'est une arme manuelle sans assistance, je crois qu'ils
ne sont pas encore trs volu par ici", expliqua rianos.

"On pourrait lui prendre ses vtements", fit remarquer Macchiann.

"Le problme c'est qu'on a pas de nain avec nous... Sauf
toi peut-tre Terr" rigola Ourstanove.

"Bien sr ! Je dois mesurer deux centimtres de moins que
toi !" s'nerva Terr.

"Suffit ! On le prends avec nous et on sort d'ici, il y
aura peut-tre des renforts, ne tranons pas" dit Ort en
se dirigeant vers la sortit.

Ils redevinrent tous srieux et mi porta littralement
l'homme jusqu' la porte, o il lui fit comprendre d'ouvrir.
Il ne fit pas d'embrouille et ouvrit la porte en tremblant.

"Il doit peut-tre croire qu'on va l'emmener dans un coin
pour abuser de lui", dit doucement Ourstanove  Machiann.

"Oui, peut-tre", rigola Machiann.

Machiann s'approcha alors de l'homme et lui mis une main
aux fesses en faisant un petit gmissement. L'homme hurla
en se dbattant. Tellement que mi le dut le lcher, il
prit la fuite, mi partit  ses trousses et Ort lui cria
de l'assommer, car ils n'avaient pas le temps de s'encombrer
de lui. Ils firent vite, tranrent l'homme derrire le
btiment, l'attachrent avec les menottes qu'ils avaient
trouver sur lui, et Ort donna l'ordre de partir sans mme
prendre lui prendre ses habits, de peur que les renforts
n'arrivassent plus vite que prvu.

Ils s'lancrent rapidement vers ce qu'ils estimaient tre
la sortie du parc entourant l'endroit d'o ils sortaient.
rianos ne put retenir un cri de stupfaction.

"Vous avez vu de quoi nous somme sortis ! C'est incroyable
! Je n'ai jamais vu de chose pareille, c'est vraiment splendide
!"

"Mouais" marmonna mi, "mais a ne nous aide pas trop sur
l'endroit o nous sommes et o nous devons aller..."

"Qu'est-ce que qu'on va faire, chef, si personne ne nous
indique ?", demanda Terr, alors qu'ils trottinaient tous
vers l'extrieur du parc dans lequel ils se trouvaient.

"Dans un premier temps, il nous faut trouver des habits
pour passer inaperu, normalement cette plante n'est pas
en conflit ouvert, et nous devons tre en temps de paix
apparent, habill en simple citoyens nous ne devrions rien
craindre. Ensuite, nous reviendrons tourner autour d'ici
 la recherche de notre contact, et si nous ne le trouvons
pas d'ici ce soir, nous repartirons."

Ils acceptrent tous positivement le plan de Ort, particulirement
Terr qui n'apprciait dj gure la tournure que prenaient
les vnements.

Le jour se levait  peine, il n'y avait encore presque personne
dans les rues, quelques personnes les regardrent de travers.

"C'est dingue toutes ces maisons en hauteur", s'tonna rianos.

"Oui, ils doivent tre bizzare les gens par ici", lui rpondit
mi.

"Dpchons-nous, les gens se rveillent, il nous faut des
vtements rapidement, sparons-nous ici et deux par deux
dans ces trois directions, de retour ici dans un dixime
de dixime."

Ort partit avec Machiann vers le nord-est, mi avec Terr
vers l'est, et Ourstanove avec rianos vers le sud. Ort
et Machiann arrivrent rapidement en face du port, et durent
prendre vers l'est. Ourstanove et rianos n'eurent pas beaucoup
plus de chance au sud, ne trouvant rien de convenable. C'est
mi qui dfona la devanture d'un magasin d'habit, dclenchant
au passage l'alarme. Les quatre autres eurent le mme rflexe
de se diriger vers le son d l'alarme quand ils l'entendirent,
s'imaginant bien que l'un d'eux devait bien en tre  l'origine.

Il trouvrent rianos et mi habill en short et chemise,
et ne purent s'empcher de rire.

"a va les mecs, eh, vos gueules ! C'est tout ce qu'il y
a, si vous voulez rester tout nu c'est votre problme" s'nerva
mi.

"Et regardez, j'ai un pur short  fleur, trop classe, je
prends", rigola Ourstanove.

"On se MAGNE !", hurla Ort, "et prenez le max d'habit, il
nous faudra cacher des armes  l'intrieur."

Les six hommes amassrent en quelques dizaines de secondes
tous les habits qu'ils purent, Machiann montait la garde.
Quand il vit un peu trop d'animation dehors, il les avertit
et ils s'apprtrent tous  partir. Ils durent attendre
rianos.

"rianos ! Magne-toi !" lui hurlrent-ils.

Ils furent tout  fait paniqu quand ils entendirent au
loin des sirnes.

"Bordel, a doit tre pour nous, mi, Machiann, Terr, venez
avec moi, Ourstanove, va chercher rianos et magnez-vous
de nous rejoindre" hurla Ort qui finissait d'enfiler un
short trop petit pour lui.

Ourstanove dut aller chercher rianos dans l'arrire boutique
alors qu'il revenait les bras chargs de couvertures.

"Mais qu'est-ce que tu fous, grouille, il y a des sirnes,
c'est peut-tre pour nous ! Et qu'est-ce que tu fous avec
ces couvertures !"

"Aide-moi ! Elle nous serviront si nous devons dissimuler
des armes !"

Il partirent rapidement en courant, et trois minutes plus
tard couraient aux cts de leurs compagnons. Ils coururent
pendant dix minutes  un rythme soutenu, transportant dans
leur bras tous les habits qu'ils avaient rcupr, puis
s'arrtrent enfin dans une rue plus calme, pour finir de
s'habiller et se mettre correctement.

"Bien jou pour les couvertures,rianos", flicita Ort.

"Eh ! Mais ce ne sont pas des couvertures ! Regardez ! C'est
un peu comme une robe !", s'exclama Terr en enfilant la
couverture qui avait une ouverture pour passer la tte,
et tombait un peu comme une toge.

"a me rappelle les tenues des prtres reptiliens primitifs",
remarqua Ourstanove.

"C'est vrai, avec un peu les couleurs, a ressemble", acquiesa
rianos.

"Bon, enfilez-en un chacun, combien en a-t-on ?", demanda
Ort.

"Huit", lui rpondit mi, et que fait-on des habits qu'il
reste ?

"Dbarassons-nous-en", recommanda Ort, "il ne faudrait pas
qu'on nous reconnaisse si nous les transportons avec nous."

Ort garda l'arme qu'il avait prise sur l'homme sous son
nouvel apparat. Ils s'arrangrent tous, puis repartirent
en formation, mi devant, suivi de Ort et rianos, puis
Terr, Ourstanove et Macchiann en arrire. Ils retournaient
en direction de leur point d'arrive, en esprant trouv
l-bas le contact qui devait les indiquer pour leur mission.
D'une certaine faon, Ort esprait qu'il ne le trouverait
pas, et qu'ils pourrait repartir au plus vite sans d'autre
formalit.

Ils vitrent soigneusement les environs du quartiers o
ils avaient vol les habits, et espacrent encore plus les
trois groupes, pour limiter les chances que tous se fassent
attraper. Ils marchaient sans bruit, toujours  l'afft
d'un signe de leurs camarades.

La rue devenait plus vivante, des passants les regardaient
d'un air un peu curieux, des vhicules circulaient dans
la rue, ils regardaient d'un air bahi ce monde qu'ils ne
connaissaient pas, ce calme apparent, cette paix qu'ils
n'avaient jamais connue.

Ort l'avait repr, il savait qu'il allait les aborder.
Ce fut le cas, un homme, jeune, s'approcha de lui et lui
parla dans une langue qu'il comprenait. Il parlait dans
la langue d'Adama, qui restait assez proche de sa propre
langue.

"Depuis quand tes-vous arrivs", demanda l'homme.

"Depuis ce matin", lui rpondit Ort.

"Vous avez fait bon voyage ?"

"Rveil un peu frisquet mais sinon tout s'est bien pass.
Nous tions juste tonn de ne trouver personne sur les
lieux."

"Oui nous avons eu quelques soucis. Nous avons d vacuer
compltement, nous avons failli tre dcouvert. Votre arrive
a mme failli tre compromise, mais sur Son insistance,
n'ayant pas d'autre centre en Australie, c'est le nom du
pays o nous nous trouvons, nous avons d faire avec. Par
contre vous ne deviez tre rveill que ce soir, c'est pour
cela que je n'tais pas prsent, mais sans doute les appareils
ne doivent pas avoir correctement fonctionner. Il faut dire
que nous ne les utilisons gure que pour nous reposer, certaines
fonctions sont sans doute  revoir. Pourtant un technicien
y a jeter un oeil il n'y a pas si longtemps, enfin..."

"O allons-nous ?"

"Dans une ville plus au sud", lui rpondit le jeune, "je
suis gar  deux pas d'ici, vous n'tes que deux ? O sont
les autres ?"

"Devant et derrire", lui rpondit Ort, mme pas spcialement
fier que l'homme ne les ait pas vus.

"Bien, mais, comment communiquez-vous avec eux ? Nous devons
tous prendre le fourgon, maintenant, il nous faut aller
 l'aroport."

Ort ne comprit pas tout les mots que lui disait son interlocuteur,
mais il fit un signe de la main, mi, qui observait la scne
de loin, prt  intervenir, tout comme les trois autres,
derrire, s'approchrent alors. Ils restrent quelques
distance jusqu'au moment o ils durent se regrouper pour
monter dans le petit car.

"O va-t-on ?", demanda Terr, pas vraiment dtendu.

"Dans une ville plus au sud, nous devons prendre un avion
pour nous y rendre, nous allons donc  l'aroport", lui
expliqua le jeune.

"a sera long", demanda Ort qui coupa rianos qui voulait
avoir plus d'information sur ce qu'il appelait "avion" et
son fonctionnement.

"Non, si tout ce passe bien il faut compter deux heures
pour arriver  Melbourne, c'est le nom de la ville o nous
nous rendons. Nous avons localiser Ylraw, il est retenu
prisonnier, nous ne devrions pas avoir trop d'encombres."

Ort se renseigna pour savoir ce que le jeune appelait "heure"
; celui-ci lui donna l'quivalent en temps d'Adama.

"Avez-vous des armes ?", lui demanda mi.

"Oui, mais vous les aurez aprs notre arrive, il est plus
prudent de ne pas en avoir pendant le trajet, pour viter
tout ennui avec la police."

"Vous n'avez pas le pouvoir, ici ?", demanda rianos, "il
me semblait que vous dirigiez, non ? Vous ne pouvez pas
faire ce que vous voulez ?"

"Non, nous dirigeons, mais dans l'ombre, nous devons rester
discrets. Personnes ne connat notre prsence, les gens
d'ici vivent tranquillement, et nous grons l'ensemble par
derrire. Nous sommes les seuls  avoir accs au tlporteur,
les gens d'ici meurent gnralement bien avant 60 annes
d'Adama."

"Nous mourrons aussi bien avant 60 ants", rtorqua Terr,
"souvent au combat, d'ailleurs, mais mme nous n'avons pas
accs au tlporteur. Enfin en tous les cas pas nous."

"Personne n'y a accs", dit rianos, "nous n'en avons qu'un
seul grer principalement par lui, qui s'en sert d'intermdiaire
pour ses desseins. Mais notre problmatique est trs diffrente
de celle de ce monde, nous sommes beaucoup moins nombreux,
beaucoup plus avanc, et en guerre."

"Vous connaissez notre monde", s'tonna le jeune. Ils avaient
maintenant quitt le centre ville et rouler en direction
de l'aroport.

"Un peu, j'avais discut un moment avec la fille qui tait
pass, il y a deux diximes et quelques, elle semblait trs
au courant."

"La fille, quelle fille ?", interrogea le jeune, en se tournant
vers lui et en ralentissant.

"Il y a deux dixime une fille est pass par Oriagoth pour
se rendre ici, elle affirmait qu'elle tait en mission d'observation
pour Lui, elle ne m'en a pas dit plus sur elle, nous avons
principalement parler des diffrences entre la Congrgation,
ici et chez nous."

"Deux grands diximes ? Cela fait environ quatre petits
siximes, non ?", demanda le jeune.

"Oui, pas loin."

"Trs intressant, et c'est Lui qui l'envoy ?"

"C'est ce qu'elle a dit."

"Et Ylraw ?"

"Ylraw ?", ne comprit pas rianos.

"C'est le nom du gars qu'on doit ramener", prcisa Ort.

"Ah, et bien ?", demanda rianos au jeune.

"Quand est-il pass par chez vous ?"

"Aucune ide, en tous cas je n'en ai jamais entendu parl".

"Il vient d'Adama cet enfoir", s'tonna Ourstanove.

"Nous le pensons", dit le jeune, "mais nous n'en sommes
pas sr...   vrai dire nous ne savons pas vraiment qui
il est. Nous savons qu'Il s'intresse  lui, et qu'il nous
a caus beaucoup de soucis, mais son rle reste mystrieux."

"Qu'a-t-il donc fait ?", demanda mi.

"Il a mis en pril notre organisation, et a priori nous
avons des suspicions sur le fait qu'il ait fait venir une
fille du labo."

"Du labo ?" questionna Terr, toujours aussi inquiet en regardant
dfiler les paysages.

"Le centre d'observation d'Adama, qui se trouve en observation
derrire la ceinture lectromagntique."

"Vous tes contrls par Adama ?", s'exclama Ort.

"Oui, bien sr, c'est notre plus gros soucis, d'ailleurs.
C'est la raison pour laquelle nous devons tre trs prudents."

"Et ce Ylraw, il est dangereux ?", interrompit Terr pour
revenir dans un sujet qui le proccupait plus.

"Pas directement, il semble que ce soit surtout cette fille
du labo qui lui vienne en aide, c'est ce qui nous ennui
d'autant plus, nous ne savons pas vraiment pourquoi elle
intervient. Cela faisait des sicles avant cela que personne
du labo n'tait venu, nous nous demandions mme s'il y en
avait encore, nous n'avons aucun moyen de le savoir."

"Lui ne le sait pas ?", demanda Terr.

"Nous avons trs peu de contact avec lui, hormis qu'il nous
a permit d'arriver ici, nous vitons de nous mler de ses
affaires et Lui des ntres, d'autant que nous ne savons
presque rien de Lui. Il vous a dit plus de choses ?"

"Pas vraiment, la raison officielle de la mission est que
ce Ylraw serait la cl dans la prochai... Dans notre guerre
actuelle", balbutia Ort, en esprant que le jeune ne remarqut
pas son lapsus.

"La cl ? C'est trs trange. Toutefois nous avons constat
que ce Ylraw a une rsistance physique assez hors du commun,
mais de l  faire de lui une arme."

"Je crois plutt qu'il veut le dtruire", prcisa rianos.

"Oui, c'est ce que j'ai compris", confirma mi.

"Mais pourquoi ne pas le tuer ici, alors ?", demanda Machiann.

"En ce qui nous concerne nous avons eu ordre formel de ne
pas le tuer, et de vous le laisser, j'imagine qu'il ne veut
pas uniquement s'en dbarasser, mais j'avoue que cette histoire
me dpasse", dit le jeune en haussant les paules. "Nous
arrivons", ajouta-t-il.

Il arrta le fourgon sur le grand parking proche de l'aroport,
et expliqua la suite des oprations.

"Ok, je vais vous conduire jusqu'au jet qui vous emmnera
 Melbourne. Laissez ici tout ce qui pourrait tre considr
comme une arme. Voil des papiers, si jamais une personne
vous demande, montrez-lui simplement ces documents, si elle
vous pose des questions, fates croire que vous tes muets.
Et pour vous dplacez fates comme ce matin, par petit groupe,
c'est une bonne ide. J'avais des habits pour vous mais
ce que vous avez trouvs sont parfaits. Et puis je ne me
rappelais pas que le grand gabarit tait aussi norme, ils
ne vous seraient pas alls de toute faon.

"Vous ne venez pas avec nous ?", s'inquita Terr.

"Non"

"Mais comment allons-nous nous retrouver une fois l-bas
?"

" l'arrive une personne viendra vous cherchez, elle vous
fournira des armes et vous conduira jusqu' destination."

Ort laissa son arme,  regret, dans le petit car, et ils
suivirent, toujours en formation dgroupe, le jeune jusqu'au
jet. Le pilote ne comprenait pas leur langue, ils s'installrent
confortablement dans l'attente du dpart. Le jeune les prvint
que cela pourrait prendre un certain temps. Il leur souhaita
bonne chance, et leur expliqua qu'il serait accueilli le
soir  leur retour pour leur dpart, mais peut-tre serait-ce
une autre personne qui s'en chargera.

Une fois install dans l'attente du dpart, ils se dtendirent
un peu.

"Vous avez vu ces siges", siffla mi, "c'est du grand luxe,
le jour o on aura des trucs pareils dans nous vaisseaux
!"

"La guerre sera finit...", soupira Ort.

"Vous avez vu le monde ? Et vous avez vu toutes ces femmes,
comme elle sont belles !", continua mi.

"Oui, franchement, je crois que je resterai bien ici, je
me demande si on ne pourrait pas laisser tomber la mission
et nous install dans un coin de ce paradis, comment pourraient-ils
nous retrouver ?", suggra Ourstanove.

"C'est moi qui te retrouve et te tue, si tu fais a", dit
Ort autoritairement, "tu oublies vite nos femmes et nos
enfants. Nous ne sommes pas d'ici, nous n'avons rien  faire
ici, et nous serions ici comme des voleurs."

"Oui, je refuse de vivre cach, mme au paradis", lana
Machiann.

"Oh a va stressez pas je plaisantais, et puis c'tait juste
l'histoire de deux trois jours, pour dcouvrir un peu les
filles d'ici", rigola Ourstanove.

"Il te faudrait dj dcouvrir les filles tout court", lui
rtorqua mi en rigolant.

"T'as gueule toi, je l'ai dj fait !", rpondit Ourstanove
nerv.

"Ah oui, avec quelle main ?", s'exclama rianos en rigolant.

"Connards ! Vous n'tes qu'une bande de jaloux ! Vous savez
trs bien que j'ai pass une nuit avec Ramanelle sur den
2, le soir du nouvel an."

"Ah c'est vrai ! La petit Ramanelle, c'est vrai qu'elle
est jolie, cela dit il ne vaut mieux pas que son pre l'apprenne,
je crois qu'il l'a dj destine", lui dit Terr.

"Destine ?  qui a ?", s'inquita Ourstanove.

" son Prince, petit idiot, Molot", dit mi.

"C'est qui ce naze ? Elle ne m'en a pas parl ?", rajoute
Ourstanove.

"Le jour o tu lui arriveras  la cheville, ce que je doute
qui arrive, tu pourras peut-tre te permettre de parler
de lui en ces termes, en attendant, ne t'avise pas d'tre
injurieux envers lui", dit Ort d'une voix forte qui ramena
le silence.

"C'est celui qui a repris Elzaor aux reptiliens, et qui
a russi  librer ma de leur griffe, seul", lui souffla
Terr, assis prs d'Ourstanove.

L'atmosphre se dtendit de nouveau quand l'avion dcolla,
et ils restrent tous les yeux carquills colls aux hublots
 contempler le paysage. C'tait moins beau que les paysages
verdoyants d'den 2, mais ces derniers taient souvent parsems
de la marque de la guerre. den 2 avait un climat beaucoup
plus homogne que la Terre car les zones les plus chaudes
taient presque exclusivement recouvertes d'ocans, crant
une grande quantit d'vaporation qui profitaient, au grs
des vents,  l'ensemble des deux hmisphres.

Dpart
------



Ils arrivrent sur Melbourne vers le moment le plus chaud
de la journe. Une personne parlant leur langue vint les
rejoindre. Ils le salurent, il leur expliqua la suite des
oprations.

"Nous avons un petit soucis, nous l'avions repr mais il
a pris la fuite, toutefois nous avons un mouchard sur une
personne qui devrait tre avec lui, et nous devrions avoir
confirmation dans une petite demi-heure", dit l'homme, jeune,
habill dcontract, en les guidant vers les btiments principaux
de l'aroport pour sortir.

"Nous avons parcouru combien de distance ?", demanda rianos.

"Depuis Sydney ? Environ 600 miles je dirais".

"Euh, a fait quoi 600 miles ?", s'interrogea Terr.

"900 kilom... Euh... Un peu moins que quatre cent mille
pierres d'Adama", rectifia le jeune.

Il parla en base adamine, en base six, soit quatre fois
six puissance cinq pierres d'Adama. L'unit de distance
d'Adama remontait  la lointaine priode de vie dans les
grottes des hommes. La pierre d'Adama tait la distance
de solidification d'une roche sur une plaque de fer, sous
un feu de htre,  une certaine priode de l'anne. Cela
reprsentait environ quatre-vingt centimtres.

"a ne me parle pas beaucoup plus", se plaignit Terr.

"Dans les six cent mille barres", convertit rianos.

Les hommes de l'Au-del avaient voulu marquer leur sparation
lors de leur dpart de la Congrgation, ils taient passs
en base dix, et leur nouvelle unit de longueur tait la
taille de la toute premire barre de mtal forg par les
nouveaux hommes, environ un mtre cinquante.

"Oui ces engins ne vont vraiment pas trs vite", confirma
rianos avant que Terr n'ait pu s'en rendre compte par ses
propres calculs.

"Ouahou ! Regarde la fille l-bas, elle a presque pas d'habit
!", s'cria Ourstanove quand ils arrivrent dans le hall
de l'aroport.

"Moi je suis plutt fan de celle-l", siffla mi en s'merveillant
devant une superbe noire.

"Quand je vous disais que c'tait le paradis !", gloussa
Ourstanove.

"On se calme les mecs, je ne crois pas qu'on est permissions
de tirer notre coup, de toute faons", dit Machiann d'un
ton un peu nerv.

"Oh la la ! Toi et tes prceptes militaires, on peut bien
profiter un peu des -cts !", lui rpondit mi en lui
filant une tape dans le dos.

"Machiann a raison", s'nerva Ort, "nous ne sommes pas ici
pour le plaisir, et le moins nous voyons de ce monde, le
moins nous serons distrait de notre mission. Notre monde
a nous est en guerre, et nos femmes sont dignes !"

Ils se turent tous, le jeune les coutait, amus. Ils sortirent
de l'aroport et finalement arrivrent, aprs un petit quart
d'heure de marche,  la fourgonnette. Le jeune leur prsenta
le chauffeur, qui ne parlait pas leur langue, il leur assura
toutefois de la confiance qu'il pouvait lui faire. Il leur
indiqua ensuite un petit radar.

"C'est un modle sommaire des anciens localiseurs des combinaisons
de combat Adamine, ce modle fait partie des rares modles
qui avait t amen ici. Ce n'est pas Ylraw qui porte l'metteur
mais nous avons de bonnes chances de penser qu'il n'en est
pas loin."

"Mais a date de quand cet appareil ?", demanda rianos,
intrigu.

"De la dernire venu des gens du labo, environ, il y a quelques
sicles", lui rpondit le jeune.

"Dis donc, c'tait du bon matos, et c'est pas trop naze
compar  nos modles", siffla mi.

"La Congrgation est toujours en avance sur nous, mi",
lui dit rianos d'un voix presque triste.

"Pas en matriel de combat", prcisa Machiann alors qu'ils
montaient dans le petit bus et qu'ils partaient.

"Je ne parierais pas", dit rianos, "ils n'ont peut-tre
plus aucune culture militaire depuis des millnaires, mais
ils n'ont pas pour autant aucune dfense, leurs artificiels
gardent efficacement l'espace de la Congrgation."

"Pourquoi veut-il attaquer maintenant, alors, si nous ne
sommes pas encore prts ?", demanda Ourstanove

"Nous ne sommes qu'un pice sur l'chiquier, il contrle
bien d'autres mondes, il doit sans doute sentir le moment
propice", rajouta rianos en haussant les paules.

"Nous avons dj une guerre", coupa Ort.

"Oui, tous ces vaisseaux nous serviraient sans doute plus
sur den 2", dit mi.

"Pourtant cette guerre est de leur faute, et si nous pouvions
reprendre notre d, nous pourrions laisser den 2", suggra
Terr.

"Laisser den 2 ? Toutes les plantes de la Congrgation
de remplacerait jamais den 2, et j'y mourrai, que ce soit,
je l'espre, de vieillesse, ou en combattant !", s'cria
Machiann. Ses paroles jetrent un froid, et tous pensrent
 leur famille,  leurs amis tombaient aux mains des reptiliens.

Ils avaient rejoint l'autoroute qui les conduiraient vers
le centre de Melbourne. Ort s'inquita de ne pas voir d'armes
dans le car.

"Oui j'avais juger plus prudent de ne les prendre qu'au
dernier moment, les contrles de police ne sont pas si rares.
Je pensais que cela nous retarderait beaucoup trop si nous
tions pris avec des armes  feu dans le car. Mais dsormais
qu'Ylraw bouge, nous allons all directement le rcuprer,
ce serait risquer de perdre du temps", dtailla le jeune,
qui se prsenta finalement comme Glendaeur.

"Sans armes, mais y parviendrons-nous ? S'il vous donne
tant de mal ?", lui demanda Ort.

"Il n'est pas directement dangereux, il est par contre malin
et trs rsistant, et il a beaucoup de chance, mais je ne
crois pas que six d'entre vous puissent avoir le moindre
mal  le matriser", lui rpondit Glendaeur.

"Depuis combien de temps le recherchez-vous ?", posa Ourstanove.

"Et bien,  vrai dire cela fait un bout de temps qu'il nous
cause des soucis", rpondit embarrass Glendaeur.

"Combien de temps, combien d'hommes avez-vous perdu ?",
demanda Ort, intrigu.

"S'il est vraiment la cl comme Il le dit, a ne peut pas
tre aussi simple", rajouta Terr.

"Nous l'avons repr il y a environs deux... Soixante jours,
depuis nous l'avons captur deux fois, mais il s'est vad.
Il ne nous a pas directement caus de perte, c'est cette
fille du labo, en lui venant en aide, qui nous a fait perdre
six personnes, au cours d'une explosion, mais elles avaient
des sauvegardes, rien de grave", explica enfin Glendaeur.

"Des sauvegardes ?", demanda Ourstanove.

"Les gens de la Congrgation, tout comme certains ici je
suppose, utilise les tlporteurs comme moyen pour sauver
leurs esprits et pouvoir revenir dans un nouveau corps si
besoin, c'est ce qui explique aussi leur norme longvit",
lui expliqua rianos ; "quel ge avez-vous, Glendaeur ?"

"Je ne sais pas exactement, j'ai vcu vingt-quatre annes
d'Adama sur ve avant de partir, lors du Libre Choix. Ensuite
j'ai vcu trois cents ans d'une plante intermdiaire, thioque,
dans l'Au-del, qui servait de relais avec la Terre, et
enfin je suis venu ici, il y a tout juste huit cents annes
terrestres. Donc au total, en annes d'Adama, cela doit
faire dans les mille ans. Les annes sur thioque taient
plus longues, et celles d'ici sont plus courtes, mais je
ne sais pas exactement de combien."

"Et a fait combien pour chez nous, a, rianos ?", demanda
Ourstanove.

"Je ne sais pas trop, je crois que l'anne d'den 2 est
un peu plus courte que l'anne d'Adama, mais je ne sais
pas de combien, a doit faire dans les mille deux cents
ans, peut-tre..."

"OuaH, c'est dingue, dire que nous on dpasse rarement les
quatre-vingt ans, pourquoi on ne fait pas pareil ?", s'tonna
Ourstanove.

"C'est contre nos rgles", dit Ort autoritairement.

"C'est Lui, en partie, ce sont ces rgles qui nous on permis
d'voluer aussi vite, sans pression du temps, nous aurions
sans doute t crass par les reptiliens depuis longtemps...",
rajouta rianos, pas entirement convaincu de ce qu'il disait.

Ils furent interrompus par une sirne de police. Le chauffeur
parla au Glendaeur dans une langue que Ort ne comprit pas.
De toutesvidences il y avait un soucis. Ils roulaient
depuis un petit moment  vive allure en direction de Melbourne.
Ils durent s'arrter sur le bord de la route. Glendaeur
descendit immdiatement et alla voir les quatre personnes
en uniforme qui s'approchaient de leur vhicules.

Glendaeur discuta une dizaine de minutes avec l'agent, puis
revient vers le car. Il s'entretint avec le chauffeur, puis
expliqua la situation  Ort.

"Nous devons les suivre", dit-il d'un ton de dception.

"Qu'est-ce que cela signifie ?", demanda Ort inquiet.

"C'est un manoeuvre de ma hirarchie, nous avons un conflit
avec Lui, et j'avais initialement reu l'ordre de ne pas
vous aider. J'ai t dnonc", nona Glendaeur d'une voix
calme.

"Je ne comprends pas", rpondit Ort, "en quoi seriez-vous
oppos  l'arrestation d'Ylraw, et d'autre par pourquoi
trahissez-vous votre direction ?"

"Disons que notre direction a un compte en souffrance avec
Lui, et par consquent a dcid de ne plus collaborer",
dit Glendaeur. "Quant  pourquoi je tente tout de mme de
vous aider, c'est que je pense que cet tat de fait est
stupide et nous sera prjudiciable dans le futur."

"Mais que va-t-il se passer alors ?", demanda mi, "notre
mission est foutue ?"

"Je n'en sais rien. Je vais tenter d'en savoir un peu plus
une fois au poste de police, sinon il faudra passer en force",
analysa Glendaeur.

"Passer en force ? Mais nous n'avons aucune arme, et si
vous tes majoritairement contre nous nous n'aurons aucune
chance", s'tonna Ort.

"C'est risqu, certes, mais nous ne pouvons agir  dcouvert,
et devant le fait accompli nous ne ragirons pas", prcisa
Glendaeur.

"Quand devra-t-on agir, alors ?", demanda Machiann, impatient
qu'il se passt enfin quelque chose.

"Pas pour l'instant, il y a trois voitures de police qui
nous escortent nous n'aurions aucune chance, il vous faudra
sans doute tenter votre chance quand nous arriverons, et
qu'ils baisseront peut-tre leur garde, une chance que nous
n'ayons pas d'armes. Je pense qu'ils ont peu d'info sur
vous, ils seront sans doute plus prudent  mon gard, mais
si vous jouez les idiots, ils pourraient vous relcher rapidement.
Pour l'instant Ylraw ne bouge pas, nous avons un peu de
temps."

"Mais, o nous emmnent-ils ?", demanda mi.

"Au poste de police pour nous interroger. Mais si vous ne
fates aucune action, ils ne peuvent rien vous faire. Ne
vous inquitez pas, ici par dfaut vous serez considrez
comme innocents. Est-ce Marti vous a donn des papeirs ?"

"Oui", rpondit Ort en sortant un portefeuille de sa poche.

"Parfait, vous tes des touristes israliens, six frres,
des sextupls, c'est trop gros pour ne pas passer. Une fois
au poste, prenez l'air inquiet, posez plein de question
en montrant vos papiers, ils ne seront pas quoi faire de
vous et en une heure ou deux ils devraient vous laisser.
Ils feront de mme avec le chauffeur et vous pourrez repartir.
Je vous laisse le localiseur."

Ylraw
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Adama
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Jour 187
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Ah, les rveils ne sont pas encore un pur bonheur ; leur
resterait-il encore quelques marges d'volution ?

D'autant moins un moment agrable qu'une reprsentation
virtuelle, aprs un rapide message de bienvenue, me presse
de me dpcher  sortir du tlporteur pour laisser ma place.
Un vtement blanc-crme simple et ample, toujours avec une
couche-culotte intgre, est mis  ma disposition dans la
petite capsule o je me trouve. J'ai  peine le temps de
regarder par le minuscule hublot et de comprendre que je
me trouve dans un vaisseau en orbite, vraissemblablement
autour de la plante Adama qui, magestueuse, dfile avec
la rotation du vaisseau.

Ressentant une pesanteur, j'en dduis que celle-ci doit
tre artificiellement cre par le mouvement de rotation
rapide de la station orbitale. Je m'aprte  sortir quand
la mme charmante personne rapparat pour me signifier
l'oubli de mon bracelet. Je le rcupre rapidement et sors
de la petite capsule.

Je me retrouve dans un large couloir donnant sur d'immense
baies vitres qui me permettent vraiment de contempler Adama.
Je me sens plus lger que d'accoutume, la pesanteur artificielle
ne doit pas tre aussi forte que celle  laquelle je suis
habitu. Pourtant la rotation de la station semble trs
rapide. Je reste quelques minutes accoud sur le petit rebord
le nez presque coll  la vitre admirant la vue magnifique.

Une voix, sans doute l'artificiel du vaisseau, se prsente,
"Samrane", me souhaite la bienvenue et m'indique que Pnople,
dj arrive, m'invite  la rejoindre  la surface. Samrane
m'explique comment rejoindre cette surface, j'en profite
pour lui demander quelques renseignements sur la station.
Celle-ci existe depuis plus de 2200 annes d'Adama, soit
plus de 3500 annes terrestres ! C'est un immense cylindre
de plus de dix kilomtres de rayon, qui tourne sur lui-mme
en un peu moins de six minutes et cre par ce biais l'quivalent
d'un tiers de la pesanteur de la surface d'Adama. Ceci au
niveau qu'il appelle la "surface" du vaisseau. La pesanteur
tant un peu plus leve au niveau des tlporteurs, situ
 la priphrie.  mon niveau ma vitesse est de prs de
sept cents kilomtres par heure.

Samrane me conduit jusqu' un ascenseur qui est en fait
un immense tube qui traverse l'intgralit de la station.
Je m'approche de l'extrmit du tube et quand je pose un
pied  l'intrieur, une plaque mettalique, un peu le mme
principe que pour accder aux sous-sol des btiments sur
Stycchia, apparat sous mes pieds. Ensuite des bras sortent
de cette plaque pour venir form autour de moi une petite
barrire mtallique ; une mesure de scurit j'imagine.
Samrane m'explique que ce tube est baign dans plusieurs
puissants champs magntiques qui lui permettent de piloter
indpendamment les nacelles. Une fois la nacelle en route,
ma position  l'intrieur du tube m'apparat virtuellement,
et je peux commander mes dplacement. Cette reprsentation
virtuelle me donne aussi l'occasion de voir la station dans
son ensemble. Et, comme j'en aurai la confirmation quelques
secondes plus tard, d'enfin comprendre que la "surface"
de la station est en ralit la partie interne d'un cylindre
qui reprsente le niveau suprieur.

Je suis tonn alors de dcouvrir que cette "surface" est
une immense bande de presque cinq kilomtres de large qui
fait tout le tour de la station, et est compose d'herbe,
d'arbres, de maisons... Le rayon de la station tant d'un
peu plus de neuf kilomtres  ce niveau l, cette bande
de terre a donc une surface de presque trois cent kilomtres
carrs. Samrane m'explique que des personnes restent souvent
plusieurs jours ou semaines ici avant de partir chez eux
ou sur Adama. La population de la station est compose de
cent cinquante mille personnes qui sont l depuis plus de
trois mois, et de deux cent  quatre cent mille personnes
qui ne sont l que de passage. Actuellement la population
est de quatre cent quatre-vingt mille personnes.

Je suis  peine impressionn par ces chiffres, que je n'ai
couts qu' moiti, plus sidr par le bleu du ciel. Je
viens de sortir du tube et je marche dans une petite alle
pave o des passants tranent tandis que d'autres discutent
assis sur les divers bancs disposs a et l, ou encore
sur les petites terrasses devant les maisons. Le ciel est
bleu, il y a des petits nuages. Samrane m'explique que la
surface se trouve sous une immense bulle filtrante de trois
kilomtres de haut qui transforme les rayons du Soleil de
la mme faon que le fait l'atmosphre d'Adama. Ainsi le
ciel apparat bleu comme si on se trouvait rellement sous
plusieurs centaines de kilomtres d'atmosphre plantaire.
De plus la station cre artificiellement un cycle de jours
et de nuits, et la nuit la surface de la bulle devient quasi-transparente
pour avoir vu sur les toiles, Adama et le soleil du systme.

Samrane m'invite  prendre un abeille pour rejoindre Pnople.
J'en profite pour avoir une vue d'ensemble sur le joli paysage
bois et tranquille. On se croirait vraiment sur une petite
plante tranquille, si ce n'tait l'impression bizarre que
donne l'horizon coup  quelques kilomtres de l et la
surface cylindrique pas trs naturelle, d'autant plus visible
 mon altitude, je vole  une centaine de mtres au-dessus
du sol. Pnople m'attendait en se promenant dans un superbe
parc rempli de fleurs de toutes les couleurs.  vrai dire
je ne sais pas trop l'accueil qu'elle va me donner, nous
vivons un peu notre relation au jour le jour ces derniers
temps.

- Ah te voil enfin ! a fait des heures que je t'attends
!

Elle a l'air plutt dtendue, c'est une bonne nouvelle.

- coute je fais ce que je peux, je ne contrle pas ces
tlporteurs, sinon tu imagines bien que j'aurais fait mon
possible pour venir t'accueillir directement  la sortie
de ta capsule.

- Oh c'est gentil, je n'y ai mme pas pens pour toi...

- J'ai vue... Les autres sont arrivs ?

- Je crois que Iurt et Guerd sont l, mais je ne les ai
pas vue, mais il y a un monde fou, apparemment il se prpare
une confrontation important au congrs.

- Tu penses que c'est pour nous ?

- Non, c'est un problme avec une gamine des plantes rebelles.

- Les plantes rebelles ?

- Oui c'est un groupe de plantes prs des limites de la
congrgation ou pratiquement tous les jeunes vont se retrouver.
Ils revendiquent pas mal de choses et sont souvent la cause
de dbats enflamms au congrs. Enfin, quoi qu'il en soit
les autres ne seront pas l avant un jour ou deux voire
plus, alors nous allons devoir nous occuper entre temps...

Je dis avec un sourire au coin des lvres :

- Hum, tu penses  quelque chose en particulier ?

Elle sourit :

- Non je ne pensais pas  a... Mais maintenant que tu le
dis... Mais cela dit j'ai mieux  te proposer.

- Vraiment ? Tu m'intresses.

- Il est encore tt, le jour s'est lev il y a peine quelques
heures et j'irais bien faire un tour en vaisseau, c'est
le moment ou jamais.

- Ah, mais tu peux en emprunter ?

- Bien sr... a te dirait que je t'emmne en ballade pour
la journe ? Accessoirement on pourrait faire une pause
pour s'adonner  ce  quoi tu pensais.

Je souris de nouveau. Saloperie de bracelet enfant.

- Ben oui ce serait bien, d'autant que a te fera plaisir
de retrouver les joies du pilotage. Tu crois que je pourrais
prendre un vaisseau moi-aussi ?

- Non a serait trop compliqu, comme tu n'as qu'un bracelet
enfant on ne pourrait pas faire grand chose, c'est mieux
que tu montes avec moi.

- Bon d'accord.

- Tu prfre manger un bout avant de partir ou alors nous
djeunerons dans un moment ?

- Non nous pouvons y aller tout de suite, sauf si tu as
faim, mais moi je n'ai pas du tout faim.

- Oui c'est normal tu viens d'arriver, et moi j'ai dj
mang un peu en attendant, allons-y alors.

Je suis Pnople avec laquelle nous prenons deux abeilles
pour rejoindre un tube, puis nous remontons vers le centre
de la station. Pnople m'explique en effet que c'est l
o la force d'inertie est la moindre, et donc permet de
dpenser moins d'nergie pour maintenir les vaisseaux. En
quasi apesanteur nous traversons quelques couloirs pour
arriver finalement dans en face d'un vaisseau disponible.
C'est un vaisseau ressemblant  un gros avions de combat,
dont on voit les deux prominents racteurs sur le ct.
Pnople m'explique que c'est loin d'tre le top du top,
mais qu'elle aime bien un peu de rusticit d'autant que
ce vaisseau  un caractre comme elle les aime.

C'est un petit vaisseau trois places qui peut transporter
quelques marchandises mais sert principalement  des petites
sorties. Dans le pass il avait servi comme vaisseau de
combat, mais depuis la fin du travail obligatoire et le
remplacement par des drones artificiels, tous ces vaisseaux
taient dsormais utiliss  des fin ludiques. Mais c'est
son pass militaire qui rendait l'artificiel du vaisseau
un peu plus agressif que les gentils vaisseaux tout confort
que prfre la majeure partie des gens.

Aussi faible soit son confort, j'tais tout de mme trs
confortablement install, sans combinaison, dans un sige
pousant ma forme et m'enlaant au niveau des jambes, du
ventre et des paules pour me maintenir en position. Les
deux petits hublots de part et d'autre de mon sige taient
minuscules, mais rapidement, une fois le vaisseau en route,
la surimpression artificielle rendait transparente l'ensemble
de la structure du vaisseau, et je pouvais ainsi voir Pnople
et l'extrieur sans aucune gne.

Le vaisseau bougea doucement pour se dcoller du sol et
sortir dans un sas intermdiaire avant de quitter la station
d'o arrivaient et partaient des centaines de vaisseaux,
grands et petits, larges ou fins. Voil enfin une vision
du futur ! Je n'avais jusqu'alors vu que des petits villages
tranquilles ou rien ne laisse supposer la prsence de technologies
avances. Je retrouve l un dcors plus conforme  ma vision
de l'avenir avec ces milliers de petits vaisseaux tournant
autour de cette immense station orbitale.

Nous nous loignons doucement de la station, et je peux
enfin en apprhender toute la structure, gigantesque tore
tournant sur lui-mme avec en fond la surface bleute d'Adama,
la vision est superbe.

- Tu es prt ?

Pnople me sort de mes rves ?

- Prt pour quoi ?

- Pour a !

Je n'ai mme pas la force de crier. Je me retrouve plaquer
contre mon sige, le vaisseau prenant en quelques secondes
une vitesse formidable. En quelques instants la station
ne devient plus qu'un point brillant derrire nous. Adama
elle-mme diminue  vue d'oeil, et quelques minutes plus
tard, nous sommes en orbite autour de la lune naturelle
de la plante, qui ressemble a si mprendre  notre bonne
vielle Lune. Si ce n'est que celle-ci est recouverte a
et l par des bulle argente. Je demande  Pnople ce qu'elles
sont :

- Que sont ces petite bulles rflchissantes qu'on voit
a la surface ?

Le vaisseau s'est stabilis et survolle, sans doute  quelques
milliers de kilomtres, la surface de la lune.

