





                     Le Patriarche


      Le premier monde -  la recherche d'un Dieu


                Florent (Warly) Villard


             Janvier 1984 - Septembre 2003











Version: 0.4.8 - 26 janvier 2004 - 2

Copyright 2003 Florent Villard









Remerciements
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 Monsieur Yves Gueniffey, sans lequel ces crits      
n'auraient peut-tre jamais commenc.

 Manu et Zborg pour leurs remarques et leurs       critiques.

 Fabrice, Guillaume, Aline, Virginie et Peggy pour leurs
      nombreuses corrections et remarques.

 Anne, Pascal, Nathalie, Hlne, Samuel, Nicolas,     
 Emmanuel et AltGr pour m'avoir relu, corrig et critiqu.

 Titi, Fred, Amandine, Nanar, Tocman et Poulpy pour m'avoir
      relu.

 mes potes, Amaury et Vanessa, et surtout Daouda pour 
     avoir discut avec moi un peu de tout cela.

Thorpe pour tous les renseignements qu'il m'a       fournis.

Thomas
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Un soir d't
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Thomas rentrait chez lui, il tait extnu comme aprs chaque
journe de travail, mais ce jour l encore plus que d'habitude.
Quelque chose le troublait. Il ouvrit la porte sans mme
sortir ses cls, il savait qu'elle n'tait pas verrouille.
Il posa sa veste sur le canap du salon, dgrafa sa bandoulire
et dposa son arme sur le comptoir de la cuisine. Il souffla
en s'y appuyant un instant. Dans quelques minutes, il le
savait, sa mre qui l'avait sans doute vu rentrer et qui
habitait juste  ct allait sonner  la porte.

Il se dirigea vers la chambre  coucher. Il la retrouva
l, allonge sur le sol, un bras encore appuy contre le
lit. Il se pencha prs d'elle, observa sa gorge tranche,
son visage si blanc, la marre de sang autour de sa tte.
Il se recroquevilla sur elle et pleura. Il la prit dans
ses bras, comme pour dtecter encore un peu de chaleur,
mais elle tait morte depuis plusieurs heures.

Il se releva et appela la police et les secours... Quelques
seconde plus tard, on sonna  la porte, il alla ouvrir

- Bonsoir maman, entre vite, il s'est pass une chose horrible.

Christine, la mre de Thomas, eu un mouvement de panique
en voyant la chemise de son fils couverte de sang.

- Thomas ! Mon Dieu, tu es couvert de sang, tu es bless
? Vite, il faut app...

- Ce n'est pas moi, c'est Seth. J'ai appel les secours
et la police, ils vont arriver d'une minute  l'autre.

- Oh, Mon Dieu ! C'est grave, je peux la voir ?

- Il ne vaut mieux pas, maman, elle est morte, on lui a
coup la carotide.

Sa mre ferma les yeux de dgot et se blottit dans ses
bras.

- Mon Dieu ! Mon Dieu ! Mais pourquoi ? Elle tait si gentille,
si jolie ! Mon Dieu ! Pauvre Seth... Elle tait si gentille...

Thomas tenait sa mre dans ses bras, sans mots dire.

- Mais, mais Thom, qui a pu faire a ?

- Je ne sais pas maman, je ne sais pas...

- Thom, Thom, il faut que tu trouves Thom.

Thomas rpondit sans grande conviction.

- Oui maman, je trouverai, c'est mon travail... Rentre chez
toi maintenant, ne reste pas l, les policiers arrivent.

Thomas raccompagne sa mre sur quelques mtres puis se dirige
vers la voiture banalise qui s'est gare au ct se sa
propre voiture. Trois personnes en sorte, dont un en tenue
de policier, ils saluent Thomas.

- Salut Thomas, c'est moche il parait. Le SAMU ne va pas
tarder, mme si c'est trop tard d'aprs ce que tu as dit.
En attendant on va constater le tout. Je te prsente Philippe,
c'est le policier municipal, mais tu dois le connatre ;
nous sommes passs le prendre, il habite  deux pas. Mais
je pense qu'on va tout de suite prendre l'affaire de toute
faon. Pour une fois que le SRPJ est en premier sur les
lieux !

Les deux hommes se saluent, Thomas avait dj eu affaire
 lui quelques fois. Les deux autres policiers, Stphane
et Jean-Luc, en civil, sont des collgues de Thomas.

- La police locale va arriver dans deux minutes, ils vont
tout boucler, mais nous pouvons dj constater, rentrons.
Thomas, tu sais que tu serras sans doute mis en garde 
vue, mais a priori nous avons pass la journe ensemble,
il ne devrait pas y avoir de problme. Il ne vaut mieux
pas que tu rentres avec nous, qu'est ce que tu en penses
?...

Thomas l'interrompt.

- Oui, suivez-moi, je vous indique juste le chemin.

Ils entrrent avec lui  l'intrieur de la maison.

- Je suis rest un moment dans cette pice avant d'aller
dans la chambre, j'ai donc pu toucher et dplacer plusieurs
choses, je ne sais pas si je peux en faire l'inventaire,
mais je pense que a me reviendra si on trouve des empreintes.

-  quelle heure t'a-t-on dpos, c'tait vers 19 heures,
non ?

- J'ai d rentrer vers 19 heures 10,  cinq minutes prs,
oui. Je suis rest un instant dans cette pice, le temps
de poser mes affaires et de souffler un peu.

- Tu as remarqu quelque chose de suspect ?

- Non. Ensuite je suis all dans la chambre.

Thomas leur montra le chemin, il resta dans la pice principale.
Ils regardrent tour  tour le corps encore au sol.

- Je l'ai trouve l, ainsi. Je n'ai pas pu m'empcher de
la prendre dans mes bras, mme si je sais que je devais
la toucher le moins possible.

Stphane lui posa la main sur l'paule.

- Je comprends Thomas, on pourra difficilement te blamer
pour a. Mais dans ce cas est-ce que tu peux me donner ta
chemise, pour qu'on vrifie les traces de sang ?

- Pas de problme, tu m'en prends une autre dans le placard
de ma chambre s'il te plait.

- Ok,  quelle heure nous as-tu appel ?

- Je vous ai rappel sur le champ, peut-tre 19 heures 25
ou 30.

Des bruits de voiture et de sirne se font entendre dans
la cours. Thomas enfile sa nouvelle chemise.

- Seb, va voir si c'est le SAMU et fait venir juste un docteur
au cas o il y aurait encore un espoir, sinon on ne touchera
 rien pour la prise d'empreinte et le reste.

- OK j'y vais.

Le plus jeune des hommes s'excuta.

- Tu as une ide de qui a pu faire a ?

Thomas laissa couler deux secondes.

- Non...

Jean-Luc revint suivi du docteur.

- Bonjour, Docteur Paul grenne, o se trouve la victime.

- Juste l, suivez moi, voil, allez-y, tentez de touchez
le moins de chose possible, j'ai peur qu'il n'y ai pas grand
chose  faire.

Thomas s'approcha, il se mordit la lvre. Le docteur contourna
le lit et s'agenouilla auprs de la victime. Il constata
la blessure au cou, prit le poul au poignet, regarda la
pupille avec une petite lampe.

- Cela fait au bas mot deux ou trois heures qu'elle est
morte, il n'y a rien  faire.

Le docteur se relva en gardant les yeux quelques instants
sur le corps, eut un soupir, puis regarda les policiers
d'un air triste. Thomas parut surpris. Il se recula de quelques
pas, marcha un peu dans la pice principale, se passa les
deux mains dans les cheveux.

Stphane acquiesa.

- C'est malheureusement ce que je craignais, a va tre
 nous alors.

D'autres sirnes se font entendre.

- Voil la police, c'est pas trop tt ! Bon, on va prendre
votre dposition sur la constatation du meurtre, j'imagine
que le doute n'est pas possible ?

- Ce n'est pas une mthode de suicide courante en effet,
et vu la position du corps, aucun doute ne subsiste.

- Bien sortons, Jean-Luc tu peux commencer  prendre quelques
photos en attendant que l'IJ arrive.

Une autre voiture se fit entendre alors que le docteur,
le policier et Thomas sortaient. Quelques minutes plus tard
cinq policiers supplmentaires s'affairaient  dlimiter
des zones tout autour de la maison et dans le jardin.

Thomas observait silencieusement la scne, il jeta un oeil
 la maison de sa mre. Sa mre regardait par la fentre
en tenant le rideau de ct. Il dtourna le regard quand
Eric, le policier qui menait l'affaire jusqu'alors, s'adressa
 lui.

- On devra l'interroger.

- Oui je sais.

- Elle a vu quelque chose ?

- Non... Enfin je ne crois pas.

Thomas sembla hsiter un instant, puis finalement se dirigea
vers la maison de sa mre. Son collgue l'interrogea sur
son intention :

- O vas-tu ?

- Je vais interroger ma mre, autant que a soit fait, non
?

- Oui, mais a ne pourra pas tenir, tant que tu n'es pas
mis hors de cause, je le ferai, a vaut mieux.

Thomas fit marche arrire, gn.

- Oui, OK, tu as raison.

Une nouvelle sirne se fit entendre

- Tu as prvenu le procureur ?

- Oui il a dit qu'il venait.

- Tiens voil le chef.

Un nouvelle voiture, une Renault Safrane noire, s'avana
dans la cours dj bien encombre. Un homme d'une cinquantaine
d'anne en sortie, et,  la vue de Thomas et de son collgue,
se dirigea vers eux.

- Il faut faire virer les voitures ! Il n'y a plus de place
! Le procureur arrive, il faut qu'il puisse se garer ! Vous
tes les seuls ?

- Jean-Luc est  l'intrieur, j'ai appel Serge et Jacques,
ils arriveront dans une vingtaine de minutes maintenant.
Avec Jean-Luc nous venions de dposer Thomas, c'est pour
a que nous tions sur les lieux en cinq minutes.

- Ok, bon, fates sortir les voitures et boucler la rue.

- J'y vais.

Sthphane s'excuta.

- Bon Thomas, je ne vous cache pas que vous serez considr
comme suspect.

- Oui je sais commissaire.

- Bon,  part a, qu'est-ce qu'on a ?

Thomas explica au commissaire la dcouverte du corps, l'avis
du mdecin. Pendant ce temps la mre de Thomas s'tait approche.
La voyant Thomas la prsenta au commissaire. La maison de
sa mere ne se trouvait qu' une trentaine de mtres sa propre
maison. Profitant de la disponibilit d'une maison sur le
terrain de ses parents, il n'avait jamais eu le courage
de partir, mme si l'envie ne l'en avait jamais rellement
quitte, surtout depuis les trois dernires annes qui ont
suivi la mort de son pre, rendant sa mre de plus en plus
prsente.

- Bonjour Madame, dsol pour le raffut, mais vous allez
srement tre embte pendant quelques jours.

- Oh oui, mais ne vous inquitez pas, ce n'est pas grave
 ct de ce drame...

Une nouvelle voiture s'avana dans la cours.

- Ah ! Le procureur, bon j'y vais.

Le commissaire se dirige rapidement vers la nouvelle voiture
qui se gare tant bien que mal entre le fourgon du SAMU et
une autre voiture. Pendant ce temps la mre interroge Thomas.

- Ils ont trouv quelque chose ? Mon Dieu, ils savent qui
sait ?

- Maman, maman, calme-toi. Il faudra sans doute trs longtemps
avant de trouver le coupable, si on le retrouve, tu sais
ce n'est pas si facile.

- Mais quand mme, avec leurs appareils, les empreintes...
Elle a t viole ?

- Non ! Enfin je ne sais pas, l'autopsie nous le dira.

Thomas avait rejet l'ide comme si simplement l'envisager
le rendait mal--l'aise.

- Mon Dieu, c'est affreux... Tu veux venir  la maison.

- Non il ne vaut mieux pas, je vais tre suspect moi aussi.

- Suspect ! Mais tu es de la police !

- Oui maman, mais c'est la procdure, c'est normal, nous
ne pouvons liminer aucune piste.

- Quand mme !

- Il vont t'interroger, aussi, tu devras rpondre  leurs
questions, mais tu as bien djeun chez ton amie Rosie aujoud'hui
?  quelle heure es-tu rentre ?

- Oui j'tais chez Rosie, je ne suis rentre que vers 18
heures, pas longtemps avant que tu n'arrives en fait. Je
n'ai mme pas sonn chez toi, tu rentres toujours tard et
tu m'avais dit que Seth avait pris des vacances, je ne pensais
pas qu'elle serait l. Comment a se faisait, d'ailleurs
?

- Elle est rentre hier soir, plus tt que prvu.

- Tu crois que c'est parce qu'elle a eu un problme pendant
ses vacances ? Mais pourquoi n'tes-vous pas partis ensemble
? O tait-elle ?

- Je ne sais pas. Dans les Alpes il me semble.

- Quand mme, ne mme pas savoir ou part sa petite amie.
Ah mon Dieu, si seulement tu tais parti avec elle, mais
pourquoi ?... Dj en Novembre elle tait partie toute seule
 l'le de R, franchem...

Thomas la coupe, agac.

- On ne va pas reparler de a maman, c'est comme a, elle
voulait tre un peu seule, qu'est-ce que j'y pouvais ? Bon,
peu importe, tu n'as rien vu, donc.

- Non... Pour une fois c'est bte que les Martin soient
partis en vacances, elle qui espionne toujours  sa fentre,
a aurait pu rendre service.

Thomas allait lui demander de retourner chez elle, mais
il se garda finalement et rva  autre chose en voyant arriver
le corbillard. Sa mre continuait de parler.

- Les Piranocci non plus d'ailleurs, ils travaillent tous
les deux, mais sait-on jamais, a ne cote rien de leur
demander.

Thomas revint dans la discussion, sans vraiment y prter
attention, cela faisait si longtemps qu'il faisait de fausses
conversations avec sa mre.

- Et les Simon ?

- Les Simon ? Noooon...  part si l'assassin est pass par
derrire, mais avec la haie ils ne voient rien... Non si
quelqu'un a vu quelque chose, c'est Madame Marin ou Madame
Louis, elles se promnent toujours dans le quartier. Mais
pas avant 6 ou 7 heures du soir en ce moment, sans doute
trop tard, remarque, il fait beaucoup trop chaud la journe.
Elles devaient sans doute dormir toutes les deux au moment
du crime.

- Bon, je vais voir ce qu'il se passe, rentre, tu me tiens
au courant si jamais quelqu'un te parle de quelque chose
de suspect ; mais ne raconte pas trop si tu apprends des
choses, aprs a cre des rumeurs et soudain tout le monde
sait qui est l'assassin et a tout vu.

- Oui d'accord, mais o vas-tu dormir s'il bloque ta maison
? Tu ne veux pas venir  la maison ?

- Non non, c'est bon, je dois y aller.  plus tard maman.

Thomas rejoignis Stphane qui prenait des notes avec Jean-Luc.
Il leur donna quelques indices sur les voisins, des paroles
de sa mre.  Il parla aussi de Madame Marin et de Madame
Louis. Jean-Luc se chargea d'aller interroger les voisins,
mme si les chances qu'ils eussent vu quelque chose taient
minces. Thomas, tant suspect, devait subir une garde--vue.
Ils convinrent de retrouver Jean-Luc au poste  21 heures,
pour effectuer la dposition de Thomas et mettre en commun
tous les renseignements.

Le procureur vint enfin saluer Thomas. Il lui exprima dans
un premier temps toutes ses condolances, mais ne put s'empcher
de lui poser quelques questions.

- Vous savez si elle avez de la famille, des proches, que
nous pourrions prvenir ?

- Non, elle tait orpheline, et d'aprs ce qu'elle m'avait
dit sa nourrice tait dcde.

- Elle n'avait pas d'amis, d'autres parents ?

- Elle tait trs discrte sur sa vie, je crois qu'elle
avait une tante sur l'le de R, des connaissances dans
les Alpes aussi,  Nancy, Grenoble peut-tre, mais je ne
saurais pas vous dire les noms.

- Elle travaillait ? Vous la connaissiez depuis longtemps
?

- Non elle ne travaillait pas. Nous vivions ensemble depuis
bientt quatre ans.

- Et elle ne vous a prsent aucune des ses connaissances
en quatre ans ?

- Et bien non, elle a toujours t trs rserve.

Thomas manifesta des signes d'nervement, le procureur le
sentit.

- Je vois, bon, je ne vous embte pas plus, de toutes les
faons l'enqute compltera tout a. Les RG doivent me rappeler
ds qu'ils ont queqlues choses, quoi qu'il en soit.

Le procureur salua et quitta Thomas pour rejoindre le commissaire.
Thomas partit dix minutes plus tard avec Stphane pour le
SRPJ de Versailles, son lieu de travail.

Jean-Luc confirma que les voisins qui taient rentrs tard
n'avaient rien vu, bien-sr, pas plus que Madame Marin et
Madame Louis, qui ne sortaient pas par cette chaleur avant
19 heures. La dposition de Thomas fut rapide, lui avait
pass l'entire journe, de 9 heures du matin  19 heures
du soir, avec Stphane, ce qui, si le diagnostic du mdecin
tait bien confirm, le disculpait totalement. Thomas subit
tout de mme deux heures de garde  vue, mais ce fut plus
l'occasion pour les trois hommes d'plucher les maigres
lments qu'il connaissait sur l'emploi du temps de Seth.
Elle tait rentre la veille aprs deux semaines de vacances
dans les Alpes, Thomas ne savait pas o exactement, et il
l'avait vue pour la dernire fois le matin, elle dormait
encore quand il avait quitt son domicile. Elle semblait
trs fatigue ces derniers temps. Comme il l'avait dit au
procureur, il ne connaissait pas de famille ou d'amis 
Seth. Les ventuels l'apprendraient dans les journaux du
lendemain.

Ils n'attendirent pas le dernier appel du procureur, ni
du commissaire, prfrant se rserver la chance de se lever
et venir tt le lendemain matin. Ne pouvant dormir chez
lui, Stphane lui proposa de l'hberger, il irait chez sa
mre les jours suivants, mais pour la courte nuit qui l'attendait,
l'appartement de Stphane sur Versailles ferait mieux l'affaire.
Thomas ne dormit pas cette nuit, ou seulement quelques dizaines
de minutes. Il ne pouvait pas se tourner sur le petit canap,
lui qui dormait sur le ventre d'habitude, et sa brlure
lui faisait trop mal. Qu'allait-il faire ? Allait-il faire
l'enqute ou pas ?  Allait-il pouvoir la faire ? Il valait
peut-tre mieux qu'il la fasse, aprs tout... Il pleura,
longtemps, tellement que ses yeux le brlrent le matin,
quand le satan rveil de Stphane se dcida enfin  sonner.

Il avait dormi dans le salon, il attendit que Stphane arriva
pour se lever. Juste un caf, deux cafs, il n'avait pas
faim. Stphane lui prta des sous-vtements et une chemise.
Il les mit dans la salle de bain, pas tellement qu'tre
nu devant Stphane le gnait, mais il devait encore soigner
sa brlure, et la cacher.

Plus tard...

- J'imagine que vous voulez vous charger de l'affaire ?

Thomas hsita un instant. Il regarda quelques secondes dans
le vide, tonn que le commissaire lui propost si directement,
puis reposa ses yeux sur son suprieur confortablement install
derrire son bureau parfaitement propre et rang.

- Oui. Oui... C'est mieux ainsi.

- Si vous pouviez trouver rapidement et mettre sous verrous
un assassin, je vous en serez reconnaissant.

- Oui, chef, bien sr, je ferai mon possible.

"Un assassin", comme si n'importe lequel conviendrait, comme
si la seule chose important tait ce que les gens croyaient,
et que tout le monde se moquait de la vrit... Thomas se
leva et quitta le bureau sans saluer son suprieur. Il fit
un dtour par la machine  caf, mais dix d'affile ne lui
suffirait pas pour avoir un brin de prsence d'esprit ce
matin. Il partageait son bureau avec Stphane et Eric. Eric
tait en vacances.

- Tu aurais pu m'en ramener un !

- Dsol, j'ai la tte ailleurs.

- Je comprends. Tu es charg de l'enqute ?

- Oui.

- Tu es sr que c'est une bonne ide ?

- J'en sais rien.

- Je vais t'aider de toute faons, mais si c'est trop dur
n'hsite pas. Tu peux prendre quelques jours de vacances
peut-tre, le temps que je dblaye un peu le terrain ?

- Non, merci, c'est bon, mais si jamais je n'hsiterai pas.

Stphane partit se chercher un caf, Thomas s'assit sur
son bureau, soutenant son bras pour siroter son caf en
regardant  travers la fentre. Il tait perdu, perdu. Il
ne voulait pas faire cette enqute, il le savait, mais avait-il
le choix ? Il voulait oublier, tout oublier. Mais qu'allait-il
donc bien pouvoir trouver ?

- Ils t'a donn les renseigments des RG ?

Il n'avait mme pas entendu Stphane revenir.

- Non, il les a ?

- Je crois qu'il m'a dit que hier ils n'avaient rien trouv
mais ce matin ils devraient avoir le dossier.

Mais non. Rien, rien du tout. Les Renseignement Gnraux
n'avaient rien. Seth Imah n'avait pas d'adresse, pas de
date de naissance, n'avait jamais travaill nulle part.
Seth Imah n'tait pas connue, n'tait pas franaise, pas
europenne, et, comme ils l'apprendraient dans deux jours,
n'existait dans aucun des pays membres d'interpol, pas sous
ce nom, du moins.

Repos
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Mercredi 20 aot 2003, 11 heures 40, salle de runion. Jean-Luc
se chargea d'numrer les documents :

- Rcapitulons, les mdecins diagnostiquent une heure de
mort voisine de 16 heures. Pour l'instant aucun tmoignages
d'une visite  cette heure-l. La dernire personne sur
les lieu tait la mre de Thomas, qui est partie vers 11
heures du matin. La dernire personne ayant vue Seth est
Thomas, le matin, vers 8 heures, quand il a quitt son domicile.
Elle a pass la nuit avec lui, et revenait la veille de
deux semaines de vacances dans les Alpes. D'aprs Thomas,
elle est revenue en train, toutefois si c'est le cas elle
ne voyageait pas avec un billet  son nom, aucun billet
de SNCF n'a t vendue au nom de Seth Imah ou divers acronymes
dans les six derniers mois. Avant ces vacances Thomas la
trouvait fatigue, et cela depuis plusieurs mois.

- Depuis le dbut de l'anne elle allait de moins en moins
bien, oui.

Stphane s'interroge :

- Elle tait malade ?

- Je ne crois pas, mais elle refusait ne serait-ce que le
simple fait que je mentionne la visite d'un mdecin.

- trange...

Jean-Luc reprend :

- Certes, mais il s'avre qu'elle n'est pas morte de maladie,
mais assassine, en consquence qu'elle allt bien ou pas
a peut-tre son importance, mais a n'explique pas qui l'a
tue et pourquoi. Bref, il faut rajouter que Seth Imah est
compltement inconnue des services de renseignements, pas
plus les photos que les empreintes n'ont donn quoi que
ce soit. Thomas, tu dis l'avoir rencontre il y a quatre
ans, fin de l't 1999.

- Oui, elle tait orpheline, et venait de Nancy, je sais
qu'elle a aussi sjourn  Grenoble, et auparavant dans
un petit village dans les Alpes, je ne me rappelle pas du
nom.

- De plus elle ne travaillait pas, et restait trs discrte
sur ses amis, en gros tu ne savais pas grand chose de sa
vie.

- Non.

- Perso moi je cherche toujours un minimum d'info sur mes
copines, mais bon, je suis peut-tre un peu parano.

- C'est vrai que que je n'ai jamais regard, mais de quoi
aurai-je d me mfier, elle tait si gentille.

- Enfin passons, quoi qu'il en soit cette affaire se rvle
plus complexe qu'il n'y paraissait. Le commissaire aimerait
quand mme qu'on ne trane pas l-dessus, parce que comme
il le dit un meurtre dans une bourgade huppe o les prcdents
incidents se ramenaient  un chien perdu ou cras, a fait
tche d'huile. Je pense qu'il nous faudrait regarder qui
Thomas a mis sous les barreaux et qui pourrait s'tre veng,
et puis interroger toutes les personnes susceptibles de
d'avoir vu Seth ou d'avoir vu quelque chose, les gares,
les stations de mtro, et trouver le nom de ce village o
elle tait en vacances. Il nous faudrait aussi un peu plus
d'info sur le personnage, pour l'instant c'est assez maigre.
Le commissaire sera en vacances  partir de la semaine prochaine
pendant deux semaine, et il m'a bien fait comprendre qu'il
n'aimerait pas que le procureur le drange trop souvent.
En gros il voudrait qu'on ait une piste srieuse d'ici 
la fin de la semaine.

Stphane prit la parole, s'adressant  Thomas, d'une voix
calme et pose qui contrasta avec le dbit rapide et hach
de Jean-Luc, sans doute un peu stress de mener la discussion.

- Tu n'as vraiment aucune ide de qui pourrait lui vouloir
du mal ?

Thomas resta plus d'une minute sans rien dire, le regard
sur Stphane,  un point ou ses deux collgues en furent
gns.

- J'ai aucune ide, non, et je m'aperois que je ne savais
presque rien d'elle, presque rien...

- Tu avais parl de sa nourrice.

- Oui, mais elle est dcde, en tous cas c'est ce que Seth
disait.

- Mais tu n'avais pas son nom ?

- Non, je ne crois pas que Seth me l'ait dit, ou alors je
l'ai oubli.

Les trois hommes restrent silencieux un moment, se demandant
sans doute par o commencer. Jean-Luc et Stphane espraient
bien quelques indices de la part de Thomas, mais celui-ci
n'en avait pas, ou n'en donnait pas. Mais devaient-ils conseiller
au commissaire de mettre Thomas en vacances, ou l'loigner
de l'affaire ? En avaient-ils le droit, et puis le meurtre
datait de la veille, comment pouvaient-ils lui reprocher
d'tre ailleurs ? Stphane lui proposa finalement de prendre
un peu de repos :

- Tu sais Thomas, je pense vraiment que tu devrais prendre
au moins un jour ou deux, ne serait-ce que pour passer ces
moments difficile, et aussi mettre un peu d'ordre dans ta
tte.

Jean-Luc approuva sur-le-champ, il avait depuis le dbut
peur de parler de cette histoire sans prendre le risque
de blesser Thomas, de le savoir un peu  l'cart lui semblait
une trs bonne ide.

- Oui, Stphane a raison, a va tre trop dur pour toi sinon,
prend quelques jours, passe ta peine.

- Et quand tu reviendras nous aurons fait toutes les dmarches
compliques et difficiles pour l'autopsie et les tests,
et tu auras les ides plus claires sur le sujet, peut-tre
que des vnements anodins te reviendront et nous mettront
sur une piste.

Thomas pouvait difficilement refuser, tout en sachant qu'il
n'avait qu'une envie, c'tait bien celle de se retrouver
seul.

- Oui, vous avez raison, je vais prendre quelques jours.

- Allons voir le commissaire, pour lui demander.

Deux heures plus tard Stphane dposait Thomas chez lui,
plus exactement chez sa mre, car le travail de relev dans
sa maison lui en bloquerait l'accs pendant encore deux
jours. Il ne se sentait pourtant pas de rester deux jours
entiers avec sa mre. Il dcida alors de partir dans leur
maison en Normandie, en insistant bien qu'il voulait rester
seul, et qu'il tait hors de question qu'elle vnt avec
lui.

La Normadie, la mer.

Mais que savait-il d'elle ? Se demandait-il, assis sous
l'ombre  peine rafrachissante du store, devant la petite
maison familiale donnant sur les deux cent mtres de plage
rocailleuse. Que savait-il d'elle ? Que pouvait-il faire
? Tout tait tellement embrouill. Comment claircir cette
affaire ? Qui avait-il donc  claircir ! Rien ! Il n'y
avait rien !

Il se caressa doucement sa brlure, au niveau des ctes.
Elle le faisait toujours souffrir, elle le ferait souffrir
pour toujours, il en avait peur.

Que savait-il de la vie de Seth ? Mais qu'avait-il eu besoin
de savoir, depuis qu'il l'avait rencontre, ce mois de septembre
1999, quand il l'avait prise en stop  Jouy-en-Josas, pour
la mener devant les locaux un peu perdus de Silicon Graphics,
et quand il l'avait recroise, deux jours plus tard, cherchant
un appartement  louer en ville ? Emmanuelle l'avait quitte
trois ans plus tt, trois longues annes, comment pouvait-il
rsister  Seth ? Comment pouvait-il rsister  sa force,
 sa volont ? Il avait pli, pendant trois ans, n'avait
t qu'un jouet, il le savait.

Mais elle avait chang, cette anne, perdant de sa force,
de sa volont, voulant partir... Mais pourquoi donc avait-elle
voulu partir !

Le tlphone drangea Thomas. Ce n'tait pas comme il s'y
attendait sa mre qui avait dj appel deux fois aujourd'hui,
mais Emmanuelle, justement, qui s'inquitait pour lui. Il
obtint finalement l'aveu que c'tait sa mre qui l'avait
prvenue, mais l'ide de noyer son chagrin dans ses bras
ne le gnant pas, il ne lui en tint donc pas rigueur. Il
feignit, mais feignait-il vraiment ? D'tre dprim, et
d'avoir besoin de parler. Emmanuelle accepta l'invitation
pour le week-end. Il remit  plus tard l'explication dtaill
de son tat, il n'avait pas grand chose  dire, de toute
faon. Thomas voulait juste faire l'amour avec elle.

C'tait glauque, mal, immoral, il le savait, mais il tait
trop faible, trop faible pour rsister, trop faible pour
garder la tte haute. Il en voulait  Seth, mme morte il
y lui en voulait encore.

Le vendredi il dut rentrer sur Paris pour diverses formalits
administratives relatives au futur enterrement de Seth.
Il fit vite, il voulait repartir en Normandie, ne pas rester
l. Il passa tout de mme  son travail, pour avoir quelques
nouvelles, pour savoir, pour y voir un peu plus clair, pour
dterminer que faire. Mais Jean-Luc et Stphane n'avaient
rien de plus. Ils n'avaient trouv aucun indice chez lui.
L'autopsie n'avait rien rvl, Seth tait en parfait tat
de sant. Ils n'avaient mme pas fait l'amour cette dernire
nuit. Thomas lui non plus n'avait aucune information, forcment,
il n'avait mme pas chercher.

Il dcida ensuite d'aller dire bonjour  sa mre, pour ne
pas qu'elle s'inquite, et surtout que si elle apprenait
qu'il tait venu sur Paris sans passer la voir, ses remontrances
lui seraient bien plus difficile  supporter que de simplement
la voir cinq minutes le jour mme. Il manqua d'craser un
gamin qui traversa la route avec son vlo juste en face
de chez lui. Il n'eut mme pas le temps de s'excuser le
marmot pris la poudre d'escampette, sans doute drang dans
quelques planification de btises.

Sa mre n'tait pas l, mais toutes les zones dlimites
par les enquteurs taient par contre encore bien prsentes,
et il renona finalement  rentrer chez lui. Il ne resta
que dix minutes, le temps de boire un verre d'eau frache
et de laisser un mot  sa mre. Il ne voulait pas l'appeler,
il tait hors de question qu'il allt prendre le th chez
une quelconque amie de sa mre.

Il se dcida  repartir pour la Normandie, il redrangea
le mme gamin en vlo devant le portail, sans doute tait-il
en fait intrigu par cette histoire de police. Pour une
fois qu'il se passait quelque chose dans le coin, rien d'tonnant.

Il roula vite, trop vite, sans doute pensait-il pouvoir
un instant laisser le pass derrire. Mais c'tait trop
tard. Qu'allait-il se passer ? Il aurait voulu mourir peut-tre,
mais il tait trop lche pour a. Il tait trop lche pour
tout. Il n'tait qu'une loque. Il se demandait mme comment
il avait russi  entrer dans la police. Il faut des hommes
intgres et droits, des hommes forts. Il ne l'tait pas,
ne l'avait jamais t.

Seth ! Ah Seth ! Pourquoi ? Pourquoi ? Que s'tait-il donc
pass ? Qu'avais-tu donc fait ? Qui, mais qui avais-tu rencontr
? C'tait peut-tre l'occasion de savoir, finalement.

Il passa la soire assis sur la plage de galet,  pleurer,
 se demander ce qu'allait tre sa vie  prsent. Il dna
 peine. Il dormit peu et mal, comme toutes les nuits depuis
lors.

Il dormait pourtant quand Emmanuelle arriva, le samedi matin.
Elle s'en aperut et s'excusa de l'avoir rveill. Elle
n'avait pas pris de petit djeuner, ils le prirent donc
ensemble. Il avait dj plus d'apptit. Elle se contenta
d'un caf et de deux biscuits prims. Toujours autant focalise
sur son poids. Elle lui demanda s'il allait, il rpondit
oui, puis non. Voil longtemps qu'il ne l'avait pas vue,
un an, presque. La dernire fois qu'ils s'taient vus ils
avaient fait l'amour, c'est ce qui le rendait confiant qu'ils
le feraient de nouveau cette fois-ci. Il avait tromp Seth,
oui, et aprs ? Combien d'amants avait-elle eu, elle, dans
ses escapades inconnues ?

Pourtant Emmanuelle tait beaucoup moins jolie que Seth,
mme si son obsession de l'apparence physique la rendait
belle, rendait son corps attirant, peut-tre plus que Seth
encore, car elle en jouait, le mettait en avant, dvoilait
et suggrait ses formes. Mais Seth tait naturellement plus
belle, plus pure, plus parfaite. On sentait bien quelque
chose de non naturel chez Emmanuelle, quelque chose de travaill,
 grands coups de Gymnase Club et footing matinal. Seth
tait belle par nature, son corps tait la dfinition mme
de la beaut, sans qu'elle n'eut rien  faire.

Mais il tait tout de mme en rection en buvant son th,
en s'imaginant dj Emmanuelle presque nue allonge les
jambes cartes sur la table.

Ils parlaient de choses sans importance, des diverses fois
o ils s'taient chamaills quand ils sortaient ensemble,
de ce que chacun avait fait dans l'anne, ou presque, coule.
Elle le fit rire, il toussa, manqua de s'touffer. Sa brlure
lui fit mal.

Sa brlure. Son rection passa. Sa brlure. Il ne pouvait
pas la montrer. Qu'allait-il expliquer ? Elle n'tait pas
encore gurie. Devait-il renoncer  Emmanuelle ? Dans le
noir peut-tre ? Peut-tre juste cette nuit ? Ou alors rester
habill, juste l, juste par derrire sur la table en lui
levant sa jupe ? Son rection revint. Mais elle voudrait
le voir nu, elle avait toujours voulu le voir nu, voir son
corps muscl, ses pectoraux se contracter... Ah ! devait-il
vraiment oublier cette ide ?... Son rection passa, ils
parlrent d'aller se promener sur la plage.

Elle se leva pour dbarrasser, il vit ses seins quand elle
emporta sa tasse vide. Plus de deux semaines qu'il n'avait
fait l'amour, non il ne pourrait pas rsister. Un bandage
! Bien sr, un bandage, une blessure  son travail, un voyou
qui lui donne un coup de couteau ! Il alla sur-le-champ
dans la salle de bain, trouva une bande et, aprs avoir
regarder quelques secondes dans la glace la brlure sur
son flan gauche, o l'on distinguait presque la forme d'une
main, se l'enroula autour des ctes pour la rendre invisible.
Il ne dpassa qu'une petite marque sur son pectoral gauche,
sans doute le pouce.

Il ne la trouva pas quand il revint. Elle tait dj sur
le pas de la porte. Quand elle le vit elle s'avana au dehors.
Ah ! Trop tard ! Ils marchrent plus d'une heure avant de
s'asseoir. Il faisait une chaleur torride, ils s'arrtrent
 l'ombre d'une immense pierre au-dessus d'une petite flaque
d'eau qui avait subsist  la mare descendante.

Ils parlrent, enfin, de Seth. Il expliqua que leur relation
n'allait plus trs bien, qu'elle voulait partir, que peut-tre
avait-elle un amant, comme elle en avait eus tant, qu'il
ne savait pas. Il avoua son dsespoir face  son assassinat,
qu'il aurait t plus simple qu'elle partt, mais que maintenant
elle serait avec lui pour toujours, alors qu'il aurait voulu
l'oublier  jamais.

Thomas en oublia presque son objectif principal, mais quand
il tourna les yeux vers Emmanuelle, ses jambes nues le lui
rappelrent instantanment. Il se tourna lgrement vers
elle et posa sa main gauche sur sa jambe, en remontant doucement.
Elle l'arrta aussitt :

- Non Thomas, non... Je suis juste venue parce que tu n'allais
pas bien... C'est tout...

Thomas resta muet, pourtant, son dcollet, sa courte jupe...
Il ne dit rien, il posa simplement sa tte sur les genoux
d'Emmanuelle. Elle lui caressa les cheveux.

- Je sais que tu dois tre perdu, Thomas. Apparememnt a
a l'air tellement compliqu, le fait qu'elle disparaisse
alors mme que vous alliez vous sparer... Mais pourquoi
as-tu accept de faire cette enqute ?

Thomas parut gn, et l'envie montante en s'imaginant le
sexe d'Emmanuelle si prs disparut, il se redressa.

- C'tait quand mme mon amie, et je suis l'un qui devait
le mieux la connatre, et puis c'est mon mtier, je ne dois
pas y mettre de considrations personnelles.

- Oui mais c'est tout de mme difficile, il pourrait donner
l'affaire  un de tes collgues et juste de consulter pour
les choses que tu sais sur Seth ?

Thomas s'agaa :

- Non c'est mieux comme a... Bon, on rentre ?

- Dj ? On tait bien l, il ne fait pas trop chaud.

- Reste si tu veux, moi je rentre.

- Bah non, si tu rentres je rentre aussi, je ne vais pas
rester toute seule ici...

Thomas s'tait dj lev et avait pris la direction de la
maison. Emmanuelle remit maladroitement ses chaussures qu'elle
avait enleves pour tremper ses pieds dans l'eau et le rejoint
en trottinant.

- C'est parce que je ne veux pas faire l'amour avec toi
que tu es en colre ?

Il ne pouvait pas dire oui, et il ne pouvait mme pas dire
pourquoi ses questions l'nervaient aussi, alors il se contenta
d'un "non, non" vague. Ils marchrent quelques temps en
silence. Finalement Emmanuelle avoua :

- Tu sais ce n'est pas que je n'en ai pas envie, c'est juste
que ce n'est pas correct, et qu'on le regretterait sans
doute.

Elle connaissait les hommes, elle savait trs bien que plus
encore leur envie de faire l'amour c'tait de leur orgueil
dont il s'agissait, et que le fait de savoir que la fille
mourrait d'envie suffisait  ne pas blesser cet orgueil.
Et puis elle ne mentait pas vraiment, de toute faon rares
taient les instants o elle n'avait pas envie, juste que
l, non, dans cette situation, c'tait bien au-del de son
seuil de tolrance morale.

Ils rentrrent et finirent la soire dans un restaurant
de la ville voisine. Ils parlrent de tout et de rien mais
surtout pas de Seth ni de leur relation passe, plutt des
amis communs qu'ils avaient, les tracas de leur vie quotidienne,
les multiples chagrins d'amour d'Emmanuelle, qui n'en taient
pas vraiment.

Emmanuelle dormit dans la chambre d'ami, et Thomas ne dormit
pas. Rien n'allait comme il voulait, l'image de Seth l'obnubilait,
et si par chance un instant il pensait  autre chose, un
relan de sa brlure la ramenait  son esprit, et par-dessus
tout il n'avait mme pas fait l'amour avec Emmanuelle. Il
en rva pourtant, dans les quelques heures de sommeil qu'il
fit enfin, alors que le jour se levait. Il en rva tellement
que le matin il se masturba, alors qu'il dtestait faire
a. Mais il en avait assez de cette pression stupide, de
cette envie, de ce dsespoir, de tous ces maux qui s'accumulaient
les uns sur les autres. Il avait envie de tout jeter, tout
plaquer, partir il ne sait o, ou mieux, perdre la mmoire,
oublier tout a.

Emmanuelle tait sur la terrasse quand il descendit, leve
depuis plus de deux heures, elle lisait un livre  l'ombre
du store. Le voyant elle ferma son livre et se leva pour
lui faire la bise :

- Ou la la ! Tu n'as pas d trs bien dormir...

- Non, effectivement, je ne me suis pas endormi avant 5
ou 6 heures du matin, mais je commence  m'habituer, c'est
presque toutes les nuits comme a.

- Tu devrais peut-tre prendre des cachets pour dormir ?

- Si vraiment mon sommeil ne revient pas, peut-tre, oui.

- Je n'ai pas commenc  prparer le petit-dej, je ne savais
pas  quelle heure tu allais te lever, par contre j'ai ouvert
une bote de biscuits, j'avais trop faim.

- Tu as bien fait. On peut aller chercher du pain frais
a pied, a nous fera une petite marche.

- Bonne ide.

Il tait dix heures passes, ils partirent pour la ville
voisine  pieds. La boulangerie la plus proche se trouvait
 environ deux kilomtres, ils mirent une bonne heure 
faire l'aller-retour. Ils aimaient le pain tous les deux,
et de retour ils avaient dj mang une baguette et demie
sur les trois qu'ils avaient achetes, en plus des croissants
et des pains au chocolat.

Emmanuelle voulut ne pas partir trop tard pour Paris, elle
avait un dner le soir sur la Capitale, et les accs tant
souvent bouchs de retour de week-end, mme si nous tions
encore en aot. Elle partit vers 16 heures, aprs une courte
baignade dans l'Atlantique. Thomas lui ne partit que vers
21 heures, voulant sans doute remettre au plus tard le retour
vers la ralit.

Il dormit chez sa mre ; il aurait de toute faon du mal
 revenir chez lui avant la fin de l'enqute, sachant qu'
tout moment une nouvelle piste pourrait demander la recherche
d'indices diffrents, et que charg de l'enqute il lui
incombait en premier de minimiser ses interactions avec
le lieu du crime.

Lundi 25 aot 2005, enterrement de Seth dans le cimetire
de Jouy-en-Josas. Il y avait peu de monde, si peu, Thomas
et sa mre, ainsi que deux amies de celle-ci, qui devait
connatre vaguement Seth de vue, Stphane et Jean-Luc, et
deux trois personnes qui devaient s'ennuyer au point d'aller
assister  l'inhumation de personnes qu'elles ne connaissaient
mme pas.

Ce lundi Thomas avait encore un jour de cong, et l'aprs-midi,
enfin, il rflchit. Ce devait tre la seule relle fois
o il rflchit vraiment depuis la mort de Seth, un peu
plus en tout cas que de se laisser porter par les vnements
et les coups du sort. Peut-tre finalement n'avait-il pas
rflchi non plus depuis qu'il connaissait Seth,  son sujet
tout du moins. Quatre ans... Qui tait-elle ? Elle ne travaillait
pas, avait-elle jamais travaill ? Toujours si discrte
sur son pass... Elle lui avait dit terminer des tudes
de littrature...  Elle avait crit, dessin. publi d'aprs
ses dires dans quelques revues sotriques de par le monde
dans une langue qu'il ne connaissait pas, mais c'tait avant
qu'ils ne se conussent. Elle ne lui avait jamais demand
de l'argent, il lui avait toutefois offert beaucoup sans
qu'elle ne lui retourne vraiment ses cadeaux. Elle lui offrait
sa tendresse, avait-il voulu plus ? Seth, mais qui tait-elle
? Il ne le savait pas... Son pass, cette enqute serait
peut-tre l'occasion pour lui de trouver son pass, de savoir
de quelle ombre elle tait venue. tait-elle diabolique
?...

Enqute
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Le pass de Seth, c'est sur a qu'il allait enquter. Mais
par o commencer ? Il ne connaissait aucun de ses amis.
Le commissaire voulait un coupable en deux semaines, impossible.
Pouvait-il trouver un SDF quelconque pour le satisfaire
et poursuivre tranquillement son enqute par la suite ?
Non, il n'avait jamais vraiment outrepasser ses droits en
tant que policier, il n'allait pas envoyer un malheureux
au trou pour les beaux yeux de son suprieur. Pas tellement
que sa morale lui interdisait, plus qu'il avait peur, comme
il avait toujours eu peur, de tant de choses... Il tait
un perdant, un trouillard, il le savait, il avait beau avoir
un pistolait et faire de la musculation, il n'avait pas
confiance en lui. Pas tellement qu'il avait peur dans les
situations dangereuses, elles avait plutt tendances  l'exiter,
mais il avait peur des situations compliques, il ne savait
pas grer son stress. Il le savait trs bien et viter toute
situation stressante. Dans le cas prsent c'tait foutu
d'avance, il ne maitrisait tellement rien qu'il ne dormirait
pas tranquillement avant des mois, si par chance un jour
il retrouvait le sommeil...

Non il n'y aurait pas de coupable facile, d'ailleurs il
n'y aurait pas de coupable du tout, ce qu'il voulait c'tait
connatre le pass de Seth, le pass de Seth Imah. Il y
passerait sans doute des mois, mais qu'importe, au moins
il saurait, il comprendrait. Le lendemain il commencerait
l'enqute, en attendant il dcida de s'vader un peu pour
la soire, il regarda un film, "Pretty Woman", il aimait
bien ce film, mais il n'alla pas jusqu' la fin car cette
histoire lui rappelait trop Seth. Sa mre s'tait endormi
devant la tl, il alla la coucher puis revint et regarda
un autre film, "K Pax". Il s'vada un peu, rvant  d'autre
monde en mme temps que l'acteur racontait sa vie sur sa
plante lointaine. Mais il n'aprcia pas non plus la fin,
car cette histoire lui rappela encore plus son histoire...
Qu'allait-il devenir ? Comme lui, un fou aprs la mort de
Seth ? Un fou qui cherche des rponses et s'invente tout
un monde pour satisfaire son incomprhension ? Il regretta
d'avoir vu ces deux films et alla boire une bire sur le
perron de la porte. Il aimait bien boire une bire comme
cela dans la nuit, dans le calme, sous le ciel toil et
le vent chaud de l't...

Sa bire lui donna sommeil, il se coucha alors et s'endormit.
Sa brlure le rveilla, elle le rongeait, elle tait sa
maldiction... Elle serait sa maldiction... Pour toujours...

Mardi 26 aot, 2003, 6 heures 30, lever tt pour sa premire
rlle journe d'enqute. Djeuner copieux, il n'avait retrouver
un peu l'apptit, c'tait dj un point positif. Il conduit
sa Peugeot 307 flambant neuve tout doucement dans la circulation
encore fluide du matin. Il avait d s'endetter cinq ans
pour l'acheter. Pourtant il aurait d avoir des conomies,
mais il n'en avait pas. Il n'avait pas eu  acheter de maison,
mais il aimait avoir tous les gadjets  la mode hors de
prix...

Il tait presque seul au bureau, en tout cas Stphane et
Jean-Luc n'taient pas encore l. Il en profita pour prendre
un caf en pluchant les documents dj empils par Stphane
et Jean-Luc. Pas grand chose, il fallait bien l'avouer,
ils n'avaient fait qu'un tour rapide  la gare de train
de banlieu, mais personne n'avait reconnu Seth. Les analyses
des prlvements faits chez lui, cheveux, peaux et autres
traces que tout un chacun laisse imperceptiblement sur son
passage n'avaient encore rien donn. C'tait une enqute
qui commenait bien doucement.

Premire tape, dj, ce village dans les Alpes. Impossible
de s'en rappeler le nom, pourtant elle le lui avait dj
indiquer. Thomas eut le rflexe de regarder sur la cartographie
du rseau interne. Les Alpes, c'est si grand... Gap ! Oui
Gap, ce n'tait pas le village en question, mais il connaissait
ce nom de Seth. Elle avaitd se rendre l-bas, ou peut-tre
est-ce un point de passage. Elle tait rentre le lundi
18 au soir. Stphane arriva quand Thomas se renseignait
sur les trajet Gap-Paris Gare de Lyon l'aprs-midi du 18
Aot. Malheureusement le trajet en TGV ne commenait qu'
Valence sur cet itinraire, et il tait plus difficile de
faire les recoupements pour savoir qui avait achet un billet
de Gap vers Valence pour ensuite se rendre  Paris. Il y
avait toutefois douze personnes qui avaient achet en gare
ou sur internet un trajet Gap-Paris. Thomas nota les noms
quand il les obtnt. Trois trajets restrent anonymes, en
plus des dizaines de tickets Gap-Valence ou Valence-Paris
indpendants. Comment le concluerait pour lui Stphane une
fois que Thomas lui fit son compte-rendu, difficile de savoir
si elle avait pris ce train  part se dpcher d'aller sur
place avec une photo en esprant qu'il n'tait pas trop
tard.

- Je vais appeler Gap et leur faxer la photo pour qu'ils
aillent au plus vite  la gare, je vais faire pareil  Valence.
Il y a d'autres gares possibles sur le trajet ?

Thomas resta silencieux un instant le temps de trouver les
informations :

- Des dizaines entre Gap et Valence, mais je suis presque
sr que Gap tait son terminus. Par contre il y a des trajets
plus tt dans l'aprs-midi qui passent par Grenoble, il
peut-tre bon de jeter un oeil aussi.

- Elle est bien rentre le lundi soir, elle n'aurait pas
pu arriver le lundi matin ou mme le dimanche soir, ou faire
une escale ?

- a Stphane j'en sais rien, tout ce que je sais c'est
qu'elle n'est arrive  la maison que vers 23 heures, aprs
pour les dtails elle a effectivement trs bien pu passer
la journe sur Paris ou ailleurs...

- Mais d'habitude, elle rentrait direct ?

- J'en sais rien...

Stphane marmonna...

- Putain a va encore tre facile si tu n'y mets pas de
la bonne volont...

Thomas le prend mal :

- Oh ! a va ! Je n'y mets pas de la mauvaise volont, Seth
ne me disait pas ce genre de chose, elle ne me racontait
pas sa vie, OK ?

- Excuse-moi, mais rester presque quatre ans avec une inconnue
en travaillant  la police, excuse-moi mais a la fout mal.

- Je sais...

- Bon, tant pis, on fera sans, j'appelle Gap...

Jean-Luc arriva quelques minutes plus tard et Thomas lui
expliqua o ils en taient alors que Stphane tait toujours
occup  faxer les photos de Seth.

Ensuite les trois hommes rflchirent ensemble. Mais ils
avaient si peu d'lments. Que feraient-ils si une des gares
avaient vu Seth, leur faudrait-il parcourir la rgion pour
trouver o elle avait bien pu aller ? Et rien ne leur prouvait
que la cl se trouverait l-bas. Peut-tre qu'un vagabon
l'avait simplement surprise ou suivi depuis l'arrt de bus
jusqu' chez elle. Pourtant Thomas certifia que rien n'avait
disparu. Mais si elle n'avait pas t viole, et que rien
n'avait t drob ? Pourquoi alors ? Crime passionnel,
vengeance ? La recherche des personnes emprisonnes par
Thomas n'avait donn que deux pistes, toute deux abandonnes
quand les personnes en questions s'taient rvl  l'autre
bout de la France voire du monde le jour du crime.

- Mais qui alors, elle te trompait ?

- Je ne sais pas. Je l'ai suspecte quelque fois, mais je
ne sais pas ni avec qui ni combien de temps. Elle allait
de temps en temps sur Paris, chez une prtendue amie, mais
pas assez frquemment pour que ce soit un amant.

Stphane qui rvassait revint dans la discussion :

- Tu as le nom de cette amie ?

- Non, enfin elle avait d me le dire mais je l'ai oubli.

Jean-luc s'intressa  d'autres dtails :

- Elle avait un mobile ?

- Non.

- Ah c'est bte, on aurait pu suivre son parcours.

- Elle t'a appel des Alpes ? On peut peut-tre retrouver
les rfrences de l'appel

- Non elle ne m'a pas appel. Elle n'utilisait pratiquement
jamais le tlphone, et  vrai dire quand elle n'tait pas
 la maison je ne sais jamais trop o elle se trouvait.

Stphane doutait srieusement de la suite de l'enqute :

- Finalement je me demande si le chef n'a pas raison, on
va mettre a sur le dos de n'importe quel vagabon du coin...
Et mme si a se trouve on tombera juste...

Jean-Luc ne s'avouait pas vaincu :

- C'est quand mme pas possible, on va bien trouver quelque
chose, retrouver des amis d'enfances, des parents, l o
elle a fait ses tudes, je ne sais pas, on ne peut pas avoir
affaire  un fantme quand mme !

Stphane demanda  Thomas :

- Oui  ce sujet avant que vous ne vous rencontriez, elle
tait  Nancy, c'est a, et  Grenoble avant, tu sais si
elle y faisait ses tudes ?

- Oui d'aprs ce quelle m'avait dit.

- Des tudes de quoi.

- La fac, je ne sais pas exactement quoi, sciences humaines
ou quelque chose dans le genre.

- On peut dj plucher les inscriptions pour les annes
1995  2000.

- 1999 suffira, je l'ai rencontr  l'automne 1999.

- Tu sais combien de temps elle est reste  Nancy ?

- Trois ou quatre ans il me semble, puisque je crois me
rappeller qu'elle tait  Grenoble en 1995.

- C'tait quand sa date de naissance dja ?

- 27 juin 1976.

- Eh ! Elle tait vachement plus jeune que toi !

- Bof, pas tant que a, trois ans.

- Ah oui, je sais pas pourquoi mais dans ma tte on est
toujours en 2000, j'ai d mal  pass le millnaire on dirait,
je dois regretter un truc...

Jean-luc revien dans la conversation :

- C'est pas en 2000 que Karine t'a largu ?

- Si, tu as raison, c'est sans doute la raison...

- a va avec Sonia ?

- Sans plus, on se supporte, je ne pense pas qu'on reste
ensemble encore bien longtemps...

Stphane resta silencieux quelques secondes :

- Bon revenons  nos moutons. Si elle est n en 1976 on
devrait trouver des infos sur son passage au collge et
au Lyce. Tu sais o elle tait ?

- Dans les Alpes, peut-tre  Gap, mais je ne crois pas
qu'elle me l'ait dit.

- Bon, appelons, on peut dj vrifier cette info, a coute
rien.

- Ok, moi je dois all sur Gif pour le problme avec notre
ami Polo. Thomas tu restes l ?

- Oui je vais tenter de mettre sur papier tout ce que nous
avons dj.

- Ok, d'autant que Gap et les autres rappelleront dans doute
d'ici  midi.

Jean-Luc quitta le bureau alors que Stphane discutait toujours
avec le Lyce de Gap. Thomas remit dans l'ordre ce qu'il
savait sur Seth. Elle venait de Gap ou les environs, avait
tudi  Grenoble puis Nancy. Elle tait sur Paris depuis
septembre 1999. Elle avait fait depuis plusieurs sjours
toujours dans les alpes, deux  New York en fvrier 2000
et 2001, et  l'le de R en novembre 2002, mais de quelques
jours uniquement. Stphane relu ses notes :

- L'le de R c'est pas trs grand, on pourra peut-tre
trouv o elle est alle l-bas... Bon sur Gap, aucun des
lyces n'a eut de Seth Imah dans les dix dernires annes,
c'est srement pas l. La personne m'a donn le nom des
autres lyces du dpartement, mais peut-tre qu'elle a tudi
 Grenoble depuis toute jeune, c'est possible ?

- Pas d'aprs ce qu'elle m'avait dit. Elle m'avait racont
qu'elle avait dprime en arrivant  Grenoble  cause du
manque de Soleil.

- Ah, a peut tre cohrent alors, il me semble que Gap
est rput pour son ensoleillement.

- Mais tu viens de dire que les lyces de Gap n'ont pas
de trace d'elle.

- Oui, mais je n'ai pas encore appel les autres lyces
du dpartement. Le temps ne doit pas y tre trs diffrent.
Est-ce qu'elle aurait pu changer de nom ?

- Je ne sais pas.

- a expliquerait beaucoup de chose, dj qu'on ne trouve
absolument rien jusqu' prsent sous le nom de Seth Imah.
C'est quoi comme origine d'ailleurs ? C'est pas plutt un
nom de mec Seth ?

- Si je crois, a vient d'gypte d'aprs ce qu'elle m'avait
dit. Mais c'est vrai que Imah c'est pas vraiment un nom
franais.

- De quelle origine tait-elle ?

- Je crois que sa famille venait d'gypte.

- Mais elle n'tait pas orpheline ?

- Si, si, mais elle avait t abandonne ou un truc du genre.

Ils n'avancrent pas beaucoup plus de la matine ni mme
de la journe. L'interrogation des diffrentes gares o
Seth avait t susceptible de passer n'avait rien donn
et aucun des lyces du dpartement des Hautes Alpes n'avait
eu de Seth Imah sur ses bancs. Autant dire que quand il
rentra le soir chez sa mre il n'en savait pas beaucoup
plus. Il supporta mal les incessantes questions de celle-ci
et se demanda combien de temps il tiendrait ici avant de
pter les plombs. Il faisait bon dehors, il ressortit et
alla marcher.

Il n'allait pas bien. Il ne savait pas ce qu'il voulait.
Il voulait  la fois l'oublier, et tout aussi il tait curieux
de son pass. Comment avait-il pu rester quatre ans sans
mme se demander d'o elle venait vraiment ? Il ne comprenait
pas lui-mme comment il tait rest si tolrant, si docile...
L'avait elle hypnotiser  ce point ? Elle tait fascinante,
certes, mais au point de l'avoir aveugl tout ce temps ?...

Il pleura, il tait tellement seul... Qu'allait-il devenir
? Comment pourrait-il retrouver le calme et la paix ? Il
ne le pourrait pas, il ne pourrait plus. Il ne comprenait
pas et il voulait comprendre. Pourquoi lui manquait-elle
tant ? Pourquoi tait-il tellement dmuni. Il se croyait
fort, pourtant, mais c'tait elle sa force, mais qui tait-elle
?

Il marcha encore un peu, puis rentra. Il vita soigneusement
le regard de sa mre et alla se coucher en lui souhaitant
bonne nuit alors qu'elle regardait une emmission stupide
 la tl, comme elle adorait le faire. Il dormit mal, encore
et toujours, mais l'puisement finissait par le faire tomber
de fatigue. Sa brlure toujours, toujours l pour lui rappeler
la dure ralit, mme dans ses rves...

Mercredi 27 aot 2003, journe tonnamment la copie de la
prcdente. Thomas tourna presque toute la journe dans
son bureau  la recherches d'improbables pistes. Le procureur
appela, mais il ne purent gure le satisfaire, il n'avait
rien, absolument rien... Et la presse locale voulait faire
une une le lendemain sur l'impuissance de la police d'aprs
les renseignements du procureur... Bref, il voulait avoir
des lments pour dtromper ces rumeurs, et il n'aimait
pas mentir...

Mais Thomas s'en moquait, Stphane et Jean-Luc un peu moins,
mais lui s'en moquait. Que le procureur aille au diable,
il se moquait de sa carrire. Autant il aurait pu sans trop
de remord trouver un coupable parfait dans d'autres occasions,
autant dans celle-ci il prendrait le temps qu'il faudrait.
Ce n'tait pas la mme chose, et il tait confiant qu'on
ne put pas confier facilement l'enqute  une autre personne,
au vu des faibles lments disponibles concernant Seth.
Et il DEVAIT faire l'enqute, quoi qu'il arrive.

Il retrouverait peut-tre des lments chez lui, mme si
Seth avait si peu d'affaires, mais il devait attendre les
compte-rendus des analyses avant de pouvoir tre autoriser
 rentrer de nouveau dans sa demeure. Il se sentait seul.
Mme au bureau avec ses collgues il se sentait seul, dtach
du monde. Seth lui manquait, tellement.

Il partit tt du travail, beaucoup plus tt que d'habitude,
mais il ne tenait plus en place, il lui fallait prendre
l'air. Il sentait cette oppression, il se sentait  la fois
de nouveau libre et tellement prisonnier. Que lui avait
fait Seth ? Mon Dieu, que lui avait-elle fait ?

Finalement aprs avoir conduit plus d'une heure pour aller
nulle part il revint  son travail et passa deux heures
dans la salle de sport. Cette nuit l il prit finalement
des mdicaments pour dormir, il n'en pouvait plus de rver
et de subir l'enfer chaque nuit. Il dorma enfin d'un reposant
sommeil pour la premire fois depuis la mort de Seth.

Mais cela ne lui apporta pas pour autant de l'inspiration
pour la journe du jeudi, pendant laquelle ils tournrent
encore et toujours en rond sans trouver la moindre piste.
Il ne prit pas de mdicament pour dormir le jeudi soir,
il avait quelque remord  prendre le risque d'en devenir
dpendant, mais sa nuit fut un cauchemar, comme il s'y attendait
presque. Il avait l'impression de rver, que tout n'tait
qu'une illusion, qu'il allait se rveiller. Il vivait comme
dans un nuage, comme si la ralit s'effaait. Comme si
cette brlure dmoniaque transformait sa vie en supplice
permanent.

Il quitta ses cauchemars, ce vendredi 29 aot 2003, Sainte
Sabine, pour, pensait-il, encore passer une journe sans
intrt. Il avait connu une Sabine autrefois. Pourtant Stphane
et Jean-Luc se donnaient du mal, ils cherchaient avec ferveur
l'indice qui pourrait les mettre sur la voie... Il l'avait
peut-tre aim, mme, il ne savait plus trop. Mais quelle
voie ? Quelle voie... La seule voie c'tait  lui de la
trouver, de la crer, de l'inventer... Peut-tre qu'il pourrait
la retrouver aprs tout ce temps... Peut-tre qu'il pourrai
oublier sa vie avec elle...

Mais il se trompait. Et, contre toute attente, les analyses
semblait indiquer que quelqu'un tait pass cette aprs-midi
du mardi 19 aot. Quelqu'un ? Mais qui ? C'tait impossible
! Stphane lui commentait les rsultats :

- On a bien retrouv des traces de toi, Seth, ta mre, mais
aussi quelques cheveux d'une autre personne. Toutefois pas
de trace d'empreintes suspectes. La personnes n'a soit rien
touche soit portait des gants. Nous n'avons pas de date
avec certitude, mais si comme tu le dis tu n'as reu personne
d'une vingtaine d'annes chez toi dans les deux semaines
qui ont prcd, c'est probable que ce soit notre homme,
d'autant qu'il n'y a pas de trace d'infraction, cette personne
a donc d rentrer alors que la porte tait ouverte.

- Les cheveux ne peuvent pas simplement avoir t dpos
parce que Seth ou moi les avions transports sur nous ?

- Si c'est possible pour un ou deux, et c'est pour cela
que les analyses sont longues, il en faut un certain nombre
pour avoir une probabilit plus grande que la personne soit
bien venue.

- Et comment serait venue cette personne ?

- Aucune ide, il y avait trop de traces de voiture dans
la cours pour esprer y trouver quoi que ce soit. Toutefois
plusieurs cheveux trouvs ont t prlevs dans la chambre,
laissant suspecter que la personne y a pass du temps.

Une personne ? Mais qui... Comment savoir ?

- Les cheveux suffisent  trouver qui est cette personne
?

- Pas directement, sauf si nous avons la chance que son
ADN soit dj rpertori, mais dans la mesure ou elle n'a
pas tait viole c'est sans doute prmdit et ce n'est
peut-tre qu'un homme de main. Il nous faudra donc trouver
des suspects et comparer.

- a ne nous avance pas beaucoup alors...

- C'est dj pas si mal ! Nous n'avions rien jusqu'alors
! Dsormais nous savons qu'une personne d'une vingtaine
d'annes, ne fumant pas, ne consommant pas de drogue, est
sans doute passe dans l'aprs-midi du meurtre, et avec
un peu de chance est peut-tre le meutrier lui-mme.

- Mais les voisins n'avaient rien remarqu pourtant.

- Oui, mais c'est l'occasion de refaire un tour, et en plus
maintenant on pourra confondre des suspects plus facilement
puisqu'on pourra comparer leur ADN.

- Ils ont trouv autre chose ?

- Non, rien de notable.

- Il faudra faire d'autres prlvements ou est-ce que je
pourrai retourner chez moi ? J'aimerai chercher dans les
affaires de Seth, j'y trouverai peut-tre quelque chose.

- Tu ne l'as pas encore fait ! Je croyais que tu avais dj
regard !

-  vrai dire j'avais un peu peur de retourner  l'intrieur.
C'est con mais j'avais un mauvais pressentiment.

- Je comprends. Tu veux que je vielle avec toi ?

- Non c'est bon, je vais rentrer plus tt ce soir et je
fouillerai un peu.

- On pourrait plutt y retourner tout de suite, moi j'interrogerai
une fois de plus les environs, de toutes faons c'est notre
seule piste, et  part rester  tourner en rond ici...

Ils prirent donc le chemin des Loges-en-Josas une nouvelles
fois. Thomas conduisait. Et une fois de plus il manqua de
renverser ce satan gamin qui trainait devant chez lui.
Thomas s'nerva :

- Salle gosse, c'est pas possible ! Il n'a vraiment que
a  foutre venir trainer devant chez moi !

Thomas manque une fois de plus de renverser le mme gamin
en vlo  la sortie d'un virage  une centaine de mtre
de sa maison.

- Tu le connais ?

- Non, sans doute un gosse du coin ou en vacances chez ses
grand-parents pendant que ses parents sont bien tranquilles
tous les deux.

Stphane s'emballa tout d'un coup, posant ses questions
plus vite.

- Il trane souvent dans le coin ?

- Oh ! Trop souvent, pourqu...

- Fais demi-tour, rattrape-le, il a peut-tre vu quelque
chose !

Thomas ralisa enfin. Il pila et fit un demi-tour rapide
sur la route. Comment n'y avait-il pas penser plus tt,
le gamin ! Il avait vraiment honte parfois d'avoir si peu
de prsence d'esprit. Il ne leur fallut que quelques minutes
pour revenir  la hauteur du jeune qui ne devait pas avoir
plus de dix ou douze ans. Quand la voiture s'arrta et que
Stphane en sortit, le gamin effray pdala  toute vitesse
pour partir. Stphane lui cria :

- Attends, attends ! Nous voulons juste te demander un renseignement
!...

Stphane lui partit en courant aprs. Thomas voyant cela
fit demi-tour rapidement et partit vers le gamin en voiture.
Il le dpassa et se gara quelques dizaines de mtres en
avant. Il sortit de la voiture pour l'interpeller. Le gamin
tait paniqu.

- Eh ! Oh ! Calme toi, n'ais pas peur. On veut juste te
poser une ou deux questions. Nous sommes de la police.

Stphane arriva par l'arrire, essoufl. Il resta  quelques
mtres du gamin et sortit sa plaque.

- Nous sommes de la police. Ne t'inquite pas. Nous voulons
juste te poser quelques questions  propos de quelque chose
qui s'est pass la semaine dernire.

Le gamin semblait se dtendre un peu  la vue de la plaque
de policier de Stphane. Thomas avait aussi sorti la sienne.
Ils se rapprochrent de lui. Une voiture passa sur la route
et dut presque s'arrter devant eux. Ils se mirent sur le
bord tous les trois. Le conducteur sembla reconnatre Thomas
et avana doucement laissant voir son regard dans les rtroviseurs.
Thomas s'appuiya contre le coffre de sa 307.

- Tu me reconnais, j'habite juste aprs.

Pour la premire fois le gamin parla :

- Oui je vous connais, vous tes le mari de la dame qui
s'est faite tuer.

Stphane devint plus dtendu.

- Ah ben tu es au courant ! Et bien nous enqutons sur ce
meurtre. Et nous cherchons des gens qui auraient vu quelque
chose.

- Oui mais j'ai rien vu. Je... Je dois rentr maintenant...

Thomas se fora pour faire enfin preuve d'un peu d'initiative.