- Ce sont des villes, il y en a quelques milliers  la surface,
qui datent surtout du temps de l'exploration minire de
la lune, de nos jours il y a encore quelques villes touristiques,
mais l'endroit n'est plaisant que quelques jours pour la
vue sur Adama. Elles servent surtout de station de tlportage,
car Adama n'en a que quelques unes, bien insuffisantes compares
au flux de population. En effet plus de cent millions de
personnes par jours quittent ou arrivent aux environs d'Adama.

- Oh ! Cent millions ! Il y a combien d'habitants sur Adama
dj ?

- De l'ordre de vingt-deux milliards.

-  quelle distance se trouve la lune de d'Adama ?

- Environ six cent mille kilomtres, elle a un diamtre
de quatre mille kilomtres.

Pnople me parle toujours avec leur propre units de distance,
mais j'ai russi  programmer le bracelet pour qu'il me
transforme les nombres en base dcimale d'une part, et les
distances en mtres. Je crois bien de toute faon qu'avec
leur unit bizarre et leur base six, je ne pourrai m'habituer
 leur systme.

- Nous sommes alls trs vite avec le vaisseau,  quelle
vitesse va-t-il ?

- Entre la station et ici nous avons fait une petite pointe
 un peu plus de mille kilomtres par seconde. Il nous a
fallut environ quinze minutes pour venir de la station 
ici. La station est sur une orbite  seulement cinq mille
kilomtres de la surface d'Adama.

- Il y a beaucoup de ses stations ?

- Oh oui des centaines, des milliers mme !

- Des plus grandes ?

- Bien sr, une des plus grande est la station ocan dont
je t'avais dj parle, elle fait deux cent cinquante kilomtres
de diamtre. Elle est elle en orbite autour du soleil du
systme, pas autour d'Adama, et c'est presque une petite
plante artificielle et autonome. Toutefois la plupart reste
entre dix et trente kilomtres de diamtre, et sont  moins
d'un million de kilomtres autour d'Adama..

Je reste rveur face  cette approriation de l'espace qui
le rend presque aussi accssible que ne l'tait le supermarch
du coin rue Crillon.

- C'est impressionnant...

- On va faire du rase-motte sur Adama ?

- Si tu veux, mais on peut y aller comme a ? Il ne faut
pas attendre les autres ?

- Bah on peut pas vraiment faire du rase-motte, mais je
peux dj te faire faire un tour  basse altitude.

- C'est interdit ?

- Il faut demander oui, mais c'est surtout que ce vaisseau
n'est pas vraiment fait pour entrer dans l'atmosphre, on
peut le faire en cas d'urgence, mais c'est pas spcialement
recommand.

- OK

Encore une vingtaine de minutes et nous traversons les couches
hautes de l'atmosphre d'Adama.

- Voil le continent principal, c'est ici que nous avons
les plus anciens signes de l'existence des hommes sur Adama,
avec celle des reptiles, bien-sr.

- Tiens  propos tu ne voudrais pas me raconter cette histoire
de reptile ?

- Si, bonne ide ! Je peux te raconter l'histoire de l'homme
sur Adama, et des reptiles, par la mme occasion.

Pnople, qui laisse le vaisseau survole lentement la surface
de la plante, reste silencieuse un moment, sans doute cherche-t-elle
des renseignements dans son bracelet.

- Ah, je vais utiliser l'artificiel du vaisseau pour te
raconter l'histoire, ce sera moins dcousu que si je dois
vrifier au fur et  mesure tout ce que je te dis, parce
que je ne connais pas tout par coeur. a te va ?

- Euh, oui...

Je suis surpris de voir apparatre une jeune fille, vtue
de blanc, qui nous salue et se prsente, Antara. Elle se
lance dans la description de l'volution d'Adama, le pourtour
du vaisseau est quasi invisible, et des images illustrant
ses propos sont projetes dans nos cerveau pour nous donner
l'illusion que tout se passe sous nos yeux, c'est vraiment
formidable :

" La plante Adama s'est forme il y a environ trois milliards
deux cent millions de tes annes. Je vais convertir de faon
 ce que cela soit plus simple. Dans le premier milliard
d'annes, rien de notable, volution classique d'une plante
recouverte d'eau  une distance propice d'une toile moyenne.
La vie apparat il y a de cela environ deux milliards d'annes,
formes bactriologiques simples dans un premier temps, puis,
l'volution faisant son chemin, au gr des bouleversements
climatiques et autres catastrophes naturelles, des formes
de vie de plus en plus complexes font leur apparition, dans
l'eau tout d'abord, microbactrie rejetant de l'oxygne,
puis plancton, algues, poissons, puis sur terre, plantes,
arbres...

Il y a quatre cent millions d'annes, une forme drive
d'un vulgaire poisson prfrant avoir les pieds au sec commence
la longue ligne qui, environ cent millions d'anne plus
tard, donne naissance aux premiers reprsentants de ce que
nous pouvons appeler "les reptiles". Tout ce beau monde
volue dans de multiples directions, et encore deux cents
millions d'annes plus tard nous retrouvons des formes les
plus gigantesques, plusieurs dizaines de mtres de long,
aux formes les plus minuscules, les plus lances, les plus
ravageuses... S'ensuit alors une longue priode de plus
de cent millions d'annes sans rel changement. Des reptiles
gants dominent la plante, l'volution est quasiment au
point mort, les conditions de vie idales, rien qui ne pousse
la vie  innover.

Et puis, voil vingt-quatre millions d'annes un chamboulement
climatique, suite sans doute  une chute de mtorite, ou
le passage d'une toile  proximit de notre soleil, change
tout. Les conditions de vie deviennent tout autres, une
multitude de nouvelles formes de vie apparaissent, les mammifres,
principalement, mais aussi de nouvelles maladies, de nouveau
virus, des formes trs dveloppes de bactries, peut-tre
venues de l'espace. Les formes de vie existantes doivent
s'adapter ou mourir. Mais une forme volue de reptiles,
qui s'est adapte au changement climatique, et a dvelopp
une premire forme d'intelligence, survit et prospre. Une
autre forme, drive des mammifres, une forme de singe,
s'adapte aussi rapidement et facilement aux nouvelles conditions.

Dbute alors la longue est cruelle comptition entre deux
espces qui aspirent  la domination de la plante. Mais
les reptiles ont de l'avance, et ils ont l'intelligence,
voil environ deux millions d'annes, de prendre certains
de ces singes en levage et de les dresser pour excuter
certaines tches. Les reptiles sont d'normes monstres 
ct d'eux, et les singes ne peuvent gure que se soumettre.
 partir de ce moment l les reptiles voluerons peu, ayant
atteints,  peu de chose prs, leur forme physique dfinitive.
De grands monstres de deux  quatre mtres de haut, homnivores
 large prfrence carnivores, reproduction sexue, pondant
des oeufs, pourvus de deux puissantes pattes leur permettant
de faire des pointes  plus de soixante dix kilomtres par
heure, et de deux bras plus frles, mme si suffisants pour
te briser le cou, et munis de trois gros doigts maladroits.
Animaux  sang chaud contrairement  beaucoup de leurs cousins,
ils sont munis d'une peau paisse et protectrice qui leur
permet de rsister au chaux comme au froid. Leur morphologie
est trs diversifie, tout comme leur couleur de peau, leur
taille qui va du simple au double et leur capacit physique.
Leur organisation en caste est uniquement base sur la force
physique. Ils sont friands de combats, lutte et divers jeux
meurtriers et cruels. Leur semblant de socialisation date
aussi de cette priode, il y a deux millions d'annes. Ils
vivent par groupes d'une centaine d'individus et sont nomades.
S'ils sont prsents sur tous les continents, ils sont majoritairement
sur le grand continent que nous survolons. Celui-ci, comme
tu peux le voir, est plac idalement dans une zone tempr,
et sa forme trs tendues, plus de dix mille kilomtres,
pas trs larges, de l'ordre de deux milles kilomtres, quatre
mille au plus large, avec de nombreux bras dans la mer,
et la prsence de deux mers intrieures, qui ne sont plus
qu' peine visibles aujourd'hui. On les devine quand mme
avec quelques reflets plus argents juste en dessous de
nous, et surtout l-bas, vers le soleil.

Bref, les reptiles, dans leur nomadisme  travers les continents,
emporte avec eux ces quelques singes  qui ils font faire
les tches ingrates. Mais les conditions terribles infliges
par les reptiles, les stimulent, leur permet de s'organiser,
de s'entraider, d'apprendre plus vite, car les reptiliens
pratiquent depuis longtemps le maniement des outils, la
fabrication des huttes, la chasse, et la taille de la pierre.
Les singes sont habiles de leurs mains, beaucoup plus que
les trois doigts grossiers des reptiles. Les reptiliens
le comprennent vite et assignent aux singes toutes les tches
requrant l'habilet qu'eux n'ont encore su dvelopper,
et ne dvelopperont jamais, car justement les singes, presques
les hommes, seront, en quelques sortes, "leurs mains". Les
techniques de chasse et de pche s'amliorant, certains
groupes reptiliens s'tablissent de manire permanente et
ainsi les premires villes font leur apparitions. Les reptiliens
se chargent de la chasse et de l'approvisionnement en gnral,
les singes dociles de la confection des habits, des armes.

Les centaines de milliers d'annes s'coulent encore, et
le partenariat quelques peu ingrat entre les reptiles et
les singes se maintient et se renforce. Les reptiliens changent
peu, voluant lentement, les singes normment, et nous
situons  environ un million trois cent mille  un million
cinq cent mille ans en arrire l'apparition d'une forme
primitive d'homme. Ceux-ci se tenaient debout, utiliser
les outils et savent excuter de nombreuses tches. Ce sont
encore sans doute les reptiliens qui tirent l'volution
 ce moment, et ce sont les reptiliens, sans doute suite
 une priode climatique difficile, il y a environ un million
d'annes, qui dcouvrent l'agriculture.  partir de ce moment
l les regroupement en villes, qui taient l'exception auparavant,
deviennent plutt la rgle, et ne subsistent que quelques
tribus nomades dans les zones climatiques difficiles, o
l'agriculture n'est pas envisageable. Toutefois le nomadisme
reste trs fortement inscrit dans les traditions reptiliennes,
et la selection forte dans les tribus reptilienne entrainant
l'exclusion frquente de membres avait depuis longtemps
permis une uniformisation de leur dialecte,  quelques exceptions
prs, notamment sur les deux continents plus quatoriaux
sans doute peupl  un moment ou le bras de mer le sparant
du continent principal tait assch. La mise en place de
l'agriculture provoque le fleurissement de nombreux petits
villages sur toutes les rives des principaux fleuves. Tu
ne les vois pas ici mais le continent, qui possde trois
barres montagneuse principales, est travers par des centaines
de fleuve et rivires, aujourd'hui masque par les constructions.
La forme de commerce primitive existant auparavant entre
les tribus nomade se fortifie avec cette sdentarisation,
notamment le commerces d'esclaves humains. Les plus dous
d'entre eux se vendent au prix forr, et sont utiliss comme
mles reproducteurs. Ainsi les reptiliens acclrent l'invitable,
le surpassement de leur intelligence par les hommes.

Il y a un millions d'annes nous estimons la population
d'Adama  quatre cent milles reptiliens et cent milles hommes.
L'agriculture va rapidement tout chambouler, avec l'apparition
des premiers villages et des premires communauts, qui
font passer les tribus de quelques dizaines voire cent ou
deux cents d'individus  des gros villages de plusieurs
centaines, jusqu' deux ou trois milles individus. C'est
il y a environ cinq cent mille ans que l'intelligence des
hommes a d dpasser celle des reptiles. Mais les hommes
restent soumis, car les reptiles, en plus d'tre des dizaines
de fois plus forts que les hommes, qui rivalisent difficilement
du haut de leur mtre cinquante avec des molosses de plus
de trois mtres, ne sont pas compltement stupides. Ils
savent diviser les hommes, pour toujours pouvoir les exploiter
 leur profit et casser toutes tentatives d'vasions ou
de rebellions. Ils utilisent pernicieusement certains hommes
en leur offrant des privilges en change de leur coopration.

Il y en a eu, pourtant, des communauts indpendantes humaines
chappes du joug reptiliens, mais elles n'taient que le
terrain de chasse favori de ceux-ci, qui les massacraient
allgrement ds qu'ils les repraient. Ils avaient en plus
la mauvaise gourmandise de la chair humaine, et, il va sans
dire, et ceux qui n'avaient pas la chance d'tre utiles,
parce qu'ils s'taient blesss ou pas assez intelligents
ou adroits, ou au contraire un peu trop rebelle pour les
tches qu'on leur confiait, constituaient la nourriture
de luxe de ces carnivores sans piti. Toutefois il semble
que l'homme n'est jamais t purement lev dans l'optique
de constituer une source de nourriture, mme s'il existait
sans doute quelques levages dans ce but. Les reptiliens
consommaient plusieurs kilos de viande par jour, et l'homme
de satisfaisait pas  cette ncessit. Il constituait plus
la main d'oeuvre de luxe des reptiliens, qui basaient tout
leur dveloppement sur lui, ayant eux depuis longtemps mis
une croix sur l'excution de tches minutieuses.

Puis, il y a quatre cent mille ans, certains reptiliens
vont plus loin et tentent d'apprendre leur langue aux hommes.
Les reptiliens avait une langue simple et basique, mais
ceci va bouleverser et acclrer une fois de plus le dveloppement
humain. Les reptiliens prosprant, atteignant il y a deux
cent mille ans une population suprieure  un millions d'individu
pour trois cent mille hommes, les changent se multiplient
et certaines tribus de reptiliens utilisent les hommes comme
valeur de rfrence. L'homme devient donc en quelque sorte
la monnaie locale. Mais les reptiliens remarquent et dveloppent
la capacit surprenante de l'homme  manier les chiffres,
et, il y a environ cent mille ans, les hommes commencent
 mettre sur des bouts de bois ou de pierre des signes pour
se rappeler des rsultats de calculs fastidieux que leur
font faire les reptiliens.

L'invention de l'criture ne tarde pas, mais elle est du
fait des reptiliens qui ont pris modle sur les hommes.
L'volution se fait toutefois de concert et il y a environ
cinquante mille an se cre une vritable premire langue
crite et parle commune aux reptiliens et aux hommes, les
hommes tant alors leurs scribes.

On comprend alors pourquoi les reptiliens gardaient avec
tant d'attention l'treinte autour des hommes. Ils en taient
devenus dpendants, compltement. Toute leur conomie de
l'poque, leurs outils, leur style de vie, la transmission
de leur savoir mme par l'criture taient compltement
architecturs autour de l'asservissement des hommes. Et
bientt, leur volution technologique mme le serait.

Jusqu' l'invention de l'criture, les reptiliens les plus
dous menaient encore le chemin de la dcouverte, la cration
de nouveaux outils, nouvelles techniques de fabrication
et de culture, mais  partir du moment ou l'homme devint
scribe en plus d'ouvrier, alors tout changea, et les reptiliens
utilisrent  leur profit la crativit des hommes.

Il y a quarante mille ans les reptiliens dcouvrent l'utilisation
du cuivre, un mtal meuble. Rapidement les hommes en tendent
l'usage par l'utilisation du feu et de la forge, puis dmultiplient
les possibilits en largissant son champ d'action  d'autres
mtaux. La population d'alors est estime  soixante millions
de reptiliens et une dizaine de millions d'hommes. Elle
reste principalement limite au continent principal. Nous
avons assez peu d'information sur les cultures existant
sur les autres continents, principalement parce que celles-ci
ont t compltement ananti par les hordes de reptiles
quand leurs navires leur permirent d'y accder.

Les reptiliens ont compris la menace de l'homme depuis dj
longtemps, mais ils ont su savamment le diviser. Les hommes
n'arrivent pas  s'organiser, les reptiliens jouant habilement
sur son orgueil pour en privilgier certains au dtriment
d'autres. Les plus dous et intelligents sont combls et
deviennent presque gaux aux reptiliens, ils participent
au dveloppement et n'ont pas de tches difficiles. Les
autres sont soumis aux travaux d'ouvriers et de manoeuvres,
et spars en diffrentes castes en comptitions les unes
avec les autres. Toute tentative de rvolte voit l'limination
complte de la communaut. Les femmes et les enfants sont
souvent pris en otages, les hommes travaillant ne pouvant
les voir qu'un jour de temps en temps, et plus jamais au
moindre faux-pas de leur part. C'est malheureusement ce
qui rendra la sociabilit de l'homme un tel chec pendant
des millnaires. Les reptiliens ont faonn dans l'esprit
humain la notion de comptition, de domination et de soif
de pouvoir pendant des centaines de milliers d'annes. Et
nous en souffrons toujours, pourquoi les hommes de l'au-del
sont-ils partis ? Sans doute un peu car il ne tolraient
pas un monde galitaire, un monde o tout le monde est identique
 son voisin et o personne ne domine personne. "

Antara fait une pause, aprs un bref instant, j'imagine
qu'elle a demand l'autorisation  Pnople, elle prends
les commandes du vaisseau, s'loigne d'Adama pour la contourner
et se rapproche de nouveau ensuite en dessus d'un autre
grand continent. Pnople me demande si je vais bien, s'inquite
de savoir si l'histoire ne m'ennuie pas trop. C'est tout
le contraire. Je lui fais un bisou virtuel et Antara reprend
son rcit :

" L'volution conjointe progresse, l'invention de la monnaie,
le travail du fer, l'amlioration des forges. Les reptiliens
sont une race trs soudes, mme si rgis par une hierarchie
stricte, contrairement aux hommes, sans cesse dchires
par des rebellions internes, sans parler de celles attises
par les reptiliens. Il y a trente mille ans, la population
totale des reptiliens dpasse les trois cent millions, et
ils limitent par tous les moyens celle des hommes, de peur
de leur insurrection. Ceux-ci sont pourtant prs de trente
millions. Mais de plus en plus divis, les lites sont choys
par les reptiliens, qui voient en eux leur volution technologique,
et maudit par leurs concitoyens, pour qui ils ne sont que
des tratres.

Mais les hommes sont eux-mmes les garants de leur soumission,
les plus intelligents tant au service des reptiliens pour
crer des instrument de pouvoir toujours plus efficaces.
Mais la progression des techniques donnent aussi aux hommes
la chance de pouvoir communiquer plus facilement entre eux.
La premire grande rvolte s'est droule sur ce continent,
il y a vingt-sept mille ans, juste en-dessous de nous. Elle
a dbut dans une ville proche de la mer, sur la petite
pointe que tu aperois. Les reptiliens avaient fait l'erreur
de laisser les hommes seuls sur les petites les qui se
trouvent dans la baies, pour profiter au mieux des emplacements
ctiers. Les hommes y avaient fabriqu et cach des centaines
d'armes et mise en place un plan de rebellion. Ils avaient
russi  dvelopper un code qui leur permettaient de dmasquer
les espions, et leur machination tait reste secrte jusqu'
la nuit fatidique, suite  la fte de nouvelle anne des
reptiliens. Les hommes taient tous partis sur la cte pour
tuer les reptiliens dans le sommeil. En quelques jours les
hommes avaient pris le contrle de toute la bande de terre
que nous survolons. Malheureusement les villages voisins,
bien qu'informs de cette victoire, n'ont pas suivi, et
en trois semaines tous les hommes ou presque furent massacrs
sans piti par les assauts reptiliens. Certains hommes s'en
sortirent pourtant, et c'est la raison pour laquelle nous
savons si bien les dtails de cette premire rvolte, car
pendant longtemps elle s'est transmise de gnration en
gnration comme l'espoir que la libert n'tait pas une
mythe, mais pouvait tre une ralit, si tous les hommes
s'unissaient. Mais les hommes ne s'unissaient pas, et les
autres grandes rvoltes postrieures  celle-ci finirent
de la mme faon, par l'crasante victoire des reptiliens,
quand elles n'taient pas djous  la base par ceux-ci
et les tratres qu'ils soudoyaient dans les communaut humaines.

Ces premires grandes rvoltent marquent aussi le signe
de bon technologique considrable. La condition de vie des
reptiliens s'amliorent grandement, tandis que les conditions
de vie humaines restent exccrables. Les populations croient
trs rapidement, et il y a environ vingt mille ans, la population
reptilienne dpasse les deux milliards, et les hommes sont
prs de trois cent millions.

Mais les rvoltes n'aboutissent pas, elles permettent tout
au plus  quelques milliers d'hommes d'tre libres pendant
les quelques mois de sige des places fortes dans lesquelles
ils se sont rfugis. Mais que vaut la libert si c'est
pour vivre dans la guerre, la faim, les massacres et le
sang ? Beaucoup d'hommes, spars volontairement de leur
famille, ne veulent pas prendre le risque de les voir massacres
en cas de rebellion de leur part. Et d'une certaine faon
les reptiliens n'ont fait que renforcer leur contrle et
leur pouvoir sur les hommes.

C'est un homme un seul qui changera tout.

Guerrok est n en 31 avant le MoyotoKomo, soit environ
cinquante de tes annes. Il a la chance d'avoir un pre
et une mre scientifiques et choys par les reptiliens.
Il fait des tudes brillantes en biologie et en chimie,
alliant la science de son pre et celle de sa mre. Mais
 dix-huit ans il refuse la place qu'on lui offre dans un
des plus prestigieux centre de recherche d'Adama de l'poque
pour suivre une vie de misreux dans les porcheries reptiliennes.
Les reptiles en consommaient en effet des quantit astronomique,
certain pouvaient dvorer un porc entier par jour ! Toutefois
mme si la consommation moyenne d'un reptilien tait bien
infrieure  cette quantit, il n'en fallait pas moins lever
par centaine de millions pour satisfaire leur apptit. Guerrok
connat alors la misre et la dtresse des populations humaines
opprimes, au milieu des maladies, des pidmies de peste
et de grippes qui provoquent de vritables hcatombes, et
bien loin de la vie de luxe et de profusion de son enfance.

Si les hommes qu'ils ctoient ont une haine farouche envers
tous ceux d'entre eux qui les trahissent, comme les parents
de Guerrok, ils ont tout de mme du mal  comprendre pourquoi
quitter le privilge d'une vie facile pour leur conditions
dplorables.

Mais au bout de trois ans de peine et de labeur, il attrape
une maladie infectieuse, et n'est sauv in extremis que
par un recours de ses parents qui le ramnent prs d'eux.
Aprs un rtablissement difficile, pendant lequel il reprend
ses tudes, il occupe alors un poste dans ce mme centre
de recherche qu'il avait fui de nombreuses annes auparavant.
Il mne des travaux trs prometteurs sur les croisement
gntiques, et consacrera plus de dix ans de sa vie  la
slection et la cration d'une espce de porc  la croissance
plus rapide, la viande de meilleure qualit et beaucoup
plus grosse que la normale. Encens par les reptiliens,
il parcourt Adama pour promouvoir et faire accepter cette
rvolution dans les habitudes alimentaires reptiliennes.

C'est un succs, et, trois ans plus tard, il se retire de
sa vie de scientifique pour profiter d'une retraite grassement
paye par les reptiliens. Pendant une nouvelle priode de
dix ans, il se fait oubli, son statut lui permet de voyager
librement, et il parcourt le monde. Il crit beaucoup et
garde de bon contact avec les reptiliens, qui apprcient
ses oeuvres, qui leur sont principalement consacres. Il
a acquis une fine connaissance de la psychologie reptilienne,
et certain vont jusqu' dire qu'il n'a rien d'humain. Il
crira nanmoins deux oeuvres  destinations des hommes,
mais dans un but servant les reptiles. Les reptiliens ont
toujours, et de plus en plus, une peur bleu d'une rvolte
humaine, et luttent tant bien que mal pour conserver les
divisions et les guerres de clans dans la communaut humaine.
Guerrok, par ces deux oeuvres, apporte une rponse  leur
problme.

La premire, le Moyoto, est une longue liste d'actions que
doivent faire les hommes en guise de vnration de leur
matre les reptiles. "Moyoto" est un acte de politesse signifiant
la soumission. Nous l'utilisons encore aujourd'hui pour
dire bonjour. Ce livre dcrit dans des dtails souvent pompeux
et rptitif, avec un style ampoul, les diverses faons
de se prosterner au passage des reptiliens, par exemple,
pour rendre plus difficile une attaque ou une rbellion.
Le Moyoto rend aussi interdite la consommation de porc pour
les hommes, aliment sacr exclusivement destin aux reptiles.
Les reptiles font apprendre par coeur et rciter ces passages,
petit  petit,  toutes les communauts humaines, et se
satisfont du nombre de rebellions en forte diminution.

La seconde oeuvre, le MoKo, est une oeuvre directement destiner
 promouvoir et augmenter les rivalits internes des communaut
humaines, en exacerbant leur vellit, leur divisions en
classes, leurs combats de chefs. "MoKo" signifie "la lutte".
Tant que les hommes se battent entre eux, ils restent inoffensif
pour les reptiles, et les codes dcrit dans le MoKo, tout
comme ceux dtailler dans le Moyoto, sont rapidement instaurs
dans toutes les communaut humaines par les reptiliens.

Six ans plus tard le Moyoto et le MoKo sont connus par coeur
par presque tous les hommes, et les reptiliens satisfaits
d'un climat de srnit et amuss par toutes les rivalits
ainsi cres entre les hommes.

Mais toujours six ans plus tard, Guerrok retourne dans
les porcheries, pas pour y travailler, mais pour y prcher.
Et si une grande partie de sa vie fut glorifie par les
reptiliens, celle-ci les drangent beaucoup plus. Guerrok
prche l'union, il prche l'avenue de la fin du rgne des
reptiliens, il prche un vnement sans prcdent, qui rendra
 l'homme sa libert.

Pendant deux ans, il rpandra l'espoir parmi les hommes,
il rpandra l'ide que les reptiliens vont disparatre,
et que le moment est proche, de la grande rvolte, du renversement,
de la gloire de l'homme.

Deux ans de fuite, de paroles changes sous le manteau.
Deux ans d'oppression encore plus forte des reptiliens,
et enfin, sa capture, et son martyr. Les reptiliens affichaient
toujours avec grande fiert leur force. Et Guerrok sera
clou sur une grande croix sur la place publique d'Eryas,
un des plus grande ville reptilienne, sige de leur pouvoir.

Mais il tait dj trop tard, et Guerrok, quelques jours
plus tt, se sentant pris au pige, avait lanc les deux
mots qui allaient changer notre destine : le MoyotoKomo.
"Komo" signifie "mort" dans le langage reptilien. Et il
le rptera sur la croix, autant de fois qu'il le pourra
avant de mourir de faim et de soif, et que sa dpouille
ne tombe en lambeaux :

- coutez-moi mes frres le jour est venu, assemblez le
Moyoto et le Komo, et vous serez libres !

Ce mme jour, jour zro de l'an zro de notre re, Antara,
dont je suis la reprsentation, jeune fille de dix-huit
ans dont les doigts fins et habiles servaient  la fabrication
des barillets pour les fusils de chasse des reptiliens,
comprit. Je compris les paroles prophtiques de Guerrok,
je compris car je savais, je savais par coeur, depuis bien
longtemps, le Moyoto et le Moko, je les connaissais et je
rcitai, je rcitai tout haut le Moyoto et le Moko, mais,
comme conseill par Guerrok, je rcitai le Moko  l'envers,
en partant de la fin.

Et chaque ligne du Moyoto se coupla  chacune du Moko, devenu
Komo, et tous comprirent les paroles. Le jour tait venu.

Les porcs, les porcs que mangeaient les reptiles, et que
eux ne mangeaient pas, ces porcs, en plus d'avoir une meilleure
viande et d'tre plus gros, ces porcs rendaient les enfants
des personnes qui en consommaient striles, tout comme ils
les rendaient dpendantes.

L'association du Moyoto et du Komo partit plus vite encore
que les tranes de poudres de la rvolte  l'intrieur
mme de mon usine. Spontanment ou par bouche  oreilles,
en quelques jours les humains de la plante entire surent,
ils surent que leur gloire tait proche, et que quelque
soit le temps que cela prendrait, les reptiliens taient
condamns.

Une fois qu'ils eurent compris, et plus encore quand ils
purent voir qu'au bout d'une semaine sans porc ils agonisaient,
la rage des reptiliens fut immense, et un massacre sans
prcdent dbuta alors. Mais si les hommes taient bien
faibles face aux masses des reptiliens, ils turent sans
tarder tous les porcs qu'il purent, dfiant l'autorit des
reptiles, les rendant fous.

Je pris le commandement de la rvolte dans mon usine, en
nous russment  dtourner les armes fabriques l  notre
profit, et elle devint le premier bastion de rsistance
humaine. Trs vite, sous nos balles, le territoire conquis
augmenta, et avec l'aide de toujours plus d'hommes la ville
entire d'Estroi fut sous leur contrle. J'ai dirigeais
la rvolte pendant de nombreuses annes, avant d'tre capture
et martyrise par les reptiles. Ma fin fut sans doute atroce,
mais je resterai dans les mmoires, aux cts de Guerrok,
comme la libratrice de notre peuple.

Mais la partie n'tait pas termine, et autant les hommes
avaient un atout de leur ct, autant les reptiles taient
beaucoup plus nombreux, plus forts, et habitus  les mater.
Mais cette fois-ci les hommes ne pouvaient pas abandonns,
et mme s'ils ne pourraient tre sr que la descendance
des reptiles fut bien fertiles que bien des annes plus
tard, et mme si les forces vives de ceux-ci taient encore
bien sur pattes, bien que durement affecte par leur dpendance
au porc, cet vnement leur donna le courage et l'espoir
ne serait-ce que de tenir le sige.

Trs vite les deux communauts, auparavant intimement mle
aux seins de leurs villes et de leurs villages, se sparrent
 grand fracas et de multiples villages forteresses humains
furent mis en place pour rsister  la fureur dvastatrice
des reptiliens.

Mais ceux-ci, en plus des deux flaux, taient fortement
affects d'une dpendance encore plus grande, la dpendance
envers les hommes, ceux-ci rebells tout leur appareil de
production, leur science, leur intelligence presque, disparurent.
Les hommes, eux, mettaient  profit tout appareil de production
captur, et rapidement amliorrent la technique des armes,
pour crer le pistolet, la mitraillette, les bombes et mme
les armes chimiques, car les reptiles taient sensibles
 de nombreuses maladies qu'eux ne craignaient pas.

Un an et demi aprs le MoyotoKomo, les reptiliens comme
les hommes avaient des pertes gales, cinquante millions
de morts dans chaque camps, mais les reptiliens taient
plus de deux milliards et les hommes seulement trois cent
millions. Les hommes entreprirent une politique nataliste
trs forte, et les hommes se relayaient au front pour pouvoir
rentrer dans leur famille et procrer, car si les reptiliens
auraient peut-tre une descendance fertile, eux-mmes ne
l'taient pas, et continuaient  avoir des enfants. D'autant
qu' dix ans un reptile tait tout  fait apte  se battre,
alors que cela tait difficile avant quinze voire vingt
ans pour un homme.

Les annes qui suivirent, les reptiliens, petit  petit,
confinaient les hommes dans des zones plus petites. Ces
derniers avaient mis en place des forteresses trs rsistantes
mais avaient beaucoup de mal  en sortir pour gagner du
terrain. Les reptiliens taient devenus plus organiss,
et la plupart ne ressentaient plus depuis longtemps les
effets de leur dpendance. Ils avaient toutefois une confirmation,
c'est qu'une grande partie de leur procration tait bien
strile. Toutefois si la majorit ne pouvait se reproduire,
quelques exceptions subsistaient, leur laissant espoir qu'ils
pourraient encore renverser la balance.

Les hommes savaient que leur atout n'taient pas leur force
ou leur nombre, mais leur intelligence, c'est pour cette
raison qu'ils perdirent beaucoup d'nergie dans les premires
annes de lutte  construire de puissantes places fortes
 l'abri des assauts reptiliens. Ces derniers n'avaient
pas volus depuis le dbut du conflit, et n'avaient gure
plus que des fusils sommaires comme armes.

Huit ans aprs le dbut du conflit, les reptiliens taient
toujours aussi nombreux, prs de deux milliards, les hommes,
eux, n'taient plus que deux cent trente millions, regroupes
dans environ trois cent villes fortifies. Mais ils possdaient
dsormais des armes  feu bien suprieures et efficaces
 celles des reptiliens, et leur problmatique n'taient
plus de comment conserver leur places fortes, mais comment
les tendre. S'ils voulaient s'accrotre, il leur fallait
plus de culture, plus d'espace, plus de ressources premires.

Une des interrogations des hommes taient les moyens de
coordination avec les autres places fortes. Autant ceux-ci
taient imprenables dans leurs bastions, autant les alentours
taient compltement suicidaires pour n'importe quel messager.
Pour vhiculer des messages, il leur fallait partir en escorte
puissamment armes, sachant que ses chances d'arriver 
destination taient plus que drisoires. Pour les cits
qui n'taient qu' quelques kilomtres les unes des autres,
ils utilisaient de grands signes en bois ou en tissus pour
transmettre des messages, en dveloppant un alphabet simplifier.
Et ainsi de cits en cits pouvaient faire circuler des
informations, de nouvelle dcouvertes, de nouvelles techniques.

Mais ce mode n'taient pas trs efficace, et toutes leurs
obstinations pour crer un appareil volant avaient chou.
Mais huit ans aprs le dbut du conflit, une invention commena
a changer tout cet isolement, le ballon gonfle  l'air
chaud. Si dans un premier temps les tentatives, au gr des
vents et  porte des fusils reptiliens, furent plus que
des checs, ds l'avnement de du moteur  vapeur, des engins
beaucoup plus consquents, volant beaucoup plus haut, dirigeables,
permirent des changes entre les cits. En parallle les
hommes conquraient de nouveaux espaces autour de leurs
villes. Ceci petit  petit, en rcuprant pas plus que quelques
centaines de mtre  chaque tentative, tout en perdant des
milliers d'hommes, mais ils agrandissaient leur territoire,
rcupraient des cultures, des mines, des forts.

Seize ans aprs le dbut du conflit, les reptiliens taient
toujours prs de deux milliards, mais n'avaient pas volu,
et si leur nombre leur permettaient d'empcher une progression
trop rapide des hommes, elle ne pouvaient l'empcher. Et
la politique nataliste et expansionniste des hommes portait
ses fruits, leur population tait repartie  la hausse,
frisant avec les deux cent soixante-dix millions, et ils
avaient pratiquement multipli par trois les territoires
occups. Plusieurs cits s'taient regroupes et des rgions
entires taient sous leur contrles, protge par de nombreux
renforts et postes de garde, avec des mitrailleuses toujours
plus puissantes et meurtrires. Ils utilisaient des machines
 vapeur pour se dplacer, et les premiers engins roulant
blinds et surarms, anctre des chars d'assaut, commenaient
 faire des carnages dans les villes reptiliennes. Les reptiliens
qui commenaient  avoir du mal en endiguer le flau de
leurs enfants infertiles  quatre-vingt quinze pourcent.

Pourtant ces derniers savaient que leur seul espoir rsidaient
dans leur capacit  se reproduire, et les enfant fertiles
taient rapidement dports loin des fronts, pour servir
de mles reproducteurs, car seuls les mles taient touchs
d'infertilit.

Vingt-quatre ans aprs le dbut du conflit, la tendance
tait inverse, la population reptilienne commenait  diminuer.
Les hommes pouvaient atteindre facilement leur ville trs
en amont des fronts grce  leur dirigeable, et y lanaient
d'normes bombes qui faisaient d'innombrables victimes.

En l'an vingt, soit trente-deux ans aprs le MoyotoKomo,
les hommes, mme si leur trois cent vingt millions ne rivalisaient
pas encore avec les un milliard huit cent millions de reptiles,
taient confiant dans leur victoire. L'volution technique
de leur adversaire tait quasi nulle, alors qu'eux venaient
de dcouvrir une supriorit technologique de taille, la
matrise et la production de l'lectricit. Celle-ci ne
servit pas dans un premier temps  clairer ou faire marcher
des machines, mais  transmettre des informations le long
d'un fil. Ce fut un nouvelle essor des communication et
de la transmission du savoir.

La progression fut lente, mais constante, les hommes gagnaient
du terrain, inventaient toujours plus, le moteur  explosion,
l'clairage par l'lectricit, le vaccin, qui leur permit
de diffuser de nombreuses maladies virales parmi les reptiliens,
mais aussi des inventions servant leur propre qualit de
vie, le rfrigrateur, le caoutchouc, le bton, la photographie,
et bien d'autre.

Pourtant, malgr tous ces progrs, les hommes taient encore
reclus dans leurs forteresses. Bien sr ils dominaient,
presque cent soixante ans aprs le dbut du conflit, presque
vingt pourcent de la surface terrestre d'Adama, en plus
des mers, ou leurs bateaux  vapeur et leur sous-marins
taient les matres absolus. Bien sr leur aviation naissante
faisait des ravages dans les villes reptiliennes, bien sr
ils communiquaient maintenant par onde radio, ils roulaient
en voitures  essence, ils avaient doubl leur esprance
de vie. Bien sr leur population de huit cent millions d'alors
s'approchaient du milliard deux cent millions de reptiliens.
Mais il n'taient pas libres, et les reptiliens n'taient
toujours pas soumis, et parvenaient toujours  maintenir
la pression malgr leur infriorit technologique.

Certains hommes poussaient alors depuis longtemps pour un
rglement pacifique du conflit, pour une collaboration avec
les reptiliens, un partage quitable du monde, et une volution
de concert. Mais si beaucoup d'hommes ne supportaient pas
cette ide, c'est plus encore les reptiliens qui refusaient
toute soumission, et qui s'enttaient au point de laisser
dtruire nombre de leurs villes et massacrer leur habitants
plutt que de les fuir pour les laisser aux mains des hommes.

Les annes passrent encore, les reptiliens avaient appris
des techniques des hommes, et avaient compltement restructur
leur industrie pour eux-mmes produire. Ils possdaient
des machines  vapeurs primaires, savaient communiquer par
tlgraphe et leur fusils pouvaient mettre  rude preuve
les fin blindage des avions humains. La guerre continuaient.
Les effets du flau du porc lanc par Guerrok deux cent
ans auparavant ne se faisaient plus sentir, tous taient
de nouveau fertiles, et ils avaient plus que jamais une
politique nataliste forte. Ils occupaient encore de nombreux
territoires bien loin des rgions domines par les hommes,
et savaient se protger de leur raids meurtriers.

Mais l'homme avanait plus vite. Nous situons en l'an cent
vingt environ, soit un peu plus de cent quatre-vingt dix
ans aprs le MoyotoKomo, l'galit entre la population reptilienne
et la population humaine, soit neuf cent cinquante millions.
Alors l'homme avait reconquis de l'ordre de quarante pourcent
des terres merges, et il progressait rapidement. Mais
les reptiliens ne se rendaient pas, et les thoriciens de
l'poque pensaient en grande majorit qu'ils ne se rendraient
jamais. Dans tous les combats, les reptiliens se battaient
frocement jusqu'au dernier, et jamais  quelques rares
exceptions ils ne se rendaient. Les tratres taient rares
parmi eux, beaucoup plus rares que ne l'avaient taient
les hommes en d'autres temps.

Mais les reptiles ne baissaient pas les bras, et si chacune
de leur profonde incursions en territoire humain, qui visaient
presque systmatiquement la vie de femmes et d'enfants,
taient punis par des villes entires rases par les bombardements,
cela ne faisaient que les rendre encore plus hargneux.

L'issue semblait invitable, seule leur extermination mettrait
enfin fin  ce conflit sculaire. Mais exterminer neuf cent
millions d'individus n'est pas chose facile, mme avec une
supriorit technologique, mme en propageant des virus,
mme en dtruisant leurs cultures et leurs centres stratgiques,
mme en les renvoyant vivre comme des misrables aux fin
fonds des forts, ils en restaient toujours.

Les populations humaines taient extnues de vivre dans
un monde en guerre depuis tant d'annes, dont le seul objectif
n'tait que de crer des armes toujours plus puissantes,
toujours plus destructrices. Elles n'aspiraient qu' une
chose, tirer enfin un trait sur cette guerre, en finir une
fois pour toute, renvoyer au pass tout ces calamits.

En cent quatre vingt-trois aprs le MoyotoKomo, soit un
peu plus de deux cent quatre-vingt dix ans de tes annes,
l'humanit prit,  une courte majorit, une des dcisions
les moins glorieuse de son histoire. Les hommes votrent
la grande battue, la multiplication des engins de guerre,
la formation de chacun  leur maniement, pour repousser
les reptiliens de trois des quatre continents d'Adama. Les
hommes voulaient les reclurent au petit continent Chorkomar.
Chorkomar signifiait "La corne du Dekar", nomm ainsi 
cause de sa cte volcanique en forme d'arc de cercle. Chez
les reptiliens, le Dekar tait une forme de dmon, d'tre
fantastique vivant dans un lointain pass, depuis longtemps
rfugi dans les profondeurs de la terre et responsable
de toutes les catastrophes naturelles.

La combinaison de toutes les puissances de feu des hommes
permis en moins de douze ans l'extermination de presque
tous les reptiles des trois continents. Mais les hommes
vivant sur le Chorkomar ne l'entendirent pas de cette oreille,
et refusrent de quitter leur terre. Alors que le reste
de l'humanit les suppliaient d'avoir un peu de piti, ils
se chargrent de mettre un terme dfinitif  la race des
reptiliens, en l'an 202 aprs le MoyotoKomo, trois cent
vingt-trois de vos annes.

Ce fut dur, et aussitt les hommes rejetrent plein de dgot
leur armes, leur technologie, et ces trois cent annes de
guerre, de massacre. Trois cent annes de guerre, un monde
dvast, deux milliards trois cent millions de reptiliens
tus pour deux cent soixante millions de vies humaines.

Tout changea aprs cette poque de tnbres, la vision de
la vie, de la nature, de l'volution. Tout se ralentit,
normment, et la reconstruction et le respect de la nature
et des espces animales fut exacerb.

Nous ne savons pas aujourd'hui si l'homme aurait pu devenir
ce qu'il tait sans l'intervention des reptiliens. Ce sont
eux qui nous ont encadr en quelque sorte, et les conditions
favorables lors de l'apparition des premiers singes ne semblaient
pas propices  une volution de ceux-ci, alors bien adapts
 leur environnement. Les reptiliens nous ont donn les
moyens d'voluer, de les surpasser, mais ils ont aussi compltement
dcupl la comptition et les divisions. La soif de pouvoir,
la jalousie, l'ambition, toute ces choses qui nous ont poursuivis
depuis lors, et qui nous ont encore frapps au moment du
LibreChoix. Aujourd'hui les citoyens de la congrgation
n'aiment pas parl du pass, et je les comprends, car notre
pass est dur et triste. Depuis le LibreChoix tout est tellement
plus calme, plus serein, plus juste. Pourtant beaucoup comme
moi regrette de ne pas tre partie... "

Antara reste silencieuse un instant, regardant l'ocean bleu
qui brille sous le vaisseau, plusieurs centaines de kilomtres
en dessous de nous. Elle est tellement relle. Je suis vraiment
sidre autant par l'histoire que par la conteuse, elle
respire tellement l'humanit... Elle reprend :

- Voil en quelques mot ce qui se cache derrire le MoyotoKomo.
C'est une libration, mais c'est aussi de la peine, de la
souffrance, et le dbut d'une nouvelle re.

Antara termine sont rcit, puis elle nous salue et disparait.
Je reste moi-aussi bouche be.

- Je... C'est... C'est incroyable.

- Pourtant, notre histoire en tmoigne...

- Tu sais sur Terre, nous en avons dj parl, il existe
ce que nous appelons des "religions". Une "religion" est
un ensemble de  croyance en tres ou forces suprieures
qui expliquent, surveillent ou contrlent le monde.

- Oui, et ?

- De plus, toutes ces religions comportent un nombre important
de rgles  respecter, de faon  rester pur,  s'attirer
les bonnes grces des puissances suprieures. Deux religions
 ma connaissance, peut-tre plus, considre la viande de
porc comme impure, et interdisent sa consommation.

- trange en effet...

Pnople reste silencieuse un moment, consultant sans doute
son bracelet :

- il est vrai qu'en souvenir du MoyotoKomo, l'humanit n'a
plus jamais vraiment ni lev ni mang de porc, mme s'il
n'y avait pas vraiment d'interdiction formelle. Le porc
tait plutt utilis comme petit animal de compagnie.

- D'autre part, sur le jour du MoyotoKomo, une autre religion
dbute par le martyr par "crucifixion", c'est--dire comme
Guerrok clou ou attach  une croix jusque mort s'en suive,
de celui qu'elle considre comme le fils de Dieu.

- Quand cela se passa-t-il ?

- Oh, tu tais presque n, il y a deux milles de nos annes.

- Mais ? Il y a  peine deux milles ans de telles chose
se passaient encore sur votre monde, ne m'as-tu pas dis
pourtant que vous avait un niveau technologique assez avanc
?

- Oui, aujourd'hui, mais il y a deux milles ans les connaissances
scientifiques taient trs limites. Nous n'utilisons l'lectricit
que depuis deux sicles tout au plus. L'avion n'existe lui
que depuis cent cinquante ans environ, et encore, il n'y
a que depuis cent ans qu'il se dveloppe vraiment. Et 1notre
premire sortie dans l'espace ne date que d'une cinquantaine
d'annes.

- Votre volution me semble rapide, mais c'est difficile
de comparer, de toute faon, nos volutions tant tellement
diffrentes. C'est vrai que suite  la guerre contre les
reptiliens, tout s'est presque stopp, et le progrs ne
s'est fait sentir que sur des milliers d'annes.

- C'tait quand, dj, votre MoyotoKomo ?

- Cela fait environ vingt mille ans pour toi.

- Vingt mille ans... C'est vrai que par rapport  ton rcit,
je dirai que le dbut du MoyotoKomo correspond  ce que
nous avions il y a deux cent ans, et la fin  il y a cent
ans. Nous aurions donc une vitesse de dcouverte de l'ordre
de trois fois plus vite.

- C'est difficile de juger, j'imagine que les dcouvertes
ne sont pas toujours si facilement comparables, mais quoi
qu'il en soit ce fut notre rythme pendant la trs rapide
volution de la priode de conflit, ensuite nous avons ralenti
considrablement.

- En ce qui nous concerne j'ai l'impression que tout acclre.

- Si vous continuez, il est bien possible que nous nous
rattrapiez sous peu, quelques sicles peut-tre. Mais 
un moment il devient plus dur d'voluer. Vous le rencontrerez
sans doute, pour au moins deux raisons. D'une part les populations
ne comprennent plus vraiment l'intrt d'aller de l'avant
quand elles ont tout ce qu'elles dsirent, et de plus il
devient aussi de plus en plus difficile de trouver de nouvelle
chose, car la recherche et de plus en plus complexe et de
plus en plus longue.

- Un peu comme si l'homme atteignait une limite  son intelligence
?

- Oui, nous n'avons ensuite vraiment progress que grce
aux artificiels, ou tout du moins en partenariat avec eux.

- Je comprends... Enfin toujours est-il que ton histoire
de porc et de crucifixion me parat trs surprenante, elle
laisserait quand mme de fortes suspicions sur votre implication
dans la colonisation de notre monde.

- Ces lments sont troublants en effet, mais ce ne sont
sans doute pas des preuves irrfutables, le porc peut trs
bien avoir vhicul plusieurs types de maladies ou d'autres
lments qui ont conduit les religions  en proscrire la
consommation. Et attacher un homme sur une croix pour le
laisser agoniser ne me semble pas une ide si unique que
a, malheureusement...

- Oui c'est vrai, mais a laisse tout de mme planer le
doute, en plus de ta remarque sur le fait que deux formes
de vie identiques n'ont jamais t trouves sur deux plantes
diffrentes.

-  l'exception des Menochens cependant, tu sais une des
trois formes de vie intelligentes que nous connaissons,
ceux restant depuis toujours dans leur systme mdival.
Nous ne savons pas comment elle a migr entre les plantes
qu'elle habite. Mais c'est notre seul exemple et nous sommes
quasi-certains que sa migration est partie d'un mme point.
Hormis ce contre-exemple, nous n'avons jamais vu deux espces
identiques si loignes l'une de l'autre..

- Mais c'est quand mme incroyable, la naissance de la Terre
date de bien avant le dpart des hommes de l'au-del, comme
l'expliquer alors ? Se pourrait-il qu'il y a des millions
d'annes les deux sytmes taient suffisamment proche pour
que la mme forme de vie soit apparues sur les deux ?

- Des formes de vies voisines pourquoi pas, mais la mme
c'est difficilement plausible, la plus infimes variations
des paramtres de l'environnement conduit  des formes qui
s'opposent du tout au tout...

- Peut-tre que l'homme n'est pas apparu sur Adama alors
? Sur Terre il y a des mythes, comme celui de l'Atlantide,
qui racontent que dans un lointain pass existait une civilisation
trs avance. Peut-tre n'est-ce pas un mythe et peut-tre
cette ancienne civilisation matrisait les voyages interplantaire
et  quitter la Terre pour Adama ?

- L'explication la plus logique n'est sans doute pas trs
loin de a, pourtant sur Adama les diffrents stades de
l'volution humaines sont tellement visibles qu'il est difficile
de remettre en question son origine locale.

- Nous avons le mme sentiment sur la Terre...

- Hum... Bref, nous ne rsoudrons pas ce mystre aujourd'hui...
Il est dj tard, je n'ai pas vu le temps pass, si nous
rentrions ?

- Oui, nous n'avons mme pas eu le temps de faire des choses
dans ton vaisseau.

- Bah ce n'est que partie remise, et puis l'apesanteur c'est
beaucoup moins exitant que ce que l'on croit, a donne des
sensations de perdre l'quilibre pas toujours trs propice
au milieu de l'action.

- Ah, je m'en remets  ton exprience sculaire, rentrons,
peut-tre que les autres sont arrivs.

- Non, pas encore, Samrane ne m'a pas prvenue, mais nous
pouvons dj aller rejoindre Iurt et Guerd.

Pnople relance le vaisseau en direction de la station
orbitable, et trente minutes plus tard, si tant est que
j'ai toujours une vague ide de ce que reprsente une minute,
nous marchons tranquillement main dans la main sur une petite
alle paves au milieu d'une fort en direction d'une clairire
o sont Guerd et Iurt.

Iurt, qui a prs de quatre mille ans, nous raconte son pass
d'explorateur aux confins de la Congrgation. Il a visit
des milliers de plantes toutes plus tranges les unes que
les autres, observ des formes de vie aussi extraordinaires
que dangereuses.

- Mais pourquoi ne continuez-vous pas  explorer, il doit
toujours  y avoir  dcouvrir ?

Iurt soupire :

- Oh... Depuis le libre choix j'avoue que j'ai un peu perdu
de ma motivation. Les artificiels font a trs bien, et
puis de temps en temps je me remets  jour en parcourant
les dernires archives.

Pnople nous coupe :

- On mange ici ou on retourne aux niveau infrieur ?

Guerd et moi sommes plutt d'avis de rester tranquillement
ici, Iurt et Pnople s'incline. Guerd demande  Samrane
de nous apporter un repas :

- Samrane, peux-tu nous faire livrer quatre repas s'il te
plait ?

Samrane, toujours prsenten arrire-plan, rpond :

- Vous avez des dsiderata particuliers ?

Chacun donne ses prfrences, et cinq minutes plus tard
une petite abeilles nous apporte nos paniers-repas. Nous
commenons le repas avec apptit. Je m'inquite de savoir
quand vont arriver les autres :

- Nous pouvons savoir quand sont sens arriver les autres
?

Pnople rpond :

- C'est Iurt qui a les donnes normalement.

Iurt confirme. Il reste silencieux un instant, puis, donne
les informations  mesure que Samrane lui les communique:

- Ulri est arriv et sera disponible dans quelques heures,
Erik sera l demain matin, Moln un peu plus tard dans la
matine et...

Il reste silencieux un long moment. Je demande finalement
:

- Quelque chose ne va pas ?

Il pose son pain, s'essuie les mains sur ses habits, les
marques disparaissent aussitt, et il change de posture,
soucieux :

- Je ne trouve pas les informations concernant Naoma.

Pnople, intrigue, pose aussi sa nourriture et sans doute
consulte Samrane de son ct. Elle confirme

- Oui il y a un problme. Samrane confirme que Pnople
est bien partie de Stycchia, mais il a perdu sa trace.

Guerd manque de s'touffer en entendant Pnople et s'exclame
:

- Il a perdu sa trace ! Mais, c'est impossible !

Iurt se lve, apparemment trs dcontenanc :

- Oui, elle n'est nulle part, le tlporteur du village
confirme qu'elle est bien partie, mais il ne sait pas o.

C'est vraiment n'importe quoi :

- M'ont pas l'air trs au point vos machins, dj celui
par lequel nous sommes arrivs dconnait compltement, maintenant
celui-l...

Guerd me coupe :

- Mais non ! a n'arrive jamais ! C'est pas normal !

- Sans blague ?

Iurt s'tait un peu loign, sans doute pour appeler quelqu'un,
il revient :

- Les gens du village m'ont bien confirm que le tlporteur
tait vide et Naoma partie. J'ai consult Meetr, il s'est
entretenu avec Guewour et il n'y a aucune trace de Naoma,
il y a bien eu un disfonctionnement. C'est le deuxime dont
vous tes victimes, et il devient de moins en moins probable
que ce soit le fruit du hasard.

Je demande discrtement  Guerd :

- C'est qui Meetr et Guewour ?

Guerd me rpond virtuellement, c'est vrai que c'est plus
efficace comme messe basse, et plus discret :

- Meetr c'est plus ou moins la personne qui reprsente Stycchia
auprs du Congrs, et Guewour c'est la personne du Congrs
que tu avais dj rencontre lors du conseil sur Stycchia.

Je me remmore cette sance ou Guewour avait eu connaissance
de notre existence, puis je reviens dans la conversation
et me lve :

- Il y a un truc louche, comment peut-on faire pour la retrouver
?

Ils restent silencieux. Pnople rpond finalement.

- Je ne sais pas, je ne crois pas qu'il y ait de moyen.

Je m'crie :

- Quoi ! C'est quoi encore votre truc, c'est vraiment minable
! Alors on fait quoi, comme si on avait rien vu et on oublie
Naoma ?

Pnople reste calme :

- Rien ne sert de t'nerver, ce qui se passe n'est pas normal,
a n'arrive jamais, a ne fait que confirmer que l'affaire
vous concernant est trange et complexe.

Je reste silencieux un instant.

- Mais qui contrle les artificiels qui dirigent ces tlporteurs,
il doit y avoir moyen de pister leur activit.

Iurt confirme :

- Oui bien sr, et je peux retrouver sans problme l'intgralit
de mes dplacement depuis ma naissance. Mais dans le cas
prsent les donnes sont manquantes.

- Ce n'est jamais arriv que a plante ?

Pnople consulte les archives, Iurt rpond directement
:

- Si bien-sr, mais la fauteest gnralement facilement
rectifiable, car si le tlporteur d'entre se trompe, le
tlporteur de sortie reste connue. Les artificiels transportent
les donnes au travers de leur infrastructure de transmission
de donnes,  partir du moment o il ont transmis quelque
chose, ils savent o...

Je dduis :

- Donc quelqu'un a dtruit ou cach ces donnes.

Iurt reste silencieux un instant puis rpond :

- Oui.

- Bon et bien au moins c'est clair, et qui peut faire a
?

Iurt reste indcis, il carte les bras et soupire :

- C'est tellement difficile  croire que a remet en question
l'ensemble mme de notre structure...

- C'est le bordel quoi !

Pnople est d'accord avec moi.

- a rsume assez bien oui...

Je m'inquite de savoir quelles sont nos alternatives :

- Et qu'est ce qu'on peut faire ?

Ils restent silencieux. Iurt finalement prend la parole
:

-  notre niveau j'ai bien peur que nous ne soyons demunis,
mais nous sommes justement ici pour prsenter cette nigme
au Congrs, esprons que nous y trouverons des rponses.
En attendant, je vais m'entretenir avec Guewour et tenter
d'acclrer notre comparution. Je vous laisse terminer de
manger, nous nous retrouverons pour partir sur Adama ds
que possible.

Iurt appelle une abeille et disparat rapidement de notre
horizon. Le ciel s'assombrit et petit  petit nous voyon
apparatre par transparence de multiple toiles, et surtout
Adama, belle et immense.

Nous nous rasseyons, je reprends un petit pain bleu que
je trouve dlicieux, je reste pensif. Pnople me demande
:

- Comment tu interprtes tout a, Franois ?

Je rflchis un instant puis rponds :

- C'est difficile  dire. Une chose est sre c'est que quelqu'un
a pirat vos tlporteurs, a explique pourquoi nous sommes
arrivs sans laisser de traces sur Stycchia, et pourquoi
Naoma disparait aussi mystrieusement.

Pnople acquiesce :

- C'est vrai qu'il faut nous rendre  l'vidence, d'autant
que nous n'avions rien trouv sur votre tape intermdiaire,
cette Lune o des hommes fabriquaient des vaisseaux, laissant
penser qu'il existe des connections externes  notre rseau
de tlporteurs.

- Oui, tout  fait. Mais maintenant pourquoi ? Qui peut
bien m'en vouloir du fin fond de la galaxie ? Et pourquoi
? Qu'est ce que j'ai bien pu faire  part du pain au micro-onde
et des milliers de tractions, c'est quand mme pas "blasphmatoire"
 ce point !

Je ne sais pas comment se dit blasphmatoire dans leur langue,
Guerd ne comprend pas :

- "Blasphmatoire" ?

Pnople lui explique, elle avait pris sur son bracelet
mon travail d'apprentissage du franais  Chalet.

- Faire quelque chose contrainre  une puissance suprieure
qui est sense tout avoir cre et tout contrler, mais
Ylraw plaisante.

- Ah, ok.

Je reprends :

- Plus srieusement je veux bien que sur Terre mes prgrinations
aient drang quelques personnes qui ont alors dcid de
m'envoy en prison sur je ne sais quelle plante, avant
que Bleuman me ratatine. Ensuite on peut concevoir que Bakorel,
en situation de panique, nous ait tlport au hasard, et
que nous soyons arriv sur Stycchia.

Pnople continue :

- Et  partir de l, les personnes trs en colre on tent
de vous retrouver, et comme elles ont un certain accs aux
tlporteurs, elles ont tent de vous dvier lors de votre
voyage vers Adama. On peut penser que ce n'est pas forcment
vident pour eux, et il n'ont eu que Naoma.

- a se tient.

Guerd conlue :

- Mais alors nous ne sommes plus  l'abri lors de nos dplacement
? a veut dire que nous ne pourront pas rentr sur Stycchia
l'esprit tranquille ?

Pnople relativise :

- A priori ils n'en veulent qu' Franois, et ils n'ont
qu'un contrle partiel des artificiels, mais sans savoir
nous sommes compltement  leur merci, comment savoir si
Samrane n'est pas dans le coup, par exemple ?

Samrane rpond sur le champ :

- Voyons, Pnople, vous savez bien que je suis votre dvou.

Pnople le prend en exemple :

- Tu vois, tout ce que nous disons ou faisons est connu
des artificiels, si ce sont eux notre point faible, nous
sommes  leur merci.

Guerd rtorque :

- Mais les avis ! Les avis peuvent empcher a, on peut
les contrler.

Pnople rigole :

- Et les avis c'est quoi, c'est les bracelets, c'est eux
! Si on doit vraiment se dbarrasser des artificiels, nous
devons tout mettre par terre, tout, notre nergie, c'est
eux, nos moyens de communication, c'est eux, notre source
de nourriture, c'est eux, tout ! Et quand tu appelles ta
mre sur Forz, qui te dit que ce n'est pas un virtuel fait
par les artificiels et que ta mre n'est pas morte depuis
longtemps ?

- Mais c'est affreux !

Je temporise :

- Rien ne sert de devenir paranoaque non plus, si vous
n'avez jamais eu de problme depuis plusieurs millers d'annes,
c'est quand mme que votre sytme doit  peut prs marcher.
De plus la cible semble tre uniquement moi, vous n'avez
donc pas grand chose  craindre.

Guerd n'est que moyennement rassure.

- Oui mais comme maintenant on t'aide, peut-tre qu'on va
tre poursuivi aussi.

Pnople est nerve par la remarque de Guerd :

- Tu peux rentrer sur Stycchia si tu ne veux pas venir avec
nous.

- Non, non, ce n'est pas ce que je voulais dire, juste qu'on
ferait quand mme mieux de se mfier, peut-tre devrait-on
retirer les bracelets ?

- Moi j'ai jamais t pour ces machins, de toute faon,
c'est  cause d'un truc pareil que je me suis retrouv dans
un ptrin pareil perdu je ne sais o.

Pnople rajoute :

- ...et que tu me connais.

Aille ! Je m'approche d'elle pour lui faire un bisou, elle
me repousse en tombant en arrire :

- Franois ! Arrte ! Je sais bien que tu aurais voulu ne
jamais venir ici...

- C'est faux ! Tu sais bien que je trs content d'tre avec
toi, mais quand mme, je ne sais pas pourquoi je suis l,
je perds mes amis un  un, je me fais tuer par un gant
bleu  l'autre bout de la "Voie Lacte", j'ai le droit d'tre
un peu nerv !

Pnople devient moins farouche.

- La "Voie Lacte" ?

- J'ai traduit littralement le nom que nous donnons  la
Galaxie,  cause de l'aspect dans le ciel.

- C'est joli... Embrasse-moi.

Guerd se plaint :

- Eh ! Arrtez, j'ai pas mon Erik moi...

Je me retourne :

- Je croyais que voustiez spars ?

- Oui, enfin, un peu, enfin, c'est pas trs clair...

Nous nous relevons et nous asseyons correctement, la situation
n'est pas spcialement l'occasion de s'amuser. Pnople
reprend :

- Pour revenir au bracelet Guerd je pense que a ne sert
 rien de paniquer tant que nous n'avons pas l'avis du Congrs.
De toute faon Iurt essaie d'acclrer les choses, peut-tre
que nous pourrons passer d'ici  quelques jours. D'ici l,
nous ne pouvons gure rien faire qu'attendre...

Nous terminons silencieusement notre repas, puis nous nous
laissons guider par Samrane vers nos lits. Nous dormons
dans les tages infrieurs. Samrane demande si nous dsirons
dormir ensemble Pnople et moi, je la prends par la main,
elle rponds par l'affirmative. Nous ne faisons pas l'amour
cette nuit l, je suis trop proccup par ce nouveau coup
du sort ; Pnople le sent et reste dans mes bras toute
la nuit.

Jour 188
--------



Je me rveille tt. Je laisse Pnople profondment endormie
et quitte discrtement la petite chambre aprs avoir enfil
un vtement command  Samrane par bracelet interpos. Je
me laisse ensuite guid vers celui-ci jusqu' une grande
salle donnant sur une immense baie vitre et largement fournie
en fauteuil trs confortables. Samrane me propose quelque
chose  grignoter mais je refuse, ayant toujours quelques
remords  cder  la facilit. Il est vrai que je ne fais
plus aussi consciencieusement mon sport quotidien depuis
que je suis arriv au village. Sur Terre pas plus de trois
jours sans sport et mon moral faisait une chute libre. Le
sentiment d'avoir un corps interchangeable est trange.
Un peu comme si on pouvait tout se permettre, plus de problme
de maladie, de poids, de toutes ces choses qui pourtant
nous occupaient une bonne partie du temps auparavant.

Adama... Tu passes devant moi... Si ce n'est la forme particulire
de tes continents je te prendrais pour ma bonne vieille
Terre...

Je suis dans une station orbitale autour d'une plante inconnue
ou vivent vingt-deux milliards de personnes... Mon Dieu...
C'est tellement invraisemblable... Mais o donc cela me
mnera-t-il ?

Je suis sortie de mes rve par quelqu'un me mettant la main
sur l'paule. Pnople va pour s'asseoir dans le fauteuil
voisin mais je lui attrape la main  temps et la tire doucement
pour qu'elle s'installe sur moi. Elle se laisse faire et
se tourne pour appuyer sa tte sur mon paule. Elle me parle
doucement.

- Tu n'arrivais pas  dormir ? J'tais trop prs ?

Je l'embrasse sur le front.

- Non pas du tout, je n'avais plus sommeil je crois, nous
nous sommes couchs tt. Je ne voulais pas te rveiller
en bougeant trop dans le lit alors je me suis lev.

- Tu es triste ?

- Tu sais je me sens un peu responsable si Erik et Naoma
sont arrivs dans cette galre avec moi, alors je culpabilise
qu'il arrive tous ces malheurs  Naoma.

- Pourtant tu n'y peux pas grand chose...

- Oui je sais bien... Mais c'est toujours plus facile de
s'en remettre au sort. J'aurai pu me dbrouiller tout seul
sur Terre, et au moins si j'tais seul je n'aurais peur
de rien.

- Tu n'as pas peur de mourir ?

- Non...

- Moi je suis dj morte une fois, j'avais pas peur  l'poque,
mais maintenant j'ai peur. Avant je ne savais pas, maintenant
je me dis que peut-tre personne ne remettrait mon bracelet
en route, peut-tre qu'on m'abandonnerait... J'ai peur de
partir sans que personne ne s'en aperoive... Alors je ne
me laisse plus vieillir...

Nous restons silencieux quelques instants...

- Adama ressemble  ta plante ?

- Oui, beaucoup...

- Tu tais dj all dans l'espace avant ?

- Non jamais, sur Terre seul les scientifiques et quelques
personnes trs riches peuvent se le permettre.

Encore quelques instants...

- Dis-moi que tu m'aimes...

- Je t'aime Pnople... Je viendrai te faire revivre, moi,
encore et encore, si jamais tu meurs.

Elle se blotit un peu plus contre moi.

- a fait longtemps que tu n'es pas venue sur Adama ?

- Non, pas trs longtemps, j'y suis venue il y a une dizaine
d'anne, seize ans pour toi, pour fter la nouvelle anne
avec Phamb.

- Phamb ! Tu le revois toujours ?

- Pas depuis cette fois-l. On dois se croiser une fois
tous les vingt ou trente ans sinon, oui... La nouvelle anne
Adamienne est dans quarante jours d'Adama. Peut-tre qu'on
pourra y assister.

- C'est quelle anne ?

Elle reste silencieuse un instant, consultant sans doute
son bracelet.

- 12624, je vais avoir 890 ans cette anne.

- Tiens c'est bizarre, a me rappelle les dates inscrites
sur les cahiers que j'avais trouv sur Terre.

- C'tait la mme anne ?

- Non il me semble que c'tait 13000 et quelques. Mais peut-tre
que c'tait bien en anne d'Adama. Peut-tre que c'est la
date o ils sont arrivs sur Terre.

- a m'tonnerait, il serait arriv avant le MoyotoKomo,
et  cette poque l il n'y avait pas du tout de vaisseaux
spaciaux.

- Ah oui... Mais d'un autre ct peut-tre que le calendrier
a diverg. Comme la dure de l'anne sur la Terre est plus
courte, les annes passent plus vite.

- On peut retrouver la date  partir de laquelle a a diverg,
puisque une anne d'Adama fait environ 1,6 annes de ta
plante ?

- Oui, oui, puisque l'orgine est  12624 anne d'Adama,
cela veut dire que X annes d'Adama, plus 12624 moins X
multipli par 1,6 donne 13000. C'tait 13100 quelque chose
pour tre plus prcis, il me semble.

- 11830 et quelques.

Je suis impressionn par la rapidit de calcul de Pnople.

- Whaou ! T'es forte en calcul mental.

- Si on veut, disons que le module calcul est pratique...

Je souris.

- OK, donc ils seraient partie d'Adama en 11830.

- Le Libre Choix c'est en 11749. a fait quatre-vingts ans
plus tard. C'est bizarre on devrait avoir une trace si c'est
si rcent.

- a fait combien de temps en annes de chez moi ?

Je suis un peu perdu avec toutes ces dates astronomiques.

- 794 annnes d'Adama, 1480 ans environs.

- Ok. C'est cohrent avec le contenu des cahiers mais 
mon avis il y avait dj des hommes sur Terre  ce moment.
Nous avons des contructions humaines bien plus anciennes
que a.

- C'est peut-tre des faux ?

- Il existe des monuments qui datent de plus de quatre mille
ans, de grandes pyramides, qui psent plusieurs millions
de tonnes et dont l'ge a t dtermin par de nombreuses
mthodes. C'est difficile de croire que de tels monuments
on t cre a postriori juste pour le plaisir.

- Pas vraiment pour le plaisir, pour rendre l'opration
plus crdible.

- Mais c'est immense, comment auraient-ils pu faire ?

- Tu es prt  croire que des hommes sans aucune technologie
aurait t capables de leurs mains de les riger, et tu
n'es pas dispos  admettre que les artificiels l'aient
pu, eux qui sont capables de dplacer une plante sur son
orbite, de transformer une monde dsole comme Stycchia
en paradis verdoyant, ou encore de crer des stations orbitales
de plusieurs centaines de kilomtres, et qui psent elles
des milliers de milliards de tonnes !

- Oui tu as raison, aprs tout...

Elle reste dans mes bras, et nous nous endormons doucement
en regardant Adama dfile...

- Alors, vous avez pas trouv ou dormir dans cette cage
 poule !

Nous sommes rveills en sursaut. Pnople se lve, apparemment
gne qu'on l'ai surprise dans cette position. Erik nous
salue chaleureusement.

- Erik, mince, je voulais all te recevoir, j'avais demand
 Samarane de me rveiller.

Erik rigole :

- Oui il m'a dit. Mais comme tu tais endormi il n'a pas
os te rveiller, il a bien fait. Les autres sont arrivs
?

Je m'tire et reprends mes esprits, je m'tais vraiment
bien rendormi. Je reprends un air grave.

- On a un problme, Naoma a disparu.

Erik fronce les sourcils, il parle en anglais :

- Disparu ?

Je poursuis en anglais.

- Oui, elles est bien partie de Stycchia mais ils sont incapables
de dire o elle est atterrie. Apparemment leur systme 
t pirate et ils n'ont pas de moyens de savoir o elle
se trouve.

- Qu'est-ce que c'est encore que ces histoire, c'est pas
croyable ! Mais ? Qu'est-ce qu'on peut faire ?

- Bah tu sais ds qu'il s'agit de leur artificiels ils ne
sont pas trs dgourdis. Iurt essaie d'acclrer les choses
pour qu'on passe devant le Congrs au plus vite, en esprant
qu'il puisse en dire plus. Mais c'est pas super bien barr,
ils n'ont jamais eu trop de soucis avec leur tlporteur
et font une confiance aveugle aux artificiels, et comme
personne n'est au courant de comment ils fonctionnent, c'est
un peu le flou total.

Erik parle de nouveau dans la langue de Pnople.

- Quand va-t-on voir le Congrs ?

Pnople rpond :

- Nous devions exposer le problme dans deux semaines, puis
ensuite y retourner au gr des volutions. Peut-tre que
Iurt pourra nous faire passer plus tt s'il arrive  convaincre
Guewour.

Erik fait la moue :

- On peut rien faire quoi... Mais ils sont o ces artificiels,
il y a bien des machines, des composants ?

C'est Samrane qui rpond :

- Nous sommes rpartis dans l'ensemble des tlporteurs
d'une part, l'ensemble des bracelets, et sur de nombreuses
plantes non habitables o nous trouvons les matires premires
ncessaires  notre fonctionnement et notre entretien. Mais
nous ne sommes que de la puissance de calcul, depuis le
dbut nous n'avons volu que pour servir les hommes, nous
n'avons d'autre but que celui-ci.

Je reste perplexe :

- De toutes faons je te vois mal dire le contraire...

Pnople semble curieuse.

- Mais Samrane pourtant chaque vaiseaux par exemple a sa
propre conscience, or tu sembles dire que vous n'tes qu'une
seule et mme machine ?

- Il y a beaucoup de conscience artificielle indpendante.
Chaque bracelet en est une, mais quand la connexion le permet,
nous pouvons rflchir comme un tout, nous sommes plusieurs
et un seul  la fois.

C'est encore buggu ces machines :

- Mouais, mais en ce qui concerne retrouver Naoma, vous
tes autant incapables  plusieurs que tout seul.

Samrane ne rpond pas. J'ai faim.

- En attendant djeunons, Erik t'a srement pas trs faim
mais moi j'ai une faim de loup. 

Pnople reste silencieuse un instant puis nous confirme
qu'Ulri va se joindre  nous, Guerd dort encore, et Moln
sera l d'ici  la mi-journe.

- Et Iurt ?

- Il est dj partie sur Adama ce matin. Nous le rejoindrons
ds que Moln arrive.

Ulri arrive quelques minutes plus tard, nous le saluons
tous. Pour se saluer la rgle ici c'est de se faire une
accolade, plus ou moins longue suivant le degrs de relation
entre les deux personnes. Nous mangeons des petits batonnets
sals, souvenir d'une forme de mets que mangeaient les hommes
d'Adama il y a bien des millnaires.

C'est vraiment frustrant de devoir rester l impuissant.
Mais qui donc peut bien m'en vouloir. Et pourquoi prendre
Naoma ? Pour me tendre un pige, pour me provoquer, pour
me forcer  faire quelque chose ? Comment saurai-je, en
plus, la prochaine fois que je la vois si ce n'est pas un
virtuel, un guet-apens ?...

Suite au petit-djeuner, nous prenons tout de mme le temps
de faire visiter la station  Erik, dans l'attente de Moln.
Avec des abeilles nous faisons le tour complet de la surface,
ce qui fait tout de mme une ballade de plus de cinquante
kilomtres. Erik est comme moi impressionn de trouver un
tel paysage campagnard dans une station spaciale.

Finalement Moln arrive et Iurt, qui avait dj prvu avec
Samrane notre dpart pour Adama, lui laisse tout juste le
temps d'arriver et de nous rejoindre dans le vaisseau qui
nous emmne vers la plante-mre. Nous montons tous dans
des petites bulles ou nous sommes confortablement assis
et attachs. Ensuite ces bulles sont toutes rcupres sur
une sorte de grappe gante qui part avec les bulles pleines
du moment, c'est un peu comme un mtro, si on arrive trop
tard il faut prendre le suivant. Dans la bulle j'ai une
surpimpression virtuelle du paysage, et la rentre dans
l'atmosphre est impressiante, mme si un peu chaotique.

La descente vers Adama est pourtant assez longue, il nous
faudra bien deux de leur heures, enfin l'quivalent, ce
qui fait environ une heure trente de chez nous. Nous arrivons
finalement, et les petites bulles sont dcharges pour glisser
jusqu' s'ouvrir dans un large couloir en haut d'une immense
pyramide qui surplombe une ville immense. Des milliers de
petits vaisseaux et surtout d'abeilles virevoltent dans
tous les sens, sans doute sous le contrle d'un artificiel
bienveillant s'assurant qu'il n'arrive aucun accident.

Je suis un peu perdu et je prfre rester l en attendant
que Pnople me rejoingne. Elle arrive cinq minutes plus
tard avec Erik, nous retrouvons rapidement Moln, Guerd et
Ulri et Pnople nous dirige vers l'endroit o nous allons
rsider, une sorte d'hotel rserv gnralement aux personnes
qui vont parler au Congrs. Il y a un monde fou, pour la
premire fois depuis notre arrive dans la Congrgation
je ressens ma lgendaire agoraphobie. Il y a des gens de
partout, qui bougent dans tous les sens, des abeilles, des
vaisseaux, des gens qui marchent... Par trois fois je reste
curieux devant des sortes de magasins tranges et je manque
de perdre le groupe. Tellement que Pnople, nerve, me
prends par la main et m'interdit d'aller  droite  gauche.

Nous prenons trois abeilles bi-places et en trente minutes
nous sommes dj dans notre suite royale  l'hotel. L'htel
n'est pas si dmesur, et il est beaucoup plus calme que
la frnsie extrieure. Je choisi une chambre avec Pnople,
Guerd arrive  convaincre Erik d'aller avec lui, et Moln
et Ulri prennent chacun une chambre. Quelques minutes plus
tard Iurt arrive, et nous nous installons tous dans les
confortables siges pour couter son compte-rendu. Malheureusement
il n'a pas beaucoup progress. Nous ne passerons pas plus
tt devant le Congrs,  savoir dans une dizaine de jours,
et Guewour pas plus que les autres personnes  qui il en
a parl n'ont d'ides claires sur les tenants et les aboutissants
de cette affaires.

Iurt continue en expliquant diverse conversations qu'il
a eu avec des personnes que je ne connais pas du tout mais
qui sans doute doivent tre importantes ou au moins connues.
Je le coupe finalement, lass par leurs histoires interminables
:

- Bon, comme apparemment on ne peut rien faire, je vais
aller faire un tour. Tu viens Erik ?

Pnople me lance des regards noirs, Erik acquiesce et se
lve, nous partons avant mme que Guerd n'ait pu faire le
dur choix de rester avec eux ou de venir avec nous.

Pnople ne bouge pas, sans doute hors d'elle de mon manque
de politesse, elle crie :

- Et vous allez o ?

- Boah, nous ballader, de toute faon on a nos bracelet
enfant, alors vous n'aurez pas de mal  nous retrouver,
et puis c'est vous qui grez l'affaire, pas vrai ?

Nous prenons rapidement le couloir avec Erik pour nous diriger
vers une plate-forme o nous voulons emprunter deux abeilles.
Je lui fait part de mon nervement :

- Ils commencent  me prendre un peu la tte avec leur fatalisme
 deux balles.

- Oui, c'est vrai que question initiative c'est pas des
flches

Nous arrivons sur la terrasse, mais nos bracelets ne nous
le permettent pas d'emprunter des abeilles, alors nous descendons
jusqu' pouvoir sortir dehors. Mais il y a pas vraiment
de dehors, tout n'est qu'un enchevtrement de btiments
les uns sur les autres, il n'y a mme pas vraiment de sol,
il semble que l'on puisse toujours descendre plus bas. Il
y a vraiment des gens de partout, principalement qui discutent
entre eux. Adama doit tre une sorte de point de rencontre
gant o les gens se donne rendez-vous pour se voir.

Toutefois si notre intention d'essayer de trouver quelque
chose est louable, il est assez difficile de savoir par
o commencer. Finalement je prends la dcision de demander
 deux personnes qui discutent :

- Bonjour, excusez-moi, pourriez-vous me dire o sige le
Congrs ?

La personne me regarde d'un air interrogatif, puis regarde
mon bras :

- Euh, oui, mais ? Votre bracelet ne marche pas ? Mais,
c'est un modle enfant ?

Ah j'avais oubli ce dtail.

- Et bien oui,  vrai dire nous n'avons pas encore de modle
adulte.

Soudain la personne se recule de quelques pas.

- Mais, qui tes-vous, je ne comprends pas ? Je n'ai pas
de donnes sur vous ?

Erik prend la parole :

- Nous ne faisons pas partie de la Congrgation, nous devons
justement passer devant le Congrs  ce sujet.

L'homme semble devenir moins mfiant.

- Ah oui trs juste, mais vous ne devez comparatre que
dans dix jours, pourquoi voulez-vous y aller tout de suite
?

Erik poursuit :

-  vrai dire ce n'est pas notre seul problme, une de nos
amie a disparu lors d'une tlportation, et nous cherchions
qui pourrait nous renseigner plus sur le sujet.

- Mais, Iurt, Pnople et Guerd ne peuvent-ils pas vous
aider ?

Je suis surpris :

- Vous les connaissez ?

- Non pas du tout mais ils sont indiqus comme tant vos
responsables.

Erik marmone en anglais.

- Dcidment, c'est vraiment de la saloperie ces trucs.

Je continue :

- Oui mais ils sont un peu occup et stress, et nous voulions
juste allez voir o se trouve le Congrs, et peut-tre discuter
avec des personnes qui pourraient nous en apprendre un peu
plus.

- Ah oui a les bracelets enfants c'est pas pratique, toujours
oblig de demander aux adultes de l'aide, mais aprs tout
c'est l'objectif souhait. Je peux vous y accompagner, qu'est-ce
que tu en penses, Hur, a nous fera une balade.

Rencontres
----------



Son compagnon, silencieux jusqu'alors, approuve. Nous marchons
avec eux et ils commencent  nous poser de multiples questions,
d'o nous venons, comme est notre monde, o trouve-t-il...
Nous arrivons finalement  une extrmit du btiment, d'o
je me rends compte qu'en contrebas il y a encore des centaines
de mtres d'immeuble, de parcs, jusqu' un hypthtique sol
invisible. Ils prennent chacun une abeille biplace et nous
nous sparons Erik et moi. La personne que j'ai interroge
s'appelle Rono, Erik est avec elle, quant  moi je suis
avec Hur. Rono nous parle  tous les trois via notre bracelet
pour nous expliquer les diffrents monuments et endroits
que nous survolons.

Une dizaine de minutes, puis nous arrivons en vue d'une
grande zone ou le ciel est dgag, quelques minutes plus
tard je decrouvre que cette zone est un immense parc. Nous
nous posons  l'entre. Rono poursuit ses explications :

- Voil le Congrs.

Erik est surpris :

- C'est un parc ?

Rono prcise :

- Pas exactement, au centre se trouve l'amphithtre ou
les membres du Congrs discutent. L'emplacement est entour
par un trs grand parc o ils peuvent se promener pour rflchir.
La zone est protge et on ne peut pas la survole. De la
mme faon on ne peut entrer dans la zone sauf si suffisament
d'avis nous en donnent l'autorisation.

Hur prcise :

- Je ne sais pas si vous connaissez un peu l'histoire d'Adama,
mais le Congrs a lieu sur l'emplacement de l'ancienne place
d'Eryas.

Je me remmore le rcit de Pnople :

- La place o a t crucifi Guerrok !

- Exactement.

Erik ne comprends pas ?

- C'est qui Guerrok ?

Je prends cinq minutes pour lui raconter l'histoire des
reptiliens et de Guerrok, lui promettant de lui faire une
version plus dtaille un peu plus tard. Nous marchons ensuite
sur le pourtour du parc, Rono dtaille les diffrentes tapes
de la contruction et de la mise en place du Congrs, mais
je suis plus intress par savoir comment all interroger
les personnes  l'intrieur ?

- Vous y serez dans dix jours, en attendant vous ne pouvez
pas faire grand chose pour acclrer les choses. Ici se
rglent les problmes de trois cent soixante milliards de
personnes, ne soyez pas aussi impatient.

Erik marmone toujours en anglais :

- Toujours le mme merdier quoi...

Rono est tonn de ne pas avoir les rfrences de la langue
employe par Erik, je lui explique succintement que notre
monde ne fait pas partie du tout de la Congrgation et que
par consquent il est normal qu'il n'ait aucune information
au sujet de nos langues. Rono pensait simplement que nous
venions de l'une des rares plantes qui avaient refus l'intgration
dans la Congrgation et qui continuaient  avoir un fonctionnement
autonome.

Nous passons ensuite quelques heures  nous promener autour
du congrs, l'endroit est agrable et moins mouvement que
les environs de l'htel. Nous nous arrtons sur un banc
pour manger une sorte de pain au chocolat du coin, tout
en racontant  Rono et Hur le dtail de nos aventures. Ils
n'ont pas beaucoup plus d'ides sur l'origine du problme
et d'ventuels moyens d'en trouver un claircissement. Tout
marche tellement bien ici, il y a vraiment aucune raison
de savoir les dtails des engrenages. Toutefois je ne comprends
pas bien l'utilit du Congrs si tout marche si parfaitement
:

- Mais quel genre de problmes sont prsents au Congrs,
alors ?

Hur rpond :

- Les principaux dbats du Congrs sont souvent des dbats
conceptuels, qui a le droit de quoi, o sont les limites
de la citoyenet, l'analyse des diffrentes priodes du
pass, les ides et recommendations pour le pouvoir et le
contrle sur les artificiels, les comptes-rendus des dernires
dcouvertes techniques...

Erik rtorque :

- Ce ne sont pas vraiment des problmes.

- Non, trs juste, mais il arrive aussi frquemment que
des litiges ne trouvent pas de solution avec les avis locaux,
et ncessitent une rflexion plus globale...

Je le coupe :

- Un peu comme notre cas.

- Votre cas est un peu extrme, souvent les problmes restent
des situations banales internes  la Congrgation qui n'ont
pas de solution simple. Le cas des plantes rebelles est
un autre exemple.

Je me rappelle ce dont m'avait parl Pnople.

- Ah oui ces plantes o vont les jeunes et qui veulent
leurs propres rgles ?

- Oui, pour tre plus prcis c'est un peu plus complexe
que a. Voil des dizaines si ce n'est des centaines d'annes
que le groupe des plantes rebelles existent. Elles ont
toujours dclenches des dbats enflammes au Congrs, mais
la situation s'tait un peu calme depuis que Gwenola tait
devenue leur reprsentante. Sa diplomatie et son calme avait
rendu les choses beaucoup plus raisonnables. Mais dernirement
il semble qu'une personne des plantes rebelles ait enfrain
de manire trange plusieurs rgles, et c'est pour claircir
cette affaire qu'elle comparait devant le Congrs ces jours-ci.