- Et oh n'ais pas peur. Tu habites  deux pas, ne t'inquite
pas on te ramnera si tu as peur de te faire gronder. Tu
tournes tous les jours depuis au moins trois semaines dans
le coin, tu es sr que tu n'as rien vu ?

- Non... Je... J'tais pas l...

Stphane trouva suspect cette hsitation, d'autant que le
gamin regardait souvent  droite ou  gauche, comme s'il
avait peur d'tre vu.

- Tu sais si tu ne dis pas la vrit, a pourrait te causer
des ennuies. Nous sommes de la police, si tu as vu queqlue
chose il faut nous le dire.

Le gamin le regarda dans les yeux et soutint son regard.

- Tu veux qu'on aille dans un endroit plus  l'abri des
regards ? Thomas, ta mre est l ?

- Non elle dois sans doute tre sortie.  moins qu'elle
n'ait du monde, mais on peu trouver une salle tranquille.

Le gamin les coupa.

- Non pas la peine, de toute faon j'ai pas vu grand chose.
Et puis je pense pas que ce type revienne dans le coin,
je l'ai jamais vu avant. Et je ne pense pas qu'il m'ait
vu, je suis partie avant qu'il ne puisse me voir.

Stphane s'emballa :

- Tu as vu quelqu'un alors ! Est-ce que tu serais capable
de le reconnatre ?

Thomas le coupa :

- Pour sa dposition il faut voir avec ses parents.

Cette rflexion appeura l'enfant :

- Non je veux pas aller  la police moi, sinon aprs je
vais avoir des ennuis si jamais le gars s'vade.

Stphane rattrapa la gaffe de Thomas :

- Non, non, ne t'inquite pas, tout restera secret, pour
l'instant est-ce que tu peux juste dcrire ce que tu as
vu ? Pour que nous ayons une piste ?

- Ben, c'tait l'aprs-midi, comme d'hab ma soeur m'avait
virer de la maison pour faire ses trucs avec son copain,
alors je me faisais du vlo. Je me suis arrter pour regarder
la belle voiture qu'il y avait garer devant chez vous.

Le gamin se tourne vers Thomas, puis se retourne vers Stphane,
comme si Thomas lui faisait peur.

- J'ai pos mon vlo contre la grille, et j'ai regard au
travers de la haie. Puis l'homme est sortie de la maison,
avant qu'il ne remonte dans sa voiture j'ai vite repris
mon vlo et je suis partie. C'est tout ce que j'ai vue.

Stphane chercha  en savoir un peu plus.

- Tu n'as pas vu l'homme arriver, il tait dj l quand
tu es pass, c'est a ?

- Oui.

- Tu sais quelle heure il tait environ ?

- Non, je sais pas.

- Mais plutot en dbut d'aprs-midi, 1 heure ou 2 heures,
ou plutt en fin, 4 ou 5 heures ?

- Plutt au milieu, 3 heures.

- L'homme tait comment, grand, petit, il avait les cheveux
de quelle couleur ?

- Je sais pas trop s'il tait grand ou petit, il tait normal.
Il avait les cheveux fonc. Il avait des gants noirs, je
m'en rappelle.

Thomas intervint :

- Et sa voiture, c'tait quoi comme modle.

Il ne se tourna qu'un fraction de seconde vers Thomas mais
parla ensuite vers Stphane :

- Une voiture de course. Elle tait rouge, c'est pour a
que je l'ai vue. Mais je sais pas trop ce que c'tait, une
Ferrari peut-tre.

- Tu n'as pas vu o elle tait immatricule ?

- a veut dire quoi ?

- Le dernier numro sur la plaque, comme celle-l, tu vois,
pousse-toi Thomas. Tu vois soixante-dix-huit par exemple.

- Euh, non j'ai pas vu.

Stphane poursuivit, l'enfant s'agita :

- Et l'homme, quand il est sorti, il avait l'air press,
content, pas content ?

- Je sais pas trop, mais je dois y aller maintenant...

- OK c'est bon, vas-y, merci beaucoup, peut-tre que grce
 toi on va retrouver le meurtrier.

- Cool. Au revoir.

Le gamin enfourcha son vlo et partit sans se retourner.

- On verra avec ses parents pour une dposition plus dtaill.

Ils se dirigrent vers la voiture et s'y installrent. Thomas
se rpta comme  lui-mme.

- Une ferrari rouge... On est vachement avanc...

- Et encore, je suis sr qu'il a dit Ferrari comme il aurait
pu dire Porsche ou Lamborghini,  cet ge-l toutes les
voitures de sport sont des Ferrari.

- a ne nous avance pas quoi...

- Au contraire ! Nous n'avions rien. Maintenant nous savons
qu'une personne est venue  l'heure prsume du meurtre
! Tu n'imagines pas, il y a toutes les chances pour que
cette personne soit le meurtrier.

Thomas ne rpondit pas. Un homme, une Ferrari, vers 15 heures
? Qui pouvait-il bien tre... Stphane trouva son silence
suspect.

- Tu n'as pas l'air trs emball. Quelque chose ne va pas,
tu penses que ce n'est pas une bonne piste ?

La voiture entra et se gara devant la maison de la mre
de Thomas. Il sortit de ses rves :

- Non non, enfin si je pense que nous avons une bonne piste,
je me demandais juste qui pouvait bien tre cet homme. Je
n'ai jamais vu Seth en compagnie d'homme, et encore moins
en compagnie d'homme avec une Ferrari. C'tait une fille
simple, j'ai vraiment du mal  imaginer quels pouvaient
tre ses liens avec cet homme... Peut-tre n'tait-ce pas
la premire fois qu'il venait. Nous n'avons pas penser 
demander au gamin, d'ailleurs.

- Si, il a dit au dbut qu'il ne l'avait jamais vu dans
le coin.

- Ah oui c'est vrai.

- Mais...

Ils se dirigeait vers la maison de Thomas. Stphane eut
une hsitation.

- Je comprends que a puisse tre dur pour toi... Peut-tre
que nous allons dcouvrir que Seth avait des amants, ou
trempait dans des histoires louches. C'est vrai que tu as
peut-tre plutt envie d'oubli...

Thomas le coupa, presque autoritairement :

- Non. Je veux savoir, je veux savoir qui elle tait. Qui
elle tait vraiment.

Ils rentrrent tout d'eux dans la maison de Thomas. Thomas
resta un instant immobile, voil plus d'une semaine qu'il
n'tait pas rentr. Il lui semblait sentir l'odeur sucre
de la peau de Seth. Comme si les murs en transpiraient,
en pleuraient. Stphane avana doucement dans la pice,
rompit le silence :

- Elle avait beaucoup d'affaires ?

- Des habits, principalement, quand elle a emmnag ici
elle n'avait rien qu'une valise d'habits.

- Elle n'avait pas de lettre, de courrier, de papiers, de
livres ?

- Elle ne recevait pas de courrier. Elle n'en crivait pas
non plus, pas que je sache en tout cas. Quoi qu'il en soit
je n'ai jamais lu sa correspondance. Je ne pense pas qu'elle
en ait ici.  moins qu'elle les cacht.

- Elle ne recevait pas de courrier ? Aucune lettre ?

- Non aucune.

- Elle devait avoir une autre adresse ! C'est impossible
que personne ne lui ait jamais crit en quatre ans !

- Peut-tre dans sa maison dans les Alpes, j'en sais rien,
en tout cas ici elle n'a jamais reu de lettres.

- Et a t'a jamais paru bizarre ?

- Non, mais je me rends compte aujourd'hui que je suis rest
peut-tre un peu comme hypnotis,  vrai dire quand j'tais
avec elle je ne pensais  rien d'autre.

- Elle faisait quoi de ses journes, si elle ne travaillait
pas, n'avait pas d'amis ? Elle sortait ?

- Avant oui. Elle passait presque toutes ses journes sur
Paris, je ne sais pas trop ce qu'elle y faisait. Depuis
le dbut de l'anne elle tait soucieuse. Elle ne sortait
presque plus, et je la sentait plus faible, plus fatigue.

- Depuis le dbut de l'anne ? Elle a fait quelque chose
de spcial  ce moment l, ou  la fin de l'anne dernire
?

- Non, pas vraim... Mais si. En novembre ! Elle a pass
quelques jours sur l'le de R dbut novembre. C'est peut-tre
a, oui, c'est peut-tre l-bas qu'elle a appris quelque
chose.

- Tu sais ce qu'elle est alle y faire, tu sais si elle
logeait chez quelqu'un,  l'htel ?

- Non, elle m'avait dit avoir de vieilles connaissances
qu'elle n'avait pas vues depuis bien longtemps. Elle n'y
est rest que quelques jours, peut-tre mme pas une semaine.

Stphane rflchit un instant...

- Tu as encore des trucs  voir ?

Thomas referma l'armoire o il fouillait.

- Non, comme je le craignait il n'y a rien...

- Nous pouvons repartir au bureau alors. J'ai bien envie
de faire une recherche sur les voitures de sport rouge de
l'le de R, si a se trouve, c'est la solution.

- Tu penses ?

- Qu'est-ce qu'on  d'autre ?

- Rien...

Dit Thomas en refermant  double tours la porte de sa maison.
Il reprit le volant et il repartirent pour Versailles. Trouver
les voitures de sport rouges dans le soixante-dix-huit n'tait
pas trs envisageable, par contre sur l'le de R, moins
d'une trentaine de personnes correspondrait au profil de
jeune homme fortun possdant une voiture de sport rouge,
au moment de l'tablissement de la carte grise, tout du
moins. Le procureur ne se satisfit que difficilement de
cette avance. Savoir que le meurtrier n'tait pas un pauvre
diable mais potentiellement un fils d'une personne influente
et fortune ne rendrait pas la tche facile. Quoi qu'il
en soit, il flicit Thomas et Stphane pour ce premier
pas.

Vendredi, 19 heures 30. Thomas dcida de rentrer. Ils n'avaient
pas beaucoup plus avancer le reste de la journe. Ils avanaient
 pas de fourmi. Pourtant Thomas tait satisfait. Ils avaient
dcouvert la visite de ce personnage le mardi aprs-midi,
et il avait espoir de trouver une piste en se rendant sur
l'le de R. Il avait presque envie de sortir ce soir l.
Il tait fatigu de sa dure nuit prcdente, mais enjouer
 l'ide qu'une nouvelle vie commenait pour lui. Une nouvelle
vie o il ne serait plus le mme, o il ne serait plus faible.
O il ne se laisserait pas hypnotiser.

Mais une fois confortablement install dans son fauteuil
devant son grand poste de tlvision 16/9 il eut mme la
flemme de se faire  dner. Il commanda deux pizzas  se
faire livrer. Il se moquait du prix et surtout des commentaires
que lui fairait sa mre le lendemain, car il ne lui rpondrait
pas ce soir, sur le fait que s'il ne voulait pas cuisiner
il aurait mieux fait de venir manger chez elle. Mais il
ne voulait pas de la cuisine de sa mre, qu'elle soit bonne
ou pas l'importait peu, il voulait deux grosses pizzas grasses
qui parfumeraient son salon pendant deux jours.

Il regarda un tlfilm stupide. Il lui rappela son histoire
avec mmanuelle. Si seulement il n'avait pas fait l'idiot,
elle ne l'aurait peut-tre pas quitt, et toute cette histoire
ne serait jamais arrive. Il eut peur. Peur de la suite.
Peur du futur, des consquences de la mort de Seth. Il eut
peur de ne jamais retrouver la paix de l'esprit, qu' chaque
illusion le souvenir de Seth lui revienne. Sa brlure lui
fit mal. Le Soleil se couchait. La nuit tombait. Il tait
puis mais il n'avait pas envie de dormir. Ou peut-tre
avait-il peur.

Aprs ses trois bires il dcida de ne pas finir la demi
pizza qui restait. Il but un verre de whisky en esprant
qu'il faciliterait son endormissement. Il s'endormit en
effet en quelques minutes devant le second tlfim de la
soire. Mais celui-ci termin, il se rveilla, et la nuit
tombe il n'eut pas la force d'aller dans la chambre  coucher,
comme si le fantme de Seth l'y attendrait. Il somnola les
lumires allumes sur le canap, son pistolet  porte de
main.

Samedi 30 aot 2003. 11 heures 20. Il se lva enfin. Il
avait mal dormi, encore plus mal que d'habitude. Et le dernier
whisky n'tait pas une bonne ide. Du bruit, on frappe 
la porte. Il lui fallut quelques instants pour le raliser,
c'tait sans doute la raison de son rveil. C'tait sa mre,
bien sr... Non il ne voulait pas venir dner avec elle,
oui elle l'avait rveill, non il ne voulait plus dormir
chez elle. Il ne voulait plus dormir nulle part, d'ailleurs,
il ne voulait plus dormir du tout. Non il ne voulait pas
djeuner avec elle, non il ne voulait pas aller faire des
courses, non il ne voulait pas l'accompagner chez sa grande-tante...

Il lui dit finalement qu'elle l'avait rveill, qu'il avait
eu une dure semaine, et qu'il voulait juste rester tranquille
; qu'il irait la voir quand il se sentirait plus dispos.
Elle partit blesse, il le savait, mais il n'avait pas la
force d'en faire plus. Il ne pouvait pas tout supporter,
il ne pouvait pas... Le jour entrant en grand dans la chambre,
il put s'allonger sur le lit. Mais il se redressa brutalement
ds qu'il fermit les yeux. Il la revit. Il sortit prcipitemment
de sa chambre et se demanda s'il pourrait jamais de nouveau
y dormir... Peut-tre valait-il mieux qu'il emmnaget dans
la chambre d'ami.

Il avait envie de sexe. Peut-tre en fait se moquait-il
auparavant de la vie de Seth parce que la seule chose qui
l'intressait c'tait faire l'amour avec elle ? Non, tout
de mme. Il se rappella quand elle le prenait dans ses bras,
quand il sentait cette chaleur, cette force qui l'appaisait.
Il aurait donn tout pour pouvoir sentir encore ce rconfort...

Mon Dieu, mon Dieu... Mais qui tait-elle ?...

Il devait aller  l'le de R. Il n'attendrait pas un ordre
de mission, il partirait ce week-end, sur le champ, mme.
Il prpara un sac rapidement, se connecta  son travail
et imprima tous les documents dont il avait besoin, notamment
les noms et adresses de propritaires de voitures de sport
rouges sur l'le. Il imprima aussi un itinraire via iti.fr
et il partit.

L'le de R
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Il ne roula pas si vite. Aprs tout tre policier ne lui
octroyait pas tous les droits, d'autant qu'il n'avait pas
d'ordre de mission. iti.fr donnait quatre heures quarante
pour le trajet, il y sera en quatre heures trente. Une fois
le pont de l'le de R travers, il voulut aller jusqu'
l'extrmit de l'le, mais il lui fallut presque une heure
pour parcourir les trente kilomtres, et une fois au phare
des Baleines, il tait dj plus de 18 heures.

Il avait vu l'le beaucoup plus petite que cela, et sans
plan il lui fallut plus de deux heures uniquement pour radier
de sa liste deux des vingt-et-une personnes suspectes. Dpit
il se chercha un htel. Il en profita dans les trois qu'il
fit avant de trouver une chambre de libre, dans un htel
d'Ars-en-R, pour demander si le visage de Seth leur tait
connu. Mais leurs rponses furent identiques, ils avaient
tous vu des centaines de personnes qui ressemblaient  Seth,
quant  savoir s'ils l'avaient vu vraiment, presque un an
en arrire... Pourtant Thomas savait qu'on ne pouvait pas
oublier Seth, et que quiconque la voyait gardait son image
comme la beaut parfaite pour le restant de ses jours. Mais
il y avait tellement de saisonniers travaillant dans ces
htels, comment savoir qui avait bien pu la voir, et si
mme elle s'tait arrter dans un htel... Parfois il s'tait
demand si elle ne pouvait pas rester des jours et des jours
sans dormir...

Samedi soir  Ars-en-R, il dina dans le restaurant de l'htel.
Il y avait du monde, malgr ce dernier dimanche d'aot.
Il ne savait pas trop quand tait la rentre des classes.
 vrai dire il ne s'y intressait gure. Il ne voulait pas
d'enfants. Il n'en avait jamais voulu, et encore moins depuis
qu'il tait avec Seth, voulant profiter gostement d'elle.
Elle ne lui avait d'ailleurs jamais parl ni d'enfants ni
de marriage. En un sens il avait trouv ce statu quo plutt
rconfortant, mme s'il tirait un peu d'aigreur qu'elle
ne lui ait jamais parler de marriage, comme si elle ne s'tait
jamais vraiment attach, comme si elle n'avait jamais vraiment
voulu autre chose qu'un toit pour dormir et vivre tranquillement
sa vie secrte. Sa vie secrte... Qu'avait-elle donc fait
pendant ces quatre ans... Et lui ? Qu'avait-il donc fait,
aveugl par son amour, qu'avait-il donc laiss passer, sans
mme sans rendre compte ?...

Encore une mauvaise nuit. Il dormit de 23 heures  1 heure
du matin, puis tourna et retourna, jusqu' ce recroqueviller
dans une position foetale ou il serrait sa jambe de toutes
ses forces contre sa brlure pour en expudier le mal...
Il pleura, encore, presque comme chaque nuit, et finalement
s'endormit, puis, vers 6 heures du matin. C'est du bruit
dans la chambre voisine qui le rveilla finalement et comme
il n'avait pas ferm les volets, il ne put se rendormir
ni se convaincre de se lever pour les rabattre. Dimanche
31 Aot 2003, 9 heures 35. Il soupira puis se leva, prit
une douche rapide et partit sans prendre de petit-djeuner.

Mais  mesure que la journe avanait, et qu'il liminait
un  un les suspects de sa liste, il ralisa que cette recherche
ne le mnerait  rien. La seule raison pour laquelle ils
avaient cherch les propritaires de voitures de sport sur
l'le de R n'avait pour fondement qu'un critre de faisabilit
car les rsultats taient bien trop nombreux dans d'autres
dpartements. Mais cette homme aurait pu venir de n'importe
o. Les chanches qu'il vnt de l'le de R ne reposait que
sur une suspiscion infonde que Seth et rencontre presque
un an en arrire certaines personnes lors de ses quelques
jours sur l'le. Mais pourquoi pas plutt lors de son dplacement
pour Gap, c'tait beaucoup plus logique. Il n'y avait mme
pas pens. C'tait  Gap qu'il lui fallait mener son enqute,
pas ici...

Il abandonna donc sa recherche aprs trois personnes interroges,
et sans petit-djeuner dans le ventre il dcida de se sustenter
dans un restaurant sur le port de Saint-Martin-de-R, qu'il
trouva charmant sous le Soleil. Les touristes ne manquaient
pas, et s'il pesta quand le serveur le dirigea au milieu
des tables bondes, il changea sa vision des choses une
fois install  ct d'une joli fille chatain en train d'crire
sur un petit cahier. Il n'tait pas vraiment timide, et
il avait toujours su impressionner un peu les filles, il
se dit qu'aprs tout, c'tait dimanche, et il oublia un
peu son lien qu'il croyait devoir supporter pour l'ternit
avec Seth ; il tait clibataire dsormais, aprs tout...

- Vous tes journaliste ?

La jeune fille, sans doute la trentaine, il n'avait jamais
su deviner l'ge des gens, termina mticuleusement la phrase
qu'elle tait en train d'crire, puis posa et reboucha son
stylo avant de se tourner vers lui. Il vit alors ses superbes
yeux noisettes, et il fut sduit, il en oublia son enqute,
Seth, son travail, et se dit qu'il voulait refaire sa vie
avec elle, ou tout du moins quelques nuits.

- Non, crivain.

Elle le regarda avec un regard soutenu, il en fut gn.
Il se recula un peu sur son dossier, et gonfla impersceptiblement
ses pectoraux. Il bafouilla :

- Ah, euh... Quoi... Quel genre... Vous crivez des romans
?

Elle se redressa et carta une mche qui lui tombait dans
les yeux et s'appuya contre le dossier de sa chaise, elle
dcroisa les jambes pour les recroiser de l'autre ct.
Il n'en fallut pas beaucoup plus pour donner des ides 
Thomas :

- Pour tre franche je suis plus en passe de devenir crivain.
J'ai publi l'anne dernire un livre documentaire sur l'le
de R, que j'habite depuis trois ans, mais c'est rest limit
 un public restreint. Mon second livre, par contre, un
roman, sera publi  la fin du mois prochain, j'espre alors
avoir un peu plus de succs. Et je travaille en ce moment
sur un nouveau roman.

Thomas se rendit compte qu'il n'avait pas cout ce qu'elle
disait, il se rappelait juste qu'elle crivait un roman.

- Ah, et, c'est quel genre de roman ? Un histoire d'amour
?

Il se sentit bte de la cataloguer tout de suite dans les
crivains de romans  l'eau de rose... Mais elle ne le prit
pas ainsi.

- Oh il y a un peu d'amour dans tous les romans vous savez,
il y a un peu d'amour dans tous les hommes. C'est une histoire
policire, d'aventure, je ne sais pas vraiment trop comment
le cataloguer. C'est l'histoire d'un jeune homme  la vie
maussade, qui, dprim, dcide de se noyer, mais il choue
et le choc produit lui fait revenir une parti de sa mmoire.
Il s'avre en fait que suite  une perte partielle de mmoire
il a t vinc par son ancienne femme qui lui a subtilis
toute sa fortune, et l'a laiss vivre comme un misreux,
il va alors dcider de reconqurir son d.

- Une noyade qui lui ramne sa mmoire, c'est original.

- Oui... Enfin j'avoue que l'ide n'est pas vraiment de
moi. C'tait en fait mon ex petit-ami, c'est d'ailleurs
la goute qui a fait dborder le vase, qui s'tait excus
de m'avoir pos un lapin en prtextant avec suivi un jeune
qui ne semblait pas aller bien jusqu' la plage de la Conche.
C'est une plage vers l'extrmit Nord de l'le. Il avait
soit disant empch se jeune de se noyer en le repchant
des eaux. Malheureusement d'aprs lui le choc lui avait
fait perdre une partie de la mmoire, et il avait pass
toute la soire  l'aider  retrouver son chemin. Je n'ai
pas cru son histoire, toutefois son imagination dbordante
me donna l'ide d'un roman, j'ai juste chang la perte de
mmoire par son contraire. Je lui ai toutefois rendu crdit
dans les remerciements, mme si cet vnement marqua la
fin de notre relation.

- Pourquoi ne l'avez-vous pas cru ?

Elle resta bouche be un instant, s'nerva un peu puis dit
d'un ton ironique :

- Bien, c'tait le week-end du premier novembre, nous devions
partir en week-end le jeudi soir. Il avait dj prtexter
je ne sais qu'elle chose urgente pour repousser notre dpart
au lendemain soir. Et le vendredi soir, plus de nouvelle,
rien, mme pas un mot, et je le retrouve le mardi matin
avec comme seule excuse qu'il a pass le week-end  aider
un malheureux qui a soit-disant fait une tentative de suicide
et a perdu la mmoire ? Bien sr pas un seul coup de fil
du week-end, et pas la moindre trace du malheureux en question
!

- C'est vrai que c'est un peu gros... Vous pensez qu'il
est parti avec une autre ?

Elle ferma les yeux et lva les mains comme pour repousser
toute cette histoire, sa voix drailla :

- Bah ! Je m'en moque ! Il peut bien faire ce qu'il veut
avec qui il veut, ce n'est plus mon problme. Il tait beaucoup
trop compliqu pour moi de toute faon.

Elle se reprit :

- Enfin... a m'a tout de mme inspir un livre, c'est dj
a... Mais parlons d'autres chose... Et vous ? Que faites-vous
?

Thomas ne sut pas trop si mentir ou pas, mais aprs tout
il pouvait tenter de l'impressionner, et quoi de mieux pour
une romancire que de rencontrer un policier dans une histoire
bizarre :

- Je suis policier. Plus exactement j'enqute sur un meurtre...

Elle carta les yeux de surprise.

- Oh ! Vraiment, un meurtre ici, sur l'le de R ?

- Non, pas vraiment, dans la rgion parisienne, mais nous
avions peut-tre une piste sur l'le de R.  vrai dire
nous avons tellement peu d'lments que la moindre piste
est bonne.

- Vous pensez que le criminel peut se trouver sur l'le
?

- J'ai cru  un moment peut-tre, mais c'est plus parce
qu'il est plus simple de chercher sur une petite le que
dans la France entire...

Thomas se dit qu'il ne devait pas en dire plus, qu'il ferait
mieux de partir, de rentrer  Paris. a ne servait  rien
de vouloir la sduire, de toute faon il ne pourrait pas
faire l'amour avec elle. Sa brlure tait toujours sa maldiction
et elle le poursuivrait pour toujours. Elle sentit son hsitation,
et celle-ci l'intrigua.

- Vous ne pouvez pas trop en parler, peut-tre ? Et qui
tait la victime ?

Lui dire, pas lui dire. Elle tait si belle. Aprs tout,
peut-tre qu'elle comprendrait ?

- Ma petite-amie...

- Oh !

Elle eut un soupir, ses yeux ptillrent, elle se tourna
lgrement, se rappochant de lui, il sentit son parfum :

- Mon Dieu, mais, c'est quelqu'un qui vous en veux vous
croyez, un ancien bandit que vous aviez arrt ?

C'tait trop tard, il lui en avait trop dit. Le serveur
passa pour lui demand son choix. Il n'avait mme pas regard
la carte, il commanda le plat du jour. Sa voisine s'carta
un peu, mais aussitt le serveur reparti se retourna vers
lui. Il dcida de rester vague :

- Je ne sais pas. Nous avons tellement peu de pistes. a
peut tre n'importe qui. J'en viens  me demander moi-mme
si je la connaissais vraiment.

- Vous pensez qu'elle aurait pu tremp dans des histoires
peu recommendable ? Vous la connaissiez depuis longtemps
?...

Elle se rtracta subitement, posa sa main sur la manche
de Thomas :

- Je suis dsol si je suis si indiscrte, peut-tre ne
pouvez-vous ou ne voulez-vous pas vraiment en parler ? Je
ne me suis mme pas prsente, je m'appelle Carole Marts.

Aprs tout Thomas se dit qu'il avait l'effet escompt. Il
lui serre sa main tendu :

- Thomas Berne, enchant. Nous sortions ensemble depuis
quatre ans, et elle est morte mardi de la semaine dernire...

Il soupira et laissa son regard aller dans le vide. Elle
resta silencieuse un instant, n'imaginant sans doute pas
que c'tait aussi rcent.

- Je, j'ai... Et... Vous restez longtemps sur l'le ?

- J'tais venu en tentant de trouver un indice, mais autant
chercher une aiguille dans une botte de foin...

Le serveur amna finalement le plat  Thomas, mais sa discussion
lui avait surtout donn soif, il demanda une carafe. Carole
s'loigna un peu, le laissant gouter ses tagliatelles au
saumon. Elle prit une cuillere de sa crme brle qu'elle
avait  peine touche. Elle se rendit compte qu'aprs tout
elle n'tait pas si mauvaise. Elle sentait qu'il tait gn,
et si au dbut elle avait cru encore, comme toujours, 
un de ces ennuyeux Don Juan sans conversation, c'tait maintenant
presque professionnellement qu'elle avait envie de savoir
ses sentiments, comment il vivait cette priode, comment
il pouvait dcrire son envie d'avancer dans l'enqute et
aussi sans doute de refermer la blessure, de l'oublier...

- Mais. Qu'est-ce qui vous a fait penser que vous pouviez
trouver des indices sur l'le ?

- Et bien, le jour du meurtre, une personne a vue...

Il se rendit compte  quel point sa justification tait
risible. Le tmoignage informel d'un gamin de dix ans, mis
dehors parce que sa soeur crapahute avec son petit-ami,
et sans doute en mal d'occupation, qui aurait vu une voiture
de sport rouge devant chez lui... Et il se retrouve sur
l'le de R parce que presqu'un an plus tt il n'avait pas
dormi pendant trois nuit en l'imaginant dans les bras d'un
autre sur cette maudite le... Ce n'est pas un coupable
qu'il cherchait, c'est un amant...

- Hum.  vrai dire je pense qu'il est plus raisonnable que
je ne vous en dise pas trop. Rien n'est encore suffisamment
clair pour que je puisse vraiment en parler.

"Mince !" se dit-elle, je l'ai effray, j'aurais d y aller
avec plus de tact... Elle se tut un instant et prit une
nouvelle bouche de sa crme brle.

- Vous comptez rester longtemps sur l'le ?

- Non, je ne pense pas. Je n'ai pas vraiment d'ordre de
mission je me disais juste que j'aurais peut-tre trouv
des indices... Mais je pensais pas que l'le serait si grande,
c'est pour a que je suis un peu dcourag.

Elle ralisa tout d'un coup que peut-tre il la mener en
bateau et cherchait juste  l'appater avec sa prtendu enqute.

- Mais, euh, excusez-moi d'insister, vous chercher quelqu'un,
ou juste un tmoin, un suspect ?

Thomas eut soudain envie qu'elle le prt dans ses bras et
qu'il lui racontt ses malheurs. Il se resaisit :

- Il y a quelque mois mon amie a fait un voyage sur l'le
de R, et elle en est revenue change, trouble. Je pense
qu'il est possible qu'elle est rencontre ici quelqu'un
qui pourrait m'en dire un peu plus sur elle et son pass.

- Ah je comprends mieux. La personne qui a t vue dans
les parrages le jour du meurtre pourrait tre un habitant
de l'le, c'est bien a ?

Elle tait perspicace. Thomas se dit qu'elle serait sans
doute beaucoup trop complique pour lui. Il acquiesa tout
de mme :

- Oui, on ne peut rien vous cacher.

Elle regarda sa montre et s'exclama soudain.

- Oh, mon Dieu ! Dj 13 heures 30. J'ai rendez-vous  14
heures. Je suis dsol je vais devoir vous laisser.

Elle se lve sans que Thomas ne puisse mme dire un mot.
Elle rcupre sa veste et son sac, range en fouilli son
cahier et ses notes  l'intrieur.

- Ravie d'avoir fait votre connaissance, bonne fin de journe.

- Eh, euh, attendez...

Elle se dirigeait dj vers le bar pour rgler sa note.
Elle se retourna :

- Oui ?

Elle avait vraiment un jolie style, avec sa veste marron
en mauvais tat, son gros sac et ses mches qui lui tombaient
sur les yeux. Thomas n'osa pas lui demander son numro.

- Bonne aprs-midi, content d'avoir discut avec vous.

- Merci, au revoir...

De toute faon il pourrait dcouvrir son adresse et bien
plus au bureau. Il regretta de ne pas lui avoir laiss une
photo de Seth, peut-tre aurait-elle pu demander ses connaissances
sur l'le si elle leur disait quelque chose. Il la regarda
s'loigner sur le port, en trottinant. Il finit son plat
de tagliatelles se disant qu'il pourrait en dvorer deux
autres avec le mme apptit, mais il se contenta de la mme
crme brle que Carole, qui lui avait fait envie, et d'un
caf.

14 heures 5. Il ne savait pas quoi faire. Il n'avait plus
envie de poursuivre ses recherches sur l'le, il n'avait
pas pour autant envie de retourner  Paris. Il alluma son
tlphone mobile, rest teint depuis son dpart. Trois
messages de sa mre affole. Il ne la rappela pas, aprs
tout il avait bien le droit de partir en week-end o il
voulait sans qu'elle le sache, il avait trente-deux ans,
que diable !

Il ne savait pas quoi faire mais il n'avait pas vraiment
envie de penser  cette histoire. Il se dit qu'il pourrait
profiter d'tre sur l'le de R pour faire un tour  la
plage, respirer un peu l'air de la mer, puis il rentrerait
sur Paris le soir tomb. De toute faon il ne dormait pas,
autant mettre  profit ses insomnies. Il paya, regagna sa
voiture, et roula de nouveau vers le phare des Baleines.
Il se gara  proximit et alla marcher au bord de la mer.
C'tait encore l't mais le Soleil n'tait plus aussi fort
qu'il ne le fut pendant les quelques semaines de canicule
dbut aot. Il avait bien cru alors qu'il suffoquerait dans
les bureaux non climatiss.

L'air de la mer le calma, il lui rappela sa balade avec
Emmanuelle en Normandie. Oh il avait tant besoin de tendresse...
Il s'assit sur la plage de galets. Il y avait quelques touristes
qui cherchaient des coquillages. Seth tait venue sur cette
le... Mais pourquoi, qu'avait-elle fait... Qui avait-elle
vu... Il y avait forcment quelqu'un sur cet le qui avait
d la voir, elle avait bien du loger quelque part, elle
avait bien d manger, croiser des gens... Si vraiment comme
il le pensait on ne pouvait pas l'oublier des gens la reconnatraient
sans doute, mais devrait-il parcourir l'le de part en part
pour esprer avoir une rponse ?

Il pourrait simplement dj laisser une photo  quelques
endroits de passage, boulangeries, supermarchs, dans l'hypothse
o quelqu'un la reconnt. Ah il ne savait pas. Il tait
tellement perdu. Voulait-il continuer cette enqute ? Ou
voulait-il tout oublier ? Mais comment oublier... Est-ce
que sa vie sera change pour toujours ? Seth,  Seth...
Il s'allongea tant bien que mal sur les galets et s'endormit.
Il rva de Carole et de Seth, comme si elle se mlangeaient
en une seule et mme personne...

Il dormit presque deux heures, il tait puis, jusqu'
ce que son tlphone mobile le rveilla. Il regretta alors
de l'avoir allum :

- Salut c'est Stphane, t'es o, je suis pass chez toi
mais ta mre affole m'a dit que tu avais disparu.

- Salut Stf, non c'est bon c'est juste que je lui ais pas
dis o j'tais. Je suis sur l'le de R.

- Sur l'le de R ? Mais qu'est-ce que tu fous l-bas ?
Tu cherches le proprio de la caisse rouge ? Tu aurais pu
prvenir que tu y allais, en plus tu n'as pas d'ordre de
mission, a risque de barder pour toi si jamais quelqu'un...

- C'est bon, c'est bon, laisse bton, de toute faon j'ai
mme pas interrog plus de cinq personne, j'en profite pour
prendre un peu l'air, surtout.

- Ah, bon, mais, euh, tu rentres quand ? Parce que comme
Stphanie et moi on est un peu fch, enfin, tu sais, je
t'avais un peu racont, et bien je suis pass au bureau,
cette histoire de voiture rouge m'intrigue...

- Je rentre ce soir, j'tais juste l pour le week-end.
Et donc tu as trouv quelque chose ?

- Ben disons qu' mon avis tu trouveras pas ton gus sur
l'le de R, sauf s'il a dcid de prendre des vacances.

- Tu l'as retrouv ?

- J'en suis pas encore sr, mais je me suis dit, un mec
qui vient de commettre un meurtre, le premier truc qu'il
va chercher, c'est un alibi. Un premier alibi a peut tre
de se trouver trs loin du lieu du crime, alors j'ai cherch
les mecs flashs  grande vitesse mardi aprs-midi.

- Tu en as trouvs ?

- Oui mais aucun ne semblait correspondre. Il aurait trs
bien pu changer de voiture ou partir avec un complice, mais
a compliquait un peu trop. J'ai cherch  savoir les infractions
des jours suivants, mais rien non plus.

Thomas se demande bien pourquoi Stphane le drange s'il
n'a rien trouv.

- C'tait une mauvaise piste alors ? C'tait juste des suppositions
o tu as trouv autre chose ?

-  vrai dire je t'appelais pour savoir quand est-ce que
Seth tait partie dans les Alpes.

- Euh, c'tait la premire semaine d'aot, un jeudi soir,
vers le cinq ou six, elle devait y rester deux semaines
mais est rentre plus tt que prvu.

- Bingo ! J'ai un excs de vitesse d'une Ferrari 575M Maranello
rouge le vendredi 8 aot entre Lyon et Grenoble, et un autre
de la mme voiture dans la nuit du 18 au 19 aot, entre
Lyon et Paris ! Comme je n'avais rien trouv l'aprs-midi
du 19, j'ai largi la recherche, et bien sr la Maranello
a attir mon attention. J'ai fait alors l'historique et
j'ai trouv cet autre excs le 8. Je voulais savoir la date
du dpart de Seth pour les Alpes pour tre sr, il la suivait,
c'est vident.

- Mais ? C'tait quoi comme excs, on l'a arrt ou pas
? 

- C'tait du quatre points, mais il s'est fait sauter les
deux, apparemment le bougre a des relations.

- C'est qui alors ?

- On n'a pas grand chose sur lui, Mathieu Tournalet, vingt-huit
ans, sans profession, apparemment hritier d'une consquente
fortune, orphelin de pre et de mre depuis l'ge de cinq
ans. Il habite dans une grande demeure vers Chartre. Aucun
antcdent  part un autre excs de vitesse en 1995.

- Tu as demand au RG ?

- Ben c'est dimanche, je me suis dit qu'on pourrait voir
a demain. Je comptais pas repasser au boulot ce soir.

- OK non c'est bon, on verra a demain matin. Bravo en tout
cas.

- Ben merci, mais bon, c'est notre boulot aprs tout.

- Oui mais quand mme... Allez, demain.

-  demain, bye.

Mathieu Tournalet... Thomas y comprenait de moins en moins.
Il aurait suivi Seth depuis dbut aot... Depuis bien plus
longtemps peut-tre mme... Mais alors, que voulait cet
homme ? Il voulait la voir ? Il voulait la tuer ? Il voulait
lui parler ? Qu'avait-elle fait ? Qui tait-elle bon sang
! Il eut peur soudain. Et lui, lui ? Risquait-il aussi de
se faire tuer ? Mon Dieu qu'avait-il fait ? Si seulement
il l'avait laiss ce jour de septembre 1999...

Il n'avait pas envie de rentrer sur Paris, il aurait aim
passer quelques jours ici. Il avait peur de rentrer chez
lui... Peur ? Mais Diable ! Il tait policier, et son Beretta
tait toujours  porte de main. Il ne savait pas trop de
quoi il avait peur. Peut-tre simplement que Seth ne revnt,
simplement que son fantme ne le hantt.

Il se leva et se reprit. Depuis quand croyait-il aux fantmes
! Son manque de sommeil le rendait fou ! Il marcha encore
quelques instants sur la plage, puis retourna vers sa voiture.
Il dut passer  l'htel car il n'avait pas dcommand sa
chambre pour le soir, et son sac tait encore l-bas. Par
chance il n'eut pas  payer la nuit supplmentaire malgr
l'heure avance, mais principalement parce que le grant
savait qu'il tait policier. Sur le chemin du dpart, il
laissa la photo de Seth dans deux boulangeries qu'il croisa,
en expliquant de le rappeler pour toute personne se rappelant
avoir vu Seth. Il retraversa le pont et reprit le chemin
de la Capitale. Il se dit qu' part avoir dbourser plus
de deux cent cinquante euros entre l'essence, les pages
et l'hotel, il n'y avait pas gagn grand chose... Et il
en oublia mme pour quelques temps Carole, seule rencontre
intressante qu'il fit ces deux jours.

Il dut s'arrter, aprs trois heures de conduite, s'endormant
presque au volant, pour se reposer un peu sur une aire d'autoroute.
Il dormit deux heures puis son mal le rveilla. Il tait
rong. Il rentra chez lui vers les une heure du matin, et
s'endormit trois heures plus tard devant une rediffusion
 la tlvision. Il dormit de 4  7 heures 30 et c'est sa
mre qui le rveilla en frappant  la porte. Il subit ses
repproches jusque sous sa douche chaude qu'il fit durer
en esprant qu'elle se lasst de parler fort  la porte
de la salle de bain. Mais elle ne se lassa pas alors il
partit sans djeuner.

Stphane et Jean-Luc taient dj arrivs, ils se moqurent
de lui et de son escapade Rnne, puis lui donnrent le
peu de renseignements qu'ils avaient rcolt sur ce Mathieu
Tournalet. Sous la pression du procureur, leur chef avait
court ses vacances d'une semaine, autant dire que sa femme
en fut trs nerve, et lui par vases communicants. Il eut
tout de mme du mal  passer sa colre devant le travail
de Stphane et l'vidence quasi inbranlable de la culpabilit
de ce Mathieu Tournalet. Quoi qu'il en soit le matin mme
les trois compres se dirigrent vers la superbe demeure
du Mathieu en question, sans mme avoir pris de croissants,
mais deux cafs tout de mme en moyenne, le lundi matin
tant toujours une priode dlicate.

Ils se perdirent passablement trois fois avant de trouver
enfin, isole de tout au milieu de la fort, l'entre du
magistral domaine entourant la rsidence en question. Il
n'y avait pas de sonnette, et,  leur grand tonnement,
un majordome vint leur ouvrir l'imposante grille au bout
de dix minutes. Sans doute devait-il y avoir des camras
ou un systme apparent. Ils furent d'autant plus tonns
de s'apercevoir que le majordome les laissa entrer sans
mme leur demander la raison de leur venu, et que celui-ci
tait venu en voiture pour leur ouvrir. Ils suivrent la
classieuse Jaguar XJ6 de 1970 sur les un kilomtre trois
cent d'alle avant de se garer devant l'immense maison qui
tenait plus du chateau. Ils sortirent de la voiture et le
marjordome s'excusa de ne pas avoir t assez pompt pour
leur ouvrir les portires. Ils furent gns et ne surent
quoi rpondre. Stphane les prsenta finalement et transmit
au majordome leur ordre de mission. Ce dernier indiqua que
Monsieur n'tait pas prsent mais devait revenir avant midi.
Il tait presque 11 heures, ils avaient beaucoup tourn
avant de trouv l'adresse, ils dcidrent d'attendre. Le
majordome les installa dans une grande pice, ils prirent
chacun un fauteuil et se demandrent si le majordome faisait
le voyage vers la porte chaque fois qu'un curieux se garait
devant la grille.

Le Monsieur en question n'arriva que vers 12 heures 45.
Il avait vingt-huit ans mais faisait plus jeune que son
ge par son physique, et plus vieux par ses manires, mais
aucun des trois policiers n'avaient vraiment ides des manires
du monde dans lequel vivait Mathieu Tournalet. Le majordome
lui retira sa veste et prit sa casquette.

- Bonjour, dsol de vous avoir laisser patienter, mais
j'avoue que sans mention pralable de votre passage, je
n'ai pu que difficilement vous accueillir dignement.

Les trois policiers se levrent pour une poigne de main,
qu'il avait ferme et vigoureuse, avec Mathieu Tournalet.
Il les invita ensuite  le suivre dans une pice plus petite,
sans doute son bureau. Il referma les portes derrire lui
et, une fois ceux-ci assi sur trois confortables fauteuils,
il s'installa lui-mme derrire le grand bureau en bois
prcieux avant de demander :

- Alors, que me vaut l'honneur de la visite de trois policiers
? Voil bien longtemps pourtant que je n'ai la joie d'en
croiser quelques uns que lors du Nol annuel des orphelins
de policiers de Chartre, que je parraine.

Jean-Luc dtesta cet homme car pour lui le simple fait qu'il
soit riche le rendait coupable, Stphane car il le trouva
prtentieux  se croire au-dessus des lois et des hommes,
et Thomas par le simple fait qu'il existt. Stphane posa
la premire question :

- Nous aimerions savoir votre emploi du temps du mois d'aot.

Mathieu Tournalet s'exclama :

- Rien que cela ! J'ai un emploi du temps assez charg d'une
manire gnrale, ne pourriez-vous pas tre plus prcis
?

- O tiez-vous entre le 8 aot et le 19 aot ?

Mathieu Tournalet regarda Stphane un instant, sans rien
dire, signifiant qu'il avait compris que Stphane connassait
la rponse, ou le penser en tout cas. Il rpondit enfin
:

- J'avais pris quelques jours de vacances, mais pourquoi
donc ? Je ne sais toujours pas la raison de votre venu.

Stphane ignora sa dernire remarque :

-  quel endroit ?

- En rgle gnrale je prfre garder confidentiel mais
lieu de sjour.

- Connaissez-vous cette personne ?

Jean-Luc se leva et dposa une photo de Seth sur le bureau.
Mathieu Tournalet la regarda longuement.

- Non, pas du tout, pas que je me souvienne en tous les
cas.

Dit-il en repoussant la photo vers les trois policiers,
en relevant les sourcils pour paratre dsol de ne pouvoir
leur venir en aide. Les trois hommes ne ragirent pas, Mathieu
Tournalet poursuivit :

- Qui est cette jeune fille, elle a disparu ?

Stphane lui prcisa :

- Elle a t assassine, et vous tes le suspect numro
un.

Mathieu Tournalet se recula dans son fauteuil et prit un
air tonn, il bafouilla.

- Suspect numro un ? Mais ? Mais je ne l'ai jamais vu ?
Mais ? Qu'est-ce qui vous fait penser que ? Comment pouvez-vous
croire que je suis... Enfin...?

Stphane lui rpondit calmement :

- Qu'avez-vous fait la journe du mardi 19 aot ?

Mathieu Tournalet rflchit un instant, puis dclara d'une
voix monotone :

- J'avoue que je n'ai pas mon emploi du temps en tte, c'est
la journe o je suis revenu de vacances. J'ai roul toute
la nuit, j'ai donc dormi une partie de la matine. J'ai
djeuner avec des amis, avec qui j'ai pass l'arps-midi.

- O a ?

Mathieu Tournalet laissa tourner son sige et se leva, il
s'avana vers la fentre. Stphane se dit qu'il prenait
le temps d'inventer son alibi, Thomas se demandait si cet
homme avait couch avec Seth, Jean-Luc avait envie de se
lever et de le frapper pour le faire rpondre plus vite.
Mathieu Tournalet poursuivit :

- Et bien si ma mmoire est bonne nous avons djeun dans
un restaurant  Chartres, et ensuite nous avons pass l'arps-midi
dans leur proprit dans les environs de Nogent-le-Retrou.

Voil sans doute l'adresse de son restaurant favori, se
dit Stphane, dont le grant tmoignera de l'avoir vu, facture
 l'appui, ainsi que celle de ces plus fidles amis, qui
assureront sur leur vie d'avoir pass cette aprs-midi avec
lui... Stphane en fut dcourag un instant, il se demande
s'il valait vraiment la peine de s'attaquer  cet homme.
Jean-Luc prit la relve :

- Il vous faudrait tre un peu plus coopratif.

Mathieu Tournalet se retourna vers le jeune policier, le
plus jeune des trois, et le dfia :

- Plus coopratif ? Je vous signale qu'en bonne et de forme
j'aurai pu simplement vous renvoyer devant mes avocats.
Mais j'ai fait l'effort de vous recevoir et de rpondre
 vos questions. Je ne vais tout de mme pas m'avouer coupable
pour un meurtre que je n'ai pas commis.

Il revint vers le bureau et commena  le contourner :

- Messieurs, je fus ravi de vous accueillir, malheureusement
d'autres obligations m'obligent  vous raccompagner. Je
me tiens  votre disposition, en tout tat de cause mes
avocats suivront cette affaire.

Il se dirigea vers la porte et l'ouvrit, puis attendit que
les trois policiers quittent la salle. Il leur serra la
main, toujours de faon aussi nergtique, puis hela le
majordome pour qu'ils les raccompagnt. Ils suivrent de
nouveau la Jaguar jusqu'aux grilles, puis prirent la route
du retour. Thomas conduisait, Jean-Luc se retourna une dernire
fois pour voir le majordome refermer les lourdes portes,
puis il s'cria :

- Il est coupable, c'est clair comme de l'eau de roche !

Stphane acquiesa :

- En tous les cas il a l'air dans le coup, vu comme il vitait
les questions et le temps qu'il a mis pour trouver son excuse
pour la journe du 19.

Thomas ne dit rien, Jean-Luc poursuivit :

- Il est malin, j'avais envie de lui filer des baffes 
des moments pour le faire parler.

- Il est sans doute malin et il doit avoir pas mal de relation,
je mettrai ma main  couper que ce restaurant de Chartres
comme ses amis je sais plus o seraient prts  dire n'importe
quoi pour lui.

Thomas rajouta :

- Il a l'air d'avoir les moyens...

Jean-Luc en tait malade :

- Tu parles, un peu ! Vous avez vu la barraque ! Et la Ferrari
! En plus je suis sr qu'il en a plus d'une ! Salaud.

Stphane le calma :

- On a le droit d'tre riche dans ce pays.

- Ouais mais comme a l, en se moquant de nous, en se croyant
au-dessus des lois...

Stphane continua :

- On n'a pas besoin d'tre riche pour se croire au-dessus
des lois... Mais quoi qu'il en soit, qu'il est menti ou
pas, on saura en quelques jours s'il est coupable ou pas...

Jean-Luc parut interloqu, Thomas se demandait toujours
s'il avait bien pu coucher avec Seth, il se demandait si
elle tait venu le voir dans cette demeure, certains jours
o il la croyait tranquillement chez lui, ou en train de
visiter je ne sais quel muse. Jean-Luc, assis  la place
du passager, se retourna vers Stphane :

- Qu'est-ce que tu veux dire, tu penses qu'il va avouer
?

- Non, mais avec a on devrait pouvoir trouver la preuve
qu'il est bien l'assassin.

Stphane sortit de sous sa veste une charppe. Jean-Luc
carquilla les yeux :

- Tu lui a schour ! La vche, c'est vrai qu'on a ses cheveux,
j'y ai mme pas pens  lui taper sa casquette ! Bien jou
!

- C'est pas sr qu'on ait ses cheveux, mais j'espre que
c'est ce que ceux qui trane sur cette charpe permettront
de prouver, en ayant la chance quelle lui appartient bien
et qu'il en reste quelques uns dessus.

Thomas regarda dans le rtroviseur avant de commenter :

- C'est pas trs trs lgal tout a, il peut casser le procs
s'il prouve qu'on lui a piquer.

Jean-Luc ne fut pas d'accord :

- Si c'est vraiment les mme cheveux, il est foutu, comment
veux-tu qu'il s'en sorte ?

Thomas ne rpondit pas. Il n'arrivait pas  s'enlever de
l'esprit l'ide que cet homme jeune, beau et riche avait
sduit Seth, et qu'elle n'avait pu que cder. Peut-tre
qu'elle voulait le quitter pour lui, mme ? Oui, sans doute,
c'tait trop vident, elle voulait le quitter pour lui...
Il en tait malade. Il avait envie de s'arrter pour aller
pleurer dans les bois qu'ils traversaient encore.

Le reste de la journe ne fut gure productif, Thomas chercha
en vain des informations sur ce Mathieu Tournalet, Jean-Luc
alla travailler sur une autre affaire, et Stphane trouva
une excuse pour se rentre au laboratoire d'analyse et pouvoir
demander discrtement l'analyse des cheveux trouver sur
l'charpe.

Il pleuvait quand Thomas rentra, plus tt que d'habitude,
ce lundi premier septembre. Il tait puis, toujours, croulant
de fatigue mais pourtant persuad qu'il n'allait encore
dormir que quelques courtes heures... Il regrettait de ne
pas avoir demander  ce Mathieu Tournalet s'il avait couch
avec Seth. Il aurait certainement rpondu que non, mais,
peut-tre ses yeux auraient laissaient transparatre la
vrit, ne serait-ce que pour lui lancer en plein figure
un "Oui, j'ai bais ta gonzesse, et plus d'une fois !"...

Il s'empcha de boire, il voulait se calmer, faire le vide,
oublier Seth comme cet homme, oublier tout, enfin pouvoir
esprer repartir sur des bases saines... Mais il y beau
passer plus de deux heures  faire de la musculation, c'tait
toujours et toujours la mme image qui revenait, celle de
Seth et cet homme, enlancs en encore et encore... Si seulement
il savait, au moin, il pourrait avoir les ides claire,
mais il ne savait pas, il ne pouvait qu'imaginer, supposer,
inventer... Il brancha sa console de jeu et joua successivement
 un jeu de combat, une simulation de conduite puis un autre
jeu de combat, mais deux heures plus tard,  23 heures 30,
il en revint encore et toujours au mme point...

Il s'allongea alors devant la tl, et somnola enfin vers
les une heure du matin. Il dormit jusqu' 5 heures, puis
sa brlure le rveilla... Elle tait toujours bien l, comme
une empreinte du pass... Il avait l'impression qu'elle
grossisait, qu'elle pntrait en lui, qu'elle le rongeait...
Il russit  dormir de nouveau entre six heures et sept
heures trente, quand le rveil qui s'tait mis en route
depuis une demi-heure le rveilla enfin...

Mardi deux septembre, il arriva vers 8 heures trente  son
travail, il tait le premier dans son bureau. Il alla se
chercher un caf malgr les deux qu'il avait pris comme
petit-djeuner, et d le terminer dans le bureau de son
chez quand celui-ci l'aperu. Mathieu Tournalet avait fait
vite, le procureur avait dj donn un coup de fil aux aurores,
sous la pression des avocats, pour prvenir qu'il fallat
agir avec le plus grand tact, et que toute suspicion injustifie
se terminerait de manire peu enviable pour  la fois le
procureur et le commissaire.

Thomas accueilli avec la plus grande indiffrence les remarques
de son chef et retourna dans son bureau. Stphane tait
arriv entre temps et le salua. Thomas lui fit part des
commentaires du commissaire et alla avec Stphane chercher
un nouveau caf. Ils n'avancrent pas beaucoup de la matine,
leur seule piste tait l'espoir que les analyses rvlent
bien une concordances entre les cheveux trouvs chez Thomas
et ceux prsents sur l'charpe. Jean-Luc et Stphane mirent
alors  profit la matine pour travailler sur un autre affaire,
pas forcment plus joyeuse mais moins complexe, une sombre
histoire de rglement de compte entre deux voisins ennemis
depuis toujours. Thomas lui plucha les hotls des environs
de Gap pour savoir si un Mathieu Tournalet avait sjourn
l-bas durant le mois d'aot. Il ne trouva rien, pas plus
qu'il ne trouva de rsidence secondaire  son nom dans la
rgion. Il en avait une toutefois sur la cte d'azur, ainsi
qu'une vers Biaritz et une dernire en Bretagne.

Dans l'aprs-midi Stphane reu un coup de fil du laboratoire
pour le prvenir que le test des cheveux prendrait encore
quelques jours car les cheveux trouv taient assez anciens
et leur racines sches, ce qui rendait la validation de
l'inclusion, la concordance entre l'ADN des cheveux de l'charpe
et de ceux trouvs chez Thomas, plus difficile.

Les trois jours ncessaires pour l'obtention du rsultat
passrent aux yeux de Thomas a une vitesse d'escargot. Il
n'attendait que ce moment et vcut la validation de l'emploi
du temps de Mathieu Tournalet la journe du 19 aot avec
dsintressement, mme s'il conduit pour aller  Chartres,
et ensuite dans cette petite ville de Nogent-le-Retrou.
Bien sr, comme l'avait prdit Thomas, le responsable du
restaurant tout comme ce Monsieur de Senonchard, dont la
proprit tait digne de celle de Mathieu Tournalet, certifirent
de sa prsence  leurs cts le mardi 19 aot. Stphane
tait dcid de les faire condamner pour faut tmoignage,
Thomas s'en moquait.

Vendredi 5 septembre Stphane eut confirmation que les cheveux
de l'charpe avait bien le mme ADN que ceux trouvs chez
Thomas. Il en avisa tout de suite son chef, qui lui rprimanda
pour la forme le vol de l'charpe, et le flicita pour son
travail. Stphane n'tait pas trs ambitieux, mais il tait
efficace tout comme perspicace, et le chef l'aimait bien
; c'tait un peu le fils qu'il n'avait jamais eu, il avait
trois filles.

Thomas accueillit mal cette nouvelle, il accueillit mal
car elle confirmait pour lui un lien entre Seth et Mathieu
Tournalet, mais il accueillit mal surtout car il avait peur
de la vrit. Mais tout alla trs vite, et Thomas fut presque
soulag d'apprendre que le procureur avait demand au commissaire
de classer l'affaire sans suite. Stphane en fut enrag,
et tout l'tage l'entendit hurler dans le bureau du commissaire.
Mais rien ni fit, Mathieu Tournalet avait des moyens et
des relations qui dpassaient largement ce que pouvaient
initiallement imaginer Thomas et Stphane. Mathieu Tournalet
pouvait faire plier les lois. Mathieu Tournalet ne craignait
rien de personne, et il tait protg par de nombreux appuis
parmi les puissants.

Le procureur cda, le commissaire cda, et finalement Thomas
pensa y trouver son compte. Il se sentit libre, libre de
pouvoir reprendre une vie normale, libre de pouvoir oublier
cette enqute, libre de la charge qu'il s'tait imposer
en l'acceptant. Il passa le reste de la journe  ranger
et classer les documents, presque guilleret de relguer
tout a dans des dossiers qui ne seraient plus jamais ouverts.
Ils ne virent plus Stphane de la journe.

Quand il rentra chez lui, Thomas eut envie de sortir, il
alla au cinma, puis en bote de nuit. Il ne rencontra pas
vraiment quelqu'un, mais dansa dans une proximit vocatrice
avec plusieurs filles chauffes. Il rentra seul mais cela
lui convint. Il voulut prendre des vacances, il voulut rejoindre
Carole, sur l'le de R, il se rappella d'elle. Il prit
un somnifre pour fter cette journe, et s'endormit rapidement
pour une longue nuit qui marquerait, il esprait, le dbut
de sa nouvelle vie...

Le lendemain matin il dormit jusqu' 11 heures trente. Il
alla voir sa mre, il ne l'avait pas vraiment vue depuis
plusieurs jours, et il accepta son invitation  djeuner.
L'aprs-midi il alla au centre commercial de Velizy, il
fit de nombreuses courses, il n'en avait pas faites depuis
plusieurs semaines. Il alla chez le coiffeur et il s'acheta
un nouveau jeu pour sa console. Il resta presque quatre
heures  tourner dans le magazin, se trouva aussi de nouvelles
chaussures, ainsi que deux DVD. Il appela des amis  lui,
avec qui il sortait de temps en temps, pour leur proposer
d'aller en bote de nuit le soir, ils acceptrent. Il repassa
chez lui, fit une partie de son nouveau jeu, s'habilla avec
ses nouvelles chaussures et partit rejoindre ses amis pour
diner sur Paris. Il allrent ensuite dans deux botes de
nuit, et il ne rentra chez lui que vers 13 heures, qu'aprs
avoir dormi quelques heures chez ses amis, qui habitent
Paris, pour laisser passer son alcoolmie. Il mangea et
dormit encore trois heures jusqu' 17 heures, puis finit
la journe en jouant  son nouveau jeu. Il se commanda une
pizza et termina la soire en regardant les deux films du
dimanche soir sur TF1.

Il mangea un paquet de cookies avant de se coucher, il savait
que c'tait mal, et qu'il avait dj d all deux fois au
dentiste l'anne prcdente, mais pour ce soir il s'en moquait.
Il alla se coucher dans sa chambre, celle o tait morte
Seth, en se disant que cette histoire tait termine, que
ces cauchemars taient passs, et que dsormais il ne les
laisseraient plus revenir...

Il la vit entre, doucement, dans la chambre, dans le noir.
Ses yeux brillrent un instant. Elle tait l, debout, le
visage livides, sa blessure au cou comme une marque du dmon.
Il tait paralys par la peur, il se recula dans son lit,
en sortit, elle s'avana vers lui. Il voulut saisir son
arme, mais elle lui barra le passage. Quand il fut bloqu
dans le coin de la pice, elle lui saisit le bras, il sentit
sa peau glaciale. Il voulut la frapper pour s'enfuir mais
elle plaa sa main sur son flanc et il sentit une brlure
terrible, il cria mais la douleur ne s'arrta pas, il cria
encore mais il sentait son corps se consumait, brler sous
sa main.

Rves
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Il cria encore et se fut son propre cri qui le rveilla.
Il tait en sueur, il haletait, il se plia sous la douleur
de sa brlure, alluma la lumire avec difficult et resta
de longue minutes  s'assurer que c'tait bien un cauchemar...
Il tremblait de peur. Il sortit de son lit et alla chercher
son pistolet. Il alluma toutes les pices et vrouilla sa
porte d'entre. Quand il parvint enfin  se persuader que
ce n'tait qu'un rve, il regarda l'heure, 3 heures 20 du
matin, puis s'assit dans le canap. Rien n'tait pass,
rien du tout, il l'avait cru, mais tout tait encore l.
Elle ne le quitterait pas, jamais... Mon Dieu ds qu'il
fermait les yeux il revoyait son visage si blanc... Il pleura.
Il resta l, plus d'une heure, puis finalement s'allongea,
mais il garda les yeux ouvert, esprant simplement que le
jour ne tarderait pas...

Il somnola de 5 heures  7 heures, puis se leva, prit une
longue douche chaude, et partit sans mme prendre de caf,
en se disant que c'tait peut-tre aussi la cause de ses
insomnies, et qu'il devrait arrter d'en boire. Son chef
lui apprit que Stphane lui avait apport le vendredi soir
sa dmission, mais que finalement il lui avait conseill
de prendre deux semaines de vacances pour rflchir un peu.
Jean-Luc pesta toute la journe contre ce Mathieu Tournalet
et le manque de cran du chef et du procureur. Il tenta,
en vain, de convaincre Thomas d'aller avec lui rendre visite
au bougre pour lui faire comprendre qu'il n'tait pas au-dessus
des lois. Thomas garda un air dsol exprimant que cela
ne rendrait les choses qu'encore plus compliqu, que bafouer
la loi ne serait que rentrer dans son jeu, et qu'il leur
fallait rester intgres et ne pas se rabaisser  son niveau.
Il s'tonna lui-mme par cette rflexion.

Le reste de sa journe fut tranquille, mais il n'en demandait
pas plus car son manque de sommeil lui donnait une forte
migraine. Il apprhenda le retour chez lui. Il dna avec
sa mre, puis il rentra chez lui. Cette nuit-l il rva
que Mathieu Tournalet lui tranchait la gorge. La nuit suivante
il rva que sa brlure se transformait en gangraine et le
ronger de l'intrieur, et la nuit suivante il ne se souvint
pas de ses rves car il prit un somnifre. Il avait reprit
la routine  son travail, et n'avait pas de nouvelles de
Stphane depuis le vendredi prcdent. Il lui laissa un
message sur son portable jeudi dans la journe. Il avait
peur que Stphane ne chercht tout de mme  poursuivre
l'enqute.

Il passa la soire du jeudi en compagnie d'Emmanuelle. Elle
avait trouv un nouveau copain, mais il l'ennuyait dj.
Elle se demandait si elle ne devenait pas un peu trop exigente,
 moins finalement qu'elle ne prfrt rester seule. Depuis
quelques temps, Thomas n'avait plus vraiment de dsir sexuel,
sa fatigue annihilait tout. Il perdait apptit, sommeil...
Il avait maigri de quatre kilos depuis la mort de Seth.
Il avait encore un peu de marge avec ses un mtre quatre-vingt
deux pour soixante-dix-neuf kilos.

Jeudi 11 septembre 2003, les soires se faisaient dj plus
fraches, et les jours plus courts. Dans quelques jours
se serait l'automne... Dans quelques jours se serait l'anniversaire
de sa rencontre avec Seth, lundi 20 septembre 1999. Il ne
rentra somme toute pas trs tard, et se coucha dans la chambre
d'ami, la lumire allume, un peu aprs minuit trente. Il
pensa. Il pensa que Stphane ne l'avait pas rappel, il
s'en inquita. Il pensa  toute ses anciennes copines. Il
chercha laquelle pourrait bien vouloir encore de lui. Sur
les huit il n'en trouva aucune, Emmanuelle tait la seule
avec laquelle il tait encore proche. Il regretta de ne
pas avoir fait plus d'effort, de ne pas avoir pris la peine
de les appeler, de savoir ce qu'elles devenaient. Il se
sentit seul, dans ce grand lit dans lequel il avait pourtant
fait l'amour avec presque chacune d'elle, sauf Virginie
et Hlne, car il habitait encore chez ses parents, et sauf
Seth, car il avait dj alors chang pour son nouveau lit
et relgu celui-ci dans la chambre d'ami. Quoi qu'il avait
bien d la surprendre une fois ou deux en train de faire
la sieste dans cette chambre. Lui n'aimait pas trop cette
chambre car elle tait vraiment trop petite, Seth, elle,
aimait bien cette chambre car l'aprs-midi le Soleil donnait
dedans. Seth adorait le Soleil, au moindre rayon elle sortait.
C'tait presque sa seule source d'nergie. Il aurait lui
aussi donn beaucoup pour pouvoir en ce moment se trouver
dans une chaise longue sous un crasant Soleil. Il avait
l'impression que sa brlure le travaillait moins quand il
tait sous le Soleil... Cette pense le rconforta, il rva
 moiti tre effectivement sur une chaise longue, puis
s'endormit...

Il n'eut droit qu' vingt-cinq minutes de sommeil, ensuite
son tlphone mobile sonna. Qui pouvait bien l'appeler 
cette heure-ci ? 1 heure 25 du matin ! Il se dit que ce
devait tre Stphane, et tenta de rcuprer son tlphone
dans la poche de son jean sans quitter le lit, mais il manqua
de tomber et finalement d se dpcher et se lever compltement.

- Oui ?

- Bonsoir, je suis vraiment dsol d'appeler si tard, mais
je n'ai pas pu m'en empcher.

Il ne reconnaissait pas la voix. Une voix fminine, elle
lui disait bien quelque chose, mais il ne croyait pas l'avoir
dj entendu au tlphone...

- Ce n'est pas grave, je venais juste de me coucher.

Il tenta de faire en sorte de ne pas avoir la voix trop
casse.

- Tu dor... Vous dormiez, je suis vraiment dsol !

Il ne voyait toujours pas qui c'tait. Ce n'tait pas Emmanuelle,
la seule personne qui pouvait l'appeler aussi tard qui lui
vint  l'esprit, qui d'autre ?

- Pas grave...

Ne sachant pas qui c'tait il ne sut pas vraiment quoi dire.

- Je vous appelle  propos des photos que vous aviez laiss
 la boulangerie.

Les photos ? Carole !

- Ah ? Vous les aviez vu ? Oui en partant j'en avais laiss
dans deux boulangeries.

- Oui, enfin je n'en ai vu que dans l'une d'entre elle,
j'avoue que je ne me suis pas pos la question de savoir
si vous en aviez mis ailleurs ou pas.

- Juste deux boulangeries, je n'ai pas eu le temps d'en
donner plus.

- Oui, enfin bref, peu importe. Toujours est-il que depuis
que vous l'aviez mise, je demandai rgulirement  la boulangre
si quelqu'un l'avait abord  propos de cette photo, et
ce matin, enfin, hier matin, elle m'a dit qu'un vieux monsieur
semblait sous-entendre qu'il avait dj vu.

- Vraiment ?

Thomas qui ne pensait  ce moment-l qu' comment pouvait
bien tre vtue Carole  une heure pareille, se reconcentra
sur la discussion.

- Oui, mais il si vous aviez laiss votre numro, il n'a
pas d vous appeler pour autant.

- En effet, je n'ai eu aucun coup de fil.

- Oui et pour cause, il avait peur que vous ne lui vouliez
du mal.

- Du mal ? Comment a ?

- Et bien quand j'ai demand  la boulangerie l'adresse
du vieux monsieur, ils m'ont indiqu la vieille maison qu'il
habitait. Ils semblait dire que c'tait une personne trs
respect dans le coin, qu'il avait fait beaucoup. Bref,
je m'y suis rendue, trop curieuse d'en savoir plus. Le vieux
monsieur m'a accueillie trs gentiment. Je lui ai alors
parl de cette photo dans la boulangerie. Il m'a demand
si j'tais la personne qui recherch cette jeune-fille,
je lui ai dit que non mais que je connaissais la personne
en question.

- Et donc ?

- Oui, donc, au final j'ai discut plus de deux heures avec
lui, et de ce que j'en ai compris vers la fin du mois d'octobre
de l'anne dernire cette jeune fille, Seth, c'est bien
son nom ? Son prnom ?