Rono complte :

- Oui cette affaire, plus par son caractre exceptionnel
et un peu hors du commun que par son rel fondement j'imagine,
est une des raisons de toute l'agitation d'Adama ces derniers
jours. Et l'affaire se poursuivant par votre cas, peu commun
lui aussi, ca suffit  mettre la plante en effervescen...

Rono s'arrte un instant, puis reprends :

- Je viens d'avoir un appel de Pnople, elle vous demande
de rentrer si possible rapidement  l'htel, car Guewour
ainsi que plusieurs autres membres du Congrs voudraient
s'entretenir avec vous.

Hur semble satisfait :

- Oui ce serait une bonne ide que nous rentrions, nous
avions donn rendez-vous  Mathi en fin d'aprs-midi, et
elle m'a laiss un asym tout  l'heure pour me dire qu'elle
ne tarderait pas.

Rono confirme :

- Parfait, repartons alors. J'imagine que vous souhaitez
que nous vous ramenions ?

Je confirme :

- Dans la mesure o nous ne pouvons pas emprunter d'abeilles,
ce serait trs gentil  vous, oui.

Quelques secondes plus tard, deux abeilles biplaces vides
viennent se poser  quelques mtres de nous. Comme pour
l'aller, je monte avec Hur et Erik avec Rono. Rono vole
doucement  une dizaine de mtres du sol devant nous, Hur
le suit tranquillement  une quinzaine de mtres derrire.
Nous volons en-dessus d'une immense alle bonde de monde,
en contrebas se distinguent d'autres alles tout aussi frquentes.
Les alentours plats et calmes du Congrs sont vraiment l'exception
car rapidement se dressent des pyramides et des immeubles
de verre immenses et innombrables.

L'atmosphre n'est pourtant pas celle d'une grande ville
comme nous les connaissons. Il n'y a pas de pollution, beaucoup
moins de bruit, juste le brouhaha de la foule et des abeilles
qui virevoltent. Tout est plus lumineux, il y a des arbres
et des plantes de partout, c'est un peu comme un village
en trois dimensions, avec plein d'alles sympathiques sur
tous les niveaux. Mais il y a du monde, tellement de monde,
des gens qui promnent de partout, ou qui discutent assis
sur un banc ou dans l'herbe. C'est vraiment toujours impressionnant
de ne voir presque que des personnes jeunes et belles. On
se croirait  l'intrieur d'un campus universitaire gant,
ou tout le monde vit d'insouciance et n'a d'autre soucis
que de planifier sa soire ou son aprs-midi de libre avec
ses amis...

Je me demande bien ce qui motive tous ces gens, ces deux
jeunes filles pulpeuses et superbes qui ont peut-tre cent
fois mon ge, ou encore ce groupe en train de jouer  je
ne sais quoi dans l'herbe, ou bien cette brune qui...

Je m'crie :

- Bordel ! Arrtez-vous ! Posez-vous ! Posez-vous !

J'empoigne Hur, il crie :

- Non mais a va pas ! Calmez-vous ! Vous perdez la tte
ou quoi, cessez ou je vous...

Il n'a pas le temps de faire quoi que ce soit, avant qu'il
ne puisse utiliser son bracelet pour m'immobiliser, je lui
attrape le bras et lui retire rapidement.

Il hurle :

- Mais vous tes compltement fou !  l'aide !

En lui retirant son bracelet, l'abeille est passe en mode
automatique et s'est stabilise en vol stationnaire. Hur
se dbat, mais il n'est pas bien incisif, j'enfile son bracelet
mais son accs ne m'est pas autoris. J'ordonne  l'artificiel
de l'abeille de nous poser. Pendant ce temps Rono a eu le
temps de faire demi tour. Notre abeille descend lentement,
 quelques mtres du sol je tente de me dtacher mais trop
tard, je suis paralys, je ne sais pas si c'est l'abeille
ou Rono, ou encore des membres de la foule de personnes
qui s'est forme au sol pour nous regarder. Je rage intrieurement.
Si seulement... Mais impossible, je ne peux plus bouger.

De toute vidence c'est l'abeille qui m'a immobilis, elle
me rend l'usage de mes jambes pour l'atterrisage de faon
 ce que je ne tombe pas brutalement par-terre. C'est ma
chance ds que l'attache se dmatrialise je pars en courant
tout de suite vers la brune que je n'ai pas lche des yeux.
Elle tait un peu plus loin et s'tait rapproche pour voir
ce qu'il se passait. Quand elle me reconnait elle part sur
le champ en courant. Mais je suis terriblement handicapp
je ne peux pas boug tout le haut de mon torse, mes bras
y compris. Heureusement de m'loigner de l'abeille son effet
doit diminuer et je retrouve progressivement l'usage de
mes membres en courant  toute vitesse en bousculant les
gens.

Elle court vite la brougresse, c'est vrai que j'avais oubli
qu'ils avaient quelques aptitudes au sprint dans le coin.
Toutefois j'ai moi-aussi un de leurs corps amliors, et
il n'y a pas de raison qu'elle me distance. Je DOIS la rattraper
!

Peine perdue, je m'tale lamentablement par terre quelques
secondes aprs cette bonne parole, compltement immobilis,
j'ai juste eu le rflexe de me protger avec mes avant-bras
quand j'ai senti que je perdais le contrle. Ils sont tous
deux en sang. J'aperois les pieds de Rono et d'Erik qui
se posent  un mtre de moi. Je ne peux pas tourner la tte.

Putain de putain de PUTAIN !

Je soupire en moi...

Erik est le premier  parler :

- Je ne la vois plus, je ne pourrais pas la rattraper, c'tait
qui ?

Rono m'informe qu'il m'a rendu l'usage de la parole.

- C'est la nana qui m'a sauv plusieurs fois sur la Terre.

Erik est surpris, il s'exclame :

- Ah oui ! Enfin un indice ! a veut dire que...

Rono le coupe :

- a veut dire que vous tes dans de sales draps, mon jeune
Ylraw, je ne crois pas que vous ayez la moindre chance d'tre
admis dans la Congrgation avec de tels comportement, en
tout cas moi, je m'y opposerai !

Hur arrive  ce moment l :

- Mais qu'est ce qu'il vous a pris ? Pourquoi ne pas m'avoir
expliqu calmement que vous vouliez voir une personne, je
vous aurez laisser descendre, votre comportement est vraiment
brutal et irrflchi !

Je sens Erik bouillonner :

- OK d'accord il a t trs mchant, on peut rentrer maintenant
?

Rono proteste :

- Mais vous ne vous rendez vraiment pas compte, ce qu'il
a fait est inconcevable, c'est de la barbarie  l'tat pur.

Moralit, je me fais sermoner pendant dix bonnes minutes,
Erik tout autant pour avoir pris ma dfense. Une personne
nous coupe.

- Laissez, je m'occupe d'eux.

Aille... Pnople, je pense que a va mal se passer...

Dans la chambre de l'htel...

- Mais tu es compltement DBILE ! Et inconscient ! Qu'est-ce
que tu as dans la tte bon sang !

Elle hurle.

- Je reconnais que j'aurai d tre plus tendre avec Hur,
mais il n'y a pas mort d'homme, et puis a lui a donn l'occasion
 d'avoir quelques scrtions d'adrnaline, a doit faire
bien longtemps que a ne lui est pas arri...

- Tais-toi ! Tu dis n'importe quoi ! Ici les choses ne se
passent pas comme a ! Il y a des rgles de respect envers
les gens, pas comme dans ton monde de brutes o tout le
monde tue tout le monde ! Ici il n'y a PAS de violence !

- Mais c'tait la fille quitait sur la Terre ! C'est quand
mme extraordinaire ! a veut dire qu'il y a un lien, quelque
chose !

- Et c'est une raison pour provoquer un scandale et ton
cloisonnement ici ? C'est sr que maintenant tu vas aller
beaucoup plus loin, bloqu ici jusqu' ta comparution, bravo
! Belle initiative !

Pnople a raison, ce n'est pas trs malin.

- Je suis dsol Pnople, mais j'tais tellement content
d'enfin trouver un indice, j'ai pas rflchi, c'est vrai,
j'ai... Je... Tu m'en veux ?

Elle retient un cri :

- Mrrr... Si je t'en veux ?! Non pas du tout, pas du tout
DU TOUT ! Je suis d'ailleurs trs contente que tu n'aies
plus qu'une chance infime d'intgrer correctement la congrgation,
de toute faon je te dteste alors a tombe bien, tout comme
je suis ravie de te voir bloquer ici avec les avant-bras
en sang... Mais regarde-toi...

Elle est dsol. Elle ouvre une petite trappe dans le mur
et sort une sorte de serviette qu'elle me jette. Elle prend
une voix toute fluette :

- Je peux mme pas te soigner tellement je t'en veux...

Je prends la serviette et je m'essuie les bras avec, c'est
vraiment magique, la serviette est recouverte d'une sorte
de pte un peu gluante qui reste sur la peau, calme la blessure
et rgnre l'piderme. Il me suffit en fait simplement
de laisser mes deux bras poss dessus pour sentir la serviette
me gurir. En queqlues minutes mes deux balafres ne sont
plus qu'un souvenir. Elle me regarde avec un air triste
:

- Mais pourquoi tu as fait a, pourquoi t'es si impulsif...
Ah Franois...

Je relativise :

- a va c'est pas la mort non plus, il a rien eu Hur, je
suis encore jeune aprs tout...

Pnople se remet dans une colre noire :

- Le pire c'est que tu te rends pas compte. Ce que tu as
fait est TRS TRS grave ici !

- Bien, je tcherai de rflchir un peu plus la prochaine
fois.

- Contente de te l'entendre dire.

- Mais ils ne sont pas trs efficaces vos artificiels, pourquoi
ne m'a-t-il pas immobilis avant mme que je fasse quoi
que ce soit. J'aurais eu le temps dix fois d'trangler Hur
?

- Tu ne le voulais sans doute pas. L'arficiel de l'abeille
ne voit pas directement. Il voit par tes yeux et ton esprit.
Tu ne devais pas avoir d'animosit envers Hur, tu voulais
juste te poser. Je pense qu'il a fallut que Hur soit pris
de panique pour qu'il comprenne qu'il devait intervenir.

- Mouais.

- Mais ne change pas de conversation. Tu crois que a me
fait plaisir de te savoir coinc l pendant dix jours, moi
qui voulait te balader sur Adama ? T'es vraiment pas sympa...

Je me lve et m'approche doucement de Pnople, elle rsiste
un peu mais se laisse prendre dans mes bras.

- Je suis dsol, Pnople, je ne voulais vraiment pas te
faire de la peine, j'tais tellement exit  l'ide de pouvoir
attraper cette fille.

- Il y a d'autres moyens tu sais, tu n'es pas obliger de
courir aprs quelqu'un pour avoir des info sur lui ici.

Je me retire un peu, intrigu :

- Ah ? Comment peut-on faire ?

- On peut tout simplement interrog le bracelet pour savoir
qui est la personne, en pensant  elle.

- Je peux faire a, moi ?

- Non, mais moi je peux le faire pour toi.

- Mais tu ne l'as pas vue ?

- Sauve l'image dans ton bracelet et donne la moi.

Je pense  cette fille, transmets les diffrentes images
d'elle que j'ai, ainsi que mes souvenirs d'elle sur Terre,
et stocke tout a dans le bracelet. En les regardant de
nouveau, je m'aperois qu'il est trs dur d'avoir une image
nette du visage, la silhouette et les traits sont  peu
prs l, mais je suis incapable de me rappeler correctement
de la forme de la bouche, du nez, c'est plus une image floue
qu'une relle photo. Pnople me rassure que c'est la forme
que prenne la plupart des reprsentations mentale de personnes,
et que les artificiels arrivent souvent  reconstituer l'image
relle rien qu'avec ces informations. Elle se connecte 
mon bracelet et les rcupre, puis reste silencieuse quelques
minutes.

- Non, je ne trouve rien, je vais rcupr la mmoire de
ton bracelet, pour avoir l'image exacte lorsque tu l'as
vue tout  l'heure.

Je vois virtuellement Pnople rechercher dans les archives
de mon bracelet, et faire dfile les images que j'ai vue
par mes yeux  l'envers  partir de l'instant prsent. C'est
vraiment formidable, je reste toujours sidr devant cette
incroyable prouesse. Tout le monde doit avoir une mmoire
parfaite avec de telles fonctionnalits. Elle s'arrte au
moment ou j'aperois la fille aprs mon atterrisage, Mais
l'image est vraiment aussi suscinte. Je lui conseille d'aller
un peu plus en arrire au moment o le l'apercois de l'abeille.
L'image est un peu mieux mais reste assez rapide.

- Non, pas mieux. Pourtant les images taient quand mme
pas trop mauvaises. Pas suffisantes on dirait. Dsol...
J'ai parl trop vite...

- Je ne peux vraiment pas sortir ?

Je me dirige vers la porte de la chambre, mais je reste
immobilis  quelques mtres. Un voix intrieure me previens
que je ne dois pas tenter de sortir jusqu' nouvel ordre.
Une force me fait ensuite reculer et faire demi-tour.

- C'est mieux foutu que dans les chalets, l-bas  chaque
fois on se retrouvait les fesses par terre.

- On volue toujours, tu sais.

- "Ils" voluent.

- Oui si tu veux. Erik vient.

Quelques secondes plus tard la porte devient transparente
et Erik la traverse. Il me parle en anglais :

- Bon alors, t'as eu ta fesse ?

- M'en parle pas, je suis bloqu ici.

- Tu veux dire que tu n'as pas le droit de sortir, oh c'est
con. Ils sont vraiment paranos.

Pnople intervient, elle parle dans sa langue :

- De toutes faons Guewour et deux autres personnes du Congrs
veulent s'entretenir avec lui, alors il ne bougera pas jusque
l.

Je suis surpris :

- Depuis quand tu comprends l'anglais toi ?

- Je ne le comprends pas, mais j'ai lu vos images mentales
pendant votre conversation.

Erik ronchonne, toujours en anglais :

- Putain quelle merde ces trucs.

Pnople, coeure :

- Aaaah, Berk.

Erik sourit. Je comprends qu'il a d penser  quelque chose
de bien immonde pour se venger de Pnople. Il redevient
srieux.

- Et quand est-ce qu'il doit les voir les charlots ?

Pnople rpond :

- Ce soir ou demain matin.

- C'est con que tu n'es pas de photos de cette nana, j'aurai
pu aller parcourir les rues en attendant. Retrouver des
gens, je sais faire.

Pnople hausse le ton :

- Il a des images mentales d'elle, mais il est hors de question
que tu fasses quoi que ce soit. a suffit dsormais, tu
n'es pas assign  rsidence mais tu restes ici. Personne
ne sort de cet appartement sans mon autorisation.

Guerd entre  ce moment l.

- Mme pas pour m'accompagner faire une promenade ?

Pnople la regarde avec un regard noir :

- Oui, mme pas.

Erik et moi avons le mme rflexe, et nous disons tous les
deux "oui maman", avant de nous apercevoir que nous avons
eu la mme ide au mme moment et nous clatons de rire.
Pnople est dsespre.

- Vous tes vraiment des gamins !

J'ai envie d'en rigoler mais en mme temps je suis bless
qu'elle s'accroche tellement aux procdures alors que j'ai
enfin trouver un espoir de faire le lien. Je dis d'une voix
calme :

- Finalement ce qui t'intresse c'est qu'on reste sage pour
que tu n'ais pas d'histoire, qu'on trouve enfin l'espoir
de retrouver d'o nous venons tu t'en fous...

Elle se retourne vers moi et me regarde un instant sans
rien dire, puis finalement :

- Tu comprends vraiment rien...

- Non effectivement, je ne comprends pas pourquoi tu t'acharnes
sur des dtails alors que cette fille est pour l'instant
la seule personne qui peut nous apporter des rponses.

Guerd tire doucement Erik qui rsiste un instant puis se
laisse finalement faire, nous nous retrouvons de nouveau
seul. Je suis assis sur le lit, Pnople debout devant moi.
Elle se recule et s'assoit dans un fauteuil, me regarde
d'un air dsol :

- Tu m'coutes pas. Tu crois que je suis l  te sermoner
pour le plaisir ? Tu crois que je suis satisfaite de voir
bloquer ici, tu crois que je suis contente de savoir que
le Congrs va prendre ce que tu as fait comme un signe flagrant
d'immaturit et d'associalit ? Tu crois que ne n'ai pas
envie de t'aider, de parcourir les rues  la recherche de
cette fille ? Tu ne comprends pas que j'essaie juste de
faire en sorte que tu puisses continuer  chercher des indices,
sans tre pieds et poings lis ?

Elle a un sursaut dans la voix. Elle reste silencieuse,
retient une larme. Je n'ose pas me lever pour aller la rconforter.
Elle se contrle et reprends une voix grave :

- Tu penses que j'aprcie que des dizaines de membres du
Congrs soient en train de me regarder tenter de te raisonner,
tu crois que a me fait plaisir d'tre l comme un pantin
ridicule ? Tu crois pas plutt que je devrais me barrer
devant tes conneries stupides !

- Ils nous regardent ?

Elle clate en sanglot :

- Bien sr qu'ils nous regardent, bien sr que depuis que
tu as fait ton hros ils ont les yeux rivs sur toi, et
sur moi, alors que je voudrais juste pouvoir te soigner
et te prendre dans mes bras. Mais non tu t'obstines, tu
comprends pas qu'avec un peu de bonne volont ils auraient
pu relcher leur attention...

Finalement elle se lve et se dirige vers la sortie :

- Dbrouille-toi.

Je me lve rapidement pour essayer de la retenir avant qu'elle
ne passe la porte, mais trop tard. Pourtant dans mon lan
je la passe moi aussi et l'attrape par le bras dans la pice
principale. Je ne comprends pas, je me regarde et me tourne
vers la porte, tonn.

- Il est buggu leur truc.

- Comment tu as fait a !

Pnople est panique et trs nerve :

- Qu'est-ce que tu as fait ? Comment tu as fait ? Pourquoi
es-tu sorti !

- Eh calme-toi ! J'ai rien fait moi, c'est votre machin
qui marche plus !

Erik sort de sa chambre, suivi quelques instant plus tard
par Guerd, de toute vidence ils profitaient de leur temps
libre. Erik est surpris de me voir :

- Tu peux sortir ?

- Oui on dirait.

- Et est-ce que je peux sortir de l'appart ?

Je me dirige alors d'un pas dcid vers la porte de l'appartement.
Pnople m'interpelle de ne pas le faire, mais je suis coup
par six personnes qui rentrent. Je reconnais Guewour en
tte, suivi de deux autres personnes que je ne connais pas,
puis de Moln, Ulri et Iurt :

- Nous ne vous le conseillons pas, pour l'instant en tout
cas. Nous aimerions nous entretenir avec vous.

Pnople demande :

- Pourquoi vous l'avez laiss sortir de la chambre ?

Une autre personne, sans doute un membre comme Guewour du
Congrs, lui rpond :

- Nous avons besoin de nous entretenir avec lui en toute
discrtion.

Guewour interroge Iurt :

- Est-ce que nous pouvons utiliser votre chambre ?

Iurt acquiesce. Guewour me demande alors de retirer mon
bracelet. Je m'excute et le pose sur la table basse. Lui
et un de ses deux collgues font de mme, ils m'invitent
ensuite  aller dans la chambre de Iurt. Pnople commence
 me suivre, mais la personne reste la retient :

- Nous prfrons limiter le nombre d'intervenants, si vous
pouviez rester ici.

Jour 198
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Elle est trs dcontenance. Erik ne demande mme pas et
s'installe dans un fauteuil, Guerd fait de mme. Pnople
questionne Iurt alors que je rentre finalement dans sa chambre
en suivant Guewour et l'autre homme. Ils m'invitent  m'asseoir
dans un fauteueil, se contentant eux de s'asseoir sur le
lit. Guewour est d'apparence un peu g, son camarade, Yamwreq,
est un jeune homme noir qui ressemble un peu  Erik, un
peu plus grand encore peut-tre, Erik l'tant dj pas mal.
Mais je sais trs bien que leurs ges peuvent tre dj
de plusieurs millnaires. Ils restent silencieux un instant.
Puis Guewour parle enfin :

- C'est bon Iurt a scuris.

Je suis tonn de la procdure :

- Mais, on peut de cette faon avoir des conversations secrtes
en enlevant le bracelet, celui-ci ne va pas tout rcuprer
quand je vais le remettre ?

Yamwreq m'explique :

- Enlever le bracelet n'est en effet pas suffisant pour
bloquer une conversation. Toutefois traditionnellement deux
personnes voulant avoir une discussion importante souvent
retire leur bracelet par marque de respect vis--vis de
leur interlocuteur, sous-entendant qu'elle se consacre exclusivement
 la discussion. Dans le cas prsent, nous avons rcupr
suffisamment d'avis,  grande peine d'ailleurs, pour effectivement
pouvoir garder cette conversation secrte.

Guewour reprend la parole :

- De nombreux lments nous laissent  croire que certaines
informations importantes pour la Congrgation sont tenues
secrtes par des membres du Congrs qui ont des accords
tacites avec les artificiels.  vrai dire c'est suite 
notre premire entretien, sur Stycchia, que j'ai tent de
comprendre l'impossible problme de votre arrive non rpertorie,
et que j'ai but  des incohrences et des des rticences
nouvelles. J'en ai alors parl  Yamwreq, en qui j'ai entire
confiance, et nous avons tenter, vainement, de trouver l'origine
de cette dfaillance. Il y a quelques jours, avec la disparition
de votre ami, nous avons pu de nouveau mettre  l'preuve
notre confiance vis--vis des artificiels, alors nous tions
une dizaine  mener notre enqute.

Yamwreq continue :

- Tout a rellement basculer quand vous avez rencontr cette
fille en dessus de Mirinas, ce matin.

Guewour confirme :

- En effet cette fille n'a aucune rfrence, d'autre part,
encore plus troublant, certains de nos collgues sont persuads
de l'avoir dj vue en compagnie de personnes importantes
du Congrs, mais, chose encore plus trange, personne n'est
capable d'en donner une image claire, systmatiquement son
image est comme floue et impossible  identifier.

Je m'interroge :

- Mais Pnople m'a dit qu'il tait normal que les images
mentales des gens soient flou, et que les artificiels parvenaient
gnralement  retrouver la personne.

Yamwreq prcise :

- Oui il est vrai que souvent l'image mentale n'est pas
directement discernable, et en nous arrtant  ce simple
fait nous n'aurions rien pu conclure, mais nous avons chercher
un peu plue en profondeur. Nous avons tent d'utiliser des
images d'artificiels, qui ont pu voir des scnes o elle
se trouve, et dans ce cas cette fille est bien prsente
et rfrence, mais nous avons de forte suspiscion que c'est
un faux, que ce n'est pas la vrai personne, que les images
des artificiels ont t manipules.

- Comment pouvez-vous en tre sr ?

Guewour m'explique :

- Notre certitude tient  peu de chose. Une fois l'identit
de cette personne trouve, nous l'avons contacte pour vrifier
qu'elle confirmait bien tre la personne en question. Elle
se trouvait bien sur Adama, elle tait mme  proximit
du Congrs,  ct des restaurant magiques. Enfin vous ne
connaissez peut-tre pas, c'est une des alles les plus
passante des environs, les gens s'y donnent souvent rendez-vous.
Bref elle a confirm qu'elle avait bien pour connaissance
certaines personnes du Congrs. Nous avons pu la localiser
et tous les capteurs confirmaient son emplacement.

Yamwreq continue :

- Nous aurions pu en rester l, tout semblait cohrent,
si ce n'est que j'ai reconnu dans les environs de la jeune
fille un trs vieil ami  moi, un explorateur du du Libre
Choix qui continuait  voyager  droite  gauche, et qui
n'avait pas du venir sur Adama depuis des sicles et des
sicles. Guewour terminant la conversation avec la jeune
fille, pour vrifier si ses dire taient cohrents avec
les images que nous avions, mais tout semblait coincider,
je le laissai faire seul et tentai de contacter mon ami.
Il tait assis dans l'herbe en face de la jeune fille, il
semblait la regarder fixement, sans doute encore en train
de se demander comment l'aborder pour lui proposer de l'accompagner
au fin fond de l'espace. Il n'avait pas son bracelet, habitude
courante chez ce rebelle qui se mfie des artificiels comme
de la peste, et je ne pouvais donc pas le joindre.

Yamwreq fait une courte pause, Guewour reprend :

- Comme tout semblait logique, nous remmes  demain matin
notre intention de vous rendre visite, et Yamwreq profita
alors d'aller justement retrouver son ami, qu'il n'avait
pas vu depuis des lustres.

Yamwreq prcise :

- Je pris une abeille et le retrouvai encore assis dans
l'herbe au mme endroit, il ne se trouvait qu' cinq ou
dix minutes de vol du Congrs. Comme  chacune de nos prcdentes
rencontres je retirai mon bracelet en signe de confiance
pour le saluer, puis je lui expliquais que je l'avais vu
alors en communication avec la fille brune en blanc devant
lui quelques minutes plus tt. Mais il me rtorqua qu'il
n'avait pas vu cette fille. Je la lui dcris, confirmant
que j'avais eu l'impression qu'il la regardait fixement,
mais non. J'insistai alors pour remettre mon bracelet et
lui transmettre une image mentale de la scne. Quand je
le fis il rflchit un instant puis finalement confirma
alors que si, en fait il l'avait bien vue, mais qu'il avait
compris auparavant que la fille se tenait juste devant lui,
alors qu'elle tait devant l'alle. Puis il s'excusa en
se rappelant qu'il avant rendez-vous, nous convenmes de
nous voir un peu plus tard, et il partit. Mais subitement
il rapparut comme par magie devant mes yeux. Il tait devant
moi et tenait mon bracelet  la main. Mon ami me l'avait
retir lui-mme et me demanda ce qu'il m'arrivait, que je
parlais de manire incohrente en rpondant compltement
 ct de ses questions. Il me confirma que l'image ne lui
disait absolument rien, et insista lourdement qu'il n'y
avait pas cette fille devant lui dix minutes plus tt. L'vidence
m'apparut alors. Je dcidai de rentrer au Congrs rapidement
pour m'entretenir avec Guewour, ne prenant pas le risque
de l'appeler et de voir notre communication de nouveau pirate.

Guewour reprend :

- Rapidement nous runirent le plus grand nombre possible
de nos amis pour diffuser cette information, et limiter
le risque que chacun de nous se fasse petit  petit dup
par le bracelet et oublie tout de cet incident. Nous tentmes
tout de mme de n'en parler qu' des personnes de confiance,
et loin de l'influence de tout bracelet.

Je l'interromps pour avoir plus de prcision sur le pouvoir
du bracelet :

- Pourtant vous les aviez quand vous tes arrivs ici, le
simple fait de le porter ne peut pas reformatter vos esprits
?

Yamwreq m'explique :

- Oui nous les avions car il est difficile de faire quoi
que ce soit sans bracelet de toute manire, mais celui-ci
n'a pas le pouvoir de changer nos souvenirs, il peut tout
au plus duper nos esprits face  une situation, en changeant
les dtails ou ce que nous croyons voir, mais il n'a pas
la puissance ncessaire pour reformatter l'esprit, cette
opration n'est possible, que je sache, qu' l'intrieur
des tlporteur, et ncessite une nergie considrable.

Guewour termine :

- Une fois toutes les personnes susceptibles de nous aider
mises au courant, nous avons fait notre possible pour avoir
l'autorisation de nous entretenir avec vous de manire prive.
Cela n'a pas t rendu facile par les rticences naturelles
qu'ont les gens vis--vis d'un manque de transparence ;
toutefois, en divulguant notre dcouverte  quelques personnes
supplmentaires, nous avons finalement eu le feu vert.

Yamwreq se relve et va regarder  travers la fentre :

- Il est d'ailleurs  craindre que dsormais le Congrs
entier soit au courant.

Je suis flatt par leurs confidences, mais je ne situe pas
bien mon rle dans leurs dmls :

- Et moi ?

Yamwreq se retourne, Guewour prend la parole :

- De toute vidence vous avez un lien avec cette histoire,
ne serait-ce que par le fait que vous connaissez cette fille
et les donnes manquantes quant  votre arrive, tout comme
l'incomprhensible disparition de votre amie. Ce que nous
aimerions, c'est que vous nous racontiez en dtails les
lments que vous avez, de faons  ce que nous tentions
d'y voir un peu plus clair.

- Vous voulez que je vous raconte toute mon histoire ?

- Toute les parties que nous ne connaissons pas et qui pourraient
nous tre utiles. Vous m'aviez sommairement dcrit votre
aventure sur Stycchia, mais alors je n'accordais pas une
importance dmesure  votre cas, aujourd'hui il semble
remettre en question la confiance que nous avons envers
les artificiels et certains membres du Congrs, les enjeux
sont donc tout autres.

- Bon trs bien, mais je vous prviens, a commence  tre
long maintenant.

Et voil, je me relance de nouveau dans la description de
mes aventures. La tche est d'autant plus ardue que je dois
au passage leur expliquer beaucoup de dtails sur la Terre,
la notion de pays, les technologies utilises, nos limites,
nos coutumes... J'essaie de m'apeusantir sur les parties
que je juge plus prpondrantes, l'organisation, les cahiers,
cette fille qui me vient en aide. Je dtaille un peu plus
l'histoire que m'avait raconte Naoma pour notre passage
sur cette Lune, que nous n'avions que succintement aborde
lors de notre premire audition, puis je passe plus rapidement
sur le rcit depuis notre arrive sur Stycchia. Entre temps
Yamwreq tait all chercher de quoi nous dsaltrer.  la
fin de mon rcit, Guewour et Yamwreq restent silencieux
plusieurs minutes. Je leur demande comment ils interprteraient
toute cette histoire, Guewour donne enfin son analyse :

-  mes yeux l'hypothse la plus probable est que la Terre
soit une plante de l'Au-del colonise tardivement ou bien
berceau d'une civilisation cre par les hommes de l'Au-del
aprs leur dpart que les artificiels ont finalement rcupr
pour l'tudier, ou peut-tre faire certaines expriences.
Peut-tre aussi a-t-elle t cre de toute pice pour qu'ils
puissent tudier certaines caractristique de l'espce humaine
de faon cache, ou clandestine. Peut-tre mme que certaines
personnes du Congrs tait au courant ou pire,  l'initiative
de telle exprience, avec l'aide de certains anciens chercheurs,
comme le pouvait tre cette fille, et qu' un moment donn,
comme pour tout secret, il y a eut une fuite qui vous a
valu votre priple.

Yamwreq est plus prudent :

- Les hypothses sont nombreuses dans cette affaire, et
s'il est certains que certains personnes du Congrs ainsi
que les artificiels ont certaines connexions avec cette
plante, les raisons et les objectifs de son existence sont
plus prilleux  dterminer. Il est tout  fait possible
que cette plante n'ait t dcouverte que tardivement,
et que son existence n'ait pas encore t rvle pour viter
des interactions nfastes avec ses habitants. C'est peut-tre
simplement enfin une premire trace des hommes de l'Au-del,
et cette fille devait rendre compte de l'tat de leur civilisation
pour que le Congrs puisse statuer sur les actions  prvoir.

Guewour est dubitatif :

- Pourquoi le faire de manire secrte ? Rien n'a jamais
t secret ici. Toute les questions sur l'intgration ou
pas de nouvelles plantes ont toujours t dbattues de
manire publique. Le fait que ce puissent tre des hommes
de l'Au-del ne change pas le dbat. Non je pense qu'il
y a quelque chose de dfinitivement plus grave pour que
les artificiels cachent ou falsifient des informations.
Tu oublies vite qu'ils t'ont tromp pour tenter de te faire
croire que nous avons bien parl avec cette fille tout 
l'heure, alors que nous tions devant une de leurs illusions
!

- Oui toutefois nous aurons beaucoup de mal  prouver nos
dire, puisque tous les lments que nous pourrons apporter
pour les confirmer seront susceptibles d'tre intercepts
et pirats. Avons-nous rellement les moyens de faire quelque
chose ?

Guewour est aussi assez perplexe :

- Oui nous avons pu tre tromp depuis des annes sans mme
nous en rendre compte, et nous sommes tellement lis aux
artificiels que nous ne pouvons gure entreprendre quoi
que ce soit sans tre facilement mis sur la touche.

Yamwreq enfonce le clou :

- Oui et il nous suffira d'une seule tlportation pour
que notre cerveau soit reformat et que nous oublions tout
cette histoire. Peut-tre mme n'est-ce pas la premire
fois que nous dcrouvrons de telles nigmes !

Ils restent tous les deux silencieux. Je prends la parole
:

- Tout n'est pas forcment si ngatif, et vos artificiels
n'ont pas l'air tout puissants, par exemple moi, qui suis
sans doute un des lments les plus drangeant, je n'ai
pas l'impression d'avoir perdu la mmoire lors de ma tlportation.
En tout cas je me rapelle toujours de mon aventure, de cette
fille, de Naoma... Ensuite j'ai quand mme pu voir cette
fille dans la rue, et  moins que ce soit une volont de
leur part, c'est plutt le signe qu'ils n'ont qu'une influence
partielle. D'autre part vous avez quand mme russi  dtourner
leurs illusions, preuvent qu'ils n'ont pas un pouvoir absolu,
et pour terminer si un nombre consquent de personnes sont
maintenant au courant de l'affaire, il sera encore plus
difficile pour eux d'endiguer le processus, sauf  dtruire
la plante entire, mais est-ce vraiment leur but ?

Yamwreq acquiesce et s'interroge aussi :

- Oui. Et quel peut-il tre d'ailleurs ?

Guewour emet une simple hypothse :

- Peut-tre rien de plus que garder cette Terre secrte,
peut-tre oui faisons-nous d'une souris une montagne, et
l'affaire n'est-elle pas aussi dramatique.

Yamwreq n'est pas tout  fait d'accord :

-  partir du moment o il y a manipulation je trouve l'affaire
dj suffisament dramatique, mme sans y rajouter des plans
de destructions de l'humanit divers et varis.

Discuter c'est sympa, mais agir c'est pas mal non plus :

- Bien, et qu'est-ce qu'on fait ?

Ils restent pensifs. Je continue :

- Moi je suis un peu les pieds et les poings lis si je
ne peux pas sortir d'ici, en plus avec mon bracelet enfant
c'est la croix et la bannire pour pouvoir faire quelque
chose tranquillement. Je pourrais parcourir la ville pour
voir si je retrouve cette fille. Le problme c'est que si
dsormais ils se mfient et qu'ils trompent la vision des
gens, a ne va pas tre une paire de manches. Mais elle
doit tout de mme bien dormir quelque part,  moins qu'elle
n'ait quitte Adama suite  ma rencontre. Pour le reste
c'est plus  vous, faire en sorte que notre autition au
Congrs tente de faire bouger les choses. Peut-tre que
je devrais ne pas remettre de bracelet, pour ne pas prendre
le risque d'tre manipul, vous de mme ?

Guewour est sceptique :

- Votre audition au Congrs sera dterminante, c'est vrai.
Nous pourrions vous donnez plus de marge de manoeuvre, mais
c'est peut-tre un peu dangereux aprs vos agissements de
cette aprs-midi. Votre altercation dans l'abeille est assez
mal passe. Certes notre problme est autre, mais le but
de votre audition reste tout de mme votre intgration dans
la Congrgation, et vous ne serez pas couts srieusement
sans a. C'est plus  nous de faire le ncessaire.

Yamwreq poursuit :

- Et demain dbute l'audition de Gwenolea, elle est prvue
depuis tellement longtemps que j'ai peur que nous ne pourrions
y changer quoi que ce soit. Ici rien ne se fait de manire
prcipite, et mme si nous avons de nombreux lments qui
pourraient nous laisser penser  une manipulation, il nous
faudra sans doute des semaines avant de persuader suffisament
de monde que nous n'avons pas rv et qu'il y a effectivement
un problme grave.

Je ne sais toujours pas ce qu'ils attendraient de moi :

- Et moi je fais quoi alors ?

Yamwreq donne son point de vue :

- Je pense qu'il est plus sage que vous restiez ici, nous
n'aurons ainsi pas la pression de vous avoir libr, et
nous pourrons plus librement continuer  enquter sur cette
mystrieuse fille. Je suis vraiment dsol de ce cloisonnement,
mais comme vous l'a fait remarquer Pnople, votre acte
est vraiment quelque chose de trs grave ici, mme si nous
nous imaginons combien cette situation peut tre difficile
pour vous.

- Bien, je vais donc devoir rester ici jusqu' notre audition,
c'est bien a, dans dix jours ?

Yamwreq prend un voix grave :

- Oui, mais nous ne manquerons pas de vous informer des
diverses volutions de cette affaire. Je vous remercie en
tout cas d'avoir accept cette entretien, j'espre comme
vous que nous trouverons bientt quel est donc le lien avec
la Terre, et que vous pourrez regagner votre plante rapidement.

- Je l'espre aussi.

Nous nous levons pour sortir de la chambre, Guewour me donne
une dernire recommendation :

- Il serait prfrable que vous ne parliez de cette conversation
 personne, notamment ne la rfrencez pas dans votre bracelet,
et si vous voulez rflchir dessus, retirez-le. C'est sans
doute insuffisant pour empcher les artificiels de sonder
votre esprit s'ils le dsire, mais autant ne pas leur faciliter
la tche.

Yamwreq complte :

- De toute faon nous esprons que le voile se lvera sur
cette affaire le plus rapidement possible, et que la Congrgation
retrouve son habitude de transparence quoi qu'il arrive.

Il me laisse sortir le premier, nous ne retrouvons que Pnople
et leur troisime collgue dans la pice principale. Celui-ci
prcise que notre conversation se prolongeant, ils taient
aller faire un tour dans les jardins de l'htel, mais que
si ncessaire ils pouvaient les rappeler. Yamwreq rassure
son ami que ce n'est pas la peine de les dranger, que Guewour
ferait un compte-rendu  Iurt plus tard dans la soire.
Notre discussion s'est en effet prolonge assez tardivement
car le jour dcline et les premires lumires d'Adama se
laissent deviner  travers la grande baie vitre. Yamwreq
et Guewour rcuprent leur bracelet, je laisse le mien,
et ils s'en vont tous trois, en nous ayant pralablement
salus. Je reste avec Pnople. Je suis plutt content d'avoir
trouver des alliers. Je me place derrire elle alors qu'elle
s'est rassise sur un fauteuil sans rien dire. Je m'apprte
 lui masser les paules.

- Alors, tu n'es pas alle avec les autres ?

Elle se relve et me repousse :

- Pourquoi Yamwreq en personne vient te parler, c'est quoi
ces histoires ?

Je suis surpris :

- Pourquoi, c'est qui ce Yamwreq, et qu'est-ce qu'il t'arrive,
t'es jalouse ou quoi ?

Elle semble trs nerve. Je m'approche d'elle, et, en la
forant un peu, la prend dans mes bras.

- Je ne suis pas contre toi, Pnople, je ne comprends pas
beaucoup plus que toi ce qu'il m'arrive. Ces gens ont l'air
d'tre dans mon camp, alors je tente de les aider aussi.
Ne soit pas contre moi, Pnople, je n'aurai pas la force
de me battre contre toi en plus du reste...

Elle se radoucit et pose sa tte sur mon paule :

- J'ai peur, tu sais, j'ai peur de ne pas tre  la hauteur,
de ne pas tre assez forte pour t'aider, de ne pas comprendre,
d'tre mise de ct...

Je l'carte un peu et l'embrasse doucement :

- Nous sommes ensemble Pnople, je comprends que ce soit
trs frustrant d'tre  part, mais il se passe des choses
trs tranges et ...

Une voix grave prend le relais.

- Quelles choses ? Tu veux dire que quand tu la prends dans
tes bras tu as un raction physique bizarre ? T'inquite,
gamin, c'est normal !

Erik et les autres rentrent dans la pice et je suis bien-sr
le seul  rigoler  la boutade en anglais d'Erik. Pnople
se dgage, toujours gne d'tre aperue dans une position
de faiblesse. Je mets tout le monde au courant :

- Guewour et Yamwreq m'ont conseill de ne pas trop parler
de cette conversation, mais en gros ils sont de notre ct
et il se passe des trucs louches avec cette fille. De toute
faon je n'en sais pas beaucoup plus, si ce n'est que je
suis toujours bloqu ici  cause de ma conduite cette aprs-midi.
C'est qui ce Yamwreq, d'ailleurs, Pnople avait l'air de
dire qu'il tait important.

Iurt rpond :

- Oui c'est une jeune personne influente du Congrs, il
n'a que trente-quatre ans et pourtant il est dj cout
par de nombreuses personnes, c'est une des personnes cl
dans la rsolution du conflit entre les plantes rebelles
et la Congrgation.

Guerd l'interrompt :

- Oui d'ailleurs Gwenola est dans cet htel, nous l'avons
croise dans les jardins.

Pnople ironise :

- Dcidment, on se croirait presque importants...

Guerd emet une autre hypothse :

- Et mais c'est peut-tre pour a que Yamwreq est venu,
il sortait avec Gwenola avant. Il esprait peut-tre la
voir ?

Pnople confirme :

-  oui c'est vrai qu'il y avait eu une histoire entre eux,
a s'tait mal fini d'ailleurs, Gwenola l'avait vir, non
?

Guerd semble toute exite par ces ragots :

- Oui, oui, il avait compltement dprim, il n'tait pas
encore adulte  l'poque, d'ailleurs beaucoup disait que
si Gwenola avait autant de succs auprs du Congrs, c'tait
grce  ses conseils, et que depuis a se passe beaucoup
moins bien.

Des lments m'chappent :

- Mais il continue  dfendre la cause des plantes rebelles
pourtant, non ?

Iurt, Ulri et Moln sont dans leur propre discussion, Erik
dguste un pain sucr en coutant vaguement notre conversation,
Pnople fait semblant de ne pas trop s'y intresser et
Guerd cherche par tous les moyens  nous faire accepter
que sa thorie est la bonne :

- Oui, oui, il continue  dfendre les plantes rebelles
pour que Gwenola lui soit redevable, et ainsi accepte de
nouveau  ce qu'ils se remettent ensemble :

Pnople est plus mitige :

- Je pense surtout qu'il a toujours dfendu cette cause
et que Gwenola ou pas il reste fidle  ses engagements.

Guerd n'est pas trs satisfaite de la rponse de Pnople
:

- Mais non ! C'est pas du tout romantique comme a !

Erik en a vite marre :

- Bon c'est bien joli toute vos histoires, mais j'ai l'impression
que nous restons toujours aussi impuissants, il n'y a vraiment
rien que nous puission faire ? Ylraw ?

- Je me posais la mme question, mais Yamwreq m'a conseill
de ne pas faire de vagues jusqu' notre audition, pour qu'ils
puissent tenter de trouver des alliers ou des informations
pouvant nous aider.