- Oui, oui c'est elle.

- C'est marrant comme prnom, vous savez que Seth tait
le Dieu gyptien de la vaillance, mais aussi celui reprsentant
les forces du mal ? Dans la lgende c'tait le frre d'Osiris,
qui tait alors le roi d'Egypte. Seth le tua mais ce dernier
ressucita et devint le Dieu des mort, celui qui sauve dans
l'au-del. Qu'elle trange ide de nommer sa fille comme
un Dieu du mal...

- Euh, oui, ah...

Thomas ne savait pas tout a, mais  vrai dire il s'en moquait
un peu.

- Oui oui je m'gare. Bref, fin octobre Seth est venue chez
lui. Je n'ai pas trs bien compris si elle le connaissait
ou pas, mais il m'a semblait qu'il disait qu'il l'avait
connue il y a trs longtemps, mais... Je n'ai pas trs bien
compris des fois il parlait d'elle comme s'il l'avait connue,
et des fois comme si c'tait une nouvelle personne. Enfin,
quoi qu'il en soit elle est venue simplement, demandant
si elle pouvait rester quelques jours. Le vieux monsieur
a accept, et elle est rest d'aprs lui jusqu'au 5 novembre,
a correspond ?

- Oui, oui, c'est exact.

-  vrai dire il ne m'en a pas dit beaucoup plus, il parlait
toujours avec des ellipses je n'ai peut-tre pas tout compris.
Toutefois il semblait dire qu'elle tait l pour quelqu'un,
quelqu'un qu'elle suivait, ou qu'elle voulait voir. Mais
il ne voulait pas trop en parler  vrai dire. Il tait un
peu triste quand il parlait d'elle, il changeait tout le
temps de conversation je n'ai pas trop voulu insister. Peut-tre
que si vous l'interrogiez vous saurez mieux que moi comment
avoir plus d'information. Voil, c'tait simplement pour
a que je vous appelez.

- OK, c'est trs gentil.

- Vous progressez sur l'enqute ?

Thomas ne sut trop s'il devait dire ce qu'il en tait ou
pas...

- Et bien, nous... Je...

- Parce que j'ai cherch un peu des informations sur internet,
mais je n'ai absolument rien trouv. Il y a deux semaines
les journaux marquaient quelques mots rgulirement, mais
depuis une semaine absolument plus rien, vous avez donn
des consignes  la presse ?

- Euh, non... Non, non...

- Mais peut-tre avez-vous rsolu l'enqute et ai-je manqu
l'information ? J'avoue que je suis souvent un peu isole
du monde quand je suis dans mes bouquins. Je n'achte pas
le journal tous les jours et je n'ai pas de tlvision,
alors... Vous avez trouv le coupable ?

Thomas tait bien embt, elle avait une si jolie voix,
mais s'il lui disait que l'affaire avait t classe, il
en aurait pour des heures au tlphone, il le sentait bien,
et pour un fois qu'il sentait qu'il pourrait dormir un peu...

- Ah et bien non, l'affaire n'est pas encore rsolue. Nous
avons des pistes, mais je ne peux pas vraiment vous en dire
plus pour l'instant...

- Je comprends. Bon il est tard je ne vais pas vous dranger
plus longtemps. Mais est-ce que vous pensez que cette histoire
avec le vieux monsieur peut avoir un rapport, vous pensez
que quand Seth est venue sur l'le de R elle a peut-tre
rencontr certaines personnes ? Vous allez venir l'interroger
?

- Et bien, euh, c'est possible, il faut dire que l'enqute
progresse lentement, je ne pense pas que nous devons ngliger
une piste.

- Ah, et bien si jamais vous revenez sur l'le, envoyez
moi un mail, nous pourrons djeuner ou diner ensemble un
jour.

Thomas pesta car il dut sortir de son lit pour trouver de
quoi noter. Mais aprs tout il se consola en se disant qu'il
avait peut-tre plu  Carole. Il nota le mail et se remit
bien vite sous la couverture, mme s'il ne faisait pas vraiment
froid en-dehors. Il ne put pas beaucoup en rajouter plus,
Carole s'excusa encore de l'avoir dranger et raccorcha.
Il n'eut mme pas le temps de lui demander comment elle
allait et parler un peu d'autre chose maintenant qu'il tait
 peu prs rveill...

"C'est bte", se dit-il, puis il reposa son portable sur
la table de nuit et s'enfouit sous les draps. Ah Carole
! Il l'avait presque oublie. Il pourrait aller la voir
le week-end prochain... Mais il devrait bien lui dire que
l'enquter est annule. Et pour qui passera-t-il ? Abandonner
la recherche sur l'assassinat de sa petite-amie ? Il ne
serait pas forcer de lui dire toutefois. Il pourrait simplement
interroger ce vieux... Thomas se demanda alors qui il pouvaittre.
Seth l'aurait connu ? Elle lui aurait dit qu'elle tait
all sur l'le de R pour quelqu'un ? Quelqu'un qu'elle
suivait ? Mais qui pouvait-elle bien suivre ? Il tait peu
probable que ce ft ce Mathieu Tournalet. Depuis quand le
connaissait-elle celui-l, d'ailleurs. Depuis toujours ?
Depuis qu'elle allait dans les Alpes ? Mais il n'tait pas
mari, pourquoi serait-elle reste avec lui tout ce temps
si c'tait son amant ? Il tait riche et clibataire, ce
n'tait pas logique, elle ne devait le connatre que depuis
peu, depuis juillet, dbut aot peut-tre. Pourtant elle
avait chang depuis le dbut de l'anne, et il tait presque
persuad que c'tait ce qu'elle avait vu ou fait  l'le
de R qui avait modifi son comportement. Aurait-elle pu
le rencontrer l-bas et rester tous ces mois  le voir ?
Elle aurait finalement dcid de le quitter qu'aprs que
celui-ci eut russi  la convaincre de quitter Thomas...

Il ne savait plus trop. Il ne savait plus trop s'il avait
envie de savoir ou pas. Le classement de l'enqute lui avait
laiss esprer qu'il pourrait oublier toute cette histoire,
mais pourrait-il vraiment vivre sans savoir ? Peut-tre
attendre quelques mois, attendre que tout se tasst, et
puis il verrait alors s'il en aurait encore la force. Il
avait peur qu'elle ne lui manqut un peu en ce moment. Il
soupira... Il se demanda si cette histoire finirait rellement
un jour... Il s'imagina avec Carole, puis il s'endormit,
sans teindre la lumire...

Thomas est  l'le de R, il est sur la plage. Il est assis.
Carole est -ct de lui. Elle lui parle. Elle lui parle
du vieux monsieur, elle lui dit qu'il a vu Seth sur cette
plage. Ils sont l pour l'attendre. Thomas lui dit qu'il
se moque de Seth, il tente de lui dire qu'il la veut elle,
mais il y a du vent, et il a du sable dans les yeux. Le
sable le fait pleurer et cligner des yeux. Il n'arrive plus
 voir ni  entendre Carole correctement. Elle continue
pourtant  lui parler, mais il n'entends pas. Il essaie
de s'enlever le sable des yeux mais il y voit de moins en
moins. Carole lui repproche de ne pas l'couter, elle lui
repproche de ne penser qu' Seth, alors qu'elle est l,
elle. Elle se lve et s'loigne. Il veut la suivre mais
il s'aperoit qu'il est nu. Il n'ose pas continuer. Il voit
Mathieu Tournalet rejoindre Carole et la prendre main par
la main. Il voudrait aller rcuprer Carole, mais il est
nu et il a peur que Mathieu Tournalet ne se moque de lui,
alors il reste immobile, nu, sur la plage. Le vent s'est
calmer, il voit bien dsormais. Il n'a plus sa brlure,
c'est parce qu'il est encore dans le pass, oui, dans le
pass, Seth n'est pas encore partie. Il a voulu tromp Seth
avec Carole. Il se retourne, il voit Seth avancer vers lui.
Elle lui demande qu'est qu'il fait l, elle lui demande
pourquoi il est nu. Il ne sait pas quoi rpondre, Seth lui
demande alors s'il voulait la tromper avec Carole, il rpond
que non mais elle ne le croit pas. Elle lui demande pourquoi
il veut la laisser, pourquoi est-ce qu'il veut la trahir.
Non, non, il ne veut pas la trahir, il n'a jamais voulu
la trahir. Elle pleure, elle s'avance vers lui, la main
en avant. Non, non, il ne faut pas que cela se reproduise,
il avait une chance de changer le pass, il ne peut pas
chouer de nouveau, non Seth, non, repars, non, je ne veux
pas te trahir, non, Seth, reste loin, ne t'approche pas,
non, non...

Meurtre
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Thomas se rveilla en hurlant quand il ressentit de nouveau
la brlure. Il fut content que la lumire ft allumer, pour
ne pas voir le spectre de Seth. Il tait couvert de sueur.
Il ralisa que son mobile sonnait. Carole, encore ? Peut-tre
voulait-elle lui dire qu'elle avait envie de le voir ce
week-end ?

- Allo.

- Bonjour, Thomas, c'est le commissaire Ober, dsol de
vous rveiller, je sais qu'il n'est mme pas 3 heures du
matin, mais la police de Chartre vient de m'appeler, ils
sont chez Mathieu Tournalet, Stphane l'a assassin.

- Quoi !

- Oui, il s'est fait assomer par le majordome juste aprs
avoir tir une balle en plein coeur de Mathieu Tournalet.

- Merde, putain... Mais on est sr que c'est lui ? Est-ce
qu'il n'tait pas juste l par hasard ?

- Je n'ai pas les dtails, mais je crois que le majordome
a vu la scne, j'ai peur qu'il n'y ai pas de doute possible.
C'est vraiment moche, c'tait un bon policier... Je suis
sur le point de partir, je pense que ce serait bien que
vous veniez aussi.

- Oui, oui, je viens.

- OK, je ne sais pas vraiment o se trouve sa rsidence,
si vous pouviez passer par le SRPJ, on pourrait y aller
ensemble.

- OK, pas de problme.

- Bien, faites vite, j'y serais dans quinze minutes. Il
ne faut pas que le procureur arrive sur les lieux avant
nous.

Le commissaire raccrocha.

Stphane avait tu Mathieu Tournalet... Il se leva en catastrophe,
s'habilla, prit son Beretta et partit. Il plaa son gyrophare
sur le toit et mis la sirne quand il grillait les feus
rouges. Stphane avait tu Mathieu Tournalet, bordel, mais
 quoi pensait-il ? Il roula vite, et ne s'arrta qu'un
instant devant le SRPJ de Versailles, le commissaire l'attendait
dehors.

Ils parlrent peu. Le commissaire n'avait jamais vraiment
sympathiser avec Thomas. Par contre il aimait Stphane,
Thomas le savait. Thomas roulait vite mais il leur fallu
tout de mme prs de cinquante minutes pour arriver  destination.
Les grilles taient ouvertes et des policiers gardaient
l'entre. Il laissrent passer Thomas sans encombre, ils
le connaissaient lui et le commissaire. Il y avait dj
cinq voitures de police et deux ambulances devant la rsidence.
Thomas se gara au plus vite et un policier vint leur faire
un compte-rendu. Stphane tait menott dans l'une des voitures.
Le corps de Mathieu Tournalet avait dj t transfr dans
une ambulance. Mais il n'y avait aucune chance de le ranimer,
la balle avait perfor le coeur.

Le commissaire somma Thomas d'aller voir Stphane, lui se
rendit dans la maison pour interroger le majordome. Thomas
monta aux cts de Stphane  l'arrire de la voiture.

- Salut, Stphane.

- Salut, Thomas.

Thomas ne sut quoi dire.

- C'est un coup mont, Thomas, je ne sais pas pourquoi il
a fait a, je ne sais pas s'il voulait mourir ou s'il tait
suffisament riche pour dguiser un faux cadavre ou faire
un clone ou j'en sais rien, mais je ne l'ai pas tu.

- Mais alors ? Pourquoi t'accuse-t-il ?

- Il me fait porter le chapeau, il a russi  me capturer
et  me prendre mon arme, aprs ce fut un jeu d'enfant d'utiliser
mon arme et de m'allonger endormi sur les lieux du crime,
l'arme  la main. avec une belle bosse pour confirmer le
tmoignage du majordome.

- Mais Stphane ! Comment ? Tu prtends qu'il s'est tu
lui-mme et qu'il t'a fait porter le chapeau ?

- Oui, je sais c'est dment, mais je n'ai pas tu ce type.

Thomas resta silencieux.

- Tu sais qu'elle est la dernire chose que m'a dit Mathieu
Tournalet ?

- Non.

- Qu'elle tait dj morte quand il est pass.

- Dj morte ?

- Oui dj morte. Je ne sais pas si j'ai raison ou pas de
le croire, mais je pense qu'il tait sincre. C'tait ce
matin, enfin hier matin, un peu aprs qu'il m'ait attrap...

- Tu le suivais ?

- Oui.  vrai dire quand le commissaire m'a donn deux semaines
de vacances forces, j'tais tellement nerv que peut-tre
alors si j'avais Mathieu Tournalet en face de moi je l'aurais
tu. Pour prendre un peu de recul je suis parti trois jours
dans la maison de repos de mes parents, dans le Cantal.
J'ai pass trois jours  tourner en rond. J'avais envie
de tout plaquer, de dmissionner et de partir je ne sais
o, je ne voulais plus entendre parler ni de justice, ni
de loi, ni d'galit ou toutes ces choses que Mathieu Tournalet
avait bafou simplement parce qu'il tait puissant. Finalement
je me suis dit que quitte  dmissionner, autant le faire
avec un bonne raison, et je me suis rsolu  prouver que
Mathieu Tournalet tait le coupable, quitte  y perdre.

Stphane fit une pose et se tourna vers Thomas :

- Tu vois, j'tais dj un peu prpar  a, mme si je
ne l'imaginais pas vraiment sous cette forme. Bref, je suis
rentr le mardi matin bien dcid de faire la lumire sur
cette histoire. Je suis rest tout le mardi  attendre,
planqu dans le bois en face de l'entre. J'avais pris de
quoi bouffer pour deux jours. Le soir la Ferrari est sortie,
je me suis magn de courir vers ma voiture pour la suivre.
Je suis rest assez discret, une Ferrari rouge c'est pas
la mer  boire  suivre. J'ai eu un peu plus de mal dans
Paris, o il se rendait. Je l'ai perdu une fois mais j'ai
eu la chance de le retrouver. Il tait 18 heures passes,
et a bloquait pas mal. Finalement je me suis gar pour
le suivre au pas de course, cela n'a pas t facile mais
j'ai eu de la chance qu'il n'aille pas trs loin. Je me
suis gar dans le septime et il se rendait jusque dans
le cinquime. Il a rejoints un homme au [[113 rue Mouffetard]],
en face de l'entre d'une petite maison de ville.  vrai
dire il m'a semblait que l'homme tait un serrurier, car
ils sont rests tout deux un moment devant la porte, et
l'homme avait tout une caisse  outil et s'affrait sur
la serrure. Il a finalement russit  ouvrir la porte, et
Mathieu Tournalet lui a donner un billet, ce devait tre
une grosse coupure, l'homme est parti sans faire d'histoire
et Mathieu Tournalet est entre dans la maisonnette. Il
y est rest longtemps, des heures.

Stphane se reprit un instant puis poursuivit :

- Vers 23 heures un nouvel homme est arriv et est entr
dans la maisonnette, cinq minutes plus tard il fichait Mathieu
Tournalet  la porte. J'ai pu entendre qu'il le menaait,
il lui a dit que s'il le revoyait, il le tuerait. J'ai hsit
entre attendre que l'homme reparte pour jeter un oeil dans
cette maison, la serrure tait casse j'aurais pu en profiter,
mais j'ai prfr suivre Mathieu Tournalet, remettant 
plus tard l'inspection de la maison.

Stphane fit un pause pour avaler sa salive avant de continuer
:

- Tu devrais y aller jeter un oeil, c'est au [[113, rue
Mouffetard, dans le cinquime]],  mon avis tu trouverais
des choses.

Thomas acquiesa de la tte, Stphane baissa ses yeux sur
ses menottes et reprit son histoire :

- J'aurais mieux fait d'y aller  ce moment l. Car de toutes
faons Mathieu Tournalet avait sa voiture  proximit, la
mienne tait dans le septime. Bref je l'ai perdu, et je
suis repartit direct en direction de Chartres, en esprant
que ce soit aussi sa destination. Bref, il a d me reprer
 un moment o  un autre, parce que peu aprs que je sois
arriv et que je me sois de nouveau post dans le bois en
face de chez lui, son majordome est venu directement me
chercher.

- Il y avait peut-tre des camras.

- Oui c'est possible, mme si je n'en ai vu aucune. Le majordome
m'a propos de rentrer dans la rsidence plutt que de rester
seul allong dehors. J'tais repr, je ne savais pas vraiment
que faire. Je l'ai suivi, je n'aurais pas d. Ils n'ont
pas eu beaucoup de mal  m'endormir, j'ai bu leur th sans
me mfier, c'tait mercredi matin trs tt vers une heure
du matin, juste aprs que Mathieu Tournalet m'ait dit qu'il
n'avait pas tu Seth. Je me suis rveill les menottes aux
poignets et avec une grosse bosse il y a environ trois heures...

Stphane s'interrompit un instant, puis se tourna vec Thomas
:

- Voil. C'est pas trs glorieux mais c'est ce qu'il s'est
pass... Tu me crois ?

Thomas qui regardait dehors ne se retourna pas vers Stphane
:

- Oui, je te crois.

Comment pouvait-il faire autrement ?

- Merci.

Stphane se tut un instant, puis il dit d'une voix hsitante
:

- La seule personne qui peut tmoigner, dsormais, c'est
le majordome... Je ne te demande rien, je me suis mis dans
la merde tout seul. Je savais que a pouvait mal finir.
Je ne pensais pas tomber aussi bas, mais bon, je n'ai rien
fait de mal, et je ne regrette pas, quand on deale avec
des salauds il faut s'attendre au pire. Si jamais tu vas
 cette maison, dis-moi ce que tu y trouves, la cl du mystre
est peut-tre l-bas... Dsol de te laisser seul, Thomas...

Thomas eut envie de pleurer. Il ne put pas rester beaucoup
plus longtemps dans la voiture.

- C'est pas de ta faute, Stphane, c'est la mienne, tout
est de ma faute...

Il sortit sans attendre de rponse, le commissaire vint
vers lui.

- Comment va-t-il ?

- a va.

Des policiers s'approchrent du commissaire, et lui demandrent
s'ils pouvaient partir. Il leur donna l'autorisation, et
quelques minutes plus tard la voiture avec Stphane  l'arrire
s'loignait sur l'alle.

Le commissaire se retourna vers Thomas, la dernire chose
qu'il lui dit fut :

- Vous savez, Thomas, je me dis que si c'tait vous qui
aviez fait cela, nous aurions pu peut-tre rouvrir cette
affaire, et vous vous en seriez tir avec un crime passionnel.
L'opinion aurait t de votre ct contre ce salaud... Vous
en auriez eu peut-tre pour cinq ans, trois ans au mieux....
Stphane en aura pour quinze au minimum...

Thomas ne dit rien. Le commissaire lui dit qu'il pouvait
partir, qu'il rentrerait avec le procureur. Il lui dit que
de toute faon il donnerait l'affaire  quelqu'un d'autre,
quelqu'un qui connaissait moins Stphane. Il lui dit aussi
qu'il pouvait prendre quelques jours, s'il le dsirait.
Thomas accepta et partit, sans mme regarder une dernire
fois la maison o il tait persuad que Seth s'tait donn
mainte fois  Mathieu Tournalet...

Maintenant Mathieu Tournalet tait mort. Il tait veng.

Il rentra en roulant doucement, il n'avait pas envie d'aller
plus en avant, il n'avait pas envie d'aider Stphane, pourtant
il sentait qu'il le devait. Il n'avait pas envie d'aller
voir cette maison, il avait peur d'y retrouver trop de choses.
Trop de peine, il avait peur d'y retrouver Seth, encore
et encore, comme un fantme qui le poursuivrait pour toujours.

Mais si Stphane tait vraiment innocent, comment expliquer
la mort de Mathieu Tournalet ? C'tait incomprhensible.
Stphane devait mentir, il devait tenter de s'en sortir,
comment pourrait-il en tre autrement ? Un homme ne se suicidait
pas pour faire accuser un autre, c'tait illogique. Mathieu
Tournalet n'avait rien  craindre de Stphane, l'affaire
tait classe. Il n'avait qu' prvenir la police pour harcellement
et il aurait t dbarass de Stphane. Stphane devait
avoir tu Mathieu Tournalet. Mais pourquoi Stphane lui
aurait-il menti ? Ils taient proches, il pouvait lui faire
confiance, il aurait compris... Thomas ne comprenait pas.
Y aurait-il d'autres personnes impliques ? Mathieu Tournalet
tait-il menac ? Stphane avait dit qu'il avait t menac
quand il s'tait fait expuls de la maison, mais a ne pouvait
pas tre a.

Le majordome ? Peut-tre lui, c'tait peut-tre lui qui
avait tu Mathieu Tournalet pour une raison quelconque et
avait fait porter le chapeau  Stphane. Peut-tre que Mathieu
Tournalet n'avait pas d'hritier et qu'il avait promis au
majordome une partie de sa fortune ? Le majordome impatient
aurait alors profiter de la situation ? C'est bien lui qui
tait all cherch Stphane dans le bois, aprs tout. Mais
ce n'tait pas crdible, le majordome avait au bas mot deux
fois l'ge de Mathieu Tournalet, cette histoire de testament
ne tenait pas. Peut-tre avait-il simplement de la rancoeur,
comme on pouvait en avoir aprs des annes et des annes
 supporter les mme repproches, les mmes dfauts de son
matre.

Thomas ne se satisfit pas compltement de cette hypothse,
il avait du mal  considrer Stphane compltement innocent.
Pourtant il n'tait pas du genre de Jean-Luc. Thomas n'aurait
eu aucun problme  le croire si cela n'avait pas t Stphane
mais Jean-Luc ce soir, mais il ne savait que penser concernant
Stphane. Il avait toujours t rglo, il n'avait jamais
abus de son pouvoir, jamais mis sa sirne pour aller plus
vite quand il n'y avait pas de raison, jamais sorti son
pistolet pour pater la galerie quand Thomas lui l'avait
fait. Stphane tait un mec bien, trop bien, nervant parfois,
d'tre si fort. C'tait peut-tre rassurant qu'il put avoir
cd, qu'il put avoir failli, avoir t faible. Thomas se
rendit compte qu'il avait de la rancoeur, de la jalousie,
envers Stphane, qu'il aurait voulu tre aussi fort que
lui.

Maintenant Stphane allait passer quinze ans de sa vie pour
avoir tu l'ancien amant de Seth. Pourrait-il vivre avec
cette ide ? Quand il sortirait il ne serait plus rien,
il aurait plus de quarante ans et perdu sa vie. Pouvait-il
vraiment le laisser ainsi ? Thomas ne bifurqua pas vers
Versailles et continua vers Paris. Sa vie  lui tait dj
foutue, Seth l'avait consumm avec elle, il n'avait plus
grand chose  perdre, il n'avait dj plus rien... Peut-tre
pourrait-il aider Stphane, et  dfaut au moins comprendre...

Il mit du temps  retrouver cette rue Mouffetard. Il y tait
dj venu mais cela faisait tellement longtemps. Il n'aimait
pas trop flaner dans Paris. Il se gara  proximit, il prit
avec lui une paire de gant et une lampe de poche. Il faisait
assez frais ce matin du vendredi 12 septembre 2003. Il tait
presque 7 heures du matin et le quartier passant ne tarderait
pas  s'animer, il devait faire vite s'il voulait pourvoir
entrer dans cette maison sans se faire remarquer.

Si d'aprs Stphane la serrure avait tait ouverte mardi
soir, elle tait dsormais flambant neuve, il aurait du
mal  la forcer. Il pouvait toujours se servir de son arme,
mais c'en serait fini de la discrtion. Il serait sans doute
plus facile de passer par une fentre. Toutefois les deux
fentres de la petite maison taient cloisonnes et rien
n'tait moins sr qu'une fois au niveau de celles-ci, au
premier tages, il n'allait pas rester coinc. D'autant
qu'il fallait y monter, au premier tage, et il avait beau
tre policier il n'avait pas vraiment de notion d'escalade
comme on pourrait se l'imaginer  voir tous les films de
superflics. Bref les fentres ne semblaient pas non plus
la meilleure option, et il avait peur que la porte ne ft
blinde, et ne rendt mme l'usage de son arme inutile.
Il se dit alors qu'il pourrait tenter de passer par le toit,
en enlevant quelques tuiles, il pourrait peut-tre pntrer
 l'intrieur. Mais pour arriver sur le toit il lui faudrait
un chelle ou passer par le deuxime tage de l'immeuble
contigu.

Thomas resta cinq minutes dubitatif, se demandant s'il ne
ferait pas mieux de laisser tomber. Puis il repensa  Stphane...
Il pourrait peut-tre attendre que quelqu'un vint et rentrer
en douce derrire lui ? Appeler lui-aussi un serrurier ?
Aucune de ses ides ne lui convint. Il s'nerva alors un
peu, et puis se dit "Oh et puis merde", sortit son arme
et tira deux coups dans la serrure qui vola. La porte ne
s'ouvrit pas mais il put passer les mains pour actionner
le mcanisme. Il fit du plus vite qu'il put, entra et referma
la porte derrire lui, en esprant que personne ne l'eut
vu.

L'intrieur sentait le renferm et le vieux, mais il planait
comme un parfum. Il crut reconnatre l'odeur de Seth. Il
n'y avait pratiquement pas de lumire  l'intrieur et mme
aprs quelques secondes ses yeux ne lui rvlrent pas beaucoup
plus de la pice. Il alluma alors sa lampe de poche. La
pice tait toute petite, peut-tre dix mtres carrs. Il
prit une chaise et la calla contre la porte, au cas o.
Il fit rapidement le tour du niveau, une petite pice avec
une petite cuisine, et une salle de bain prhistorique qui
n'avait pas du servir depuis des dizaines d'annes. Il ne
resta pas longtemps au rez-de-chausse, ne regarda mme
pas le contenu de la commode et monta directement au premier
tage par le petit escalier.

La salle ne devait pas faire plus de quinze mtres-carrs.
Le petit escalier arriv dans un coin, sur la gauche de
Thomas il y avait un petit lit en face, puis une armoire,
une commode sous la premiere fentre, une autre armoire,
deux tagres basses entoures un petit bureau sous la seconde
fentre sur le mur en face de lui. La petite maison faisait
l'angle de la rue. Il y avait  peine plus de lumire qu'au
rez-de-chausse, traversant les rares fentes dans les volets
rabattus. La mme odeur de vieux, de poussire hantait les
lieux, toujours mle  ce parfum ennivrant qui lui rappelait
la peau de Seth. Il y avait quelques livres mais surtout
du courrier, des lettres, des centaines, des milliers peut-tre.
Une partie tait archive dans les armoires, mais tranait
au sol dans un bac des tas de lettres non ouvertes. Thomas
s'approcha et s'aperut que quelques unes du dessus avaient
nanmoins t dcachettes, peut-tre par Mathieu Tournalet
lors de sa visite. Il en prit une au hasard, elle n'tait
pas crite en Franais, en arabe sans doute, elle venait
d'Egypte.

Il fouilla quelques instant avant d'en trouver une crite
en Franais. Elle datait de 1997, elle venait de Marseilles.
C'tait une lettre crite par une femme. Elle annonait
la mort de son mari, mort  l'ge de quatre-vingt quatorze
ans. Elle remerciait la personne  qui elle s'adressait
pour toutes les annes de bonheur qu'elle avait vcues,
elle lui souhaitait sa gratitude et sa reconnaissance. La
lettre tait adresse  Seth, au 113 rue Mouffetard. Thomas
chercha d'autres lettres, il en venait de part le monde,
beaucoup taient plus anciennes. Ce bac devait tre tout
le courrier non ouvert de Seth. Mais depuis quand n'tait-elle
pas venue ? tait-ce bien la mme Seth ? Il se dit que c'tait
impossible quand il commena  trouver des lettres qui dataient
des annes soixantes-dix, puis soixantes, cinquantes...
La plus vieille qu'il trouva avait un tampon du 12 mai 1933.
Elle tait adresse  Seth, elle venait des tats-Unis.
Thomas parlait moyennement anglais mais il ouvrit tout de
mme.

C'tait une lettre d'amour, c'est ce qu'il en dduit tout
du moins. 1933 ? Mais  qui s'adressait cette personne ?
C'tait sans doute une erreur. Mathieu Tournalet avait cru
trouv la trace de Seth, mais il s'tait tromp, il tait
tomb sur la trace d'une autre Seth, une autre Seth peut-tre
morte depuis longtemps, dsormais...

Il remit les lettres dans le bac et regarda dans l'une des
armoires. Des lettres, toujours des lettres, archives par
pile. La plus ancienne qu'il trouva datait de 1756, mais
ne fit pas l'effort de dchiffrer cette criture et ce langage
d'un autre temps. Il remit tout en place et se dit qu'il
ferait mieux de partir au plus vite, car se serait bien
dommage de se faire attrap pour une erreur. Il descendit,
resortit, bloqua plus ou moins la porte avec le reste de
serrure et repartir d'un pas press.

Il arriva chez lui vers 9 heures passes aprs tre rest
coinc dans les bouchons du matin. Il appela son chef pour
lui confimer qu'il prennait quelques jours, puis s'effondra
sur le canap.

Il dormit trois bonnes heures, trois bonnes heures de sommeil,
voil longtemps qu'il n'avait pas connu cela. Il se rveilla
satisfait mais il pensa  Stphane et il se sentit coupable.
Mais que pouvait-il faire de plus ? Aprs tout il ne serait
pas charger de l'enqute, pourquoi devrait-il s'en mler,
d'autant que ce serait sans doute mal interprter s'il mettait
son grain de sel. Il se dit qu'il ferait mieux d'oublier
un peu tout a, il pourrait peut-tre aller passer un week-end
en Normandie avec Emmanuelle. L'ide lui plut, et il s'apprta
a appeler Emmanuelle mais il se retint, il avait une meilleure
ide : il pourrait aller passer un week-end  l'le de R
avec Carole ! Il fut sduit et s'imagina dj enlac avec
elle.

Il n'avait pas son numro mais il disposait de son mail,
il lui envoya donc sans tarder un petit message le prvenant
de sa venue pour le week-end, en lui proposant de la rencontrer.
Il en profita pour aller voir les dernires nouveauts sur
les sites de matriels informatiques, et rpondu rapidement
 quelques uns des dizaines de mails qu'il avait reu depuis
sa dernire consultation. Il releva son courrier toutes
les cinq minutes voire moins pour vrifier si Carole avait
rpondu. Aprs une heure il en eu marre et alla se faire
rchauffer un plat surgel. Il en profita pour s'ouvrir
une bierre. Il tait satisfait.

Aprs son plat de lasagne du pcheur qu'il completa avec
une mini-quiche, puis une crme au chocolat et un tiramisu,
il s'endormit pour une sieste de plus d'une heure devant
le journal de 13 heures. Il manqua le bref passage ou l'assassinat
de Mathieu Tournalet et l'incarcration de Stphane taient
voqus.

Quand il se rveilla il se dpcha d'aller vrifier si Carole
avec rpondu. Il avait un message d'elle ! Il en frmit
et il eu mme un serrement au ventre, de peur qu'elle ne
soit pas disponible pour le week-end. Mais si, elle lui
proposait mme de loger chez elle. Il lui rpondit sur le
champ sans mme lire son message en entier. Il se dit aprs
coup qu'il aurait pu l'appeler au tlphone. Il chercha
son numro sur les pages blanche, mais fut rapidement stopper
quand il se rendit compte qu'il ne connaissait pas son nom.
Il aurait voulu partir tout de suite, mais aurait alors
t dans l'incapacit de recevoir la rponse de Carole.
Il occupa donc sont temps avec le jeu qu'il avait achet
pour sa console le samedi prcdent. Toutes les demi-heures
il retournait vrifier s'il n'avait pas de rponse.

Elle n'arriva qu' 17 heures, aprs trois heures de jeu,
deux autres bierres et un coca, elle lui donnait son adresse
et son numro de tlphone, lui disant qu'elle serait chez
elle  partir de 23 heures au plus tard et qu'il pourrait
arriver  n'importe quel moment  partir de cette heure-l.
Il lui avait fallu la fois prcdente presque cinq heures
pour y arriver, ce qui devait le faire partir  18 heures.
Mais il se dit qu'il y aurait sans doute plus de monde en
ce vendredi soir, et puis il avait quand mme bu trois bierres.
Il s'avisa alors d'attendre 21 heures pour partir, et peut-tre
de rouler un peu plus vite que la dernire fois, pour y
tre en quatre heures. D'autant que Carole habitait un peu
avant Ars-en-R, et qu'il lui faudrait bien vingt minutes
voire une demi-heure du pont pour y arriver.

Il tenta de dormir encore un peu, mais sans succs, il tait
bien trop exiter  l'ide d'aller retrouver Carole. Il alla
alors prendre une longue et chaude douche. Il se massa longuement
sa brlure. Ce n'tait plus vraiment une brlure dsormais,
plus une sorte de marque, de tatouage. Il aurait moins de
mal  trouver une explication s'il le devait, comme il esprait
un peu. Il l'a sentait pourtant, il pouvait presque en dcrire
les contours juste par la sensation de chaleur qu'elle lui
procurait. Il la sentait en lui. Il se demandait il elle
ne grossisait pas  l'intrieur. Il y avait comme une activit
autour. La marque de la main tait un peu moins visible,
elle tait devenue un peu plus grosse et les contours tait
moins rgulier. Peut-tre tait-elle en train de disparatre...

Il se rasa, prpara son sac, il prit de quoi rester au moins
la semaine. Il regarda un jeu stupide  la tlvision, puis
passa voir sa mre. Il lui expliqua qu'il partait pour quelque
jours chez une amie  l'le de R. Il ne put refuser de
diner avec elle. Il luda autant qu'il le put mais sa mre
tait d'une efficacit redoutable dans le questionnement.
Il se dit pour la premire fois qu'elle aurait peut-tre
tait trs comptente comme policier. Bref, il s'en dmela
comme il put et vers 20 heures 45, ne pouvant plus attendre,
il partit.

Il y avait encore du monde sur les routes mais moins qu'il
ne le crut. Les gens ne partaient peut-tre pas trop en
vacances aussi loin. Il lui fallut tout de mme cinq heures
pour arriver au pont de l'le de R, parce qu'il du s'arrter
pour prendre un caf et qu'il y avait un peu d'attente au
page. Il mis d'autre part plus de quarante minutes avant
de trouver la maison de Carole. Elle louait un petit appartement
au premier tage d'une grande maison. Il y sonna  2 heures
5.

- Je suis dsol d'arriver si tard, je ne pensais pas mettre
autant de temps.

- Oh, ce n'est pas grave, pour tout vous dir je commenais
 peine  m'inquiter. Je vous aurais appel dans une dizaine
de minutes si vous n'tiez pas arriv.

- Oui il y a toujours un peu de traffic le soir, et j'ai
prfr attendre un peu avant de partir.

- Vous avez bien fait, c'est stupide de perdre du temps
dans les embouteillages.

Thomas fut tonn de la trouver habille normalement.

- Je ne vous rveille pas ?

- Non pas du tout, je me couche rarement avant trois heures
du matin, c'est un peu l'inconvnient de ne pas avoir d'horaire
de travail fixe, on laisse un peu durer le soir. Mais je
trouve que je n'cris vraiment bien qu'entre minuit et trois
heures du matin, alors...

Il acquiesa, elle le fit entrer.

- Vous avez diner ?

- Oui, oui, j'ai mang avant de partir, vous ne m'avez pas
attendu j'espre ?

- Non pas du tout, j'avais un dner hier soir, c'est juste
que je vous aurez proposer quelque chose si vous n'aviez
rien mang. Mais peut-tre prendrez-vous avec moi une infusion
?

- Je veux bien.

- Je vais vous montrez votre chambre, elle n'est pas trs
range, je m'en sers un peu de dbarras, mais a vaut largement
le confort des htels du coin.

Elle le dirigea dans le petit couloir avec la chambre au
fond. c'tait un chambre pas plus grande que la chambre
d'ami de Thomas  Paris. Elle le laissa s'installer et alla
faire chauffer de l'eau pour l'infusion. Thomas l'espace
d'un instant fut du de ne pas dormir avec elle, mais il
se ravisa en se disant qu'elle ne pouvait pas raisonnablement
lui proposer directement de dormir avec elle, mme si elle
le voulait. Il posa ses affaires sur le lit, enleva son
pull et la rejoint dans la petite cuisine.

- Alors, vous tes venus pour interroger le vieux monsieur
? O en tes-vous de l'enqute ?

Thomas se dit qu'il n'allait pas lui cacher plus longtemps
la vrit.

- En fait l'enqute a t classe, je ne susi pas cens
continuer  travailler dessus.

- Classe ? Mais vous avez trouvez le coupable ?

Thomas lui expliqua sommairement leur suspicions sur Mathieu
Tournalet, puis les pressions pour classer l'enqute, l'nervement
de Stphane, et l'assassinat de Mathieu Tournalet. Il ne
lui dit rien sur sa conversation avec Stphane dans la voiture.
Ils s'taient installs au salon, chacun dans un fauteuil
se faisant face, se rchauffant les mains avec la tasse
d'infusion.

- Mon Dieu ! Mais oui un ami m'a parl de ce policier qui
avait perdu la tte, c'est donc votre ami ? Vous pensez
qu'il l'a rellement tu ?

- Tout tmoigne contre lui, mais pourtant j'ai du mal 
croire qu'il ait pu faire a.

- Parfois nous faisons des choses bien stupides sous l'emprise
de la colre.

- Oui peut-tre, mais, enfin, je ne sais pas. Je ne croyais
pas Stphane capable de a, mais c'est difficile de croire
qui aurait pu monter le coup, le majordome peut-tre, c'est
la seule personne qui a peut-tre  y gagner.

- Peut-tre que ce Mathieu Tournalet avait des ennemis.
Quand ils ont vu que Stphane lui tournait autour, ils en
ont profit pour monter cette mise en scne. Vous m'aviez
dit que Mathieu Tournalet n'avait pas d'enfant, n'tait
pas marier, il faudra peut-tre s'intresser  qui hrite
de ses biens.

- Oui, vous avez raison, ce sera sans doute un indice.

Dcidemment Thomas ne se trouvait pas trs perspicace, il
aurait pu penser  cela lui-mme !

- Mais que comptez-vous faire alors ?

La seule chose qu'il voulait vraiment en venant ici c'tait
coucher avec elle, mais cette histoire du vieux monsieur
tait une bonne excuse.

- Et bien principalement pour interroger ce vieux monsieur
et tenter de rajouter quelques pices au puzzle. Mon chef
m'a conseill de prendre quelques jours de vacances aprs
l'arrestation de Stphane. Je me suis dit que c'tait le
bon moment pour tenter d'en savoir un peu plus.

- Ah, vous comptez rester plus que le week-end ?

Thomas sentit qu'elle n'avait pas l'air trs enchant d'imaginer
cette hypothse.

- Je ne sais pas, tout dpendra du temps qu'il me faudra
pour...

- Oh je ne pense pas qu'il vous faudra plus d'une aprs-midi
pour l'interroger, il ne doit pas en savoir tant que a,
en esprant qu'il ne soit pas fou.

Thomas resta silencieux, il avait la vague impression que
ses suppositions concernant Carole taient loin d'tre vrifi.
Elle n'avait sans doute pas vraiment envie de coucher avec
lui...

- Je vois que vous tes sans doute fatiguez, je vais arrter
de vous questionner et vous laissez aller vous coucher.
Demain matin faites comme chez vous, vous pouvez vous levez
quand vous voulez et vous servir dans le frigo pour votre
petit-djeuner. Personnellement je ne me lve que vres dix
ou onze heures. Je vais vous notez l'adresse du vieux monsieur
et comment se rendre chez lui, si vous voulez aller le voir
ds demain matin. Il s'appelle Thodore Vivien.

- Peut-tre devriez-vous venir avec moi, il vous connat
cela le mettra peut-tre en confiance ?

- O lui fera peur. Non je pense qu'il est prfrable que
vous y alliez seul. Mais par contre ne lui dtes pas que
vous tes policier, simplement que Seth tait votre petite-amie.

Carole s'tait leve pour ramener les tasses vides  la
cuisine. Thomas lui se voyait dj avec sa plaque interroger
le vieux monsieur comme un suspect. Mais Carole avait sans
doute raison... Il se leva et s'tira, c'tait vrai qu'il
tait fatigu. Il attendit que Carole revnt pour lui souhaiter
bonne nuit. Il n'osa pas lui faire une bise. Elle ne le
raccompagna pas jusqu' sa chambre.

Il s'endormit rapidement dans le grand lit tout mou. Il
dut dormir quatre heures d'affiles, un record, avant que
Seth ne le rveille encore, ne lui repproche de vouloir
sortir avec Carole, ne lui rappelle qu'elle ne le laisserait
jamais en paix, ne lui remmore qu'elle l'avait marqu au
fer, qu'il lui appartenait, dsormais. Il se recroquevilla
dans la position du foetus sous les couvertures pour se
protger. Tout tournait dans sa tte. Il se rappela de Stphane,
il l'imagina en prison, seul, peut-tre innocent. Il se
demanda ce qui allait se passer la journe suivante, il
se demanda de quoi il avait envi. Il n'avait envi de rien,
il n'avait mme pas envi de Carole, il se dit que si elle
venait le voir, l, pour finir la nuit avec lui, il la renverrait.
Puis il se ravisa.

Il somnola entre rves et cauchemars jusqu'au petit matin
o il s'endormit de nouveau. Il dormit entre 7 heures et
9 heures. Il resta une demi-heure dans le lit chaud, puis
se leva finalement. Il voulut prendre une douche mais se
rendit compte qu'il avait oublier ses linges de bains. Il
remit alors cela  plus tard, une fois Carole rveille.
Il prit son petit-djeuner en silence, sans se presser.
Et puis vers 10 heures vingt, comme Carole n'tait pas encore
leve, il s'habilla et sortit avec le plan pour aller chez
Thodore en poche. Il habitait vers Portes-en-R. Il prit
sa voiture, traversa dans le matin dj bien avanc de ce
samedi 13 septembre les marais qui occupaient une bonne
partie de l'extrmit Est de l'le.

Thodore
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Il mit un peu de temps  trouver la demeure du vieux Thodore,
Carole n'avait pas vraiment la notion des distances sur
son plan. Il se gara finalement devant la vieille maison
en pierre un peu avant onze heures. Il faisait beau, Thodore
tait assis devant sa maison et se rchauffait  la lumire
du Soleil. Thomas s'approcha et se dit qu'il ne savait pas
rellement que lui demander. Il balbutia :

- Bonjour, euh... Excusez-moi de vous dranger, Thodore
Vivien ?

- Oui, bonjour.

- Et bien voil, je... Seth tait ma petite-amie...

Thodore le regarda avec des yeux tristes.

- Ah... Mais je ne saurais trop que penser de vous alors...

- Je, une amie m'a dit que vous l'aviez vu, en novembre
de l'anne dernire, et...

- Oui, oui, elle est venue. Mais elle n'tait dj plus
elle-mme, depuis si longtemps en fait. Elle n'est jamais
revenue,  vrai dire...

- Mais, euh... Je peux m'asseoir ?

- Oui, oui, prenez donc le Soleil, tenez, je me pousse un
peu, asseyez-vous l...

Thomas s'assit  ct de Thodore sur un banc en bois et
ferma les yeux en se rchauffant le visage. Il tait bien.
Il interrogea Thodore en restant dans cette position :

- Savez-vous pourquoi elle est venue  l'le de R ?

- Vous tes avec elle depuis longtemps ?

- Et bien, je, quatre ans, mais... Elle est dcde vous
savez.

- Dcde ?...

Thodore parla d'une voix presque inaudible.

- Alors son temps est pass... Je dormirai moins serein,
dsormais... Tout redevient possible, alors. Savez-vous
qui l'a tu ?

Thomas hsita.

- Et bien, non, je ne sais pas, en fait c'est un peu la
raison de ma venue, je cherche  en savoir un peu plus sur
elle, pour tenter de comprendre qui, ou pourquoi...

- Si c'est ce que je pense celui qui l'a tu est un hros.
Il devra tre honor, et il sera notre guide, pendant bien
longtemps je l'espre...

Thomas ne comprenait pas.

- Un hros ? Pourquoi donc ? Qui tait Seth ?

- Oh ! Seth tait beaucoup, tant dans un sens que dans l'autre.

- Je ne comprends pas, que saviez-vous d'elle, depuis quand
la connaissiez-vous ?

- Je l'ai rencontre le 13 juin 1931, j'allais avoir vingt
ans.

- Mais ? Mais nous ne parlons pas de la mme personne, je
vous parle de la jeune fille qui est venue soit disant chez
vous en novembre de l'anne dernire, celle de la photo
que vous avez vue  la boulangerie.

- Oui, elle tait toujours aussi belle, mais avait chang
pourtant, depuis si longtemps, depuis ces affreux jours
de 1933. Depuis ces affreux jours o le monde est entr
dans le chaos... Ah mon Dieu, je prfre ne pas y penser.

Thomas se dit que ce vieil homme avait perdu la raison.
S'il prtendait avoir rencontr Seth  vingt ans en 1931,
il avait alors quatre-vingt-douze ans, assez pour tre devenu
snile. Thomas rflchit un instant et concda qu'il pouvait
confondre Seth avec une de ses amours passes, qu'il regrettait.
Mais peut-tre tout de mme pouvait-il en savoir un peu
plus sur ce qu'avait fait Seth en novembre.

- Et... Seth, en novembre, savez-vous pourquoi elle est
venue  l'le de R ?

- Saviez-vous si elle voyait toujours Alphonse ?

- Alphonse ? Je ne sais pas, qui tait-ce ?

- Mon concurrent, si je puis dire. C'est lui qui l'a pervertit,
en 1933. Aprs elle l'a vu souvent.

- Euh... Non, non, elle ne le voyait plus...

Thomas se demanda s'il pouvait vraiment croire le moindre
mot de ce vieil homme.

- Et donc, euh, vous savez ce qu'elle voulait en venant
ici en novembre ?

- Oh je n'en suis pas sr. Je n'aurais pas d la recevoir.
J'esprais encore qu'elle puisse changer, redevenir comme
avant, mais c'tait peine perdue...

Il resta silencieux un instant, Thomas se dit qu'il allait
lui poser la question une troisime fois puis qu'il laisserait
tomber, mais il n'en eut pas le temps.

- Je pense qu'elle suivait son protg.

- Son protg ?

- Oui... C'est peut-tre bien lui qui l'a tu d'ailleurs,
un peu comme ces formes d'insectes parthnogntiques.

- Parthnogntiques ?

- Oui, ce sont des insectes dont les larves dvorent leur
mre dans certaines conditions.

- Vraiment ?

- Cela parait surprenant au premier abord, mais c'est en
fait tout  fait comprhensible quand on tudie le phnomne
de plus prs. Par exemple chez les mouches de la famille
des ccidomyids. Ce sont des mouches qui se nourrissent
de champignons, principalement.

- Ah ?

Thomas se demanda bien encore ce qu'allait inventer le vieux.

- Ces mouches vivent dans un environnent o la principale
source de nourriture est phmre mais abondande ponctuellement.
C'est  dire qu'il n'y a pas beaucoup de champignons et
ceux-ci ne subsistent pas trs longtemps. Ainsi, lors de
la dcouverte d'un champignons, la stratgie la plus efficace
est de le dvorer le plus rapidement possible pour gnrer
le maximum de descendants. Vous comprenez ?

- Euh, oui oui...

- Or, le dveloppement d'une mouche sexue classique, du
stade de larve  celui de mouche aile, prends des jours
et des jours. Alors l'volution a conduit ces mouches 
avoir deux modes de reproduction, un premier mode classique
de reproduction sexue, et un autre mode, de reproduction
assexue o les mouches pas encore adultes, toujours au
stade de larves, commencent dj  produire des larves 
l'intrieur mme de leur corps. Ainsi en quelques jours
une premire larve peut donner naissance  des dizaines
d'autres larves qui la dvorent de l'intrieur, puis dvorent
le champignon o elle a lu rsidence. Ensuite elles donnent
elles-mmes naissance rapidement  des dizaines d'autres
larves asexues. En quelques jours des milliers de larves
prennent donc naissance. Le champignon est alors consomm
 une vitesse record alors qu'il aurait fallu des dizaines
de fois plus de temps si chaque gnration avait d attendre
la majorit sexuelle.

- Ah.

Thomas de demanda qu'est-ce qu'il pouvait bien avoir  faire
de ses mouches, au vieux....

- Mais il y a un problme, vous voyez lequel ?

- Euh, non...

- Et bien, me direz-vous, une fois le champignon consomm,
si elles sont restes au stade de larves, elles ne pourront
pas trouver de nouveau champignon, et elles vont toute mourir
?

- Euh, oui.

- Et bien, c'est l que la nature est remarquable. Quand
la nourriture est abondande, les larves ne donnent naissances
qu' des larves femelles capables de se reproduire de manire
assexue, mais quand la nourriture devient plus rare, et
bien des mles commencent  apparatre ainsi que des larves
qui vont aller jusqu'au bout de leur dveloppement, avec
des ailes, et qui pourront partir  la recherche d'un nouveau
champignon, n'est-ce pas magnifique comme optimisation de
l'utilisation des ressources ?

- Oui, c'est intressant... Mais, euh... Quel est le rapport
avec Seth ?

- Vous ne comprenez pas ? Si Seth a bien t tue par son
protg, celui-ci a d lui prendre son nergie pour croire
plus vite, parce que l'environnement est favorable. Ne trouviez-vous
pas que Seth tait de plus en plus faible depuis son retour
de l'le de R ?

Cette phrase rsonna dans la tte de Thomas : "Ne trouviez-vous
pas que Seth tait de plus en plus faible depuis son retour
de l'le de R ?"... Il resta silencieux... Puis il se reprit.
Ce vieil homme avait tord, de toute manire... Mais qui
pouvait bien tre la personne que ce vieil homme appelait
le "protg" de Seth ? Son amant, Mathieu Tournalet ?

- Mais savez-vous qui tait le protg de Seth ?

- Ce ne sont que des suppositions, jeune homme, je ne sais
rien. Si je le savais, je ne serais pas aujourd'hui l 
attendre.

- Ah ? Et... Vous seriez o ?

- Je ferais tout mon possible pour le tuer...

"Il est compltement fou" se dit Thomas.

- Mais, vous ne l'avez pas vu, ce protg ? Est-ce que vous
avez vu quelqu'un en compagnie de Seth ?

- Non, bien sr que non, elle tait trop prudente, trop
maligne... Vous savez jeune homme. En un sens je suis heureux
qu'elle soit partie, elle n'tait plus elle-mme, de toute
faon, mais ce qui m'inquite, c'est que je ne sais pas
si c'est bon ou mauvais signe...

Thomas conclut qu'il n'apprendrait rien, que le vieux dlirait
et qu'il vallait mieux qu'il allt occuper son temps  draguer
Carole.

- Vous travaillez ?

- Euh, oui, bien sr.

- Oh, ce n'est pas si vident, tellement de gens passe leur
temps aujourd'hui  jouer en bourse. Et ils croient qu'ils
travaillent ! Mais ils le disent eux-mme, ils "jouent"
en bourse. Jouer n'est pas travailler. Ils ne crent pas
de valeur, ils ne font que profiter d'un systme imparfait.
Vous ne travaillez pas dans la bourse, au moins ?

- Non, non.

- Bien. Ne vous laisser jamais prendre  ce jeu. C'est contre
toute les valeurs de l'homme, c'est utiliser les vices des
autres pour s'enrichir, c'est honteux et dgradant.

Thomas se rappela qu'il y a bien longtemps un ami  lui
lui avait fait acheter des actions France Telecom, il se
demanda bien ce qu'il en tait devenu, depuis le temps.
Il avait un peu suivi au dbut, puis les valeurs avaient
beaucoup baiss, et depuis il avait oubli tout a, il serait
peut-tre temps de s'en dbarrasser... Le Soleil se voil,
Thomas rouvrit les yeux. Il se leva.

- Et bien monsieur, merci beaucoup de m'avoir raconter tout
a.

- De rien, jeune-homme. N'hsitez pas  venir me voir si
vous avez d'autres questions.

- J'y penserai.

- Et ? Est-ce que je peux vous demander quelque chose ?

Thomas qui avait dj commenc  partir se retourna.

- Et bien, oui, si je peux vous aider ?

- Retrouvez son protg, et tuez-le, sans aucune hsitation.
Mme si vous devrez passer le restant de vos jours en prison
pour a, vous ne le regretterait jamais.

"Mais qui tait son putain de protg ?!" Cria Thomas intrieurement,
Mathieu Tournalet ?  Son compte tait dj rgl...

- Oui, oui, ne vous inquitez pas...

Thomas le remercia encore, puis le salua et regagna sa voiture.
Il resta quelques secondes sans dmarrer, puis secoua la
tte et partit. Il tait midi pass.

Quand Thomas arriva  la maison de Carole, il l'a trouva
en robe de chambre dans la cuisine, en train de prendre
son petit djeuner en lisant le Monde.

- Bonjour, vous voyez, j'ai menti, je me lve  peine, je
n'ai mme pas encore pris ma douche. Je ne vous ai mme
pas entendu partir ce matin.

- Bonjour, a va ?

Thomas se dirigea vers elle et lui fit la bise, elle fut
surprise et se leva, sa tartine  la main.

- Oops, pardon, je dois tre toute collante, je mange de
la configure de myrtille que fait mon pre, une vrai merveille,
vous voulez une tartine ? J'ai vu que vous avez djeuner.
Vous avez bien fait.

Thomas se demanda si cela n'tait pas un reproche face 
son bol qu'il a simplement pos dans l'vier. Cela ne lui
tait mme pas venu  l'esprit de le laver.

- Euh, oui... Je n'ai pas laver je ne savais pas si vous
aviez un lave-vaisselle.

- Non, non je n'en ai pas. Mais ce n'est pas grave, je laverai
tout d'un coup, a conomisera de l'eau.

"Oh non, voil qu'elle est colo, en plus", se dit Thomas
intrieurement. "Finalement c'est pas plus mal qu'elle ne
veuille pas de moi". Puis Carole se rassit, et il vit la
courbe d'un sein ainsi que sa jambe nue, et il oublia sa
dernire pense.

- Alors, que vous a dit le vieux Thodore ?

- Bah, j'ai bien peur qu'il ne soit fou.

- Vous avez trouv aussi qu'il tait bizarre ? Pourtant
tout le monde ici s'accorde  dire qu'il a encore toute
sa tte, ce qui est assez remarquable  son ge, d'autant
qu'il se fait seulement aid d'une infirmire deux fois
par semaine pour les courses et le mnage, mais qu'il se
dbrouille le reste du temps.

- Mouais, j'ai quand mme bien l'impression qu'il est fou.
Il m'a quand mme dit qu'il avait rencontr Seth en 1931,
aprs il m'a dit qu'elle avait chang en 1933 en rencontrant
je ne sais plus trop qui, puis il sembla satisfait qu'elle
ft morte, disant mme que celui qui a fait a tait un
hros, aprs il m'a parl de mouches qui s'entre-dvorent,
et il a fini en parlant de son soi-disant protg... Bref,
un fouilli pas possible, je n'ai mme pas pu savoir ce qu'avait
fait Seth en septembre dernier !

- En novembre.

- Euh, oui, en novembre.

- Il vous a parl de mouches ? Mais  quel sujet ?

- Si j'ai bien compris, il a imagin que Seth avait un protg,
et que c'est lui qui l'avait tu pour rcuprer son nergie,
pour grandir plus vite, pour profiter de l'environnement...
Euh... Favorable. Il a compar avec une sorte de mouche
 champignons qui se multiplient  vitesse grand V quand
elles sont  l'intrieur d'un champignon, pour, euh... Le
manger le plus vite possible je crois... Je me rappelle
plus trop.

- Des mouches  champignons ? Je ne comprends pas. Attendez,
nous allons chercher sur internet.

Carole se leva sans finir sa tasse, et invita Thomas  la
suivre dans son bureau. Elle s'assit en face de l'ordinateur,
dj allum, et dbarrassa une pile de livre d'un tabouret
pour le proposer  Thomas.

- Alors, redtes-moi, ce sont des mouches qui mangent des
champignons ?

- Oui. Plus exactement ce sont des mouches qui une fois
qu'elles ont trouv un champignon et s'y sont installs,
changent de mode de reproduction, elles commencent  faire
beaucoup plus de larves, et c'est l que les larves mangent
leur mre avant mme de natre, puis elles font elle aussi
de nouvelles larves. Tout a pour manger le champignon le
plus vite possible.

- Ok, bon, je vais mettre en Franais d'abord on verra aprs
si je ne trouve rien. Alors, "mouches, champignons, larves"...

Thomas regarda Carole tapoter sur son ordinateur, il fut
impressionn par sa dextrit au clavier, puis il se rappella
qu'elle tait crivain.

- Non, rien d'intressant, je vais rajouter "mre" pour
voir... Ah, oui, regardez : "La sagesse biologique, ou pourquoi
certaines mouches mangent leur mre", par Stephen Jay Gould.
Gnial !

Carole se tut un instant pour lire l'article, Thomas lut
le dbut, mais elle lisait trop vite pour lui et il n'arrivait
pas  suivre.

- Oui, c'est bien a, c'est une faon de profiter au maximum
d'un environnement favorable. Et le vieux Thodore vous
a dit que a pouvait tre le protg de Seth, son fils en
quelque sorte, qui l'aurait tu pour profiter de son nergie
et grandir plus vite. C'est incroyable...

- Vous pensez que a peut tre vrai ? Moi je trouve que
c'est n'importe quoi.

- Bah, je ne sais pas si c'est vrai, mais en tous cas si
c'est vrai c'est un ide en or pour crire un roman ! Vous
voulez un th ? Je vais m'en resservir un.

- Euh, tu... Vous auriez du caf plutt ?

- Tu as raison, tutoyons-nous, ce sera plus simple. Je crois
que j'ai du caf mais juste de l'instantan, je n'ai pas
de cafetire.

- Je vais prendre un th alors, c'est trs bien.

- OK, je reviens dans deux minutes.

Thomas jeta un coup d'oeil circulaire dans l'encombr bureau
de Carole. Il y avait des livres et des notes de partout,
mme parpills au sol par endroit. Son imprimante tait
enterr sous dix ramettes de papiers. Il distingua mme
un autre ordinateur, sans doute son prcdent, noy sous
d'autres feuilles dans un coin. Il fut surpris par Carole
qui revenait.

- Voil... Oui ce n'est pas trs rang, mais aprs tout
si je m'y retrouve ! Bon OK je ne m'y retrouve pas toujours...
Faites... Fais attention c'est chaud. C'est dingue comme
c'est dur de passer au tutoiement quand on a commenc par
vouvoyer quelqu'un ? Tu ne trouves pas.

- Bah, j'ai jamais eu trop de mal  tutoyer les gens, et
c'est plus de penser  les vouvoyer mon problme.

- C'est marrant comme chacun ragit diffremment, je me
demande si c'est parce qu'on a pas t lev pareil ou si
c'est parce que notre cerveau marche pas pareil.... Bon
o en tions-nous ?

- Les mouches...

- Ah oui les mouches. Donc tu ne trouves pas que ce serait
formidable si vraiment elle avait comme un protg qu'elle
aidait et que finalement il l'a tu une fois adulte ?

- C'est pas trs crdible.

- Mais tu ne m'avais pas dit que tu ne connaissais pas grand
chose de son pass ? Peut-tre t'a-t-elle cach son existence.

- Qu'elle soit venue pour voir quelqu'un sur l'le de R,
je veux bien, son amant o quelque chose comme a. Que ce
soit lui qui l'ait tue, pourquoi pas, peut-tre l'avait-elle
quitt o je ne sais pas, mais cette histoire de mouche
et de protg, j'y crois pas du tout, c'est n'importe quoi.

- Bah, on peut rver un peu, qui sait, peut-tre que le
vieux Thodore n'est pas si fou. Qu'est-ce qu'il vous a
dit d'autre ?

- Il m'a dit que si je trouvais son protg il faudrait
que je le tue, quitte  passer le restant de mes jours en
prison.

- C'est vrai ? Et tu avais dit qu'il l'avait rencontr dans
les annes trente ?

- Oui, il disait qu'il avait rencontr Seth en 1931, quand
il n'avait que 20 ans. Il a parl d'un Alphonse, que Seth
voyait, sans doute un ancien concurrent. J'ai pens qu'il
confondait avec un de ses amours perdus.

- Une des ses amours perdues.

- Une ?

- Oui amours est fminin au pluriel, tu ne savais pas ?

- Euh, non...

- Remarque c'est peut-tre parce que j'cris que je le sais.
Enfin... C'est quand mme bizarre cette histoire...

Carole se remit sur Google et tapa quelques mots dans la
recherche.

- Qu'est-ce que tu cherches ?

- Je ne sais pas trop...

- Quels sont les endroits o Seth est alle ?

- Tu crois que tu peux trouver quelque chose ?

- J'en sais rien, peut-tre... Alors ?

- Et bien je pense qu'elle vient de Gap, ensuite elle est
alle  Grenoble, puis Nancy, et je l'ai rencontre  Jouy
en Josas.

- Hum... Htels, htels... Tu as les annes ?

- Euh... Je pense qu'elle tait  Nancy avant 1999, Grenoble
sans doute trois ans avant, 1996, et Gap, peut-tre encore
deux ou trois ans avant...

- Ah ! Ah ! Regarde moi ce CV. Franois Aulleri. Lyce 
Gap, bac en 1994, classe prpas  Champo entre 1994 et 1996,
puis l'cole des Mines de Nancy entre 1996 et 1999, stage
 Motorola en 1999  Gif-sur-Yvette, puis il travaille 
Silicon Graphics...

- Mais c'est  Jouy a !

Carole sourit et termina.

- Il n'y reste pas trs longtemps, puis travaille  Mandrakesoft...
Connais pas.

- Moi non plus. C'est dingue a ! Fais voir...

- Alors, qu'est-ce que tu en penses, tu penses que a pourrait
tre lui ?

- a m'tonnerait, c'est trop facile, c'est srement une
concidence.

- Tu sais je ne pense pas qu'il y ai des milliers de personnes
qui soient passs par ces villes  ces dates l, d'autant
qu'il a quand mme travaill  Jouy-en-Josas en 1999, c'est
quand mme trange comme concidence.

- Oui mais il n'y travaille plus, il est  cette autre socit
maintenant.

- Oui mais regarde, a se trouve dans le deuxime, c'est
au centre de Paris, elle n'a peut-tre pas juger utile de
bouger. Est-ce qu'elle travaillait ?

- Non.

- Elle faisait quoi de ses journes ?

- Rien de spcial, elle se balader, elle allait souvent
sur Par... Merde...

- Ah ! Ah ! Tu vois !

- C'est dingue putain... C'est pas possible.

- Attends, on va voir ce qu'il y a d'autre, il a l'air d'avoir
un site.

Carole remonta  la racine du site, et plucha les diffrentes
pages disponibles.

- Et regarde, il y a une sorte de journal ! Oui regarde,
a commence en septembre 2002 ! C'est dingue, attends, je
l'imprime.

Carole s'aperut en voulant dbarrasser la pile au-dessus
son imprimante que sa robe de chambre n'tait plus trs
serre, et qu'en mettant son pied sur la chaise devant l'ordinateur,
elle avait dvoil toute sa jambe et mme une partie de
son sexe. Elle resserra sa robe de chambre et fit un noeud
plus solide, Thomas rougit quand il comprit qu'elle avait
vu qu'il le savait mais qu'il ne lui avait rien dit. Un
petit froid passa dans la pice.

Dix minutes plus tard, Carole avait imprimer les trente
pages trouves sur le site, et elle les lisaient rapidement
en faisant suivre  Thomas...

Ylraw
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Lundi 9 septembre 2002
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Je ne pensais pas reprendre la plume, pour ainsi dire, et
continuer  raconter l'intrt nul de ma triste vie ; mais
 croire que la fin de la version pour mon travail me donnant
un peu de temps, la mlancolie ou l'ennui reviennent au
galop. Et c'est finalement dj une chose que de prendre
un peu de recul en les dposant. J'ai mme retrouver, pour
complter ce pitoyable tableau, quelques mots de mon enfance,
que j'ai rajout au dbut.

Remettons un peu d'ordre dans l'anne, presque entire,
qui vient de s'couler. 20 Octobre 2001, premier septembre
2002, un peu plus de dix mois. Dix mois assez classiques,
somme toute.

Il se passe pourtant beaucoup de choses en presqu'une anne,
autant de changements dans la socit o je travaille, autant
dans le monde, aprs le 11 septembre, la crise, la chute
des bourses, les lections prsidentielles en France, l't,
le beau temps, le mauvais temps dans le Sud, les inondations,
les tensions du Moyen-Orient, l'Irak... Et tout le reste.

Je ne sais pas si tout cela vaut le coup de s'y attarder.
 Mais j'aurai tout loisir de revenir en arrire si jamais
de nouveaux vnements viennent complter d'autres plus
anciens et encore insignifiants aujourd'hui.

Je m'attarderai cependant cinq minutes sur une action que
j'ai entreprise,  petite chelle certes, vers le mois de
mai 2002. J'ai dcid d'enfin joindre les actes  la parole,
et d'envoyer un chque  Zazie pour avoir cout ses chansons
sans contribution financire de ma part. Je suis conscient
que a n'a rien  voir avec le reste mais dans la vie les
choses se mlent et s'entremlent et seul le temps peut
dmler le tout. Bref ; ne sachant pas du tout o crire,
j'ai, aprs recherche, finalement adress ma lettre au fan-club
ou tout du moins le seul contact que j'ai trouv,  savoir
Universal Music rue des Fosss St Jacques  Paris dans le
cinquime arrondissement. Voil une copie de la lettre :

--

Bonjour,

Parler sans connatre n'est pas sans difficult. Excusez
donc ma maladresse, et ces mots qui ne vous conviennent
pas, pas plus que cet esprit que je vous accorde peut-tre
 tort. Mais nous ne nous adressons finalement qu' ces
images, qu' notre imagination, et qu' ce monde qui en
est le fruit.

Ce monde justement, dont je veux, succinctement j'espre,
sans vous ennuyer si je le puis, vous parler un instant,
pour expliquer pourquoi ce chque, et, si l'on peut dire,
ce que j'en attends.

Ce monde qui change, et qui me donne l'excuse de vous crire,
pour vous dire que j'apprcie vos chansons, vos paroles,
votre talent. Qui me donne l'excuse car je voudrais encore
vous couter, comme je le fais en ce moment, et que j'aimerais
encore vous voir crer, car c'est de cela qu'il est question,
alors que je n'ai pas de ces galettes rflchissantes avec
votre nom, o votre surnom tout du moins, marqu dessus.

Je n'ai pas de ces galettes et pourtant je vous entends,
et c'est votre voix que j'aime, si belle soyez-vous je n'ai
que faire de vos photos sur ces botes et ces livrets, qui
tuent mes arbres, salissent ma nature, et payent ces camions
qui les baladent.

C'est  vous que je dois un peu de bonheur et c'est  vous
que je le paye, vous laissant juge d'en rpartir, aussi
symbolique soit la somme, les parts parmi les mritants
de vos partenaires.

J'aime  croire que ce monde change et que vous comprenez
que vous pouvez m'aider  supprimer le superflu,  faire
que les crateurs gagnent leur libert, quels qu'ils soient,
et que chacun puisse aimer  sa manire.