Erik tente quand mme d'en savoir plus, il me parle en anglais
:

- Mais pour la Terre, ils savent quelque chose.

Je lui rponds en anglais galement :

- Non, en tout cas ils ne m'ont rien dit.

Pnople intervient aussi, elle semble avoir un peu mise
de ct sa rancoeur :

- Je comprends votre impatience, surtout quand certains
lments vous redonnent de l'espoir, je comprends aussi
que c'est frustrant pour vous de rester ici alors que peut-tre
cette fille dehors pourrait vous dire comment rentrer chez
vous, mais  mon avis a ne serait que rendre les choses
encore plus difficiles de tenter quelque chose.

Moln, Ulri et Iurt arrtent de discuter  part et se joignent
 la conversation. Iurt intervient :

- Pnople a raison, la prcipitation n'a jamais rien rsolu
ici.

Erik et moi haussons les paules et poussons un soupir :

- Je crois que nous l'avons compris, oui... Il ne nous reste
plus qu' dner, alors ?

Moln acquiesce :

- Oui bonne ide, mangeons, nous pourrions peut-tre aller
dehors, pour nous dtendre un peu ?

Je lui rappelle que je suis bloquer dans l'appartement :

- Ne vous gnez surtout pas pour moi si vous voulez sortir,
je ne vais pas tarder  me coucher, de toute manire.

Moln est embarrass :

- Oh excuse moi Ylraw, c'est vrai que tu es retenu ici.
Non et bien faisons un bon repas dans l'appartement, aprs
tout nous sommes sur Adama, ftons tous l'vnement ici
!

Erik se permet de mettre un bmol :

- Nous ne sommes pas tous l.

Guerd lance un regard triste vers Erik. Moln ne relve pas.
Iurt demande  l'appartement d'apporter le repas. Pendant
ce temps tout le monde s'installe autour de la table plus
consquente qui donne sur la baie vitre. Le soir est vraiment
tomb et les lumires douces donnent au paysage l'apparence
d'un tapis multicolore soupoudr de millier de lucioles
virevoltant. La lune d'Adama,  son premier quartier, illumine
le ciel. Sa taille est presque la mme que notre vrai Lune
et si ce n'est sa surface qui ne ressemble pas du tout 
la mer de la Tranquilit tout terrien pourrait se faire
prendre au pige. Quelques lumires des bases prsentes
 sa surface attirent tout de mme l'attention sur sa partie
ombrage. La centure nergtique d'Adama, plus consquente
que celle de Stycchia, laisse cinq traines lumineuses dans
le ciel toil.

En un sens je suis tonn de ne pas tre plus merveill,
de ne pas chercher  comprendre comment marche leur technologie,
quelles sont leur connaisances en science, leurs thories
ont d depuis longtemps expliquer toute les interrogations
que nous avons toujours, l'unification de la relativit
gnrale et de la mcanique quantique, les origines de l'univers,
la nature profonde de la matire... Mais je suis tellement
proccup par Naoma et le fait de ne pas comprendre, ne
pas comprendre pourquoi je suis ici, pourquoi moi... Peut-tre
devrai-je rellement prendre le temps de me dtendre en
portant ma confiance dans le Congrs, mais comment le faire
maintenant que Yamwreq et Guewour eux-mmes m'ont fait part
de leurs inquitudes ? Comment puis-je rester l  attendre
quand dehors cette fille peut-tre nous chappe ? Comment
puis-je laisser Naoma sans aide. Par ma faute elle est dj
morte une fois... Oh mon Dieu si loin de toi que suis-je
donc ? Oh mon Soleil tu me manques tant...

- Ylraw ?

Pnople pose doucement sa main sur ma jambe, le repas est
servi. J'tais dans mes rves. Je me retourne de devant
la vitre et lui souris. Je lui fais un bisou sur la joue
et prends un petit pain multicolore. Je n'ai pas trs faim.
Je ne parle pas beaucoup du repas, Erik non plus. Je suis
sans doute un peu fatigu.

Iurt, Moln et Ulri animent le repas de leur discussion sur
les changements notable d'Adama depuis qu'ils connaissent
la plante. Mais somme toute de ce que j'en ai retenu, Adama
n'a pas vraiment change depuis plusieurs milliers d'annes.
 vrai dire je me demande si la Congrgation a elle-mme
chang depuis tous ces sicles. Je n'ai pas la force de
demander, aspirant d'avantage  me glisser au plus vite
dans un lit chaud en serrant Deborah dans mes bras. Oh !
Lapsus ! Je le conserve dans le rcit... Oh mon Dieu, je
ne sais plus o j'en suis...

Je ne m'attarde pas trop  table. Je me sentais en forme
aprs la discussion pour repartir  la recherche de cette
fille, mais le fait de m'asseoir et le manque de moyens
sont venus  bout de moi. Iurt propose une rtrospective
virtuelle de l'histoire d'Adama, mais je n'ai pas la tte
 a et je vais me coucher. Il doit tre encore tt, mais
je n'ai pas vraiment encore une notion claire de leur heures,
jours, rythmes de sommeil et d'veil. Pour tre franc je
n'ai jamais trop fait l'effort de m'y plier, prenant plus
simplement l'habitude de dormir quand j'ai sommeil...

Je passe par les toilettes, je portais aujourd'hui comme
souvent un vtement assez ample sans couche intgre, puis
je vais dans notre chambre  Pnople et  moi, je me dshabille
et m'enveloppe dans la couverture, je me bouge un peu et
me tourne pour me nettoyer, me passe un coup dans les cheveux,
et, une fois propre, je m'allonge sur le dos pour m'endormir.
Mais je ne m'endors pas, tout tourne dans ma tte. Naoma,
cette fille, le Congrs, Yamwreq, Deborah, Pnople...

Sans doute plus d'une heure s'coule, o je vogue entre
somnolence et rve, avant que Pnople n'arrive. Elle se
dshabille, et dans la faible lueur de la pice je contemple
ses douces formes avant qu'elle ne se nettoie elle aussi
puis s'avance doucement pour se mettre sur mon paule. Elle
remonte un peu pour me faire un baiser et se retient quand
elle voit que je ne dors pas.

- Je t'ai rveill ? Je suis dsole...

- Non je ne dormais pas, je n'ai pas russi encore  m'endormir...

- Tu es soucieux, oui je l'ai remarqu depuis que tu es
sortie de l'entretien... Qu'ont-ils dit pour t'inquiter
autant ?

- Ce n'est pas vraiment ce qu'ils m'ont dit, il n'y avait
rien d'extraordinaire, c'est plus que je ne vois pas comment
faire pour  m'en sortir.

- Tu n'as pas confiance dans le Congrs ?

- C'est plus que je ne sais pas comment ragir dans votre
monde. Je me sens tellement incapable, tellement stupide
face  vos rgles. Je ne contrle rien, je suis comme un
enfant qui ne comprends rien du jeu dans lequel il se trouve.

- Je suis l pour t'aider...

J'ai peur de la blesser. Je reste silencieux un instant,
mais je parle avant qu'elle ne le prenne mal.

- Je me demande si finalement tous vos avis ne sont pas
la plus formidable faon de provoquer l'immobilisme.

- Comment a ?

- Et bien dans la mesure o chacun doit se livrer un peu
pour avoir quelque chose, j'imagine que les carts ne sont
pas permis, il faut rester dans le moule, avoir sa petite
vie comme tout le monde pour pouvoir rester tranquille,
ou alors affronter l'incomprhension populaire...

- Je ne suis pas d'accord, j'ai fait tant de choses qui
n'taient pas dans la normale, et les gens, mme si parfois
j'ai d affronter quelques rticences, les gens comprennent.
Ils comprennent que tu veuilles tracer ta voie, faire tes
propres erreurs. Mais ce n'est pas pour autant que a doit
tre facile.

- Peut-tre, je ne connais pas assez pour dire, peut-tre
ai-je juste cette impression parce que je ne comprends pas
encore assez bien votre organisation.

- Prends mon cas, c'est diffifile pour moi de te laisser
aller dans une voie que je sais sans issue. Je connais la
marche  suivre, pourtant si je te l'impose tu le prendras
mal, et si je te laisse faire, je te retrouve comme aujourd'hui
instigateur d'un scandale et bloqu ici. Qu'aurai-je d
faire ?

- Je comprends ce que tu veux dire, mais je pense tout de
mme que le systme d'avis empche la cration en un sens,
mais je peux me tromper...

- Je ne sais pas, chacun aprciera, mais... Je pense que
ce systme est tout de mme profondment juste.

- Oui, juste c'est certain, mais libre ?

- C'est un peu vrai oui, chacun est sous le contrle de
tous, et par consquent cloisonn dans les valeurs de morale
et de bien du plus grand nombre, mais c'est aussi ce qui
rend le systme si stable, si efficace depuis le Libre Choix.

- Ce n'tait pas la mme chose avant ?

- Je suis n  la limite, donc je n'ai qu'un peu connu la
priode prcdente, mais le travail obligatoire me semblait
plus injuste. Certains faisant un travail trs influent
possdaient plus de pouvoir sur les autres, les gens me
semblaient encore moins libres qu'aujourd'hui. Mais c'est
vrai que les chercheurs ont t trs frustrs aprs le Libre
Choix. Certain sont partis, et les autres n'avaient plus
vraiment de motivation. Ils se moquaient de ne pas travailler,
ils ne vivaient que pour a avant...

- Vous n'avez plus du tout de recherche ?

- Si si comme je te l'avais dj dit, ce sont maintenant
les artificiels qui font avancer la science, mais ils le
font en accords avec les attentes du peuple, ils n'apportent
qu' hauteur de ses besoins des nouveauts. Je pense qu'ils
sont bien plus avancs que nous le croyons, mais qu'ils
distillent lentement leur savoir pour que tout un chacun
l'accepte et le comprenne.

- Mais vous devez savoir normment de chose. Je me posais
la question car nous n'avons qu'un niveau trs partiel de
comprhension du monde sur Terre, en ce qui concerne la
nature de la matire, des forces, les origines de l'Univers...

- Nous sommes sans doute plus avancs que vous, mais nous
buttons sur un problme nous aussi. Aprs la dcouverte
de tout un ensemble de particules, rapidement nous sommes
arrivs  un niveau beaucoup plus diffu, une sorte de fluctuation
de champ d'nergie.

- Nous avons un peu ce genre de vision nous aussi, peut-tre
 un niveau moindre. Nous appelons cela la mcanique quantique,
car bas sur des notions de niveau d'nergie et de rpartition
probabiliste de la matire.

- Peut-tre commencez-vous alors dj  arriver au mme
niveau que nous. Enfin je te dis a de mmoire, mais je
sais qu' un certain niveau, il y a une ambivalence matire/nergie/force.
Tout ce que tu vois n'est que la reprsentation sous une
forme ou sous une autre de cette mme chose. Les forces
qui attire les charges lectriques, la gravit, la matire,
la lumire, tout n'est issu que de la fluctuation de ce
composant de base et nous donne l'illusion d'une forme ou
d'une autre. Toutefois cette proprit nous l'observons
et l'expliquons assez facilement je crois, et les expriences
des artificiels ont montr que nous pouvons nous-aussi crer
par influence de ce composant une forme ou l'autre de ses
reprsentations. La limite sur laquelle nous buttons, c'est
qu'il semble qu'il y ait des "types" un peu diffrents de
ce composant, qui ne se mlangent pas.

- Mais ces types ne sont-ils pas justement ce qui donne
ensuite soit des forces soit de la matire ou toute autre
chose ?

- Non non ces types sont indpendants de leurs reprsentations
dans le monde classique, enfin ils ont un certain degrs
d'indpendance. C'est plus comme des varits d'un mme
composant qui s'entre-mlent et interagissent les uns avec
les autres. Le plus trange c'est que mme si l'univers
proche semble assez homogne, avec des toiles et des plantes
sur des milliers d'annes-lumire  la ronde, et bien les
types sous-jacents peuvent tre trs diffrents. Par exemple
dans notre congrgation existe un type en trs grande quantit
qui est presque absent des rgions priphriques tudies
par les artificiels. Rgions priphriques, elles, riches
en de multiples types qui sont parfois absents du centre
de la Congrgation. Pourtant les toiles, les plantes et
les lois physiques que l'on trouve l-bas ne sont pas trs
diffrentes de celle que nous avons ici...

- Peut-tre que certains types n'ont pas vraiment de reprsentation
simple. Peut-tre que ces rgions diffrent sur certains
points que vous n'avez pas encore trouv ?

- Oui peut-tre. Mais peut-tre aussi que cette vision 
chang. Je m'y tais intresse quand j'tais au labo, sur
Eve, et depuis je prenais des nouvelles de temps en temps
pour savoir si notre connaissance progressait, mais je n'ai
pas d regarder depuis plusieurs dizaines d'annes. Si tu
veux je peux vrifier.

Elle se dgage un peu, sans doute pour aller chercher son
 bracelet, je la retiens et la serre contre moi.

- Non, reste l...

Je devine un sourire. Elle me fait un baiser dans le coup.

- Je t'aiderai, Franois, peut-tre que je t'ai paru borne
et mchante aujourd'hui, mais j'essaie de te mettre en garde...

- Je sais, je comprends. Je m'excuse de t'avoir caus tous
ces embarras. Je suis tellement perdu...

- Cette histoire est sans doute trs complique, moi aussi
je suis frustre de ne rien pouvoir faire pour t'aider,
de paratre plus comme un bourreau qu'autre chose. Je sais
que tu tiens  Naoma, mme si c'est vrai que j'en suis sans
doute un peu jalouse. Je sais aussi que ta plante te manque,
ta famille,  tes amis... Dborah...  qui tu penses si souvent...

- C'est vrai que je ne peux rien te cacher...

- Je ne le prends pas mal, ne t'inquite pas, l'inaccessible
est toujours plus facile  aimer, car jamais il ne nous
dois... Je pense encore  Ragal, tu sais, encore, trop
souvent...

- Pourtant je t'aime toi aussi, mais je ne sais pas qu'esprer,
je ne sais pas ce que je vais devenir...

- Oui je connais cette confusion en toi, tous ces lmemts
qui se bousculent, cette incertitude. Aprs la runion,
j'tais trs nerve, frustre de ne pas y avoir assiste,
et blesse que tu ne m'en dises pas plus... Et... J'avoue,
tu n'avais pas ton bracelet, avant le repas je t'ai sond...
Quand tu tais si silencieux. J'ai vue ta tristesse, ton
dsaroi, j'ai vue que tu tais si seul... Si perdu...

- Oui, c'est sans doute pour a que je ne me suis pas endormi,
je tente de mettre en ordre tous ces vnements mais il
me manque trop d'lments... Je suis sans doute trop impatient...
Je devrais peut-tre penser  autre chose, faire un peu
le vide, demain nous y verrons sans doute plus clair...

Pnople monte doucement vers mon oreille et me chuchotte
en me mordillant un peu.

- Je peux t'aider  de dtendre un peu si tu veux...

- Ah oui ? Comment a ?

Elle m'embrasse dans le cou, puis, en descendant doucement,
laisse glisser sa langue jusqu' quelques endroits sensibles.
Ma raction est presqu'immdiate tant ses lvres et sa bouche
savent provoquer. Doucement elle m'enlvera de l'esprit
toutes mes questions pour me pousser  ne penser qu' une
seule chose... L'esprit humain est bien faible parfois...

Je tente de la remonter mais elle resiste :

- Laisse-toi faire...

Je me laisse  ses soins, elle s'attarde un peu avant de
se redresser pour s'agenouiller au-dessus de moi, me faire
un baiser au passage et se laisser doucement pntrer avec
quelques dhanchements. Dhanchements qui se poursuivent
accompagns de ses gmissements auquels je fais cho.

- Raaaaaahhhh !

Un cri ! Mais pas de Pnople. J'ouvre les yeux, cherche
 en voir l'origine.

Pnople se retire et se retourne, mais n'vite pas un coup
qui la projette au sol. Un cri de rage, une ombre de saute
dessus  la gorge. Je ne peux plus respirer, son treinte
est puissante. Je tente d'carter ses bras, mais sans succs.

- Je vais te crever !

C'est une voie de femme, Je frappe alors, des deux poings.
Pnople se relve, commande la lumire et donne un puissant
coup de pied. La fille me lche et roule sur le ct. Je
sors rapidement du lit et me prpare  parer.

Stupeur ! C'est la fille qui m'a donn le bracelet !

Son attaque ne se fait pas attendre, elle se relve, saute
sur le lit et plus vite que l'clair me donne un si puissant
coup de poing dans le ventre que je suis projet contre
le mur. Pnople tente de l'attraper mais d'un revert elle
lui donne un grand coup dans le ventre. Pnople la lche
et tombe au sol. Je me jette sur elle mais elle me saisit
le bras, se laisse aller en arrire et me projette avec
son pied. Elle a quelque notion de combat, me dis-je en
m'crasant lamentablement de l'autre ct du lit.

Je n'ai pas le temps de me relever, elle est dj prte
 me sauter dessus. Elle me reprends  la gorge, mais cette
fois-ci je lui donne directement une vole de coup de poings
en plein visage. Elle relche son treinte et je la fais
rouler au sol. Je lui tord un bras pour la bloquer sur le
ventre. Mais je ne sais par quel moyen elle se contortionne
et dveloppe une telle force que je suis dsquilibr. Elle
se redresse et d'un coup de pied retourn je vole par dessus
le lit. Mon paule craque quand je touche le sol. Sans doute
s'est-elle dmise. Je suis en face de la porte, je me lve
et prends la fuite. Je ne fais pas le poids et je dois prendre
le temps de remettre mon paule, je ne peux plus bouger
le bras droit.

Je rcupre sur la table basse mon bracelet et tente le
tout pour le tout en esprant que si elle a pu rentrer,
c'est que le systme de protection de l'appartement ne fonctionne
plus. J'ai cette chance et me retrouve dehors, mais elle
est derrire moi et je m'effondre quand elle me saute dessus,
m'attrape les jambes et me plaque au sol.

- Tu ne crois quand mme pas que tu vas t'en tire comme
a !

- Et toi ?

La voix d'Erik. Elle se retourne pour recevoir de sa part
un puissant coup de poing. Elle est propulse contre le
mur et tombe. Elle pousse un cri de rage  en faire trembler
l'immeuble et se lance tte baisser vers lui. Il tente de
la parer mais elle le soulve et l'crase contre le mur.
Je me relve pour la frapper d'un coup de pied, mais elle
jette Erik au sol, attrape ma jambe et me fais rouler par
terre. De nombreuses personnes sortent attires par le vacarme,
Guerd, Moln, Iurt et Ulri arrivent aussi. Mais ils restent
immobiles. Pnople arrive  ce moment l, elle a enfil
une veste, je suis encore nu. Erik s'est relev et intercepte
la fille avant qu'elle ne m'ait saut dessus. Je me relve,
j'ai toujours affreusement mal  l'paule. Guerd s'crit
:

- Mais pourquoi a ne marche pas !

Erik est de nouveau projet par la fille, elle est doue
d'une force phnomnale. Je me relve juste pour recevoir
d'elle un nouveau coup de poing qui me coupe la respiration.
Pnople frappe la fille d'un coup de poing au visage, Erik
se relve et fais de mme. Les autres semblent impuissants,
sans doute tentent-ils sans succs de l'immobiliser.

J'entends un grand "crac" et un cri d'Erik, il tombe  genoux
au sol. Pnople court vers moi, m'aide  me relever. La
fille s'apprte  nous attaquer de nouveau mais Guerd lui
barre la route. Erik vient  son aide et la plaque au sol.
Plusieurs personnes arrivent en courant en bousculant les
personnes sorties de leurs appartements. L'une deux s'exclame
:

- navila !

Erik et Guerd, maintenant assiste de Moln, Ulri et Iurt
qui ont finalement dcid d'intervenir la maintienne avec
difficult au sol. Elle s'crit :

- Ne vous proccupez pas de moi, attrapez-le ! Attrapez-le
!

Erik se lve alors pour leur barrer le passage. Il crit
:

- Barre toi Ylraw, je vais les retenir tant que je peux.

Ni de une ni de deux, nous ne faisons pas le poids, Pnople
m'entrane. Nous courons  toute allure jusqu' la terrasse.
Elle me jette un sac--dos abeille.

- Enfile a et saute !

J'ai  peine le temps de passer les bretelles qu'elle me
tire avec elle et nous sautons dans le vide. L'abeille se
resserre et les bretelles s'adaptent, puis les ailes se
matrialisent et la vision externe prend le dessus pour
faciliter le pilotage. Je rentre en synchronisation avec
Pnople.

- O allons-nous ?

- Au Congrs ! Je nous branche sur Erik en plus.

En surimpression apparat la vision d'Erik. Il vient de
se faire renverser par les hommes, navila s'est libre.
Ils courent dans le couloir vers la terrasse.

- Erik, c'est Pnople, nous avons ta vision en surimpression,
prends les en chasse  distance pour que nous puissions
savoir s'ils prennent notre direction ou pas.

Erik se relve et part en courant derrire eux :

- Mais je ne peux pas prendre d'abeille, a ne marche pas
avec mon bracelet.

Pnople le rassure :

- C'est bon je l'ai autoris dans ton bracelet. Enfile juste
une abeille sac--dos et saute, elle se mettra en route
automatiquement.

Je suis Pnople  une dizaine de mtres derrire elle.
Nous allons  une vitesse folle entre les immeubles, c'est
vraiment formidable de voler comme superman. Je suis encore
nu et je meurs de froid avec le vent. Erik vient de sauter,
au bout de quelque secondes il se stabilise et suit les
six hommes et cette fille, "navila". Ils ont pris malheureusement
la mme direction que nous. Pnople acclre encore.

- Mais que fera-t-on une fois au Congrs, nous ne serons
pas plus  l'abri !

- Tu as une meilleure ide ? Les bracelets sont inactifs
sur elle, je ne comprends pas pourquoi.

- Elle a sans doute un truc protecteur ou je sais pas quoi,
en plus elle a pu rentrer dans l'appart, elle n'aurait pas
d, non ?

- Oui, j'ai tent de la paralyser, mais impossible. En plus
elle n'a mme pas un bracelet adulte, elle n'a mme pas
seize ans.

- Seize ans !

- Oui enfin, vingt-cinq ans pour toi... Elle se rapproche,
elle va plus vite que les autres.

La vision d'Erik montre le groupe volant  cent ou deux
cents mtres devant lui. Il confirme :

- Oui il m'a sembl qu'elle prenait de l'avance, mais je
suis  fond, impossible pour moi de la rattraper.

Pnople incruste en plus de la vision d'Erik la vision
arrire dans mon champ. navila est au loin mais elle prend
du terrain.

- Bordel elle nous rattrape !

- Oui, on ne sera jamais au Congrs  temps.

- Sparons-nous ! File moi ta vision en plus.

- OK !

Je vire  gauche toute, Pnople  droite. Je vois sa vision
en plus. Le tout devient un peu compliqu.

- Donne-moi ma vision arrire, j'ai toujours la tienne.

- Pardon, voil.

- Merde mais qu'est-ce que tu fais, barre-toi de l !

Pnople a fait demi-tour et s'est place sur la trajectoire
d'navila.

- C'est  toi qu'elle en veut, je t'ai mis le plan pour
atteindre le Congrs, magne toi. Il doit y avoir du monde
au point en rouge sur la carte, c'est la zone de restauration
habituelle, vas-y, seul la foule pourra te protger.

- Mais tu ne la retiendras pas bon sang, vire-toi de l
!

Je n'ai pas le temps de faire demi-tour, dj navila fonce
sur Pnople. Je m'lance moi vers le point indiqu par
Pnople. navila fonce sans rflchir sur Pnople. Le
systme anti-percution les fait rebondir l'une sur l'autre,
Pnople virevolte un instant vers le bas et navila rtablit
sa trajectoire pour me prendre en chasse. Mais Pnople
revient rapidement et parvient  dvier de nouveau navila.
Pnople joue au ping-pong avec Enavila et russit trois
fois de suite  bloquer le passage d'navila. Mais ses hommes
arrivent  ce moment l et entoure Pnople. navila peut
reprendre sa poursuite.

- Ylraw je ne peux plus la retenir !

- Oui j'ai vu, mais Erik est juste derrire elle, s'il ne
se laisse pas trop distancer nous serons dj deux si elle
me rattrape.

Mais soudain tous les hommes autour de Pnople s'cartent
et  descendent lentement.

- C'est bon, je les ai eus, ils ne sont pas adultes et en
plus avait de l'agressivit, j'ai pu les paralyser. Il semble
que ce ne soit que la fille qui puisse djouer le bracelet.
Tu n'es plus trs loin du Congrs, va directement au point
rouge, Iurt et Moln sont partis de leur ct, Gwenola est
au courant.

Je fonce  toute vitesse, me glissant sans doute  plusieurs
centaines de kilomtres par heure entre les alles suspendues
et les immenses immeubles. Je suis transi de froid. Plus
que quelques kilomtres avant l'arrive au Congrs.

Je vais  toute allure mais elle est de nouveau dans ma
vision arrire, Erik est encore derrire mais se laisse
distancer. Pour une raison qui m'chappe elle va plus vite
que nous. Le grand parc du Congrs est juste en face de
moi, je dois le contourner pour atteindre le point que m'a
spcifi Pnople.

Une lumire attire mon regard sur la vision arrire, navila
a comme scintille et acclre subitement, elle est sur
moi en quelques dixime de seconde, mes ailes se coupent
et elle m'aggripe par l'arrire.

- Je vais t'craser au sol, tu regretteras pour toujours
ce que tu as fait !

Bordel mais de quoi elle parle ! Un crpitement se fait
sentir, nous pntrons dans l'enceinte protge du Congrs.
Ce n'est pas logique ! Pourquoi voudrait-elle me tuer, elle
sait trs bien que je serais ressuscit en moins de deux
! Je me dbats et parviens  m'accrocher  elle. J'ai toujours
mon paule droite dmise, mais je surmonte la douleur pour
m'accrocher. Je me retourne, elle tente de me faire lacher
prise. Erik est rest bloqu au niveau de la protection
de l'espace du Congrs, il ne pourra pas venir me rattraper
dans ma chute, dommage a aurait fait une bonne squence
de film... Il faut alors que je tienne et vite de tomber.
Elle est enrage, tente par tous les moyens de me me maitriser.

- Je ne pas celui que tu crois, bordel, je n'ai rien fait
!

- Ta gueule !

Elle continue  voler trs vite, elle veut sans doute me
projeter ; elle dploie une force incroyable pour me faire
lacher. J'ai mes jambes autour de sa taille et mes bras
autour de son cou. Elle me mort et me frappe. Finalement
elle russit  glisser un bras entre moi et elle et parvient
 me repousser. Sentant qu'elle va gagner je tente le tout
pour le tout, je lance une de mes jambes dans une des ailes
de son abeille. Ma jambe est broye et des gicles de sang
nous claboussent. L'abeille est compltement dstabilise
et navila panique. Elle freine et se rapproche du sol.
Nous partons en vrille. Elle tente de revenir en vol stationnaire,
mais alors que nous avons perdu beaucoup de vitesse, nous
nous crasons tout de mme dans le gazon du parc. Je lche
prise et roule sur plusieurs dizaines de mtres, elle fait
de mme un peu plus en avant.

Je pousse un long gmissement. Je vais perdre connaissance.
Mon bracelet clignote dans tous les sens. Je vois ma reprsentation
avec tous les points impacts. Ma jambe ampute, mon paule,
mon dos qui a souffert dans la chute, mon avant-bras gauche
sans doute fractur. Je ne peux plus bouger. C'est trange,
le bracelet semble me demander s'il doit faire une sauvegarde
et couper mes systmes vitaux. Je refuse ! Il passe alors
dans un autre mode ou il indique qu'il commande la scrtion
de tout un tas de choses  partir de mon cerveau et d'autres
glandes, sans doute des hormones contre la douleur, de l'adrnaline
ou apparente...

Je reste sans doute plusieurs minutes ou dizaine de minutes
 lutter contre l'vanouissement, puis un groupe de personne
arrive. Ils s'crient tous, coeurs par le triste spectacle.
J'entends une voix dire :

- Oh qu'elle mort affreuse, il a d tellement souffrir,
j'espre que son bracelet lui retirera ses souvenirs !

Je proteste avec toute la faible vhmence que je peux :

- Errrr !... pas mort !

Je tousse sous l'tonnement des personnes. Une personne
se dirige vers moi, puis une autre. Ce sont Erik et Pnople.
Pnople est affole :

- Franois ! Franois ! Je suis si dsole, on va te soigner,
surtout ne bouge pas.

Erik a toujours le mot pour rire :

- Ouais tu as inttt  rester bien tranquille, si tu te
barres en courant, je t'avertit ! Je suis plus ton pote
!

Il me fait sourire, ce qui rassure un peu Pnople. Mais
je dois rester concentr pour ne pas perdre connaissance.
Rapidement plusieurs appareils arrivent et m'entourent.
Je sens quelque chose sur ma jambe, et plusieurs piqres
 divers endroits. En quelques minutes je me sens dj mieux.
Ma vision devient moins trouble. Pnople me parle.

- J'ai fait venir des artificiels rpareurs, a te permettra
de tenir jusqu' ta mise--jour.

C'est incroyable, en quelques minutes je vois disparatre
sur le mode sant de mon bracelet les points problmatiques.
Quand je peux enfin regarder, je dcouvre que j'ai dsormais
une jambe artificielle et une sorte de pltre vivant  l'avant
bras. Mon paule elle aussi est protge par une prothse,
et il semble que ma colone, gravement blesse, soit en passe
d'tre remplace sur place par des fibres synthtiques.
Quinze minutes plus tard Pnople et Erik m'aident  me
relever, et je me sens comme un charme. Erik est stupfait
:

- Dis donc, c'est carrment pratique leur machin ! a va
?

- Je me sens un peu engourdi, j'ai encore un peu mal, mais
sinon oui a va.

Pnople n'ose pas me prendre dans ses bras, elle me fait
juste un baiser.

- C'est un mode de rparation d'appoint, c'est rapide mais
il faudra sans doute qu'on te regnre compltement si tu
veux un corps en bon tat, mais comme apparemment tu as
refus l'arrt, c'est ce que nous faisons habituellement.
J'ai aussi demand un vtement. Tiens, enfile a.

Erik ne comprends pas :

- L'arret ?

Je lui explique en enfilant la toge que m'a tendue Pnople
:

- Aprs mon atterrisage, le bracelet m'a propos de faire
une sauvegarde et de couper le jus.

Nous sommes entours par une foule de plus en plus dense.
Mais je suis curieux de l'tat de la fille.

- Elle est o la nana.

Pnople me rpond :

- Un peu plus loin l bas, au milieu des gens. Elle a moins
souffert que toi dans la chute, elle est aussi en train
d'tre rpare. Nous avons command des artificiels pour
la matriser si besoin, mais les rparateurs lui on inject
de quoi dormir.

Je m'avance doucement au milieu des gens qui s'cartent
pour me laisser passer. navila est debout, les yeux ferms,
entoure d'un ensemble de petits artificiels qui virevoltent
autour d'elle. Pnople vient  mes cts.

- Que vont-ils lui faire ?

- Dans un premier temps elle sera mise en dtention jusqu'
sa comparution. Les avis sont en train d'tre mis au courant.
Tout le monde penche pour un jugement devant le Congrs
au plus vite. Ils veulent te voir aussi, pour tenter de
comprendre. Mais dans un premier temps il vous faut vous
rtablir. Vous allez tre conduit au centre de tlportation
du Congrs pour une mise--jour, a prendra quelques heures.

- Je dois y aller maintenant ?

- Elle oui, de toute faon elle n'est pas consciente, en
ce qui te concerne Yamwreq, qui arrive, me fait savoir que
tu peux te reposer un peu avant. Mais il ne vaut mieux pas
tarder. Nous pouvons nous y rendre doucement, si tu te sens
de marcher ?

- Oh oui pas de problme, la rparation est trs efficace.

- N'hsite pas si tu ne te sens pas bien, j'imagine que
c'est assez difficile  vivre comme situation.

Erik intervient :

- Et oh c'est pas une fillette non plus ! On en a connu
d'autres, pas vrai !

Il fais mine de me donner une grande tape dans le dos, Pnople
touffe un cri, Erik rigole, puis redevient srieux quand
je lui demande  mon tour s'il va bien, aprs sa bataille
dans le couloir de l'htel, mai il n'a pas eu plus que quelques
contusions. Il me demande ensuite :

- C'est qui alors cette fille ?

- C'est elle qui m'a donn le bracelet, au tout dbut, 
Paris.

Pnople me prend par le bras et nous commenons  marcher
doucement :

- Tu l'as revue  d'autres moments ?

- Non, je ne l'ai vue que deux fois, une premire fois dans
un parc quand je faisais mon footing, et la seconde fois
quand je lui ai courue aprs et qu'elle a perdu ce fameux
bracelet.

Erik est perplexe :

- Il y a donc bien plus qu'une concidence entre elle, toi,
l'autre fille et tout ce bazar. Mais pourquoi t'en veut-elle
autant ? En plus c'est compltement illogique, il ne faut
pas dix minutes ici mme compltement dchiquet pour te
remettre sur pied !

Pnople rpond :

- On dirait qu'elle veut se venger de quelque chose, peut-tre
se satisfait-elle simplement de le faire souffrir. Tu es
vraiment sur Franois que tu ne lui as rien fait ?

- Pas que je sache en tout cas.

Nous marchons doucement dans le parc vers la sortie quand
Yamwreq, Moln et toute la troupe noue rejoigne. J'explique
rapidement  tout ce beau monde que cette fille est la source
de toute cette histoire, mais que je n'en sais pas beaucoup
plus. Nous nous remettons en route, Yamwreq dcrit le peu
qu'il a trouv :

- J'avais dj rencontre cette navila aux cts de Gwenola,
il y a quelques annes, elle tait encore bien jeune  l'poque,
mais dj trs dtermine. J'ai fait quelques recherches
supplmentaires rapides sur elle, apparemment aucun lien
avec l'autre fille, hypothtiquement appele Sarah. Mais
la encore nous ne pouvons tre sr de rien.

Pnople est curieuse :

- Pourquoi sr de rien ?

Yamwreq a une seconde d'hsitation, puis explique :

- Nous avons dcouvert que certaines donnes concernant
cette Sarah sont manipules, nous ne savons pas pourquoi.
Nous voulions avec Guewour tenter de trouver plus d'indices,
mais la situation empirant, je crois que c'est inutile de
garder cette affaire pour nous dsormais.

Pnople veut en savoir plus :

- Mais manipules de quelle manire ?

Yamwreq s'impatiente un peu, voulant sans doute poursuivre
:

- Elles sont fausses, par exemple cette aprs-midi notre
communication avec cette Sarah tait fausse. Par chance
j'avais un ami  ct de l'endroit o elle tait cense
se trouver, et les bracelets donnaient l'illusion de sa
prsence. Enfin bref, il semble que cette navila et cette
Sarah ne se soient jamais rencontre. Concernant navila,
elle a  peine seize ans et vit principalement sur les plantes
rebelles, elle devait comparatre dans les jours qui viennent
en mme temps que Gwenola pour expliquer certains outrepassement
qu'elle commet rgulirement. Normalement vu son ge elle
doit retourner sur sa plante initiale, Stycchia, tous les
trois...

Nous nous arrtons presque tous, stupfaits :

- Stycchia !

Yamwreq ne comprends pas :

- Oui Stycchia, pourquoi, c'est une plante qui n'a rien
de partic... Ah mais oui ! C'est l que vous tes apparus
!

Iurt confirme :

- Oui, c'est bien le cas, mais est-ce que a peut-tre une
concidence ? Est-ce que cette navila aurait pu arranger
cette arrive ?

Yamwreq poursuit :

- Ce n'est peut-tre qu'une concidence, navila comparait
justement parce qu'elle ne respecte pas la limite des trois
mois maximum de sjour hors de son initial. Elle ne suit
pas ses tudes, son bracelet est restreint et pourtant elle
parvient  passer au del des limitations. Le Congrs s'inquite
de cette dfaillance. Voil plus de six mois qu'elle n'est
pas retourne sur Stycchia, quand y tes-vous arrivs ?

Pnople rponds :

- Il y a six mois environ.

Erik tente de dduire :

- Elle nous aurait faits arriver sur Stycchia juste avant
de partir ? Mais dans quel but ?

Yamwreq est perplexe :

- Personnellement je n'y crois pas trop, cette gamine est
trop impulsive  mon avis. Par contre il se peut que cette
Sarah en soit  l'origine, peut-tre voulait-elle justement
que vous vous recontriez.

Je ne comprends pas moi non plus :

- Mais dans quel but ? Cette Sarah m'a aid sur Terre, mais
jamais elle ne m'a vraiment dirig,  part si elle le faisait
dans l'ombre. Mais elle avait juste tendance  m'aider quand
j'en avais besoin.

Erik labore une thorie :

- Peut-tre que cette Sarah et cette navila ne sont pas
ensemble, mais opposes. navila t'aurait fil le bracelet
pour une raison ou pour une autre, te mettant dans la merde,
et derrire Sarah a tent de te venir en aide, peut-tre
pour retrouver navila ou lui tendre un pige, d'o ta prsence
sur Stycchia. Et peut-tre que cette lune o nous tions
tait aussi un lieu connu d'navila ?

Je reste pensif. navila m'en voulait depuis le dbut, depuis
le jour o elle m'ait saut dessus dans le parc. Le bracelet
tait sans doute dj part de sa vengeance. Le bracelet
devait me faire remarquer par les hommes de l'organisation,
 moins qu'il ne dt que provoquer ma mort ou mon asservissement
par son action. Et ma pierre ! Cette histoire est dmente,
je n'y comprends rien ! D'o venait cette pierre ! Comment
ai-je pu la trouver par hasard, c'est impossible ! On pourrait
admettre toutefois que la pierre tait juste un effet placebo,
et qu'elle m'a permit de me passer du bracelet...

- Franois ?

Pnople me sort de mes penses.

- Tu m'avais racont que sur Terre, les personnes qui te
poursuivaient te repprochaient en ralit  toi de leur
en vouloir ?

- Oui tout  fait, en Australie aprs ma capture, juste
avant que Sarah ne me vienne en aide pour la premire fois,
elles m'ont demand pourquoi je m'acharnais. Sans doute
navila est-elle du mme bord que ces personnes. Elle voulait
se venger de quelque chose. Erik doit avoir raison, Sarah
et navila sont opposes. Mais quel sont leurs buts respectifs
?

Yamwreq reprend la parole :

- Officiellement navila s'est toujours battue pour l'indpendance
des plantes rebelles. Elle est monte trs rapidement dans
les chellons officeux sur les plantes rebelles. Elle a
toujours dmontr une intelligence et une technique remarquable,
mme si son caractre impulsif et irrflchi lui a caus
ennui sur ennui. Il est difficile de croire qu'elle chrisse
un autre but que l'indpendance des plantes rebelles. On
peut imaginer que Sarah participe  une commission cache
charg d'tudier, ou surveiller l'activit des plantes
rebelles, toujours  la limite des rgles de la Congrgation.

- Et moi dans l'histoire ? Et la Terre ?

- Nous en rediscuterons, peut-tre devant le Congrs, mais
il est possible, je ne sais par quel moyen. que les plantes
rebelles aient pu d'une faon ou d'une autre crer une plante
indpendante pour raliser leur rve, et qu'elle soit rester
cache de la Congrgation. Vous n'auriez t alors que malencontreusement
entran dans cette histoire par un jeu de concidences
facheuses. Peut-tre que Sarah ayant dcouvert cette plante,
navila voulut s'en dbarasser, ou je ne sais quoi d'autre.

Pnople rtorque :

- Mais la Terre est peuple par les hommes depuis bien plus
longtemps que l'existence mme des plantes rebelles !

Yamwreq est plus partag :

- Ils ont peut-tre tout cr artificiellement, qui sait
?

Nous arrivons doucement au centre de tlportation du Congrs.
navila est dj dans un des tubes. Je m'installe dans l'un
d'eux.

- Combien de temps je vais rester l-dedans ?

Moln intervient :

- Nous allons faire un diagnostic pour avoir une ide. Je
vais referm le tube une premire fois pour une analyse,
a ne prendra que quelques minutes.

Le tube se referme, je me dtends et ferme les yeux. Malgr
les prothses je me sens tout de mme pas au mieux de ma
forme. Je suis puis. Je m'endors presque quand finalement
le tube s'ouvre.

Moln reprend la parole :

- C'est plus grave que ce que je pensais. Il faut refaire
toute la colonne. L'indicateur donne dix-huit heures comme
dure. Une autre possibilit est de prendre un nouveau clone,
mais dans ce cas il y en aura pour trois jours. Par contre
alors tu peux rester avec nous jusqu' ce que le clone soit
prt.

Guewour prend la parole :

- Peut-tre que c'est mieux comme a, ainsi on pourrait
passer au Congrs ds aujourd'hui ?

Je ne suis pas trop pour rester pendant trois jours dans
cet tat bancal.

- Je prfrerais tre rpar au plus vite, en ce qui me
concerne.

Yamwreq donne son avis :

- C'est peut-tre mieux ainsi, rien ne sert de nous prcipiter.
navila sera maintenue en sommeil jusqu' la session. Prenons
la journe de demain pour mettre un peu d'ordre dans les
vnements.

Moln me demande si je veux attendre encore un peu avant
l'intervention. Je dis simplement qu'un baiser de Pnople
sera mon dernier souhait. Je suis puis et je n'attends
qu'un peu de rpis. Pnople sourit et s'approche. Elle
se penche et m'embrasse tendrement. Elle me dit doucement
:

- Je veille sur toi, dors, repose-toi.

Je n'en demande pas plus, le tube n'a mme pas le temps
de se refermer que, relachant la pression, je m'endors d'un
trait.

Je rve d'navila... Je sais ton nom, dsormais.

Le rveil est toujours un peu laborieux. Seule Pnople
est l pour m'accueillir.

- Alors, remis  neuf ?

- Ma foi, a a l'air d'aller. Alors quoi de neuf ?

Je me lve doucement, Pnople me tends un vtement, un
pantalon un peu serr noir et une veste ample marron, comme
j'aime.

- Tu es rest vingt-deux heures, un peu plus que prvu.
Les autres sont rentrs  l'htel quand ils ont vu que ce
serait plus long. Nous avons hsit  te laisser la nuit
en plus, mais j'avoue que j'ai prfr attendre pour la
passer avec toi.

- Nous retournons  l'htel ?