Le monde change, et la route est longue pour donner  chacun
le got de crer, et les moyens. Mais ce monde o chacun
est libre de donner ce qu'il peut aux gens qu'il aime, o
c'est le coeur et non pas le march qui me donne envie de
vous aider, ce monde-l, dans lequel je vis dj un peu,
de par mon travail, j'aimerais qu'il soit le monde de demain.

Si votre pragmatisme ne croit pas  la morale de l'homme,
si vous pensez que donner la libert de ne pas payer c'est
assurer sa perte, je vous prie d'oublier ces mots, et de
m'oublier.

Mais vous vous tromperiez.

--

Bien sr direz-vous ce n'tait pas forcment la chose la
plus intelligente que d'envoyer cette lettre  Universal,
avec toutes les chances qu'elle se noie ou soit carte
; mais je n'avais pas vraiment beaucoup d'autres ides,
et entre parenthses ce n'est pas mon genre, de toute faon.

Sans rponse j'ai tent une deuxime lettre, celle-l adresse
 Mylne Farmer. Je n'ai eu en rponse que la lettre retourne,
ouverte, lue je ne sais, mais renvoye avec le chque. Sans
doute ne fut-elle pas la bienvenue. Peut-tre me faudra-t-il
tenter de prendre contact directement avec Universal Music...

Voil la lettre  Mylne Farmer :

--

Bonjour,

J'apprcie la musique que vous faites, j'apprcie votre
talent.

J'apprcie encore plus la nature et la libert, en consquence
je n'achte pas de choses artificielles inutiles, et je
ne favorise pas la cration de conglomrats o le contrle
et la domination prennent lieu et place  la cration, 
l'originalit, et  la multitude.

C'est en ce sens que j'aimerais contribuer pour les quelques
moments o nous sommes presque proches.

Presque.

Ne cdez pas  la facilit. 

Le monde de demain doit tre un monde de proximit, o chacun
sera crateur, o chacun pourra exprimer son talent, le
partager.

Le monde d'aujourd'hui pourrait dj tre celui-ci.

Aidez-moi.

--

Plus de nouvelles sur ce sujet un peu plus tard, donc, si
jamais...

Mardi 1er octobre 2002
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Moi qui pensais il y a un mois reprendre l'criture ! C'en
est un nouveau qui s'est coul et toujours aussi peu de
temps, ou de volont, pour mettre  plat les journes qui
passent.

J'ai beaucoup travaill dans ce dernier mois de septembre
et repris le footing.  ce propos il m'est arriv quelque
chose d'tonnant. En effet pas plus tard que lundi dernier,
hier en ralit, le temps ne passe pas toujours si vite,
j'avais un jour de rcupration. Je me remotivais et dcidais
de reprendre mon jogging au Jardin des Plantes aprs un
samedi et un dimanche  ne rien faire, ou plus exactement
 chercher le courage de faire autre chose que dormir et
quelques tractions. J'y parvins et malgr la chaleur du
jour et les restes de pollution je trottinais doucement
jusqu'au parc. L, faisant mon footing, une hystrique se
jeta sur moi et essaya de m'trangler ! Je russis  reprendre
le dessus et elle s'enfuit aussitt, en criant en je ne
sais trop quelle langue, mais j'ai bon espoir que ce devait
tre des insultes. En parcourant mes huit habituels entre
les alles principales et la mnagerie, je l'avais dj
remarque depuis un petit moment, srement parce qu'elle
tait fort jolie, et qu'elle courait plutt vite. Ce fut
alors que je tentais de la rattraper, orgueil masculin quand
tu nous tiens, qu'elle ralentit. Je pensai qu'elle allait
simplement s'arrter, ayant termin sa course ; mais ds
que je passai  son niveau elle me sauta dessus ! Je fus
impressionn par la force qu'elle dveloppa, mais pris de
peur j'imagine que j'en fis aussi preuve de pas mal pour
la repousser. Elle vola presque au-dessus de moi quand je
tentai de l'viter en dviant sa course. Je fus dsquilibr
et je tombai en arrire. Elle russit alors  se dgager
et partir en courant. tant encore au sol, je ne cherchai
mme pas  lui courir aprs, et vu sa vitesse je ne suis
pas sr de toute faon que j'aurais pu la rattraper.

Et une catastrophe n'arrivant jamais seule, c'est ce mme
hier matin qu'il y eu un petit tremblement de terre en Bretagne.
Plaisanterie mise  part, je ne crois pas avoir jamais connu
de tremblement de terre. Mais mon pre m'a dit avoir assist
 un petit ssme durant son enfance, dans mon village natal
des Hautes-Alpes.

Parenthse referme, au moins mes cours de ju-jitsu m'auront
servi dj une fois, mme si je ne l'avais pas vraiment
immobilise, j'ai eu au moins le bon rflexe pour ne pas
me laisser attraper.

Avec les moins cinq pour cent et quelques  la bourse de
Paris hier, je me demande si je ne ferais pas mieux de trouver
un moyen plus sr pour placer l'argent que je mets de ct.
Cela dit  ce rythme je n'en n'aurai plus beaucoup dans
pas longtemps, m'enlevant ce souci...

Le travail est plutt tranquille en fin de semaine, mais
c'est finalement ce que je redoute je crois. Moi qui tait
persuad de ne jamais m'ennuyer... Ce n'est pas tellement
le manque d'activits possibles qui pose problme, mais
plus cette lassitude de ne plus y trouver grand intrt.
Il va tout de mme bien falloir que je trouve deux ou trois
trucs  faire parce que j'ai quelques jours de vacances
 passer, maintenant que le coup de bourre du travail est
derrire moi. Sur ce, 9 heures 50, ce doit tre une bonne
heure pour aller faire des courses...

12 heures 41... Plus de deux heures, presque trois, pour
acheter un pack de yaourt et deux steaks de soja, voil
qui est un peu beaucoup. Mais il y a une explication. Ce
matin, juste aprs le paragraphe prcdent, une fois habill
et aprs un carr de chocolat, direction le Monoprix. je
pris mon courrier au passage, le facteur tant pass, et
m'aperus avec joie que j'avais trop pay d'impts sur mes
deux premiers tiers et que l'on m'en remboursait. C'est
anecdotique, je continuai ma route et allai  mon Monoprix
habituel rue Saint Antoine. Je fis rapidement mes deux trois
courses, les yaourts et les steaks de soja, donc, avec en
plus quelques fruits, rien d'exceptionnel. J'utilise en
gnral mon petit sac  dos pour transporter mes courses,
ainsi je ne gche pas de trop de sacs en plastique. Le rayon
alimentation du Monoprix se situe en sous-sol, et il y a
un escalator en face des caisses pour remonter au rez-de-chausse.
Je la revis l, la mme fille qu'hier, la folle qui m'avait
agress, elle se trouvait en haut de l'escalator et me regardait.
J'hsitai entre l'ignorer et lui courir aprs le temps d'une
seconde, mais je m'expliquais difficilement le fait que
je ressentais une sorte de haine, ou de colre, je ne sais
pas trop comment l'exprimer. Je devais avoir envie de me
venger ou de laver l'affront de la veille. Je m'lanai,
bien videmment voyant cela elle partit elle aussi sur le
champ, mais le temps de monter l'escalator quatre  quatre
elle n'tait pas encore sortie du magasin et je l'entrevis
se diriger vers la sortie arrire. Avec mon sac sur le dos
je n'avais aucune chance de la rattraper, et je m'en dbarrassai
juste avant de sortir moi aussi. Je le laissai au niveau
d'une caisse qui se trouvait l, en criant  la vendeuse
que je reviendrais le chercher tout de suite. En sortant
rue Neuve Saint Pierre, derrire le Monoprix, elle se trouvait
dj au niveau de l'intersection suivante, la rue Beautreillis,
bien  plus de cent mtres de l. Je courus alors jusque
l, en essayant d'aller vite mais tout de mme pas  fond,
me disant que si je devais encore la suivre pendant un bout
de chemin il valait mieux un peu garder des forces. Grand
bien m'en prit.

Elle m'attendait dans le coin de la rue, cache, et m'assena
un coup de pied d'une force surprenante  mon passage. J'avais
quand mme de la vitesse, et avec l'lan de ma course je
volai presque littralement en roulant par-dessus une voiture
gare au coin de la rue. J'essayai alors de me remettre
debout le plus vite possible. J'avais par le coup avec
mes avant-bras mais j'avais tout de mme sacrment mal au
ventre. Je ne sais pas trop comment elle s'y tait prise,
en sautant plus ou moins au moment de me frapper, mais ce
fut trs efficace. Je me prparai par contre  ce qu'elle
me ressauta dessus immdiatement mais elle tait dj repartie
en courant. Tant bien que mal je me remis debout et au pas
de course  sa poursuite, bien trop dcid  savoir qui
elle tait et pourquoi elle m'en voulait  ce point. Je
ne comprenais absolument pas et ne voyais pas du tout qui
elle pouvait bien tre.

Elle m'attendait rue Charles V, une petite rue perpendiculaire
 la rue Beautreillis, mais cette fois de manire moins
vicieuse, pas dans le coin comme tout  l'heure, mais au
milieu, presque en dfi. Un peu surpris je ne savais trop
comment ragir. Je m'arrtai de courir et m'approchai un
peu, me reprenant de ma course, en marchant lentement, et
je tentai tant bien que mal de dire une banalit :

- Salut, euh tu sais si tu es jalouse  ce point-l de ma
superbe coiffure il faut me le dire je te filerai l'adresse
de mon coiffeur, ce sera plus simple.

J'admets aprs coup que ce n'tait pas vraiment subtil,
mais sur l'instant il fallait bien trouver quelque chose
et j'avais de plus encore trs mal aux bras et au ventre.
Elle esquissa un sourire, je ne sais pas trop  bien y rflchir
si elle comprit ce que je dis ou pas, aprs tout elle n'avait
pas cri en franais hier dans le parc. J'en profitai pour
la regarder un peu plus en dtail. Elle devait faire  peu
prs ma taille, habille on ne pouvait plus banalement avec
un pantalon assez ample blanc-gris, un tee-shirt rose ple
dlav et une paire de basket tout ce qu'il y a de plus
classique. Elle tait blonde-chtain clair, plutt jolie,
trs jolie mme, l'air d'avoir un sale caractre. Et je
dois bien avouer que cette faon de prendre le contact me
convenait assez, mme si c'tait quelque peu douloureux...
Il devait tre un peu moins de 11 heures, j'avais oubli
ma montre  la maison. Il faisait plutt soleil, la rue
tait dserte.

Tout ceci ne dura que quelques secondes, pendant lesquelles
elle semblait hsiter, puis elle repartit d'un coup, sans
me laisser la moindre chance de la prendre de court. J'hsitai
moi aussi quelques secondes, me disant qu'aprs tout ce
devait tre une jeune du coin qui me prenait pour un autre,
un de ses anciens copains ou je ne sais qui. Et lors de
notre prochaine rencontre, s'il y en avait une, je lui dirais
comment je m'appelle, elle s'apercevrait de son erreur et
tout rentrerait dans l'ordre. Et il serait peut-tre mme
possible que l'on sympathist.

Mais je suis bien trop curieux, et je ne pouvais raisonnablement
en rester l sans savoir qui elle tait et ce qu'elle voulait
; je repartis alors une fois de plus  sa poursuite. Mais
mes quelques secondes d'hsitation lui donnrent pas mal
d'avance. Malgr tout je l'aperus quand j'arrivai dans
la rue suivante, la rue du Petit Musc, en train de traverser
le Quai des Celestins,  ct de la Seine, en direction
du pont de Sully, qui passe sur le bout de l'le Saint Louis
et rejoint le Boulevard Saint Germain de l'autre ct. Je
forai le rythme, mais elle courait vite, et de plus j'arrivai
pile au moment o le feu passait au vert, ce qui n'arrangea
pas mes affaires. Bref aprs quelques coups de klaxon de
Parisiens auxquels j'ai d faire perdre deux microsecondes
en traversant la route, mais c'est  croire que klaxonner
est gntiquement ancr dans le parisien, je la vis bifurquer
dans la rue de Saint Louis en L'le qui traverse toute l'le
Saint Louis, comme son nom l'indique, jusqu'au pont qui
donne sur l'arrire de Notre-Dame, sur l'le de la Cit.

Et ce coup-ci ce fut moi qui eus un peu de chance car elle
manqua de se faire renverser par une voiture au moment o
elle passait au niveau de la rue des Deux Ponts. Elle tomba
tout de mme un instant au sol. Ce qui me permit de gagner
quelques mtres sur elle, mais qui lui donna aussi l'occasion
de jeter un oeil en arrire et de voir que j'tais toujours
 ses trousses. Elle n'en sembla pas satisfaite outre mesure,
parce qu'aprs un moment d'hsitation au niveau du carrefour,
elle changea de direction et partit il m'a sembl encore
plus vite de nouveau vers la rive gauche, en direction du
pont au bout de la rue en question dont j'ai oubli le nom,
dans l'hypothse o je l'ai connu un jour... Aprs vrification,
le pont de la Tournelle.

J'abandonnai au niveau du carrefour, ma dernire acclration
quand j'avais cru pouvoir la rattraper avait eu raison de
moi. Et compltement essouffl je n'avais plus aucune trace
d'elle  ce niveau-l. Sauf peut-tre, mais je n'en tais
pas sr, une sorte de bracelet en mtal, peut-tre en argent,
qui, il me semblait, se trouvait proche du niveau o elle
tait tombe. Je ne saurais dire s'il lui appartenait ou
pas, mais toujours tait-il qu'il n'avait pas l'air suffisamment
de grande valeur pour que j'aie des remords  le garder
pour moi et ne pas le ramener aux objets trouvs. Toute
chose mise  part, je le trouvais finalement pas trop mal
et si je devais me trouver un bracelet, une babiole de ce
type me plairait sans doute. Plutt basique, sobre, passe-partout...
Et de plus si jamais je la revois ce sera un bon moyen d'engager
la conversation. Cependant il faudra srement que je fasse
un peu plus d'entranement au footing...

17 heures 54, le temps d'crire cette poursuite, d'tre
repass au Monoprix pour rcuprer mon sac, qui tait toujours
l, heureusement, de lire mes mails, de passer un peu de
temps sur les canaux de discussions sur internet, de faire
quelques tractions, de chercher vaguement une indication
ou un signe, sans succs, sur le bracelet, o ce que je
pense tre un bracelet, de manger et de faire une sieste...

Deux jours d'affile que je la croise, je me demande bien
si demain je vais la voir de nouveau. Mais je travaillerai
et je ne serai pas chez moi. Mais aprs tout elle m'a bien
suivi jusqu'au Monoprix... Ce n'est pas forcment rassurant
de se savoir observ, mme si la crature est belle, cela
met un peu mal  l'aise, drange. Je regarde, par moment,
 mon balcon, dans la rue...

Jeudi 3 octobre 2002
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La journe d'hier ne m'a pas donn la chance de la revoir.
Travaillant je n'ai pas pu flner dans le quartier comme
j'aurais aim pouvoir le faire. Je suis nanmoins retourn
aux diffrents endroits o je l'ai vue. Le travail est un
peu moins charg je l'ai donc quitt vers seulement 19 heures,
et aprs avoir dpos mes rollers  la maison, je suis reparti
au Jardin des Plantes. J'en ai fait un tour  pied, puis
j'ai repris les rues dans lesquelles je l'avais poursuivie
en courant, jusqu'au Monoprix. Pour terminer j'ai tent
de trouver d'autres lments comme le bracelet  l'endroit
o elle s'est fait renverser, ou bousculer tout du moins,
par la voiture. Mais rien, comme j'en tais dj persuad.
Mais c'est ainsi, parfois on a besoin de faire certaines
choses, ou certaines vrifications, mme si on est sr qu'il
n'y aura rien de nouveau. Combien de fois n'ai-je pas vrifi
mes mails tous les quarts d'heure dans l'espoir d'en avoir
un de Virginie. Je n'ai pas de nouvelles rcentes d'elle
 ce propos ; pourtant j'essaie habituellement de garder
le contact avec mes anciennes copines malgr la peine qui
subsiste, mais Virginie semble m'avoir vite oubli. C'est
d'autant plus idiot qu'elle habite  deux pas,  vingt minutes
 pied. Je vais lui crire un mail, pour voir un peu ce
qu'elle devient.

C'est donc sans succs que je suis rentr aprs cette escapade
qui a bien d durer dans les deux heures. J'ai l'impression
folle que tout le monde me regarde ; c'est dmentiel comme
un vnement fortuit, une simple fille qui vous confond
avec un autre, qui tente de vous agresser et  partir de
l tout le monde est suspect et vous veut du mal. Pour tre
exact ce fut un peu plus que seulement une tentative comme
me le rappellent les bleus sur mes avant-bras. L'esprit
humain est tellement incontrlable, finalement.

Je me demande si le fait qu'elle se soit fait renverser
par la voiture lui a caus du tort. Elle a l'air solide
la bougresse, ne serait-ce que par la vitesse  laquelle
elle court et le coup de pied qu'elle m'a assn. Toujours
est-il que cette chute n'avait pas l'air de l'avoir bien
ralentie, mais dans l'action on ne se rend pas toujours
compte de la douleur. D'un autre ct, les voitures ont
de bons freinages de nos jours. Et si je me rappelle bien
c'tait une Laguna 2. Parler de voiture me fait penser que
je suis pass au salon de l'Auto Porte de Versailles la
semaine dernire en pr-ouverture avec mes parents. Mme
en pr-ouverture il y a dj un monde fou ; et je me rappelle
il y a deux ans, nous y tions alls un jour normal ouvert
au public, c'tait l'enfer ; moi qui n'apprcie pas la foule
outre mesure... Cette anne nous n'avons pas fait tous les
halls et je regrette un peu de ne pas tre all voir les
innovations en terme de voitures propres, lectriques ou
autre. En effet le hall principal, celui des plus gros constructeurs,
tait principalement l'talage des dernires nouveauts
en terme de design et de puissance, et pas forcment en
terme d'volution technologique, et encore moins de rvolution.
M'est avis que nous sommes proches du paroxysme du type
de voiture actuelle, et que prochainement nous connatrons
la chute et la perte d'intrt du modle prsent, au profit
de l'assistance  la conduite, du pilotage automatique,
de l'conomie, de l'nergie propre, et du retour de la voiture
 un rang d'outil, et plus de plaisir et de signe de richesse
et de puissance. Il me semble que le monde, occidental au
moins, se fminise, la virilit n'est plus trop  la mode...
En parlant de voitures propres j'ai vu qu'une voiture lectrique
avait fait un record de vitesse  311 kilomtres par heure
au Japon.

Repenser  elle me donne l'ide de jeter de nouveau un oeil
au bracelet pour voir si je ne pouvais pas trouver un peu
plus que la dernire fois... Il a la forme d'un croissant
repli sur lui-mme, de taille fixe, que l'on enfile par
la main, ventuellement en le glissant directement au poignet
mais le mien a beau tre fin il est dj trop large y parvenir.
Pas spcialement lourd, d'un gris mtal un peu pass. J'ai
essay de voir s'il tait aimant ou s'il ragissait  un
aimant. Tout ce que j'ai trouv pour tester c'est ma boussole
et un tournevis aimant. Mais mme s'il  l'air vaguement
d'attirer l'aimant, ce n'est pas vraiment concluant... Toujours
est-il que je le porte et me promne avec depuis hier...

Sur ce, je pars au travail, il ne fait pas trs beau aujourd'hui,
je vais prendre mes rollers pluie...

J'ai eu pas mal de remarques sur le bracelet, comme je suis
tout le temps en tee-shirt il est en effet plutt du genre
visible. Journe des plus tranquilles mis  part a, pas
mal de mails, toujours sur la sortie de notre dernire version,
pas mal d'agitation aussi sur l'avenir incertain de la socit.
Agitation agrmente de rumeurs diverses et varies sur
d'ventuels investisseurs, un changement dans la direction,
un dpt de bilan de la socit ou une reprise par un partenaire.
 croire que l'esprit humain a besoin d'exotisme, d'trange,
 tel point que si le monde ne lui en apporte pas, il se
le cre lui-mme.

Je vais peut-tre me remettre  faire du pain. Je n'en avais
pas parl, mais au rveillon 2002, n'ayant rien de prvu
et une copine  moi non plus, nous avions pass la soire
ensemble, et elle m'avait appris  faire la pte  pizza.
Comme c'est plutt simple, vu qu'il n'y a que de la farine,
du sel et de l'eau, avec un peu de levure et ventuellement
un peu d'huile, je me suis dit que je pourrais en faire
plus souvent. Trs vite je me suis plutt intress au pain,
tant amateur. Au dbut j'ai utilis de la levure de boulanger
pour faire la pte, ce qui est assez efficace et permet
de la faire lever rapidement. Cependant je n'ai qu'un four
 micro-ondes et aprs plusieurs semaines d'essais, n'ayant
pas que cela  faire non plus, j'avais abandonn une premire
fois. Toutefois je m'y suis remis, avec cette fois-ci l'intention
de faire moi-mme mon levain. Chose des plus faciles  vrai
dire puisqu'il suffit de mlanger pendant une semaine 
dix jours de la farine et de l'eau et d'tre patient. Ds
que le levain commence  lever, on peut alors l'utiliser
pour faire de la pte. La technique consistant  en prendre
tout ou partie, d'y rajouter farine, eau et sel, et  ptrir
le tout. Aprs une premire leve, on reptrit de nouveau
puis on en met un petit bout de ct pour le pain du lendemain.
On fait une boule, ou toute autre forme, du reste qui deviendra
le pain. Le micro-ondes n'tant pas la panace, j'ai tent
 la pole, esprant reproduire les conditions d'un four.
C'tait dj mieux qu'auparavant, voire pas trop mal, mme
si le dessous du pain tait souvent grill, pour ne pas
dire carbonis. Quoi qu'il en soit ce dernier pain avait
le mrite, contrairement  la technique au micro-ondes,
d'avoir une crote. J'ai par la suite arrt, de nouveau
par manque de temps, et aussi parce ce que la cuisson 
la pole n'est pas trs cologique en plus du fait que le
brl est rput cancrigne. Malgr tout je pense qu'avec
un four ce devrait tre bon... Pour plus tard peut-tre...


Vendredi 4 octobre 2002
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19 heures 45, journe pourrie s'il en est. Tout d'abord
je manque de me faire renverser en rollers ce matin, ensuite
ma machine a plant trois fois dans la journe, et pour
finir je ne sais pas pourquoi, si c'est la Lune ou quoi,
ou j'tais fatigu, mais j'ai failli et mme un peu plus
que failli pour tre exact, m'empguer cinq ou six passants,
toujours en rollers.

Je ne vais pas trs bien, donc. C'est difficile  dire pourquoi
parfois nous allons bien et pourquoi parfois rien ne va
et le moral est  zro. Je ne suis pas all au ju-jitsu
et je suis rentr chez moi car je dois repartir tout  l'heure
 l'anniversaire d'un copain, j'espre que le fait de voir
du monde arrangera un peu les choses. Je suis peut-tre
un peu malade, j'ai un petit peu mal  la tte, enfin il
me semble,  moins que ce ne soit la fatigue ou la pollution.
J'ai tent d'aller faire un footing ce matin vers 7 heures,
comme le Jardin des Plantes n'ouvre qu' 7 heures 30 j'ai
fait mon tour dans la rue, je me demande si dj la pollution
matinale tait assez leve pour me donner mal  la tte.
J'ai dj eu ce type de mal  la tte auparavant quand j'allais
courir l't par grosses chaleurs, et j'ai toujours attribu
le mal de tte rsultant  la pollution. Je me demande s'il
ne serait pas temps que je quitte la capitale, aprs ces
trois annes...

En plus ce matin ma connexion ADSL ne fonctionne pas. Je
n'ai vraiment pas de chance. Voil presque un an que je
suis abonn et j'ai eu en une semaine plus de coupures que
je n'en ai eu dans toute l'anne passe. Et pour couronner
le tout, BFM, ma radio d'info, est en grve suite au plan
de rachat par Next radio et les licenciements qui vont suivre.
Dcidment je suis vraiment coup du monde...

Mais c'est dans ces moments-l qu'il ne faut pas se laisser
abattre ; il n'y a que l'adversit qui motive, la facilit
dtruit. Je vais enfiler mes rollers et partir pour l'anniversaire.

Samedi 5 octobre 2002
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2 heures 12, je suis rentr il y a une dizaine de minutes,
aprs la fin du repas d'anniversaire. Plutt sympathique,
d'autant plus qu'il y avait pas mal de gens au final, parmi
lesquels pas mal d'amis. Cela s'est bien pass mais le fait
de me retrouver seul me redonne le cafard... Ma mre avait
peur de m'avoir fil son rhume la semaine dernire, je me
demande si je ne l'ai pas attrap aprs tout. Je suis toujours
un peu dprim quand je suis malade. Enfin, j'irai sans
doute mieux demain ; je n'aime pas trop prendre de cachets,
une bonne nuit de sommeil devrait rparer tout a. Pour
avoir toutes les chances de mon ct j'ai ferm ma fentre
; je la laisse gnralement ouverte quand je suis chez moi
pour garder une temprature un peu frache, le chauffage
collectif ayant tendance  tre lgrement exagr. Et puis
c'est en ligne avec ma tendance  toujours vouloir m'habituer
 rsister  tout, y compris au chaud et au froid.

14 heures 11, quelques courses, pas grand-chose, il me reste
pas mal de denres de la semaine dernire, et juste de quoi
faire un pique-nique pour la rando de demain, vers le bois
de Marly, dans le coin de Chaville. Il fait plutt beau,
je vais bien, plus mal  la tte, la vie est pas trop mal.
Je vais un peu lire, peut-tre aller faire un tour, un footing
des fois que je la revoie, mais j'ai bien peur que ce ne
soit fichu. Cela me rassure sur un point, c'est que le bracelet
est du toc, sinon elle serait revenue le chercher...

Lundi 7 octobre 2002
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Randonne hier comme prvu, entre Saint-Nom-la-Bretche
et Chaville, il a fait un temps mitig. Mais ce n'tait
pas trop mal. Le coin est beaucoup plus vallonn par l-bas
qu'aux autres points de la Ceinture verte.

Mardi 8 octobre 2002
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Journe d'hier pas des plus productives, il faut que je
me remotive pour mettre un peu d'ordre dans ce que je fais.
Quand on a trop de choses  faire naturellement on remet
 plus tard les moins urgentes, mais quand soudain le plus
tard arrive on est bien embt avec ce tas de choses ennuyeuses
accumules... Toujours pas de ju-jitsu, la grve des gardiens
continue et mon gymnase est toujours ferm aprs 17 heures.
Je fais un peu de sport tout seul, mais je me suis fait
mal aux doigts en faisant des tractions avec une main d'un
ct et un doigt de l'autre. J'ai un peu relu ce que j'ai
crit, depuis que j'ai repris la plume, je trouve que cela
n'a ni queue ni tte. Je n'aime plus trop tre chez moi,
c'est trange, c'est comme si je me sentais mal quand je
suis seul. J'ai toujours l'impression d'tre un peu malade.
Je n'ai cette fois-ci pas hsit  prendre un cachet car
j'avais vraiment trop de mal  dormir. J'ai au moins russi
 m'endormir facilement mais ce matin c'est de nouveau assez
laborieux. Pas de nouvelles fondamentales du monde  ce
que je sache, projet de loi pour rendre la conduite sous
emprise de stupfiants un dlit, je n'ai pas spcialement
d'avis, si ce n'est que c'est plutt de conduire tout court
qu'il faudrait peut-tre considrer comme un dlit... Enfin
sans aller jusque l il y aura de toute faon une incohrence
tant que la course  la puissance d'un ct et la course
 la rpression de l'autre ne se mettront pas d'accord entre
elles. Attaque vraisemblable d'un ptrolier franais au
Ymen, pas beaucoup plus d'informations pour l'instant.
 part a le ciel est bleu et il va faire frisquet en ce
8 octobre 2002 sur la Capitale...

Mercredi 9 octobre 2002
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Petit footing ce matin, pas vraiment  l'heure que je voulais.
En effet la pollution arrive au pic vers les 8 heures, et
le Jardin des Plantes ouvre  7 heures 30. J'aurais voulu
partir avant mais comme d'habitude j'ai tran et finalement
je n'y suis all que vers 8 heures passes, au pire moment
en somme, tant pis pour la pollution. Mais a n'a pas grand
intrt si ce n'est que je commence srement  devenir compltement
parano ou dbile. En rentrant, en passant sur le pont d'Austerlitz,
vers 8 heures 45, au moment o le soleil se levait, j'ai
t tonn de voir le Soleil beaucoup plus au nord que la
normale. Premier rflexe, c'est que la Terre a boug sur
son orbite ! Eh bien non, c'est juste que le pont d'Austerlitz
n'est pas parallle  ma rue, et oui, sur Terre il n'y a
pas que des rues Nord-Sud ou Est-Ouest, pas plus que les
ponts, d'ailleurs. Je ne sais pas si c'est mon rhume qui
me fait mal dormir et commencer  devenir suffisamment fou
pour avoir des rflexions aussi stupides...  ce sujet,
je me demande si je n'ai pas autre chose qu'un simple rhume.
Parce que mon nez ne coule pas tellement, c'est juste une
sorte de migraine. Et encore pas vraiment une migraine,
pour tre plus prcis j'ai l'impression que je chope le
cafard trs souvent, je ne me sens pas bien, je n'ai envie
de rien, je n'ai plus faim, j'ai du mal  dormir... Je me
suis mme demand si je n'avais pas un peu les symptmes
d'une maladie au cerveau, comme la maladie de la vache folle,
mais le fait que cela ne se produise que quand je suis seul
rend cette option moins possible, bien que je ne sache pas
exactement comment dbute cette maladie... Je vais peut-tre
aller faire un tour chez l'ophtalmologue,  ce sujet, car
cela est en train de devenir un peu dur, et peut-tre que
de travailler sur ordinateur toute la journe commence 
avoir des consquences ; cependant je n'ai pas l'impression
que ma vue ait chang, c'est ce qui me rend un peu perplexe
sur le fait que cela en soit la cause...

Je vais prendre quelques vacances  la fin du mois, cela
me permettra de prendre un peu l'air frais et pur de mes
Alpes natales, et de me reposer un peu...

Jeudi 10 octobre 2002
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Je me demande parfois si tout n'est pas en train de partir
n'importe comment, tellement il est antithtique que tous
ces peuples si diffrents soient obligs de s'intgrer dans
une course  la mondialisation qu'ils n'ont pas demande.
Ou qu'ils ne veulent pas plus que cet incertain et simpliste
modle du bonheur, auquel tout le monde aspire mais que
bien peu atteignent, que ce soit ici, dans l'opulence, ou
l-bas, dans la dtresse. Je ne sais pas trop si ces disparits
sont ncessaires pour faire avancer les choses, si l'volution
passe par l'injustice et la misre.  quoi j'aspire,  part
 me casser de cet appartement o je me sens si mal ? Et
 quoi nous donnent envie le monde, la socit, la France
? Russir ? Russir quoi ? Le mal en est presque rassurant
d'tre si proche, et de me garder veill, de m'empcher
de dormir. Les souffrances peuvent tre combattues, mais
la lassitude, l'ennui, l'aveuglement de nos vies, le stress,
la Bourse, la politique, les gens qui font la manche, les
gens qui crasent les autres, les gens qui aident les autres,
le bien, le mal, et Dieu plus l depuis un bail... Parfois
j'aimerais paradoxalement avoir une maladie incurable, pour
savoir quoi combattre, sans me poser de questions.

Changer les choses, pourquoi pas, mais changer pour quoi,
qui a raison ? Qu'est le bien ? O la personne qui a pondu
la Bible a-t-elle trouv toutes ces ides ? Comment a-t-elle
trouv ces prceptes de stabilit qui ont gard une partie
non ngligeable de l'humanit sur le chemin durant des millnaires
?

Je me sens trop mal, bon sang ! Je crois que je vais aller
prendre l'air...

7 heures 20, il faisait frais, et a m'a fait du bien, le
Jardin des Plantes n'tait pas encore ouvert, mais qu'importe,
les rues sont bien plus calmes  cette heure-ci.

Il est l, ce bracelet mystrieux, qui me regarde  ct
de mon cran, comme s'il me suppliait de le mettre. Et toi
o es-tu ? Je t'ai cherche, un peu, esprant presque lors
de toutes mes balades que tu serais de nouveau  me courir
aprs. C'est fou comme l'inconnu attire, comme on peut s'attacher
 son imagination, comme si jamais la ralit n'tait assez
et toujours nous fallait-il croire  plus,  mieux. C'est
 croire que jamais les hommes ne peuvent tre heureux,
que toujours la quitude du prsent se transforme en prison
monotone et qu'indfiniment le rve ne sera que la qute
de l'inconnu.

Samedi 12 octobre 2002
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J'ai lu qu'une potentielle dixime plante avait t trouve
dans le Systme solaire. Pour tre plus prcis ce n'est
pas vraiment une plante, car dj Pluton, la neuvime plante,
a du mal  prtendre au titre avec ses trois mille kilomtres
de diamtre. Celle-ci, "Quaoar", avec mille quatre cent
cinquante kilomtres, peut difficilement tre considre
comme en tant une. Il semblerait qu'il existe des dizaines
de ces corps aux environs de Pluton et un peu plus loin,
dans la ceinture de Kuiper, une ceinture d'astrodes situe
entre cinq ou six et une quinzaine de milliards de kilomtres
du Soleil. Quaoar est  sept virgule cinq milliard de kilomtres,
et il semblerait que certains scientifiques pensent mme
qu'au del, dans cette ceinture d'astrodes, puissent se
trouver des objets d'une taille pouvant aller jusqu' celle
de Mars. Mars doit faire aux environs de six mille kilomtres
de diamtre. En cherchant deux trois informations supplmentaires,
merci Google, il semblerait qu'il existe un autre nuage
de mtorites, ou de comtes, d'objets pour faire simple,
dans le nuage d'Oort,  environ une anne lumire du Soleil.
Pour le coup ce nuage est vraiment plus loin que tout le
reste, une anne-lumire reprsentant plus de neuf mille
trois cent milliard de kilomtres. Et, contrairement aux
plantes et aux objets de la ceinture de Kuiper, qui sont
tous dans le mme plan, appel plan de l'cliptique si mes
souvenirs sont bons, eh bien ce nuage d'Oort est sphrique,
c'est  dire que ses objets se rpartissent sur une sphre
tout autour du Soleil. En ralit les plantes ne sont pas
exactement dans le mme plan, mais leurs orbites ne s'en
cartent que de quelques degrs. La plante la plus extrme
doit tre Pluton et sans doute plusieurs lments de la
ceinture de Kuiper s'loignent aussi de plusieurs degrs
de ce plan.

Cet article me rappelle qu'il y a quelque temps j'en avais
lu un autre sur la dcouverte d'une troisime lune  la
Terre. Plus exactement ce n'tait qu'une ventualit, si
l'objet, tout petit, qui faisait le tour de la Terre en
cinquante jours, n'tait pas un dbris artificiel d'une
mission Apollo mais bien un objet naturel. En ce qui concerne
la deuxime lune, Cruithne, celle-ci est trs loin de la
Terre, mais l'accompagne plus ou moins dans sa rotation
autour du Soleil, au gr des perturbations de son orbite
par la Terre et la Lune.

22 heures 30 et quelques, je crois que je vais aller me
coucher. Bonne journe aujourd'hui, plutt tranquille, mon
mal de tte est pass et je me sens mieux. Je pense que
je vais passer une bonne nuit.

Dimanche 13 octobre 2002
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J'ai bien dormi c'tait grandiose. Aprs bien une semaine
avec insomnies sur insomnies, a change la vie.  croire
que je ne me repose que le week-end, et que ds que la semaine
recommence il en va de mme pour la baisse de moral, la
dprime et le mal de tte. Il est vrai que je suis compltement
puis arriv le samedi. C'est peut-tre bien le travail
sur cran d'ordinateur qui me donne mal  la tte, et qui
par rpercussion me donne l'impression que tout va mal.
Pourtant le week-end je travaille aussi pas mal dessus de
chez moi, mme si c'est un peu moins, bien sr. C'est trange
parfois comme de simples petits faits anodins peuvent vous
occuper l'esprit au point que le sort du monde n'est plus
dpendant que de ceux-ci. Comme si tout se concentrait dans
les petits tracas de la vie quotidienne, comme si ma vie
tait voue  l'chec juste parce que je me sentais mal
 l'aise quand j'tais un peu seul, en ce moment... Cela
ne me ressemble pourtant pas, j'ai dj t seul pendant
plusieurs annes, et je ne me rappelle pas que cette solitude
me rendait dprim  ce point. Ces humeurs sont peut-tre
cycliques, ou suis-je dans un amoncellement dfavorable
de petites choses qui engendre une consquence bien plus
grande...

11 heures 43, je rentre d'un petit tour au Jardin des Plantes.
Je ne  suis pas all courir, juste marcher un peu et exhiber
le bracelet au cas o mon inconnue se prsente. Je sais
que c'est stupide et inutile, et qu'il ne faut rien attendre,
tout provoquer, mais l'espoir est une chose bien trange...

Rien du tout, comme attendu, et j'en suis revenu suffisamment
nerv pour que je range le fichu bracelet dans une bote
quelconque et me promette de ne plus le remettre. Je le
filerai  mon arrire-petit-fils... Adoptif, parce que vu
ma sociabilit actuelle, les gamins ne vont pas se faire
tout seuls...

12 heures 30, je ne me sens de nouveau pas bien, j'ai repris
mal  la tte.  croire que je ne peux plus sortir de chez
moi sans prendre le risque de rentrer avec la migraine et
la dprime... La matine avait mal commenc de toute faon
malgr une bonne nuit. En effet, ds le rveil, informations
tragiques du matin finissant, vers 10 heures et quelques,
BFM, bilan, un attentat  Bali en Indonsie, cent quatre-vingts
morts, un attentat en Finlande, sept morts, deux tus au
Moyen-Orient...

Le monde est triste. Je ne me rappelle plus vraiment depuis
quand la vie est triste. Ma vie, pour tre un peu moins
gocentrique, tant donn qu'il doit bien y avoir deux ou
trois personnes sur Terre pas trop malheureuses, j'espre.
Peut-tre du temps o je sortais avec Virginie, au dbut
de l'anne dernire. Je ne sais pas si l'amour est la seule
chose qui rende heureux. Je n'en suis mme pas sr tellement
il blesse  chaque dsillusion,  chaque remarque qui nous
touche, nous fait mal... Je m'tais promis de ne plus tomber
amoureux, je n'ai pas russi avec Virginie, je me le suis
repromis de nouveau, pas trs dur pour le moment. Et puis
c'est presque de moins en moins dur avec le temps, j'ai
l'impression, comme si on se lassait de tout...

Je me demande si les valeurs de nos socits modernes n'ont
pas quelque chose de cass. Comment concilier ce paradoxe
entre la surconsommation, la productivit, le plaisir immdiat
et personnel avec les valeurs de partage, d'entraide et
support des autres ? Il me semble que toutes ces valeurs
ne collent pas et que le faible quilibre ne peut que se
briser  un moment ou  un autre. Le plus incomprhensible
est que ce sont ces mmes personnes qui crent les deux
aspects du paradoxe.  la fois nous qui dans notre individualisme
sommes dpasss par le monde qui nous entoure ; et pourtant
nous dans notre contribution quotidienne qui le faonnons
ainsi. Comment peut-on tre  la fois un capitaliste goste
effrn, et trouver notre malheur dans la solitude et l'inhumanit
qui en rsultent ?... Je ne sais pas trop quoi faire, comment
faire...

J'ai abandonn mon Dieu quand il n'tait plus au got du
jour et que je pouvais vivre sans lui dans le monde actuel.
Dois-je dsormais abandonner ce monde qui diverge et retourner
vers un hypothtique Dieu plus humain ? Et en quoi le monde
peut-il tre inhumain, puisque c'est l'Homme lui-mme qui
le fait ? Ne serait-ce pas nous plutt, qui nous nous trompons
sur nous-mmes ?...

J'ai rajout une couverture  mon lit, j'avais froid, le
rchauffement climatique n'est pas encore pour tout de suite...

Nous ne sommes ni faits pour tre seuls ni faits pour tre
 deux... Seul nous souffrons de n'avoir l'autre, et quand
il est l nous souffrons de son incomprhension. Pourquoi
sommes-nous autant gostes ? Pourquoi le suis-je, au moins
? Pourquoi ces pulsions nous donnent envie de l'autre, 
tel point que l'on se retrouve dans des soires je ne sais
o, enfumes  souhait, avec ces gens qui ne font que paratre
et pas un seul qui a un brin de sincrit, moi y compris
;  faire semblant de rire  des blagues stupides, pour
tenter seulement et uniquement de ne pas finir la soire
tout seul. Mais au final on prfre la finir tout seul,
tellement ces mascarades sont ennuyeuses et ces gens inintressants...

C'est peut-tre moi le problme, c'est srement moi le problme,
 ne rien aimer de ce que la socit moderne apporte comme
amusement.  ne pas aimer traner dans les bars, discuter
de foot, faire la queue pour pouvoir se faire enfumer et
craser dans la foule des botes de nuit...

J'ai eu un accident il y a trois ans et demi, je conduisais,
nous allions au ski avec mes deux meilleurs amis, j'ai percut
un bus, je ne me rappelle de rien, ils sont morts tout les
deux, je n'ai rien eu.

J'ai une dette, envers eux, envers leur famille. Je leur
dois de ne pas tre faible, de faire le bien, de ne pas
cder  la facilit, de vivre pour eux, de faire tout ce
qu'ils ne pourront accomplir, ou d'essayer, au moins.

Ils me manquent.

Mardi 15 octobre 2002
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Mardi 15 octobre, 4 heures 32. Je n'arrive pas  dormir,
je ne suis pas bien, j'ai le moral  zro. J'ai pris deux
aspirines depuis hier soir, rien n'y fait. Je vais aller
chez un mdecin un peu plus tard dans la matine parce que
je n'en peux plus, je ne pourrai pas supporter cette situation
beaucoup plus longtemps. Je dois tre vraiment malade, en
plus  chaque fois que je me rveille si tt c'est toujours
un trs mauvais prsage.

10 heures 36, je rentre  l'instant de chez le docteur.
J'ai eu la chance d'en trouver un tout prs de chez moi,
Boulevard Morland. Pas trs loin mais pas trs comptent
j'ai l'impression. Bien sr c'est difficile  dire, je n'ai
pas de quoi juger, mais il n'a mme pas pris la peine de
m'ausculter. Il m'a regard la gorge, demand depuis quand
j'avais mal  la tte, il a diagnostiqu un dbut d'angine,
m'a prescrit une bote d'Efferalgan, et m'a dit de repasser
le voir ds que je verrai des petits points blancs au fond
de ma gorge... Me voil bien avanc. Mais le fait d'aller
jusque l-bas, mme si c'est  deux pas, et de marcher un
peu dans le frais, j'ai l'impression que je vais un peu
mieux, je vais tout de mme me rendre  mon travail aujourd'hui.

18 heures 20 et quelques, je suis rentr beaucoup plus tt
que d'habitude, je m'endormais sur place. Avec toutes ces
nuits  ne presque pas dormir...

23 heures 12, je ne comprends pas, les journes ne se passent
pas si mal pourtant.  mon travail je ne me sens pas si
dprim, si puis, je suis mme plutt bien avec mes collgues.
Mais  peine suis-je rentr que j'ai l'impression que tout
s'effondre, que je ne vais plus bien, que j'ai la migraine,
que je dprime, que je pleure mme, beaucoup plus qu'auparavant.
Il semblerait que ce soit le fait d'tre chez moi qui me
provoque ces crises ; ds que je sors me balader je me sens
dj un peu mieux. C'est peut-tre une odeur ou un produit
dans mon appartement ; toutefois je ne sens rien de spcifique.
J'ai ouvert la fentre en grand et je me suis couvert, mais
de respirer cet air frais n'a pas l'air trs efficace. Je
vais arrter mon ordinateur, en esprant que ce soit le
fait qu'il tourne 24 heures sur 24 qui provoque ce mal.
Pourtant je n'ai jamais eu de problmes similaires auparavant,
hormis les quelques jours du dbut pour m'habituer au bruit
avant de m'endormir, mais rien de comparable. C'est difficilement
croyable que tout d'un coup a me mette dans cet tat. Toujours
est-il que dans le doute je vais aussi teindre mon portable,
ma chane et tout appareil susceptible de faire des ondes
lectromagntiques.  bien y rflchir il est probable qu'ils
aient install une nouvelle antenne relais tlphonique
sur le toit de l'immeuble depuis quelque temps et que ce
nouveau facteur soit la cause de mon mal  la tte et qu'il
me rende compltement dprim. C'est bien embtant si c'est
la raison parce que le march de la location est plutt
tendu en ce moment sur Paris, et je n'apprcie pas outre
mesure la recherche d'appartements... Mais je ne suis vraiment
pas bien ici, et s'il le faut j'irai ailleurs, je prfre
encore devoir faire du trajet en plus que de me retrouver
seul dans cet endroit morbide...

Mercredi 16 octobre 2002
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9 heures 42, ce n'est pas normal. Ce n'est pas normal que
j'aie envie de me jeter par la fentre  ce point. Je n'ai
jamais de baisse de moral de ce type, en tous cas pas 
cet extrme. C'est peut-tre le retour du bton, aprs toutes
ces annes de vaches grasses o j'allais bien. Mais tout
ne peut pas changer du jour au lendemain ! J'ai l'impression
que depuis le dbut du mois tout va mal. J'ai tent d'oublier,
de penser  autre chose, mais rien n'y fait. J'ai tourn
et retourn, avec l'envie folle de me taper la tte contre
les murs, j'ai pris une douche  l'eau froide pour me calmer,
puis  l'eau chaude comme il n'y avait pas de rsultat.
J'ai fait du sport pour me redonner un peu de pche, d'habitude
le fait de faire un peu circuler le sang et de transpirer
me redonne la forme. J'ai fait des pompes, des tractions,
rien... Essay de dessiner, de lire pour me vider l'esprit
et penser  autre chose, et n'en pouvant plus je suis sorti
de chez moi et j'ai march pendant une bonne heure dans
le froid avant de m'endormir, puis, sous un abri-bus.
J'avais heureusement mis ma grosse veste car il fait un
froid glacial dehors. Le bruit des voitures m'a rveill
vers 6 heures 30 ce matin, aprs avoir dormi quatre ou cinq
heures. Je suis rentr et me suis couch aussitt sous la
couette, j'ai d dormir une petite heure avant que de nouveau
cette envie folle de partir, de me barrer de cet appartement,
ne me revienne. J'cris ces quelques lignes et je vais sortir
de nouveau de chez moi juste aprs, vu que je ne peux pas
rester plus longtemps ici tellement c'est insupportable.

Jeudi 17 octobre 2002
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Comme je m'en doutais la journe d'hier au travail s'est
bien passe, le travail a bien avanc, j'ai rigol avec
mes collgues, bref, tout tait normal. Le mal de tte a
disparu, je me sentais plutt bien. Par consquent je suis
rest un peu plus tard, et j'ai eu une ide par la suite,
sur le retour. Je suis rentr chez moi vers 22 heures mais
je ne suis rest que quelques minutes dans mon appartement.
Dj je ne sais pas si c'est juste l'impression mais rien
que de passer ces courts instants il m'a sembl que j'avais
envie de tout foutre en l'air. Toutefois je n'ai fait que
passer pour prendre mon duvet, une lampe de poche et ma
chauffeuse, et je suis redescendu dans ma cave. J'ai fait
attention de faire croire que je transportais juste des
affaires pour les stocker l-bas mais en ralit je me suis
install dedans, ma cave tant assez grande. J'ai dormi
comme un bb, de presque 23 heures  il y a trente minutes.
Il est 10 heures 15, je vais partir au travail. C'est donc
bien quelque chose  l'intrieur de mon appartement qui
me rend fou.  moins que ce soit l'installation d'une antenne
pour les tlphones mobiles sur le toit, et que de la cave
les ondes soient trop faibles. Mais je ne suis qu'au deuxime
tage sur sept, et ce serait trange que l'action soit si
forte dans mon appartement et nulle dans la cave.

Vendredi 18 octobre 2002
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Je n'ai pas eu beaucoup de temps pour investiguer  propos
de mon mal avant-hier. Je suis all dner chez une copine
le soir, et en rentrant vers 1 heure du matin je n'ai pas
eu le courage de faire autre chose que de descendre dormir
dans la cave, tellement j'ai de l'apprhension  me retrouver
seul chez moi. En consquence j'ai encore pass une nuit
parfaite et je ne me suis rveill le vendredi matin qu'
10 heures 30 passes, un peu en retard pour aller travailler
d'ailleurs. Il est vrai de plus que la cave est trs calme,
et je me demande si je ne devrais pas m'y installer pour
de bon ! Toujours est-il que j'ai le week-end pour voir
d'o vient ce mal. J'ai un peu cherch sur Google pour savoir
s'il existait des plans d'implantation d'antennes-relais,
mais je n'ai rien trouv. Par contre il existe des articles
qui semblent montrer que beaucoup de personnes habitant
prs d'un endroit o une antenne a t place souffrent
effectivement de maux tranges, maux de ttes, insomnies,
troubles visuels, dprimes, exactement ce que j'ai... Une
association s'est mme cre pour alerter les pouvoirs publics
sur les problmes de toute vidence lis  la prsence d'antennes-relais.
Mais d'aprs ce que disait l'article, ceux-ci semblent nier
toute relation de cause  effet et au contraire faire en
sorte de promouvoir la couverture du territoire pour les
tlphones mobiles au plus vite, au dtriment des familles
et personnes qui ont la malchance de se trouver proches
d'un lieu o une antenne a t installe. Il est un peu
tard et je vais aller dormir, mais je pense que j'essaierai
demain d'appeler cette association pour avoir un peu plus
d'informations et savoir comment trouver les lieux o des
antennes sont prsentes.

Samedi 19 octobre 2002
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Je suis STUPIDE ! Comment n'y ai-je pas pens plus tt ?
C'est le bracelet ! Bien sr ! Et j'en suis presque persuad
maintenant, aprs ma nouvelle nuit que j'ai termine dans
mon appartement, sans souci ! Au milieu de la nuit je me
suis rveill, ayant soif, et je me suis rappel du bracelet.
Aussitt je suis remont pour le mettre. Bilan, j'ai encore
mieux dormi que mes nuits d'avant, pas de mal de tte, pas
de cauchemar, pas de rveil en sueur au milieu de la nuit.
Bien au contraire je me sentais super bien. Ce matin aprs
mon rveil je dcide d'essayer de l'enlever, et trente minutes
aprs j'ai de nouveau envie de me tirer une balle. Un peu
plus tard, quand je suis parti faire les courses et que
je l'ai laiss  la maison, le mal de tte et la baisse
de moral se sont amenuiss pour recommencer ds que je suis
rentr. Aprs un moment je remets le bracelet, et de nouveau
j'ai une super pche ! Il n'en reste pas moins que tout
ceci est trs louche, mme incroyable. Je me demande vraiment
si ce bracelet est la cause et la solution de mon mal ;
mais a a l'air tellement vrai ! Je n'aime pas trop les
bijoux gnralement, je prfre rester commun, classique,
mais je vais peut-tre faire une exception pour ce bracelet,
et tant pis pour les remarques...

J'ai tout de mme normment de mal  croire que ce soit
ce bracelet, aprs tout ce n'est peut-tre qu'une concidence.
Il y avait peut-tre bien une antenne sur le toit, qui ne
me rendait pas bien, mais n'tait-elle que provisoire, ou
alors est-elle tombe en panne ? Je suis peut-tre tellement
persuad que c'est ce bracelet que je m'imagine moi-mme
que je ne vais pas bien quand je ne le porte pas alors qu'en
ralit ce n'est pas du tout le cas et je me fais des ides
? Le cerveau est tout de mme une chose bien trange. Je
me rappelle une copine qui m'avait racont, je ne sais pas
si c'est vrai, qu'un jour une personne s'tait enferme
par erreur dans une chambre froide. Ne pouvant rien faire
si ce n'est crire elle avait alors racont la prise progressive
du froid sur elle, son engourdissement grandissant jusqu'
la mort. Tout semblait traduire l'emprise effective de la
baisse de temprature progressive, jusqu'aux tremblement
de l'criture. Au seul bmol que la chambre n'tait pas
rfrigre  ce moment l, et que la temprature n'a pas
boug pendant toute la priode. La personne se l'imaginait
juste. Si cette histoire est bien vraie, comment peut-on
tre sr de quelque chose, si on s'invente et s'imagine
la moiti de la ralit ?... Il y aurait aussi l'hypothse
que ce bracelet soit un objet trs radioactif et que je
sois en train de me faire irradier et dtruire lentement
par ce machin. D'un autre ct ce n'est pas logique, ce
n'est pas possible car il n'y aurait pas de diffrence quand
je le porte ou quand je ne le porte pas. Or l'impression
change du tout au tout si je l'ai sur moi ou juste pos
 quelques centimtres.

Je ne sais pas trop quoi penser, je crois que je vais laisser
couler un peu de temps, voir comment cela volue. Le porter
 certains moments, le retirer  d'autres... Mais je suis
tellement bien avec... En y rflchissant bien peut-tre
que cette fille voulait effectivement que je trouve ce bracelet
et que je le mette ? Mais alors ce serait le signe que c'tait
une manigance, que cette histoire d'agression dans le parc
et de course-poursuite ne devait que me conduire  trouver
puis mettre ce fichu bracelet ? Bon sang si seulement j'avais
revu cette fille, mais aucune nouvelle. Je devrais peut-tre
tenter de nouveau de la retrouver... Mais comment ?

Ce bracelet est mon seul le moyen de la retrouver, peut-tre
que le porter lui permet de savoir o je suis ? Mais comment
ce bracelet peut-il savoir que je le porte ! Il n'a l'air
de rien, il n'a pas de capteurs, pas de... Je ne comprends
pas... Et  la limite qu'il comporte une lectronique moderne
pour relever la temprature o des capteurs infrarouges
cachs  l'intrieur pour savoir que quelqu'un le porte,
mais qu'en plus il puisse me donner mal  la tte et me
faire sentir dprim  plusieurs mtres de distance alors
qu'il n'a pas de source d'nergie, c'est difficilement croyable
! Aprs tout il a peut-tre une petite pile surpuissante
 l'intrieur, mais on nage en pleine science-fiction !

Jeudi 24 octobre 2002
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C'est le pied total ! Depuis que j'ai ce bracelet je nage
en plein bonheur, je dors comme un bb, je me sens super
bien, moral de folie, pche d'enfer. Je ne sais pas si c'est
juste un effet placebo mais je ne vais pas m'en plaindre.
Autrement je n'ai rien fait de bien passionnant depuis dimanche.
Je suis encore en rcupration aujourd'hui, je vais finir
par m'y habituer  force de prendre un jour ou deux toutes
les semaines...

J'ai lu qu'ils avaient retrouv une bote ossuaire datant
d'il y a 2000 ans avec marqu dessus "Jacques, frre de
Jesus" en Isral. L'inscription tait en hbreu bien sr,
ou dans la langue d'poque si ce n'tait pas de l'hbreu.
Ce serait un des premiers signes d'poque attestant de l'existence
de Jsus, quoiqu'il puisse y avoir exist pas mal de Jacques
frre de Jsus, qui taient tous deux des noms assez communs
 l'poque, toujours selon l'article... Pour terminer le
quart d'heure actualits, il y a aussi une prise d'otages
 Moscou par des rebelles Tchtchnes. Six cent personnes
prisonnires d'un thtre je crois. Les Tchtchnes demandent
le retrait des troupes russes de Tchtchnie. Dans la section
internationale le sniper US fait encore des siennes. C'est
semblerait-il un homme qui tue des personnes au hasard avec
un fusil, planqu on ne sait o dans la rgion de Washington.
J'imagine qu'il ne doit pas tre facile d'arrter une personne
qui tue alatoirement, avec une seule balle tire, par-ci
par-l. Enfin le peuple amricain est assez remarquable
en ce sens qu'il arrive  bien s'unir dans l'adversit.
L'orgueil a des bons cts, parfois. Et puis pour terminer
il y a eu un accord sur la Politique Agricole commune si
je me rappelle bien, entre la France et l'Allemagne.  propos
de cette PAC il faudra qu'on m'explique un jour l'intrt
de subventionner  fond la surproduction pour qu'il y en
ait encore plus alors que c'est la source du problme. Mais
il est vrai que je n'ai pas tous les lments pour juger...
De toute faon il est  prvoir que ces montages alambiqus
se cassent la figure un jour. Il faut toujours payer  un
moment ou  un autre, et tous regretteront bien fort et
amrement tous les excs actuels...

Pour revenir au bracelet, il me semble vident qu'il faudrait
que je m'en dbarrasse. Dans l'hypothse o ce que je crois
est vrai,  savoir qu'il me permet de me sentir bien et
que le fait de ne pas le porter me rend malade, c'est manifestement
qu'il y a quelque chose de malin  l'intrieur, quelque
chose ou quelqu'un qui veut m'en rendre dpendant. Voil
quelques jours que je le porte, et c'est vrai que je me
sens bien, mais des remords commencent  me traner dans
la tte. Ah dcidment je ne serai jamais bien, quand je
n'ai pas le moral je me plains, et quand enfin je le retrouve
je ne trouve pas cela normal... C'est vrai que d'un autre
ct pourquoi se morfondre ? Aprs tout ce temps o j'ai
mal dormi et o je me sentais mal, je me dis qu'un petit
peu de repos n'est pas de trop.

Toute cette histoire est quand mme bien drangeante, et
si je m'en rends compte et que je pense qu'il agit sur mon
moral ce serait stupide voire dangereux de le garder. Je
pense que je vais le descendre  la cave, de l-bas il ne
devrait pas me poser de problme. Je devrais srement le
mener  un laboratoire ou  je ne sais pas quel centre mais
je n'ai pas vraiment d'ide, la police simplement peut-tre...
Sans parler que j'ai un srieux doute sur le fait que l'on
me croie, d'autant plus que me connaissant ce n'est peut-tre
que moi qui me fais des ides sur ce truc, et que cette
nana m'a fait tourner la tte, ce qui est srement plus
dangereux qu'un petit bout de mtal inerte. Cela dit il
m'arrive quand mme des histoires tranges avec ce bracelet,
par exemple l'autre jour un homme m'arrte dans la rue,
une personne tout  fait anodine, du type bourgeois timide,
dirais-je. Il me stoppe malgr tout et me prend par le bras
o je porte le bracelet, et me dit plus ou moins :

- Pardon Monsieur, excusez-moi, puis-je jeter un coup d'oeil
 votre bracelet ?

Je l'ai laiss faire. Il l'a simplement touch quelques
secondes, puis a ajout :

- Vous ne devriez pas porter a. a peut vous causer de
srieux ennuis.

Et il est parti d'un pas press. Sur le moment je suis rest
bte, le prenant pour un fou, ne comprenant pas... Je me
suis dit aprs coup, trop tard, que j'aurais d le suivre,
qu'il en savait peut-tre plus, et aurait pu m'aiguiller
sur l'origine de cette nigme, sur cette fille.

Samedi 26 octobre 2002
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J'ai tent de le descendre  la cave, mais avant mme d'tre
remont dans mon appartement, j'ai d redescendre pour le
chercher. Je ne me sens pas bien ds que je ne l'ai plus,
o que je sois. Le garder m'a rendu dpendant de lui, je
ne peux plus enlever ce foutu bracelet, bordel ! Je ne sais
pas trop o j'en suis. J'ai du mal  dcrire le sentiment
que je ressens quand je ne le porte pas, c'est difficile
 exprimer. C'est comme une drogue, j'imagine. Je n'ai jamais
vraiment t accro, mais l'effet ne doit pas tre trs difficile
 imaginer. J'ai eu cependant une forme de dpendance au
chocolat quand j'tais gamin. J'avais  l'poque un manque
de magnsium et je mangeais plus d'une tablette par jour.
Je ne savais bien sr pas trop pourquoi, je pensais que
c'tait simplement parce que j'aimais a. J'aimais le chocolat,
bien sr, mais il se trouva alors que je fis  ce moment
l une cure de magnsium en capsules, et l'envie d'en manger
me passa net. Dans le cas prsent c'est un peu la mme chose,
mais  l'poque je n'tais pas mal  ce point. Quand je
l'ai descendu  la cave, la courte remonte  mon tage
a t un vritable calvaire. Dans les quelques minutes,
secondes peut-tre, pendant lesquelles je ne l'avais pas,
mon esprit tait compltement focalis dessus. Je me disais
que je devrais le remettre, que ce n'tait pas grave, qu'aprs
tout si j'tais bien avec c'tait stupide de ne pas le garder...
J'ai cd et j'ai fait demi-tour pour aller le rechercher.
Nous sommes samedi aujourd'hui, j'ai boss hier. Rien de
spcial, c'est ce matin que je me suis dit qu'il fallait
absolument que je m'en dbarrasse... Je ne sais pas quoi
faire, je ne peux pas le garder, ce n'est pas sain. Mais
c'est vraiment terrible, j'ai presque des remords rien qu'
penser au fait de le retirer. Je ne comprends pas, comment
est-ce possible ? Pourrait-il me donner des envies ? Contrler
ce que je pense ? Tout me semble centr sur ce bracelet.
Mme quand je ne le mettais pas, une fois ou deux je me
suis fait accoster par un vendeur de babioles qui me disait
que dans l'poque tourmente que nous vivions, il serait
prfrable de lui acheter un de ses bracelets porte-bonheur,
et de surtout ne jamais le quitter...  Comment est-ce possible,
 force tout ne peut pas tre que concidence ! C'est si
trange, si louche... Aprs tout il faut dire que ces histoires
doivent aussi me taper un peu sur le systme.

Dimanche 27 octobre 2002
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Rien n'y fait, je ne suis pas arriv  le retirer. J'ai
pass une nuit affreuse, j'ai cauchemard sans arrt et
je me suis rveill en sueur  trois reprises. Rves de
folies, de poursuites, d'aventures incroyables...  On peut
difficilement dire que j'ai tir parti de l'heure de sommeil
en plus que j'tais sens mettre  profit grce au changement
d'heure.

22 heures 14, bilan mitig de la journe. Lev vers 9 heures,
finalement je me suis endormi aprs avoir lutt plusieurs
heures en dbut de nuit. Aussitt debout mon esprit se focalise
sur le bracelet et sur un moyen pour me dbarrasser de lui.
Et je ne le sais pas, je suis  la fois tellement bien ;
je ne sais plus ce qui est vrai, ce que je m'imagine...
Je crois que je devrais prendre un peu de recul, arrter
de penser  lui, et laisser passer un peu de temps. Je vais
aller  Mandrake en esprant que a me permette de penser
 autre chose.

Guillaume tait au travail, je ne peux pas m'empcher de
lui raconter mon histoire. Je commence avec le bracelet
que j'ai trouv, la fille, le mal de tte, la dprime, le
fait que je me dise que le bracelet est la cause de mon
mal. J'explique ensuite que je l'ai gard quelques jours
au poignet avant d'avoir des remords, mais trop tard, et
que je ne peux plus le retirer, bref, tout ou presque...
Il ne me croit pas, bien sr, mais qu'esprer ? Au moins
j'aurais essay de mettre un peu les choses au clair dans
ma tte. C'est toujours trs utile, quand on veut rflchir
sur un sujet, quand on n'est pas trs sr de quelque chose,
de tenter de l'expliquer  quelqu'un. Construire un discours
remet les choses un peu dans l'ordre. Mais Guillaume doit
avoir raison, je voudrais tellement que quelque chose arrive,
qu'un truc incroyable se produise ou que cette histoire
de nana qui me court aprs ne soit pas juste un incident
sans consquence, qu'il est possible que je m'invente toute
une histoire sans lien avec la ralit, ou si peu.

Quoi qu'il en soit il me fait justement remarquer que j'ai
deux semaines de vacances  partir de la semaine prochaine,
et que je devrais en profiter pour prendre un peu l'air.
Nous devons aller pour le week-end du premier novembre 
l'le de R. La grand-mre de Guillaume y possde une maison
et il nous a invits  y passer cinq jours avec des collgues
du travail. Ce n'est pas forcment la meilleure priode
de l'anne pour aller  l'le de R, mais entre copains
nous trouverons bien de quoi nous occuper, et nous aurons
au moins le reconfort de ne pas tre gns par les touristes.

Sectes
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Carole reposa les feuilles et ne bu qu'une demi-gorge de
son th, dsormais froid. Thomas avait encore une dizaine
de pages  lire. Elle se dit qu'il ne devait vraiment pas
lire souvent pour lire aussi lentement. Elle en profita
pour aller au toilette et prendre une douche. Quand elle
revint vingt minutes plus tard Thomas terminait tout juste.

- Alors ?

- C'est bizarre cette histoire, tu penses que c'est vrai
cette histoire de bracelet ?

- J'en sais rien mais en tout cas il partait pour l'le
de R pour la fin octobre et le pont du premier novembre,
je crois que dsormais le doute n'est plus permis. Seth
suivait ce Franois Aulleri, cet Ylraw.

- Mais pourquoi, a a l'air d'un pauvre gars, avec ses histoires
de lettre  Mylne Farmer, c'est n'importe quoi.

- Moi je trouve pas. Je trouve a bien. Peut-tre parce
que je suis crivain. Mais j'ai trouv son histoire triste.
Je ne sais pas si cette histoire de bracelet est vraie ou
pas, mais en tout cas on sent qu'il ne va pas super bien.

- Mouais...

- Mais peut-tre que tout simplement ce Franois est le
frre de Seth, ou un cousin, ou je ne sais pas. Il n'y a
pas forcment d'explication irrationnelle. Ou peut-tre
en tait-elle amoureuse, aprs tout, ils avaient presque
le mme ge, non ?

- Oui...

- Je sais que ce n'est pas forcment vident d'admettre
que son ancienne petite-amie avait peut-tre un amant, mais
tu ne peux pas dire qu'il n'y a pas de lien, avec ce rcit
et l'le de R, il n'y a plus aucun doute, Seth est venue
ici l'anne dernire pour le voir, c'est certain, pour voir
ce Ylraw.

- Le fait qu'elle ait eu des amants, je crois que je me
suis fait  l'ide, mais je ne comprends pas le lien avec
ce Mathieu Tournalet, et qu'est-ce que ce Ylraw vient faire
dans l'histoire.

- L'un n'empche pas l'autre, crois-moi on peut avoir plusieurs
amants. L'avantages avec les amants quand on est mari ou
quand on a un copain officiel c'est qu'ils ont dj leur
jalousie mise  l'preuve, et que bien souvent ils ne voudraient
pas qu'on le quitte pour eux, alors en avoir deux ou trois
ne posent pas de problme...

- Tu sembles au courant...

- Je plaisante, je suis plutt rglo de ce ct l, mais
c'est une amie qui s'amuse toujours  me raconter ses imbroglios
entre tous les hommes de sa vie. Cela dit elle a dsormais
un connaissance de la psychologie masculine assez extraordinaire,
je lui demande souvent conseil pour mes caractres masculins
dans mes romans.

- On l'appelle ?

- Qui ? Ta copine ?

- Mais non ! Ylraw !

- Tu as son num ?

- Il y avait son adresse, non, sur son CV... Attends, oui,
9 rue Crillon  Paris dans le quatrime. Pagesblanches.fr...
Non... Rien au 9, il habite peut-tre chez sa copine ou
en colloc...

- Peut-tre qu'il a dmnag, depuis, son CV est dat du
1 Aot 2002, a fait plus d'un an.

- Oui... Franois Aulleri sur Paris... Oui ! Il y en a un
! J'appelle !

Carole quitta la pice pour aller chercher le tlphone
sans fil de la maison, elle revint et composa le numro.

- Oui bonjour, Carole Menguez  l'appareil...

"Menguez ? C'est nul comme nom", se dit Thomas, puis il
sembla se rappelait qu'elle n'avait pas donn ce nom la
premire fois qu'il l'avait vue. Il se dit qu'il fallait
qu'il pense  lui demander une explication.

- J'aimerais parler  Franois Aulleri.

- Ah, bonjour, je vous appelle pour un petit renseignement,
connatriez-vous une personne s'appelant Seth ?... Seth
comment ? Euh, attendez je demande...

Thomas lui souffle.

- Imah.

- Seth Imah... Non ? Ah... Hum... Et... Est-ce que vous
tes bien originaire de Gap ?

- D'Embrun ? Excusez-moi je ne connais pas... a se trouve
o ?... OK, et, je suis dsol d'tre si indiscrte, mais
j'ai trouv votre CV sur le net, et  vrai dire je recherch
une ami qui a fait presque exactement le mme parcours que
vous, Grenoble, Nancy, Pa... Vous n'tes pas all ni  Grenoble
ni  Nancy ? Mais... Ylraw c'est bien vous ?... Votre surnom
? Non ?... Ah... Toutes mes excuses alors... Un autre Franois
Aulleri ? Sans doute... Bien, bien, je m'excuse encore...
Oui au revoir...

- Alors ?

- Ce n'est pas lui... Pourtant il vient d'Embrun, et il
m'a dit que c'tait une ville proche de Gap...

- Tu vois, il s'appelle pareil et il vient presque du mme
endroit, c'est peut-tre aussi un concidence pour Ylraw...

- Celui-ci il n'est all ni  Grenoble ni  Nancy, et puis
peut-tre que Aulleri est un nom courant dans cette rgion...
J'aurais commenc  trouver a louche s'il avait fait le
mme parcours et qu'il prtendait ne pas tre cette Ylraw.
D'autre part il m'a bien dit qu'il savait qu'il y avait
un autre Franois Aulleri sur Paris, que parfois les gens
se trompaient.

- Bizarre. Enfin, nous n'avons pas son numro... Mais bon
ce n'est pas trop grave je peux passer lundi au travail,
j'aurais tout ce que je veux sur lui.

- Ah oui c'est vrai que tu travailles dans la police. N'empche,
rien qu'avec google j'ai trouv plus de truc que vous !

- Ouais... Je ne suis toujours pas convaincu de cette histoire
d'Ylraw, si a se trouve il n'existe pas ce mec, ou mme
c'est peut-tre Seth elle mme qui a crit a...

- Ah c'est pas bte, c'est possible, a colle tellement...
Pourtant a serait quand mme bizarre, avec le CV, le rcit...
Le fait que l'autre Franois Aulleri dise qu'il avait un
homonyme... Non moi je pense que c'est vrai, que c'est bien
lui que Seth suivait...

- Ouais... Bien, ben, on ne saura pas a aujourd'hui...
Quelle heure est-il ? 14 heures ! On pourrait peut-tre
aller manger ?

- Mais ! Tu baisses les bras bien vite ! Peut-tre qu'il
y a d'autre info sur son site... Peut-tre qu'on pourrait
chercher  Gap, peut-tre qu'on pourrait trouver le tlphone
de ses parents...

Carole, qui tait debout pour rflchir en marchant de long
en large, se rassit devant son ordinateur et se remit sur
les pages blanches.

- Houla ! Quand je disais que c'tait un nom commun ! Bon
ben  part tous se les faire, je crois qu'il va falloir
qu'on trouve un autre moyen...

- Peut-tre aussi qu'ils sont en liste rouge.

- Oui en plus... Hum... Bah on peut faire une recherche
avec son nom... Whaou... Il a fait des chose le Franois
Aulleri... Regarde son adresse, ylraw at mandrakesoft point
com, c'est bien lui... Il bosse dans linux, regarde... Tu
connais ?

- Le truc avec les pingouins ? 

- Oui, je l'ai sur mon ordinateur, c'est un copain qui me
l'a mis, quand je dmarre je peux choisir entre a ou linux,
mais pour l'instant j'ai pas encore eu le temps de vraiment
regarder.

- C'est bien se truc ? Moi j'ai juste vu des pubs dans les
magazines d'info, c'est pas juste pour les serveurs ?

- Non, non ! C'est vachement bien il parait, tu peux tout
faire... Et en plus la philosophie est vraiment bien, c'est
surtout pour a que je voulais l'utiliser, mais je prends
jamais le temps de rien, de toute faon...

- La philosophie, c'est quoi la philosophie de linux, c'est
pas juste un logiciel ?

- Non ! C'est un systme complet, et c'est bas sur les
logiciels libres, mon pote m'avait expliqu, c'est vraiment
bien, c'est des logiciels que tu peux copier, modifier,
revendre, c'est l'ide de partage... Ah mais voil pour
les lettres  Zazie et Mylne Farmer, c'est a !

- C'est quoi ?

- Et bien l'ide importante derrire les logiciels libres,
c'est que tout le monde doit avoir accs  la connaissance,
et qu'ensuite en fonction de ce que tu en retires, tu peux
donner en retour  l'auteur. Il voulait faire la mme chose
avec la musique, donner  l'auteur directement, parce que
c'est vrai que ce qui importe c'est l'auteur, c'est lui
qui cre, c'est pareil pour les livres. Par exemple je touche
huit pourcent du prix de vente de mon bouquin, pourtant
mme si c'est important que le bouquin soit imprim, transport,
vendu, tu te dis que c'est quand mme moi qui a la plus
forte valeur ajout dans l'histoire. C'est pareil pour les
maisons d'ditions, moi je suis compltement dans le trip,
franchement si les gens sont prts  imprimer eux-mmes,
t'imagines, il suffit qu'ils me donne dix pourcent du prix
et c'est avantageux pour moi ! Moi je pense qu'il a raison,
d'ailleurs avec internet et tout, c'est ce qui va se passer
 un moment ou  un autre...

- Il y a dj des problmes avec les maisons de disques
d'ailleurs,  la tl j'ai vu qu'ils voulaient interdire
les rseaux pirates d'change.

- Interdire ! Il me font rire, comment tu veux interdire
de s'changer des trucs sur internet, c'est comme  l'poque
vouloir interdire la libert d'expression, c'est perdu d'avance,
ils feraient mieux de trouver des trucs plus intelligents,
ils feraient mieux de se reconvertir et de commencer  crer
quelque chose, devenir musicien, ou crivain, ou n'importe,
mais essayer de crer, plutt que vouloir passer leur temps
 dtruire...

- Ben c'est sr que si tout le monde passe par internet
les maisons d'ditions servent plus vraiment, elles ont
peur...

- Tu m'tonnes, mais les choses voluent, les marchal ferrant,
les chaufourniers, les charrons, aussi ils n'y en a plus,
et aprs ? Franchement si chacun pouvait avoir plus de facilit
pour crer, pour devenir artiste, pour faire connatre ses
oeuvres, plutt que faire avocat et attaquer en justice
tout ce qui bouge, le monde ne tournerait pas plus mal...

Thomas ne savait pas ce qu'taient un charron ou un chaufournier,
mais il s'en moquait.

- Mouais, peut-tre, ces vrais que les intermdiaires ont
tendances  disparatre, en gnral...

- C'est clair, je bni le jour o je pourrai simplement
dire sur mon site que mon bouquin est termin, et que les
gens pourront directement en avoir une copie chez eux pour
une somme modique, au lieu de devoir attendre la maison
d'dition, le transport, les librairies...

- Oui mais a serait un bordel monstre, si tout le monde
pouvait crire ! Comment on s'y retrouverait ! Les maisons
d'ditions font une slection, a limite.

- Ah ? Et tu trouves a bien toi de limiter, de filtrer,
de contrler en quelque sorte, tu trouves a bien que deux
ou trois grandes maisons d'dition contrlent toutes les
ides qui sont vhicules ? Moi je ne trouve pas a normal,
bien sr il y aurait plus de bouquins, mais est-ce que tu
ne crois pas que si un auteur est vraiment talentueux il
a besoin de publicit dans toutes les fnacs de France pour
tre connu ? Au contraire, nous n'aurions pas  subir toutes
les erreurs des maisons d'ditions qui misent sur des auteurs
qui en fait ne plaisent pas, et qui font le forcing derrire
pour rentabiliser...

- Mouais... C'est vrai... C'est un peu pareil pour la musique,
il y a plein de petit groupe qui se font connatre maintenant
par internet...

- Exactement ! C'est pas rentable du tout pour une maison
de disques d'avoir des milliers d'artistes diffrents !
C'est carrment plus pratique d'avoir deux ou trois superstars
qui font des millions de ventes, c'est sr ils font plus
de marges sur le volume. Alors tous les auteurs qui ne sont
pas trop  LEUR mode, et ben ils passent  la trappe.

Thomas se dit que c'tait plutt une bonne chose qu'il ne
sortt pas avec elle, elle avait beaucoup trop d'ides bizarres.
Il aimait les maisons de disques, il aimait Sony et Universal,
et il trouvait a trs bien la faon dont ils vendaient
et promouvaient les artistes. Bien sr les disques taient
peut-tre un peu chers, mais il compensait en tlchargeant
une bonne partie sur internet. C'tait un quilibre qui
lui convenait et il n'avait pas envie de payer, mme pas
grand chose, pour toutes ces musiques qui finalement ne
lui plaisaient pas. Il aimait acheter les artistes qu'il
apprciait vraiment, et il trouvait le son meilleur sur
son installation Hi-Fi qu'il avait pay une fortune. Puis
Carole se leva, il devina ses formes sous ses jeans moulants,
et il oublia tout a. Aprs tout ses paroles taient senses,
se dit-il.

- Bon, que fait-on alors ?

Carole avait rflchit un instant, puis s'tait retourne
vers lui.

- Et bien, je ne sais pas, on pourrait aller manger ?

- Dcidment ! Tu ne penses qu' manger ! Cela dit c'est
vrai qu'il est presque 15 heures...

Thomas fut bless par cette dernire remarque tant par sa
rputation d'affame qu'il pensait avoir donne  Carole
que par son sous-entendu sur son manque de perspicacit.
Il tenta de se reprendre :

- On peut peut-tre appeler cette socit, la dernire o
il a travaill, il y travaille peut-tre toujours ?

- Oui mais nous sommes samedi... Mais pourquoi pas.

Carole se rassit et en quelques minutes avait trouv le
numro de tlphone de Mandrakesoft, 43 rue d'Aboukir, en
plein coeur du sentier parisien.

- C'est dans les pages jaunes, pas trop dur, maintenant
 voir si quelqu'un rpond.

Carole repris son combin et numrota. Thomas sentit son
ventre gargouller. Pendant quelques secondes ils restrent
silencieux, finalement Carole raccrocha.

- a ne rpond pas...

- a doit tre ferm le samedi...

- Sans doute... Bon... Allons mang. Tu m'invites ?

Thomas se dit qu'elle avait quand mme un peu de culot.
Mais aprs tout elle le logeait gratuitement, il pouvait
bien lui payer un repas.

- OK.

Ylraw
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Vacances
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Mardi 3 dcembre 2002
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Un peu de rpit, enfin, dans ce cybercaf de Melbourne,
pour prendre le temps de poser les vnements. Pour simplifier
la lecture, tout comme l'criture, je vais tenter tant que
possible, sauf oubli, d'crire les pripties dans l'ordre
et au prsent. Ceci de faon  rester dans un ordre chronologique,
et de m'viter d'utiliser tous ces temps barbares du pass
que je ne matrise pas. De plus ceci me donnera aussi l'occasion
de parler des lments que je ne ralise qu'aprs coup.
Par exemple l'pisode de l'homme qui vendait des bracelets
et que je n'ai mentionn qu'au moment o je me suis rendu
compte que je ne pouvais pas enlever le mien. Il aurait
plus justement trouv sa place auparavant. Bien videmment
je n'ai peut-tre pour l'instant pas encore tous les lments,
mais j'ai l'impression, mme si je me pose srement plus
de questions que je n'ai de rponses, que beaucoup de choses
peuvent tre mises en corrlation dans ce qui s'est pass
depuis mon dpart de Paris. Je reprends donc l'histoire
o je l'avais laisse.

Lundi 28 Octobre, encore trois jours de travail avant de
partir pour l'le de R. Je tente de me dstresser un peu
du souci caus par le bracelet ; aprs tout quand je le
prends sans me poser de questions je me sens plutt bien.
Je fais l'effort de me concentrer sur le boulot, et reste
un peu tard pour discuter et pas me retrouver seul. Comme
d'habitude le soir repas avec les couche-tard du travail.
Mardi, mercredi, mme histoire, il fait moyennement beau
; je prpare deux ou trois affaires pour le week-end prolong.
Nous serons cinq l-bas. Guillaume, Amaury et moi partons
en train mercredi soir, et le lendemain soir Pixel et Franois
nous rejoignent en voiture. Ils travaillent tous  Mandrakesoft.
Les parents de Guillaume habitent La Rochelle. Nous allons
en train jusque l, et ses parents nous attendent  la gare
o ils nous prtent une voiture pour le week-end. Ce qui
est bien pratique et sympathique de leur part parce que
l'le de R est un peu plus grande que ce que je pensais.
D'autant plus que Saint-Clment des Baleines, le patelin
o nous allons retrouver la maison de vacances de la grand-mre
de Guillaume, est tout  l'extrmit ouest de l'le. Un
fois sur place le premier soir nous ne nous couchons pas
trs tt, entre le voyage et le fait que nous discutons
un peu avant de nous organiser pour dormir. La maison n'est
pas trs grande mais agrable, une grande pice qui se spare
en deux, une chambre, une salle de bain et une cuisine.
On peut tenir  huit dit Guillaume, et  trois ou  cinq
demain ce sera tranquille. Il y a en plus un grand jardin
o on peut aller faire pipi pour conomiser une chasse d'eau,
ce qui reprsente au moins vingt litres, dixit Guillaume,
ce n'est pas rien, c'est le ncessaire pour une journe
en Afrique.

Jeudi, je dors mal ; je vais paradoxalement  la fois tellement
bien, physiquement, et tellement mal, moralement. Je ne
sais pas si cela vient uniquement du fait que j'ai des remords,
que je me sens coupable, faible, ou si le bracelet me donne
aussi ce malaise moral. Mauvaise nuit mais je finis par
faire un somme le matin, et pour une fois je me fais rveiller
par autre chose qu'un rve dlirant. Guillaume est debout,
Amaury ronchonne dans son lit. Aprs un petit djeuner grce
aux victuailles gentiment fournies par la maman de Guillaume,
nous prenons la voiture pour aller  Saint-Martin faire
les courses pour les jours  venir. Manque de chance l'Intermarch
est ferm entre midi et 15 heures. Nous y sommes vers 13
heures et quelques et nous dcidons d'aller djeuner dans
un petit resto sur le port de Saint-Martin. Tout est plutt
tranquille et joli, il n'y a pas trop de touristes  cette
poque de l'anne. Guillaume reconnat  une table une personne
connue, qui a fait je ne sais plus trop quoi dans "Notre
Dame de Paris", la comdie musicale. Ce doit tre le metteur
en scne ou quelque chose dans ce genre. Mais ce n'est pas
trs important.

Nous finissons par aller faire les courses, de quoi tenir
quelques jours. Ensuite nous partons  la recherche de pelles
de comptition pour les chteaux de sables sur la plage.
Nous finissons  un magasin d'outillage o nous nous dgotons
une bonne bche et une pelle de chantier  faire pisser
d'envie tous les marmots des plages.

Retour  la maison, nous dcidons alors d'aller faire un
tour  la plage de la Conche, pas trs loin de l. Premier
essai de chteau sur la plage, circuit de billes... L'eau
n'est pas chaude, juste les pieds dedans suffisent  m'avertir
qu'il vaut mieux attendre le lendemain pour une tentative
de baignade. Je commence  dtester les lendemains, ces
nuits qui sparent les jours et o je ne fais que penser
 ce fichu truc en mtal, ou bien en je ne sais pas quoi,
et  elle, encore. Est-ce que tu as vraiment voulu que je
le mette ton bracelet ? Est-ce qu'il est vraiment  toi
? O es-tu ? Soupir... La vie est dure parfois...

Vendredi. Pixel et Franois sont arrivs hier soir. Je n'ai
pas beaucoup dormi. J'ai comme le sentiment que ce bracelet
m'observe, m'tudie. Je reste au lit histoire de ne pas
dranger mes potes qui ont l'air de dormir paisiblement.
Je ne sais pas trop quoi penser, quoi faire. Je suis  la
fois dsespr de cette chose qui de toute vidence me veut
du mal, et presque heureux que quelque chose de surnaturel,
ou trange, arrive. La vie est tellement morose par moments,
le monde tellement glauque, avec toujours les mmes rengaines,
les mmes objectifs, la mme misre, les mmes injustices...
Peut-tre ce bracelet est-il la cl pour quelque chose de
nouveau ? Ah bah ! Guillaume a srement raison, je suis
compltement aveugl par ce truc qui n'est rien d'autre
qu'une excuse pour tenter de m'vader un peu de la ralit.
Pourtant j'ai tellement l'impression que c'est vrai.

J'attends, une heure, peut-tre deux ou trois en ralit,
et je finis par regarder l'heure. 8 heures 54. C'est une
heure honnte pour se lever et aller faire un tour dehors.
Je prends deux ou trois affaires sans trop faire de bruit,
m'habille dans la cuisine et je sors. Il fait plutt frais.
Le temps est grisailleux.  Ah mon Soleil, o es-tu donc
? Pourquoi es-tu si loin depuis si longtemps ?  Que ne pourrais-tu,
toi, me dbarrasser de ce bracelet ? Peut-tre devrais-je
demander  mes amis de tenter de me l'enlever en dormant
?...

Je marche un peu, vais jusqu' la mer qui ne se trouve qu'
quelques centaines de mtres. Je m'assois sur le petit mur
de la digue quelque temps. Je rentre ensuite doucement,
aprs une petite heure  rester l, rvasser. Mes copains
dorment toujours. Je reprends un peu de forces et tente
une fois de plus de m'enlever ce bracelet, sans succs,
bien sr, toujours cette dpendance. Je me demande comment
il marche ; il doit utiliser des ondes ou quelque chose
de ce type. J'ai l'ide de trouver du papier alu pour faire
une sorte de cage de Faraday autour. Sans grand succs,
ds que je l'enlve pour le mettre  l'intrieur, crise
de larme et compagnie, convulsion, c'est vraiment impressionnant.
Ce n'est plus le bracelet le problme dsormais, c'est moi.
Je suis plus dpendant du port de cette chose qu'un drogu
ne l'est de la cocane, ou de l'hrone pour tre plus juste,
n'existant pas, parait-il, de dpendance physique  la cocane.

J'ai d faire un peu de bruit, Guillaume se lve ; il dormait
dans la chambre  part alors que nous quatre dormions dans
la pice principale.

- Bien dormi ?

- Non.

- Toujours le bracelet ?

- Ouais.

- Tu devrais vraiment le virer ce truc, c'est n'importe
quoi, va donc le balancer dans la mer que tu t'en dbarrasses
!

- Tu as sans doute raison... Mais...

- Bien sr que j'ai raison, et si tu continues  nous embter
avec cela, je peux te dire que je vais te le balancer moi-mme
ton machin !

- Non, non, il faut que ce soit moi qui le fasse, sinon
je vais pter un boulon, mais je vais le faire.

- Les autres dorment ?

- Je ne sais pas, a fait un petit moment que je suis debout.
Je suis all faire un tour dehors prendre l'air.

Les autres ne dormaient pas, ou pas tous. Plus exactement
seul Amaury menaait quiconque tentant de le sortir du lit
 une heure aussi indue de diverses reprsailles. Et puis
finalement djeuner pour tout le monde et programme de la
journe.

- Je propose pour commencer une petite balade sur la digue
jusqu'au phare des Baleines. Aprs on revient manger ici,
puis s'il fait beau on peut prendre les pistes cyclables
en rollers, elles sont pas trop mal et traversent les marais,
a fait un tour sympa d'environ dix ou quinze bornes.

G.O. par Guillaume.

- Et la bite gante sur la plage ?

-  oui c'est vrai Amaury, ben on pourra la faire demain
?

- Ouais mais on peut quand mme aller sur la plage ?

- Bon on n'a qu' faire la balade jusqu'au phare, et puis
aprs djeuner on voit en fonction du temps si on fait plage
ou roller, moi je sors pas mes rollers si c'est mouill,
de toute faon.

Pixel rconcilie tout le monde.

Nous partons donc faire une balade en direction de la digue
o je suis dj pass ce matin. Je n'ai pas trop le coeur
 quoi que ce soit, de toute manire. Nous arrivons finalement
jusqu'au phare au sommet duquel nous dcidons de monter.
Il n'est pas extrmement haut mais comme le pays est plutt
plat, nous voyons assez loin malgr le temps plutt brumeux.
Je n'aurais peut-tre pas d monter, une fois en haut j'ai
eu presque envie de sauter par-dessus. Sauter pour que cette
chose me laisse enfin. Je me demande si je ne suis pas en
train de perdre les pdales. Ce n'est pas vraiment mon truc
le suicide. Est-ce que ce serait ce bracelet qui me donne
ces envies ? Bordel je ne sais plus si c'est moi qui pense
ou un autre, ou autre chose !

Je m'vade un peu en regardant l'horizon. Amaury et Pixel
ont une conversation mtaphysique sur la pente que cela
ferait s'il y avait une piste de ski entre le sommet du
phare et une maison pas trs loin de sa base. Nous sommes
assez haut pour sentir le vent souffler. Mais il n'emporte
rien de mes poids. Il ne fait que me transir et nous redescendons
alors que je commence  n'avoir vraiment pas chaud. Retour
 la maison par l'intrieur des terres, djeuner, des ptes
avec je ne sais plus vraiment quoi ; je ne mange presque
rien de toute faon. Je tente de dormir un peu ensuite,
je russis  faire un somme d'une vingtaine de minutes au
chaud sous deux ou trois couvertures.

C'est encore un de ces sales rves qui me rveille, toujours
comme si quelque chose m'observait, si ce bracelet voulait
m'emporter. Il y russira,  force... Les autres n'attendant
plus que moi, je ne poursuis pas ma sieste, je me lve et
nous partons pour la plage, dcidant de laisser le roller
pour le lendemain.

Plage de la Conche, toujours la mme. La mare descend,
nous entreprenons la construction d'un bassin de rtention,
c'est  dire pour le dire simplement de faire un trou aliment
par des canaux pour drainer l'eau infiltre dans le sable,
et ainsi crer une tendue d'eau. Je file deux ou trois
coups de pelle puis vais plutt m'asseoir un peu plus loin,
je n'ai pas vraiment l'envie de m'amuser. La mer me tente
un peu, je retire mon tee-shirt pour garder juste mon maillot.
Ma montre au poignet gauche, et le bracelet au poignet droit,
toujours. L'eau est froide. Les autres finissent leur bassin
de rtention et viennent aussi tester l'ocan. C'est si
froid mais j'en oublie un peu le reste et me dtend un peu,
enfin. L'engourdissement en est presque agrable. Aprs
une dizaine de minutes tout le monde sort et nous repartons
alors que le Soleil est dj couch depuis un petit moment.
Le soir nous sommes tents par un plateau de fruits de mer
 un restaurant. Douche pour tout le monde puis direction
Saint-Martin en voiture. Un peu la galre avant de trouver
un restaurant non complet ou avec des places en non-fumeurs.
Mais l'attente nous permet de faire le tour du port et une
balade dans la ville, qui se rvle des plus mortes en dehors
des alentours immdiats du port. Plateau de fruits de mer,
je n'ai pas vraiment d'apptit ; je gote un peu tout mais
ne mange pas grand-chose. Ceci pour le plus grand bonheur
de mon entourage en famine permanente, enfin surtout Pixel.

Je ne fais pas attention  quelle heure nous rentrons, je
suis fatigu, puis, mais sais trs bien que la nuit ne
sera qu'un autre ramassis de cauchemars. J'ai chaud ou froid
je ne saurais dire. Aprs quelques heures d'insomnies, je
ne sais pas combien, je ne regarde mme pas ma montre, je
dcide d'aller faire un petit tour dehors, prendre l'air.
Je m'habille sans faire de bruit et sors pour marcher un
peu. Je marche en ralit plus qu'un peu et me dirige, sans
trop savoir pourquoi, vers la plage de la Conche, o nous
sommes alls hier et aujourd'hui. Nous nous y rendons habituellement
en voiture mais ce n'est pas si loin  pied finalement.
Je m'assieds un peu sur le sable. L'air est frais. Je soupire.
Et puis, je ne sais pas trop si c'est moi qui... Enfin,
je me lve, et je marche vers l'eau. Une vague recouvre
mes chaussures. Elle est froide, mais c'est comme si j'avais
besoin de me retrouver l. Je continue  avancer, j'ai de
l'eau jusqu' la taille. Je tiens mes bras hors de l'eau
puis enfin plonge le bracelet sous la surface, pour le glacer,
pour le noyer, pour l'oublier. J'avance, encore, jusqu'
devoir nager, je vais doucement, en faisant une sorte de
pseudo-brasse. J'oublie... Je ne sais pas trop si j'ai nag
longtemps ou pas, loin... Je n'ai pas envie de regarder
derrire. Je m'arrte, je le sens de nouveau  mon bras,
presque encore plus froid que la mer. Je prends ma respiration,
je descends de quelques mtres sous l'eau. Je souffle, je
m'enfonce en mme temps que l'air de mes poumons s'chappe.
Tranquillit... Enfin... Tranquillit...

Le silence, le froid, la quitude d'oublier.

Puis la panique, me rveillant presque d'un mauvais rve.
Je ralise que je suis descendu trs profondment sous l'eau,
cela siffle dans mes oreilles, j'ai besoin d'air. J'ai froid.
J'essaie de remonter, mais je n'ai plus d'air et ne peux
retenir le rflexe de reprendre ma respiration. Une brlure
envahit mes poumons, je commence  tousser, et je comprends
que je ne contrle plus rien, que l'eau a rempli mes poumons,
et que je ne peux qu'accepter les derniers soubresauts spasmodiques
de mon corps. Il parait que l'on se noie un peu moins vite
dans l'eau sale que dans l'eau douce. Quatre minutes je
crois... Je t'aimais bien, corps, tu n'tais pas parfait
mais je t'aimais bien. Je crois que je ne t'aurais chang
pour rien au monde... Pardon pour tout ce que je n'ai pas
fait, pardon de partir alors qu'enfin quelque chose arrivait...
La vie est trange parfois...

La Pierre Univers
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"...Fais-en bon usage, mon frre..."

C'est un peu comme dans ces films o les gens se rveillent
dans le corps de quelqu'un d'autre avec le sentiment que
ce n'est pas leur vie dont ils se souviennent. Un peu comme
si on m'avait donn le rle  suivre et donn vie dans ce
corps, tendu l sur la plage...

Il me faut quelques instants pour retracer ce qu'il s'est
pass, la mer, la noyade. Mes poumons me brlent. J'ai d
tre ramen par la mare, je ne devais pas tre si loin
du bord, et ainsi je ne me suis pas noy. Peut-tre que
l'eau froide m'a mis en hypothermie, et que cela m'a permis
de tenir plus longtemps sans oxygne. Je me rappelle avoir
lu que certaines personnes, comme les skippers quand leur
bateau chavire, taient restes plusieurs dizaines de minutes
dans l'eau froide et s'en taient sorties, leurs corps tant
passs dans une sorte d'hibernation. Mais quelle ide m'a
pris ? a ne va vraiment pas, je me dis que j'ai vraiment
un problme, quel idiot, j'ai bien failli y passer pour
de bon ! Il a l'air de faire nuit, je ne sais pas trop quelle
heure il est. Je bouge difficilement et lentement jusqu'
m'agenouiller, la tte pose sur mes mains au sol. J'ai
mal partout. Je tousse, crache des restes d'eau sale. J'essaie
de voir l'heure  la faible lueur de la nuit. 4 heures 23.
Je respire par grandes inspirations, entre les quintes de
toux. Je regarde dans le vide, pendant plusieurs minutes.
Mais je me rends compte qu'en ralit je ne regarde pas
exactement dans le vide. Il y a devant moi un galet. Je
ne sais pas pourquoi je suis fix dessus. Il n'a rien de
particulier c'est juste un galet de trois ou quatre centimtres,
blanc, avec quelques traces jauntres dessus. Je crois que
si on devait choisir l'archtype d'une pierre banale il
ferait parfaitement l'affaire. Mais c'est difficile  expliquer,
j'ai l'impression d'tre attir, ou hypnotis... C'est un
peu comme si la Terre entire tait concentre  l'intrieur.
Comme s'il rayonnait. Je reste  le regarder de longues
minutes,  avoir envie de le toucher sans l'oser.

Je reprends mes esprits en me demandant depuis quand je
suis fan de galet aprs la noyade. Je m'nerve un peu et
me dis qu'il ne va pas m'embter longtemps et que je vais
le balancer dans la mer, qu'il va tre content du voyage
! Je le prends dans ma main et me lve brusquement en me
prparant  le lancer mais je suis tout engourdi et je me
dsquilibre et tombe sur le ct. Je me laisse rouler pour
me retrouver allong sur le sable, le galet dans ma main.
J'ai une sensation trange. Mon mal passe. C'est un peu
comme si toutes mes courbatures, mon mal au crne, mes brlures
dans les poumons, comme si mon corps faisait une pause,
ne sentait plus rien. Je reste ainsi, interloqu, profitant
de cet instant de satisfaction. Le vent frais matinal charg
des parfums de la mer m'emporte dans quelques rves.

Je suis si bien, comme si je ne m'tais pas allong depuis
des mois. J'en oublie mon galet que je garde dans ma main,
le serrant si fort que j'en ai presque mal. Je suis sur
le point de m'endormir.

- Bonjour. Bienvenue, je m'appelle Gaen.

Je suis brusquement sorti de mon somme. Un jeune homme se
trouve juste au dessus de moi. Je me relve, moins pniblement
que tout  l'heure, ne sentant pas plus mes courbatures
que mon engourdissement. Il m'interroge :

- Depuis quand tes-vous arriv ?

- Depuis quand je suis arriv o ? Sur la plage ? Mais qui
tes-vous, pourquoi tes-vous l ?

L'homme parait surpris de ma rponse, et semble se mettre
sur ses gardes. Il tente alors de me baragouiner un truc
dans une langue que je ne connais pas. Je commence  m'tirer
en lui rpondant.

- Je comprends rien  ce que vous me dites, rpondez-moi,
pourquoi vous tes l en plein milieu de la nuit sur la
plage, vous m'avez suivi ?

Il hsite un instant.

- Oui, je vous ai suivi.

- Pourquoi ?

Il regarde htivement autour de lui, comme s'il avait peur
de quelque chose, il semble se fcher, s'impatienter.

- D'abord, retirez votre bracelet.

Le bracelet ! Je l'avais compltement oubli. Il est toujours
 mon poignet droit. Je replie mon avant-bras pour le regarder.
C'est un peu comme si je ne le sentais plus, serait-il devenu
inactif ?

- Mon bracelet, oui mais, je ne peux pas l'enlever, enfin...
Je crois.

Je ne le sais pas  vrai dire, n'ayant plus cette sensation
de dpression, de mal, de migraine. Il me saisit le poignet
pour le retirer lui-mme, je suis oblig de rcuprer la
pierre dans ma main gauche.

- Qu'est-ce que c'est ?

- Je ne sais pas, c'est une pierre que j'ai trouve sur
la plage.

Il me regarde bizarrement alors que je le laisse m'ter
le bracelet. Je perois un sentiment trange, comme un poids
qui se retire. trangement je me sens encore mieux, encore
plus libre que je ne l'tais tout  l'heure allong.

- C'est trange, habituellement je ptais un cble  ce
moment-l, comment avez-vous fait ? Vous tes magicien ?

Il sourit.

- Non je ne crois pas. Mais ne restons pas l, allons chez
moi, il est trop tard pour que je fasse machine arrire
dsormais, et les autres risquent de vous trouver si nous
restons l.

Tous ces mystres m'intriguent.

- Mais  la fin qui tes-vous ? C'est quoi ces histoires.

Il ne me rpond pas et me fait simplement signe de le suivre.
Je ne sais pas trop si je dois le suivre ou ne pas lui faire
confiance. Je ne sais pas plus qui il est ; il a l'air de
n'tre pas trs vieux, peut-tre vingt-cinq ou trente ans.
Quelque chose est bizarre dans son apparence, comme s'il
tait trop parfait, trop beau, un peu comme ces mannequins
qu'on ne voit qu'en photo dans les magazines, avec la peau
de bb et le corps parfaitement sculpt. Il doit mesurer
dans les un mtre quatre-vingts, blond-chtain ; plutt
beau gosse, je pense que je craquerais si j'tais une nana.
Habill de tissus blancs, lgers, je me demande comment
il ne meurt pas de froid. Cependant moi aussi si je sens
le froid je n'en suis pas pour autant drang, comme si
mes sensations n'taient qu'une information et plus une
souffrance. Je suis d'ailleurs encore mouill, et devrais
tre transi avec la lgre brise. Je ne sais pas combien
de temps je suis rest allong sur la plage mais le vent
ne m'a pas compltement sch. En plus j'ai du sable de
partout, je dteste le sable, c'est une vraie plaie, si
seulement il pouvait exister un monde sans sable...

- Vous venez ?

Voyant que je ne bougeais pas, il s'est arrt pour me tirer
de mes rvasseries.

- Vous habitez loin ?

- J'habite  Saint-Clment. Je vais souvent prs du phare,
c'est l que je vous ai vu pour la premire fois il y a
deux jours.

- Mais pourquoi vous me connaissez ?

Nous continuons la discussion en commenant  marcher en
direction de Saint-Clment.

- Je ne vous connais pas vraiment, on m'a juste parl de
vous, et que... Mais vous ne m'avez pas rpondu, depuis
quand tes vous arriv ?

Je me dis que peut-tre cet homme est une sorte de clandestin
ou membre d'une mafia, une secte ou quelque chose d'quivalent
et que le bracelet est un moyen de reconnaissance, un objet
qu'ils ne portent que lors de runions secrtes, le montrer
au grand jour tant un risque pour eux de se faire dcouvrir.
La fille qui a perdu celui que je possdais doit aussi faire
partie du mme groupe que lui, et apparemment certains doivent
en avoir aprs moi pour les avoir mis en danger. Mais comment
a-t-il fait pour me le retirer ? Pourquoi est-ce que je
n'ai pas de crise de larmes, de mal  la tte ? Serais-je
guri ? C'est incomprhensible.

Il s'impatiente. Nous marchons toujours pour quitter la
plage.

- Alors ? Depuis quand tes-vous l ?

Je ne sais pas s'il vaut mieux que je fasse le bent ou
plutt lui dire la vrit tout de suite. Et puis aprs tout
je suis du monde Free Software, les logiciels libres, et
en consquence je dcide de ne pas faire de cachotteries,
rien ne sert de vivre si c'est pour tricher, les moyens
me donneront la fin.

- Je vais t'avouer un truc, ce bracelet il est pas  moi,
je l'ai trouv aprs avoir couru  la poursuite de la nana
 qui il appartenait sans doute, srement une copine  toi,
vous avez le mme look top model. Et depuis que je l'ai
au poignet, j'ai plus ou moins pt un cble pendant le
temps o je ne pouvais plus le retirer, jusqu' ce que je
me noie et que tu me retrouves allong sur la plage et que
tu russisses, je ne sais pas trop comment,  me le retirer.

- Vous l'auriez donc juste trouv ? a pourrait expliquer
certaines choses, tout en en complexifiant d'autres. Mais
maintenant c'est moi qui vais avoir des ennuis si je me
suis tromp  votre gard... Htons-nous !

Alors il commence  trottiner, je le suis au mme rythme.
Les lueurs du matin dbutent  l'est. Le bougre acclre
le pas, dcidment ils sont tous sprinteurs chez eux, entre
lui et la fille ! Il n'habite en ralit pas trs loin de
la maison de la grand-mre de Guillaume ; il faudra  ce
sujet que j'y passe tout  l'heure pour ne pas qu'ils s'inquitent.
Nous rentrons dans sa demeure. La maison est plutt austre,
on dirait qu'elle n'a pas chang de dcoration depuis des
sicles. J'ai toujours ma pierre dans ma main, je ne sais
pas vraiment pourquoi. Il dpose le bracelet sur une commode.

- Quel ge avez-vous ? Quel est votre premier souvenir ?

Ses questions me surprennent.

- 25, non, 26 ans. Mon premier souvenir, hum, je sais pas
trop, l'cole maternelle, quand je ne voulais pas y aller.
Ma grand-mre me charriant dans la carriole pour aller faire
le jardin ? Une tasse de caf bouillant que je me renverse
dessus... Je ne sais pas trop dans quel ordre, pourquoi
? Vous me testez ?

- Oui. J'avoue que je suis un peu perdu moi aussi. Depuis
quand avez-vous ce bracelet ?

- Tout juste un mois, pourquoi ?

- Juste pour vrifier. Tenez, asseyez-vous, je vais chercher
de quoi boire, vous devez tre glac aprs votre baignade.

Il est bizarre tout de mme. Il quitte la pice pour aller
dans ce que je pense tre la cuisine. Je tente de faire
un inventaire de la salle, rien d'trange, uniquement des
lments raisonnablement prsents dans une vieille maison.
Il revient dix minutes plus tard avec deux chocolats chauds
et des biscottes. Je me suis assis dans un fauteuil entre-temps.

- Vous habitez ici depuis longtemps ?

Il semble hsiter.

- Euh non pas trs longtemps, j'ai hrit cette maison de
ma grand-mre, j'y viens passer des vacances de temps en
temps.

- Et tes parents ?

Je ne sais pas trop si je dois le tutoyer ou le vouvoyer,
il a l'air jeune. Il hsite encore.

- Euh, je ne les ai pas connus, ils sont dcds dans un
accident de cal... de voiture alors que je n'avais que deux
ans. Mais buvez, tout refroidit vite par ici, la maison
n'est pas beaucoup chauffe.

Je n'en prends qu'une petite gorge, il ne m'inspire pas
confiance, je n'en avale qu'un tout petit peu. De la faon
dont il m'observe il a forcment mis un produit dedans,
surtout qu'il n'en boit mme pas et qu'il ne dit pas un
mot. Je comprends trs vite que c'est un produit pour m'endormir.
Le peu que j'ai bu me rend dj tout engourdi et les yeux
lourds. Je dcide de faire semblant de m'endormir. Mais
le produit est fort et efficace et j'ai du mal  rsister.
J'hsite mme  me laisser aller,  dormir un petit peu...
Enfin, aprs tout ce temps...

Il s'approche, j'attends de voir ce qu'il va faire, mais
quand je ressens le dbut d'une piqre sur mon bras gauche,
je ragis violemment et le pousse avec mon autre bras et
me dresse d'un coup, il est surpris et se dstabilise en
arrire. Je lche ma pierre dans le mouvement. Je me suis
lev un peu vite j'ai la tte qui tourne, mais je me reprends
et mettant  profit mes cours de ju-jitsu, j'arrive  maintenir
son dsquilibre et  le prendre en tranglement. Je vois
alors qu'il essayait de me piquer avec une seringue, srement
de quoi me faire dormir pour de bon aprs le chocolat, dans
la foule, je me baisse avec lui toujours en tranglement,
et rapidement je prends la seringue et la lui plante bien
fort dans les fesses, l'effet est radical, et dans les trois
secondes il est croul par terre, endormi.

- Bon a commence  bien faire ce bordel ! J'aimerais qu'on
m'explique avec des mots que je comprends qu'est-ce que
c'est que toutes ces salades !

Mais je me dis que c'est un peu tard pour les questions
et que j'aurais mieux fait de les lui poser plutt que de
l'endormir. Toutefois cela aurait encore t un moyen de
me faire avoir  un jeu dont je ne matrise pas vraiment
les rgles. Il est trs bien l o il est, endormi, et j'ai
ainsi un peu de temps devant moi.

Le bracelet ! Je me sens de nouveau mal, j'ai besoin de
le mettre. Je le sens l, sur la commode. Non ! Ce n'est
pas vrai, a ne va pas recommencer ! Non... Est-ce que c'est
parce que je l'ai endormi, est-ce que c'tait bien lui qui
tait parvenu  le contrler ? Dois-je le rveiller ?

C'est trop dur, je ne peux pas rsister, et j'avance malgr
moi vers la commode... Non... Non ! Il me faut m'en dbarrasser
! Il aurait d le jeter dans la mer, je n'aurais pas pu
faire autrement... Je m'appuie contre la commode, rassemblant
un dernier instant mes forces qui s'vanouissent face 
lui, je le regarde dtruire mon esprit avec tant de facilit.
Je me retourne une dernire fois vers l'homme au sol, alors
que mon esprit rsiste un dernier instant en cherchant un
chappatoire. Mais je ne le vois pas lui, je vois la pierre.
Je vois la pierre que j'ai perdue en me dbattant. Dans
un dernier effort je vais la ramasser. Je me recroqueville
 terre en la serrant pour oublier le bracelet. Le plus
incroyable c'est que a a l'air de marcher, le mal s'efface.
Ah je ne comprends plus rien ! Est-ce que c'est moi qui
perds la tte, qui invente autant cette histoire de bracelet
que de pierre magique ?

Mais vrit ou pas si je me sens mieux en la serrant dans
ma main et que je peux me passer de ce bracelet, qu'il en
soit ainsi. Mais ne serait-elle qu'une drogue de plus ?
Une prison encore plus forte que le bracelet ? Bah qu'importe
! Prison pour prison je prfre tenter le tout pour le tout.
Rassur sur ce point je rvalue la situation.

Je commence par chercher une corde ou une ficelle, quelque
chose pour l'attacher. J'essaie de faire vite tout de mme
de peur qu'il ne se rveille, et renverse tous les tiroirs
sur mon passage. Je ne trouve rien et finalement c'est dans
une sorte de dbarras que je dniche du fil en nylon, certainement
destin  la pche. Je le saucissonne svre sur une chaise
faon James Bond.

Je me dis que je trouverai peut-tre quelque chose d'intressant
en fouillant. Aprs tout suite  ce qu'il m'a fait j'ai
bien le droit de chercher quelques indices. Je trouve ses
papiers, Gaen Buscat, n le 12 dcembre 1962. Eh bien !
Il ne fait pas ses quarante ans le bougre. Pas de carte
de crdit, pas de permis de conduire, mille cinq cent euros
en monnaie, je suis tonn par autant d'argent de poche
! J'hsite mais je ne les lui prends pas, mme si je me
dis que cela pourrait valoir pour tous ces mystres. Rien
de spcial dans la cuisine, dans la chambre par contre je
trouve un bracelet, du mme genre que celui que j'avais.
Il y a donc bien plusieurs exemplaires ; sont-ils tous identiques
? Je ne prfre pas le savoir... Rien d'autre, plus exactement
rien qui n'attire mon attention en tous cas. Pratiquement
aucun document, aucune photo de famille, aucun livre, magazine,
pas de tlphone dans la maison, pas d'agenda avec des numros
de tlphone, rien...

On frappe  la porte !

Je suis surpris ! Que faire ? Je pense m'clipser par le
jardin derrire. Pas le temps de tergiverser je me dirige
rapidement vers l'arrire de la maison, avant de quitter
la pice je lui jette un dernier coup d'oeil, sur la commode...
"Va en enfer, je me dbrouillerai sans toi dsormais"...
Je quitte la pice et une fois dans le jardin j'escalade
le petit mur qui spare le jardin de la proprit voisine,
encore un autre mur et me voil dans une rue. Je devrais
partir mais je ne peux rsister  l'ide de retourner discrtement
vers la maison pour voir si je peux espionner quelque chose.
Ne serait-ce qu'un voisin ou un ami qui n'a rien  voir
avec cette histoire ? Je me demande si je ne perds pas un
peu le nord avec tous ces vnements qui se passent. Le
temps de faire le tour pour arriver  proximit de la maison,
il est dj trop tard, il semble que le visiteur soit entr
et ait libr son camarade, la porte est ouverte et je n'arrive
 distinguer personne  l'intrieur.

- L'assassin revient toujours sur les lieux du crime, parat-il.

Je sursaute, un monsieur habill en noir, barbu, un peu
g, se tient debout derrire moi.

- Ne craignez rien, je ne suis pas contre vous.

Je me recule d'un pas.

- Mouais, je commence  me mfier des gens qui ne sont pas
contre moi et qui tentent ensuite de m'endormir ou je ne
sais quoi d'autre.

- Nous nous sommes de toute vidence tromps sur vous, mais
certains d'entre nous ont peur, je ne saurais trop vous
conseiller de partir et de vous faire oublier,  moins que
vous vous sentiez de taille ? L'organisation est puissante.

- Quelle organisation ? Qui sont ces gens, qui tes-vous
?

- Malheureusement le temps manque. Tout va aller trs vite
maintenant. Dans un premier temps il vous faut apprhender
la situation, pour cela je vous conseille d'aller trouver
le marabout nomm Etiola. Il doit en ce moment tre en Afrique,
au Sngal plus prcisment. Si vous vous dbrouillez bien
et parvenez  le rencontrer il vous mettra sous sa protection
avant que la partie adverse ne vous trouve. Sachez que la
plupart sont contre vous, mfiez-vous de tout le monde,
mais peut-tre que certains vous viendront en aide. Je ne
sais pas o est le Bien, pas plus que je sais si je dois
vous aider ou pas. Je ne sais pas non plus qui vous tes,
vous n'tes peut-tre rien d'autre qu'un passant qui n'a
pas eu de chance, mais maintenant vous tes un enjeu tout
autre, alors partez au plus vite.

- Mais c'est quoi ce dlire ?

- Allez, partez, dpchez-vous !

Le monsieur g se retourne et part d'un pas press dans
la rue. Je reste perplexe un instant, je ne sais pas trop
quoi faire. Peut-tre aurais-je d le suivre. Cette histoire
de marabout en plus du reste ne m'avance pas beaucoup, et
qui sont ces autres, cette organisation ? Je trouve que
cela n'est qu'un ramassis de dlires invraisemblables !
L'le de R aurait-elle une action spcifique sur la sant
mentale des gens ? Je commence  me le demander, entre moi
et mes folies et ces autres nergumnes. Je reprends le
chemin de la maison de la grand-mre de Guillaume, qui est
toute proche, plein d'interrogations.

Je rentre sans faire de bruit, me dbarrasse de mes habits
tremps et pleins de sable et vais me rallonger un instant.
Il est 7 heures 36. Que c'est bon de s'allonger l enfin
sans ce satan bracelet ! Je respire finalement. C'est comme
si une nouvelle vie tait en moi, comme si je me rveillais
d'un cauchemar de plusieurs semaines. Je serre toujours
la pierre dans ma main. Mais que faire dsormais ? Est-ce
que je vais pouvoir me passer de cette pierre ? Est-ce que
ce n'est pas encore un tour de mon esprit ? Que peut bien
une vulgaire pierre ? Et ce bracelet ? Ne serais-je pas
plutt en train de devenir compltement fou ? Et est-ce
que cette histoire de personnes qui me cherchent et me veulent
je ne sais quoi est srieuse ? Et comment pourrais-je trouver
un marabout qui s'appelle... Comment dj ? Je m'aperois
que je ne me rappelle plus de son nom. Je suis dpit de
ne jamais avoir eu la mmoire des noms. Je me rappelle simplement
que c'est un nom qui se termine par "A", "Emaya", "Eroya"
? C'est vraiment bte ! Enfin j'espre qu'il me reviendra.
D'aprs l'homme de ce matin ils sont  mes trousses, mais
je suis conscient que c'est compltement dment de partir
en Afrique pour trouver un seul homme, c'est impossible
! Mais j'ai deux semaines de vacances, et je pourrais bien
tenter d'aller retrouver cet homme-l, de toutes les faons
les choses ne tournent plus comme avant, le bracelet, la
noyade, toutes ces histoires, il y a quelque chose de chang.
Mais ce n'est pas pour autant une raison de faire n'importe
quoi ! Je tente de me calmer, respirer, raisonner un peu,
de reprendre mes esprits et d'oublier ces histoires. Je
m'endors finalement en remuant toutes mes aventures dans
ma tte, et en serrant la pierre dans la main. Ma nuit est
agite de quelques rves des plus incroyables, de science-fiction,
de civilisations qui se dtruisent les unes les autres,
de systmes plantaires et autres choses compltement folles...

Mais je me suis couch alors qu'il tait dj tard et je
ne profite que d'une bonne heure et demie de sommeil jusqu'
9 heures 10 environ, heure  laquelle je me rveille de
nouveau. Je ne suis pas vraiment repos, plein de questions
sur ces histoires, sur le fait que ce ne sont peut-tre
que des anecdotes indpendantes et pas une suite logique.
La courte nuit ne m'a pas vraiment port conseil, et je
ne sais que penser de mon aventure nocturne. Qui sont ces
gens ? Que me veulent-ils ? Qui leur a parl de moi ? Il
faudrait peut-tre que je rentre  Paris, j'aurai srement
plus de matire  trouver des informations. Quoique s'ils
me suivent vraiment je devrais en rencontrer de nouveaux
dans peu de temps. Je tente de me convaincre que tout cela
n'est qu'une histoire farfelue, qu'il ne va rien se passer,
que je vais passer mon week-end tranquillement ici, et ensuite
de bonnes vacances chez mes parents pour me reposer et rcuprer...
Avant de tenter de me rendormir, je pense tout de mme 
jeter un coup d'oeil  mon tlphone mobile, qui clignote
dans mon sac  ct du lit.

J'ai un message, c'est Fabrice. Pendant mon week-end ici
 l'le de R je lui ai prt mon appartement  Paris, car
il devait y passer quelques jours pour assister  des confrences
et profiter un peu de la Capitale par la mme occasion.
Une amie  moi possde un double de mes cls et les lui
avait passes pour son sjour. Ce matin, enfin, hier matin
plus exactement, le message datant de la veille au soir,
alors qu'il rentrait de sa confrence, il a dcouvert que
quelqu'un tait pass chez moi. La porte n'ayant pas t
force, il a pens que ce devait tre quelqu'un avec les
cls, peut-tre mme moi, si j'tais rentr en urgence.
Il semblait cependant que l'individu cherchait quelque chose,
pas mal de choses ayant t dplaces, donnant l'impression
que la personne, ou les personnes, avait fouill l'appartement.
Il ne m'en a pas dit beaucoup plus dans son message, me
conseillant simplement de le rappeler si ncessaire. Voil
qui change considrablement la donne et l'hypothse d'une
manigance dont je suis la victime reprend subitement sacrment
du poil de la bte. Il ne me faut que quelques minutes pour
dcider de partir pour Paris le plus vite possible.

Je prpare deux ou trois affaires discrtement dans mon
petit sac  dos, prends mes papiers, une veste lgre et
une chemise chaude. Je vais ensuite doucement dans la chambre
de Guillaume.

- Guillaume... Guillaume ?

Je le secoue doucement.

- Arrrr. Mais quelle heure il est qu'est-ce qu'il y a, tu
vas pas bien... Il y a un problme ?

- Tout va bien, t'inquite pas, c'est juste pour te dire
que je dois partir, il faut que je rentre sur Paris, j'ai
eu un coup de fil, il semblerait que l'on m'ait cambriol.
Je te laisse mon gros sac, est-ce que tu pourras le ramener
 Paris ?

- Cambriol, mais qui te l'a dit, mais tu rentres comment
? Tu pars o, l ?

- En train, je vais faire du stop jusqu' la gare.

- Tu ne veux pas plutt que je t'emmne ?

- Non non, ne t'inquite pas, je t'appellerai si vraiment
je ne trouve personne pour m'emmener.

- Tu es bien sr que a va bien ? Tu n'es plus malade ?
Tu es sr que c'est prudent, et ton bracelet ?

- Je ne l'ai plus.

Je lui montre mon poignet sans le bracelet.

- Hein ? Mais tu l'as enlev quand, comment ?

- J'ai pas le temps l, je te raconterai tout a un peu
plus tard, c'est juste pour te dire que je dois partir,
et savoir si tu pouvais ramener mon sac  Paris ?

- Oui si tu veux, mais tu voudrais vraiment pas m'expliquer
l ?

- Non je n'ai pas le temps, j'y vais, bye. Dis au revoir
aux autres de ma part.

Je sors de la chambre en lui faisant un signe de la main
puis quitte directement la maison. Il fait frais mais sans
plus ; j'ai l'impression de recommencer  sentir un peu
mieux le chaud et le froid. J'ai un peu menti  Guillaume
en disant que je n'avais pas le temps, sachant que je vais
srement marcher un petit moment avant que quelqu'un me
prenne en stop pour quitter l'le. Mais je ne voulais pas
passer trop de temps  expliquer, je suis trop ennuy par
cette histoire, et je voudrais dj tre  Paris. Je ne
sais toujours pas prcisment que croire dans cette histoire,
entre les personnes que j'ai rencontres cette nuit, le
bracelet, ce cambriolage... Mais il est vident que je suis
attir, que j'ai envie qu'il y ait une aventure, un mystre,
quelque chose qui sorte de l'ordinaire. J'ai ces envies,
envie d'y croire, envie de ne pas rester cet anonyme, envie
qu'il y ait plus que la plate monotonie quotidienne, que
le monde rel soit cach  mes yeux et qu'il me faille le
dcouvrir. Je crois que si je pouvais provoquer les choses
je le ferais...

Mercredi 4 dcembre 2002
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Environ deux heures de marche et srement huit ou neuf kilomtres
plus tard me font relativiser mon entrain, et l'envie de
faire demi-tour s'amplifie. Si Fabrice m'a dit que rien
ne semblait avoir disparu, et que la porte n'tait pas force,
ce n'tait peut-tre pas si grave. Aprs tout ce n'est ventuellement
que le propritaire; il a lui aussi j'imagine un double
des cls et il peut tre pass pour une raison que j'ignore.
C'est dans ce climat d'incertitude qu'une voiture s'arrtant
me tire de mes interrogations. Une R5 se place  ma hauteur
pour me proposer de me prendre en stop.

- Bonjour, vous allez jusqu'o ?

- Euh,  la gare de La Rochelle.

- Ah, c'est que je ne quitte pas l'le moi, mais je peux
vous dposer au dbut du pont, peut-tre que de l ce sera
plus facile pour vous de trouver une voiture qui vous emmne
 La Rochelle.

- Parfait, c'est trs gentil  vous.

Je monte dans la voiture, c'est une femme pas trs ge,
avec une gamine assise derrire, qui doit avoir dans les
quatre ou cinq ans, mais je n'ai jamais su trouver avec
prcision l'ge des enfants.

- Comment a se fait que vous alliez  pied  La Rochelle
de si bon matin ?

- J'ai eu un coup de fil ce matin, je dois rentrer chez
moi au plus vite, et, euh, nous n'avions pas de voiture
sur l'le, c'tait les parents d'un copain qui nous avaient
dposs pour le week-end.

Je n'aime pas mentir ! Mais trop tard je n'ai pu m'empcher
d'inventer quelque chose. Un jour je finirai bien par en
retirer des problmes.

- Ah, a ne doit pas tre trs gai sans voiture par cette
saison, il n'y a pas grand-chose  faire.

- Oh, nous ne sommes l que pour le week-end, et puis nous
avons des vlos.

Encore un mensonge, dcidment je raconte n'importe quoi
!

- Et ce coup de fil qui vous fait partir prcipitamment,
rien de grave j'espre ?

- Euh, pas trs grave non, enfin je ne sais pas vraiment,
un ami pense que je me suis peut-tre fait cambrioler.

- Oh, c'est bte de se faire gcher ses vacances par une
chose pareille !

- Je suis bien d'accord, j'espre simplement qu'il se trompe
ou que rien n'a t drob.

- J'espre pour vous, dcidment nous ne sommes plus tranquilles
nulle part de nos jours...

Enfin bref je m'enlise pendant bien quarante minutes  raconter
des histoires ou des banalits sur ce que je fais, o j'habite
et tout le reste. Elle me laisse finalement un peu avant
le pont, d'o elle peut encore faire demi-tour. Je sors
et la remercie.

- Merci beaucoup, c'est vraiment trs gentil de votre part.

- Ne vous en faites pas, c'est rien, je vous aurais bien
dpos de l'autre ct du pont, mais aprs a m'aurait cot
pour revenir. Mais en vous mettant l vous trouverez srement
une voiture pour vous emmener.

- Oui oui sans doute, je vous remercie encore. Bonne journe.

Ceci fait je dois encore dcider si je tente le stop sur
le pont ou si le traverse  pied. Je conviens de faire du
stop quinze minutes et de continuer  pied si aucune voiture
ne me propose. Quinze minutes s'coulent et personne ne
s'arrte. Je me demande si je n'aurais peut-tre pas d
me raser et me couper les cheveux... Enfin qu'importe on
n'est jamais mieux servi que par soi-mme ; je pars  pied.

Trois kilomtres et environ quarante cinq minutes plus tard,
je parviens sur le continent.  ce niveau il faut que je
me trouve un endroit propice pour faire du stop, car il
est difficilement envisageable d'aller jusqu' la gare par
moi-mme.  peine cinq  dix minutes d'attente et une voiture
s'arrte, une BMW, je ne remarque pas le modle, plutt
neuve, noire. Le conducteur me demande :

- Vous allez jusqu' la gare ? Cela tombe bien je dois aller
y chercher ma fille, je peux vous emmener si vous voulez
?

Comment sait-il que je vais  la gare ? De plus il me semble
un peu jeune pour avoir une fille qui prend le train toute
seule. Que faire ? Dans un premier temps je le situe tout
de suite contre moi, et je vais mme jusqu' m'imaginer
lui voler sa voiture. Mais je me dis que je vais peut-tre
un peu vite en besogne ; il ne pourrait tre qu'un ami de
la femme qui m'a pris en stop tout  l'heure. Elle l'aurait
crois et en comprenant qu'il allait  la gare elle lui
aurait racont qu'il y avait un jeune qu'elle avait pris
en stop le matin et qui s'y rendait aussi. Modration faite
je dcide d'accepter sa proposition, tout en me promettant
de rester sur mes gardes.

- Oui ce serait trs gentil de votre part, merci beaucoup.

Je monte dans sa voiture. Il roule plutt vite. Je ne me
rappelle pas clairement o se trouve la gare et j'ai des
difficults  vrifier que nous suivons la bonne route.
Il ne dit pas un mot, voil qui change de la femme de tout
 l'heure. Il n'a mme pas dit pourquoi il savait que j'allais
 la gare. Il faudrait que je lui demande. Je dcide en
premier lieu d'attendre de me trouver proche du centre de
La Rochelle et de lui demander alors. Mais finalement je
n'ai pas cette patience et prends l'initiative aprs quelques
minutes de vrifier s'il est cohrent dans ses propos.

- Vous habitez sur l'le ?

- Oui.

- Ah ? Vous habitez o ?

- Euh, j'habite pas vraiment dans un village, c'est une
maison  part, pour tre tranquille, vous comprenez.

Tu veux jouer au plus malin, Charlie ?

- Ah, mais plutt vers o, vous dpendez bien d'une commune
?

- Euh, oui, c'est sur la commune de Saint-Marcel-en-R,
c'est tout petit.

Je suis embarrass, ne sachant pas si ce village existe.
Je regrette de ne pas avoir plus tudi la carte de l'le
dans les toilettes de la maison de Guillaume. Soit, je ne
me laisse pas abattre et pose d'autres questions ; toujours
une seule  la fois, pour ne pas lui donner l'opportunit
de se dfiler.

- a fait longtemps que vous habitez l ?

- Euh non a ne fait pas trs longtemps, nous avons dmnag
le mois dernier, et c'est pour cela que ma fille n'arrive
que maintenant, elle et sa mre taient encore  notre ancienne
maison pendant que je rglais tout avant de pouvoir habiter
ici.

Ah le bougre il trouve un chappatoire ! Tentons quand mme
de le prendre pour un idiot.

- Ah, parce que moi j'tais en vacances  Saint-Clotilde
la Loupiotte Dore, vous connaissez ?

- Non, je ne connais pas.

Toujours aussi bavard ! Je trouve cet homme on ne peut plus
louche, il ne me demande mme pas o c'est, pour un futur
habitant du coin ! Quoique je m'en moquerais aussi  sa
place. J'aurais peut-tre d dire "Sainte Clotilde la Moule
Humide" ; il n'aurait mme pas ragi... Mais je m'interroge
sur le fait que notre route soit bien celle de la gare ?
Nous avons considrablement ralenti le trafic s'intensifiant.
Je prends le risque de lui faire croire que je connais le
trajet.

- Mais, vous ne prenez pas le chemin habituel pour la gare
?

- Euh, non c'est toujours bouch  cette heure-ci, je prends
une autre route un peu plus longue mais on y gagne au final.

J'aurais du apprendre le plan de toutes les villes du monde
par coeur ! De manire plus raliste, je me demande si je
ne suis pas un peu trop paranoaque, aprs tout pourquoi
ne serait-il pas de bonne foi ?

- Mais, au fait, quand vous vous tes arrt tout  l'heure,
comment vous saviez que j'allais  la gare ?

Il sort soudainement une arme, la pointe vers moi et dit
d'une voix nerve :

- Parce que tu poses trop de questions, connard !

Je n'avais pas fait attention mais il avait dplac sa main
droite du levier de vitesse vers le volant, et sa gauche
vers sa jambe. Il devait avoir dissimul son arme sur le
ct de son sige. Tentant le tout pour le tout, je lve
brusquement mon bras pour tenter de dvier le sien ; je
le pousse juste avant qu'il ne tire. Je m'aperois alors
que ce n'est pas une balle mais une petite flchette qui
vient se planter dans la portire. Il est dsavantag du
fait qu'il doive continuer  conduire. Je serre le frein
 main  fond, on ne roulait pas trop vite mais la secousse
est tout de mme forte et il lche tout pour reprendre le
contrle de la voiture, surpris. Je lui subtilise son pistolet
et dodo mon ami, un coup dans la jambe, et un coup dans
le ventre, il s'endort sur le champ. Les gens klaxonnent
 outrance derrire ; la voiture est arrte sur la voie
de droite. La circulation tait peu fluide, elle est dsormais
presque compltement bloque. Heureusement que nous n'avancions
pas trs vite sinon mon coup sur le frein  main aurait
t potentiellement trs dangereux. Je me demande tout de
mme si j'aurais tent quelque chose d'aussi risqu si notre
vitesse avait t suprieure ; j'ai le frisson de ne pas
avoir eu l'impression d'en tenir compte dans l'action. Peu
importe je renvoie  plus tard le temps de l'autocritique.
Il me faut agir rapidement car je ne peux pas rester ainsi
! Ce serait stupide de partir alors que j'ai un vhicule
 ma disposition. Premire chose  faire je dtache mon
agresseur. J'hsite quelques instants sur le sort que je
vais lui rserver. Je ne peux tout de mme pas le laisser
sur la route. De plus en agissant ainsi dans la minute quelqu'un
derrire appellera la police. Je dcide au bout du compte
de tenter de faire croire qu'il a eu un malaise et que je
dois aller  l'hpital rapidement ou une histoire de cet
acabit.

Je descends et contourne le vhicule. J'ai cach le pistolet
dans la bote  gants. Une fois de l'autre ct je retire
tant bien que mal l'homme de la place du conducteur. Pendant
ce temps le trafic reprend tout doucement sur la voie de
gauche, et les voitures derrire nous nous doublent lentement.
Une passant  ma hauteur s'arrte pour me demander ce qu'il
se passe, alors que l'embouteillage que nous avons cr
continue de s'intensifier. Tout le monde klaxonne sans retenue,
je me croirais rue de Rivoli ! J'explique que c'est mon
oncle et qu'il a parfois des crises d'endormissement subites,
que normalement il n'a pas le droit de conduire mais qu'il
ne peut pas s'en empcher. L'homme me sermonne que c'est
terriblement dangereux, en plus d'tre inconscient et illgal.
Je feinte l'impuissance et le joug de l'autorit de mon
oncle pour satisfaire mon dtracteur, et j'arrive pendant
ce temps  tirer ce gros balourd de la place de conducteur
pour le disposer sur les places arrires, non sans pester
intrieurement sur son poids. Je remonte dans la voiture
et reprends le volant. Sacrebleu je me dis que j'ai de la
chance que les gens soient si crdules, il ne va srement
mme pas appeler les urgences ou les gendarmes. La pierre
! De nouveau dans la bataille je l'avais perdue. Je la retrouve
alors par terre, au devant du sige passager. Mais je n'ai
pas eu la mme raction de manque, l'action et l'adrnaline
ont srement attnu les effets. Je la reprends toutefois
dans ma main.

Je m'insre rapidement dans la circulation pour mettre un
terme  cette exposition gnante. Il me faut trouver o
aller et que faire. Je devrais sans doute fouiller l'homme
et la voiture,  la recherche d'indices ou d'informations.
Le plus simple, me dis-je, serait de trouver une aire d'autoroute
tranquille, mais il faut quand mme que je me dpche ne
sachant pas combien de temps le somnifre fera effet. En
tout tat de cause je prends la direction de Paris, vers
l'autoroute A10,  la recherche dans un premier temps d'une
aire d'autoroute pour que je me dbarrasse du lourdaud de
derrire.

La voiture roule bien, c'est nanmoins un diesel, et j'identifie
le modle comme une 320d, peut-tre 330d  vrai dire. 
moins que ce soit un srie 5 ? Pour tre franc je n'en ai
aucune ide et de toutes les faons il vaut mieux que je
ne me presse pas parce que ce serait bien une plaie si les
policiers m'arrtaient avec le gaillard endormi derrire.
Surtout que je ne sais pas o se trouvent les papiers. Il
me faut une cinquantaine de kilomtres avant d'arriver sur
l'A10, la circulation y est fluide ; je roule tranquillement
 la recherche d'une aire d'autoroute dserte. La voiture
a le plein et je devrais tenir facilement jusqu' Paris.
Je traverse une premire aire mais trop de monde s'y trouvant,
je repars alors. Un autre est indique quelques dizaines
de kilomtres plus loin, mais  prs de cent cinquante kilomtres
par heure tout dfile si vite. Je n'ai pas regard l'heure,
je me dis que je devrais peut-tre lui administrer une dose
supplmentaire pour tre sr de le conserver endormi.

J'ai de la chance, ladite aire est dserte. Je m'y arrte
prs d'une surface gazonne et descends mon copain rapidement
pour aller le dposer allong dans l'herbe et faire croire
qu'il se repose, de faon  ne pas trop veiller les soupons.
Mais la situation est tout de mme trs litigieuse et j'espre
juste que personne ne me regarde procder. Je le fouille,
rcupre sur lui un assistant personnel, un mobile, son
permis de conduire et sa carte d'identit, 250 euros en
liquide et sa montre, qui n'a rien d'trange mais sait-on
jamais, peut-tre contient-elle des informations importantes.
Il a de plus les papiers de la voiture. Cette fois-ci je
n'ai pas de remords pour l'argent, je prends le tout et
repars au volant sur-le-champ de faon  rester le moins
longtemps possible en sa compagnie. pluchage des lments
emports, rien d'intressant  part le mobile et l'assistant
personnel. Je mets l'argent de ct, j'aurais pu accumuler
mille sept cent cinquante euros entre l'homme de ce matin,
si je lui avais pris son argent, et celui-l, il semblerait
que ce soit plutt rmunrateur de se faire poursuivre !
Le mobile ne rvle rien qui attire mon attention, aucun
message sur la messagerie, aucun numros dans l'historique,
et pas de numros dans le carnet d'adresses. En ce qui concerne
l'assistant celui-ci est verrouill par un code, et ne connaissant
rien  la scurit de ce genre de machine, je ne cherche
pas plus  essayer de le dverrouiller, plus tard peut-tre.
Sans rien de plus rvlateur je roule une bonne heure et
m'arrte de nouveau pour tudier plus en dtails la voiture,
 dfaut. Elle n'est pas beaucoup plus bavarde, rien dans
le coffre ni ailleurs, elle semble presque neuve. Et c'est
bien le cas aprs vrification au compteur, elle n'a que
seize mille kilomtres, et la carte grise lui donne  peine
quatre mois, indiquant que mon bonhomme parcourait tout
de mme du chemin !