Elle hsite :

- Non, tu es bloqu ici, n'oublie pas que toi-aussi tu as
fait un beau scandale il y a deux jours. Nous avons une
petite chambre dans le btiment.

- Je n'ai pas vraiment sommeil, mais pour un clin sans
problme.

Elle sourit. Je regarde le tube o se trouve navila.

- Elle est toujours l ?

- Oui, vous serez tous les deux demains devant le Congrs.

Nous quittons la pice et Pnople me guide jusqu' la douillette
chambre. Une fois entr, je pousse Pnople sur le lit et
l'embrasse sauvagement.

- Alors, que s'est-il pass depuis hier ?

Je lui mordille l'oreille, laisse glisser mes mains sur
ses seins puis le long de sa jambe.

- Dis-moi ! a te met en forme la rparation ! C'est vrai
que nous avons une partie en suspend. Il ne s'est pas pass
grand chose. Principalement la Congrgation s'est mue de
ton accident. Maintenant tout le monde est au courant que...

Elle s'arrte pour pousser un gmissement quand je glisse
ma main dans son pantalon et deux doigts dans son sexe.

- Au courant que ?

- Comment veux-tu que je reste calme si tu m'embtes !

- Voyons, c'est rien du tout...

Je lui retire son haut moulant, lui caresse les seins et
la retourne sur le dos, entreprenant un dbut de massage.

- Oh oui un massage, oh... Tout le monde commence  se poser
des questions sur les bracelets, sur pourquoi cette fille
parvient  passer outre.

J'exprimente quelque nouvelles techniques de massage des
paules.

- Tu aimes a ?... Mais le Congrs a-t-il dj pris une
dcision ?

- C'est pas mal oui, un peu plus fort peut-tre... Non pas
encore, ils ont aujourd'hui remis  plus tard les affaires
en cours et rassembl les lements vous concernant. Yamwreq
a racont son histoire avec... Oh c'est pas mal a ! Un
peu plus bas, oh c'est super...

- Yamvreq ?

- Oui son histoire avec cette Sarah o il pense avoir t
bern par les artificiels. Je peux te dire, tout le monde
en parle dsormais. J'ai mme ma mre qui m'a appel pour
me dire que je ferais bien de rentrer sur Stycchia, que
je ne devrais pas rester avec toi.

- Ta mre prend encore soin de toi !

- Oh je crois que je pourrais vivre dix mille ans qu'elle
me croirait encore irresponsable et immature !

Je passe doucement ma main sous son ventre pour lui retirer
son pantalon, elle se laisse faire sans dire mot. C'est
tout de mme un peu dommage cette technologie, plus du tout
la surprise de dcouvrir un tanga vocateur aux jolies broderies...
Je n'en suis pas moins motiv pour autant  la vue de ses
superbes fesses

- Et pour les jeunes qui taient avec elle ?

J'entreprens un massage des fesses et des cuisses.

- Et c'est pas mal a !... Ils sont aussi aux arrts, dans
l'htel. Il semble que contrairement  navila, ils ne puissent
pas djouer les bracelets.

Je m'arrte et reste pensif.

- Cette histoire est tout de mme incomprhensible.

- Eh ! Ne t'arrte pas !... Pour les jeunes c'est assez
logique, ils suivaient corps et mes navila, a priori c'est
elle l'instigatrice de tout ce bazar. D'aprs que nous avons
dduit, elle tait dans le mme htel que nous, et suite
 ton accrochage en abeille, elle t'a sans doute vu et reconnu.
Sachant que tu tais dans le mme htel, elle est rentre
de nuit pour s'en prendre  toi.

Je reprends mon massage, mais je ne pense maintenant plus
qu' cette histoire. Je me laisse finalement rouler sur
le ct et m'allonge sur le dos.

- Mais pourquoi m'en veut-elle et pourquoi cherchait-elle
 me tuer, c'est pas logique !

- Et tu ne vas tout de mme pas me laisser comme a !...
Il semble que cette fille n'ait jamais eut un comportement
trs logique, elle agit sous ses impulsions, elle est tonnament
doue pour de nombreuses choses, notamment le combat ou
le pilotage, mais elle est incapable de se contrler. Elle
t'en veut pour quelque chose. Et je t'avoue que voyant sa
rage je me pose moi-aussi des questions. Peut-tre as-tu
un sosie ou mme as-tu oubli une partie de ton pass.

Elle se glisse doucement vers moi et m'embrasse doucement
sur la joue.

- Tu n'as plus envie ?...

Je mets mes proccupations de ct pour lui ressauter dessus...

Mais elles reviendront bien vite une fois Pnople endormie
sur mon paule. Je n'ai moi pas beaucoup sommeil, et je
suis trs frustr de ne pas y voir plus clair, de ne pas
trouver un hypothse qui me convienne. Ah je n'ai pas demand
 Pnople de m'expliquer l'histoire de ces plantes rebelles.
Un groupe de plante qui veut son indpendance. navila
lutte pour cette cause. La Terre est peut-tre une ancienne
plante elle-mme indpendante o ils se sont infiltrs.
Pour je ne sais qu'elle raison navila pense que je suis
une personne de la Congrgation avec pour objectif de rvler
l'existence de la Terre. Elle me donne le bracelet pour
me neutraliser. a ne fonctionne pas et alors des hommes
tentent de me faire taire, mais je parviens  m'en sortir
et je commence  faire des remous. Peut-tre qu' cause
de moi cette Sarah a pu dcouvrir l'existence de la Terre.
Elle tente alors de m'aider, pour avoir plus de preuves
sur la prsence d'intrus sur la Terre. Une fois qu'elle
a ses preuves, elle quitte la Terre et c'est alors que nous
sommes enlevs par l'organisation. Cette lune serait une
sorte de prison, nous parvenons  nous chapper, et nous
arrivons sur Stycchia, non pas parce qu'ils voulaient que
nous arrivions l, mais peut-tre que c'est justement via
ce tlporteur qu'navila arrivait sur la lune. Il tait
inutilis et ils l'ont dtourn pour s'en servir. Ce qui
explique pourquoi nous sommes arrivs sur cette plante.
Mais pourquoi avoir dtourn Naoma ? Sans doute voulaient-ils
m'avoir moi mais ont-ils commis une erreur. Mais pourquoi
voulait-elle me tuer ? Peut-tre ne le voulait-elle pas
compltement, peut-tre voulait-elle juste me tuer temporairement,
rcuprer mon bracelet et me rematrialiser avant que quelqu'un
d'autre ne le fasse, bloquant ainsi ma rinitialisation
ici...

C'est sur cette hypthse que je m'endors finalement, serrant
un peu plus fort Pnople dans mes bras... Je rve de Mandrake,
de Guillaume, de Daouda, Pixel, et de Pnople, de mon ancienne
vie et de ma nouvelle, dans d'invraisemblables superpositions...
Il me faudra sans doute choisir  un moment, entre cette
nouvelle vie et mon ancienne... Pourrais-je rellement supporter
de vivre de nouveau sur Terre aprs tout ce que j'ai vu
ici ?

Pnople se rveille plusieurs fois dans la nuit, pour se
rapprocher et me faire un baiser sur la joue. Sans doute
craint-elle de cette confrontation au Congrs.

Mon troisime jour sur Adama aprs un furtif deuxime dbutera
tt, et je fais prparer sans bruit un copieux petit djeuner
pour Pnople et moi que je rveille doucement en faisant
ouvrir doucement la grande fentre avec vue sur le parc.
Elle se plains doucement :

- Mmmm... Reviens prs de moi.

Je me glisse  ct d'elle. Elle s'allonge sur mon torse.

- Oh, a sera dur sans toi...

Je la serre contre moi et lui fait un baiser sur les cheveux.

- Eh ! Nous ne sommes pas encore spars !... Djenons,
cette journe sera sans doute aussi longue que notre premire
ici.

Nous mangeons avec apptit, profitant une fois de plus l'un
de l'autre, pas trs sr du moment o nous pourrons de nouveau
nous retrouver ensemble. Erik et Guerd appellent un peu
aprs, pour nous proposer de venir prendre le petit-djeuner
avec nous. Nous leur indiquons que nous avons dj manger
un peu mais que nous pouvons tout de mme nous rejoindre
ici pour discuter un peu.

Il est encore tt. Malheureusement je ne peux pas sortir
du btiment, nous n'aurons donc pas droit  une promenade
matinale dans le superbe parc. J'tais pourtant curieux
de voir les traces de mon prilleux atterrissage de l'avant-veille.
Qu'importe, nous allons dans la grande salle de repos o
Yamwreq nous rejoint quelques minutes plus tard. Il salue
plusieurs personnes puis demande s'il peut se joindre 
nous. Nous l'acceuillons avec plaisir. Je lui demande comment
va se passer notre audition :

- Et bien aprs un rappel sommaire des faits, toi et cette
fille vous devrez rpondre aux diffrentes questions de
toutes les personnes intervenantes.

- Erik ne sera pas l ?

- Il sera prsent mais nous ne traiterons pas aujourd'hui
de votre intgration, celle-ci tait prvue plus tard et
a t ajourne pour l'instant. L'affaire prsente tant
beaucoup plus grave et urgente.

- Mais qui participe exactement au Congrs ?

- C'est assez libre mais ce sont des personnes qui reprsentent
des avis, souvent la rpartition se fait par plante. Il
y a gnralement environ trois cents personnes, aurjoud'hui
nous serons sans doute plutt de l'ordre de six cents. Virtuellement
toute la Congrgation peut y assister et y participer. Les
artificiels synththisent et ordonnent les questions les
plus frquentes ou pertinentes, et gnralement Goriodon
les pose en personne. S'il est absent d'autres personnes
peuvent le remplacer, ce rle est plus honorifique qu'autre
chose.

Pnople remarque :

- C'est encore bas sur les artificiels...

Yamwreq le reconnait :

- Il y a peu de chose que nous faisons sans leur aide, ils
sont presque partis de nous, c'est aussi la raison pour
laquelle un dfaut dans le systme est d'une trs grande
importance, car l'ensemble de notre fonctionnement devrait
tre remis en question. Mais comment pourrions-nous rsumer
et prendre en compte les milliards de questions potentielles
que les gens se posent sans une aide artificielle ? Ce serait
revenir  un ordre hirarchique et autoritaire datant d'un
lointain pass.

- Mais si le systme s'avre rellement corrompu ?

- Les artificiels ne forment pas uniquement un tout, n'oublions
pas que ce ne sont que des machines, trs intelligentes
et prsentes de partout, certes, mais des machines. Et mme
si j'avoue ne pas savoir comment nous devrions nous y prendre,
j'imagine que nous pouvons nous sparer de certaines parties
sans mettre en pril l'ensemble.

Yamwreq fait une pause, semble hsiter, puis dit finalement
:

- Sur les plantes rebelles nous apprenons  utiliser des
modles autonomes non connects pour pouvoir vivre sans
assistance artificielle.

La voix d'Erik nous coupe.

- Alors on glande ?

Erik, Guerd et les autres nous entoure, nous nous levons
pour dire bonjour. Je parle  Erik en anglais :

- Salut Erik, comment tu vas ?

- C'est  toi qu'il faut le demander, t'es tout neuf.

- Ben on dirait ouais.

Yamwreq interroge Pnople :

- Quelle langue parlent-ils ?

- C'est une langue de chez eux, nous ne l'avons pas disponible.

Nous cartons le cercle et deux tables s'approchent  la
demande de Pnople. Un petit robot artificiel apporte au
bout de quelques minutes les commandes que chacun  passer
individuellement. J'ai juste pris un de ces petits pains
un peu dur sucr-sal, je les aime bien. Pnople ne commande
rien. Yamwreq s'excuse au bout de quelques minutes, devant
rejoindre je ne sais qui. Je lui demande avant qu'il ne
parte.

- Quand devons-nous aller au Congrs ?

- Finissez tranquillement de djeuner et rendez-vous y ensuite,
nous commencerons dans la matine.

- Ah ? Il n'y a pas d'horaire fixe ?

- Non non c'est assez libre... La prcipitation rsout souvent
mal les problmes.

Yamwreq s'apprte  partir quand navila arrive dans la
pice avec trois personnes. Elle crie et trpigne :

- Virez-moi ces saloperies de bordel de limiteur ou je casse
tout !

Je me retourne, elle m'aperoit.

- Toi ! Je vais te massacrer, tratre !

Une voix autoritaire et forte  faire trembler les mur rsonne
et fait taire navila.

- a suffit !

Une grande femme, sans doute plus d'un mtre quatre vingt,
entre magistralement dans la salle. Pnople me souffle
doucement :

- Gwnola...

Elle s'avance vers nous. Je me lve. Yamwreq qui allait
partir revient doucement vers nous. Elle s'incline vers
moi.

- Je ne pourrais jamais assez m'excuser du tord qu'elle
vous  causer, j'espre que vous n'associerez pas ce personnage
aux plantes rebelle.

navila proteste :

- Gwnola ! C'est un tratre, ils nous as tra...

Gwnola qui s'tait penche pour nous saluer se redresse,
elle est vraiment trs grande, et avec ses chaussures fait
presque la mme hauteur que Yamwreq. Je comprends qu'ils
aient pu former un couple. Elle coupe navila d'une voix
forte :

- TU nous as trahi ! TU t'es montre indigne, comme tant
de fois, de la cause que nous reprsentons ! Et TU en rpondras
devant le conseil ! Mais ne compte pas sur ma clmence !
Maintenant va !

navila lui lance des clairs de colre par ses yeux brillants.
Les trois personnes l'accompagnant la font s'asseoir un
peu plus loin. Elle ne commande rien.

Gwenola nous salue de nouveau et s'loigne. Yamwreq fait
un geste vers elle, mais elle a un petit mouvement de la
main suggrant qu'elle refuse son invitation, sans doute
ont-ils eu une communication prive. C'est amusant de voir
comment les petits gestent trahissent. Yamwreq ne nous salue
mme pas et s'en va alors d'un pas press, de toute vidence
bless par le refus de sa belle.

J'hsite quelques secondes, puis je me lve et me dirige
vers navila. Pnople m'interpelle :

- O vas-tu ?

- Discuter.

- Tu es fou, reviens !

Elle se lve pour me rejoindre, mais Erik la retiens :

- Laisse, il les a toujours aimes un peu farouche.

Pnople se rassoit, inquite et nerve.

Je m'approche d'navila et m'assois en face d'elle. Elle
est entoure des petits artificiels qui limitent ses mouvements.
Les trois personnes avec elle discutent sur la table d'
ct en djeunant, ils  ne font pas attention  nous.

- Salut.

- Qu'est-ce que tu veux, casse-toi avant que je ne te rduise
en bouilli.

- Pourquoi est-ce que tu m'en veux ?

Elle crie :

- Tu oses le demander ! Si j'avais pas ces trucs je te jure
que je te casserai la gueule  coup de table !

- Au lieu de t'gosiller comme un rhinocros en chaleur,
il ne te viendrait pas  l'ide que tu puisses te tromper
sur moi ? Qui t'a renseign ?

- C'est pas tes affaires, retourne avec ta maman avant que
je te pte les dents.

- Il se trouve qu'aujourd'hui c'est plutt toi qu'on va
renvoyer prs de maman. Tu es d'autant plus stupide que
je veux bien t'aider, et en plus tu devras rpondre  ces
questions devant le conseil dans quelques minutes...

- C'est ce qu'on va voir, je les emmerde.

- Oui je l'ai bien compris, tu les emmerde eux, moi, la
Congrgation et le reste de l'univers, mais qu'est-ce que
a t'apporte ? a t'avance vachement, non ?

- Ta gueule ! Je sais que c'est toi ! C'est toi qui a tout
foutu en l'air, alors barre-toi, et fais gaffe parce que
la prochaine fois que je te chope tu ne t'en sortiras pas
aussi bien.

Je reste pensif un instant. Puis je me lve et retourne
m'asseoir prs de Pnople.

- Alors, c'est dans la poche ?

Pnople lance des regards noirs  Erik.

- Sans doute pas pour ce soir, mais demain j'ai mes chances.

Erik rigole. Je poursuis :

- Elle est compltement borne, elle est persuade que j'ai
foutu en l'air je ne sais pas quoi, et elle n'en dmors
pas, et accessoirement elle emmerde tout le monde.

Iurt commente :

- navila a toujours t d'un caractre un peu difficile.

Je suis tonn :

- Tu l'as connais ?

- J'ai eu indirectement affaire  sa mre plusieurs fois
dj sur Stycchia, suite aux prcdents problmes qu'elle
a dj crs. Mais je ne la connais pas personnellement.
Beaucoup de jeunes de la Congrgation sont turbulents, mais
force est de constater qu'elle atteint des sommets.

Ils terminent doucement leurs petits-djeuners. Je m'impatiente
un peu :

- On n'y va ?

Erik est d'accord.

- Oui allons-y !

Iurt est moins catgorique :

- Il est encore un peu tt, il n'y a pas encore grand monde
sur place.

Je me lve :

- Et bien, a les fera arriver !

Erik se lve, Guerd fait de mme. Pnople fait la forte
tte un instant, dans la mesure sans doute o elle n'est
pas  l'initiative du mouvement, puis, voyant que Moln et
Ulri se joignent aussi  nous, elle accepte ma main tendue.

Je m'arrte en face d'navila, je lui fais un signe de la
tte, pour l'inviter avec nous. Pnople me lche la main.
navila me fait un signe, elle lve la main et carte les
doigts de faons  joindre l'auriculaire avec l'annulaire,
et le majeur avec l'index, en cartant le pouce. Pnople
revient et me souffle  l'oreille :

- a veut dire: "Va te faire foutre".

Nous reprenons notre marche :

- a vient d'o ?

- C'est trs ancien, c'est pour reprsenter les trois gros
doigts des reptiliens, en gros elle te signifie que pour
elle tu ne vaut pas mieux qu'un reptile.

- C'est marrant.

Nous avanons jusqu' la sortie du btiment. Pnople m'indique
que je peux sortir pour me rendre au Congrs dans la mesure
o ils viennent avec moi. Nous traversons tranquillement
le grand parc sur une grande alle en terre battue. Il nous
faut une vingtaine de minutes pour arriver devant le lieu
o sige le Congrs.

Le Congrs
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C'est trs impressionnant, ce n'est pas du tout un lieu
futuriste, mais je commence  prendre l'habitude des gots
rustiques de cette Congrgation. Nous arrivons en grimpant
sur une petite collines dont le centre est form par des
immenses arnes de pierre, qui ressemblent un peu aux stades
antiques. Au centre ce trouve la mythique place d'Eryas,
lieu du martyr de Guerrok. Un immense croix se dresse au
centre, rappelant  tous l'vnement qui changea l'histoire
des hommes. C'est troublant de voir ce symbole, qui est
peut-tre un des liens entre ce monde et la Terre. Entre
les guerres qu'il a provoqu ici comme l-bas. Dieu, serais-tu
prsent ici ? Ou biense pourrait-il que ces hommes soient
ceux qui se cachent derrire toi ? Se pourrait-il que la
Terre soit leur terrain de jeu ?

- Bordel, si je m'attendais  trouver a ici !

Erik est surpris, il ne connais pas les dtails du martyr
de Guerrok, je lui rappelle brivement notre discussion
avec Hur et Rono en compltant un peu.

Il y a dj des centaines de personnes prsente. L'une d'elle
est debout et arpente la place en s'addressant au public.

- On n'entend rien.

- C'est parce que tu n'as pas ton bracelet, mais tu entendras
mieux une fois assis, la voix est aussi relaye par les
siges.

- O dois-je m'asseoir,  ce propos ?

Iurt prend la parole :

- Je crois que l'on nous a rserv cette portion, l.

Une range est vide, presque tout en bas. Nous descendons
les grandes marches en pierre, puis allons nous asseoir
sur les bancs, toujours en pierre, pas trs confortables,
mais j'imagine qu'ici le but n'est pas de faire la sieste.
Une fois assis j'entends en effet beaucoup mieux la personne
qui parle au centre. Il est question de renouvellement de
la structure du Congrs. Pnople m'indique que, comme dans
tout systme, certaines personnes ne sont pas satisfaite
de l'action de Goriodon et voudraient voir la tte de la
Congrgation changer plus souvent. Rgulirement les jugements
du conseil et les avis de Goriodon, qui ne sont pourtant
souvent que le reflet des avis de la Congrgation, enflamme
certains opposants qui se lance dans des diatribes capricieuses.

Une personne se prsente devant nous, c'est un homme assez
grand, habill avec une toge violette, d'apparence g.
Il nous salue poliment, je me lve pour le saluer. Puis
il retourne s'asseoir au milieu d'une range, un peu plus
loin sur notre droite.

- C'est Goriodon.

Pnople me souffle virtuellement, je suis tonn par tant
de simplicit. Quelques minutes plus tard Yamwreq descend
les marches  l'oppos de l'arne et s'installe. Encore
une dizaine de minutes et la majestueuse Gwnola fait son
apparition. Yamwreq la suit des yeux, esprant sans doute
ne serait-ce qu'un regard, mais non...

- Il est compltement accro...

Je pense tout haut, mais tout le monde se retourne vers
moi le regard mchant. Erik clate de rire, Pnople touffe
un sourire et me parle via son bracelet :

- Pas de bavardage, ici, tout est relay, garde tes commentaires
pour toi... Mais je suis d'accord, il est accro... Si tu
veux me parler, fais comme si tu avais ton bracelet, le
sige se comporte pareil.

- Ok merci, tu aurais pu me le dire avant.

- Dsole...

navila arrive juste aprs Gwnola, elle s'assoit sur la
mme range que nous,  quelques mtres de moi, seule. La
personne sur la place parle toujours, mais la foule s'impatiente,
et finalement une personne l'interrompt et signifie qu'un
affaire plus importante pourrait dbuter. La personne quitte
alors la place pour aller se rasseoir.

Goriodon se lve et prend la parole :

- Mes amis, nous avons rien ordonn les lments concernant
cette affaire complique. Aujoud'hui nous avons la chance
d'avoir parmi nous navila et Ylraw, principaux protagonistes
des troubles qui ont perturb notre tranquillit. Plusieurs
zones d'ombre persistent pour rentre cette histoire claire.
Je propose que nous rordonnions les faits en nous arrtant
sur les points inexpliqus.

Rapidement apparat en plus de ma vision des petis pictogrammes
bleus et verts. Pnople m'explique que c'est une estimation
des avis. Le bleus signifiant les avis plutt en faveur
de ce que vient de dire Goriodon, le vert plutt contre.
La signification de ces couleurs remontent, une fois de
plus,  la priode reptilienne, le vert tant la couleur
des reptiles et le bleu, la couleur de l'eau, dont ils avaient
peur. Suite  la demande de Goriodon, qui est plus une proposition
de marche  suivre, une large majorit de bleu indique que
l'on va procder suivant sa recommendation. Goriodon poursuit
:

- Les informations recoupes situent le premier du deuxime
du quatrime de la prsente anne 12624 votre premire apparition
aux habitants du villages Srans, dont nous avons ici le
reprsentant, Iurt, ainsi que plusieurs membres.

Pnople complte les explications qu'elles m'avaient dj
faites  propos du dcompte du temps dans la Congrgation.
Celui-ci est compt en fonction de l'anne d'Adama. Elle
contient cinq cent dix-neuf jours rpartis en cinq priodes
de quatre-vingt-sept jours et une de quatre-vingt-quatre
jours. Chacune des priodes tant elle-mme divise en six
autres sous-priodes qui ont en alternance quinze et quatorze
jours, sauf pendant la dernire priode, o les sous-priodes
ont toutes quatorze jours, pour tomber sur cinq cent dix-neuf
jours dans l'anne. Bref, nous n'avons rien  leur envier
avec nos mois  trente ou trente-et-un jour, c'est tout
aussi compliqu... Par curiosit je lui demande le temps
de rotation de la lune autour d'Adama. Elle confirme mes
suspicion sur le fait que par le pass il y avait un second
calendrier bas sur les mois lunaires, qui durent cinquante-quatre
jours. Ce calendrier allait en complment avec les siximes,
puis ce dernier fut dclar seul officiel, et l'autre calendrier
tomba en dsutude.

- Notre premire question sera de savoir d'o vous veniez
?

Pnople me signifie intrieurement que c'est  moi. Je
me lve. J'hsite  raconter tout depuis le dbut, mais
je prfre finalement rest concis :

- Nous venions, Erik, Naoma et moi, d'une sorte de lune
dont des hommes habitent le sous-sol et fabriquent des avions
de combat.

Quand quelqu'un parle, un petit indicateur donne le niveau
de confiance dans ce qu'il dit. Mon niveau est presque compltement
bleu, signifiant que je suis sincre. Quelques secondes
s'coulent. Goriodon me demande :

- O se trouve cette lune ?

- Je ne le sais pas.

- Que faisiez-vous l-bas ?

- Nous tions retenus prisonniers.

- Pour quelle raison ?

- Je l'ignore.

- Depuis combien de temps tiez-vous prisonniers ?

- Une dizaine de jours.

- O tiez-vous auparavant ?

- Nous tions sur notre plante originelle, que nous appellons
la Terre

Je tente d'utiliser le mot pour dire terre dans leur langue.

- O se trouve cette plante ?

- Je l'ignore.

De nouveau un silence. Je prends finalement la parole.

- Mais peut-tre aimeriez-vous que je dtaille plus prcisment
les origines de cette histoire ?

Je ne prends mme pas le temps d'attendre une rponse quand
je vois qu'un immense majorit accpete ma proposition. Je
me lance donc dans l'histoire. Pnople me fait tout de
mme remarquer que la coutume veut que Goriodon ou une autre
personne donne la parole, mme si les avis sont favorables.
Dans un premier temps, je dtaille la Terre, l'tat de la
plante, son contexte technologique et politique, sa structuration
en pays, les diffrentes problmatiques. J'essaie de faire
le plus de similitude possible avec ce que je connais de
leur histoire. Tout est facilit car mes images mentales
sont projetes et chacun peut voir les scnes que je dcris.
Goriodon me pose de multiples question pour claircir certains
points qu'ils ne comprennent pas, notamment sur la rpartition
des pouvoir, les diffrences Nord-Sud, la relation  la
nature, la religion... Je leur rappelle tout de mme rgulirement
que certains lments ne sont pas indispensables  la comprhension
de la suite et nous feraient perdre du temps, et qu'il serait
plus opportum d'en repousser l'examen pour la sance future
consacre  notre intgration dans la communaut.

Bref, je passe tout de mme plus d'une heure, peut-tre
deux,  leur dtailler la Terre et ma vie de tous les jours
 Paris. L'indicateur de sincrit reste au bleu fixe. J'en
arrive enfin  l'histoire proprement dite, je leur raconte
alors ma premire rencontre avec navila, dans le parc.

- C'est faux ! Je ne suis jamais alle sur cette plante
!

Elle est sincre, son indicateur est formel, tout comme
le mien. Une nouvelle couleur, orange, que je n'avais pas
remarque auparavant remplie l'indicateur de position du
Congrs, sans doute pour signifier les indcis. Goriodon
prend la parole :

- Bien, voil notre premire nigme. Ylraw, quand se situait
cet vnement ?

- Les jours de la Terre ne sont sans doute pas tout  fait
les mme qu'ici, mais leur diffrence ne doit pas dpasser
quelques heures. Par rapport  la date que vous avez dite
tout--l'heure,  laquelle nous avons t vu pour la premire
fois, il faut retirer environ cinq jours depuis lesquels
nous tions sur Stycchia, puis huit jours que nous avons
pass sur la lune, et enfin environ quatre-vingt-trois jours
passs sur la Terre.

- Bien, soit quatre-ving-seize jours  compter du premier
du deuxime du quatrime de cette anne. navila, pourrait-on
retracer vos activits entre, disons, le premier du dernier
du deuxime et le premier du deuxime du quatrime ?

navila prend la parole :

- Je suis reste sur Mriavos tout le deuxime, ce qui m'a
valut une premire sanction, d'ailleurs. Je suis rentre
sur Stycchia contrainte et force au dbut du troisime,
j'y suis reste deux sixme, ensuite je suis retourne
sur Mriavos et Ockonos jusqu'au dbut du dernier, j'ai
pass de nouveau trois siximes sur Stycchia, et depuis
le dbut du troisime du quatrime je suis sur Galandas.
Je suis arrive ici il y a cinq jours avec Gwnola.

Je ne comprends toujours absolument rien  leur histoire
de siximes qui ne veulent pas tous dire la mme chose,
et je ne me rends pas du tout compte  quoi a correspond.
navila termine son intervention par un regard glacial vers
Gwnola. L'indicateur de sincrit est bon, elle ne ment
pas. Si je comprends bien, elle aurait d passer sur Terre
durant la priode qu'elle a pass sur Stycchia au dbut
du troisime. Elle aurait pu utiliser le tlporteur par
lequel nous sommes arrivs, si celui-ci ne mmorise pas
les passages, difficile de savoir si elle n'est pas all
sur Terre  partir de l.

- Tu es vraiment reste sur Stycchia tout le dbut du troisime,
tu n'aurais pas utilis le tlporteur par lequel nous sommes
arrivs ?

Elle ne rpond pas, ne me regarde mme pas. Goriodon prend
la parole.

- Rpondez.

Elle me jette un regard noir de ct, puis rpond :

- Non je n'ai pas utiliser ce foutu tlporteur.

Elle est toujours sincre, ses images mentales la montre
en train de discuter avec sans doute ses parents dans un
petit village de Stycchia. Elle doit savoir comment mentir,
o alors peut-tre que ce n'est vraiment pas elle qui m'a
attaqu, ce n'est pas possible. Je dois bien pouvoir arriver
 la piger.

- Tu n'as pas t courir dans ce parc o tu m'as saut dessus
?

- Non

Toujours sincre.

- Tu ne m'as pas attendu dans le magazin, en haut de l'escalier
automatique ?

- Non !

Une hsitation, l'indicateur a trsaille, lui rappeler les
souvenirs complique la tche. J'ai entrevue une image de
Paris, mais pas suffisante pour convaincre. Elle doit se
concentrer pour y parvenir, si je l'nerve elle peut craquer.

- Si ! Tu as couru dans les rue de "Paris", tu m'as frappen
m'attendant au coin d'un rue, tu te rappelles ? Ensuite
tu m'as attendu la rue suivante, tu te rappelles de ce que
je t'ai demand, tu n'as pas compris peut-tre, je t'ai
parl de ma coiffure, je t'ai dit que si tu aimais tant
ma coiffure, je pouvais t'indiquer comme faire !

- Non, c'est n'importe quoi, je n'ai jamais fait quoi que
ce soit de ce que tu dis, c'est du dlire complet !

L'indicateur de confiance du Congrs est presque compltement
orange, personne ne comprends apparemment comment nous pouvons
dire tout deux la vrit et ne pas tre d'accord.

- Si ! Avoue ! Ensuite tu as couru, je t'ai courue aprs,
tu  as travers un pont, tu te rappelles, un pont sur une
grande rivire !

- Non, non, non !

Son indicateur vascille, ses images se brouillent un instant,
mais l'image de sa famille et de Stycchia reviennent. Elle
doit faire des efforts pour que les images que je lui rappelle
ne concide pas avec sa mmoire.

- Si, et mais aprs j'ai acclr, et comme je cours plus
vite que toi je t'ai rattrape !

- Non, c'est faux !

Bingo ! Mon indicateur montre que j'ai menti, mais elle
n'a pu s'empcher de corriger, et ses images l'ont un instant
montre percuter la Laguna et tomber, avant de repartir
vers le Pont des Tournelles. Elle se calme, me lance des
regards noirs et attends. Goriodon rflchit un instant
et prend la parole :

- Il semble qu'navila ait une certaine capacit  brouiller
le diagnostic du bracelet. navila, vous aviez votre bracelet
les cinq premiers jours et les dix derniers avant votre
dpart, il reste une quinzaine de jour entre o nous n'avons
pas les informations, est-ce que quelqu'un pourrait tmoigner
de votre prsence sur Stycchia tout au long de ses quinze
jours ?

- Ma mre.

- Bien.

Goriodon reste silencieux un instant, puis une femme apparait,
sans doute un virtuel, au milieu de la place. Goriodon l'interroge
:

- Tonnya, merci d'avoir accepter de parler ici. Vous n'tes
pas sans savoir les lgers soucis que nous cause votre fille.
Nous nous demandions si vous pouviez nous indiquez si votre
fille tait prsente  vos cts entre le cinquime du premier
du troisime et le cinquime du deuxime du troisime ?

- Oui, euh, elle est reste presque tout le temps.

- Presque ? Est-ce que vous l'avez vu chaque jour ?

Elle hsite :

- Non.

- Quels sont les jours o vous ne l'avez pas vu ?

La pauvre mre, elle sait trs bien que tout mensonge serait
encore pire que dire la vrit.

- Elle s'est absente du douzime du premier au cinquime
du deuxime.

Je tente vaguement de jongler avec ces dates mais je n'arrive
pas du tout  faire le lien avec mon calendrier...

- Savez-vous o elle est alle ?

- Chez des amis, elle bouge beaucoup, elle va souvent voir
des connaissances  droite o  gauche.

Goriodon s'adresse maintenant  navila :

- navila, pourriez-vous dtailler votre emploi du temps
?

- Ma mre vous l'a dit, j'tais chez des amis.

- Certes, quels amis ?

- Je sais plus bordel !

Elle ment ! He ! He ! Elle s'nerve. Goriodon fait un pause,
puis reprend d'un voix pose :

- Quelque soit le temps qu'il nous faudra, nous ferons la
lumire sur cette affaire, navila. Vous pouvez dcid de
lutt contre le Congrs, mais vous perdrez. Nous comprennons
les motivations des jeunes, vos besoin d'aventures, mais
nous devons tout de mme tre garant de la stabilit du
systme, et votre comportement pass et notamment celui
deux jours en arrire n'est pas tolrable et ne sera pas
tolr !

navila broit du noir.

- Goriodon repose sa question :

- O tiez-vous entre le douzime du premier et le cinquime
du deuxime ?

- Je sais plus.

Son indicateur est toujours plein bleu, soit elle est trs
forte, soit elle ne le sait vraiment pas. Eh ! Mais cette
scne me rappelle le commentaire de la femme lors de mon
interrogatoire dans la salle sous-terraine de Sydney ! Ils
utilisaient le bracelet pour savoir si je mentais. Ils pensaient
que j'tais aprs eux, et ne comprenaient pas pourquoi le
bracelet me montrait sincre !

- Trs bien. Vous savez que si vous persistez le Conseil
peut vous obliger  passer dans un tlporteur, et nous
pourrons alors  loisir chercher ce que nous voulons.

- Allez vous faire foutre !

Le Congrs est offusqu. navila me lance de nouveau des
regards noirs. Goriodon se relve :

- Bien, il semble qu'navila ne souhaite pas mettre de bonne
volont dans cet change. Je propose que nous considrions
qu'elle a bien t sur cette plante et rencontr Ylraw.
Et si d'ici ce soir elle ne montre pas plus de coopration,
nous nous adresserons demain  son subconscient. Ylraw,
voulez-vous poursuivre votre histoire ?

Je me relve et reprend au moment de l'agression dans le
parc. Je dtaille notre deuxime rencontre et le moment
o je trouve le bracelet. Je passe assez longtemps  raconter
toute l'histoire. Je ne compte plus dsormais pour la combientime
fois je le fais. Je m'arrte au moment ou Sarah entre en
jeu, ou quelque soit son nom. Yamwreq m'interrompt.

- Cette fille est la personne dont nous avons dj parle
 plusieurs d'entre vous Guewour et moi. Nous pensons qu'elle
fait partie d'un groupe manipulant les artificiels pour
cacher ou dulcorer certains faits. D'autre part, plusieurs
lments nous laissent  penser qu'elle a des relations
avec Goriodon lui-mme...

Un mouvement d'tonnement parcourt la foule. Goriodon reprend
la parole.

- Et bien, voil qui tombe bien, cette personne est justement
prsente ici aujourd'hui. Sarah, voulez-vous ?

Je ne l'avez pas remarque, mais c'est bien elle qui se
lve  quelques ranges au-dessus de nous. Sarah ! Enfin
! Enfin va-t-on peut-tre en savoir plus... Goriodon l'interroge
:

- Sarah, pouvez-vous nous indiquez si vous confirmez les
dires de Ylraw ?

- D'une certaine faon.

Sarah se lve et prend la parole, je me retourne pour la
voir :

- Avant le Libre Choix je travaillais dans l'tude des socits
humaines, les diffrents type d'organisation, les mode de
structuration des communauts, leurs relation vis--vis
de l'volution, de la hirarchie, les sytmes politique.
Aprs le Libre Choix j'ai continu  m'intress  ces domaines,
et je suivait avec attention les analyses des artificiels
nous assistant. Naturellement la cration des plantes rebelles
fut pour moi un sujet passionnant, leur nouvelles ides,
leur tentative de crer un ordre diffrent... Mais ceux-ci,
la plupart enfants et toujours soumis aux rgles de la Congrgation,
n'avaient qu'une marge limite pour mettre en place leurs
ides. En suivant de plus prs leur comportement, et les
longs mois passs sur leur diffrentes plantes, j'ai dcouvert
qu'ils avaient dtourn certains tlporteurs, je ne peux
dire comment, pour crer un virtuel simulant le monde qu'ils
recherchent.

navila l'interrompt :

- Foutaise, c'est n'importe quoi !

Un homme intervient intervient :

- Pourrait-on faire en sorte que cette enfant ne prenne
la parole qu'aux moments o nous lui la donnons, ses remarques
n'apportent que peu au dbat.

Goriodon approuve :

- Soit. Sarah, continuez.

- Intrigu par cette exprience, j'ai tent d'en savoir
plus, je me suis alors permise d'en aviser Goriodon, et,
dans la mesure o nous ne devions pas veill les soupons,
il m'a autoris  mener mon enqute un peu plus en profondeur.
J'ai finalement dcouvert un tlporteur me permettant d'accder
 l'exprience en question. Sur place, je suis rest la
plus discrte possible pour voir de quoi il en tait. Ce
monde est bien celui dcrit par Ylraw, il comporte un grand
nombre de personnages virtuels, et une minorit qui sont
des jeunes des plantes rebelles mettant en oeuvre leurs
ides politiques pour en voir le rsultat. Contrairement
 la plupart des virtuels, il semblerait que l'intgration
procde  une initialisation, la plupart les personnages
n'ont donc aucun moyen de savoir qu'ils sont dans un virtuel.
Ce sont principalement des jeunes adultes, qui ayant tent
l'exprience plus jeune de manire consciente, dcident
d'y retourner une fois libres et adultes de faon dfinitive.
Ils n'en sortent alors que lors de leur mort virtuelle.
De faon  rendre les choses plus pratique, la dure de
vie des personnages est volontairement limite  quelques
dizaines d'annes seulement, une centaine pour les plus
gs.

Sarah fait un pause. Gwnola va pour se lever, mais Sarah
continue :

- Je ne suis rest que l'quivalent de quatre sixime d'un
sixime sur place, mais j'ai dcouvert que parfois le virtuel
peut avoir des rats, c'est ce qui s'est sans doute pass
avec Ylraw. Il est impossible de savoir le point d'accs
des personnes, navila est alors sans doute intervenue pour
le faire sortir.

navila crie de nouveau :

- C'est faux ! C'est compltement faux, elle est dfonce
!

Goriodon calme navila :

- navila ! Vous aurez la parole en temps voulut, prparez
donc pendant ce temps une explication dtaille sur la mthode
que vous utilisez pour dtourner le bracelet ! Sarah, je
vous en prie.

- Voulant en avoir le coeur net, je suis alors intervenue
pour aider Ylraw et tenter de mettre en vidence leur volont
de le faire sortir. C'est l que je rejoins l'histoire de
Ylraw. Il a chapp un certain temps aux jeunes des plantes
rebelles, et j'ai moi-mme finalement perdu sa trace. Finalement,
il a t captur et renvoy vers son tlporteur de dpart,
 savoir le tlport de Stycchia.

Yamwreq pose une question :

- Pourtant il dit qu'auparavant il est pass sur une sorte
de Lune, et quid de ce qui concerne son amie, disparut lors
de la tlportation vers Adama ?

- Cette immense exprience des plantes rebelles n'est pas
sans incidents. D'une part pour rendre l'opration plus
difficile d'accs, ils utilisent plusieurs niveaux de virtuel,
ainsi ils passent dans un premier temps dans un virtuel
classique avant de partir de celui-ci vers l'exprience
en question. D'autre part, lors du retour d'Ylraw, ils ont
jug bon de faire revenir en mme temps les deux personnes
avec lesquelles il se trouvait,  savoir Erik et Naoma.
Toutefois ils n'ont pas de moyens simple pour savoir si
une personne est fruit du virtuel ou un personnage rel.
Je pense que Naoma  pu tre matrialise sur le tlporteur
de Stycchia car celui-ci est une version modifie, mais
son passage dans un tlporteur classique a sans doute rvl
qu'elle n'tait pas humaine et elle a simplement t efface.

Je reste sans voix. C'est impossible, a ne peut pas tre
la vrit.

- Ramener une personne en cours de jeu n'tant sans doute
pas prvu, Ylraw est revenu avec ses souvenirs de l'exprience,
et pas ceux antcdents. J'imagine que les tlporteurs
modifis ne sont pas toujours compltement oprationnels,
d'autre part.

Erik se lve pour prendre la parole, Goriodon lui la donne
:

- Si nous tions auparavant membres de la Congrgation,
qui tions-nous, vous devez avoir des informations, puisque
vous filmez tout. Vous devez avoir d'anciennes sauvegardes
!

Sarah lui rpond :

- Oui je pense qu'il est important pour vous que le Congrs
fasse des recherches sur votre relle identit. Toutefois
la tche n'est pas rendue facile par l'habitude qu'on les
jeunes des plantes rebelles de ne jamais porter leur bracelet.

Gwnola se lve, Goriodon l'invite  parler :

- Je ne peux bien sr confirmer ou infirmer ce que je ne
connais pas, mais je n'ai jamais eu  ma connaissance l'existence
d'une telle exprience. En consquence j'aimerais que soient
recherches tout particulirement des preuves de son existence.

Sarah lui rpond :

- Pour l'instant je demanderai au Congrs de m'autoriser
 garder secret l'emplacement du tlporteur que j'ai utilis,
de faon  viter toute interfrence sur cette affaire.

Goriodon approuve :

- Soit, votons.