Une sonnerie me surprend brusquement, le mobile. Ne sachant
comment ragir j'hsite  rpondre un instant. Finalement
je me dcide et dcroche.

- Oui.

- Vous l'avez ?

- Il dort comme un bb.

- Bien, pourquoi vous tes-vous arrt deux fois ? Vous
devez tre  Charles de Gaulle pour 14 heures, je vous le
rappelle.

- Euh oui je m'excuse j'ai quelques problmes gastriques.

- C'est pas le moment, vous n'avez qu' chier dans votre
froc s'il le faut. Ne vous avisez pas d'tre en retard.

Ce sur quoi il coupe. Je ne perds pas de temps pour ma part,
reprends la voiture et me remets en route, voulant viter
au maximum qu'ils suspectent quoi que ce soit. Ils savent
donc o je suis. Une chance que ce ne soit pas l'homme que
j'ai laiss qui portait le traceur. D'un autre ct si c'tait
le cas j'aurais plus tranquillement pu me rendre o je voulais
avec la voiture. Serait-ce la montre ? Elle a peut-tre
un reprage GPS.  moins qu'ils ne suivent la voiture par
satellite. C'est peu plausible, pourquoi mettraient-ils
un satellite pour savoir o je suis ? Ce ne doit pas tre
juste le tlphone mobile, ils ne pourraient pas savoir
avec autant de prcision si je m'arrte ou si je bouge,
et pourraient juste me situer en fonction des bornes les
plus proches,  moins que la technologie ait progress.
Je suis vraiment perdu par ces histoires, ils ne peuvent
que me confondre, qui pourrais-je tre pour qu'ils s'intressent
autant  moi ? Je tergiverse un moment sur l'option d'aller
 cet aroport ou pas. Ce n'est pas trs rassurant de se
jeter dans la gueule du loup de la sorte. D'un autre ct
je suis conscient que s'ils me tracent vraiment ils sauront
dans les cinq minutes que je quitte l'itinraire.  moins
que je me dbarrasse de tous ces objets en esprant que
l'un d'eux contiennent l'metteur ? C'est risqu d'autant
que je suis dans une situation o je possde un petit avantage
sur eux, dans la mesure o ils pensent que je suis toujours
prisonnier de leur acolyte. Il est 10 heures 5. Pour tre
 14 heures  Charles de Gaulle, sachant que j'ai d faire
cent vingt kilomtres depuis La Rochelle et qu'il doit y
en avoir au moins cinq cent entre La Rochelle et Paris,
et que de plus il me faut au moins une heure trente pour
traverser Paris avec les embouteillages, il me reste  parcourir
au moins trois cent cinquante kilomtres en environ deux
heures et demie, ce qui reprsente une moyenne de cent quarante.
C'est moins irralisable que je l'eus cru au premier abord.

J'acclre un peu quand mme pour me stabiliser entre cent
soixante et cent soixante dix kilomtres par heure. Je redouble
d'attention et me concentre exclusivement sur la route pour
faire le moins d'erreurs de conduite possible. C'est sans
doute mal, au del des limites autorises, mais je me suis
souvent dit que la loi existait par notre incapacit  apprhender
correctement nos propres limites et notre orgueil  ne pas
les accepter. Que de lire cent trente kilomtres par heure
sur autoroute est aussi dnu de sens que la lecture  la
lettre des prceptes religieux. Mais les hommes, souvent,
ne savent pas respecter une limite si on ne leur impose
pas. Dans le cas prsent il y a peu d'autres vhicules,
je roule sans musique, je double les intervalles de scurit
et je garde les codes allums. Certes c'est peut-tre justement
contre cet a priori bon sens que les lois existent car les
gens ne sont pas capable de reconnatre leurs capacits
correctement, et que le bon sens est une notion trs relative.
En quoi le serais-je plus ? C'est bien sr cette prtention
qui cre les situations  risque, les gens qui pensent pouvoir
outrepasser la loi, tre au-dessus, tre capables. Mais
la ngation de ses capacits n'est pas plus bnfique 
la socit que leur exagration. Nous ne sommes pas gaux,
mais incombe  ceux qui sont plus rsistants, plus intelligents,
plus forts, de prendre soin des autres, de se battre pour
eux, de ne pas rester dans leur petite vie goste. tre
juste, le tout est de savoir o s'arrte la ralit et o
commence la fiert. Ah ! Toujours ces questions, le bien,
le mal, la justification de braver la loi...

Quoi qu'il en soit la circulation est fluide, peu de bouchons,
j'avance vite et je peux mme rduire mon allure en voyant
que je serai dans les temps. Je ne suis toujours pas convaincu
de la meilleure chose  faire. Y aller directement, m'arrter
un peu avant et essayer de voir qui m'attend ou alors passer
d'abord  Paris pour voir mon appartement ? Mais dans la
mesure o ils me situent, si je choisis de ne pas aller
 l'aroport il faudra que je laisse la voiture et me dbrouille
autrement... Je dcide d'aller directement  Charles-de-Gaulle,
trop empreint de l'espoir d'y trouver plus de renseignements
sur ce qui est en train de se tramer...

J'ai toujours ma pierre sur moi, pose sur mes genoux, je
la reprends en main de temps en temps quand le souvenir
du bracelet me hante de nouveau un peu trop.

 l'approche de Charles-de-Gaulle, autoroute A1, j'ai pu
viter le priphrique parisien grce  l'A86 qui contourne
Paris  distance. De plus le trafic est trs modr, il
est vrai que nous sommes samedi. 13 heures 32, je devrai
tre  l'heure, ils ne doivent pas s'inquiter.  l'approche
je suis fort embarrass par la multitude de halls, portes
et points de rendez-vous possibles. J'arrive par le hall
F et dcide d'avancer encore un peu... Je me gare en dfinitive
entre les halls C et D dans l'espoir qu'ils viendront 
moi. Je prvois de sortir de la voiture et de me tenir 
distance pour espionner. Mais je n'ai pas le temps de mettre
mon stratagme  excution, au moment mme o je sors de
la voiture, je ressens une piqre et je m'endors sur le
champ...

Je ne saurais dire combien de temps plus tard je me rveille.
Je suis assis dans un fauteuil ou un sige inclin, je me
tourne, il y a d'autres siges, je vois tout flou, des personnes
se trouvent autour, comme un bourdonnement se fait entendre...
L'une d'elles se dirige vers moi, elle porte quelque chose
que je ne distingue pas  la main... Mais qu'importe, je
me rendors aussitt, srement une nouvelle dose de somnifre...

Nouveau rveil, tout aussi difficile. trangement proche
du rveil de l'anesthsie gnrale que j'avais subie pour
m'arracher les dents de sagesse... Je n'ai plus de doute
sur le fait de m'tre fait piger. Je ne pense pas dans
un premier temps tre rellement conscient de l'urgence
de la situation, et si je pense qu'il serait prfrable
que je tente de partir d'ici, le sommeil altre mes sens
et ma volont. Je me rendors par courts pisodes et finalement
je ne dois me rveiller vraiment qu'une heure ou deux plus
tard.  ce moment-l je le suis tout  fait et pris de panique.
Je me trouve dans une petite pice sans fentre, pieds et
poings attachs sur un petit lit. Une faible lueur mane
d'une petite ampoule de quelques watts tout au plus. Je
me remmore l'enchanement des vnements. Ce doit tre
l'homme que j'ai laiss sur l'aire d'autoroute qui, une
fois rveill, les a prvenus. J'aurais d lui injecter
une autre dose de somnifre ! Toujours est-il que je suis
maintenant bien incapable de faire quoi que ce soit, et
la situation n'est pas sur une voie des plus enviables.
Pour couronner le tout j'ai vraiment trs faim. Je n'avais
dj rien dans le ventre depuis la veille de mon arrive
 Charles-de-Gaulle, la nuit o je me suis presque noy,
et il est sans doute plusieurs heures plus tard dsormais...
Mais j'ai encore bien plus soif et la gorge sche que je
ne suis affam...

Ils ne m'ont pas dshabill, mais pour mon malheur ils m'ont
sans doute fouill. Je n'ai plus ma pierre ! J'essaie de
tirer un peu sur les sangles, mais mme si elles bougent
lgrement je suis quand mme solidement attach. Je vais
me sentir mal si je ne retrouve pas cette pierre rapidement.

- Aaaarrrrrrghhhhhhh !

Une douleur me transperce la tte, Je dois sans doute avoir
un appareil lectrique ou des lectrodes. Je ne peux pas
bouger, je ne peux mme pas me dbattre... La dcharge dure
une dizaine de secondes puis s'arrte. Je me cambre sous
la douleur. C'est atroce et j'ai le sentiment que ma tte
va exploser si elle recommence !

- Aaarrrr... Noooonnnnn, Ennnnnfffffoiiiiirs !

Peine perdue, elle reprend de plus belle ! J'avais au moins
faux sur un point, j'ai rsist une seconde fois. Mais pas
sans tenter de me dbattre. Je suis parcouru de convulsions
pendant toute la dure de l'lectrochoc. Soudain deux personnes
entrent dans la pice prcipitamment et se dirigent vers
moi. Ils parlent une langue que je ne comprends pas...

- Aarrrrrrr !

Une troisime fois ! L'un des hommes semble rprimander
l'autre, puis il le pousse et me dtache la main droite
pour me retirer un bracelet, que je remarque  ce moment
l. Un modle identique  celui que j'avais moi et dont
j'ai mis tant de temps  me sparer !  C'est peut-tre bien
lui qui me provoquait ces douleurs dans la tte. Quoi qu'il
en soit si c'est bien le cas je suis bien reconnaissant
envers cet homme. L'autre a l'air en colre et ressort de
la pice. Je ralise alors que c'est ma chance et qu'il
faut que je me dbarrasse de l'autre homme pendant qu'il
est seul avec moi et que j'ai une main de libre. Il s'apprte
 me rattacher le poignet. Je dois lui donner un coup qui
le mette KO directement sinon je suis perdu. Je fais semblant
de tousser et retire ma main de son emprise pour la mettre
devant ma bouche, il tend alors le bras pour me reprendre
le poignet,  ce moment l je me tire brusquement avec la
main gauche toujours ligote pour me redresser sur le lit
et lui dcoche un droit dans la tempe de toutes mes forces
en pivotant mon torse pour gagner de la puissance. Mon ami
si tu t'en relves chapeau parce que je ne croyais pas pouvoir
frapper aussi fort ! Il vole contre la paroi et s'tale
par terre. Une bonne chose de faite !

Je me dtache. La tche n'est pas rendue facile  une seule
main mais j'y parviens. Je jette un coup d'oeil  ma montre.
Dimanche, 16 heures 30. Je suis tonn par la quantit de
temps pendant laquelle j'ai dormi. Cela signifie que je
n'ai pas mang depuis presque deux jours ! Il faudra que
je me trouve de la nourriture ou  la prochaine bagarre
je tombe dans les pommes. Je prends le temps de fouiller
l'homme assomm au sol. "Pentagon ID pass" ? Je m'aperois
que mon hte n'est pas de la racaille, "John Peters, FBI
relations assistant", et bien ! Je prends tous ses passes
et autres portefeuilles et trousseaux de cls, plus 130
dollars en monnaie, mais pas d'euros, je suis du ! Je
n'ai plus de remords  leur prendre leur argent dsormais.
Je me mets un badge  la poche de ma chemise, au cas o
cela me permette de ne pas me faire reprer trop vite. Il
ne possde pas de photo, c'est une chance. Toutefois il
porte sur lui une autre carte du Pentagone avec cette fois-ci
photo, empreinte digitale et autres codes-barres divers.
Je rcupre le tout. Je me redresse, fais le point et rflchis
sur la suite des vnements. La pierre ! Dsespr de ne
pas la trouver dans la pice, je m'aperois que mon sac
n'y est pas plus. Je ne pourrai pas rester trs longtemps
sans ma pierre. Et de plus j'ai de vils remords  l'ide
de laisser mon sac ici ! Je crois que j'y tiens trop pour
l'abandonner sans chercher  le retrouver. Mais je n'ai
aucune indication d'o il peut bien tre. Pas plus que ma
pierre. Le fait mme que je pense ne pouvoir me passer de
celle-ci me donne dj l'impression que je commence  me
trouver mal. Je suis tellement persuad qu'il me faut la
retrouver pour ne pas partir en vol dos, comme dirait mon
chef. Je renonce  rveiller l'homme au sol de peur qu'il
ne soit capable de me faire un coup tordu... Je dcide donc
de regarder dehors o je me trouve et d'aviser en fonction.
J'imagine  ce moment l que je dois tre dans une petite
salle prive de l'aroport Charles-de-Gaulle.

Je sors, surpris qu'il ne fasse pas plus lumineux  l'extrieur
que dans la pice. Je me trouve dans une sorte de couloir,
semblerait-il circulaire. Ce doit tre un grand cylindre
avec une pice centrale entoure de pices identiques 
celle o je me trouvais. Des portes disposes  intervalles
rguliers me le laissent supposer. Je ne vois personne.
Je pars vers la droite mais tombe rapidement sur une cloison,
sans issue. Si Guillaume avait t l il m'aurait bien dit
qu'il fallait partir  gauche toute ! J'ai alors une pense
pour eux, me demandant ce qu'ils font ;  cette heure-ci
ils doivent faire des chteaux ou des circuits de billes
sur la plage... J'espre que tous ces hommes ne vont pas
aller les embter. Je ne tente pas d'ouvrir les portes de
peur de trouver quelqu'un et de me faire attraper. Je repars
de l'autre ct, toujours personne mais avant la prsence
d'un mur au fond se trouve un couloir qui semble permettre
de partir d'ici. J'imagine que la sortie doit se trouver
dans cette direction. En face du couloir une porte donne
sans doute accs  la partie centrale qui doit tre une
grande salle circulaire. Maintenant la question est de savoir
si je fuis sans ma pierre ou pas. Ce pourrait tre une bonne
ide pour rendre mon sevrage obligatoire. Cependant ce n'est
peut-tre pas le meilleur moment pour s'ajouter des difficults
supplmentaires. De plus, la pierre, soit, mais mon sac,
me dis-je ? Ah Sac ! Mais pourquoi n'es-tu pas donc rest
avec moi, il fallait les mordre et te battre jusqu'au sang
! Ah Choses, pourquoi toujours faut-il prendre soin de vous
!

Mais est-ce le moment de s'inquiter pour des choses ! M'inquiter
pour mon sac alors que des molosses du pentagone me courent
aux fesses ! Ne ferais-je pas mieux de partir d'ici sans
traner ! Mais rien n'y fait. Je donne toujours vie aux
choses, et  ce moment plutt mourir que de laisser Sac
 ces dmons ! J'ai aussi le pressentiment de ne pouvoir
rsister sans ma pierre. Maldiction ! Ces histoires me
rendent fou, si je ne le suis pas dj. Que faire ? Je me
dcide et j'ouvre soudain la porte de la salle circulaire
du milieu. La lumire est beaucoup plus forte que dans le
couloir, bloui je dcouvre une grande pice ronde comme
je l'imaginais, avec de nombreux ordinateurs, des machines
ou du matriel lectronique au fond. Trois hommes devant
ces ordinateurs en train de discuter se retournent. Entre
eux et moi, une table ronde avec des chaises autour, et
mon sac dessus ! Je cours aussitt vers la table alors que
l'homme qui est entr dans la salle tout  l'heure me reconnat
et commence  crier. Je ne distingue pas ces paroles, la
langue m'est inconnue. Il se lance vers moi. Mais la table
n'est pas loin, je prends mon sac et trouve la pierre par
la mme occasion. Une chance qu'elle fut juste pose  ct
! Je prends les deux et repars sur le champ. Je garde la
pierre dans ma main et enfile le sac sur mon dos pour ne
pas tre gn. C'est maintenant qu'il me faut faire le sprint
de ma vie ! Je passe la porte et cours  toute vitesse dans
le couloir. J'entends l'homme derrire qui s'est lanc 
ma poursuite. Au fond du couloir des escaliers en pierre
presque en colimaon permettent uniquement de monter. Je
les prends du plus vite que je peux. J'en monte jusqu'
l'arrive d'un couloir qui... Malchance ! Pas d'issue. Le
couloir donne sur un mur. Ce n'est pas possible, il y a
forcment un passage ! Je me dis alors que le passe permet
d'ouvrir une porte ou un sas. De toute faon je n'ai pas
de temps, je fonce vers le mur pour voir si je peux trouver
un loquet ou quivalent. En m'approchant je m'aperois alors
qu'il y a une sorte de porte dlimite, ou toutefois une
fente dessinant le contour de ce que je pense tre une porte.
Mais rien d'autre, pas de poigne, de commande ou de badgeur.
J'essaie de pousser de toutes mes forces mais la porte ne
bouge pas d'un millimtre. Tout se passe trs vite et je
dois me proccuper de mon poursuivant qui arrive. Je n'ai
pas vraiment le temps de rflchir, je ne me retourne qu'alors
qu'il arrive sur moi, pour le surprendre. Je m'lance vers
lui, serre la pierre de toutes mes force dans mon poing
gauche et je lui dcoche un crochet du droit  rendre ridicule
celui que j'ai administr tout  l'heure. Il ne peut rien
parer et voltige en arrire et va rouler dans les escaliers,
de quoi le calmer quelques secondes. Je me remets alors
face  la porte, prends ma respiration et pousse un grand
coup. Elle bouge  peine. J'ai maigre espoir. D'autant plus
qu'avec la faim qui me tiraille je ne crois pas la chose
possible, j'ai peur de ne pas tarder  tomber dans les pommes.
Je me reprends, je n'ai pas le choix. Je respire  fond
et pousse du plus que je peux. Je sens une douleur monter
en moi alors que mon corps entier commence  trembler devant
cette porte. Elle bouge un peu ! J'en trouve le courage
de forcer encore plus, mon corps est parcouru d'une immense
douleur. J'ai de la chance que le sol irrgulier me permette
de prendre appui fermement avec mes pieds. Je hurle et sentant
la porte bouger sous ma pression je me concentre d'autant
pour ne plus tre qu'une masse de nerfs  vif, tous mes
muscles bands et tremblant. La porte bouge alors jusqu'
s'ouvrir de quelques dizaines de centimtres sous la pression
de mon corps, qui tout entier n'est que brlure. Je ne pensais
pas possible d'avoir autant mal. Je souffle et russis 
me faufiler pour arriver dans un nouvel escalier, mais d'allure
beaucoup plus moderne. Je ne dois pas traner, mon poursuivant
a l'air sonn mais il ronchonne encore et je pense qu'il
ne lui faudra pas longtemps avant de reprendre ses esprits
et me repartir aprs. Je poursuis la monte d'escaliers
qui se termine en face d'une porte... Qui s'ouvre ! Soulagement...
J'avance dans une sorte de couloir clair d'une lumire
tamise. Je continue  courir et  un tournant il me semble
voir un ascenseur dix mtres plus loin. Je ne sais pas si
j'aurai le temps de le prendre, mais de toutes les faons
mme en qute d'escaliers cette direction est la plus lgitime.
Aucun bouton pour l'ascenseur, j'ai la bonne ide de passer
le badge devant une sorte de petite bote d'identification
qui ressemble  celle que nous possdons dans l'ascenseur
 mon lieu de travail. Surpris de voir l'ascenseur s'ouvrir,
je m'engouffre  l'intrieur, j'ai de la chance qu'il se
trouve l. Je cherche  appuyer sur le zro, mais, surprise,
il n'y en a pas. De plus tout est crit en anglais, me faisant
raliser que je ne suis vraisemblablement plus en France.
 dfaut j'appuie sur "1", esprant arriver au rez-de-chausse.
Juste  temps j'entends alors la porte par laquelle je suis
pass en arrivant s'ouvrir.

- Oh pure !

Je laisse chapper une exclamation. J'ai la tte qui tourne.
Je profite de cette accalmie pour ranger la pierre dans
ma poche. Si l'homme monte par les escaliers et arrive avant
moi je suis fichu... La monte est trs longue. Je commence
 avoir la nause caractristique d'un manque de sucre suite
 un effort violent. Je me concentre, m'appuie contre la
paroi, il ne faut pas que je perde connaissance maintenant...
Je vois des toiles, des points lumineux... Et puis, luttant
contre, mais ne pouvant rien, je tombe dans les pommes...

Je me rveille de nouveau dans un lit, mais non attach
et avec beaucoup de lumire cette fois-ci. Une infirmire
me tend un gteau rond amricain, je ne me rappelle plus
leur nom, donut ou muffin, certainement. Et, ce n'est presque
plus une surprise, elle s'adresse  moi en anglais. Pour
que l'histoire soit plus claire je vais transcrire le tout
en franais de faon  ne pas tout compliquer. D'autre part
ne comprenant pas exactement tous les mots ou les tournures
mon rcit ne reprsentera que ce que je pense qu'elle a
dit, mais je pourrais difficilement faire autrement. Et
quoi qu'il en soit ce qui compte c'est ce que je comprends,
pas tellement la vrit, qui m'chappe de toute faon. Je
ferai de mme dans la suite du rcit.

- Tenez, mangez a, cela fait combien de temps que vous
travaillez ici sans avoir mang, John ?

John ? Je suis interloqu dans un premier temps, mais j'apprcie
dans un deuxime temps qu'il n'y ait pas de photo sur le
badge. Me trouvais-je rellement dans le Pentagone ? Je
tente de prendre mon plus bel accent amricain possible,
parlant lentement pour laisser supposer une grande fatigue,
mais en profitant pour faire des phrases les plus correctes
possibles en anglais.

- Merci, hum, depuis deux jours, je travaille sur un dossier
trs important, et je n'ai termin que cette aprs-midi.

- Vous avez perdu le sens du temps, John, il est 9 heures
30 du matin.

tonn, je suis ds  prsent persuad que je ne suis pas
en France. 9 heures 30 et ma montre donnant 16 heures 30,
je dois tre aux USA, ou au Canada.

- Ha oui euh ma montre doit avoir un problme.

- Vous savez que ce n'est pas bon du tout de faire une crise
hypoglycmique. On vous a trouv inconscient dans l'ascenseur.
Mangez donc ces deux donuts, reposez-vous une demi-heure,
et rentrez chez vous prendre un bon djeuner et dormir un
peu.

L'infirmire sort de la pice. Quant  dormir elle n'a pas
 s'en faire j'ai eu bien plus que ma dose, par contre le
petit-djeuner je ne dis pas non. J'avale les deux donuts
avec tranquillit, concluant que si je suis  l'infirmerie
c'est que mes poursuivants ne le savent sans doute pas.
Maintenant reste  savoir s'il n'y a que l'infirmire qui
n'est pas au courant, ou si je peux sortir d'ici sans trop
de problmes. Une chance qu'elle ne m'ait pas trouv suspect
au point d'en rfrer  la scurit. Je vais laisser s'couler
un peu de temps pour que tout se calme dehors. J'attends
une vingtaine de minutes et en profite pour me reprendre
un peu. Je bois pendant ce temps  petites gorges, pour
ne pas prendre mal au ventre, le verre d'un demi-litre de
jus d'orange qu'elle m'a laiss. Avec des quantits aussi
grandes pas de doute je suis bien aux US ! Encore une minute
et je me dcide, prends mon sac et y introduis deux autres
gteaux qui tranent, et je sors discrtement de la pice.
L'infirmire est dans la pice voisine, je la remercie beaucoup
faon US en tentant d'tre le plus naturel possible, et
je sors l'air de rien. Je suis dans un couloir et j'essaie
de deviner le plus court chemin pour partir d'ici. Aprs
un tour ou deux je trouve une sorte d'entre. Il me faut
utiliser le badge pour passer les tourniquets en direction
de l'extrieur, tout marche parfaitement, j'ai de la chance.

Et j'ai bien la confirmation que je viens de sortir du Pentagone
! Ce qui tendrait  prouver que les personnes qui me veulent
des noises sont des officiels US. Ce n'est pas du meilleur
augure et rend le tout encore plus incomprhensible. Dsormais
il me faut rflchir un peu et mettre de l'ordre dans tout
ce qui est arriv pour tenter d'y voir plus clair et dcider
que faire. Premire tape, trouver un fast-food et tter
du hamburger. Je marche un peu, traverse les immenses parkings
qui entourent le Pentagone. Quelques minutes me suffisent
pour trouver un petit restaurant. Je m'installe et commande
un breakfast digne de ce nom. En attendant le service je
regarde d'un peu plus prs ce que j'ai rcupr sur l'homme
que j'ai assomm. J'ai quelques peines pour ce pauvre homme,
lui qui m'avait enlev le bracelet il ne mritait pas un
tel traitement. Il aura srement de nombreux ennuis par
ma faute. Quoiqu'il en soit, j'tais tout de mme prisonnier,
ne l'oublions pas, j'ai la faiblesse de croire que je l'tais
 tort, mais qui sait ? Malheureusement si jamais je me
retrouve dans une situation identique, je pourrai toujours
courir pour qu'il s'y risque  nouveau...

Donc, cent trente dollars moins les cinq ou six pour le
djeuner, un trousseau de cls, mais aucune cl de voiture
 premire vue. C'est dommage j'aurais peut-tre pu la prendre
et partir d'ici avec. Toutefois retourner sur les parkings
du Pentagone, de toute vidence abondamment truffs de camras,
n'est pas la meilleure ide qui soit. Je trouve l'adresse
de ce John Peters dans son portefeuille ; je pourrais tenter
d'aller y faire un tour. J'ai quelques craintes qu'il ne
soit rentr chez lui  l'heure qu'il est, mais il ne doit
pas se douter que je puisse tre assez fou pour m'y rendre.
Je prends la dcision de demander au barman s'il connat
l'adresse, et tenter ensuite d'y faire une visite. La curiosit
me tiraille beaucoup trop pour partir sans saisir l'opportunit
de trouver des indices pour comprendre un peu tout ce bazar.

Petit-djeuner rparateur, je mets ma montre  l'heure locale,
10 heures 50 du matin, dimanche 3 novembre 2002. Je rgle
et me dirige  pied en direction de l'adresse. Il n'habite
pas tout prs sachant qu'il faut que je traverse la rivire
Potomac et tout le centre de Washington, mais selon le barman,
il ne faut pas compter plus de quelques miles. J'en profite
pour faire un petit dtour et passer devant la Maison Blanche.
Je reste pensif un instant en m'imaginant que la probabilit
n'est pas nulle qu'il y ait aussi de mes nouveaux amis qui
s'y trouvent et qu'ils doivent tre trs dsappoints d'avoir
appris que je me suis fait la belle de leur Pentagone. Cette
rflexion me fait penser que je ferais mieux de ne pas trop
traner dans le coin, qui doit tre garni d'une quinzaine
de camras au mtre-carr, au bas mot.

Il me faut une petite heure pour me retrouver  l'appartement
en question. Il habite dans un quartier plutt hupp le
bougre, assistant et des poussires au Pentagone rapporte
plus que ce que j'eus cru. J'hsite une dernire fois, mais
ce n'est plus le moment d'avoir peur. Je monte en ascenseur,
m'arrte  l'tage en-dessous du sien ; je galre un peu
pour trouver les escaliers,  croire qu'ils ne s'en servent
jamais dans ce pays ! Personne ni rien d'a priori suspect
dans le couloir o donne l'appartement. J'coute  la porte,
il ne me semble pas qu'il y ait le moindre bruit venant
de l'intrieur. Je respire, un deux trois, j'y vais. J'ouvre
et rentre ; je fais le tour rapidement pour m'assurer qu'il
n'y a personne. Je reviens vers l'entre et ferme la porte
 cl en laissant la cl dans la serrure. L'appartement
est des plus sympathiques. Je bois un verre d'eau, je ne
tente pas le jus d'orange dans le frigo de peur qu'il ne
soit plus bon voire pig ; la paranoa n'est pas vraiment
un dfaut par les temps qui courent. Je suis embt de n'avoir
pas pris plus de prcautions jusqu' prsent et laiss mes
empreintes  divers endroits. Considrant dans un premier
temps que le qu'il s'aperoive de mon passage ne changera
srement rien, je dcide dans un deuxime temps de nettoyer
avec un torchon les endroits o j'ai pu laisser traner
mes doigts. Dans l'hypothse o je trouve des documents
intressants, ce peut tre un avantage d'avoir des informations
qu'ils ne savent pas en ma possession.

Visite de l'appartement, mystrieusement vide de presque
tout papier. Quelques factures, aucun poste de tlvision,
aucun ordinateur. Il semblerait que mon hte vive seul,
aucun habit fminin dans les placards. Je trouve les cls
et les papiers d'une voiture, avec une sorte de beeper associ.
Avec un peu de chance un parking se trouve dans l'immeuble
et je pourrai trouver cette voiture et l'utiliser ; le beeper
permet srement de commander la porte de sortie. Je suis
dsempar de ne trouver absolument aucun indice ! J'en viens
mme  dduire qu'il n'habite pas vraiment l, ou que c'est
une personne incroyablement prudente. J'entreprends d'tre
un peu plus incisif et de fouiller en qute d'un coffre
cach ou quelque chose d'quivalent. Aprs quelque temps
je finis par dgoter une valise au fond d'un placard. Il
semblerait que mon copain ait quelques envies de voyages.
La valise n'est pas ferme  cl, elle contient quelques
habits, d'autres accessoires sans intrt et, chose plus
inhabituelle sur laquelle je m'arrte, plusieurs cahiers
crits en langue trange ;  mes maigres connaissances je
dirais de l'arabe ou une langue de ce type. Certains de
ces cahiers ont l'air vraiment trs vieux. J'ai l'impression
qu'ils forment une sorte de journal. Il y en a en tout une
dizaine, trois tout petits, pas plus grands qu'un carnet
de notes, les autres plus classiques, et un  peine commenc,
srement le dernier, qui ressemble aux cahiers banals que
l'on trouve en supermarch. Ce pourrait bien tre la langue
que les deux hommes parlaient entre eux quand ils sont rentrs
dans la pice o j'tais attach. Pourraient-ils tre des
terroristes qui auraient infiltr le Pentagone et qui pensent
que je possde certaines informations ? Mais le rapport
avec le bracelet ? Peut-tre que je devrais sur le champ
raconter tout  la police locale ? D'un autre point de vue
ce n'est peut-tre pas du tout a, ou ds qu'ils sauront
que j'en ai parl  la police, ils feront le ncessaire
pour m'liminer, s'ils ne le veulent pas dj. Je conviens
qu'il est plus prudent que je retourne en France avant d'en
toucher mot.

Sortant de mes rflexions, je reprends l'inspection du contenu
de cette valise. Et, , surprise, un bracelet ! Je commence
 me demander si ce n'est pas la grande mode en ce moment,
tout le monde se l'arrache ! J'ai vraiment eu tort de m'en
dbarrasser ! Peut-tre tais-je le cobaye d'une maison
de mode qui testait sa nouvelle cration, et, enrage que
je l'ai bassement jet dans la mer, elle veut se venger
par tous les moyens ? Bah ! Restons srieux. Ce bracelet
me fait aussi revenir ma pierre  l'esprit. Je la cherche
et la trouve avec satisfaction dans ma poche. Nouvelle surprise,
un gros paquet de billet verts. Aprs dcompte : vingt-cinq
mille dollars ! Il serait raisonnablement temps que je change
de travail, au vu de l'argent qu'il est possible d'amasser
alors qu'on est poursuivi ! Je reprends mon inspection,
un billet d'avion pour Los Angeles pour ce soir 19 heures,
et un pour Dakar partant de Los Angeles le dimanche 10.
Finalement tout n'est pas si incomprhensible et incohrent,
mon bonhomme serait-il sur les traces de mon marabout ?
Sans rien de plus notable dans la valise, je prends les
cahiers, les billets d'avion et l'argent et mets le tout
dans mon sac. Je ne touche pas au bracelet, je crois que
j'ai un peu une peur paranoaque de cette chose dsormais.

J'en dduis que ma prochaine destination est une petite
semaine de vacances  L.A., qui se poursuivra par un peu
de safari. Je ressors de l'appartement, toujours avec prcaution,
et prends l'ascenseur pour les parkings en sous-sol. La
recherche de la voiture n'est pas aise, le modle sur les
papiers ne me renseigne pas beaucoup et elles sont toutes
identiques  mes yeux. Je parcours les alles en faisant
jouer du beep de temps en temps pour voir si une voiture
rpond ou si je retrouve la plaque d'immatriculation. Il
me faut une bonne demi-heure pour mettre la main dessus,
le beep des cls ne marchait pas, les piles devaient tre
vides. Une fois au volant je vrifie que le dpart pour
Los Angeles est bien  partir du Reagan-Airport que j'ai
vu en sortant du Pentagone ; c'est effectivement le cas.
Il ne me reste qu' trouver la route jusque l-bas. 13 heures
20, je devrais avoir largement le temps d'y tre pour 19
heures. Toutefois cinq minutes de rflexion avant de dmarrer
me laissent supposer que l'homme du Pentagone va srement
rentrer chez lui s'il devait partir ce soir, et il va moyennement
apprcier que je lui ai vol ses billets. Il tentera sans
doute de me prendre de court  l'aroport. Le plus opportun
serait que je dcale mon vol et parte plus tt. Une autre
solution, plus prudente, voudrait que je parte d'ici directement
en voiture et que je cherche un aroport dans une autre
ville ; il y en a lgion aux USA normalement. Je m'oriente
vers cette solution, me paraissant plus avise, conforte
par les plus de vingt-cinq mille dollars trouvs dans la
valise, qui me permettent de me payer un billet pour n'importe
o sans problme. Pour continuer dans cette voie, je pourrais
aussi m'offrir directement un billet pour Paris, Dakar ou
Ptaouchnok. J'hsite mais je repousse la prise de dcision
 plus tard et prfre sortir de ce parking et m'loigner
de cet immeuble dans un premier temps.

Je ne sais pas trop quoi faire, je roule doucement en direction
de l'aroport en rflchissant. S'il veut rester une semaine
 Los Angeles avant de partir pour Dakar c'est qu'il y a
peut-tre des lments importants l-bas. Mais quels moyens
aurai-je une fois sur place pour les dcouvrir ? D'un autre
ct il est possible qu'il veuille juste dire au revoir
 sa famille avant de quitter le pays. En plus  la vue
des indices en ma possession, il n'est pas exclu que ce
ne soit qu'un voyage d'affaires. Bien sr il tait oppos
 l'autre personne quand il m'a retir mon bracelet et son
appartement tait presque vide de tout  part cette valise
mais ce n'est peut-tre qu'un appartement de location. Toutefois
la somme d'argent vient pauler l'hypothse d'un dpart
dfinitif, d'autant plus que la destination finale n'est
pas anodine. Je pourrais ventuellement trouver des informations
complmentaires  l'aroport, mais je me suis dj fait
avoir une fois  Paris avec une combine de ce genre,  Charles
de Gaulle. Peut-tre devrais-je tenter de traduire ces cahiers
; ils contiennent certainement des informations intressantes.
Quelques minutes me sont encore ncessaires pour finalement
dcider de quitter la ville dans un premier temps, trouver
une autre ville un peu plus loin et y essayer de faire traduire
ces cahiers. S'il n'y a rien de probant je rentrerai alors
 Paris, sinon j'aviserai en consquence pour voir si je
vais  L.A. ou Dakar. Concernant la voiture il faudrait
que je l'abandonne sur une fausse piste, au cas o ils la
recherchent. En attendant je dois avoir quelques heures
de tranquillit que je peux passer  rouler vers le Sud,
et dans trois heures je chercherai un autre moyen de transport.

Tout se passe plutt bien, j'arrive  Richmond vers 15 heures
40. Je laisse la voiture en centre ville et pars  la recherche
d'un bus. Une autre interrogation me turlupinant est que
je ne sais pas quelles villes se trouvent  une distance
raisonnable au sud de Richmond. Et puis je pourrais aussi
aller vers l'est ou vers l'ouest, aprs tout quelle importance
? En marchant  la recherche d'une maison de la presse,
d'un vendeur de journaux ou de livres auquel je pourrais
acheter une carte, je ralentis  une sorte d'arrt de bus.
Un des bus est ouvert avec un chauffeur qui a l'air de ranger
ou de faire le tour des siges pour vrifier que rien n'a
t laiss par les passagers. Je monte.

- Non non monsieur, terminus, ce bus ne va plus nulle part.

- Bonsoir oui excusez-moi, je voudrais juste savoir quel
est le prochain dpart et quels seront les arrts ?

- Ah le prochain dpart c'est demain matin 6 heures monsieur,
et les arrts sont...

Je ne comprends pas la moiti des villes ou des arrts qu'il
donne et distingue juste plus ou moins le terminus.

- ...et terminus Raleigh.

Raleigh ? Je ne connais pas, mais en repartant pour trouver
une carte des USA je me dis qu'au pire je saurais que je
peux partir d'ici demain matin avec ce bus. Promenade en
centre ville, je trouve finalement un magasin o m'acheter
une carte. Raleigh est une ville un peu plus au sud qui
fera impeccablement l'affaire. Elle a tout l'air de ne pas
tre trs grande, c'est parfait. En attendant je cherche
un htel pour la nuit, et de quoi faire quelques courses
de nourriture pour le soir et le lendemain. Je dbourse
cinquante dollars dans un htel modeste o il faut payer
en avance ; pour une nuit il me suffira amplement. De toute
faon j'explique au matre d'htel que devant partir pour
5 heures le lendemain il est plus judicieux que je le paye
en avance. Je retourne par la suite l o j'avais trouv
le bus pour voir s'il faut acheter les billets ds  prsent
mais tout tant ferm et ne trouvant personne sur place,
je remets ce dtail pour le lendemain, me promettant d'arriver
en avance.

Un peu de tranquillit, enfin. Une bonne douche puis une
nuit sans encombre le ventre plein, voil quelques jours
que a ne m'tait pas arriv... Lundi 4 novembre, lever
5 heures, l'arrt de bus est  vingt minutes  pied. Je
djeune avec des donuts que j'ai achets la veille. Dpart
du bus  6 heures passes. Je fais le voyage  ct d'un
couple bien amricain qui me raconte sa vie. Tant mieux
plus ils parlent moins j'en dis sur moi. J'invente tout
de mme une histoire, que je suis  la recherche de mon
pre, que je viens d'Europe et que j'ai gagn ma carte verte
 la loterie machin, bref je baratine en attendant d'arriver
 Raleigh. Mais ils ne sont pas trs curieux et je n'ai
pas besoin de dtailler beaucoup. Finalement le nombre d'arrts
n'est pas trs important et le trajet est principalement
constitu d'autoroute. Il nous faut  peu prs quatre heures
de route et nous arrivons  Raleigh vers les 10 heures passes.
Ce n'est pas gros sur une carte mais c'est quand mme une
ville assez consquente. Premire tape, recherche d'un
htel, il faut que j'en choisisse un pour quelques jours
cette fois-ci. Ensuite je partirai en qute de personnes
capables de dchiffrer mes cahiers. Il me faudrait aussi
de toute urgence de nouveaux vtements, les miens commenant
 avoir vraiment mauvaise allure.

Emplettes en ville et tour du canton pour trouver une bibliothque.
Il doit sans doute y avoir une Universit, et avec un peu
de chance des professeurs d'arabe capables de lire ces cahiers.
Le plus simple tant de trouver un cybercaf, avec un bon
petit Google je pourrais trouver plus de choses qu'en une
journe entire  courir  droite ou  gauche. La recherche
d'un cybercaf n'est pas des plus complexes, et je n'en
ai mme pas l'occasion de visiter un peu la ville... Il
y a effectivement une Universit  Raleigh, et d'ailleurs
ce n'est pas trs tonnant, j'apprends avec surprise que
c'est la capitale de la Caroline du Nord ! Ah dcidment
ma gographie... Toutefois je ne trouve pas sur le site
d'indication quant  des cours de langues trangres. Je
pourrai quand mme y faire un tour demain pour demander,
ce serait quand mme bien tonnant qu'il n'y ait pas un
dpartement de langues, et s'il n'y a pas d'enseignement
d'arabe ventuellement certains professeurs pourront tout
de mme m'aider ou m'indiquer o me renseigner. Je prends
aussi l'adresse de l'Institut Islamique de Raleigh et j'en
profite pour lire mes mails et en crire deux ou trois.
Je dcide de raconter  Guillaume et  Fabrice toute l'histoire,
en leur expliquant ce que je sais et o je me trouve. Je
dis simplement aux autres que tout va bien et que je suis
en vacances. J'informe aussi papa et maman pour leur expliquer
que mon portable est cass mais que mme si tout se passe
bien un contrat  mon travail m'empchera d'aller passer
une semaine chez eux, mais que ce n'est que partie remise.
Je termine par un petit tour des nouvelles avec mes sites
classiques, linuxfr, Google news, boursorama... Pas de catastrophe.
17 heures, je prvois d'aller  l'Institut Islamique le
lendemain matin, puis ensuite  l'Universit en fonction
des rsultats. En attendant je vais profiter du reste de
la journe pour m'acheter une paire de jeans, de quoi me
raser pour me refaire une beaut, et de quoi dner pour
le soir.

Deuxime nuit tranquille, j'ai peine  me dire qu'il ne
faudrait peut-tre pas que je m'y habitue. Le matin je pars
tt en direction du Centre Islamique de Raleigh, 3020 Ligon
Street. Mais c'est peine perdue car je me fais remballer
assez rapidement. En effet il semblerait que les cahiers
ne soient pas crits en arabe. Je me suis tout de mme permis
de demander  mon interlocuteur s'il avait une ide de la
langue, et il a rpondu que c'tait de toute vidence de
l'hbreu. Mes plus plates excuses et je suis reparti de
nouveau en qute d'un cybercaf pour trouver un centre juif
dans le coin. Il y a un tablissement qui s'appelle le "Temple
Beth Or" et qui m'a l'air d'un bon candidat. C'est un peu
 l'extrieur, au nord de Raleigh. Comme je ne capte pas
outre mesure leur systme de transport en commun, et que
j'ai toujours eu beaucoup de mal  acheter des tickets de
mtro ou de bus de toute manire, j'y vais  pied. Il s'avre
dans les faits que ce n'est pas tout prs, plusieurs kilomtres,
et il me faut plus d'une heure trente pour m'y rendre, et
j'tais dj dans le Nord de Raleigh. Sur place je passe
un temps consquent avant de faire comprendre que j'ai des
documents que je voudrais faire traduire. Quelques personnes
y jettent un oeil mais toutes semblent dire que ce n'est
pas de l'hbreu, ou pas vraiment ; elles paraissent trs
perplexes quoi qu'il en soit. Une suspecte que c'est peut-tre
de l'hbreu ancien mais que pour tre sr il faudrait demander
au vieux dont je n'ai pas saisi le nom. Bien videmment
on ne peut pas le dranger aussi facilement. Bref ils se
moquent un peu de mes questions et me congdient en me raccompagnant
 l'extrieur. J'accepte sans faire d'opposition mais une
fois dehors je fais discrtement le tour des btisses pour
chercher ce vieux en question. Il y a une synagogue ou quelque
chose qui y ressemble et je suis confiant d'y trouver 
l'intrieur mon bonhomme ou quelqu'un pouvant me renseigner.
Toutefois le jeu est risqu, et je vais me faire attraper
rapidement si je rentre tel quel dans ce lieu pas vraiment
ouvert aux visiteurs. Je tente tout de mme. Je suis surpris
par le monde. J'imagine qu'il faut que je m'adresse au plus
vieux des plus vieux. Je ne dois pas perdre de temps avant
que tous les autres ne me sautent dessus et ne me jettent
 la porte, car je suis plus l'archtype du touriste paen
que du fervent pratiquant.

David
-----



Dans un premier temps je ne trouve personne qui corresponde
 ce que je pense ou qui ait l'air suffisamment avenant
pour que je me risque  lui demander de l'aide. Tout le
monde me regarde mchamment. Ce n'est qu'alors que je m'apprte
 sortir que je remarque un vieillard dans un coin. Je me
dirige rapidement vers lui et je lui tends directement un
des cahiers, celui qui me semble tre un des plus plus vieux
des onze. Le vieil homme regarde le cahier avec attention,
puis se lve et me fait signe de le suivre, nous sortons
de la pice et prenons un couloir troit, puis arrivons
finalement  une petite pice qui semble tre son bureau.

- David Leverman.

Il me tend la main.

- Enchant, Franois Aulleri, mais la plupart des gens m'appellent
Ylraw

Nous nous serrons la main faon US chaleureuse.

- D'o tenez-vous ce cahier ?

- L'histoire est un peu complique, toujours est-il que
ce n'est pas le seul, j'en ai onze en tout, qui semblent
former une sorte de journal, et dont le plus rcent de toute
vidence nous est contemporain. Est-ce que vous tes capable
de le lire ?

- Asseyez-vous, je vous en prie.

Le vieil homme fait le tour de son bureau encombr et s'assoit,
je fais de mme sur une chaise en face. Il regarde avec
attention le cahier pendant quelques minutes.

- C'est trs trange, c'est manifestement de l'hbreu ancien,
ou une forme approche, mais j'ai beaucoup de mal  le lire,
les tournures de phrases, et une partie du vocabulaire me
sont inconnus. Il semblerait nanmoins que ce soit une sorte
de journal, comme vous le dtes. La premire date que j'arrive
 dchiffrer est 1668, mais je peux me tromper, ce n'est
peut-tre pas une date. Cela dit la suite semble le confirmer,
avec  peu prs une date ou deux par an, voire aucune certaines
annes, comme si seulement quelques faits, peut-tre les
plus importants, taient relats.

Satisfait qu'il puisse m'aider, je sors alors les dix autres
cahiers, et les pose sur son bureau. Il s'empresse de les
regarder les uns aprs les autres.

- C'est incroyable l'criture est pratiquement la mme tout
du long,  seul le stylo a manifestement chang, comme si
c'tait la mme personne qui avait crit tous les cahiers.
Ceci est vraiment trs intressant, vous ne voulez vraiment
pas me raconter comment vous les avez trouvs ?

Je me dcide alors  prendre le risque de lui raconter l'histoire.
Je ne fais pratiquement aucune omission. Le bracelet, l'le
de R, la rencontre avec le vieux, le retour sur Paris,
l'aroport, puis le rveil au Pentagone, la visite de l'appartement
dans Washington o je trouve les cahiers, et enfin mon arrive
 Raleigh, l'histoire au complet. Il a cout sans poser
de question, me proposant simplement un verre d'eau pendant
mon discours de prs de trois quarts d'heure.

- Trs trs trange, est-ce que cela voudrait dire que l'arme
amricaine possde des informations sur des documents hbreux
non  divulgus ? Ou peut-tre cherche-t-elle  diffuser
de faux documents en vue de crer des dissensions au sein
de la communaut juive ?

- C'est possible mais comme je vous ai expliqu, je n'ai
pas trouv ces cahiers au Pentagone mais dans l'appartement
de l'une des personnes qui me retenaient prisonnier l-bas.
Mais il se peut que cette personne et pour mission d'aller
dposer ces cahiers quelque part pour faire croire  une
dcouverte, en Afrique, peut-tre.

- Sur l'un des lieux o le peuple d'Israel est pass ? Oui,
c'est possible, en attendant nous aurons peut-tre des rponses
si je parviens  dchiffrer certains passages.

- Oui car je ne vous ai pas dit que cette personne avait
aussi dans ses affaires aux cts des cahiers un billet
d'avion pour Los Angeles, et un autre pour Dakar au dpart
de Los Angeles pour dimanche prochain. En consquence il
pourrait tre intressant de dchiffrer le dernier cahier
en premier lieu pour chercher si ce que maniganaient ces
hommes y est indiqu.

- Oui c'est une bonne ide. Mais puis-je vous poser une
question, qu'avez-vous fait pour que ces hommes vous en
veulent ?

- C'est la question que je me pose depuis le dbut de cette
histoire, croyez-moi je n'y comprends pas grand-chose. La
personne que j'ai vue en France et qui m'a conseill d'aller
en Afrique semblait dire que le fait que je porte le bracelet
tait une des raisons. Au dbut je me suis dit que c'tait
un signe de reconnaissance qu'il ne fallait absolument pas
montrer. Le fait que je le portais devait leur faire penser
que je savais certaines choses fcheuses et que montrer
le bracelet prouvait que j'tais dcid  les trahir, ou
les provoquer. Alors il tait prfrable pour eux que je
ne puisse pas rpter ce que j'tais suppos savoir. Mais
a n'explique pas pourquoi ils ne m'ont pas limin quand
ils en avaient l'occasion. Peut-tre aussi suis-je en possession
d'lments sans le savoir. Mais j'ai peine  croire que
ce soit le cas, car ils n'ont mme pas pris la peine de
me fouiller au Pentagone. Par contre il semblerait qu'ils
aient fouill mon appartement, mais je n'ai pas pu vrifier
s'ils y ont trouv quelque chose ou pas. Et de toute faon
je ne vois vraiment pas qu'est ce qu'ils auraient pu trouver.
Il est possible pourtant que je sache certaines choses qui
les intressent. J'esprais que ces cahiers pourraient m'en
dire un peu plus et me donner quelques pistes.

- Je comprends, j'ai quelques obligations qui m'obligent
  vous laisser, pourriez-vous revenir demain avec les cahiers
? Pour combien de temps tes-vous en ville ?

- Je n'ai pas d'obligation, la seule contrainte, comme je
vous l'ai dit, est ce vol pour Dakar dimanche prochain,
d'ici l je suis  votre disposition. Quant aux cahiers,
je peux vous les laisser si vous le dsirez, vous saurez
en faire meilleur usage que moi, je doute de pouvoir me
lancer dans l'tude de l'hbreu ancien en quelques jours.

- C'est trs aimable  vous de me porter cette confiance,
j'apprcie. Si vous le pouvez revenez donc demain en dbut
d'aprs-midi, nous aurons alors plus de temps pour discuter.
J'indiquerai  l'accueil que je vous attends, Franois Olri,
c'est bien cela ?

- Aulleri, 'a' 'u' deux 'l' 'e' 'r' 'i', hum attendez il
doit me rester quelques cartes de visite, voil.

Je lui tends une de mes cartes de visite de Mandrakesoft.
Il en profite pour me demander deux trois informations sur
ce que je fais dans mon travail et dans la vie en gnral,
puis me remercie et me raccompagne  la porte. Je rentre
tranquillement jusqu' l'htel, avec le reste de la journe
 tuer. Je peux aller squatter un cybercaf, mais je pourrais
aussi en profiter pour faire le tour de la citadelle...
Finalement je ne fais pas grand-chose de passionnant. Je
suis tellement impatient de retourner demain voir le vieux
David que je finis la soire  larver devant la tlvision
 l'htel, tout en faisant quelques pompes de temps en temps,
bien sr. Je me dis que je pourrai m'acheter un short et
le lendemain matin aller faire un footing, il est bien probable
que par les temps qui courent me maintenir en forme ne soit
pas un luxe.

Vendredi 6 dcembre 2002
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Mercredi 6 novembre. Footing le matin, ensuite je ne peux
pas m'empcher d'aller faire un tour au cybercaf pour vrifier
mes mails et regarder un peu les nouvelles. J'ai l'ide
de chercher des informations sur cet homme dont je suis
all visiter l'appartement, ce John Peters. Manque de chance
j'ai comme rsultat des dizaines d'homonymes, et mme en
compltant la recherche avec 'FBI' ou 'Pentagon', rien de
bien concluant ne me permet d'esprer une piste. Vers 11
heures 30 je reprends la route pour le temple. J'y vais
en courant car dans le cas contraire il me faut presque
deux heures pour m'y rendre de l'htel. Cette fois-ci le
personnel du centre ne me fait aucune difficult et une
personne m'accompagne jusqu'au bureau du vieux David, o
ils me laissent. Politesses d'usage, puis je ne peux m'empcher
de lui demander directement s'il a eu le temps de lire les
cahiers.

- Pour tre franc j'ai pass ma nuit  a. J'en ai mme
manqu mon rveil ce matin, aprs m'tre endormi dessus.
Cela doit bien faire vingt ans qu'une chose pareille ne
m'tait pas arrive.

- Vous avez trouv des choses intressantes ?

- C'est difficile  dire. Tout d'abord la traduction est
trs fastidieuse, et je n'avance qu'en faisant des suppositions
que je dois souvent remettre en cause. Il semblerait toutefois,
aussi incroyable que cela puisse paratre, que ce soit bien
une seule et mme personne qui ait crit tous ces cahiers.
Toutefois c'est peut-tre une mme personne morale, et non
pas physique, comme de pre en fils, ou au sein d'une secte,
d'une organisation, la tradition et la culture d'une mme
foi donnant l'illusion de l'unicit. Mais c'est tout de
mme trs trange car le style et la calligraphie restent
tellement identiques. Quoi qu'il en soit que nous prenions
l'hypothse qu'une seule personne ait crit tous les cahiers
ou plusieurs  la suite, le premier homme, ou la premire
femme, serait n, ou venu d'un endroit, ce n'est pas trs
clair,  Londres. Je ne comprends pas par contre leur calendrier,
car il est mention de dates allant de 10250  10550, ce
qui ne correspond ni au calendrier juif, ni au calendrier
chrtien. Quoi qu'il en soit le cahier le plus ancien semble
rsumer les deux premiers sicles pendant lesquels ils ne
mettaient pas encore par crit leur histoire.

- Et ces cahiers peuvent-ils tre un faux ? Des cahiers
crs de toutes pices ?

- Non, enfin je ne crois pas, d'un autre ct je ne sais
pas de quoi ils sont capables de nos jours. Aprs tout tellement
de choses sont possibles, mme de crer une sorte d'hbreu
ancien inconnu. Mais cependant je trouverais cette hypothse
trange, ils auraient d passer un temps phnomnal pour
mettre au point cette langue. Il aurait t plus facile,
et beaucoup plus percutant, que le mme hbreu que celui
utilis dans l'ancien testament soit prfr.

- Oui mais ce serait un moyen de rendre les choses encore
plus crdibles, justement, d'utiliser une sorte de langue
encore plus ancienne, pour faire croire, peut-tre, que
Dieu, Jsus ou certains prophtes sont toujours parmi nous,
ou sont revenus, ou bien l'existence d'un groupe de pression
juif qui dirige certains organes du pouvoir ; dans un but
de forcer des prises de position dans le conflit Isralo-Palestinien,
par exemple. Ou peut-tre encore des lments qui remettraient
en question certains dogmes religieux. Quant  la langue
ancienne, je suppose que de bons ordinateurs de nos jours
seraient capables de gnrer une sorte de version drive
d'une langue donne avec l'aide de certains spcialistes.

- Certes, mais dans le peu que j'ai pu dchiffrer, il n'est
pas vraiment question de religion, je ne crois pas avoir
vu sous-entendu une rfrence au tout puissant. Je peux
avoir bien sr manqu les passages qui en parlent, car je
ne comprends que quelques mots disperss.

- De quoi est-il question alors ?

- Eh bien j'ai tent tout d'abord de lire le dernier cahier,
celui qui semble le plus rcent, comme vous me l'aviez conseill,
mais les rfrences taient nombreuses, et j'avais beaucoup
de mal. Je me suis alors dit que de les lire dans l'ordre
me permettrait de comprendre plus facilement l'enchanement
et peut-tre la logique.

- Et ?

- Eh bien il ressort presque constamment une sorte d'organisation,
de secte peut-tre. Un ensemble de personnes  qui fait
trs souvent rfrence l'homme ou la femme qui a crit.
Mais je ne comprends pas trs bien ce que cette organisation
reprsente. La personne semblait agir comme conseiller,
 l'poque des deux premiers cahiers, autour des annes
11500, de marchands, ou d'une famille d'hommes d'affaires
peut-tre. Aprs il semble qu'elle ait boug, vers d'autres
grandes villes europennes de cette poque.

- Mais, quelles sont les dates mentionnes dans le dernier
cahier ?

- La dernire date du cahier le plus rcent est 13134.

- 13134 ! Si on considre que cette date nous est contemporaine,
alors 11500 correspondent  plus de 1600 ans plus tt. Et
vous m'avez dit qu'elle tait ne entre 10250 et 10550,
il y a plus de 2500 ans, c'est incroyable !

- Oui, cela remonte au cinquime sicle avant le calendrier
chrtien.

- Et que dit cette personne exactement ? Que raconte-t-elle
?

- Je n'arrive  dchiffrer que quelques mots communs, c'est
donc difficile de comprendre le sens global, mais il me
semble qu'elle parle de dcisions, de choix, de ce qu'il
faut faire pour avancer dans la bonne direction. J'ai aussi
l'impression que quelque chose lui fait peur, qu'elle doit
se cacher. Et  vrai dire pour l'instant je n'en sais pas
beaucoup plus. Il me faudrait srement des mois voire plus
pour arriver  me faire une ide plus prcise et plus aboutie.
Je ne suis peut-tre pas la personne adquate, peut-tre
devriez-vous rentrer en contact avec quelques spcialistes
bien plus capables que moi pour vous aider.

- Il se trouve qu'il y a pas mal de gens qui m'en veulent,
et que je n'ai pas vraiment  ma disposition ces quelques
mois pour savoir quels sont leurs motifs. J'imagine qu'une
fois que tout sera termin je porterai effectivement ces
cahiers  des chercheurs ou des archologues ; mais pour
le moment vous tes la seule personne qui peut m'expliquer
ce qu'il se passe, si a vaut le coup ou pas que j'aille
 L.A. pour dimanche prochain, et ce que je suis susceptible
d'y trouver.

- Je comprends. En quoi pensez-vous que vous pouvez tre
li  cette histoire, peut-tre avez-vous rflchi un peu
plus en dtail depuis que vous tes plus tranquille  Raleigh
?

- Pour tre franc j'attendais beaucoup des cahiers, et je
ne me suis pas vraiment pos la question, mais peut-tre
que je connais une partie des rponses, oui. Malgr tout
j'ai beaucoup de mal  m'imaginer en quoi ma vie tout ce
qu'il y a de plus classique puisse intresser qui que ce
soit.

- Et cette histoire de bracelet, il semble qu'il revienne
souvent, et de plus il semble tre le point de dpart. Ne
pourrait-il pas tre le lien ?

- Oui je suis presque sr que c'est bien la raison de leur
confusion au dbut, mais ils auraient d chercher la fille,
pas moi, et auraient d se rendre compte de leur erreur
rapidement. Ils ont eu l'occasion de vrifier toutes les
infos sur moi et pourtant ils ont continu  me courir aprs.
Ils ont de plus vraisemblablement visit mon appartement
 Paris et donc trouv  peu prs tout de ma vie.  moins
qu'ils ne se soient effectivement plants au dbut, et que
dsormais ils aient peur de ce que j'ai pu voir. Cette hypothse
me semble l'explication la plus plausible. Toujours est-il
qu'il semble  prsent certain qu'une organisation plus
ou moins secrte se cache derrire tout a, mais quels sont
ses objectifs et son tendue, c'est toujours un mystre.
Quoiqu'elle semble au moins infiltre au sein d'organismes
aussi importants que le Pentagone, ce n'est pas rien.

- Le Pentagone n'est pas vraiment un organisme, mais je
vois ce que vous voulez dire. Pouvez-vous me parler un peu
plus de ce bracelet ?  Pourrait-il tre une sorte de signe
de reconnaissance, un talisman ?

- Je ne sais pas s'il peut tre un talisman, mais il semblerait
qu'ils ne le portent pas en permanence, et d'aprs ce que
m'avait dit le gars sur la plage, et aussi un autre type
bizarre que j'avais crois dans la rue  Paris, qui est
peut-tre celui qui a tout dclench, d'ailleurs, il est
dangereux pour eux de le porter et de le montrer en public.
Il est donc possible qu'ils ne l'utilisent que dans certaines
occasions, des runions secrtes ou un truc du genre.

David, qui tait appuy contre le bureau, se recule dans
son sige, pensif.

- Tout cela est vraiment trs trange...

- Je ne vous le fais pas dire, mais il ne faut pas trop
vous turlupiner avec a, ce sont mes problmes aprs tout.

- Oh vous savez, les problmes d'un homme sont les problmes
des hommes... tes-vous croyant ?

Je suis surpris par la question, mais le vieux David doit
srement se demander si je ne lui raconte pas des salades,
il est normal qu'il cherche un peu  me connatre. Je n'ai
rien  lui cacher.

- Non. Enfin pour tre plus prcis je l'tais jeune, alors
catholique plutt pratiquant. Et puis le temps passant et
mes interrogations grandissant je me suis loign de Dieu
et tout ce qui tourne autour. Je voulais d'une certaine
faon vivre ma vie seul, sans l'aide de personne, quitte
 ne pas y arriver. Et je trouvais que Dieu tait une excuse
un peu facile face  l'adversit, et que j'tais la seule
personne  pouvoir vraiment changer les choses.

Il semble tonn par ma rponse.

- Dieu une excuse facile ? Que voulez-vous dire ?

- Je veux dire que c'est parfois une solution de facilit
que de se plaindre de fatalit et de volont divine plutt
que de continuer  se battre pour changer les choses.

- Je vois. Mais suivre Dieu c'est aussi suivre une voie
de justice et de bien, ne plus croire ne vous mne-t-il
pas plus facilement vers des choses rejetes par votre religion
?

- Je pense que je suis rest quand mme fortement influenc
par la morale et l'ensemble de la notion de "Bien" prne
par la religion ; et je tente si possible de respecter mes
principes, qui en dcoulent principalement, et de conserver
une hygine de vie  l'abri des tentations matrialistes.
Je ne sais pas trop comment je m'en sors, ce n'est pas tous
les jours facile et je dois cder plus que de raison  certains
petits pchs, peut-tre  des plus gros, mme, sans m'en
rendre compte, mais je n'ai pas l'impression d'avoir une
vie qui pourrait s'avrer plus critiquable que d'autres
bons croyants. Je donne de l'argent pour un gamin en Afrique,
je donne mon sang, je fais attention  la nature, je laisse
des pourboires au serveur, j'essaie de ne pas tre goste,
d'tre tolrant, enfin, ce genre de chose quoi. Mais d'autre
part c'est vrai que je considre certaines rgles religieuses
un peu dsutes, par exemple je ne cacherais pas avoir pris
quelques liberts avec certaines de mes compatriotes en
dehors des liens sacrs du mariage.

Il sourit. Je continue.

- Cependant j'essaie tant bien que mal de ne pas faire ce
que ma morale rprouve, de ne pas agir juste pour mon plaisir,
et j'ai une certaine capacit  me rendre la vie difficile
et  ne pas cder  la facilit. Tout ceci peut paratre
un peu prtentieux, mais je ne pense pas que vous impressionner
puisse m'apporter quoi que ce soit.

- Je comprends votre point de vue. Il est vrai que la religion
semble parfois bien lointaine des proccupations de la vie
moderne. Je dplore toutefois que tous, mme non croyants,
ne suivent pas une voie un peu moins entache des sirnes
de nos socits gostes.

- Je me suis dj pos la question, effectivement, d'un
substitut  la religion pour que les gens gardent un esprit
critique et un certain recul vis--vis de la facilit apparente
de nos civilisations...

David me coupe.

- Pourquoi un substitut ? La religion par son anciennet
garde justement ce recul et cette force face au monde actuel.

- Peut-tre mais les gens ne le voient pas ou ne le croient
pas, et pensent qu'elle ne peut plus vraiment servir de
valeur fondamentale. Et j'ai peur que nos socits ne s'effondrent
comme des chteaux de cartes si des bases solides n'existent
plus. Je ne pense pas pour ma part que le capitalisme et
l'argent soient une base suffisamment solide.

- Vous tes anticapitaliste ?

- Non, je ne pense pas, enfin plus exactement je ne pense
pas que le capitalisme en lui-mme soit une mauvaise chose,
mais il n'est pas suffisant pour un dveloppement harmonieux
de l'homme. Malgr tout je ne sais pas trop quel serait
le systme idal o les gens puissent continuer  avoir
de l'ambition,  faire fortune,  tre motivs pour aller
de l'avant, mais o les retombes puissent davantage profiter
 l'humanit en gnral. Le capitalisme actuel semble de
plus en plus se dvelopper en entretenant et augmentant
les diffrences de richesses entre les gens, les principes
de redistribution ne fonctionnent pas correctement.

- Mais justement dans ce contexte la religion et ses principes
peuvent aider les gens  tre moins gostes, plus moraux
et ne pas faire sans remords, simplement pour l'argent,
des choses mauvaises, et surtout  redistribuer leur surplus.

- Oui  mon avis la religion a contribu, jusqu' prsent
en tous les cas,  l'tablissement d'une morale commune
que l'on retrouve plus ou moins chez tout le monde, et qui
a permis au systme de fonctionner. Mais je pense qu'elle
ne suffit plus et se trouve trop  l'cart des considrations
de la vie conomique pour vraiment tre efficace. Je suis
sr que nombre de patrons de botes internationales qui
exploitent des milliers d'enfants et trafiquent leur comptes
dans moult paradis fiscaux sont de fervents pratiquants
religieux. Ils vont  la messe rgulirement et ne sentent
pas du tout  quel point leur comportement est paradoxal.
Dieu s'est trop loign de notre monde pour y jouer encore
un rel rle.

- Vous pensez qu'il faut rtablir la religion dans l'tat
?

- Non je ne pense pas qu'il faille que Dieu revienne, je
pense qu'il faut trouver autre chose que la religion, ou
peut-tre une forme plus  jour, qui faonne les gens plus
qu'elle ne les punit. Et o naturellement ils sont pousss
 faire des choses bonnes pour tout le monde.

- Mais vous parlez du tout-puissant comme d'un outil, comme
si on pouvait dcider qu'il soit prsent ou pas, mais il
est l, quoi qu'il arrive !

- Non, je pense qu'il n'est l que si les gens croient en
lui, si plus personne ne croit en lui, il n'est plus l.
Qu'il existe ou pas n'est pas la question, il faut que les
hommes le suivent pour qu'il ait de la force, et ce n'est
plus le cas ; et je ne pense pas que nous puissions revenir
en arrire. C'est pour cette raison qu'il faut trouver un
systme plus  jour, plus humain peut-tre, pour que les
hommes y trouvent les rponses  leurs problmes actuels.
Dans notre monde les hommes se moquent du paradis dans les
cieux, ils peuvent l'avoir ici et maintenant, pourquoi attendre
?

- Je ne pense pas que je pourrai jamais accepter ce que
vous dites mais je comprends votre raisonnement.

- Je ne raisonne pas comme vous, en effet, pour moi il n'y
a pas de fatalit, et  mes yeux, considrer que Dieu est
la seule solution pour que les hommes restent sur le droit
chemin, c'est une fatalit, c'est s'empcher de trouver
d'autres solutions, c'est considrer qu'il n'y a pas de
possibilit d'avoir une humanit juste et bonne pour d'autres
raisons que la simple foi religieuse.

- Mais qu'est-ce qui peut remplacer la religion, le tout-puissant,
le Bien absolu, la foi ?