En quelques secondes les rsultats du vote commence  apparatre.
Environ deux tiers des personnes se prononcent pour l'autorisation.
Je demande  Pnople combien de temps prend un vote, et
si je dois voter moi. Elle m'indique que n'ayant pas de
status dfini dans la Congrgation je ne peux pas voter.
Concernant le vote, comme la plupart d'entre eux, il n'y
a pas de limitation de dure. Tant que le rsultat penche
d'un ct ou de l'autre, c'est cette dcision qui est prise.
Chacun peut changer d'avis  tout moment. Le jour o une
majorit sera en faveur de lever le secret, alors ce sera
fait.

Goriodon parle de nouveau.

- Bien, je pense que nous pouvons faire un rapide compte-rendu
de cette matine, et nous retrouver aprs le djeuner.

Quatre-vingt pourcent de oui.

- Le status actuel est que Ylraw et Erik sortent d'un virtuel
mis en place par certains membres de plantes rebelles pour
contrecarrer les rgles de la Congrgation. navila est
intervenue dans ce virtuel pour faire sortir Ylraw suite
 un disfonctionnement. La personne de Naoma n'tant pas
un personnage rel, il est vraisemblable que le tlporteur
vers Adama l'ait simplement efface. Les points qu'ils nous
faut dsormais claircir concerne d'une part les disfonctionnement
des bracelets vis--vis d'navila, et d'autre part les comportements
agressifs et intolrables qu'ont manifests Ylraw et navila
les jours prcdents. Dans le mme temps nous devrons trouver
l'identit pass de Ylraw et d'Erik, et rpondre aux interrogations
de Yamvreq concernant certains disfonctionnement des artificiels.

Goriodon n'en dit pas plus et quitte doucement le Congrs,
imit par nombre. Je reste pensif un instant. Si c'tait
vrai ? Aprs-tout, comment pourrai-je le savoir, m'obstiner
 refuser l'hypthse est stupide, plutt l'envisager et
voir ce qui ne colle pas... Je me tourne vers navila. Elle
me regardait. Elle soutient de regard. Elle doit savoir,
elle, elle doit savoir mais que croire ? Elle semble pensive,
elle aussi...

Finalement Pnople me prend par la main, m'invitant  les
suivre. Nous quittons l'enceinte et marchons doucement sur
la grande alle. Les autres marchent un peu plus vite, Erik,
suivie de Guerd, se met  mes cts, il me parle en anglais
:

- Tu y crois,  son histoire ?

- J'avoue que pour l'instant je suis perplexe, et ils n'ont
apport encore aucune preuve, peut-tre que s'il me montre
toute une vie que j'aurai vcu ici je les croirais, mais
pour l'instant j'avoue que je suis un peu perdue.

- Moi je trouve que a ne colle pas. Dja pour Naoma elle
n'a pas parl de sa rsurection sur Stycchia, a aurait
du foir  ce moment l aussi, si ce qu'elle dit est vrai.

- C'est vrai, mais peut-tre que le village a un tlporteur
un peu ancien ou diffrent, ils pourront toujours t'inventer
une histoire que nous serons incapables de vrifier. Mais
je suis d'accord, c'est trange.

- Oui et son histoire de virtuel de passage, dans ce cas
nous aurions d savoir  ce moment que nous tions dans
un virtuel si c'tait bien un classique.

- Ils rpondraient srement que le retour de la Terre s'tant
mal pass, nous n'avons pas t initialis correctement
dans ce virtuel de passage. D'un autre ct a expliquerait
pourquoi notre tlporteur nous avait donn un bracelet
et n'indiquait aucune activit, si en ralit nous sommes
rests sur place.

- Mouais...

- Mais quoi qu'il en soit, virtuel ou pas, cette Sarah sait
comment y retourner.

Erik reste pensif un instant.

- C'est vrai... D'autre part il y a les cicatrices aussi,
si nous tions l auparavant, nos corps n'auraient pas d
tre regnrs, c'est trange pourtant que les cicatrices
que nous nous sommes faites sur Terre aient t aussi rpercutes
ici.

- Je me demande  quoi joue cette Sarah,  mon avis elle
cherche  cacher quelque chose. Yamwreq a des soupons,
il pense que les artificiels manipulent certains lment
pour qu'elle puisse garder son anonymat. Or ce matin elle
s'est montre aux yeux de tous, de quoi faire taire les
suspicions leves par Yamwreq.

- En tout cas ce qui est sr c'est que virtuelle ou pas
la Terre existe, mais a ne nous avance pas beaucoup plus
sur le pourquoi de tout a.

- C'est vrai, et d'ailleurs l'explication de Sarah sur la
prsence d'navila dans le virtuel ne colle pas, c'est elle-mme
qui m'a donn le bracelet, je ne me doutais d'absolument
rien auparavant.

- Peut-tre avais-tu dcouverts sans le savoir un tlport
ou d'autres lments, sans y prendre attention.

- Peut-tre, mais pourquoi s'en mfier si je n'y prenais
pas garde. Si seulement cette navila tait un peu plus
conciliante...

- Peut-tre que les menaces du Congrs d'accder directement
 son inconscient la rendront plus raisonable. Tu devrais
essay de lui parler discrtement pendant la pause.

Nous arrivons dans le mme btiment ou nous avons pris notre
petit-djeuner. C'est un long immeubles blancs de quelques
tages seulement, une grande arche permet de sortir de l'enceinte
protge du Congrs. Il fait un beau soleil mais le temps
est assez frais. Nous avions quelques mtres de retard sur
le petit groupe devant nous, nous les rejoignons installs
dans de confortable fauteuil sur une grande terrasse donnant
sur le parc. Une grande partie des personnes prsentes ce
matin se trouvent l. Je cherche Sarah ou navila du regard
mais ne les trouve pas. Erik et Guerd vont s'asseoir avec
le reste du groupe. J'aimerai vraiment pour ma part m'entrenir
avec l'une ou l'autre. Alors que je suis seul, un homme
s'approche de moi.

- Moyoto.

- Moy.

Je n'y prte pas plus attention.

- Je me prsente, Metthios, j'ai assist ce matin  la session
du Conseil.

- Ah ? Enchant.

- Auriez-vous quelques minutes  m'accorder ? Nous pourrions
nous installer l et manger un bout ? Vous attendez quelqu'un
?

Ah ! Il m'embte ce type, que me veut-il ? Il fait  peine
ma taille, il est chauve, c'est assez rare ici pour tre
not. Il possde un visage un peu dur, peut-tre est-ce
encore son initial.

- Euh non, pas spcifiquement ?

Il m'invite  nous asseoir.

- Vous ne me connaissez sans doute pas.

- Non, en effet.

- Pour faire simple, je suis un opposant  la politique
de Goriodon, je ne vous cache pas que l'affaire vous concernant
soulve de nombreuses question sur le rle qu'il a pu tenir.
Je pense particulirement  l'affaire rvle par Yamwreq
 propos de cette fille, qu'il a tent de dtourner d'une
manire compltement ridicule, d'ailleurs. Je sais que vous
avez eu une entrevue avec Yamwreq et Guewour il y a deux
jour, pour discuter de cette affaire. Je ne vous demande
pas de m'en livrer le contenu, mais quelques lments supplmentaires
pourrait me permettre de faire pression pour que la vrit
soit rvle. Pensez-vous vraiment que cette histoire de
virtuel tienne ? C'est ridicule !

- J'avoue que je suis perplexe, oui.

Ma remarque double son nergie, il se penche de plus en
plus vers moi, comme s'il se voyait dj matre du Conseil...

- Je pense moi que Goriodon tente corps et me de garder
le secret autour de cette plante, c'est peut-tre une plante
des hommes de l'au-del annexe par les artificiels, et
dont il est un des rares  connatre l'existence.

- Mais pourquoi Goriodon ferait-il cela ? Je ne connais
pas les dtails de ses ides politique, mais il a toujours
voulu une plus grande galit entre les membres de la Congrgation
?

- En faade oui ! Mais dans l'ombre il nourrit des rve
de pouvoir  faire trembler ceux du regrett Teegoosh, lui
au moins avait le courage de ses opinions ! Goriodon n'agit
que par malice !

navila approche, mince ! Metthios voit que je quitte son
attention, il redouble d'entrain.

- coutez-moi, pour l'instant vous tes encore sous surveillance
et vous ne pouvez pas quitter le Congrs, mais je peux m'arranger
pour que nous ayons une entrevue prive. D'autre part, je
vais faire en sorte de chercher des informations sur cette
fille, cette Sarah, et cette histoire de virtuel, si ce
qu'elle dit est vrai, elle ne doit pas tre la seule au
courant, il y a bien d y avoir des fuites.

Je ne sais pas trop quoi faire avec ce gars. M'en servir
ou le laisser aller ? Restons courtoie, je demanderai conseil
 Pnople.

- Soit, mais je ne vous promets rien, je ne sais pas trop
dans quelle mesure je suis libre de mes mouvements.

- Ne vous inquitez pas, j'ai beaucoup de contacts, j'arrangerai
tout. Commandons de quoi djeuner, que prenez-vous ?

- Euh... Je sais pas si... Je ne connais pas vraiment encore
tous les plats, commandez donc la mme chose que pour vous,
je dcouvrirai.

Ah ! Il va me tenir tout le repas ! Quelques minutes plus
tard, une table en bois  roulette nous apporte la commande.
Des petits paniers remplis d'une multitude de boulles de
tailles et de couleurs varies, chaudes pour la plupart.

- C'est dlicieux !

- Vous aimez ? C'est une spcialit de ma plante, je suis
originaire de la plante Ora, la plus grosse des plantes
du commerce.

- Quel ge avez-vous ?

- J'ai eut mille ans l'anne dernire !

Ce qui fait environ mille six cent ans de la Terre. Il est
presque du mme ge que Pnople. Quoique, elle n'a qu'aux
alentours de mille quatre cent ans, il y a quand mme deux
cent ans de diffrence... Deux cents ans ! Quel monde fou
!

- Vous avez donc connu le Libre Choix, que faisiez-vous
auparavant ?

- J'tais, disons, commerant.

- Mais, je croyais que mme alors il n'y avait plus de monaie,
que vendiez-vous ?

Il semble hsiter.

- Diverse chose, du travail, en particulier.

- Du travail ? Je ne comprend pas.

- Et bien, pendant la priode de travail obligatoire, beaucoup
de gens occupaient des emplois innintressant, ils taient
prs  donner beaucoup pour avoir le travail de leur rve.

- C'est du dlire, vendre du travail ! D'habitude on a plutt
tendance  payer les gens pour qu'il travaillent !

- C'est l'poque qui voulait a, qu'est-ce que tu veux.

- Mais vous vous y preniez comment, vous criez des socits
bidons pour leur offrir du travail.

- T'as tout compris !

- Mais ils vous payez comment, ces gens ?

- Oh il ne me payaient pas vraiment, disons qu'ils taient
souvent d'accord avec moi.

- Je vois, je comprends que vous en vouliez  Goriodon,
a a d lgrement remettre en question votre business l'arrt
du travail...

Ces yeux scintillent un instant, il se recule sur son sige,
s'installe confortablement.

- Oh non... C'tait le cours des choses, comme tu dis, c'tait
du dlire, se faire payer pour donner du travail au gens,
il fallait que a s'arrte  un moment o  un autre...

Nous finissons le repas et je passe encore un bonne demi-heure
 parler de son opposition  Goriodon et ses avis sur le
systme actuel. Je finis enfin par m'en dptrer pour rejoindre
Pnople et les autres. Pas d'navila ni de Sarah en vue.
Je tire un fauteuil et m'installe  ct de Pnople.

- Le refut de la blonde t'a frustr, tu tentes les petits
chauves maintenant ?

- Yep, mais tu devrais tenter aussi, Erik, je pense que
a te russirai mieux que les rousses.

Guerd juste  ct de moi de file une tape. Pnople reste
de marbre :

- Alors, bien complot ?

- Il te voulait quoi ce mec ?

- C'est un ancien vendeur de travail du temps o il tait
obligatoire, apparemment il en veut  Goriodon et il pense
que notre affaire pourrait le faire tomber, c'est ce que
j'en ai compris.

Pnople complte :

- Il en veut  Goriodon ! C'est un euphmisme, il le tuerait
s'il le pouvait. C'est un des rares qui s'est fait rattraper
aprs le Libre Choix. Goriodon savait que les plantes du
commerces serait sans doute le lieu de beaucoup de dpart,
il avait fait boucler tout le secteur, pas mal de vaisseaux
sont quand mme passs au travers, c'est pas vident de
contrler toute une zone d'espace, mais pas le sien...

- Il m'a pas racont a.

Guerd en rajoute :

- C'est un filou, tout le monde dit qu'il fait des trucs
pas trs trs honntes. Avant le libre choix il tait trs
puissant, il contrlait presque toute la plante Ora, une
des plus grosses plante du commerce. Aujourd'hui il a encore
pas mal d'avis de ces plantes de son ct.

Je prends la main de Pnople, elle la retire doucement,
elle est nerve :

- Tu ne devrais pas trop traner avec ce mec l, tu as dj
assez d'ennuis commea.

- Vous ne sauriez pas o se trouve navila ou Sarah ?

Erik rpond :

- navila est rentre dans le btiment mais je ne l'ai pas
revu depuis, quand  Sarah, je ne l'ai pas vu du tout.

Pnople dit d'une fausse voix calme :

- Qu'est ce que tu leur veux ? a t'a pas suffit qu'elle
te massacre la colonne et la jambe.

Erik rigole :

- Tu plaisantes ! a l'exite au contraire !

Pnople garde les yeux sur moi, elle ne tourne mme pas
le regard vers Erik.

- J'aimerai bien discuter un peu avec elles.

- Il y a le Congrs pour a.

- Oui mais c'est pas trop intime le Congrs.

Elle ne rpond mme pas. Je sens qu'elle bouillonne. Pas
la peine que je tente de lui faire un bisou, elle m'enverrait
balader.

- Six heures.

Sur les conseils d'Erik je me retourne. navila sort du
btiment et prend la direction du Congrs. Je me lve sur
le champ pour la rejoindre. Avant mme que je ne l'aborde,
elle m'accueille chaleureusement :

- Va te faire foutre, si tu crois que je vais te causer,
tu te l'as fous bien profond.

- Tu me sens venir sans mme me voir, dis-donc, mes phromones
sont dcidment surpuissante.

- Ton humour est  chier, comme le reste, et fais gaffe
 toi si je virer ces putains de moussillons, tu risques
de perdre ton autre jambe.

- T'es pas sortie indemme de notre premire partie de jambe
en l'air toi non plus, je te rappelle.

Elle ne rpond pas.

- Tu y crois  son histoire de virtuel ?

-  quoi tu joues l, tu me prends pour une conne ? Retourne
dans les pattes de ta matresse, on n'a rien  se dire.

- Pourquoi tu m'en veux ?

- Pourquoi je t'en veux ! Parce que tout ce merdier est
de ta faute !

- De MA faute ? Tu dconnes, c'est toi qui m'a fil ce foutu
 bracelet qui a tout entran !

Elle s'arrte de marcher et me regarde en face. Elle est
vraiment jolie...

- S'il te plait arrte de jouer au benet avec moi, je sais
qui tu es, et si jamais la moindre pense que nous puissions
faire quipe t'effleure, enfonce-toi la bien profondment,
ok ?

- Tu n'en as plus beaucoup, d'quipe, pourtant...

- Je me dmerde. Maintenant lche-moi, j'ai pas l'habitude
de traner avec des nains impuissants.

Elle reprend la route.

- Qui que soit la personne qui t'a renseigne sur moi et
ce que je suis cens tre par rapport  vos plantes rebelles
t'a tromp navila, je suis pas impuissant.

Enfin ! Elle ne retient pas un sourire. Mais elle en est
encore plus nerve. Elle s'arrte de nouveau.

- S'il te plait, lche-moi.

Elle a un tout petit peu changer de ton. Je n'insiste pas
plus, considrant avec joie cette premire victoire. Je
reviens un peu sur mes pas pour retrouver les autres qui
se rendent aussi de nouveau vers le Congrs. Erik m'interroge
:

- Non j'ai rien russi  savoir, mais elle n'est pas invincible.

Pnople reste silencieuse jusqu'au Congrs. Dcidemment
certains ne savant pas prendre la vie du bon ct... Je
m'installe,  la mme place, je n'ose pas m'asseoir juste
 ct d'navila, mme si l'ide m'effleure. Il y a dj
une personne qui parle, de je ne sais trop quelle plante
qui pert son atmosphre ou je ne sais.

- De quoi parlent-ils ?

Assis je peux parler seul  seul avec Pnople.

- D'une plante o une forme de vie intelligente se dveloppe
mais qui perd son atmosphre. Certains veulent une intervention
pour sauver cette espce.

- Tu m'en veux.

- Je devrais ?

- Tu as l'air nerve.

- Non ? O tu vas chercher une ide pareille ?

Elle me tuera... Quelque minutes plus tard Goriodon arrive.
Je n'ai pas encore vu Sarah. Yamwreq tait dj l. Metthios
arrive et il vient me voir. Il me serre la main chaleureusement.
Il se montre. Je n'aurai peut-tre pas d accepter de djeuner
avec lui, il me prend pour son pote dsormais. Sera-t-il
un alli ou un poids ? Quoiqu'il en soit il prend le temps
de bien montrer  tout le Congrs que qui s'attaque  moi
s'attaque  lui... Goriodon regarde calmement le jeu de
son opposant, Gwnola arrive. Yamwreq me prvient que de
m'allier avec Metthios me fermera plus de portes que cela
m'en ouvrira.

- La racaille avec la racaille...

navila...

- Si tu ne veux pas de moi, il faut bien que je me console.

- Une chvre n'en voudrait pas.

- Tu es dure avec toi-mme, l.

Elle se tourne vers moi.

- T'es vraiment un connard.

Notre passionnante conversation est coupe par Goriodon,
qui ouvre de nouveau la sance. Il rappelle les conclusions
du matin.

- Le premier point sur lequel nous allons nous attarder
est la faons dont s'y prend navila pour outrepasser les
bracelets. navila, la pause djeuner vous a-t-elle rendue
plus conciliante ?

Elle regarde Goriodon de travers. Elle doit bouillonne.
tonnamment elle rpond d'une voix calme :

- Je ne l'explique pas. Toute ce que je peux vous dire c'est
que lorsque je suis trs nerve je peux casser les directives
des bracelets.

- Depuis quand vous connaissez-vous cette capacit ?

Elle rflchit un instant.

- Plusieurs annes. Je l'ai dcouverte progressivement,
et c'est trs variable, parfois a marche, parfois pas.

- Connaissez-vous des personnes qui travaillent sur des
mthodes pour tromper les bracelets, ou changer les avis.

Encore un silence.

- Non.

L'indicateur rvle qu'elle ment. Elle est calme, elle ne
doit pas arriver  mentir et tromper le bracelet en tant
calme.

- Oui c'est bon j'en connais, mais ils ne m'ont jamais rien
donn de concluant.

- Pouvez-vous modifier les bracelets d'autres personnes
par cette mme technique ?

Un silence.

- Non.

Elle ment, j'en suis sr, l'indicateur dit qu'elle est sincre,
mais elle s'est mise  bouger la jambe, et elle a serr
le poing. Je lui parle intrieurement.

- De quelle faon tu peux modifier les bracelets ? Tu leur
donne des penses qu'ils n'ont pas eues ?

Goriodon me stoppe :

- Ylraw, veuillez ne pas la dranger, s'il vous plait. Si
vous voulez intervenir, demandez la parole. Vous avec une
question ?

Mince, repr...

- Non, je vous prie de m'excuser.

Pnople s'en mle.

- Qu'est-ce que tu lui voulais encore ?

- Elle a menti, elle peut modifier les bracelets des gens.

- Comment tu peux le savoir, son bracelet dit qu'elle est
sincre.

- Elle peut mentir quand elle est nerve, regarde-l, elle
s'nerve elle-mme tout en faisant mine de garder son calme
pour pouvoir mentir.

Goriodon poursuit :

- Dans le but d'claircir cette affaire, les artificiels
ont tudier le cas d'navila, toutefois rien de concluant
n'a pu tre mis en vidence. Il semble que le fonctionnement
des bracelets ne soit, selon eux, par remis en cause. Force
est de consat pourtant que les outrepassements d'navila
consistent en de lourdes fautes et qu'une faille dans notre
structure d'avis est un souci majeur. En consquence, je
propose qu'un traceur lectromagntique soit adjoint quelques
temps  navila, de faon  faire la lumire sur ce problme.

Cinquante-trois pourcent de oui, serr. navila souffle
de rage.

Goriodon reprend :

- Venons-en justement  vos manques de contrle,  vous
comme  Ylraw. Je vous rappelle les faits.

Des images s'affichent en surimpression. Je suis toujours
impressionn par leur capacit  modifier le cerveau pour
faire apparatre toutes ces informations supplmentaires.
Et nous qui nous proccupons de l'influence des ondes des
tlphones portables, celles-ci doivent tre autrement plus
puissantes. Je me demande toutefois comment ils font pour
trouver la frquence qui leur permet de rentrer en rsonnance
avec le cerveau de chacun... Goriodon commente mon embarde
 bord de l'abeille qui a valu la frayeur de sa vie  Hur.
Il ne s'arrte pas l et poursuit avec l'entre en effraction
d'navila dans notre appartement. Il omet, heureusement,
le passage dans la chambre et reprend avec la bataille dans
le couloir, jusqu'au dramatique crasement dans le parc
du Congrs. Il dtaille tous les moments o navila a de
toute vidence contourn une limitation, que ce soit en
russissant  ne pas se faire immobiliser ou encore en traversant
l'espace interdit au-dessus du parc.

- J'espre que vous tes conscient de la gravit de vos
actes.

Je proteste :

- Ce n'est tout de mme pas comparable, j'avoue que je n'aurais
pas d effray Hur de la sorte, mais je ne lui ai rien fait.
Elle m'a tout de mme broy une jambe et dtruit la colonne.

- T'inquite que si j'avais pu te broyer aussi l tte a
aurait t avec pl...

- Assez !

Goriodon hausse le ton.

- Vous vous trouvez ici dans la Congrgation ! Nous avons
des rgles ! Nous ne mesurons pas la teneur de vos actes
en fonction de leurs consquences comme dans votre monde
barbare ! Votre action envers Hur est toute aussi intolrable
que celle d'navila  votre gard.

Mon monde barbare... Tiens, serait-ce un indice ? Je devrais
peut-tre l'nerv, lui-aussi. Metthios se lve alors et
prend la parole :

- Si je puis me permettre, je me range aux cts d'Ylraw
et prends la libert de faire remarquer que cet incident
a prcd l'anomalie dtect par Yamwreq. Si les doutes
de Yamwreq sur une manipulation des artificiels sont justifis,
alors Ylraw est peut-tre lui-mme victime de cette sombre
affaire. trange en effet que cette fille, justement celle
qui a provoqu cette histoire, arrive aujourd'hui avec une
ridicule explication de virtuel  multiples niveaux des
plantes rebelles !

Il aime bien ce mot... Voyant que le Congrs l'coute, il
se lve et poursuit.

- Depuis quand avons-nous des secrets dans la Congrgation
? Gwnola a dmentie l'existence de cette exprience, depuis
quand les reprsentants ne sont-ils pas au courant de ce
qui se trame sur leurs propres plantes ? J'ai bien peur
qu'Ylraw ne soit que le bouc-missaire d'une affaire bien
plus grave encore que sa raction, bien comprhensible dans
sa situation, quand il a enfin espr trouv un indice en
cette Sarah. O se trouve-t-elle, d'ailleurs ? Elle arrive
par enchantement avec une explication bancale et disparait
aussitt ? J'aimerai que ce soit vous, Goriodon, qui rpondiez
aux interrogations du Conseil !

Grand brouhaha dans le Congrs. Goriodon se lve et fait
signe d'apaisement.

- Pour reprendre vos remarques dans l'ordre, Metthios, je
rappellerai tout d'abord que les plantes rebelles n'ont
jamais t considres comme une partie si je puis dire
"classique" de la Congrgation.  ce propos Gwnola, sans
que je remette en quelques faons que ce soit ses comptences,
est aussi dans l'impossibilit d'expliquer les outrepassements
d'navila. Ensuite la prsence de Sarah ce matin tait fruit
de ma demande conformment au calendrier que nous avions
fix. Si certain d'entre vous dsire l'interroger de nouveau,
j'imagine qu'elle est tout  fait dispose  venir rpondre
ici-mme. Pour terminer, j'aimerais que nous ne mlangions
pas tout, si certain d'entre vous pense que je suis ml
aux accusations de manipulation de Yamwreq, nous en dbattrons
en temps voulu, mais pour l'instant le sujet est de savoir
que ncessitent les attitudes dmontres par Ylraw et navila.
Si le Congrs juge que la seconde affaire est prioritaire
sur la premire, soit, mais tentons de conserver un semblant
de clart dans ses problmes. Je propose que nous terminions
sur le cas d'Ylraw et d'navila, puis que, comme prvu,
nous abordions cette question de manipulation.

crasante majorit, Metthios n'a pas encore le talent dialectique
de Goriodon.

- Bien, reprenons. Ylraw, tes-vous conscient de la gravit
de votre acte ?

- Oui.

Bordel ! L'indicateur marque que je ne suis pas sincre.
navila sourit. Goriodon soupire.

- Bien, je vois que vous n'tes pas encore prs  admettre
nos rgles. De toutes vidences votre sjour dans ce monde
virtuel vous a corrompu. Il sera difficile pour nous d'avoir
la moindre confiance en vous tant que vous n'acceptez pas
nos lois. De faon  prvenir vos ventuels dbordement
futur, je suggre que nous vous adjoignons un prcepteur.

crasante majorit. Je demande  Pnople ce qu'est un prcetpeur.

- C'est un artificiel qui t'accompagne et contrle tes mouvements.
Quand tu t'apprtes  faire quelque chose de mal, il te
paralyse et te fait la morale...

Gnial...

- navila, vos actes sont tout aussi alarmants d'autant
que vous avez reu une ducation de la Congrgation, vous
connaissez donc nos rgles. tes-vous consciente que votre
comportement est une grave menace  la stabilit de la Congrgation
?

Un silence. Je suis sr qu'elle va mentir.

- Oui, je tcherai de me contrler.

Sincre ! Mes fesses ! Elle me parle en priv :

- Tu vois c'est pas si dur.

- Votre capacit  outrepasser les bracelets n'tant pas
encore lucider, je suggre que nous couplons au pisteur
lectromagntique convenu tout--l'heure un prcepteur.

Majorit, je lui renvoie sa remarque.

- C'est peut-tre pas dur mais quand on ne sait pas s'en
servir a ne sert  rien...

Elle se tourne vers moi pour me lancer des clairs du regard.

- Ylraw ! navila ! Cessez ces discussions. Je suis vraiment
triste que vous conisdriez avec si peu de srieux les raisons
pour laquelle nous en arrivons l !

Goriodon fait une pause. Il va reprendre, mais une autre
personne prend la parole. C'est une femme,  la voix trs
douce, habille en blanc, les cheveux noirs, longs, elle
ressemble  l'elfe du Seigneur des anneaux.

- Excusez-moi, mais nous nous attardons sur des punitions
alors que nous devrions comprendre les causes. Un homme,
ou une femme, n'agit pas de la sorte s'il n'est pas pouss
ou si elle n'est pas pousse par une raison encore plus
grave que la consquences de ses actes. D'aprs Sarah, intervenue
ce matin, navila en voudrait  Ylraw pour avoir mis en
pril cette exprience secrte, cette Terre, mais ne pourrions
nous pas aller plus loin ? Je trouve toute de mme bien
trange tant de catastrophe pour un virtuel. Ceux-ci peuvent
tre rejous  volont, pourquoi n'a-t-elle pas simplement
dconnect Ylraw et rejou la scne ? Si Sarah a trouv
ce virtuel et que nous considrons qu'il n'est pas conforme
 nos rgles, et bien stoppons-le et faisons comparatre
ici les personnes  son origine. Nous devons mettre cette
histoire  plat, et j'avoue que pour l'instant le Conseil
a soulev bien plus de questions qu'il n'en a rgles. Vous
prtendez rsoudre les problmes un par un, dans l'ordre,
mais cet ordre ne voudrait-il pas que l'on s'intresse d'abord
aux causes avant de punir les consquences ?

- C'est qui ?

Pnople me rpond aprs un instant, elle ne doit pas la
connatre et chercher des infos.

- Mlinawahaza. Je ne la connaissais pas. Elle reprsente
le regroupement des plantes de glace. C'est un systme
plantaire dans un systme d'toiles ternaires. Il comporte
quatorze plantes telluriques habites. Une perturbation
gravitationnelle a transform ses anciennes plantes paradisiaque
en enfer de glace il y a cinq mille ans, en loignant une
des toiles. Mais beaucoup d'hommes et de femmes sont rests
l-bas, trop attachs  leurs plantes. Ils ont eu une autorisation
pour la mise en place de clones plus rsistants au froid.
Il y a des millnaires, quand la Congrgation vota la mise
en place des avis, ces plantes refusrent et quittrent
la Congrgation. Elles vcurent longtemps en autarcie pui
Teegoosh parvint enfin  les faire revenir dans la Congrgation.
Mlinawahaza a longtemps frquente Teegoosh. Teegoosh passait
souvent du temps sur Fra, la plante principale. Elle refusa
de quitter la Congrgation pour l'au-del, mais depuis elle
concerve une certaine indpendance vis--vis du Congrs.
Pendant longtemps les jeunes avec les plantes de glaces
comme destinations de choix, avant qu'ils n'investissent
les plantes rebelles.

Encore un personnage vieux de plusieurs millnaires... C'est
tout de mme fou, cette humanit a beau possder plus de
cinquante fois plus d'individus que la Terre, on dirait
que tout le monde a couch avec tout le monde. D'un autre
ct je me demande combien de compagnes ou de compagnons
il faut pour agrmenter l'ternit...

Sa voix douce charme le Congrs, en tout cas, une crasante
majorit s'affirme en faveur de ses dires. Metthios ferait
bien d'en prendre de la graine. Mais j'imagine que la belle
 dj du envoyer balader le bougre  plus d'une reprise.

- Ce prtendu virtuel semble le lien entre tous les problmes
que nous traitons, serait-il possible que Sarah soit de
nouveau convier  rpondre  nos questions ? C'est bien
trange qu'elle soit la seule au courant ?

Goriodon, rest assis, acquiesce :

- Soit, appelons-l.

- Quelques minutes plus tard, Sarah apparat au centre de
la place.

- Mlinawahaza, je vous en prie.

Mlinawahaza, reste debout, convie par Goriodon, interroge
Sarah :

- Sarah, vous avez t trs brve sur le virtuel "Terre",
ce matin, nous aurions plusieurs questions auxquelles vous
pourrez peut-tre rpondre.

- Oui.

- Tout d'abord  qui avait vous parlez ou enqutez de ce
virtuel ?

- J'ai fait part de ma dcouverte  Goriodon  la fin du
quatrime sixime, et je me suis rendue sur place entre
le cinquime et le dernier du troisime. Depuis je suis
reste la plus discrte possible pour continuer  enquter.

- Goriodon, pourquoi cette enqute n'a-t-elle pas t dcide
au sein du Congrs ?

Goriodon reste assis, sans doute pour se faire plaindre
et mieux convaincre, c'est vraiment du jeu d'acteur la politique
:

- J'avoue que mon choix a t trs difficile. C'est la premire
fois depuis qu'un tel cas se prsentait, et Sarah craignait
beaucoup que son tlporteur ne soit dsactiv si des bruits
sur la dcouverte de ce virtuel arrivaient jusqu'aux plantes
rebelles. Je lui ai donc laisser juger le moment opportum
pour dvoiler le secret.

Sarah reprend la parole :

- Jusqu' prsent je ne connaissais personne de la Congrgation
ayant visit le virtuel, quand j'ai vu qu'navila allait
comparatre devant le Congrs, j'ai pens que c'tait le
moment idal pour traiter de cette affaire. L'altercations
d'Ylraw et d'navila prcipitant les choses, je me suis
rendu sur Adama avec quelques jours d'avance pour parler
ce matin au Congrs. Dsormais que nous connaissons deux
personnes qui ont interragi avec la Terre, nous pouvons
poursuivre l'enqute et trouver les autres points d'accs.

Metthios demande la parole, Melinawahaza, qui mne le dbat,
la lui donne :

- Je trouve toute de mme scandaleux qu'une telle dcision
ne soit pas passe devant le Congrs. En quoi la rvlation
de l'existence du virtuel aurait-elle complexifi l'enqute,
au contraire, nous aurions pu rgler cette affaire depuis
un grand sixime au moins. Au lieu de cela des personnes
de la Congrgation, combien, je l'ignore, continuent encore
aujourd'hui  enfreindre les rgles de la Congrgation.

Sarah rpond immdiatement :

- Nous n'avons encore que trs peu d'information sur cette
exprience, et il n'aurait sans doute pas fallu longtemps
aux personnes la contrlant pour trouver mon point d'accs
et le dsactiver. Nous avons dj perdu un point d'accs
connu, celui de Stycchia. Quand Pnople et les personne
du village o Ylraw est arrive ont prvenu le Guewour qui
en a inform Goriodon, celui-ci m'en a fait mention pour
vrifier si ce tlporteur ne pouvait pas tre justement
un de ceux que nous cherchons. C'tait sans doute le cas,
et c'est  n'en pas douter celui qu' utiliser navila pour
se rendre sur Terre entre le permier et le deuxime du troisime.
Malheureusement, quand j'ai tent de vrifi, c'tait dj
trop tard, malgr le petit nombre de personnes mise au courant,
le tlporteur avait t rinitialis.

Melinawahaza reprend la parole :

- Votre tlporteur actuel est-il en scurit ?

- Je ne le sais. Des artificiels sont censs bloquer et
contrler les accs, mais il est toujours possible que son
autorisation de connexion soit coupe  distance. Je ne
suis pas retourne sur Terre depuis la fin du troisime.

- Qui contrle se virtuel ?

- Je ne sais pas.

Je me lve pour demander la parole, Melinawahaza me prie
de parler.

- Mais en quoi pouvons-nous certifier que c'est bien un
virtuel ? Aprs une discussion avec Erik, plusieurs points
restent tranges et suggreraient plutt l'existence d'une
vrai plante.

- Lors de mon passage  l'intrieur, j'ai gard un observateur
prsent dans le tlporteur, et mon corps est rest veill
localement. L'activit tait de type onirique.

- Pourtant vous disiez que l'immersion n'tait pas consciente
?

- Elle l'est dans certaine mesure, j'avoue que j'ai eu de
la chance de m'y rendre de manire consciente, je serais
reste bloque l-bas sinon.

- Plusieurs lments ne sont pourtant pas logique, le virtuel
de passage est cens tre un virtuel classique, pourtant
 notre retour sur la Lune nous ne nous souvenions de rien.

- Vous n'avez pas quitt le virtuel de manire normale,
vous avez t dconnects en cours, j'imagine que le rassemblement
de vos anciens souvenir  ceux de votre exprience n'a pu
se faire correctement.

- D'autre part, concernant Naoma, je vous rappelle qu'elle
est morte sur Stycchia, avant notre arrive au village,
pourtant Moln et Ulri sont parvenus  la cloner de nouveau.

- Oui, nous avons tudi le tlporteur du village, il semble
qu'il soit plus ancien que les nouveaux modles utiliss
dans la votre station orbitale d'arrive. En consquence
le dpart de Stycchia est valid par le tlporteur, mais
celui d'arrive refuse la rematrialisation.

- Soit, mais d'autre par je suis mort sur la Lune, pourtant
je ne suis pas sorti du virtuel  ce moment l. Il a fallut
qu'un personnage sur place lance une nouvelle tlportation
pour que je sorte en mme temps qu'Erik et Naoma. C'est
tout de mme incomprhensible.

- Nous n'avions pas ce fait  nore connaissance. tes-vous
sr de bien tre dcd ?

Erik prend la parole :

- J'en tmoigne, un gant bleu de prs de deux mtres cinquante
lui a compltement ananti le cerveau. Il est mort d'inanition
au bout de quelques jours, j'ai moi-mme constat le degr
d'avancement de dcomposition de son corps.

- Un gant bleu ?

navila s'est tourne vers moi, interrogative.

Erik lui rpond :

- Oui une sorte d'homme sans visage, le corps bleu avec
un sorte d'ora lgrement lumineuse autour de lui. Les hommes
sur place le considrait comme un Dieu, s'agenouillant sur
son passage. Il n'a rien dit, il s'est juste mis en face
d'Ylraw, nous tions tous paralyss. Ylraw a cri comme
un pauvre diable alors que l'autre lui envoyait sans doute
ses ondes dans la tte, puis il est tomb, aprs a il n'a
plus parl, plus mang, et il est mort au bout de quelques
jours. Cela dit l'hypothse du virtuel de passage expliquerait
la prsence de cet individu, c'est vrai qu'il semblait droit
sortie d'un jeu virtuel.

navila se retourne, les yeux dans le vide, s'amusant avec
son collier. Sarah rpond  Erik.

- Dans la mesure o votre retour s'est mal pass, j'imagine
que rien ne s'est droul comme prvu dans le premier virtuel.
 mon avis la sortie de ce premier est sous l'initiative
d'une commande du joueur, comme vous ne pouviez la dclencher
faute de savoir qu'elle existait, vous tes rests coincs
jusqu' votre tlportation virtuelle qui vous a rendu conscience
dans le tlport de Stycchia.

Je reprends :

- D'autre par sur Terre vous possdiez une abeille, c'est
tout de mme trange pour un virtuel voulant recrer une
nouvelle socit indpendante de la Congrgation que vous
puissiez utiliser des outils venu d'ici.

- J'imagine qu'ayant accd au virtuel en mode conscient,
j'avais certains privilge, je n'ai fait qu'utiliser les
outils mis  ma disposition lors de mon arrive sur place.

- Un autre lment trange est le rappatriement des cicatrices
dans le monde rel. Si nos corps n'ont pas quitt le tlporteur
et qu'ils sont rests dans leur tlporteur d'origine, comment
expliquer que les blessures que nous nous sommes faites
dans le virtuel soient rpercutes ici ?

Je lve mon bras droit pour montr la trace de brlure 
mon poignet. Sarah rpond calmement, pas du tout gne.

- Le tlporteur n'a d tre dtourn que dans une certaines
mesure, il est probable qu'il ait encore des fonctionalits
d'un tlporteur classique, et donc rpercute comme tout
tlporteur vos changements morphologiques.

Metthios intervient de nouveau.

- Pourrait-on avoir des certitudes au lieu de ses suppositions
? N'y a-t-il donc pas un moyens de savoir qui aurait cr
ce virtuel, nous avons accs  toutes les sauvegardes !
Comment pouvons-nous tre si impuissants !

- Le plus grand secret a t gard autour de ce virtuel.
Il a vraisemblablement t mis en place  partir des plantes
rebelles, voire  partir de l'une de leurs lunes. Les habitants
ayant pour habitude de ne presque jamais port de bracelet,
il est difficile de recouper des informations. Plusieurs
artificiels cherchent les liens, certaines informations
recoupent, mais pour l'instant c'est trop partiel pour consitutuer
une piste. D'autant que la rvlation au Congrs provoquera
sans doute un redoublement de prcautions de leur part.

Yamwreq demande la parole :

- Sans remettre en cause vos hypothses, je rappelle tout
de mme au Congrs que si les membres des plantes rebelles
n'utilisent que peut la structuration via les bracelets,
il n'en existe pas moins une hirarchie stricte et respecte.
En consquences, sans vouloir parler pour Gwnola, je reste
trs perplexe sur l'existence d'une telle exprience.

Gwnola ne peut s'empcher de prendre la parole :

- J'apporte mon concours aux dclaration de Yamwreq, et
jusqu' preuve du contrainre, j'aimerais que le Congrs
ne remette pas en cause l'intgrit des plantes rebelles.
D'autre part, j'aimerais, dans la recherche de l'explication
de ce prtendu virtuel, que ne soient pas cartes de pistes
sous prtextes que quelques lments, dont nous n'avons
encore aucune preuve d'existence, dois-je prciser, nous
indiqueraient une hypothtique participation d'habitants
des plantes rebelles.

Mlinawahaza apporte son soutient  Gwnola et poursuit
:

- Si je comprends bien notre totale incapacit  dfinir
ce virtuel Terre permet facilement,  partir de quelques
judicieuses suppositions, d'apporter une rponse  toutes
les incohrences potientielles. Je tiens tout de mme 
faire remarquer que si le Congrs est impuissant, qui d'autre
pourra rsoudre cette affaire, ne sommes-nous pas justement
le dernier recours, doit-on baisser les bras et nous avouer
vaincu ?

Sarah reste silencieuse.

- Certains secrets ont parfois intrt  tre gards.

Un jeune homme a pris la parole. Il est rest assis,  parler
d'une voix dsinvolte. Il est habill d'un pantalon et d'une
veste marron, il ressemble un peu  un cow-boy, il ne lui
manque que le chapeau. Je demande  Pnople des informations.

- Symestonon, l'homme le plus vieux de la Congrgation,
il a plus de treize mille ans. Il a prsid le Congrs 
de maintes reprises. Il intervient dans la vie politique
de la Congrgation depuis plus de dix mille ans, onze mille
peut-tre. C'est une des personnes les plus respectes.
Il n'a pas de ligne politique claire, mais sa grande exprience
le rend souvent d'un bon conseil lors des situations difficiles.

- Cool ! Et dans le cas prsent, il veut dire quoi ?

- J'en sais rien...

Mlinawahaza,  mon tonnement, reste un moment silencieuse
puis s'assoit.

- Le Congrs veut-il remettre cette affaire  plus tard
?

Avant que les avis ne ce soient vraiment dcids, Goriodon
prend la parole.

- Il va sans dire que les faits que nous tentons de mettre
au clair sont complexes. Toutefois, avant de statuer sur
la marche a suivre future, je rappelle que nous sommes censs
avoir en la personne d'navila une sinon responsable du
moins utilisatrice de ce virtuel. Et d'autre part pour clore
temporairement ce dbat, nous avions voter la recherche
des identits passes d'Erik et d'Ylraw. Ce dernier point
pouvant sans doute tre rsolu rapidement, et rpondre aux
interrogations d'Ylraw et d'Erik qui ne sont pas dans une
situation confortable, je propose que nous tentions de le
rgler tout d'abord.

Il attend confiant le rsultat des avis, puis quelques minutes
plus tard les conclusions de la recherche sont affiches.
Une voix commente les rsultats. Goriodon se rassoit.

- Deux personnes correspondent avec un haut taux de probabilit
au profil de Ylraw et Erik. Erik serait un dnomm Meckwasior,
originaire de Stycchia, vingt-six ans...

Ce qui fait  peu prs quarante-et-un ans terrestres.