- Je pense que l'homme est goste, mais je pense surtout
qu'il est orgueilleux, et si nous pouvions trouver un systme
qui satisfasse cet orgueil en tant plus profitable  tous,
ce serait un progrs. C'est sur ce point que je trouve que
le capitalisme est insuffisant, il est parfait pour rpondre
au besoin de pouvoir et de richesse des gens, mais ses dviances
et surtout la faiblesse des hommes le rendent de moins en
moins intressant pour l'ensemble. Dsormais les hommes
entreprenants ou talentueux dtournent trop le systme en
leur faveur en redonnant de moins en moins, alors que le
principe serait de trouver l'quilibre qui ne brime pas
les ambitions ponctuelles, mais qu'elles soient mises 
profit pour la socit en gnral. C'est un peu aussi la
raison pour laquelle je trouve la plupart des systmes socialistes
utopiques. Ils ne prennent pas assez en compte que beaucoup
d'hommes aspirent uniquement au pouvoir et  la domination.
Et quel que soit le systme,  quelques exceptions prs,
je pense que ce seront toujours ces mmes personnes qui
auront le pouvoir, parce que leur seule ligne de conduite,
c'est d'obtenir ce pouvoir, que ce soit dans une dictature
communiste, une dictature capitaliste, ou une dictature
tout court.

- Vous pensez donc que l'homme n'est pas bon  la base,
que a dpend compltement de son environnement ?

- Je suis partag sur cette question. Toujours est-il que
s'il est bon  la base il est facilement corruptible  mon
got, et la situation finale est la mme. 

- J'ai la faiblesse de croire pour ma part que l'homme est
bon, mais nous ne savons certainement pas lui parler dans
les termes adquats.

- Peut-tre que beaucoup d'hommes sont comme vous le pensez,
mais toujours est-il que certains autres vendraient mre
et pre pour arriver  leurs fins. Et je pense que ce sont
ceux-ci qui nous dirigent, parce que leur ambition est plus
importante que leur morale, ils sont prts  tout pour la
satisfaire... Enfin... Je ne sais pas, je ne sais pas trop
ce qui est vraiment au fond de l'homme... Je ne sais pas...

Je m'interromps un instant, plus trs sr de mon raisonnement.

- Vous pensez que ces cahiers peuvent contenir des lments
susceptibles de remettre en question la religion et certains
de ses prceptes ?

J'essaie de revenir un peu  mes proccupations premires,
nous avons considrablement diverg...

- De ce que j'ai lu, je ne pense pas. Mais la personne qui
a crit ces textes semble nanmoins faire partie d'une sorte
d'organisation influente. Il se pourrait que la religion
fut un des moyens de pression sur le reste de la population
de ce groupe. Tout ceci n'est que supposition, bien sr.
Mais a pourrait expliquer pourquoi cette organisation commence
 prendre peur en sentant son pouvoir s'effriter. Peut-tre
cherche-t-elle d'autres moyens d'influence. Et ce danger
auquel elle a t soumise de tous temps est peut-tre simplement
le risque d'tre dcouverte. Mais je n'ai pas trouv suffisamment
d'lments pour savoir vraiment de quoi il en retourne et
vous en dire plus pour l'instant.

Je relche un peu mon attention et m'assois plus confortablement
sur ma chaise.

- Je me sens bien inutile, je ne peux que difficilement
vous aider.

- Ne vous en faites pas, chacun est utile  son heure, et
il se peut que la votre vienne plus vite que vous ne le
dsiriez vraiment. Vous aurez sans doute pas mal d'embches
dans la suite de vos aventures, mettez donc  profit ces
quelques jours de clmence pour reprendre des forces.

- Vous avez sans doute raison, peut-tre devrais-je vous
laisser tranquille, alors. Nous pouvons nous voir demain
 la mme heure ?

- Oui, d'ici l j'aurai sans doute un peu plus d'informations
 vous communiquer.

Je laisse donc David  mes cahiers, et rentre doucement
en centre ville. Je serre toujours la pierre dans ma main.
Petit  petit, j'arrive  m'en sparer, la placer simplement
dans ma poche suffit  ne pas me rendre mal. L'accoutumance
semble s'amenuiser.

Depuis les deux ou trois jours de ma prsence  Raleigh,
j'ai crois  plusieurs reprises une sans-abri derrire
l'htel. Je le contourne pour me rendre au temple et je
la vois souvent, soit  fouiller les poubelles, soit  dormir
dans sa maison de carton, quand le gardien de l'htel ou
les gamins ne viennent pas la dranger. Elle se trouve justement
 chercher dans les poubelles. Je la regarde ; elle m'aperoit.

- Je suis dsole d'importuner votre vue, Monsieur, mais
c'est  cette heure-ci qu'ils jettent les restes de midi,
si j'attends, les chats ou d'autres les auront pris  ma
place, et je n'aurai rien  manger.

- Comment vous appelez-vous ?

Elle semble surprise de ma question.

- Euh, je m'appelais... Je m'appelle Margareth.

Elle a prononc son prnom comme si personne ne l'avait
appel ainsi depuis des annes et des annes.

- Vous tes ici depuis combien de temps ?

-  cet htel ? Ou dans la rue ? Dans la rue a fait 25
ans.

Un des gardiens qui fait le tour de l'immeuble me reconnat
et demande :

- Elle vous importune, Monsieur ? Voulez-vous que je la
chasse ?

- Non, pas du tout, nous discutons.

Il semble surpris, je lui file dix dollars et il s'en va,
satisfait.

- Voulez-vous prendre une douche et passer une nuit au chaud
? J'ai une chambre  l'htel. Mais il va falloir faire attention
pour rentrer parce qu'ils ne vont pas vouloir vous laisser
passer.

- Euh, mais, je ne voudrais pas vous embter, vous savez
on se fait  la misre, et il y a srement des plus malheureux
que moi.

- Allez venez. Placez-vous prs de la porte verte l-bas,
je vais venir vous ouvrir dans un petit moment pour vous
faire rentrer par-derrire.

Ce n'est srement pas le genre de choses que j'aurais fait
 Paris, mais dans les conditions prsentes, dans ce pays
si loin, avec toutes ces histoires qui m'arrivent, la discussion
avec David, c'est peut-tre le moment de penser un peu plus
aux autres. Et puis ce n'est mme pas mon argent.

Je russis  la faire entrer en douce. Aprs une bonne douche,
je me rends compte qu'il lui faudrait de nouveaux habits.
Je discute un peu avec elle. Elle va avoir cinquante ans
pour la fin de l'anne, comme mon papa. Voil vingt-cinq
ans que son mari l'a mise  la porte pour une autre, la
laissant sans aucune ressource. Elle n'a plus de famille,
ou le prtend en tous cas, et aprs avoir fait plusieurs
petits boulots, elle n'a pas russi  remonter la pente
et a termin dans la rue, comme beaucoup. Je lui explique
alors que je vais aller lui chercher des habits et de quoi
manger. Je sors et lui trouve dans un magasin proche de
l'htel de bons habits bien chauds et solides. Je ne peux
malheureusement pas la sortir de son malheur, mais peut-tre
le rendre un peu moins dur pour un soir. Je pourrais lui
donner de l'argent, il me reste au moins vingt-deux ou vingt-trois
mille dollars. Je prfre en garder un peu au cas o ma
carte bleue serait bloque, mais je n'ai pas besoin d'autant.
Toutefois j'ai la crainte que si je lui donne une si grosse
somme, dans les deux mois elle n'ait tout dpens et se
retrouve dans le mme tat. Je commence  me sentir un peu
seul peut-tre, si loin de chez moi, loin de mes amis, de
mes parents. Il n'y a que quelques jours que je suis parti,
pourtant...

Elle est ravie par les habits, et aussi par les deux immenses
pizzas que j'ai rapportes. Je ne parviens  finir que la
moiti de la mienne, pour son bonheur car elle engloutit
l'autre moiti en moins de temps qu'il n'en faut pour le
dire. Elle passe le reste de la soire devant la tl ou
 me raconter sa vie, puis sombre rapidement dans un profond
sommeil.

C'est elle qui me rveille le matin, jeudi 7 novembre, elle
m'explique qu'elle prfre retourner dans la rue, de peur
que quelqu'un ne lui pique sa place, que Dieu me bnisse
et d'autres remerciements chaleureux. Je me sens pourtant
coupable de ne pas les mriter, ou de ne pouvoir faire plus,
cet argent ne m'appartenant pas.

Je me recouche quelques instants, sommeille une petite heure
puis me lve et pars faire mon footing matinal. Ensuite
je pars  la recherche d'une banque. J'ai dans l'ide d'ouvrir
un compte pour Margareth. Il est possible qu'il soit plus
sage que je garde cet argent en vue des prochains tracas
que je ne vais sans doute pas manquer d'avoir, mais je saurai
bien me dbrouiller autrement. Une fois une banque trouve,
j'explique au banquier que j'ai gagn vingt mille dollars
et que j'aimerais les placer pour qu'ils me rapportent tous
les mois. L'avantage des tats-Unis, c'est qu'avec de l'argent,
toute procdure est simplifie, et je ne suis mme pas tracass
par le fait d'tre franais,  vrai dire il s'en moque.
Nous discutons des dtails un moment et finalement nous
tombons d'accord sur une rmunration  cinq pour cent avec
un pour cent rinvesti en partie et servant pour les frais
de tenue de compte. Mais comme les intrts ne seront effectifs
qu' partir de la deuxime anne, je rajoute mille dollars
reprsentant aussi  peu prs quatre-vingts dollars par
mois pour la premire anne. Tout cela fonctionnant avec
une carte de retrait au distributeur de la banque. Je retourne
en direction de l'htel et rejoins Margareth. Je lui explique
le tout.

- Voil Margareth, avec cette carte, vous pourrez retirer
environ quatre-vingts dollars tous les mois. Retenez bien
le code, tenez voil il est marqu sur ce papier. Utilisez
cet argent  profit, vous pourrez vous payer un bon repas
et de nouveaux habits de temps en temps. Vous aurez cet
argent tous les mois,  partir de maintenant et sans limite
de temps.

- Mais... Merci, mais je ne le veux pas, c'est votre argent,
il est  vous, ne vous inquitez pas pour moi, je m'en sors,
c'est dj beaucoup ce que vous avez fait, les habits et
tout.

- Ne vous inquitez pas, Margareth, ce n'est mme pas mon
argent, je l'ai trouv, et il vous sera plus utile qu'
moi. De plus dans dix ans, si vous le dsirez, vous pourrez
retirer la totalit de la somme, cela reprsente vingt mille
dollars.

Je lui rpte et explique comment tout cela marche, nous
allons faire un essai au distributeur o elle retire cinquante
dollars. Aprs cet pisode je repars de nouveau vers le
temple pour retrouver David, j'espre qu'il aura progress,
il ne me reste plus beaucoup de jours si je veux tre 
L.A. pour dimanche. Je m'y rends comme d'habitude en trottinant.
Subitement, alors que je ne suis plus qu' quelques dizaines
de mtres du temple, un homme court  mes ct et m'arrte,
je crois d'abord  une agression et fais un bond en arrire.
Mais la confusion est vite efface quand il dit qu'il est
un ami de David. Il m'explique que je dois le suivre pour
rejoindre ce dernier, car des vnements l'obligent  me
donner rendez-vous hors du temple. L'homme me prcise qu'il
va me conduire en voiture jusqu' lui. Je reste sur mes
gardes, m'tant dj fait embobiner plus d'une fois jusqu'
prsent, et lui demande pourquoi je devrais le croire. Il
me rpond que David, pour que je gagne sa confiance, lui
a dit de dire que selon lui quelques carts aux liens sacrs
du mariage ne sont pas de si graves choses. Je me laisse
convaincre par ce message, et dcide de lui faire confiance.
Je suis donc l'ami de David qui s'est prsent comme tant
Samuel quelque chose, petit homme un peu grassouillet mais
assez sr de lui semblerait-il, dj g, la cinquantaine,
peut-tre plus. Sa voiture est gare un peu plus loin. Je
rajoute  sa fiche signaltique qu'il doit tre fortun,
car en effet sa voiture est une Dodge Viper, une voiture
de course de luxe. Je ne sais pas vraiment combien une voiture
de ce type peut coter, mais j'imagine que ce n'est pas
une bouche de pain, mme ici aux tats-Unis. J'ai au moins
la satisfaction que les mchants devront courir un peu pour
nous rattraper !

 ma grande dception il s'avre qu'il ne roule pas trs
vite, c'est bien la peine d'avoir une super voiture !...
Enfin, mieux vaut rester discret, c'est plus prudent, et
surtout ne pas avoir la mauvaise ide d'avoir un accident...
Il m'explique que David m'a donn rendez-vous dans un parc,
le "William B. Umstead State Park". C'est un grand parc
au nord-ouest de Raleigh o tous deux ont l'habitude de
se rencontrer quand ils veulent discuter un peu entre amis,
au calme et loin du monde. Ils se donnent toujours rendez-vous
prs du "Big Lake", au nord du parc. Il nous faut une bonne
demi-heure pour nous retrouver l-bas. entre-temps, je lui
demande s'il sait ce qu'il se passe, mais il me rpond qu'il
a juste reu un coup de fil de David lui demandant de venir
me chercher avant que je n'arrive au temple, et de me conduire
 lui. Je retrouve David sur un banc prs du lac. L'ambiance
est trs film amricain et normalement c'est  ce moment
qu'il me dballe tout les tenants et les aboutissants de
l'histoire.

- Dsol de tous ces mystres, Ylraw, mais je ne savais
pas comment vous joindre autrement.

- Que se passe-t-il ?

- Eh bien hier soir j'ai emport six des onze cahiers pour
les tudier chez moi, et...

- Vous avez trouv quelque chose ?

- Laissez-moi vous expliquer. Ce matin en revenant au temple
mon bureau avait t fouill et les cinq cahiers restants
avaient disparu. La personne savait donc quoi chercher.
tiez-vous  votre htel ce matin ?

- J'en suis parti tt et n'y suis pas retourn depuis.

- Eh bien si j'tais vous je n'y retournerais pas, aviez-vous
des choses importantes l-bas ?

- Non, des habits uniquement, j'ai le reste sur moi.

- De toute vidence ils vous ont retrouv, et ils ne veulent
pas que le contenu de ces cahiers soit rvl. Je crois
que vous devriez de toute urgence quitter la ville.

- Si je suis en danger vous devez l'tre aussi, je suis
dsol de vous avoir mis dans de tels tracas.

- Ne vous inquitez pas pour moi, je vais partir avec mon
ami Samuel quelque temps hors de la ville, histoire que
tout se calme. Et dans le pire des cas, je trouverai bien
un autre temple o me rfugier. Nous sommes une grande et
solidaire communaut, nous peuple d'Isral.

- Bien, mais a veut donc dire que je ne saurai pas ce que
voulait aller faire ce John  Los Angeles, et il faudra
sans doute que je le dcouvre par moi-mme. Avez-vous trouv
d'autres choses intressantes dans les cahiers ? Mais au
fait sommes-nous en scurit ici ?

Je jette un coup d'oeil circulaire, nous sommes  quelques
dizaines de mtres de la petite route qui amne  un parking
o nous nous sommes gars avec Samuel. Le coin a l'air calme,
quelques personnes se promnent sur les diffrents petits
chemins qui se trouvent autour de nous. Devant nous s'tend
le grand lac, duquel nous devons tre  l'extrmit Sud-Est.
 notre droite, de grosses pierres et de petites collines
dessinent le contour de l'tendue d'eau, srement artificielle.
Rien ne parat suspect ou trange dans cette tranquillit.

- Je ne pense pas qu'ils nous trouvent ici, mais il vaut
mieux ne pas s'y attarder de toute faon. Dans les premiers
cahiers, je n'ai pu qu'affiner la trajectoire de notre homme.
Il est bien apparu  Londres, puis a vcu  Paris, Rome.
Il s'est ensuite exil  Sydney, en Australie, un peu aprs
12200.

- 12200... Si d'aprs le dernier cahier nous sommes en 13100
et quelques, cela fait 900 ans en arrire. trange, les
europens taient dj en Australie au douzime sicle ?

- Je ne sais pas.

Je reste pensif un instant.

- a ne colle pas... Enfin, je vous laisse continuer.

Ensuite il semble qu'il ait t contraint de ne plus crire,
pour des raisons de scurit. Il est question de destruction
de ces cahiers,  moins que ce ne soit d'autre chose. Peut-tre
que d'autres cahiers crits par des personnes diffrentes
existaient aussi. Mais cette limination d'indices semble
malgr tout cohrente avec le fait que cette organisation
veuille rester secrte avant tout, et que de tels crits
peuvent la mettre en pril. Cependant, ils ne semblent pas
avoir t dtruits finalement, ou pas tous.  vrai dire,
c'est la raison pour laquelle je n'avais pris que les six
premiers cahiers, les cinq autres marquent une cassure et
ne recommencent que dbut 13000 aux tats-Unis.

- 13000, c'est plus cohrent, cela ferait fin du dix-neuvime
sicle.

- Oui, de plus le contexte semble trs diffrent. Je ne
peux malheureusement pas vous en dire beaucoup plus, il
me faudrait maintenant plus de temps pour dchiffrer plus
en dtail.

Soudain Samuel prend la parole. Il pointe une arme sur David.

- C'est dj beaucoup trop David. Mais pourquoi donc n'es-tu
pas rest dans tes prires ? Ah, David, tu me manqueras
!...

Il tire sans hsiter un coup de feu qui l'atteint en pleine
poitrine.

Alors que nous discutions, Samuel tait rest derrire 
nous couter, vrifiant sans doute ce que David savait.
Ds que celui-ci et termin de m'expliquer ce qu'il avait
dchiffr, Samuel a sorti son arme et a fait feu sur David.

Je ne suis pas vraiment sr que l'on ait le temps de rflchir
avant de ragir dans ces cas-l. La seule chose que je trouve
alors  faire est de courir et plonger dans le lac pour
sauver ma peau. Je fais le plus d'apne possible pour qu'il
ne puisse pas me viser. Stratgie qui n'est pas la plus
hroque mais elle a au moins le mrite de fonctionner car
je n'entends aucun coup de feu.  moins qu'il ne me veuille
vivant. De toute faon ce n'est pas trs malin, aprs rflexion,
car il va pouvoir me suivre tranquillement du bord et me
cueillir  la sortie du lac quand je serai puis d'avoir
trop nag.  Mais c'tait a ou une balle dans la tte, alors
 choisir... Je ne l'aperois plus quand je dois refaire
surface pour respirer. Une chance que l'eau du lac soit
limpide bien que frache. Je nage alors plus calmement en
tentant alors de me remmorer la forme de ce fichu lac.
En scrutant les berges je m'aperois que ce ne sera peut-tre
pas aussi facile pour Samuel d'en faire le tour, il n'y
a pas vraiment de chemin pdestre qui longe la berge, principalement
constitue de rochers  ce niveau...

Je me dirige vers une berge qui a l'air un peu isole aprs
vingt bonnes minutes de nage. Samuel ne semble pas se trouver
dans le coin, de toute faon je me dis qu'il ne peut pas
trop rester dans les parages aprs le coup de feu, il va
srement partir rapidement.  moins que je ne sois plus
important que ce que j'imagine. Je souffle et reprends un
peu mes forces sur la berge, il ne fait pas si chaud une
fois tremp. Un avion de ligne survolant le parc me rvle
que l'aroport est tout prs, sa hauteur de vol laissant
supposer qu'il n'a dcoll il n'y a que quelques minutes,
voire quelques dizaines de secondes. Je devrais peut-tre
partir directement  l'aroport, en plus si j'ai cette ide
il est fort probable que Samuel ait la mme. Je pourrais
y aller discrtement et essayer de le retrouver. D'un autre
point de vue il serait plus sage de partir en bus  l'autre
bout du monde... Il n'en reste pas moins qu'il a dsormais
en sa possession les cahiers, et mon sac par la mme occasion.
Ce n'est pas que je sois prt  faire une nouvelle folie
pour lui, mais pour le coup il contient le reste de mes
dollars, et je n'ai plus que tout juste cent dollars en
poche.

J'hsite, avant d'aller  l'aroport,  retourner  l'endroit
o le drame a eu lieu. Samuel doit se douter que je veuille
rcuprer les cahiers et mon sac, mais aprs les vingt bonnes
minutes qui se sont coules l'endroit sera srement infest
de policiers et de monde, et il aura plus de mal  tenter
quoi que ce soit, mme s'il reste post  proximit... Je
retourne finalement discrtement sur le parking et constate
que sa voiture n'est plus l. Je ne prends pas le risque
dans un premier temps de m'approcher de l'endroit o nous
avons eu notre entretien avec David. Mais j'ai une pense
pour lui, peut-tre n'est-il pas mort et pourrais-je lui
venir en aide ? Je dcide de m'y rendre concluant que je
ne peux pas le laisser l s'il y a le moindre espoir. Les
policiers ne sont pas encore sur les lieux, mais une petite
foule se tient autour de David. Je suis conscient que je
devrais partir d'ici et que si David pouvait me donner un
conseil, ce serait de prendre mes jambes  mon cou au plus
vite, mais je ne peux m'y rsoudre. Je suis compltement
tremp ce qui me fera remarquer rapidement, je reste donc
un peu  l'cart tentant d'couter les conversations. Une
vieille dame explique  un jeune homme qu'il y eu un coup
de feu et qu'en arrivant elle a trouv le vieil homme ici,
tendu  terre. Un homme d'une quarantaine d'annes est
accroupi proche de David, semblant l'ausculter, plusieurs
vestes ont t places sur lui. Je regarde autour, pas de
trace de Sac ni des cahiers. Une femme semble dire que la
personne proche de lui est un docteur, et que celui-ci craint
fortement que la balle ne l'ait touch en plein coeur et
qu'elle a peur que les secours ne puissent rien faire. Certains
se demandent si ce n'est pas encore le tueur fou qui svit,
et qu'ils se sont tromps en arrtant celui de Washington.
D'autres mettent l'hypothse qu'il y en a en ralit plusieurs,
ou encore que le dernier ait pu lancer de nouvelles vocations.

Samedi 7 dcembre 2002
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Je jette un dernier regard  David puis je repars vers la
route. Je retourne tout d'abord jusqu'au parking et c'est
alors que je commence  repartir vers l'entre du parc par
la petite route que les policiers arrivent. Me voyant m'loigner
ceux-ci me retiennent.

- Personne ne quitte la zone ! Nous allons vous interroger.

Le policier me regarde d'un air plutt bizarre et c'est
comprhensible je suis mouill de la tte aux pieds. Misre
! J'aurais d filer plus tt ! C'est  ce moment-l que,
surpris, je vois la Viper de Samuel arriver et se garer
prs des voitures des policiers,  l'entre du parking.
Mais tonnement supplmentaire ce n'est pas Samuel qui conduit,
mais un des deux hommes qui taient entrs dans la pice
o j'tais retenu au Pentagone, plus prcisment celui qui
tait contre le fait de m'enlever le bracelet, le mchant
donc. Je me rends compte que je ne suis pas alors dans une
position que nous pourrions qualifier d'enviable. En dsespoir
de cause, sans savoir que faire, je m'approche alors de
l'un des policiers.

- J'ai tout vu, je peux faire une dposition.

- Trs bien, suivez-moi, la personne l-bas va prendre vos...

- Laissez-le moi, je m'occupe de lui.

L'homme du Pentagone qui s'est approch interrompt le policier.

- Pardon monsieur mais il doit d'abord faire sa dposition,
il est un tmoin direct du crime.

Mais mon prtendant sort sa carte, et le policier tout penaud
s'excute, en glissant un petit "Motherfucker federals"
au passage.

- Ce sera mentionn dans le rapport.

Mon nouveau copain n'a pas l'air de rigoler.

- Pardon monsieur.

Et le policier s'en va la queue entre les jambes. Pendant
ce temps je cherche dsesprment que faire. Prendre la
fuite maintenant c'est s'assurer d'avoir tous les flics
aux trousses, et vu leur dgaine facile je ne vais pas avoir
beaucoup de mtres  mon actif avant de goter le bitume.
D'un autre ct si je ne ragis pas vite j'imagine que mon
super copain va probablement m'administrer une bonne dose
de tranquillisant et je vais encore me rveiller dans une
petite pice sombre,  la diffrence que je n'aurai srement
pas la chance de la premire fois. Il me tient en vise
avec son arme et me somme de passer devant et de me diriger
vers la Viper. Je marche lentement en essayant de regarder
ce qu'il manigance derrire mon dos. Il me demande d'ouvrir
la porte et de m'asseoir sur le sige passager. Pendant
ce temps il sort un truc de sa poche, une petite fiole ou
une sorte de seringue sans aiguille,  moins que l'aiguille
ne soit dedans et puisse sortir, il me semble que j'ai dj
vu des seringues de ce type. Toujours est-il qu'il fait
en mme temps tomber un objet de sa poche. J'ai la vague
impression que ce sont les cls de la Viper, par le petit
porte-cls associ. Je n'ai de toute faon pas le temps
de rflchir, je dcide de tenter le tout pour le tout et
je profite de son moment d'hsitation  se baisser et les
ramasser pour me retourner, pousser son arme dans le mouvement
et lui donner un coup dans le ventre, il se recule  peine
en se pliant un peu alors que j'enchane sur un coup de
pied en pleine tte. Il est projet en arrire et s'croule
par terre. Je rcupre son arme qu'il a lche ainsi que
les cls, je monte dans la Viper par la porte du passager,
me glisse au volant et dmarre au quart de tour. Premire
satisfaction, ce sont bien les cls de la Viper, et deuxime
satisfaction, c'est une bote manuelle !

Viper
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Marche arrire. J'acclre beaucoup trop et la voiture drape.
De vieux souvenirs de jeux vidos de simulation de voitures
me reviennent  l'esprit, comme les demi-tours sur route
de "Need for Speed" au moindre coup d'acclrateur. Mais
ce n'est pas le moment de se la jouer nostalgique, plutt
celui de mettre en pratique les longues heures passes 
l'poque  piloter des bolides virtuels du mme genre que
celui dans lequel je me trouve  l'instant,  la petite
diffrence prs que celui-ci est bien rel, et qu'il ne
me reste qu'une seule vie avant la fin de la partie. Je
pars  reculons pendant quelques dizaines de mtres pour
m'loigner de l'homme du Pentagone de peur qu'il ne se relve
et commence  me courir aprs. Mais il a l'air KO alors
j'en profite pour faire un demi-tour rapide et je croise
les doigts pour que personne ne vienne d'en face sur la
petite route. Un coup d'oeil dans le rtroviseur, les policiers
s'ameutent et montent dans leurs voitures pour partir 
mes trousses. Le type que j'ai bastonn a l'air mal en point,
il peine  se relever. Maintenant c'est  moi de jouer,
car c'est bien joli cet acte hroque mais il faut que je
me tire rapidement de ce bourbier. D'autant que ce n'est
pas la panace  conduire ce bestiau,  la moindre acclration
il part en drapage. Je passe un rapport supplmentaire,
pour rouler en sous-rgime, tout en tentant de garder 
distance les voitures de police qui sont derrire moi. J'ai
quelques dizaines voire centaines de mtres d'avance. J'ai
beau tre en sous-rgime je dois tout de mme avoir un bon
paquet de chevaux au centimtre d'acclrateur. Ce serait
bien un comble qu'on me rattrape alors que j'ai une des
plus belles voitures de sport du monde ! Sortie du parc,
je prends la 70 en direction de Raleigh, de l'autre ct
la route vers le Nord ne m'inspire pas confiance. Les voitures
de police dboulent juste aprs, comme dans les films toutes
sirnes dehors forant les autres vhicules  s'carter.
Me voil dans une course-poursuite des plus typiques de
films amricains !  Gnralement a finit mal ce genre de
chose, mais bon, restons optimiste. Ils vont vite, trs
vite mme ! J'acclre et commence les zigzags entre les
voitures qui circulent. Je me fais un peu peur, la vitesse
augmente, 110 miles par heure en me faufilant entre les
autres vhicules, prs de 180 kilomtres par heure. Je ne
sais pas si mourir cras dans une Viper est beaucoup plus
agrable que de se faire attraper par ces gens-l.

C'est maintenant vraiment du pilotage, mais la voiture rpond
bien, et tout dfile. J'arrive sur la 440, vers la gauche
un panneau indique Atlanta, c'est du tout bon je prends
cette direction ! La route est un peu plus large mais aussi
un peu plus encombre. Les policiers ont du mal mais ils
me collent toujours aux fesses,  quelques voitures seulement
plus en arrire. En prime les automobilistes se serrent
 droite en entendant leurs sirnes, rendant ma progression
plus facile tout autant que la leur. Trs bien, il va falloir
que je mette  profit le moteur que j'ai sous le capot.
J'acclre et commence  slalomer un peu plus vite  mesure
que je prends confiance dans la voiture. Alors que j'avance
le trafic est moins dense ;  130 miles par heure tout commence
 filer trs vite mais les policiers sont toujours l. J'arrive
 un embranchement, je prends sur la droite la route qui
s'loigne de la ville, encore moins de circulation, c'est
tout droit, je lche tout. 150, 160 miles par heure, plus
de deux cent cinquante kilomtres par heure, je commence
 avoir vraiment peur ; mais je me rends alors compte que
les policiers ne sont plus  mes trousses, je ralentis mon
allure. Pourtant ils s'accrochaient bien, m'auraient-ils
lch  l'embranchement ? Ce n'est peut-tre simplement
plus leur canton ? O alors peuvent-ils suivre les dplacements
de ma voiture  distance, par un marquage quelconque ou
en hlicoptre ? Ou encore l'homme du Pentagone ne veut
pas faire de vagues et plutt me rcuprer en douce, ou
m'liminer, tout aussi en douce, un peu plus tard ? Quoi
qu'il en soit, je souffle, enfin...

C'est tout de mme une belle voiture. Avec une joie non
dissimule je retrouve mon sac pos devant le sige passager,
bonheur ! La vie est trop belle ! Alors Sac, tent par une
petite balade en Viper GTS, rouge en plus ! Tiens, monte
sur le sige tu verras mieux la route. Et je me lance sur
la longue ligne droite. Mais il ne me faut pas longtemps
pour penser que ce n'est pas trs intelligent de garder
cette voiture. Elle doit se reprer  dix bornes  la ronde.
De plus elle est peut-tre marque et ils sont en train
tranquillement de prparer le barrage routier sur mon passage.
Et o aller ? Ce n'est pas de conduire une super voiture
qui va rendre le fait d'tre un hors-la-loi sur le territoire
amricain quelque chose que l'on pourrait appeler un facteur
de joie intense. Quoique... Quelques minutes s'coulent,
et la tension retombe. Je me demande dans quels fichus draps
je me suis fourr, tout en me rendant compte que je n'y
suis pas vraiment pour grand-chose, je n'ai fait que tenter
de me tirer d'affaire. Je dcide de rouler pendant un moment
jusqu' trouver un autre moyen de transport, dlaissant
l'ide de m'arrter tout de suite et partir  pied ou faire
du stop. Mais comment savoir quoi faire ? Aller  Los Angeles
? C'est l-bas que peut se trouver une autre pice du puzzle,
mais j'ai bien peur que ce ne soit un peu compromis dsormais.
Et quand bien mme je ne sais toujours pas qui ou ce que
je pourrai bien trouver l-bas. De plus je ne suis toujours
pas sr que mes suppositions soient valides,  savoir que
l'homme du Pentagone voulait partir en douce de l'organisation
et rejoindre mon hypothtique alli le marabout "Truc-en-A"
en Afrique.

Il serait peut-tre donc plus prudent que je m'clipse discrtement
des tats-Unis et que j'essaie de rcuprer l'homme de L.A.
non pas directement ici mais plutt  son arrive  Dakar.
Car maintenant que je n'ai plus les derniers cahiers, il
me sera difficile de trouver la raison de sa visite  Los
Angeles et rien ne m'oblige  y aller, d'autant que je ne
suis plus rellement le bienvenu dans le coin. Je m'tonne
moi-mme de m'apercevoir  quel point je voulais toujours
aller  Los Angeles sans vraiment y avoir rflchi ; mais
les premires penses sur lesquelles on se focalise tombent
souvent face  une rflexion un peu plus approfondie ne
serait-ce que de quelques minutes. D'autant que mon homme
voulait peut-tre uniquement rgler une affaire l-bas sans
rapport avec mes problmes. Une fois dcid qu'il ne vaut
pas la peine d'aller  Los Angeles et qu'il me faut partir
des tats-Unis au plus vite, il me reste  trouver comment.
Si j'ai effectivement les policiers  ma recherche ils ne
vont pas tarder  transmettre mon signalement et tout bloquer,
aroports y compris, et je vais rester coinc ici comme
un idiot. J'ai l'ide de passer au Mexique et voir une fois
l-bas, le problme est que je n'ai aucune ide de la distance
du Mexique  partir de l'endroit o je me trouve. Il me
semble que c'est juste au sud, mais j'ai peur que ce ne
soit loin, beaucoup plus que ce que je ne m'imagine. Les
distances ici tant dmesures, il me faudra sans doute
des jours avant d'y arriver, en comptant que je ne me fasse
pas attraper entre-temps. Dans certaines circonstances cependant
ces quelques jours pourraient me faire oublier un peu et
relcher les mailles du filet autour de moi. Une premire
tape serait dj de ralentir mon allure et de me stabiliser
 la vitesse autorise, inutile de tracer mon chemin en
dclenchant tous les radars sur mon passage.

D'autres questions me turlupinent. Pourquoi Samuel a-t-il
attendu que David me dise tout ce qu'il savait avant de
le tuer ? Voulait-il faire en sorte que j'apprenne ces lments
? Pourtant  quoi peuvent-ils bien me servir, savoir que
cette organisation est alle  Londres, Paris, Rome, Sydney...
Mon plongeon dans le lac l'a-t-il empch de me tuer ou
ne le voulait-il pas ? Comment l'organisation a-t-elle pu
atteindre justement la personne de confiance en qui croyait
David ? Est-il possible qu'elle ait des ramifications aussi
tendues ? Plus j'en apprends d'un ct plus je suis embrouill
de l'autre. Cette histoire est vraiment folle, mais dans
quoi suis-je embarqu ? Je suis si seul, qu'est-ce que je
peux bien faire face  eux ? La route dfile et je m'vade
un peu en contemplant le paysage maintenant sauvage que
je traverse. Dcidment, bandit aux tat-Unis au volant
d'une Viper, j'ai du mal  raliser que toute cette histoire
est bien relle... Mais comment je vais me sortir de l
?...

Je roule encore tranquillement pendant deux heures avant
que la rserve de carburant ne m'oblige  chercher de quoi
faire un plein. Quand on conserve une vitesse limite la
consommation est plus raisonnable que je ne le pensais au
premier abord. J'ai parcouru cent soixante miles en deux
heures et le rservoir devait tre mi-plein quand je suis
parti de Raleigh. Il est 18 heures, je dcide d'aller manger
un bout et de rouler encore un moment avant de m'arrter
pour la nuit. Je trouve une station-service fast-food au
bout de quelques kilomtres. Un plein de carburant puis
je vais me garer en face du restaurant. Je prends l'argent
sur moi plutt que de le laisser dans mon sac. Il me reste
deux mille huit cent dollars. Je souffle cinq minutes dans
la voiture, pour dcompresser. Les choses s'tant un peu
tasses, tant un peu plus au calme et moins stress, la
pense du bracelet me revient. Je reprends ma pierre dans
la main et reste cinq minutes de plus, tentant de mettre
un peu d'ordre dans mes ides. Satan bracelet, est-ce que
je t'oublierai vraiment un jour ? Je paye le plein, dix-huit
gallons, aucune ide de la quantit de litres correspondante,
il faudra vraiment un jour faire le mnage dans ce pays,
entre les miles, les gallons et autres oz ! Je commande
un hamburger et m'assois  une table. Cinq minutes plus
tard, un homme qui a d me voir arriver vient dj m'embter.

- C'est une jolie voiture que vous avez l. Elle doit tre
puissante.

"Trop puissante pour toi, connard" me dis-je. Mais je me
reprends, restons courtois.

- Oui elle est trs puissante, mais comme il n'y a aucune
aide  la conduite, il faut plusieurs semaines d'entranement
sur circuit avant d'arriver  la piloter.

Voil qui te sortira l'ide de la tte que je puisse te
la prter ! Le gars s'en va, tristounet, sentant bien que
je n'ai pas spcialement envie de lui causer. Je mange mon
hamburger en regardant s'il n'y a pas une boutique qui vendrait
des cartes du coin, mais rien de ce genre. Je me rabats
alors sur la tlvision, me remmorant les bars de New-York
lorsque je m'y trouvais pour les diffrents salons Linux-Expo.
Qu'est ce que je vais faire, maintenant qu'il m'est arriv
toutes ces histoires ? Aurai-je encore la joie de me retrouver
 mon travail, continuer  faire mes petits paquets de programmes
mandrake et travailler comme si de rien n'tait ?... Mon
attention revient au poste quand commence le journal tlvis
; il est possible qu'ils parle du meurtre de David, et de
moi et ma Viper par la mme occasion. Il y a effectivement
un reportage sur l'assassinat de David dans le parc, mais
aucune mention de ma fuite. trange, j'ai l'impression qu'ils
ne veulent pas faire de vagues, tant mieux ; d'autant plus
que j'ai toujours les cahiers avec moi. Surpris je constate
qu'ils parlent de Samuel aussi ! Il a t retrouv mort
 quelques kilomtres du parc, voil pourquoi l'homme du
Pentagone avait sa Viper ! Je ne manque pas de les traiter
de tous les noms quand le reprsentant de la police interview
explique que c'est de toute vidence la mme personne qui
a tu les deux ! Ils cherchent donc bien  cacher les choses
! Il y a plus qu'anguille sous roche  ce niveau l, baleine
sous grain de sable, comme dirait Pixel. Sur ce, je me dis
qu'il ne vaut mieux pas que je trane ici. Je pourrais laisser
la Viper et prendre un autre modle, je pense qu'un bon
paquet ne rechignerait pas  faire l'change. Mais oh faiblesse
de l'homme ! Je me dis que je n'aurai certainement jamais
plus l'occasion de conduire une voiture de ce type. Confort
par ma certitude qu'ils ne veulent pas bruiter l'affaire,
je repars avec...

Je roule de nouveau depuis une heure, me rprimandant d'tre
toujours au volant de ce point rouge sur la carte des tats-Unis.
Je sens bien que j'aurais d laisser la Viper et prendre
une voiture un peu plus discrte... Et je m'entends encore
raconter  David que j'essayais de ne pas tre trop matrialiste
! Quelle larve je fais ! Pour me rassurer je me dis tout
de mme que le fait de proposer ce genre d'change m'aurait
sans doute aussi fait passablement remarquer.

Je passe Columbia, et continue ma route ; je m'arrte finalement
dans un petit htel proche de la route, un peu avant Atlanta.
Le lendemain, vendredi 8 novembre, je repars tt et je continue
mon chemin ; je roule pratiquement toute la journe, aucun
souci particulier, tout se passe bien. Rien ne m'incite
 changer mes plans,  savoir d'aller vers le Texas pour
tenter de passer au Mexique. Birmingham, Meridian, Jackson,
Vicksburg o je m'arrte un peu aprs la ville. Huit cent
miles dans la journe, prs de mille trois cent kilomtres,
je suis lessiv. Mme histoire que le jour prcdent, dodo
dans un htel en dehors de la ville, et sur la route de
bonne heure le lendemain matin. Samedi 9 novembre, Monroe,
Shreveport, Marshall, et arrt le soir prs de Longview.
Dimanche 10 novembre, direction Austin. Longues lignes droites
dans le quasi-dsert texan, paysages magnifiques de nature
tourmente. Aprs Austin, le Mexique est  environ quatre
cents bornes, je peux y arriver ce soir si je roule bien.

11 heures 40, j'ai refait le plein vingt minutes plus tt,
et je suis reparti aprs avoir aval de nouveau un hamburger.
Il va falloir que je quitte vite fait ce pays parce que
dans le cas contraire je ne vais pas tarder  devenir accro
 ces fichus sandwiches ! Voil plusieurs jours que je roule,
sans nouvelles de personne, sans en donner non plus. J'imagine
que tous, ma famille, mes amis, doivent tre inquiets dsormais.
Je devrais passer un coup de fil  mes parents et  Mandrake
pour leur dire ce qu'il m'arrive. Mais ils ne feront que
s'inquiter encore plus. Je suis perdu si loin. Je ne sais
pas comment ragir. C'est comme si le monde n'tait plus
le bon, comme si ce n'tait qu'un rve. Pourquoi m'arrive-t-il
de telles choses ? La route est longue et monotone, et je
ressasse sans vraiment progresser toujours les mmes questions.
Aprs avoir pass Marquez sur la 79 et un peu aprs tre
entr dans le comt de Robertson, je suis rveill de mes
penses par un bruit sourd qui dpasse celui du V10 de la
Viper. Surprise ! Un hlicoptre ? Un hlicoptre vient
de passer par-dessus ma voiture  basse altitude. Et c'est
pas un hlico de tapette, un gros machin avec tout plein
de missiles sur les cts prt  tout faire pter. Esprons
que ce n'est pas pour moi !

Peine perdue ! L'hlicoptre fait demi-tour un peu plus
en avant et revient droit dans ma direction. Ne pouvant
rester sur cette route car il me bloque le passage, je bifurque
 la premire intersection sur une route plus petite, qui
part vers l'ouest. Je ne sais que faire si ce n'est acclrer
 outrance, cent, cent trente, cent soixante miles par heure,
plus de deux cent cinquante kilomtres par heure. a va
beaucoup trop vite et la voiture commence  vibrer. L'hlicoptre
est toujours derrire moi. Je suis de toute faon conscient
que je n'ai aucune chance de le prendre de vitesse. Aprs
quelques minutes il semble s'loigner. Je ralentis mon allure
et hsite  faire demi-tour pour retourner sur la 79 ; mais
je prfre finalement continuer sur cette voie, pour ne
pas perdre de temps, planifiant pour plus tard un retour
vers mon itinraire prvu initialement. Le coin est plutt
dsert, de grandes plaines semi-arides principalement constitues
de pierres et d'herbe rase. On ne peut pas dire que les
environs aient l'air des plus peupls.

Mais ces quelques instants touristiques sont de courte dure,
l'hlicoptre rapparat dj au loin dans mon rtroviseur.
Il est probable que je me sois bien fait avoir ; en effet
j'imagine qu'il a fait en sorte de me faire quitter la 79
pour m'attirer dans un endroit moins frquent, car mme
si la 79 tait dj quasi-dserte, elle n'en reste pas moins
un axe important. J'ai toutefois encore le mince espoir
qu'il ne soit pas l pour moi, mais le doute persiste peu
et je suis vite persuad quand il tire un missile qui explose
juste derrire la voiture alors qu'il me survole. Je comprends
que s'il va faire un autre demi-tour je n'aurai aucune chance
alors qu'il sera de face. Je suis dans une trs mauvaise
situation, je ne peux pas quitter la route, la voiture ne
roulera jamais dans le sable et les pierres.

- Merde ! J'aurais d laisser cette foutue caisse, quel
con, non mais quel con !

Je m'exclame tout seul, de rage. Eh bien oui mon petit tu
t'es encore fait avoir !

Une nouvelle explosion se fait entendre. Il a dcoch un
nouveau missile mais de toute vidence il ne me visait pas,
celui-ci en effet va dtruire la route  une centaine de
mtres devant moi.

Deux nouvelles explosions ! C'est la fiesta il vient d'en
dcocher deux autres qui vont exploser au mme endroit.
On dirait qu'il veut dtruire la route pour que je m'arrte.
Il a travers le rideau de fume dgag par les impacts
et fait rapidement demi-tour alors que je suis oblig de
ralentir  cause de la route coupe. L'hlicoptre franchit
de nouveau la fume en la dissipant sous son souffle et
semble dsormais viser en se plaant devant moi alors que
je ne peux plus avancer qu' faible vitesse. Panique ! Ne
sachant que faire d'autre, je m'arrte. Ses pistolets mitrailleurs
rotatifs disposs sur ses cts commencent  se lancer.
Je n'ai gure que le rflexe de sortir de la voiture et
de partir en courant du plus vite que je peux. Rflexe salvateur
juste avant qu'une salve de balles tires par ses sulfateuses
ne transpercent la voiture de toutes parts. Je me retourne
pour admirer le carnage. Il poursuit l'ouvrage par deux
autres missiles qui dtruisent la Viper dans une explosion
digne des meilleurs films d'action.

- Noooon ! Les cons ! Mince, Sac ! Mon sac, les cahiers,
arg les salauds !

Je suis toujours tonn des considrations profondment
stupides que je peux avoir alors que je suis dans des situations
critiques ou pire encore. N'ayant gure d'autre choix je
tente nanmoins le tout pour le tout et pars en cavale en
direction de rocailles un peu plus loin o je pense pouvoir
peut-tre me cacher, me rendant bien compte de la mince
protection qu'elles peuvent reprsenter face  ses missiles.

J'entends de nouveau des explosions, l'hlicoptre est en
train de tirer tous ses missiles dans la Viper. S'ils veulent
faire le mnage il va tre fait, il n'en restera pas des
bouts plus gros que le millimtre ! Je continue ma course
ne prtant plus attention  leur obstination sur la voiture,
en esprant mme qu'ils m'en oublient. Mais une fois de
plus c'est peine perdue, l'hlicoptre, sa tche mnagre
effectue, reprend ma direction. Je ne peux rien faire d'autre
que tenter de courir en changeant de direction de temps
en temps, mais s'ils m'envoient un missile je serais cuit
quoi qu'il arrive. Je cours du plus vite que je peux, plus
vite que je n'ai jamais d courir. Je sens mon rythme cardiaque
me marteler la tte, j'halte plus que je ne respire. Mais
le sol n'est pas rgulier et je cours trop vite pour pouvoir
faire attention o je mets les pieds ; je tombe en posant
le pied sur une pierre qui glisse sous mon poids. Je roule
lourdement sur plusieurs mtres au sol au milieu du sable
et des pierres qui me blessent et me rentrent dans le dos.
puis et n'ayant pas la force de me relever sous le souffle
de l'hlicoptre, je me retourne simplement pour voir. Ils
ne tirent pas de missile, quelques secondes passent. Je
ne distingue presque rien dans le tourbillon de sable soulev
par son souffle, je suis oblig de me protger le visage
avec mon bras. Je sens subitement une piqre dans ma cuisse
droite ; je me plie sous la douleur, comme une pingle qui
me transperce. Ils doivent me tirer dessus au pistolet,
 moins qu'ils ne veuillent m'endormir de nouveau. La douleur
n'est pas trop importante, ils ont d manquer leur coup
et peut-tre n'ai-je reu qu'un clat. Je dcide alors de
tenter de faire le mort, pensant que c'est la dernire chose
qui pourrait me sauver. Je ne sais pas si l'astuce fonctionne
mais l'hlicoptre fait demi-tour et s'loigne. J'ai peine
 croire qu'ils se contentent de me croire mort. Ils ne
reviennent pourtant pas et l'hlicoptre disparat en quelques
minutes.

Je reste allong cinq minutes, peut-tre dix, peut-tre
plus, le temps que le tourbillon de poussire s'estompe
pour laisser place au pesant Soleil. Je me relve pniblement.
La douleur  la jambe est faible mais bien relle, j'ai
un peu de sang sur mon pantalon m'indiquant que j'ai bien
d recevoir un clat.  moins que ce ne soit un poison ou
un mouchard ? J'essaie de me persuader que ce n'est rellement
qu'un clat pour ne pas m'imaginer que c'est vraiment un
poison et en inventer des effets alors qu'il n'en est peut-tre
rien. Je ne m'inquite pas plus, obnubil par un problme
bien plus critique  mes yeux, le sable. Je passe plusieurs
minutes  cracher et me nettoyer les yeux de ces grains
de poussire que j'ai de toutes parts. C'est un vrai cauchemar,
je ne supporte pas le sable, c'est toujours autant un calvaire
que d'en avoir sur soi. Le nettoyage termin je rcupre
la pierre dans ma poche, la serre dans ma main pour oublier
un instant tous ces malheurs et recommence  courir au milieu
de rien, pensant qu'il faudrait peut-tre ne pas trop s'loigner
de la route si je ne veux pas me perdre. Je ne sais pas
si c'est l'effet de la pierre mais ma blessure  la jambe
ne me fait pas trop souffir, juste boiter mais sans plus.
Dix minutes plus tard, alors que j'ai d parcourir bien
deux kilomtres, j'entends les sirnes des voitures de police
qui s'approchent. Je suis suffisamment loin pour qu'ils
ne m'aperoivent pas mais je me cache toutefois derrire
des rochers. Aprs quelque temps je dcide finalement de
m'loigner en restant  bonne distance de la route pendant
quelques heures ; je tenterai de faire du stop par la suite.

Je marche pendant environ trois heures avant de retourner
vers la route. Mais je ralise que c'est stupide et sans
espoir, vu la faon dont laquelle l'hlicoptre l'a dtruite
en amont je ne serai pas prs de voir une voiture y circuler.
15 heures, je vais continuer  marcher, sans savoir rellement
o je vais pouvoir aller, la frontire mexicaine doit se
trouver  plus de cinq cents kilomtres, et Austin doit
tre au moins  deux cents... Pour couronner le tout je
n'ai pas la moindre ide de la direction  prendre pour
la ville la plus proche. Et si je ne trouve pas une station
service ou un endroit o boire dans les trente prochains
kilomtres je me dis que je vais tre plutt mal vu l'hygromtrie
du coin.

19 heures, je suis extnu ; je m'loigne un peu de la route
pour aller trouver un coin tranquille pour dormir. Je dors
on ne peut plus mal, entre le sable et les cailloux, sur
un peu d'herbe. Je commence  avoir srieusement faim et
soif.

Lundi 11 novembre. Je n'ai presque pas dormi de la nuit,
ma jambe me fait un peu mal. J'ai essay de regarder ; je
n'ai rien vu d'autre qu'une petite piqre. Mais la douleur
est  l'intrieur, comme s'il y avait vraiment quelque chose
qui se soit log dedans. Je n'ai d recevoir que l'clat
d'une balle, mais la douleur est plus diffuse, comme si
toute ma cuisse tait enflamme ; j'espre que la blessure
ne va pas s'infecter. Cette histoire est trs drangeante,
ils ne seraient pas partis aussi facilement s'ils voulaient
vraiment me descendre. Ce ne sont pas les policiers qui
les ont fait fuir, ceux-ci ne sont arrivs que dix minutes
plus tard. L'explication la plus plausible me parat alors
qu'ils m'aient mis un mouchard, un traceur. Mais mouchard
ou pas pour l'instant l'objectif est de ne pas mourir ici,
lever donc de bonne heure pour tenter de marcher  la frache.
Il fait encore trs bon dans le coin malgr la saison avance.
Toujours pas d'eau et la situation commence  devenir pnible
 supporter. Je marche quatre ou cinq heures, puis je m'arrte
faire une pause, tiraill entre la fatigue, la soif et la
faim. Je me trouve une place  l'ombre d'un gros rocher.
Je m'endors.

Deborah
-------



- Alors cow-boy, on a perdu son cheval et son chapeau ?

Je me rveille avec le mal au crne, la gorge sche, la
douleur  la jambe, et le ventre vide qui me tiraille. Une
fille sur un grand cheval se tient devant moi. Je crois
sortir d'un rve. Elle me parle avec un fort accent texan
en anglais :

- Tiens, attrape, bois donc un coup.

Elle me lance une gourde de cow-boy, qui m'atterrit sur
le ventre et me rveille pour de bon. Je la prends et bois
seulement trois gorges.

- Eh bien, pied-tendre, ce n'est pas la premire fois que
tu as soif, n'importe qui d'autre aurait bu toute la gourde
en une fois.

Ce n'est effectivement pas la premire fois que j'ai soif.

- Merci.

- Qu'est ce que tu fiches dans le coin ?

Au point o j'en suis, je prfre ne pas faire le malin
et lui dire la vrit :

- Je suis poursuivi par l'arme amricaine, sans savoir
pourquoi. Ils ont dtruit ma voiture  coups de lance-missiles
avec un hlicoptre ce mat... hier matin.

Je commence  perdre la notion du temps.

- a tombe bien je suis Sarah Connor, on va pouvoir faire
quipe... Tu n'as pas quelque chose d'un peu plus... Crdible
?

- C'est pourtant vrai, c'est d'ailleurs pour a que la route
est coupe un peu plus au nord.

- C'est vrai que la route est coupe depuis hier matin,
mais de l  te croire... Tu aurais trs bien pu le voir
aux infos.

- J'ai la gueule d'un gars qui a pass la soire devant
la tl  couter les infos ?

- Hum, tu ne m'as pas l'air trs frais oui, mais tu aurais
bien pu couter n'importe quelle radio du coin ce matin.
Enfin, si ce que tu dis est vrai, bonne prise alors ! Il
y a une ranon de combien ?

Je rebois deux gorges.

- Je ne suis pas bien sr qu'il y ait une ranon, de toute
vidence l'arme ne veut pas trop que l'affaire s'bruite
et tente de me faire taire sans trop faire de vagues.

- Eh bien, vu les trous qu'ils ont fait sur la route, c'est
pas spcialement russi, a va faire jaser dans le pays
pendant un moment. Bon et qu'est-ce que je fais de toi,
moi ? Je te ramne  l'arme ou je te laisse crever de soif
ici.

- Au point o j'en suis tu voudrais pas plutt juste me
violer puis m'trangler derrire un buisson ?... Enfin un
rocher, il n'y a pas des masses de buissons dans le coin...
Histoire que j'aie au moins une fin pas trop dsagrable
?

Elle sourit.

- Oh tu m'as l'air d'un dur  cuire sous tes airs tout rabougris.
Je ne prendrais donc pas ce risque, par contre je veux bien
t'emmener jusqu'au ranch de papa et voir l-bas avec lui
ce que l'on peut faire de toi. Mais dsole il va te falloir
y aller  pied, je n'ai pas suffisamment confiance pour
te prendre  ct de moi. Tu penses que tu peux encore marcher
une quinzaine de miles ?  moins que tu ne dclines l'invitation
et prfres rester ici, mais tes copains de l'arme pourraient
en profiter.

Je n'ai pas vraiment le choix, et elle n'a pas l'air si
mchante en plus d'tre jolie. Cela dit c'est encore le
meilleur plan pour se faire avoir. Je bois encore trois
gorges.

- C'est au contraire avec beaucoup de joie que j'accepte.
Mais est-ce que par hasard tu aurais un truc  manger, voil
plus d'un jour que je n'ai rien aval, et je ne sais pas
si je pourrai faire encore vingt bornes dans ces conditions.

- Non, dsol, je n'ai que de l'eau. Soit tu y arrives,
soit tu crves ici.

Charmante. Mais enfin, j'imagine qu'avec un peu de chance
elle n'est pas si terrible, et que je pourrai me reposer
et manger un peu chez elle. Je repartirai alors demain avec
une voiture du coin. Il me reste toujours en effet plus
de deux mille dollars, et je pense pouvoir ngocier pour
que quelqu'un me rapproche de la frontire.

- Si je comprends bien j'ai de la chance que tu m'aies trouv,
paum au milieu de ces rocailles.

- Pas tant que a, je t'aurais srement trouv quoiqu'il
arrive, peut-tre pas vivant, mais trouv. Mon pre a un
ranch  une quinzaine de miles, lui-mme  une douzaine
de miles de Bryan,  la limite du comt de Roberston, prs
de la rivire Brazos. Deux pouliches d'assez grande valeur
se sont faites la malle il y a deux jours, et je passe une
partie de mes journes  parcourir la rgion pour les retrouver.
De plus, avec la route barre, j'tais curieuse de savoir
ce qu'il s'tait pass. J'aurais au moins appris a.  la
tl, ils ont dit qu'un engin militaire s'tait loign
de sa zone d'entranement par erreur, il y a un terrain
militaire un peu plus au nord, et avait tir un missile
qui avait endommag la route. Si j'ai bien compris ce missile
t'tait plutt destin. Pourquoi t'en veulent-ils ?

- Je ne suis pas sr que ce soit une bonne ide que je te
l'explique, jusqu' prsent a n'a pas spcialement port
bonheur aux personnes que j'ai rencontres que je les mette
au courant.

- C'est a ou je te laisse l.

- Boah maintenant j'ai une gourde avec encore au moins un
litre dedans, et je sais qu' 22 bornes, enfin 15 miles,
dans cette direction, il y a un ranch. J'imagine que ton
pre ne me laissera pas crever devant son ranch.

- Hou si j'tais toi je ne prsagerais pas de l'hospitalit
de mon pre. Mais sans devoir faire de chantage, tu comprends
que je sois curieuse, tu es peut-tre un dangereux terroriste.

- Pour tre franc je ne sais pas pourquoi ils m'en veulent,
pas plus que je ne sais vraiment pourquoi ils m'ont pargn
hier alors qu'ils avaient l'opportunit de me tuer. Mais
puisque tu y tiens, voil l'histoire.

Et rebelotte, je lui raconte l'histoire  partir de la dcouverte
du bracelet  Paris. S'ajoute au rcit que j'avais fait
 David l'pisode des cahiers, sa fin tragique, et mon long
trajet en voiture. Le temps que je raconte toutes mes aventures,
avec mes suppositions, ses questions, il se passe prs d'une
heure et demi. J'en termine la gourde  mesure que parler
m'assche la gorge.

- Soit tu as beaucoup d'imagination, soit tout ceci est
trs trange.

Je tente encore de rcuprer quelques gouttes du fond de
la gourde.

- C'est d'autant plus trange que je ne sais toujours pas
rellement pourquoi ils me courent aprs. Maintenant je
me doute qu'ils m'en veulent pour ce que je sais, et dsormais
que je n'ai plus les cahiers, il ne leur sera pas difficile
de me faire passer pour un fou qui raconte n'importe quoi.
C'est peut-tre a, d'ailleurs, la raison pour laquelle
ils ne m'ont pas tu hier, peut-tre que la destruction
des cahiers leur suffit, et peut-tre encore ne sont-ils
pas aussi mchants que je me l'imagine. Mais ils doivent
bien se douter que je ne laisserai pas tomber l'affaire
aussi facilement. Peut-tre aussi veulent-ils se servir
de moi comme appt, et qu'ils me suivent pour trouver les
tratres au sein de cette organisation dont il est question
dans les cahiers. Toujours est-il que toute l'affaire semble
partir de ces bracelets ; ils reviennent en permanence dans
l'histoire,  moins que ce ne soit que la partie merge
de l'iceberg.

Je sens que ma tte commence  tourner, il faut que je m'arrte.
Je me mets  genoux par terre.

- Peut-on faire une pause, je n'en peux plus.

- Non, monte derrire moi, c'est bon on ira plus vite.

- Tiens donc, tu me fais confiance maintenant, tu aurais
pu te dcider plus tt.

- Tu prfres continuer  pied ?

- Non non, c'est bon.

Je monte avec peine derrire elle, son cheval est trs grand.

- Eh bien dis-donc, tu n'es pas trs bon cavalier.

Je suis extrmement vex parce que Virginie m'avait appris
 monter  cheval et faire deux ou trois petites choses
l'anne  dernire.

- Oh a va pas de commentaires ! Je viens de marcher une
journe entire durant, et je n'ai pas mang depuis hier
11 heures.

- Oui, mais tu as bu, et tu pourrais dire merci.

Elle est vraiment charmante.

- Oui c'est vrai, merci.

- Attention, on galope.

Moi qui voulais dormir tranquille derrire elle sur le cheval,
j'en ai pour mon fessier. Nous arrivons au ranch environ
cinquante minutes plus tard, j'ai le cul dtruit. Elle appelle
son pre :

- Papa ! Papa !

Son pre rpond de derrire la maison, ou d'une autre pice.

- J'ai trouv un gars perdu dans le dsert, pas loin de
l o la route a t coupe, je l'ai ramen.

Nous rentrons dans la maison.

- C'est pas un gars que je t'ai demand de me ramener !
C'est mes pouliches ! Il est pas noir au moins ?

Voil qui s'annonce bien ! Le pre arrive de la pice d'
ct. C'est un bon gaillard d'une cinquantaine d'annes.

- Je m'appelle Peter Brownwood, et vous, comment vous vous
appelez ?

- Franois Aulleri, mais la plupart des gens m'appellent
Ylraw.

- Ylraw ? C'est pas indien a au moins ?

- Papa !

- Tais-toi, Deborah, je me fiche de tes avis sur les noirs
et les indiens, ici c'est chez moi et je pense comme je
le veux.

Deborah, donc... Je prcise pour le pre :

- Euh, non, c'est franais, je suis franais.

- Franais ? Et qu'est ce que vous venez faire ici, pourquoi
vous ne restez pas chez vous ?

- Papa !

- Tais-toi Deborah, retourne donc chercher les pouliches,
si tu n'avais pas voulu faire la maligne  essayer de les
monter, elles seraient toujours dans l'enclos.

Sur ce, Deborah vexe part  l'extrieur. Ce n'est pas bon
pour moi de rester ici avec ce type.

- Bon, je veux bien vous garder pour le souper, mais il
faudra le mriter, venez donc m'aider  sortir les bacs
d'eau pour les chevaux, la pompe est en panne, et avant
qu'ils ne la rparent, il faut se le farcir  la main.

Je me demande ce que c'est encore que ces histoires. J'ai
un peu rcupr aprs avoir bu et tre rest sur le cheval,
malgr le mal aux fesses, mais je ne suis pas sr que je
puisse aller trimbaler ses bacs d'eau dont je me contrefiche.

- Ce serait avec plaisir, mais je n'ai pas mang depuis
un jour et demi, je ne sais pas si je pourrais vous tre
d'un grand secours.

- Eh bien, vous n'tes plus  une demi-journe prs ! Si
on tient un jour et demi, on tient deux jours. Et puis l'apptit
a donne de l'nergie, allez venez !

Gnial...

Dimanche 8 dcembre 2002
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Les trucs du vieux sont terriblement lourds... Ce sont de
gros rcipients que l'on remplit d'eau et que l'on transporte
 une centaine de mtres dans une sorte de citerne. Rien
qu'aprs le premier je n'en peux dj plus et je suis un
peu comme un zombi. Le vieux ne dit pas un mot, c'est dj
une bonne chose, au moins je suis tranquille, je porte ses
machins et c'est tout ce que j'ai  l'esprit. Le temps passe,
il me semble qu'il s'coule des heures et des heures ; j'en
porte et j'en porte et j'en porte... Je ne sais pas si c'est
vraiment l'apptit qui me donne des forces mais je ne comprends
pas pourquoi je ne suis pas encore tomb dans les pommes...
C'est peut-tre la volont, parce qu'il ne va pas m'avoir
le vieux ! Tu vas voir ! Ce n'est pas moi qui vais lcher
le premier ! On dirait que c'est la seule chose qu'il attend,
que je lche, que j'arrte, que j'abandonne, mais non !
Ha ha ! Tu commences  fatiguer ! T'as un tour de retard
mon pote !... Je suis comme dans un rve, j'ai mal partout,
mais je ne peux pas arrter, pas maintenant, pas avant lui.
C'est comme si mon corps me disait qu'il n'en pouvait plus
mais que je pouvais passer outre. Je dcide mme d'un peu
acclrer pour l'achever. Eh eh ! Ma tactique fonctionne,
elle l'nerve, il essaie lui aussi d'aller plus vite. Je
m'arrange pour alors toujours garder un petit temps d'avance
sur lui. Tu crois pas que tu vas m'avoir !  Mme si j'ai
pas mang, je vais te la remplir ta citerne mon pote, elle
va te dborder par les yeux ; crois-moi tu vas la rparer
ta pompe !

- Bon, c'est pas tout a, mais il va falloir penser  aller
manger, Deborah a d commencer  faire le repas, et puis
tu dois avoir sacrment faim maintenant !

Tu abandonnes ! Mais tu ne vas pas t'en tirer  si bon compte,
essaie pas de te la jouer charitable maintenant.

- Oh non, regardez, la citerne est remplie aux trois quarts,
ce serait bte d'arrter maintenant, finissons-en !

- Euh, bon, trs bien.

J'ai touch ton orgueil mon pote, attends je t'achve :

- Mais j'ai l'impression que vous tes un peu fatigu, laissez
faire, je vais terminer, allez donc aider votre fille pour
le repas.

- Non, non, je vais terminer avec vous.

Il n'en peut plus, il avance  peine, il transporte encore
trois bassines et il lche. Il prtexte alors d'avoir entendu
sa fille l'appeler. Mais vu le temps qu'il a mis pour transporter
la dernire,  faire des pauses tous les dix mtres,  mon
avis c'est surtout qu'il est cuit. Cela dit sa fille a trs
bien pu l'appeler, je suis compltement dconnect, dans
un nuage, et je n'entends et ne vois presque plus rien.
J'ai mal partout, je ne sens mme plus la faim, juste mes
muscles qui me brlent, presque autant qu'au moment o je
me suis enfui du Pentagone, quand j'ai pouss la grosse
porte dans le mur... Mais c'est une victoire ! Je l'ai eu
! Mais aprs ce premier succs il ne faut surtout pas que
je flanche  mon tour et que je finisse cette foutue citerne,
histoire qu'il ne lui reprenne pas l'ide de faire un concours
de force avec moi.

J'en ai encore pour une bonne demi-heure  un rythme bien
ralenti pour terminer. Quand je finis enfin et que je me
redirige vers la maison, je m'aperois qu'ils sont tous
les deux  siroter une bire en me regardant. Ils sont aussi
cruels l'un que l'autre, finalement...

- Allez viens donc champion, tu as mrit ton repas !

Un peu mon pote ! Je ne sais pas trop ce que je mange, il
y a de la viande et des patates, on dirait. Mais peu importe.
Je mange doucement et pas trop, pour ne pas me dtruire
l'estomac.

- Alors, qu'est-ce que tu faisais perdu dans le dsert,
mon garon ?

Je m'apprte  rpondre quand Deborah intervient.

- Laisse-le donc un peu, tu ne vois pas qu'il est puis
! Ylraw, viens donc avec moi dans la cuisine te choisir
un dessert. Papa, tu  prends comme d'habitude ?

Le pre acquiesce, et Deborah m'entrane avec elle dans
la cuisine.

- Surtout, ne lui raconte pas la vrit, si tu lui dis que
l'arme t'en veut, demain tu te rveilles mort avec deux
balles dans la tte. Ici on ne rigole pas avec les ennemis
d'tat.

- Euh, pfff, oui mais qu'est-ce que je vais raconter ?

- Eh bien je ne sais pas, invente, trouve un truc.

Moralit je lui sors une histoire pas trs crdible, mais
elle a au moins le mrite de ne pas trop tre loin de la
vrit. Comme quoi je me suis tromp d'avion  Paris, que
par miracle les contrleurs n'ont rien vu, et que je me
suis retrouv  Washington alors que je devais partir en
vacances  Dakar. Ensuite de Washington je me suis dit que
je pourrais descendre vers Raleigh ou se trouvait une cousine
de la famille, avec qui j'tais en correspondance mais dont
je n'avais plus de nouvelles depuis deux mois. Qu'aprs
plusieurs jours l-bas je me rends compte qu'elle n'est
plus dans cette ville mais a dmnag pour Austin. J'explique
alors que, sur le point de retourner en France en avion,
un coup de chance pas croyable me fait gagner une Viper
 une tombola  Raleigh. Et que je dcide alors de partir
pour Austin avec. Et c'est alors que je m'tais arrt sur
le bord de la route pour aller faire pipi que cet hlicoptre
a commenc  canarder la voiture. J'invente ensuite que
le choc  d me faire perdre connaissance, ou conscience,
et que j'ai d marcher un certain temps dans le dsert,
avant que sa fille ne me trouve.

Deborah me regarde, apparemment inquite que je ne mette
la puce  l'oreille  son pre, mais s'il semblait dubitatif
au dbut, il a l'air content de l'explication de la route
coupe.