- ... Ses proches n'ont plus de trace de lui depuis presque
trois ans, le temps qu'il aurait pass dans le virtuel.
Il a pass beaucoup de temps sur les plantes rebelles,
notamment Erychtia, o il aurait rencontr Yacou. Yacou
qui serait Ylraw, plus jeune de deux ans, il a disparu 
la mme date qu'Erik, ce qui expliquerait leur aventure
commune.

Yacou ? a ne me dit absolument rien... Des images de moi
ou d'Erik sont diffuss, sur Stycchia soit disant avant
notre entre dans l'exprience, ou dans d'autres endroit
qui me sont inconnus. Goriodon reprend la parole.

- Ylraw, Erik, cela vous rappelle-t-il quoi que ce soit
?

Nous rpondons tout deux par la ngative.

- Peut-tre les dtails de leur vie passe pourront vous
rappeler certains faits. Vous pourrez consulter ces rsultats
par vous-mmes. Quoi qu'il en soit la concidence est trop
frappante pour que nous remettions en cause votre identit.
En consquence la question de votre intgration dans la
Congrgation ou pas devient obsolete, et il nous faudra
par contre statuer sur le statut que vous retrouverez. Le
cas d'Erik est assez peu problmatique, Ylraw a toutefois
montr une certaine dcorrlation entre ses agissements
et nos standarts. Le temps avanant, je propose que ces
aspects soient tudis lors de la sance o tait initialement
prvu la discussion de leur intgration.

Il fait une pause, puis se tourne vers navila.

- navila, vous avez sembl tre plus raisonnable, pourriez-vous
nous clairer sur ce virtuel, vos implications et sa structuration.

- Non.

- Pour quelles raisons ?

navila reste silencieuse, luttant apparemment avec elle-mme.

- Mais qu'esprez-vous ? Nous cacher la vrit ? Ds demain
nous saurons tout vos secrets, quelque soit l'enttement
dont vous faites preuve aujoud'hui.

Un silence, Goriodon va parler mais navile rpond d'une
voix roque.

- Et vous Goriodon, qu'esprez-vous ? Tromper longtemps
le Conseil avec vos mensonges ?

Goriodon prend une voix calme :

- Vos accusations infondes ne vous serviront  rien, navila.
Nous vous accordons une dernire chance de nous en dire
plus sur ce virtuel. L'introspection n'est jamais une preuve
facile.

- Foutaise ! Vous savez trs bien que si je parle vous tombez
avec moi ! Et demain ici mme vos artificiels corrompus
ne dvoileront qu'un simulacre de la prtendu vrit ! Depuis
combien de temps savez-vous, Goriodon ? Depuis combien de
temps gardez-vous pour vous la vrit ? Vous ne voyez pas
mes mensonges, mais MOI je vois les votres !

Metthios saute sur l'occasion :

- Que veut-elle dire, Goriodon ? Savez-vous rellement le
fondement de cette affaire ?

- Vous n'allez tout de mme pas vous laisser berner par
ses manoeuvres ridicules !

Melinawahaza se lve :

- Rpondez, Goriodon, savez-vous la vrit concernant ce
prtendu virtuel ?

Goriodon hsite. Il s'assoit. Il bafouille, il commence
 rpondre oui, puis se rtracte.

- Non.

Il est sincre. Metthios est offusqu, le Congrs s'enflamme
:

- Manipulation ! Il allait rpondre par l'affirmative !
Il nous trompe ! C'est  lui qu'il faut faire une introspection
!

Symestonon commente :

- Un peu de bazar, enfin, j'en venais  dsesprer.

Je lance un sym a Pnople :

- C'est clair qu'il attire le respect le vieux.

- Des fois il dit des trucs mieux, pourtant.

navila sourit. qUne autre personne entre en scne et tente
de calmer le jeu :

- Voyons ! Voyons ! Avant d'en arriver  de tels extrmes,
peut-on simplement l'interroger plus en dtail ?

Metthios est dchan :

- Mais il ment ! C'est une vidence ! Il ment comme nous
a dj menti navila ! Ils sont de mche ! C'est une aboninable
mise en scne !

navila explose :

- Ah non ! Que l'on ne m'associe pas avec ce personnage
!

Le Congrs devient la scne d'une incomprhensible cacophonie.
Mais elle ne dure que quelques secondes, rapidement Goriodon
coupe la parole  tous et tente de mettre de l'ordre.

- Soit. S'il me faut me livrer  une instrospection pour
satisfaire le Congrs, je ne peux que me plier. Mais tentons
de conserver la tte froide.

Metthios demande la parole. Goriodon hsite un instant puis
la lui done :

- Si les doutes de Yamwreq sont fonds, comment pourrions-nous
alors tre sr que ce ne sera pas un faux ?

- Bien sr, Metthios, si vous remettez tout en cause, nous
n'irons nulle part, pourquoi douter d'un systme qui nous
sert depuis des millnaires ?

- Qui nous trompe peut-tre aussi depuis des millnaires
!

Le mme homme qui tait intervenu tout  l'heure reprend
la parole.

- Vous voulez repartir de zro peut-tre ?

Goriodon rpond avant Metthios :

- Avant de sombrer dans le catasptrophisme, pourrions-nous
considrer dans un premier temps que ce qui a valu la stabilit
de notre systme reste toujours solide ? S'il s'avre que
nous ne pouvons pous avoir confiance dans les artificiels,
ce que je n'ose pas imaginer, nous devrons alors agir en
consquence.

Le Congrs semble d'accord, mais Metthios proteste :

- Et si tout ceci ne sont que les signes d'un coup d'tat,
peut-tre demain ne pourra-t-on plus ragir.

Toujours le mme homme qui prend la dfense de Goriodon.

- Un coup d'tat ? Que voulez-vous dire ?

- Imaginons que Goriodon ait conspir avec les plantes
rebelles, ou tout du moins une partie de ses habitants,
je ne veux pas mettre en cause Gwnola. Attendre serait
pour nous la pire des options ?

Yamwreq rpond :

- Voyons, c'est ridicule, depuis des dizaines d'annes les
plantes rebelles ne font que rclamer plus d'autonomie
par rapport aux rgles de la Congrgation, le temps o elles
tmoigneaient d'un comportement vhment  l'gard du Congrs
est rvolu depuis longtemps. Autant je suis persuad qu'il
y a un mystre autour de cette Sarah, autant je ne crois
pas une seconde au genre de complot que vous voquez.

- Pourtant !

Metthios projette alors l'hsitation de Goriodon, tout le
monde revoit clairement le dbut de son "oui", puis sa rtractation.

- Goriodon, que signifiait cette hsitation ?

C'est plus fun que ce que j'aurais imagin, le Congrs.
Le jour a dj commenc  baisser, pourtant il fait encore
bon.

- Ils chauffent ici ?

Pnople confirme mes doutes :

- Oui, la protection du parc apporte aussi un micro-climat,
il ne pleut jamais ici et il fait toujours bon.

- Pourtant il y a le jour et la nuit.

- Le Congrs concerve la dure du jour comme repre pour
les sessions, c'est une tradition. De ce fait les sessions
sont plus courtes en Hiver.

Goriodon reste silencieux un court instant, mais ne laisse
pas le suspence gagn le Congrs :

- Voyons, gardons la tte froide. J'ai simplement hsit
car oui, Sarah m'a confi quelques dtails supplmentaires
sur ce virtuel. Toutefois, comme accept par le Congrs,
nous avons dcid de conserver une partie des informations
secrtes pour trouver plus rapidement les responsables de
ce virtuel.

Goriodon n'attends pas les rsultats de son intervention,
il s'assoit directement, apparemment extnu par l'preuve.

Metthios se lve de rage, mais Mlinawahaza le devance :

- Mes amis, le soleil se couche. Cette journe fut charge
en rebondissements et en question. Il serait sain que nous
prenions le temps de rflchir calmement avant de conclure
cette affaire complique. Je propose que nous n'abordions
pas ce sujet pendant les deux jours qui suivent, et ne repregnions
ce dbat que dans trois jours. De cette faon nous aurons
sans doute des informations des traceurs adjoints  navila
et Ylraw, et peut-tre Sarah pourra-t-elle nous en dire
plus.

Courte majorit. La tension retombe, les gens se lvent
et discutent entre eux. Dure journe. Je reste un moment
pensif. Suis-je rellement ce Yacou ? Il y a trop d'incohrences...
Et aussi difficile  croire cela puisse tre, je crois que
je fais plus confiance en navila qu'en Goriodon. Pnople
reste silencieuse, elle aussi. Aprs un instant Erik se
lve. Guerd lui demande :

- Alors Meckwasior, content d'avoir retrouv ton identit
? Tu as vu, Goriodon a dit que tu devrais pouvoir retrouver
ton statut sans problme.

Erik se tourne vers moi, attends deux secondes, puis m'interroge
:

- Qu'est ce que t'en pense ?

- J'y crois pas.

- Moi non plus.

Guerd ne comprend pas :

- Mais ? Ils ont retrouv vos identits, ils ont retrouv
ces deux personnes qui vous ressemblent comme deux gouttes
d'eau et qui ont justement disparu sur Stycchia, a ne peut
tre que vous !

navila se lve passe entre Erik et moi pour partir. Ses
moucherons lui tournent toujours autour, l'empchant toujours
de faire le moindre geste de violence. Erik la regarde s'loigner.

- Elle doit savoir, elle.

- Oui. Sarah doit savoir aussi je pense.

Moln, Iurt et Ulri nous font signe qu'ils partent.  mon
grand tonnement Pnople se lve et les rejoint. Je la
rattrape :

- Quelque chose ne va pas.

Elle ne rpond pas. J'attends que nous sortions de l'enceinte,
pour avoir un peu d'intimit, mme si tous les bracelets
de l'univers peuvent peut-tre nous entendre.

- Pnople ? Rponds moi au moins.

Soudain un gros insecte s'approche de moi, j'ai un mouvement
de recul. Mais c'est un petit robot, sans doute l'engin
qu'il voulait me voir adjoindre, mon "prcepteur". Il me
virevolte autour puis se pose sur mon paule. Je le regarde
de travers puis rattrape Pnople qui ne s'tait pas arrte.

- Pnople, attends !

Je m'apprte  l'attraper par le bras pour la stopper, mais
je suis bloquer avant. Le prcepteur reprend son vol et
me tourne autour, il me sermone par un sym.

- Il ne faut pas obliger les gens par la force, si vous
voulez que quelqu'un rponde  vos attentes, respectez-le
et user de diplomatie. Avez-vous compris pourquoi votre
geste tait dplac ?

Je lui rponds tout haut.

- Oui j'ai compris c'est bon, maintenant laisse moi aller
utiliser de la diplomatie avec Pnople s'il te plait.

- Vous n'tes pas sincre, je veux que vous preniez conscience
de vos actes.

Oh bordel ! Trs bien je prends alors le temps de me calmer
un peu, regarder autour de moi. Erik me dpasse et me file
une tape sur mon paule de compassion quand je lui explique
ce que me veut ce machin. Il m'attend avec Guerd, puis,
quand finalement j'arrive  convaincre le prcepteur que
j'ai retenu la leon, je repars  petites foules vers Pnople.

- Pnople, tu peux pas me laisser comme a ! Tu peux pas
me laisser !...

Pas de rponse.

- Pourquoi tu ne me parles pas, Pnople !

Je hausse la voix, sur le champ je ne peux plus marcher,
et le bidule se relance dans sa morale.

- Il faut rester courtoix envers les personnes que vous
abordez, vous ne pourrez intragir de manire correcte avec
les gens que si vous leur tmoigner du respect.

Erik et Guerd arrivent de nouveau  ma hauteur. Ils rigolent.
Je tente de ne pas perdre de temps et de convaincre rapidement
bidule que j'ai bien compris et que je ne hausserai plus
jamais la voix de ma vie. Il me laisse et pour la troisime
fois je rejoins Pnople. Je la dpasse et tente de me mettre
en travers de sa route. Ses yeux brillent.

- S'il te plait, explique-moi au moins... Ne me laisse pas
imaginer tout le mal que j'ai pu faire sans comprendre,
me laisse pas penser que je t'ai blesse sans mme m'en
rendre compte...

Elle s'arrte en face de moi. Elle laisse Erik et Guerd
nous dpasser.

- C'est pas toi Ylraw, c'est pas toi. C'est moi.

- Comment, mais ? Quelque chose ne va pas ?

- Je ne pourrai pas... t'aider... T'apprendre  vivre dans
le village, dcouvrir les choses simples de la Congrgation,
t'apprendre la langue et les coutumes... a je pouvais...
Mais ici je ne fais pas le poids, Goriodon, Metthios, cette
fille... Je suis dsole, c'est trop...

Elle retient ses larmes. Je m'approche doucement et la prend
dans mes bras.

- Tu ne dois pas tout supporter, Pnople, je ne te demande
pas a, je veux juste que nous soyons ensemble.

Elle se retire.

- Non Franois, mme... Je suis vieille, je suis fatigue...
Je ne peux pas tout a, je ne peux plus, c'est trop dur...
a me rappelle trop de choses...

Elle s'carte pour repartir :

- Je sais que c'est dur pour toi aussi, mais, je ne pourrai
pas... Je pense que je vais repartir sur Stycchia... Je
viendrai te dire Adieu...

Je reste immobile. J'ai envie de pleurer. Pourquoi tout
est toujours si dur ?... Qu'a-t-il bien pu se passer pour
qu'elle en arrive  bout ? Elle est un peu impulsilve, certes,
peut-tre n'est-ce qu'une dprime passagre, mais c'est
tout de mme le signe d'une extnuation. Erik a vu que je
m'tais arrt, il revient vers moi, Guerd le suit. Il me
parle en anglais.

- Un problme.

- Pnople veut partir, elle veut rentrer sur Stycchia...

- Pour quelle raison ?

- Je ne sais pas. Elle est  bout j'ai l'impression, tous
ces vnements ont d provoquer trop de stress.

Guerd intervient, frustre de ne pas comprendre.

- Vous pourriez parler notre langue, je ne comprends rien,
c'est pas trs sympa de toujours faire vos cachotteries.

Erik la renvoit, il n'est pas d'humeur  plaisanter j'ai
l'impression :

- Va donc voir Pnople, elle ne va pas bien, je te rejoindrai
 l'htel plus tard.

- Mais ? Tu ne peux pas rentrer sans moi, pour les abeilles
?

- Je me dbrouillerai, va !

Le voyant nerv, elle n'en demande pas plus et nous quitte.
Nous nous remettons  marcher doucement.

- Elle est vraiment trop collante. Je ne sais pas si je
vais pouvoir encore la supporter longtemps.

Je ne dis rien, plus proccup par les paroles de Pnople.
Erik avoue finalement :

- Je dois reconnatre que moi aussi je commence  tre un
peu  bout. Je ne crois pas que je pourrai me faire  vivre
ici, c'est trop diffrent...

- Ouais, on ne matrise pas grand chose.

- On ne matrise rien tu veux dire, au moindre geste tout
le monde sait ce que tu veux faire, en plus avec nos bracelets
de mioches aucune marge de manoeuvre...

- Pourtant les gens ici ont l'air de s'y plaire, pas de
travail, du confort  volont, jamais de maladie, pas besoin
de travailler...

Erik reste pensif un instant, nous avanons toujours doucement,
j'ai mon prcepteur sur l'paule. Il reprend.

- Oui en un sens la vie ici c'est un peu le paradis, mais
je me suis toujours dit qu'on devait s'emmerder au paradis...

- Oui, heureusement qu'on est arriv pour mettre un peu
d'animation !

Erik rigole. Il me passe le bras autour de l'paule et me
serre contre lui, je lui arrive  peine aux paules.

- Ah Ylraw ! Je t'aime bien, autant cette histoire est un
vritable merdier, autant je regrette pas d'tre l avec
toi.

- Moi j'ai toujours su que tu tais cool, depuis le dbut.

- C'est vrai, c'est vrai que tu m'as fait confiance depuis
le dbut. Pourtant alors je ne te considrai que comme de
la marchandise pour ngocier ma nouvelle vie.

- Question nouvelle vie tu as t servi !

- a ! Putain, et pas qu'un peu ! Je me demande bien ce
qu'ils font sur Terre. Matthias a d pter les plombs depuis
longtemps. Quel pauvre naze, et dire que je suis rest quatre
ans  bosser avec lui, quel con j'ai pu faire. Il doit tre
vert de pas me retrouver...

Je me rends compte que je ne connais pas du tout la vie
d'Erik.

- Tu as fais quoi avant ?

- Avant de bosser pour Matthias ? J'ai boss pour d'autre
gars, je me suis fais ma petite rputation dans le milieu
quoi...

- Tu es n en Australie ?

- Ouais, une banlieu pourrie de Sydney, j'ai fait des tudes
tant que j'ai pu, tu vois  quoi a mne !

- Tu as fais quoi comme tude ?

- J'ai un master de sociologie, j'allais faire un Ph.d quand
j'ai tout plaqu.

Je suis vraiment surpris.

- Un master en socio ?! Whaou ! Pourquoi tu as tout plaqu
?

-  ton avis, pourquoi un mec plaque tout en gnral ?

- Pour une fille ?

- Bingo !  Sydney j'avais beau me dmerder pour les cours
a ne me drangeait pas de faire des petits boulots pour
des potes du milieu. J'avais dj des pressions pour arrter
les cours et me mettre  plein temps pour eux. Avec Melissa
a a chang, elle m'a fait sortir de tout a, redevenir
clean. Puis elle est partie  Melbourne, juste aprs mon
master, je l'ai suivie. Comme je ne pouvais pas avoir d'quivalence
la premire anne, j'ai commenc les petits boulots, clean
au dbut. Elle m'a plaqu, c'est devenu moins clean, je
ne suis jamais remont...

- Pourtant tu voulais redevenir clean aprs Matthias ? Tu
as quel ge au fait ?

- Trente-quatre ans. Oui je voulais redevenir clean, arrter
toutes ces conneries. Tu sais combien j'ai but de mec,
Ylraw ?

- Non, beaucoup ?

- Treize... Il y a des fois j'tais tellement en galre
que j'tais prt  tuer pour mille dollars, tu te rends
compte ?... Finalement ce monde n'est peut-tre pas si mal
 ct...

- Je suis persuad qu'il est mieux, que les gens sont plus
heureux, plus libres, c'est juste qu'on ne comprends pas
encore vraiment la faon dont il fonctionne.

- a me fout un peu les jetons quand mme, de me sentir
enchan...

Nous restons silencieux un instant, nous arrivons dans la
grande pice o nous avons pris notre petit-djeun le matin.
Le jour s'est dj bien assombri. Nous nous asseyons et
commandons un petit encas.

- Tu vois c'est quand mme bien foutu, tu n'as rien  payer,
rien  faire, juste tu t'assois et tu commandes ce dont
tu as envie.

- C'est sr qu'il y a des bons cts, je ne reviens pas
l dessus. Peut-tre aussi que nous sommes un peu seuls...

- Naoma te manque.

- Je crois.

- Toi non plus tu ne peux pas t'imaginer qu'elle puisse
tre un virtuel...

- Comment le pourrai-je, mme si des preuves irrfutables
m'tais apportes, je continuerai  ne pas le croire. C'est
con comme on s'attache encore plus quand l'autre est inaccessible.

- J'espre que tout va bien pour elle, j'ai des remords
d'tre l tranquille  manger mon petit pain alors qu'elle
est peut-tre en difficults je ne sais o.

-  qui le dis-tu ! J'en fais des cauchemars presque toutes
les nuits... C'est srement son absence aussi qui me mine...

Je savoure mon petit pain au douceur rappelant trangement
le chocolat. Erik s'est lui command un petit panier de
boulettes varies, je lui en chipe une ou deux. Erik reprend
:

- Tu vas faire quoi si Pnople rentre vraiment sur Stycchia
?

- Je ne sais pas trop, que pourrais-je y faire ?

- Partir avec elle.

- Je ne peux pas.

- Pour l'instant, mais leur thorie tient, dans dix jours
nous pouvons tre tous les deux des membres normaux de la
Congrgation.

- Tu pourrais t'en contenter, toi ?

- Non, mais toi je ne sais pas, peut-tre aprs tout, vu
que tu as l'air de trouver ce monde pas mal, que tu voudrais
retourner sur Stycchia avec Pnople. Tu tiens  elle, non
?

- C'est vrai... Mais je ne pourrai pas vivre tranquille
tant que je ne saurai pas. Je ne pourrai pas avoir la conscience
apaise tant que je ne saurai pas o se trouve Naoma, o
se trouve la Terre, tant que je n'aurai pas vu une nouvelle
fois mes parents, Paris, mes montagnes, mon Soleil...

Erik semble satisfait. Je continue :

- Et puis, tu as vu les images de nos prtendues anciennes
vies ici ? Non mais sans dconner... J'tais mort de rire
quand je t'ai vu en train de faire je sais pas quoi dans
la maison de tes soi-disant parents.

- Ah oui on aurait dit que je faisais du bricolage !

- Clair ! C'tait trop ridicule ! Quelle bandes de nazes
!

- Et toi, au bord de la rivire !

- Ah oui ! Trop trop fort, en train de mater les poissons
! C'tait vraiment trop minable, je m'imagine trop !

Nous clatons d'un bon fou rire en commentant encore quelques
unes des images projetes pendant la sances... Erik redevient
un peu plus srieux :

- Pour tre franc j'ai parfois un peu peur que tu ne te
plaises trop ici, et je ne me sens pas la force seul de
m'en sortir. Je ne pense pas que j'irai bien loin sans toi.

- Tu parles, c'est sr que j'ai vachement fait avancer les
choses ! Je fais tout foir oui, Naoma d'abord, et maintenant
je suis bloqu ici...

- Je t'en ai voulu pour Naoma, je t'en veux sans doute encore
un peu, mais ce n'est pas juste, tu n'y es pour rien.

- Je n'aurai pas d la quitter, j'ai fait une erreur, rien
ne sert de le nier.

- Peu importe, tu as russi  rparer ton erreur, elle est
revenue.

- Et elle est repartie...

- Tu peux difficilement t'en vouloir, hormis sur le fait
qu'il semble que tu sois  l'origine de toute cette histoire,
mais je ne pense pas que tu l'ais fait exprs...

- a pour sr j'ai un peu de mal  voir les raisons de tout
ce bazar...

- C'est quand mme dingue la faon dont cette fille t'en
veux... Enfin... Je... Bon... Il va falloir que je retourne
 l'htel...

Erik se tait un instant, comme s'il n'arrivait pas  dire
quelque chose.

- T'inquite pas Erik, on s'en sortira, et je ne te laisserai
pas tomber.

Il me pose la main sur l'paule, je pose ma main sur la
sienne. Il la prend. 

- Merci, Ylraw.  demain.

- Embrasse Pnople pour moi si tu la vois.

- Ce sera fait.

Me voil de nouveau seul... Je n'ai mme pas mon bracelet
pour appeler Pnople... Je ne me rappelle plus o il peut
tre d'ailleurs. Aprs mon crash je ne l'avais plus, et
je ne sais pas qui a bien pu le ramasser. Qu'importe, un
peu de solitude, aprs tout... Erik s'inquite... Il compte
sur moi... Malheureusement je ne vois pas trop comment je
devrais procder dornavant... La situation m'a l'air un
peu bloque. Il faudrait sans doute que j'ai une discussion
plus srieuse avec cette Sarah, ou navila. navila pourrait
m'aider  trouver la vrit, l'inconvnient c'est qu'elle
n'a pas l'air extrmement dispose pour le faire.

- Je peux m'installer ?

Je lve la tte, tir de mes penses. Oh non ! Metthios,
si j'avais su...

- Si vous voulez, mais je ne suis pas d'une compagnie  exemplaire.

Il s'assoit  ct de moi et non pas en face, et commande
quelques friandises.

- Je comprends, bloqu ici pendant au moins trois jours,
en plus avec un prcepteur, et pour couronner le tout ils
vont tenter de faire passer en douce leur histoire de virtuel
pour rgler l'affaire vite fait bien fait.

- Mouais...

- Mais ne vous inquitez pas, on peut encore les avoir,
pour l'instant nous avons fait cause spare avec Melinawahaza,
mais j'ai bon espoir de m'allier avec elle pour ce coup
l, elle ne supporte pas Goriodon, c'est l'occasion ou jamais.
En plus je pourrai peut-tre aussi convaincre Gwnola,
et alors nous aurions suffisamment d'avis pour faire l'introspection
de Goriodon et dvoiler la vrit au grand jour.

- Peut-tre, peut-tre...

Je suis dubitatif et pas trs enjou... Je ne crois toujours
pas que le Congrs puisse vraiment faire avancer les choses.
J'ai plus l'impression d'une immense mascarade o les gens
sont soumis au bon vouloir des artificiels. Mais je n'ai
pas envie d'en discuter avec Metthios, il resterait sans
doute  rver de renverser le systme pendant des heures.
J'ai envie d'tre seul, ou tout du moins surtout pas avec
lui... Une petite abeille apporte le plat command par Metthios.

- Oui... Oui...

- Pour tre franc je suis un peu extnu par cette journe.

- Je comprends, qui ne le serait pas ? Je vais vous laisser
vous reposer. Nous nous reverrons demain. Bonne chance.

- Merci, bonsoir...

Me voil de nouveau seul. Il me reste le plat de Metthios
sur les bras maintenant, et j'ai tout sauf faim... Est-ce
que Pnople pourrait revenir me voir ? Peut-tre Erik pourrait
la convaincre...

- Ylraw ?

Encore ! C'est pas possible je suis devenu le pote de tout
le monde ou quoi !

- Oui ?

Je me retourne, c'est Yamwreq et Gwnola. Tiens, il a russi
son coup ou quoi. C'est vrai qu'ils vont vraiment bien ensemble.
Gwnola prend la parole :

- Pouvons-nous nous entretenir avec vous un instant ?

- Oui, bien-sr.

Ils s'assoient tous les deux en face de moi, et rapproche
un peu leurs siges, dans la limite de leur grandes jambes.
Mais c'est moi qui suit le plus loin de la petite table
ronde, et je ne pense pas qu'ils auront le courage de la
dplacer pour se rapprocher encore plus. Ils ne commandent
rien, apparemment ils ne veulent pas rester longtemps. Aprs
un instant, Yamwreq me demande :

- Nous aimerions avoir votre sentiment sur ce virtuel.

- Je n'y crois pas.

Gwnola prcise :

- Vous n'y croyez pas ou ne l'admettez pas ?

- Je pense que c'est navila qui a raison.

- Parce qu'elle est de votre ct... Sur ce point tout du
moins.

- La prcision s'impose. Non parce qu'elle est trop extrme
pour mentir.

Yamwreq intervient :

- Pourtant elle sait mentir.

- Elle dupe vos bracelets, c'est diffrent.

- Certes, mais nous n'avons pas d'autres moyens de...

Gwnola le coupe :

- Peu importe. Avez-vous d'autres lments ?

- Mis  part ceux soulevs pendant le Conseil, non. Mais
j'avoue que l'hypothse du virtuel expliquerait aussi certains
dtails. Et vous avez peut-tre raison que c'est plus une
difficult  l'admettre qu'une intime conviction.

- N'y aurait-il pas d'autres lments que vous n'auriez
pas mis en avant, trop anodins  vos yeux ou que vous ayez
oubli, qui pourrait nous aider ?

- Sans doute, mais comment le savoir ?

- Vous pourriez repasser les scnes et regarder plus en
dtails ?

Je souris.

- Eh ! Nous n'avons pas de bracelet sur Terre !

- Pourtant navila vous en a donner un ?

- Oui mais je ne m'en suis pas servi, je ne savais pas m'en
servir, il a peut-tre fait une sauvegarde mais je n'en
sais rien. J'ai bien tent d'crire mon aventure, peut-tre
retrouverai-je des dtails en relisant, mais pour a il
faudrait que j'y retourne...

Yamwreq reste pensif un instant puis dit :

- Pourquoi pas ? Si c'est la volont du Conseil, nous pouvons
vous autorisez  utiliser le tlporteur trouv par Sarah
pour vous rendre sur place.

Je suis perplexe.

- a ne tient pas, Sarah a bien prcis que l'exprience
avec son tlporteur avait prouv qu'il s'agissait bien
d'un virtuel. Et dans l'hypothse o le Congrs demande
 ce que j'y retourne, il sera simple pour elle, dans la
mesure o elle est la seule  connatre l'emplacement de
son accs, de mettre en place un faux tlporteur pour dmontrer
ses dires.

Ils restent silencieux un instant, finalement Yamwreq rpond
:

- Je comprends que vous aillez pu vous faire quelques ides
avec les vnements de ces derniers jours, mais gardez tout
de mme  l'esprit que nous reposons sur le principe que
les gens ne peuvent pas mentir ou cacher des choses contre
les avis. Bien sr le cas d'navila ou mme de Sarah me
concernant semblent remettre en cause ce principe. Mais
avant de le rejeter compltement, nous devons tout de mme
nous y rattacher.

Gwnola complte :

- Je suis de l'avis de Yamwreq, un principe qui est valable
depuis des milliers d'annes et a garanti la justesse, l'quit
et la stabilit de la Congrgation ne peut pas tre oublier
du jour au  lendemain.

- Peut-tre que les techniques ont volu, peut-tre qu'navila
possde de quoi contourner les avis.

Yamwreq acquiesce :

- Oui, et c'est ce que les pisteurs lectromagntiques qui
lui ont t adjoints tenteront de dterminer pour votre
nouvelle comparution dans deux jours.

Je reste pensif, Yamwreq me redemande :

- Consentirez-vous  accepter d'aller sur place si le Conseil
vous le demandez ?

- Bien sr, je ne demande moi-mme qu' tre convaincu du
bien fond de cette hypothse de virtuel. Et je ne crois
pas que je pourrai l'accepter sans la vrifier moi-mme.

- Parfait. Nous proposerons cette ide au Conseil, dans
deux jours.

Gwnola poursuit :

- D'ici l n'hsitez pas si vous avez la moindre ide, ou
si vous vous remmorez des dtails pouvant aller dans un
sens ou dans l'autre.

- Ne vous inquitez pas, j'ai deux jours coinc ici pour
rflchir au problme, il devrait bien en resortir quelque
chose...

Ils se relvent, je n'en prends pas la peine, me remercient,
me saluent puis s'loignent. Tout ne semble nanmoins pas
gagn pour Yamwreq car Gwnola semble l'avoir congdi
gentillement, ils prennent au bout de quelques pas chacun
une direction diffrente.



Course
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- Mais o va-t-on ?

- Ta gueule !

- Mais les artificiels ne nous laisserons pas partir !

- TA GUEULE j'ai dis, j'emmerde les artificiels.

Le couvercle se referme, et je m'endors pour un nouveau
voyage...  O cette fois-ci ? Je n'en sais rien...

Erik et Naoma
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- Salut, qu'est-ce que tu fais l ?

- Rien... Rien, rien, j'allais rentrer.

- Mais ? Tu pleures !

- Oh tu sais rien de grave je pleure pour un rien...

- Oui je sais.

- Ah, mais comment sais-tu ?

- Je peux m'asseoir ?

- Oui, oui, je me pousse.

- Je le sais parce que tu nous l'as dj racont.

- Ah oui c'est vrai sur la Lune. Je suis encore un peu perdue.

- Quelque chose ne va pas ?

- Non, non... Je...

- Tu te sens seule.

- Oui, un peu.

- Ylraw t'a fait des misres ?

- Non pas du tout, mais...

- Tu n'oses pas le dranger.

- Oui, mais ? Comment tu sais ?

- Nous avons dj eu une discussion similaire.

- Vraiment ? Quand a ?

- Quelques heures avant que tu ne meures.

- Oh ? Mais ? Franck ne m'a rien dit  ce sujet ?

- C'est normal, il n'tait pas l.

- Nous n'tions que tous les deux ?

- Oui. Il tait parti chercher  manger tout seul. Ce qui
lui avait valu  lui aussi de se faire attaquer par une
bte. Je m'en veux toujours de l'avoir laiss partir tout
seul.

- Tu ne pouvais pas savoir.

- Peut-tre, mais j'avais hsit  partir avec lui, et puis
j'avais profit de l'occasion.

- Quelle occasion ?

- De rester avec toi. De rester seul avec toi.

- De rester seul avec moi ? Mais ? Qu'est-ce... Qu'est-ce
qu'on a fait ?

- On a parler, et je t'ai embrasse.

- Oh ! Vraiment ? Mon Dieu, mais ? De quoi a-t-on parl
?

- Je...

- Tu ?

- Bah... C'est du pass aprs tout, et mme pas de ton pass.

- Non... Raconte... S'il te plait, j'ai le droit de savoir
ce que j'ai dj fait. Et puis c'est toi qui m'a rapporte
au village, et sur la lune tu m'as aide aussi.

- Oui...

- Je... Je sais que je n'ai pas toujours t trs gentille
envers toi. Je t'ai souvent considr comme un bandit ou
un voyou, mais quand j'y repense tu as toujours t gentil
avec moi, surtout depuis que je suis revenue  la vie, ici...

- Je t'avais pourtant frappe sur la lune.

- Oui, mais... Je le mritais, j'tais devenue folle, j'aurais
pu faire une btise si tu n'avais pas t l... Tu ne veux
pas me dire ?

- La dernire fois dj tu m'as pris par la main, et nous
n'avions  l'poque que des peau de btes comme habit...

- Des peaux de btes comme habit ? Oh ? Hi hi ! a t'a fait
avoir une raction... Euh...

- Oui... Gnante. Elle rsumait toutefois bien le message
que je voulais faire passer.

- Tu veux dire que ?

- Que je t'ai dit que je t'aimais, et je te le redis aujourd'hui,
mme si tu auras peut-tre du mal  le croire, avec Guerd
et tout.

- C'est plutt elle qui te court aprs, non ? J'ai l'impression.

- Oui, enfin je ne rsiste pas beaucoup non plus.

- Mais... Tu... Depuis quand est-ce que tu es amoureux de
moi.

- Depuis notre traverse en radeau. Depuis que nous avons
passe des heures  discuter tous les deux.

- Vraiment, oh mon Dieu je regrette tant de ne pas me rappeler
de tout a !

- Je regrette aussi. a me fout les boules rien que d'y
penser.

- Mais... Non... Maintenant, nous sommes de nouveau ensemble,
on peut peut-tre... Enfin, je sais pas, je sais pas trop.

- Moi non plus. Je crois que je suis un peu perdu.

-  qui le dis-tu ! Je crois qu'il n'y a que Franck qui
se sente bien ici...

- Oh ce n'est pas que je ne me sens pas bien ici, tu sais
franchement  comparer  ma vie  Melbourne. C'est le paradis
ici, mais quand on a tout on veut toujours plus.

- Moi je regrette un peu le temps de la boulangerie, quand
Franck venait faire son pain, c'tait si bien... Depuis
que je suis revenue j'ai l'impression que je suis de trop,
de ne plus servir  rien... Ylraw est gentil avec moi, mais
je crois que je l'embte, qu'il prfre tre avec Pnople.

- Je crois que personne de nous trois n'a sa place ici.
Moi je regrette quand nous tions tous les trois, perdus,
la vie tait plus dure, mais... Si tu t'appuies comme a
sur moi je vais t'embrasser dans pas longtemps.

- Il faut que je me dpche de le faire pour tre la premire,
alors...

...

- Naoma...

- Chut... Erik... Embrasse-moi.

...

- Attends, cette habit n'est pas trs pratique  retirer.

...

- Oh, Erik, viens, reculons-nous un peu dans la fort.

...

- Regarde, ce tapis de mousse, il a t fait pour nous.

- Oui...

...

- Oh Erik, ne t'arrte pas !

- Nous avons tout notre temps, non ?

- Tu es dur !

- Tu me flattes...

- T'es bte ! Et puis laisse moi faire un peu...

...

- Tu vas le dire  Guerd ?

- Bien sr, qu'est ce que tu crois ? Tu penses que c'tait
juste pour tirer un coup ?

- Non... Non, je sais pas... Peut-tre que a va lui faire
de la peine...

- Sans doute, oui, mais quoi ? Tu veux que reste avec elle
?

- Oh non ! Mais, peut-tre juste attendre un peu, pas lui
dire tout de suite que nous sommes ensemble, a lui fera
peut-tre un peu moins mal si vous vous sparez quelques
temps avant qu'elle ne l'apprenne.

- Oui, peut-tre.

Rveil 3
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Dimanche 20 juillet 2003
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Tout est noir.

Pourtant, je crois, mes yeux sont ouverts.

Je suis ptrifi, il fait un froid glacial. Je me trouve
dans l'eau. Non. Un liquide visqueux. Je le sens jusque
dans mes poumons. Je ne respire pas. Je ne le peux pas.
Je ne peux pas bouger. Mes membres ne rpondent pas. Est-ce
que je suis mort ?

Comment puis-je voir et penser si je suis mort ? Aurait-on
une me qui reste emprisonne  jamais dans notre corps,
dans notre tombeau, une fois le trpas ?

Mon esprit vague... Le temps s'coule... Mais le temps s'coule-t-il
? Comment le savoir ?

Je ne me rappelle pas. Pourquoi suis-je ici ? Je ne me rappelle
pas. Qui suis-je ? Non... Je ne me rappelle de rien, de
rien. Pourtant...  Pourtant j'ai des images, des images
d'arbres, de voitures, de maisons, de personnes. Je sais
que je suis un homme, je me vois, je me reprsente. Mais
le suis-je toujours ?

Je sens le froid, c'est bien que je suis vivant, si je sens
le froid glacial qui enveloppe mes membres. C'est bien que
je suis vivant, mais alors que se passe-t-il ?

Ai-je quitt mon monde ? Suis-je dans l'au-del ?

Je ne peux pas rester l.

Je dois bouger.

Je dois bouger... J'ai besoin de bouger.

J'ai BESOIN de bouger !

Oh, oui... Douce chaleur.

Douce chaleur aide-moi ! Douce chaleur... Aide-moi... Oui...

Oui... Je la sens, je la sens au plus profond de mes muscles,
un frmissement. trange sensation, est-ce le froid qui
me brle ? Non, c'est autre chose.

Chaleur... Rveille mon corps...

C'est si long... Est-ce que je rve ? Est-ce que la mort
n'est peuple que de rves de vie qui revient ?... Pourtant
je pense, ne suis-je pas alors ?... Oh... Tout est si calme...

Tout est si calme...

Du temps, toujours, mais combien, l'ternit ?

Non ! Je ne resterai pas l... Voil dj bien trop longtemps
que j'attends, combien d'heures ai-je attendu ! Il suffit
! Corps ! Rveille-toi ! Corps ! Bouge ! Oh oui chaleur,
viens, viens !

Un soubresaut ! Oui un soubresaut ! Je suis vivant ! Vivant
!

Chaleur ! Mes mains, lentement, se ferment... Ah... La force
revient... Un gmissement, un long gmissement interne,
touff par le froid et le nant...

Du temps, encore.

Je bouge. Dans une course si lente que je me demande encore
si ce n'est pas mon esprit qui me trompe, que je suis toujours
immobile et mort.

Mais non. Je touche une paroi. Ma main glisse lentement
le long. Je suis dans un tube, j'en tte le contour.

Du temps passe, encore et toujours, mon esprit s'vade et
revient. Il ne reste pas, il ne se maintient pas. Il me
faut plus de volont.

Non ! C'en est trop ! Finissons-en ! Corps ! Corps ! Je
n'en peux plus d'attendre !

Plus de concentration, plus de chaleur, plus de force. Je
bouge plus, plus facilement, plus rapidement. Je respire
ce liquide visqueux. Il me brle. Je tape contre les parois.
Je tape de plus en plus, de plus en plus fort, de plus en
plus souvent.

La force revient, augmente, me parcourt, je brle... Une
lueur ! il y a une lueur, une lueur bleu-verte. Mes yeux
se sont-ils habitues ? Ou plutt retrouvai-je lentement
mes sens, mon toucher, ma vue, mon oue. Je sors comme d'un
brouillard. Je distingue les parois, mon corps nu.

J'acclre, mes mouvements deviennent plus qu'un supplice,
mes membres me brlent, mes poumons, j'ai besoin d'air,
j'ai besoin d'autre chose que cette immonde viscosit en
moi !

Cette douleur, cette brlure,  la fois un martyr et un
rconfort. Tout s'emballe, je ne pense plus qu' une seule
chose, sortir, sortir ! Je frappe, toujours, toujours plus
vite ou plus fort. Je parviens  me recroqueviller, et alors
en cette position exerce une pression sur les parois en
tentant de me redresser.

Je ne crois pas avoir jamais t dans un tel tat, empli
de tant de force et pourtant si proche de la rupture. Mon
corps est tendu pendant plusieurs minutes. La sensation
de chaleur est terrible. La lumire s'est amplifie, et
le liquide commence presqu' bouillir. Est-ce que c'est
moi ? Est-ce que c'est la pression externe ? Ai-je cr
une faille, une aspiration ? Je ne sais, mais qu'importe,
j'ai la force de sortir.

Tout ne fais qu'aller de l'avant, comme s'il n'y avait pas
de limite, la brlure, la tension, la force, la volont.

Les parois cdent, le tube explose, je me redresse, la tension
retombe, je vacille, tombe, percute un objet dur et roule
sur le ct.

Je ne reste pas longtemps sans connaissance, je m'touffe,
ce liquide qui remplit mes poumons me fait reprendre conscience.
Mais tout  chang, j'ai tant de mal  faire le moindre
geste. Je parviens pniblement  me tourner sur le ct
pour cracher, tousser, vomir, limin de moi ce liquide
jauntre,  la fois dans mes poumons et mon ventre. Mon
corps est parcouru de hocquets... C'est une longue agonie
qui se termine finalement par une profonde et sonore inspiration
d'air.

Je me rallonge sur le dos, puis... Une faible lueur claire
la pice. Je distingue le tube pench d'o je suis tomb,
me blessant  la jambe dans ma chute, et un autre tube 
ses cts que j'ai percut. Le liquide visqueux s'est rpandu
sur le sol, je nage dedans. Encore d'autres tubes identiques
se trouvent de l'autre ct de celui  la paroi dchire
o j'tais enferm. C'est une grande salle, ronde. Je n'ai
pas la force ni la volont de bouger pour en voir plus.

Quelques minutes passenr, j'ai mal partout, je n'ai toujours
pas de souvenirs, je ne sais pas comment je suis arriv
l. Je ne me rappelle de rien, rien de mon pass, quelques
rves simplement, sans doute datant de mon sommeil dans
ce tube.

Il fait froid. Je reste allong,  moiti tourn, nu, haletant
mon mal, laissant mon esprit s'embrumer. Point de bruit,
pesant silence m'entranant dans un nouveau sommeil...