- Ah ! C'est donc a l'origine de la route coupe ! Ce n'est
pas uniquement un missile tir par erreur sur une route
! a ne me semblait aussi pas trs crdible. Ils ont fait
une gaffe en prenant votre voiture pour une de leurs cibles
! Srement un bleu qui a quitt la zone militaire sans faire
attention. Pourtant elle n'est pas tout prs, il aura fallu
qu'il se plante sacrment ! Dcidment ce n'est plus ce
que c'tait l'arme, depuis que les communistes ont capitul,
tout fout le camp. J'espre qu'on va pas tarder  aller
en Irak, histoire que les jeunes reprennent un peu du service
; ils passent le plus clair de leur temps  faire des jeux
vido, pas tonnant qu'ils fassent n'importe quoi ! Vous
allez leur faire un procs, j'espre ? Il faut leur foutre
la pression, et il faut que cette histoire se sache, que
a leur bouge les fesses. Et comment s'appelle votre cousine
 Austin, je connais deux-trois personnes par l-bas ?

- Euh, Guisseran.

Je donne le nom de mon grand-pre, qui est bien n aux tats-Unis
avant de revenir en France, alors que la plupart de ses
frres sont rests ici.

- Ah, hum non a ne me dit rien, enfin, Austin est une grande
ville...

- Bon papa, je lui donne la chambre d'ami ? Ou tu prfres
que je le mette dans l'curie, comme Peter l'autre jour
?

- Non, donne lui la chambre, et ne remets pas cette histoire
de Peter sur la table, tu sais trs bien pourquoi ce pouilleux
ne dormira jamais dans ma maison !

- Pfff. Bon, viens avec moi Ylraw.

Je monte  l'tage en suivant Deborah qui me montre ma chambre.

- Tu sais, je crois que tu as vraiment impressionn mon
pre avec la citerne, et moi aussi d'ailleurs, j'avais raison
de me mfier avec tes airs tout rabougris. Jusqu' prsent
personne ne lui avait tenu tte, et l tu l'as carrment
humili. Heureusement que son pote Ted n'tait pas l, sinon
mon pre n'aurait jamais plus os aller faire de poker avec
ses potes, tellement il aurait eu honte. Il fait toujours
a, ds qu'un nouveau se pointe, il s'imagine toujours que
c'est un bandit qui veut lui piquer son ranch ou sa fille,
et il invente toujours une histoire pour le mettre  l'preuve,
comme remplir cette citerne.

- La pompe n'est pas casse ?

- Pfff ! a fait bientt dix ans qu'elle est casse, cette
pompe ! Et d'habitude on utilise la voiture pour transporter
les bassines. Bon, tu as une salle de bain  ct, je vais
te mettre des linges. N'hsite pas si tu as un problme,
ma chambre est au bout du couloir en face. Mon pre est
juste  ct pour vrifier que personne ne me rend visite
la nuit tombe. S'il savait, le pauvre.

Ces histoires familiales m'intressent beaucoup, mais je
n'en peux plus ; je remercie Deborah pour tout, et je n'ai
mme pas le courage de prendre une douche ni mme le temps
de me dshabiller avant de m'effondrer et de m'endormir
sur le lit. Je me relve une fois dans la nuit pour aller
boire, et en profite pour regarder un peu les toiles au
dehors, les volets n'tant pas ferms. Je prends la pierre
de ma poche et la serre dans ma main. Il semble que les
effets du bracelet se soient presque totalement estomps.
J'observe les toiles en la tenant dans ma main. Ah mes
toiles ! O donc me menez-vous !

Je dors plus que de raison et c'est Deborah qui me rveille
vers 10 heures du matin, en ce mardi 12 novembre.

- Excuse-moi de te rveiller, mais tu as dormi prs de douze
heures, je m'inquitais. Tu as de la chance ce matin papa
est parti tt, un de ses potes a rcupr ses pouliches
 une trentaine de miles d'ici. Je dis que tu as de la chance
parce que sinon a ferait un bout de temps que tu serais
au travail avec lui.

- C'est pas grave que tu me rveilles, de toute faon il
ne faut pas que je trane trop dans le coin, je vous mets
en danger en restant l.

- Euh, mais non, comment pourraient-ils savoir que tu es
ici ? Reprends donc un peu des forces, et je te mnerai
 la frontire dans une semaine. Je dois normalement aller
 Austin pour la communion de la petite soeur d'une amie,
je ferai croire  papa que je t'emmne  Austin avec moi,
et en ralit je t'emmnerai jusqu' la frontire mexicaine.
Qu'en penses-tu ?

- L'ide de trimballer pendant encore une semaine des bassines
d'eau me sduit, mais je pense que ce n'est pas trs raisonnable.

Elle sourit.

- Oh, t'inquite pas pour la citerne mon pre a eu son compte,
 par contre maintenant qu'il sait ta force il en profitera
srement pour quelques menus travaux, charger le ciment
pour refaire le mur de l'abri des chevaux, l'aider  les
tenir pour leur nettoyer les pieds, rentrer le fourrage...

- Gnial, a tombe bien je trouvais aussi que je manquais
un peu d'exercice.

- Allez, viens donc djeuner, je t'ai attendu. Aprs, comme
papa va tarder  rentrer, on ira faire un tour de cheval.
Je dois aller vrifier le boulot qu'a fait Bill sur les
champs. Seule j'y serais alle en Jeep, mais c'est plus
sympa  cheval, et je te ferai visiter un peu le pays.

- Tu me donnes cinq minutes je prends une douche et j'arrive,
j'tais tellement fatigu hier soir que je n'en ai pas prise.

- Bonne ide, tu ferais fuir un cheval !

- Sympa.

- coute, c'est la vrit, et file-moi tes habits que je
te les lave, je te prterai des miens, tu es a peine plus
grand que moi ils t'iront, je porte large. Je t'ai aussi
amen de quoi te raser si tu veux, le look islamiste c'est
pas trop la mode en ce moment...

Bref, je prends ma douche et me rase. J'y passe un peu plus
que les cinq minutes annonces... D'autre part je n'ai pas
une envie outre mesure d'conomiser l'eau comme je le faisais
en France, j'en profite un peu. Je me dtends un instant
puis je me rince tout de mme  l'eau froide ; j'inspecte
ensuite un peu ma jambe, qui me fait encore mal de l'intrieur.
J'ai peur que la blessure ne s'infecte et je me dis que
je devrais passer une radio pour tre sr. Je rcupre l'ensemble
de mes effets personnels prsents dans mes habits, de faon
 ce que Deborah puisse les laver. Je fais bien attention
de sortir la pierre et de la mettre de ct. J'enfile ensuite
les fringues  la cow-boy qu'elle m'a prtes et dposes
sur mon lit, et je descends la rejoindre dans la cuisine.
Elle est dj attable en train de manger un bol de crales.
Je m'assois en face d'elle.

- Vous ne vivez que tous les deux ici ? Ton pre n'est pas
mari, tu n'as pas de frres et soeurs ?

- Ma mre s'est tire quand elle en a eu assez de mon pre,
et avec son caractre c'est foutu pour qu'il se trouve une
nouvelle femme. Et non je n'ai pas de frre et soeur, ma
mre est partie quand j'avais cinq ans, et c'est mon pre
qui m'a leve.

- Mais tu ne t'ennuies pas ici, tu n'as pas envie d'aller
faire des tudes, de partir, de te trouver un copain ou
je sais pas ?

Subtile remarque pour savoir si elle a un petit ami.

- Boah mon pre a insist pour que j'tudie. Je suis alle
 l'universit  Austin, mais une fois termin je suis revenue
ici. C'tait il y a deux ans. Je me suis rendue compte qu'autant
la vie ici est dure, autant les gars d'Austin sont inintressants
et seulement focaliss sur leur petit monde et leurs ambitions
personnelles. Je suis bien mieux ici. Pour sr notre relation
ne se passe pas pour le mieux avec papa, et je dois bien
passer une semaine par mois chez ma copine Dory, qui est
institutrice  Bryan et habite  vingt miles d'ici ; mais
mme s'il est raciste, intolrant et ttu comme une mule,
c'est mon pre, je l'aime bien ; et puis lui au moins ne
m'a jamais laisse tomber. Quant  un petit ami, papa voudrait
me marier avec le fils de son ami Ted, qui a un ranch un
peu plus haut, tu comprends l'opration ferait un sacr
domaine. Je ne suis pas contre, Billy est sympa, mais il
n'est pas trs malin, pas plus qu'il n'est fort au lit,
et j'en profite pour compenser avec diffrents mles un
peu en manque du coin. Et comme a tout le monde est content,
papa et Ted qui pensent qu'on va se marier avec Billy, Billy
qui n'y voit que du feu et que je pourrai mener  la baguette
une fois que j'hriterai des ranchs, et moi qui prends mon
pied avec les meilleurs monteurs du canton, c'est un quilibre
quoi.

Dis donc, elle en prend un coup l'Amrique puritaine et
pratiquante... Je n'ai pas grand-chose  dire, pas forcment
de leons  donner, mais je ne peux m'empcher de faire
une remarque :

- C'est mal.

Elle semble surprise.

- Et alors ? Et en quoi c'est mal ? Pourquoi je ne pourrais
pas vivre ma vie comme je l'entends ? Je ne fais de mal
 personne, au contraire, papa est content, Ted est content,
Billy est content, et j'imagine que Peter, Larry, Brandon
et les autres ne sont pas malheureux non plus. Range tes
affaires et suis-moi, on va seller les chevaux.

Je l'ai vexe. Je mets rapidement mes couverts dans le lave-vaisselle
et je la rejoins.

Il fait trs beau. C'est une impression bizarre que de se
proccuper du temps, tout d'un coup, et je commence  comprendre
toutes ces vieilles personnes qui le prennent en si grand
intrt. Il est si bon, finalement, de ne s'inquiter que
du temps qu'il fait ou qu'il fera, aprs une vie bien remplie,
trop remplie parfois.

- Tu viens ?

Elle me tire de mes rvasseries, elle est vraiment jolie
avec sa tenue de cow-boy. Nous sellons les chevaux, ce n'est
pas tout  fait la mme chose que lorsque je sellais les
chevaux avec Virginie. La selle est beaucoup plus grosse.
Mais aprs tout nous sommes en Amrique, pays de la dmesure.
Il est vrai qu'au gabarit des gens du pays, je me sens tout
petit. Je comprends qu'elle me trouve rabougri... Elle me
fait visiter l'exploitation principalement constitue de
champs de coton et d'levages de boeufs. Nous trottons ou
galopons le long d'immenses champs sur des chemins de terre
quasi dserts. Ma jambe me fait toujours un peu mal.

- Deborah ? Est-ce que tu pourrais me mener  un docteur
dans le coin ?

- Quelque chose ne va pas ?

- Ma jambe me fait toujours mal. Je me demande si je n'ai
pas quelque chose  l'intrieur, j'aimerais passer une radio
pour tre sr.

- Je vais faire les courses en ville normalement tous les
jeudis, je connais une amie qui travaille  l'hpital l-bas.
Si tu peux attendre jusque l tu viendras avec moi jeudi
prochain, a te convient ?

Ce planning me sied parfaitement, tout en me laissant esprer
pouvoir passer quelques jours supplmentaires en sa compagnie.
Nous galopons une bonne partie de la matine, elle m'explique
un peu son rle, qui consiste principalement  superviser
le travail des employs de son pre qui manient des tracteurs
immenses et s'occupent de l'exploitation. Elle dcrit les
diffrentes contraintes, la gestion de la clientle, des
grandes surfaces. Elle s'tonne de voir que je m'intresse
 tous ces dtails. J'essaie de comprendre si le mode de
fonctionnement est identique  celui de la France, ou si
les exploitants ont plus de poids ici. Je l'aide  rparer
deux ou trois parties endommages dans les enclos, et diverses
autres tches qui me donnent un peu d'air pur aprs toutes
les ides qui me sont passes par la tte depuis mon dpart
de Paris.

Nous rentrons pour 13 heures. Son pre n'est pas encore
de retour, mais il appelle pour prvenir qu'il arrive, et
qu'il a invit Ted et son fils Billy. Deborah a l'air heureuse
de l'apprendre, c'est effrayant ! Il semble qu'elle n'apprcie
pas outre mesure l'ide de devoir prparer le repas d'une
part, et de devoir rencontrer son prtendant d'autre part.
J'essaie de la calmer en lui proposant mon aide pour la
prparation du repas. Prparation du repas qui, par mes
pitreries, russit  la faire rire aux clats et oublier
un peu son mauvais caractre.

En Amrique on mange de la viande, et la cuisine est une
vraie boucherie, littralement ; j'ai l'impression que je
vais faire une cure de protines animales pendant ces quelques
jours... Le repas prt, nous nous installons confortablement
dans le grand salon pour regarder les informations, mais
finalement son pre arrive quelques minutes plus tard. Je
suis atterr par l'entrain de Deborah pour accueillir Billy.
Elle joue la petite fille amoureuse  merveille. J'ai du
mal  croire que son pre ne se doute de rien. Qu'elle soit
si douce avec Billy alors qu'elle est si rude en temps normal.
Et j'ai d'autant plus de mal  admettre qu'elle supporte
l'ide que tout le monde pense que le jeune Billy est arriv
 amadouer la rebelle Deborah. Mais vu ce  quoi elle s'adonne
par derrire, je pense qu'elle a mille fois sa revanche.
En la voyant ainsi j'imagine que je suis un peu jaloux,
mme si je sais qu'elle joue. Autant je sais qu'il ne faut
pas que je tente de la sduire, parce que je vais partir,
parce que ce serait entrer dans son jeu, parce que je ne
veux pas considrer que son style de vie me satisfasse,
autant je crois qu'elle me plat, et je crois que j'ai dj
tent, en prparant le repas, de faire le beau. Mais bon,
Billy est dj un grand gaillard beaucoup plus beau et fort
que moi. Et si ce que dit Deborah est vrai, ses autres amants
doivent l'tre encore plus. Alors, je peux bien pavaner,
je n'en serai que mieux calm quand elle me rabaissera 
mon rang,  savoir celui de petit rabougri. Et surtout,
ma morale et ma conscience me sonnent que je ne dois pas
faire cela, ni mme ne serait-ce que le tenter ou y penser.
Aprs tout ce n'est pas mon monde, et dans quatre ou cinq
jours je pars d'ici. J'ai plus intrt  rflchir quelle
sera ma prochaine destination, et comment rsoudre toutes
ces nigmes qui s'accumulent.

Je ne comprends pas tout ce qui se raconte pendant le repas,
je ne m'y intresse pas vraiment non plus. De plus l'accent
texan n'est pas encore compltement assimil. Il semblerait
que le pre de Deborah ait racont l'histoire de la citerne
et Ted a beaucoup de mal  croire qu'un pauvre garon de
mon gabarit ait pu russir cet exploit. Je suis ravi du
compliment et rajoute une btise du genre que Deborah m'avait
tellement chauff dans le dsert que c'est trois ou quatre
citernes qu'il aurait fallu pour me refroidir. Gros rire
texan de Ted, Deborah et son pre, rire plus crisp de Billy.


Suite au repas, Ted, le pre de Deborah et Billy doivent
aller faire je ne sais quoi  une runion avec d'autres
paysans du coin. Deborah n'est pas intresse pour y aller,
pas plus que moi, mais Billy obtient tout de mme un rendez-vous
au restaurant avec elle pour le soir. Ted m'invite alors
avec le pre de Deborah pour un dner entre hommes dans
son ranch. Je sens que la soire va tre terrible.

Ils partent assez rapidement suite au repas. Deborah et
moi nous chargeons de dbarrasser la table. Elle me flicite
pour ma rpartie concernant la remarque de Ted pendant le
repas. Pour l'aprs-midi Deborah m'explique qu'elle doit
prparer sur l'ordinateur plusieurs campagnes pour l'exploitation.
Elle me raconte que c'est elle qui a forc son pre  s'informatiser,
pas qu'elle s'y connaisse particulirement, mais cela permet
de gagner pas mal de temps et de visibilit sur beaucoup
de points. J'en profite pour lui expliquer o je travaille,
Linux, les logiciels libres, la philosophie. Elle est plutt
sduite par le principe mme si son pragmatisme la rend
trs perplexe sur la validit du modle conomique. Elle
me permet par la suite d'utiliser l'ordinateur pour vrifier
mes mails et en envoyer quelques-uns. Elle va pendant ce
temps faire je ne sais quoi  quelques kilomtres d'ici
pour les chevaux. Je suis tonn de la confiance qu'elle
me porte en me laissant seul ici. J'essaie dans mes messages
tant que faire se peut de ne pas tre trop alarmiste. Deborah
m'avait conseill d'appeler mes parents au tlphone, ce
que je fais ensuite. Il est le soir en France. Ils sont
compltement affols de me savoir perdu au Texas, et je
suis oblig d'courter la communication pour ne pas avoir
 dtailler plus ce que je fais ici, et ce que je vais faire
par la suite. D'autant plus que je n'en ai pas vraiment
une ide prcise.

Elle revient  peu prs deux heures plus tard, vers 17 heures
30.  ce moment elle me dit avoir fini son travail pour
la journe, qu'elle devra passer quelques coups de fil aux
employs le soir pour savoir comment s'est droul je ne
sais plus trop quoi dans les champs de coton, mais que d'ici
 20 heures nous pouvons aller nous balader  cheval. J'accepte
et nous repartons faire un tour dans le soir tombant.

Nous galopons un peu, jouons  chat, je crois que l'on s'entend
bien, ou alors est-elle un peu lasse de toujours rencontrer
les mmes personnes. Tout cela jusqu' ce que je me casse
la figure. Je tombe salement mais les dgts sont limits.
J'aurai tout de mme de bons bleus.

- Ce n'est pas le moment de te casser la figure, idiot,
et  si un hlico vient te canarder, que feras-tu avec un
bras ou une jambe cass ?

- Trs drle, merci de me le rappeler,  l'avenir je me
souviendrai que je ne dois pas faire exprs de tomber. Et
si tu pouvais expliquer  ton cheval qu'il doit me rattraper
au vol si par malheur cela se reproduit, je t'en serai gr.

- Allez, ne fais pas la tte. Tiens, arrtons-nous un petit
moment, comme cela tu pourras te reprendre.

- Hors de question, je ne suis pas fatigu !

 croire qu'elle a appris  me connatre bien vite, parce
qu'elle comprend que cela veut dire en fait "avec plaisir".
Nous commenons  parler un peu de nous, ce que nous faisons
de nos journes gnralement, comment est la vie  Paris,
ou ici, le cinma, la musique... Toutes ces choses du monde
occidental qui sont toutes pareilles, finalement, mais tellement
diffrentes quand on en discute. Ces diffrences infimes
qui n'en sont pas dans nos modes de vie calqus sur le modle
presque sacro-saint de la civilisation occidentale, voire
amricaine. Mais elle se proccupe assez peu de tout cela.
Elle doit tre un peu goste, ou dsabuse. Elle m'explique
trs justement qu'elle sait trs bien qu'il y a de la misre
dans le monde, mais doit-elle tout abandonner pour cela
? Certes elle est srement favorise, mais elle travaille
dur tous les jours, mme si je ne m'en rends peut-tre pas
compte depuis que je suis arriv, novembre n'tant pas la
plus dure priode. Elle ne prend presque jamais de vacances,
ne considre pas qu'elle traite mal ses employs, essaie
de les payer plus que la moyenne. Ils sont plutt contents
de travailler pour elle et son pre. Pour sr, elle n'est
pas tendre avec eux, et s'ils ne font pas du bon travail
ils en ont pour leur grade, mais dans le cas contraire elle
n'est pas avare. Nous drivons par la suite sur d'autres
sujets moins srieux, et sur nos tracas de la vie de tous
les jours. Elle passe un long moment  m'expliquer divers
pisodes, pas trs intressants, mais qui la font bien rire,
de ses aventures tumultueuses lors de son ducation religieuse.

Elle est vraiment jolie...

- Eh ! Tu m'coutes ?

- Hum j'avoue que tu m'as perdu en route, un peu aprs l'histoire
des pages de Playboy colles dans la bible, et le pasteur
qui dcouvre cela en pleine messe...

- Ouais a fait bien dix minutes que tu n'coutes plus quoi
! T'es vraiment pas cool... T'as une copine en France ?

- Non.

- Pourquoi ?

- Je suis gay.

Elle est trs tonne, et ne sais pas trop quoi rpondre.
Mais j'ai comme l'impression que cela la gne.

- Tu as quelque chose contre les homosexuels ?

- Euh, non mais, enfin, mais... Et, euh, tu as un copain
alors ?

- Je ne suis pas gay, mais j'ai l'impression que tu n'aimes
pas trop les homosexuels ?

- Non, ce n'est pas a. Enfin pas vraiment. Tu sais, depuis
toute petite mon pre m'a duque avec ses ides un peu
racistes, et ce n'est pas vident de tirer un trait sur
tout a et essayer de ne pas avoir de prjugs par la suite.
On a beau dire, c'est pas si facile de ne pas tre raciste
et d'tre vraiment tolrant, on est tellement prdispos
par ce que l'on a appris dans notre enfance. Mais j'essaie,
vraiment, de ne pas faire de diffrences, d'embaucher des
Noirs ou des Hispaniques autant que des Blancs pour les
postes au ranch, et de les payer en fonction de leur travail
uniquement. Mais je sais au fond de moi qu'il me reste encore
ces valeurs qui remontent  loin. Et je pense que ce serait
mentir que de dire que je ne fais pas, parfois, involontairement,
des choix qui sont srement un peu racistes. Je sais que
c'est mal, mais je ne m'en rends pas compte.

- Je comprends tout  fait ce que tu veux dire, j'ai eu
exactement le mme problme avec la religion, et il m'a
fallu trs longtemps avant de vraiment me sparer de Dieu,
ne plus penser qu'il est l, et tre indpendant. Et je
comprends que des gens, qui ont t toute leur vie dans
un certain milieu, ne puissent pas changer comme a du jour
au lendemain, mme si on les persuade qu'ils ont tort.

- Alors, pourquoi est-ce que tu n'as pas de copine ? a
te drange que je te demande a ?

- Non, non, en fait pour tre franc, je suis impuissant,
alors ce n'est pas trs facile pour moi.

Elle ne sait pas quoi dire, apparemment gne d'avoir pos
la question.

- En vrit je ne suis pas impuissant, mais j'ai l'impression
que tu n'aimes pas trop les impuissants ?

- Salopard ! Tu te fous de moi !

Elle se jette sur moi, et s'ensuit une bataille dans l'herbe.
Elle se dbat la bougresse, mais aprs quelques minutes
peuples d'clats de rire et de touffes d'herbes dans la
bouche, je parviens  la matriser.

- Avoue-toi vaincue !

- Jamais ! Sache que jamais un homme ne matera Deborah Brownwood.

Et elle se remue de nouveau avec force, mais je tiens bon.

- Un homme peut-tre pas, mais face  un petit rabougri,
tu n'as aucune chance !

Et suite  cela je la cale sur le dos, moi assis sur son
ventre, ses deux bras sous les miens, et mon torse contre
sa tte pour la bloquer au sol. Elle se dbat pendant dix
bonnes minutes, puis, dpite, elle cde enfin.

- OK ! OK ! C'est bon on part d'ici, t'es le plus fort...

Je la libre, elle se lve apparemment trs nerve.

- Excuse-moi si j'ai bless ton orgueil, je n'aurais peut-tre
pas d toucher  "l'immatable" Deborah Brownwood, aprs
tout.

Elle se rend compte alors qu'il est stupide de sa part d'tre
nerve pour cela, et que ce n'est srement qu'un peu d'orgueil
mal plac. Elle se retourne alors vers moi, m'attrape par
le col et se place  quelques centimtres de moi pour me
dire doucement d'une voix grave :

- Je te prviens, pied-tendre, si jamais tu t'avises de
parler de a  qui que ce soit, tu vas te rveiller vraiment
impuissant un de ces prochains matins...

Sa bouche est  quelques millimtres de la mienne... J'ai
des picotements dans le dos, comme une bouffe de chaleur.
J'ai tellement envie de la prendre dans mes bras... Je ferme
les yeux un instant. Mais je me reprends, je ne tente pas
de l'embrasser. J'ai dit que je ne le ferai pas. Elle se
rapproche encore, la bouche entr'ouverte, la tte se penchant
un peu. Je la repousse.

- Non Deborah... Je... Faire a ce serait accepter ton style
de vie, et je ne le veux pas... De plus je te rappelle que
ce soir tu vois Billy.

Cette fois-ci elle est vraiment nerve, et elle me repousse
violemment avant de remonter sur son cheval sans dire un
mot. Nous reprenons alors le chemin du ranch. Ted, Peter
et Billy sont dj l. Deborah va se doucher et se changer
et part avec Billy. Quant  moi je fais de mme mais pars
avec Ted et Peter. Nous discutons tout au long de la soire
de ce que je fais, mon travail, ma vie... Ils sont plus
intressants que je ne l'eus cru. Je leur explique mon travail,
leur parle de ma famille, de mes grands-parents agriculteurs,
de la diffrence avec ici. Je zappe un peu quand ils discutent
des rsultats sportifs. Nous rentrons, le pre de Deborah
et moi, vers 23 heures. Je lui explique en chemin que Deborah
m'a dit pour la citerne, et que franchement je ne sais pas
comment j'ai fait pour tenir, mais que j'tais tellement
nerv contre lui, et que je ne voulais tellement pas cder
que je serais mort sur place plutt que d'abandonner. Cela
a le mrite de le faire bien rire. Il me demande si je m'y
connais en mcanique et si je pourrai l'aider le lendemain
matin  arranger le moteur de l'une de ses machines dont
je n'ai pas compris le nom. J'accepte volontiers en le mettant
en garde sur mes capacits de mcanicien. Il me demande
de mme quand est-ce que je pars, pas qu'il me chasse, prcise-t-il,
juste par curiosit. Je lui prcise alors ce que m'a dit
Deborah,  savoir qu'elle m'accompagnera dimanche  Austin
 l'occasion de sa visite chez son ami. Il n'a pas l'air
bien mchant aprs tout. Mais comme le disait Deborah, comment
blmer les gens qui viennent d'une poque o la morale n'tait
pas la mme. Comment ragirais-je, demain, si je me trouvais
confront  des gens qui me reprochent d'avoir pu manger
des animaux dans ma vie, ou tuer des insectes, ou gaspiller
de l'eau ?...

Deborah n'est pas encore rentre quand nous arrivons, ce
qui rend Peter un peu inquiet qu'elle ne passe pas la nuit
ici. Je vais pour ma part me coucher, finalement assez puis
de cette journe. Je suis ici depuis hier. L'hlicoptre
m'a attaqu dimanche dernier, jour o mon copain du Pentagone
avait son vol pour Dakar. Se trouve-t-il en ce moment 
Dakar ? Et que font les autres personnes, celles qui me
poursuivent, ont-elles perdu ma trace, me croient-elles
mort ? Je m'endors plein d'interrogations...

Mercredi 13 novembre, je suis rveill par le pre de Deborah.
Je prends mon petit djeuner avec lui. J'apprends que Deborah
est rentre tard dans la nuit, et qu'il la laisse par consquent
un peu dormir. Il n'est que 7 heures 30 du matin, aprs
tout. Je pars avec lui dans les hangars pour l'aider sur
ses machines. La matine se passe plutt bien, et Deborah
passe nous apporter  boire vers 10 heures. Elle a l'air
contente de nous voir travailler l, tous les deux. Par
la suite elle doit rgler une affaire avec un des fournisseurs
pour je ne sais trop quel problme, elle nous quitte donc
et nous la retrouvons vers 13 heures, alors que nous allons
manger un hamburger dans la cuisine. Pour l'aprs-midi elle
me demande si je suis intress par une balade vers la partie
Sud, au niveau des levages,  cheval. Elle s'assure auprs
de son pre qu'il ne veut pas me monopoliser pour l'aprs-midi
aussi.

- Non c'est bon, il m'a bien aid ce matin, tu peux le prendre,
par contre s'il pouvait me filer un coup de main ce soir
quand j'aurai reu la nouvelle pelle mcanique, il faut
la mettre en place sur le tracteur.

Je suis combl d'tre le nouvel homme  tout faire de la
famille, le matin pour le pre, l'aprs-midi pour la fille.
Enfin, je ne saurais me plaindre de ces quelques jours de
tranquillit. Nous partons alors, Deborah et moi,  cheval.
Nous galopons un petit moment, avant d'arriver au niveau
des enclos. Deborah donne quelques consignes aux employs
qui se trouvent l, et nous repartons au trot pour faire
le tour de la proprit.

- Tu as pass une bonne soire avec Billy ?

- Pourquoi cette question, tu es jaloux, je te rappelle
que  tu m'as renvoy chier hier.

- Si tu le prends comme cela.

- Oui j'ai pass une trs bonne soire, c'tait magnifique,
et de plus pour une fois Billy a bais comme un Dieu. Tu
es satisfait ?

- Si c'est pour tre dsagrable, il ne fallait pas me demander
de venir, j'tais mieux avec ton pre.

- Excuse-moi. Je crois que je t'en veux un peu. Non la soire
avec Billy n'avait rien d'exceptionnel, mais c'tait bien
quand mme. Il ne faut pas croire, je ne suis pas compltement
sans coeur, j'aime bien Billy, il est vraiment sympa. Et
toi, ta soire avec papa et Ted ?

- Moins pire que ce que j'aurais cru, ton pre et Ted sont
assez sympas, eux aussi.

Nous faisons le tour de plusieurs levages, et Deborah contrle
que tout se passe comme souhait. Le climat s'est un peu
dtendu, et nous recommenons  nous titiller et  rigoler
de nouveau ensemble. En retournant vers le ranch, en longeant
la route, nous croisons trois autres cavaliers, apparemment
des connaissances de Deborah.

- Tiens donc, mais c'est la belle Deborah, comment tu vas
ma belle. Mais qui donc as-tu avec toi, c'est ton nouveau
prince charmant, tu fais dans les modles rduits maintenant
? C'est Billy qui doit tre content !

Je reste stoque, je me moque perdument de ce que peut
penser ce type.

- Ta gueule Brandon ! Il n'est peut-tre pas trs grand,
mais le jour ou tu me baiseras comme lui le fait, alors
peut-tre je daignerai laisser tomber Billy pour toi. En
attendant, retourne  tes leons de conduite, il me semble
avoir entendu que tu as encore bousill le Ford de ton pre.

Les deux qui accompagnent Brandon clatent de rire. Quant
 lui, bien calm s'il en est, il se contente de leur dire
de la fermer, et il part au galop, en marmonnant je ne sais
quoi. Les autres le suivent, aprs avoir salu Deborah,
la flicitant pour sa rpartie.

- Pourquoi tu ne t'es pas dfendu ?

- J'aurais d ? Je ne reverrai sans doute plus jamais ce
gars de ma vie, et il n'est rien pour moi.

- Je me demande si c'est parce que tu es vraiment modeste,
ou si ce n'est au contraire qu'une fausse modestie, et que
tu as en fait une tellement haute ide de toi que tout cela
ne te touche mme pas. Tu sais, la plupart des gars du Texas
considrent que si tu te laisses faire, tu seras pour toujours
considr comme un moins que rien. 

- Je dois effectivement tre assez confiant en moi, mais
si cela permet de ne pas blesser l'orgueil des gens, aprs
tout. N'est-ce pas toi qui prnes le bien par le mal ? C'est
un de tes "monteurs" ?

Elle sourit. Je me demande vraiment si je pourrais rsister
une nouvelle fois si elle tente de nouveau de m'embrasser.

- Oui effectivement, et c'est pour cela que je savais que
j'allais le toucher avec ce que j'ai dit tout  l'heure.
Il voudrait que je quitte Billy pour lui. Il me menace parfois
de tout dire  mon pre. Mais je ne me fais pas de soucis,
il a tellement fait de btises que je n'aurais aucun mal
 convaincre mon pre qu'il dit n'importe quoi, et Brandon
le sait. Mais il est trs gentil quand on est tous les deux.
C'est juste que les mecs ont la tendance naturelle  devenir
impossibles, fiers et prtentieux quand il y a d'autres
mecs avec eux.

Nous rentrons ensuite au ranch. Je donne un coup de main
comme prvu au pre de Deborah pour sa pelle mcanique pendant
qu'elle prpare le dner. Nous dnons ensuite, et alors
qu'ils dcident de passer la soire devant la tlvision,
je prfre pour ma part aller me coucher.

Lundi 9 dcembre 2002
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Je suis rveill soudainement par quelqu'un qui tente de
rentrer dans mon lit. Je me lve brusquement et sors du
lit.

- Chuuut, n'aie pas peur, c'est moi, Deborah.

- Qu'est-ce que tu fais l, quelle heure il est ?

- Il doit tre aux alentours d'une heure du matin, j'avais
envie d'tre avec toi... Allez, reviens. Tu ne vas pas me
chasser quand mme, s'il te plait Ylraw, juste pour ce soir.
Si tu veux je reste juste l prs de toi, je ne veux pas
forcment faire l'amour avec toi, mais j'aimerais tre proche
un petit moment.

- Tu sais trs bien que c'est mal Deborah, tu sais trs
bien que je ne veux pas cautionner ta vie. Que je suis contre
cela, tu ne fais pas le bonheur autour de toi, tu ne fais
que prparer leur malheur quand ils comprendront que tu
te joues d'eux. Ce n'est pas parce que tu es plus forte
qu'eux que tu as le droit de jouer avec.

Elle ne ragit pas tout de suite. Je pensais qu'elle se
sentirait attaque et rpliquerait sur le champ, mais elle
laisse passer quelques secondes avant de rpondre.

- Je ne suis pas si forte que a, Ylraw, tu sais.

Elle se relve du lit, et s'avance pour ressortir de la
pice.  la faible lueur je m'aperois qu'elle pleure. Elle
passe prs de moi. Je la prends dlicatement dans mes bras
et lui demande de m'excuser. J'avance doucement vers le
lit, carte les couvertures et l'invite  se coucher prs
de moi. Elle est sur mon paule, sa jambe sur la mienne.
Quelques minutes s'coulent. Je ne crois pas  ce moment
que j'ai envie d'autre chose que de la serrer fort dans
mes bras, d'avoir enfin une prsence proche aprs tous ces
jours de cavale et de solitude. Je l'embrasse sur le front,
lui demande pardon, lui dit que je suis bien, content de
l'avoir, l, prs de moi. Elle remonte lgrement vers moi
et m'embrasse dans le cou, me glisse  l'oreille qu'elle
aussi. Les ides s'emballent. Il suffit d'un flash, et mon
corps dcide. Mon corps dcide de ce qu'il veut, et elle
le sent, et je sais que j'ai perdu. Elle m'embrasse de nouveau,
sa main passe doucement sur mon torse, relve mon tee-shirt
et se glisse pour toucher ma peau. Nos lvres se joignent,
enfin, doucement. Elle se rapproche encore, ma main parcourt
son dos, et relve dlicatement sa robe de chambre. Elle
est nue. Je la caresse. Ses doigts montent et descendent,
augmentant progressivement leur amplitude, effleurent mon
corps tendu, s'imprgnent de mon excitation naissante tout
en la dveloppant. Un frisson me parcourt, ma main se crispe
sur sa fesse. J'ai envie que les choses s'acclrent, elle
aussi. Mais l'impatience est contrecarre par la satisfaction
du moment. Pour que ce ne soit pas une fois parmi d'autres,
pour que nous profitions de nous dcouvrir un peu plus.
Elle passe sur moi, assise sur mes jambes. Je lui retire
sa robe de chambre, et, Soleil,  mon Soleil ! Que de ta
lumire sur la Lune je perois les douces courbures de son
corps muscl. Elle se cambre quand mes mains lui caressent
les seins et descendent vers ses reins, pour l'agripper
 la taille, la retourner et l'tendre sur le dos. J'loigne
les draps pour voir, pour voir son corps, pour voir ses
seins, son ventre. Le caresser. J'adore caresser le ventre...
Nous nous embrassons encore, et ma main, enfin, s'attarde
le long de ses cuisses. Elle carte un peu les jambes, pour
indiquer, pour demander. Elle guide ma main vers elle, et
de mes doigts j'carte doucement ses lvres humides pour
lentement les glisser un peu plus profondment.  son tour
ses doigts glissent le long de mon bras, de mon torse, et
dlicatement sous mon caleon, pour me pousser  la limite,
pour acclrer les choses. Elle s'impatiente et  son tour
elle me repousse ; mon caleon, mon tee-shirt quittent la
scne pour devenir simples spectateurs. Nus, enfin, tous
les deux. Sa bouche parfait mon excitation. Quelques instants,
quelques secondes, je profite d'tre soumis, puis je la
remonte vers moi, et lui murmure  l'oreille.

- J'ai envie de toi.

Elle rpond par un baiser et me glisse  l'oreille :

- Prends-moi.

Elle rcupre un prservatif sur la table de nuit, qu'elle
avait sans doute dpos l avant de se coucher. Amours,
ah mes amours, quel malheur que vous soyez associes  tant
d'incertitude ! Mais ne voyez pas en cette protection de
l'gosme, car c'est elle que je protge. Soyez persuades
qu'elle est l'une de vous, et ce n'est pas si bref et si
artificiel. Et qu'en rien ce protocole ne trouble notre
plaisir, et s'vapore pour mieux nous laisser profiter l'un
de l'autre, autant de fois que nous le dsirerons... L'instant
passe et doucement elle se prsente  moi. Elle dirige,
et dcide, s'ouvre  moi et aide mon sexe  la pntrer.
Je me cambre et laisse chapper un soupir de bonheur. Elle
se penche vers moi, et tout s'enchane. Le rythme doux et
calme des premiers va-et-vient pour prparer, pour ne pas
blesser, pour que plus insouciants nous puissions, par la
suite, alterner force et douceur, rapidit et lenteur. Me
voil bien frle aprs tout ce temps seul, et un peu de
contrle vient ternir ces moments. Contrle mesur et chaque
instant de doute est l'opportunit de quelques retournements,
pour que tour  tour nos corps s'imbriquent en un sens ou
l'autre, allong ou  genoux, dominant ou domin. Un peu
de force, parfois, un peu de lutte, quand l'un veut dcider
plus que l'autre. Des murmures, toujours, pour dcrire 
l'autre, pour lui dire, ce que l'on veut, ce que l'on aime,
ce que l'on ressent. Et finalement, la perte de contrle,
l'abandon, quand, agrippe  mon dos, acclrant mon mouvement
en tenant mes fesses, elle laisse chapper son plaisir,
et que je fais de mme, en lui murmurant ma jouissance 
l'oreille.

Un peu de temps, ensemble, mais si peu, pour que ce protocole,
toujours, soit suivi.

- Je ne voulais surtout pas rveiller papa, mais cela mritait
bien quelques cris, peut-tre auras-tu compensation un peu
plus tard, si tu es sage...

Je souris, et retire sur nous les draps, avant de la reprendre
dans mes bras. Nos corps transpirants se ressaisissent,
et nos chaleurs s'changent, alors que nos coeurs ralentissent.
Quelques minutes,  profiter de l'autre. Puis l'intimit
d'une discussion de l'aprs. Elle me parle doucement :

- Tu penses vraiment ce que tu m'as dit tout  l'heure ?

- Est-ce que tu ne le penses pas toi-mme ?

- Si, je crois, mais que devrais-je faire ?

- Je ne sais pas ce que tu devrais faire, et de plus je
n'ai pas vraiment  te donner de leon, et rien que le fait
que j'aie cd ce soir prouve que je suis moi aussi faible.

- Ne dis pas a, je ne veux pas que tu regrettes. Je suis
bien, l, et tu l'as fait pour moi, et c'est trs gentil.
Je suis flatte.

- C'est au contraire pour toi que je ne voulais pas le faire,
pour te montrer que tu as tort de vivre comme cela, et en
cdant c'est pour moi que je l'ai fait, pour mon propre
plaisir.

- Tu l'as fait un peu pour tous les deux alors.

- Tu sais, je crois que dans la vie il ne faut pas vraiment
faire les choses pour soi, parce qu'on le regrette toujours.
Il faut les faire pour les autres, car si on est fort, c'est
 nous de subir les difficults  leur place. Et je crois
que lorsqu'on est fort, le plus dur c'est les regrets. Si
tu penses qu'un jour tu regretteras ce que tu fais maintenant,
il ne faut pas le faire, parce qu'on ne se rattrape jamais
vraiment.

- Tu ne regrettes jamais rien, toi ?

- Oh si ! Mais entre penser une chose et la faire, il y
a toujours un peu comme une grande barrire. Et c'est 
ceux qui la franchissent qu'on reconnat les grands hommes,
je pense.

- Tu ne penses pas que tu pourras la franchir ?

- Eh bien, je ne sais pas. Avec mon travail dans Linux,
les logiciels libres, cette philosophie, je pensais faire
des choses pas trop mauvaises. Mais maintenant, ici, je
ne sais plus trop ce que vais pouvoir faire, si je vais
pouvoir retourner comme avant.

- Tu penses qu'ils ne te laisseront jamais ?

- J'en sais rien. Je ne sais toujours pas pourquoi ils m'en
veulent vraiment. Mais s'ils emploient des hlicoptres
militaires pour faire le mnage, c'est que ce n'est pas
une petite affaire, et  mon avis je n'aurai pas de vie
tranquille pour un bon moment.

- Pourtant les quelques jours que tu passes ici sont tranquilles,
tu ne voudrais pas rester ici ? Ils ont peut-tre perdu
ta trace ?

- J'ai du mal  le croire, c'est un peu comme quand j'tais
 Raleigh, tout cela pour retrouver David mort aprs coup.
Je n'ai vraiment pas envie que cela t'arrive. D'ailleurs
cela me fait penser, ma jambe me fait toujours mal, c'est
bien demain que nous allons voir ta copine dans l'hpital
?

- Oui.

La nuit continuera, et encore nos corps s'entremleront.
J'apprendrai mme un peu, de son exprience, de sa force,
de cette fille, si belle, qui n'a pas froid aux yeux.

Matin. Jeudi 14 novembre 2002. Je suis rveill par quelqu'un
frappant  la porte de ma chambre. Je suis seul dans le
lit, Deborah n'est plus avec moi. J'imagine qu'elle est
retourne dans sa chambre au petit matin pour ne pas donner
la puce  l'oreille  son pre. 8 heures moins le quart,
la nuit fut courte en sommeil et le lever n'est pas des
plus faciles. Je me lve nanmoins et vais prendre une douche.
10 minutes plus tard Deborah passe dans la chambre pour
me rappeler que nous devons aller en ville, et qu'il ne
faut pas trop tarder.  Elle a dj djeun et est prte
 partir. Elle me dit que je mangerai deux gteaux en route.

Alors que nous sortons de la maison et Deborah et moi nous
dirigeons vers la Jeep, une voiture arrive devant le ranch.
Billy en sort, apparemment trs nerv. Il se dirige droit
sur Deborah, l'attrape par le bras et menace de la frapper
en criant.

- Brandon m'a tout racont ! Il m'a dit que tu couchais
avec ce morveux !

Il me pointe du doigt alors que je me dirige vers lui pour
essayer de le sparer de Deborah. Mais il se retourne vers
moi et me pousse violemment. Je pars en arrire, me dsquilibre
et tombe. C'est vrai qu'il est costaud le gaillard. Alors
que je suis sur le point de me relever pour tenter malgr
tout de lui en faire dcoudre, une dflagration retentit.
Je me retourne et vois le pre de Deborah qui vient de tirer
un coup de feu en l'air et a dsormais Billy en joue avec
un fusil. Il lui parle doucement d'une voix forte.

- William Stephen Kimbell troisime du nom, ne fais ne serait-ce
que penser lever de nouveau la main sur ma fille, et je
te ramne  ton pre les pieds devant !

- Eh ! Peter ! Calme-toi, a va, a va ! C'est bon je me
calme, mais il y a de quoi tre nerv, non ? Ta fille est
ma future femme aprs tout ! Elle n'a pas le droit de coucher
avec n'importe qui quand mme !

- Ma fille n'est la future femme de personne, et elle couche
avec qui elle veut. Si tu la veux, il faudra la mriter
Billy. Maintenant rentre chez toi !

Il lui fait signe avec son fusil de retourner vers sa voiture.
Il s'excute considrant que Peter ne devait pas rigoler.
Nous le regardons partir. Deborah s'avance vers son pre,
et le remercie en l'embrassant et le prenant dans ses bras.
Il reste stoque et lui rappelle qu'elle est en retard pour
les courses, et que cette aprs-midi elle a rendez-vous
avec je ne sais plus qui.

Lors du trajet vers Bryan, je m'excuse pour les ennuis que
je cause.

- Je suis dsol d'avoir mis la pagaille dans tes affaires.

- La pagaille c'est moi-mme qui l'ai mise. Et comme tu
disais je devais bien me douter qu'un jour ou l'autre cela
me retomberait dessus. Mais ne t'inquite pas pour moi,
cela mettra un peu d'animation et permettra de clarifier
un peu tout a.

- Tu t'ennuies  ce point ? C'est aussi par lassitude que
tu as couch avec moi cette nuit ?

- Cela me blesse que tu dises cela. J'ai couch avec toi,
non pas parce que je suis tombe amoureuse de toi, ce serait
mentir, mais, enfin, c'est difficile  dire, tu m'attirais
voil tout.

- Excuse-moi, je ne voulais pas te blesser. Et je ne regrette
pas cette nuit, mme si ce sera peut-tre la seule.

- Il n'est en effet srement pas trs prudent de ma part
de prendre le risque de me faire attraper par papa, mme
s'il m'a dfendu aujourd'hui, il n'en reste pas moins qu'il
y a des intrts dans cette histoire. Et de plus si je suis
d'accord avec toi que je devrais peut-tre remettre en cause
mon style de vie, ce ne serait que contradiction. De plus
tu risques  court terme autant voire plus que moi dans
cette affaire, mon pre n'est pas un tendre.

Elle sourit. C'est toujours un peu blessant de devoir accepter
que notre pouvoir de sduction n'est pas sans limite et
qu'elle comprend trs bien que c'est un peu une btise que
d'avoir fait cela. Mais c'est mieux pour elle et ma morale,
et mon ego s'en trouve amoindri, alors ne nous plaignons
pas...

En ville elle me laisse dans les mains expertes de son amie
 l'hpital, et va pendant ce temps faire les courses dont
elle a besoin. J'attends quelques instants puis son amie
me fait passer entre deux patients pour faire une radio
de ma jambe. Bilan, j'ai bien reu quelque chose  l'intrieur,
mais cela n'apparat que comme plusieurs points minuscules
sur la radio. Elle m'explique qu'il y en a une dizaine et
que le plus gros d'entre eux doit faire moins d'un dixime
de pouce, ce qui doit faire un peu plus qu'un quart de millimtre.
Aprs quelques analyses complmentaires, elle dit penser
que cela ne s'est pas infect, et qu'il est impossible de
les retirer sans faire dix fois plus de dgts qu'en les
laissant o ils sont. Elle prcise nanmoins qu'il faudra
les surveiller dans les mois qui viennent, pour voir s'ils
se dplacent, et pour tre sr qu'ils sont bien accepts
par l'organisme.

Je la remercie grandement et je sors de l'hpital pour attendre
Deborah sur le parking devant celui-ci.  peine plus d'un
quart de millimtre, ce ne doivent tre vraiment que des
clats pens-je. Je ne crois pas qu'il puisse exister des
metteurs de cette taille l. Je suis au moins rassur sur
ce point. Mais je reste toutefois dubitatif sur le fait
qu'ils m'aient laiss partir sans vrifier que j'tais bien
mort. Toutefois je n'ai peut-tre pas tous les lments,
peut-tre ont-ils dcouverts qu'ils taient observs  ce
moment l, ou ont-ils eu contre-ordre au dernier moment,
quand les cahiers et toutes traces eurent t effacs.

Je patiente une bonne demi-heure avant que Deborah ne revienne.
J'essaie de me convaincre que cette histoire est termine,
et que je pourrais peut-tre directement prendre un avion
pour la France, et relguer toutes ces aventures au pass.
Deborah me retrouve donc assez satisfait, ce qui la rassure
aussi. Nous rflchissons alors que je pourrais finalement
passer une semaine ou deux en plus ici, et ne rentrer qu'aprs
en France.

Sur le chemin du retour Deborah me demande si cela ne me
drange pas qu'elle fasse un dtour par la petite ville
pas loin du ranch. Un ami  elle y est barman, et elle lui
doit cinquante dollars depuis plusieurs mois, et ne pense
jamais  les lui rendre quand elle le croise. De plus cela
fait plus d'un mois qu'elle n'est pas passe leur dire bonjour,
 lui et  sa soeur. C'est un ancien copain  elle, qu'elle
connat depuis plus de quinze ans, et pour qui elle semble
avoir beaucoup d'amiti mme si d'aprs ce que je comprends
elle ne le voit pas souvent. Je ne peux que difficilement
refuser, je n'ai plus dsormais d'impratifs et je la suivrais
au bout du monde sans hsitation je crois.

Mais alors que nous rentrons dans le fast-food-bar et que
celui que je pense tre l'ami de Deborah nous aperoit,
il se dirige droit vers elle et nous attire dans les cuisines.
Deborah ne manque pas d'exprimer sa surprise.

- Et oh c'est bon ! Je vais te les rendre tes cinquante
dollars ! Et puis tu pourrais dire bonjour ! Qu'est-ce qui
te prend ?

- Je me fous de mes cinquante dollars, tu le sais bien.
Excuse-moi de te tirer comme cela  l'cart, mais hier un
gars est pass dans le coin et il en avait aprs ton copain.
Il avait une photo de lui et demandait si nous l'avions
dj vu.

Le copain de Deborah fait un signe de la tte en ma direction
pour montrer que c'est de moi dont il parle. Je lui demande
 quoi ce type ressemblait.

- Difficile  dire, un grand type avec un costume gris,
la trentaine srement, mais pas de signe particulier. Il
n'a rien dit d'autre. J'ai demand pourquoi il te cherchait,
mais il a rpondu que ce n'tait pas important, m'a remerci
et il est reparti.

- Cela veut dire qu'ils sont encore sur tes traces,  moins
que ce ne soit quelqu'un d'autre, qu'est-ce que tu en penses
?

- Boah j'en pense pas grand-chose. Je ne sais plus trop
quoi faire, moi qui me faisais une joie  l'ide que tout
cela soit termin. En tous cas s'ils tranent dans la rgion
cela signifie qu'ils ne mettront pas longtemps  me dnicher,
et que donc je dois partir d'ici au plus vite. De plus je
te mets en danger toi et ton pre en restant au ranch. Quelles
que soient leurs raisons il est plus prudent que tu me ramnes
 Bryan et que je prenne un bus de l-bas.

Deborah est plus optimiste :

- Je ne suis pas sre qu'ils te trouvent si facilement,
tu n'as pas rencontr grand monde dans le coin. Mais c'est
peut-tre plus prudent que tu partes, en effet. Cela dit,
je prfre t'emmener moi-mme  la frontire mexicaine,
comme cela au moins je pourrai te dire au revoir et te souhaiter
bonne chance quand je sais que tu seras un peu plus en scurit.
Tu as toujours ton passeport ?

- Oui, mais tu ne penses pas qu'ils ont reu des consignes
pour m'arrter  la frontire ?

- Je n'en sais rien, mais il semblerait qu'ils essaient
de faire cela discrtement, il n'est donc pas impossible
que les gardes ne soient pas au courant. De plus c'est peut-tre
encore plus risqu de se faire attraper  essayer de passer
la frontire en douce. Je ne suis pas une experte de ce
genre de truc.

- Tu as peut-tre raison, mais tu as des runions cette
aprs-midi, non ?

- Je peux les reporter ce n'est pas un problme, c'est tout
de mme moins important que tes soucis.

Le copain de Deborah essaie de comprendre et s'interroge
sur ce qu'il se passe et qui je suis. Elle lui explique
en gros que des gens en ont aprs moi pour des raisons inconnues,
et qu'elle essaie de m'aider. Elle lui promet de lui expliquer
toute l'histoire en dtail un peu plus tard, et nous repartons
pour le ranch. En chemin, elle s'aperoit qu'elle a encore
oubli de lui donner ses cinquante dollars, mais que cela
lui donnera une nouvelle occasion pour lui raconter l'histoire.
Arrive au ranch Deborah invente une histoire pour son pre,
comme quoi j'ai appel mes parents et qu'il faut que je
rentre rapidement en France  cause du dcs d'un membre
de ma famille. Par consquent, elle doit remettre les runions
de l'aprs-midi  plus tard et m'accompagnera aprs un repas
rapide  l'aroport d'Austin. Son pre est dsol de ce
qui m'arrive. Il me souhaite bonne route et me dis de revenir
les voir. Nous partons en voiture avec Deborah moins de
vingt minutes plus tard. J'aurais aim avoir une discussion
un peu plus soutenue avec lui sur le thme du racisme, mais
le courage et le temps m'ont manqu. Je n'ai pas beaucoup
d'affaires, Deborah tient tout de mme  me donner un de
ses sacs  dos, avec quelques-uns de ses habits  l'intrieur.
Je rcupre aussi tout mon argent et le mets dans mes poches,
pour tre sr de ne pas le perdre. J'y place aussi prcautionneusement
ma pierre. Je pourrais presque m'en passer, dsormais, mais
je crois que j'y tiens trop, un peu comme un porte-bonheur,
ou un talisman. Deborah veut aussi me donner de l'argent,
mais je refuse, il me reste encore en effet plus de deux
mille dollars.

Il doit y avoir prs de cinq cents kilomtres avant la frontire.
Je m'inquite pour Deborah et toute cette route mais elle
m'assure que ce n'est pas un problme pour elle, et que
de plus elle s'arrtera peut-tre au retour  Austin, chez
son amie. Aprs une heure ou deux de route elle dcide d'ailleurs
de lui passer un coup de fil pour lui expliquer ce qui lui
arrive sans rentrer dans les dtails. Elle lui demande surtout
que dans l'ventualit o son pre l'appelle elle dise bien
que Deborah est chez elle, et d'inventer une excuse pour
lui expliquer qu'elle ne peut pas lui parler pour le moment,
mais que tout va bien.

Nous rejoignons la 35 qui passe ensuite par Austin puis
San Antonio. Nous faisons quelques pauses, pour boire un
coup et manger un biscuit. Tout semble calme. Deborah me
demande si je sais ce que je vais faire au Mexique. Je pense
que je vais tenter d'aller  la premire grande ville avec
un aroport, et d'en repartir pour la France. Dans l'hypothse
moins sduisante o je sois dj recherch l-bas, j'avoue
ne pas avoir rellement d'ide. Peut-tre trouver des gens
qui puissent m'aider  faire un faux passeport ou  dnicher
un moyen de partir pour l'Europe, en bateau ventuellement.
Aprs un certain temps de route Deborah appelle son pre
au tlphone pour le prvenir qu'elle profite d'tre  Austin
pour aller voir son amie, et qu'elle ne rentrera peut-tre
que le lendemain matin. Tout cela pour faire en sorte qu'il
ne s'inquite pas.

Il est vrai que je n'avais initialement pas beaucoup d'ides
sur le mieux  faire une fois au Mexique. La situation se
complexifiant et les vnements s'acclrant, cela n'arrange
pas les choses. Je pensais finalement prendre une dcision
pendant les trois jours que j'imaginais encore pouvoir passer
avec Deborah. Mais je suis dsormais bien perplexe. Je discute
assez peu avec Deborah. Elle doit sentir que je suis ennuy,
mais ne doit pas avoir non plus beaucoup d'ides pour m'aider.

- C'est vraiment bte, je ne vais peut-tre plus jamais
te revoir et je ne sais pas quoi te dire.

- J'avoue que je ne sais pas vraiment quoi te dire non plus,
je n'ai pas franchement l'esprit  te poser des questions
sur ta vie au ranch et tout cela...

- Mouais. Mais ce n'est pas si simple pour moi non plus,
je n'ai pas envie de te laisser l, tout seul  l'aventure.
J'aimerais pouvoir te savoir vraiment sauv et tranquille.
Mais moi non plus je ne sais pas quoi faire, rester avec
toi ou te laisser.

- C'est trs gentil, mais tu sais, sans vouloir tre mchant,
cette histoire est tellement incomprhensible que je ne
suis pas sr que tu pourrais vraiment m'aider. Ce serait
mme plus idiot que nous soyons deux  avoir des ennuis
alors que tu pourrais rejoindre ton pre sans encombre.
Enfin, j'espre qu'ils ne vont pas remonter jusqu' vous.

Nous roulons depuis de nouveau bien une heure ou deux, et
nous venons de passer San Antonio. La frontire doit dsormais
se trouver  moins de cent miles d'ici, c'est  dire environ
cent soixante kilomtres. La route est tranquille, et la
circulation parseme. Soudain alors que nous parlons, Deborah
s'inquite d'une voiture qui arrive par l'arrire  trs
vive allure. Cela pouvant tre sans aucun rapport avec nous,
nous conservons notre allure sur la file de droite. Quand
la voiture arrive  notre hauteur, elle semble se caler
 notre vitesse, et sa vitre passager s'ouvre. Du haut du
4x4 je ne vois pas qui se trouve  l'intrieur, mais je
crie  Deborah de faire attention, que le conducteur a peut-tre
une arme et la pointe sur elle. Elle freine alors et la
voiture nous dpasse. Nous remarquons  ce moment que la
vitre arrire et le coffre ont subi de nombreux impacts
que nous identifions comme des marques de balles. La voiture
s'arrte alors brusquement en travers de la route, nous
obligeant  faire de mme, et alors que Deborah se prpare
 la contourner par le bas-ct, un homme sort de la voiture
en nous criant d'attendre. Il n'est apparemment pas arm
mais semble avoir t touch par les balles, il a le bras
gauche ensanglant. De toute vidence, il a reu une balle
au niveau de l'paule ou du bras. Il court vers notre voiture,
Deborah baisse sa vitre. Il monte sur le marche-pieds du
4x4 et se tient avec son bras droit au montant de la porte.
Chose trs tonnante, il parle en franais.

- Franois ! Franois ! Il faut que vous alliez au plus
vite  Sydney, Etiola est l-bas, il faut que vous alliez
 Sydney, c'est important, il faut vous dpcher, ils vous...

Je tente de le calmer.

- Calmez-vous ! Calmez-vous ! Montez  l'arrire nous allons
vous emmener  un hpital et vous serez plus tranquille
pour nous expliquer tout cela.

Mais il n'en a pas le temps. Deborah pousse un cri. Une
gicle de sang nous parvient alors que l'homme a sa tte
projete en avant, touch en pleine tempe par une balle.
Il roule sur l'aile du 4x4 et s'croule par terre alors
que deux ou trois secondes aprs l'impact une dflagration
retentit. Je comprends que le coup a d tre tir  plusieurs
centaines de mtres de l pour que la balle arrive avec
tant d'avance sur le son. Je crie  Deborah.

- Roule ! Roule ! Magne-toi ! Ils nous tirent dessus !

Deborah redmarre en trombe et contourne la voiture par
la droite en passant sur le bas-ct avant de revenir sur
la route. Heureusement que nous avons un 4x4 ! Elle acclre
 fond alors que je scrute l'arrire de la voiture pour
voir si je distingue d'o est parti le coup de feu. Il y
a plusieurs voitures et un camion qui arrivent au loin,
et je ne remarque rien qui me permette de les suspecter.
Deborah me demande s'ils sont  nos trousses, je rponds
que je n'en sais rien. Mais aprs quelques kilomtres o
personne ne semblait nous suivre, je lui conseille de ralentir
pour ne pas se faire arrter par la police. Celle-ci a d
se rendre sur les lieux de l'accident, de plus la route
tant bloque par la voiture en travers, nous devrions remarquer
rapidement si une voiture nous poursuivait. Mais la route
est dserte, aucune voiture ou autre vhicule ne semble
se profiler. Je scrute aussi les airs  la recherche d'un
ventuel hlicoptre, mais rien.

- Tu as compris ce qu'il a dit, il ne parlait pas anglais
? Il a prononc ton prnom, non ?

- Oui, il m'a parl en franais, il m'a dit que je devais
aller  Sydney pour y retrouver Etiola qui s'y trouve, et
que c'tait trs important. Etiola c'est le nom du marabout
d'Afrique dont m'avait dj parl le gars en France.

-  Sydney ? Mais tu crois que le type qui t'a dit cela
est de ton ct ?

- Je n'en sais rien, ce qui est sr c'est qu'il n'est pas
du leur.  moins que la situation soit beaucoup plus complexe
que je ne le crois, et que tout ce petit monde soit en plein
milieu d'une guerre dans laquelle je me suis retrouv par
hasard.

- Tu vas aller  Sydney ? Tu ne penses pas que ce peut tre
un pige ?

- Je ne sais pas encore. Pour l'instant c'est ma seule piste.
Et de plus ils semblent me retrouver o que j'aille, j'ai
peur de ne pas tre plus tranquille en France. Peut-tre
que ce marabout connat les cls de cette histoire et pourra
enfin m'aider  me sortir de ce ptrin.

- Ce type-l est peut-tre celui qui te cherchait l'autre
jour. Si cela se trouve il voulait t'avertir d'un danger
mais ils l'ont trouv d'abord. Il faut que j'appelle papa
pour savoir si quelqu'un est pass. Comment a-t-il pu savoir
o nous trouver ?

Deborah appelle alors son pre, qui lui apprend qu'il n'a
pas t au ranch de l'aprs-midi, et qu'il n'a vu personne.
Quand il demande des explications elle invente simplement
qu'elle avait oubli qu'elle devait recevoir un colis dans
la journe, mais que ce n'tait pas grave elle le rcuprerait
un autre jour.

- Il n'a vu personne, comment a pu faire ce gars pour savoir
que nous partions pour le Mexique et nous retrouver ? De
plus papa ne le savait pas non plus, il n'aurait mme pas
pu renseigner quelqu'un qui se serait fait passer pour un
ami  moi et qui l'aurait appel. Ah mince j'ai oubli de
lui demander si quelqu'un avait appel !  moins que la
personne n'ait appel Jennie  Austin ?

Aprs vrification il y a effectivement quelqu'un qui a
appel l'amie de Deborah  Austin en se faisant passer pour
Billy. Jennie n'a pas jug bon de cacher  Billy o se trouvait
Deborah, pensant que seulement son pre ne devait pas savoir.

- OK, donc nous savons comment il nous a retrouvs. Donc
je rcapitule, d'aprs ce que tu m'as racont, tu pensais
que le mec du Pentagone, celui chez lequel tu es all, voulait
partir. C'tait peut-tre bien le cas, et, aprs lui avoir
vol ses billets, il a dcid de te retrouver pour te mettre
en garde.

- C'est possible mais le gars que nous avons vu toute 
l'heure n'est pas celui du Pentagone. Cela veut donc dire
soit que cela n'a rien  voir, et que d'autres personnes,
opposes  cette organisation, cherchent  rentrer en contact
avec moi, peut-tre parce qu'elles pensent que je possde
des informations qui pourraient les aider. Soit que ce gars
du Pentagone a contact d'autres gars du coin quand il a
eu cho de l'accident avec la Viper. Ce qui revient un peu
au mme, finalement.

- Mais cela ne t'avance finalement pas beaucoup,  part
que nous sommes presque srs dsormais que tu as des allis
dans cette affaire, ce qui n'est dj pas mal, remarque.

J'acquiesce et nous continuons d'numrer des possibilits
pendant un moment, sans rellement progresser, jusqu' ce
que la frontire mexicaine soit en vue. Nous restons sur
nos gardes mais le passage se fait sans encombre, hormis
les questions habituelles de ce que nous allons faire au
Mexique, combien de temps, et des choses dans ce genre.

Une fois la frontire passe, je demande  Deborah de me
laisser, mais elle refuse. Elle insiste pour au moins m'accompagner
jusqu' l'aroport de Monterrey. Nous roulons un peu, mais
il commence  se faire tard, et nous nous arrtons dans
un restaurant pour manger.

- J'aurais prfr de meilleures circonstances pour t'inviter
au restaurant.

- Il vaudrait mieux que ce soit moi qui t'invite et que
tu gardes ton argent. Tu en auras srement besoin si tu
dois aller  Sydney. Je ne sais pas combien cote un vol
du Mexique pour Sydney, mais tu n'auras pas de trop de tes
deux mille dollars de toute manire pour t'en sortir une
fois l-bas. Ce serait d'ailleurs plus raisonnable que je
te paye aussi le billet.

- Ne t'inquite pas, j'ai encore ma carte bleue, et  moins
qu'elle ne soit bloque, j'ai encore de l'argent sur mon
compte.

- Je ne pense pas qu'il y ait de vol pour Sydney au dpart
de Monterrey, il te faudra sans doute passer par Mexico.
Si nous avions su, nous aurions pu aller  Houston ou Austin
directement, si cela se trouve ils ne te cherchaient pas
du tout dans les aroports. Ils ne nous ont mme pas fait
d'ennuis  la frontire.

- Oui tu as raison, mais maintenant que c'est fait, trop
tard pour faire marche arrire. J'espre que j'aurai encore
un vol pour Mexico ce soir, sinon il va falloir que je passe
la nuit  Monterrey. Ce qui ne m'enchante gure.

- Tu es dur, cela nous permettrait peut-tre de passer une
nuit supplmentaire ensemble, en amoureux en vacances au
Mexique, t'imagines ? C'est peut-tre dangereux mais l'occasion
ne se reprsentera srement pas de sitt !

Elle parvient  conserver le sens de l'humour malgr la
situation. Je crois que je l'aime vraiment bien. Je ne sais
pas trop si elle s'est vraiment attache  moi ou si ceci
n'est qu'un prtexte pour la sortir de son quotidien. J'espre
nanmoins que j'aurai l'occasion de la revoir une fois tout
cela termin. Si cela se termine... Nous ne nous attardons
pas et repartons pour Monterrey. Nous n'y arrivons que tard
et ne tentons mme pas l'aroport pour le soir. J'imagine
que ni elle ni moi ne voulons vraiment nous quitter tout
de suite. Ce sera peut-tre une erreur mais qu'importe.
Nous trouvons un petit htel tranquille en priphrie.

Je ne parle pas trs bien espagnol. Mes cours du lyce et
de mon cole d'ingnieur sont un peu loin. Je pense toutefois
le comprendre  peu prs, mme si cela dpend grandement
de l'accent de mon interlocuteur, et de sa vitesse d'locution.
Deborah, elle, le parle presque couramment, et se charge
de demander une chambre et d'en rgler la note  l'avance,
sachant que nous partirons de toute vidence trs tt le
lendemain matin. Les dollars amricains sont plutt bien
accepts dans le coin. Mais en rflchissant je me demande
s'il y a un endroit o ceux-ci ne le seraient pas. L'htel
n'est pas gnial, pas plus que le quartier, mais nous devrions
tre tranquilles par ici. Je suis puis. La courte nuit
prcdente avec Deborah, et la journe des plus tumultueuses
ont eu raison de moi. Je passe en clair  la salle de bain,
pour m'apercevoir que j'ai encore des taches de sang de
l'homme qui nous a interpels sur la 35 en direction du
Mexique. Deborah en a encore plus que moi, tant juste 
ct de lui au moment o il a reu la balle. Nous nous couchons
ensuite, et nous nous endormons en quelques secondes, dans
les bras l'un de l'autre, sans mme vraiment profiter de
cette dernire nuit ensemble. Il n'est pourtant pas si tard,
22 heures tout au plus.

Mardi 10 dcembre 2002
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C'est Deborah qui me rveille en me secouant doucement au
milieu de la nuit. Elle me dit alors  voix basse que quelqu'un
vient de frapper  la porte. Le temps que je reprenne mes
esprits on frappe de nouveau. Il est 5 heures passes du
matin. Nous sommes le vendredi 15 novembre. Deborah s'est
leve et est alle voir par la lorgnette de la porte qui
frappait. Elle revient, et m'explique qu'il y a trois personnes
qui sont devant la porte. Elles frappent une nouvelle fois,
en insistant plus. Je vais  mon tour vrifier par la lorgnette.
Nous avons peur tous les deux. Deborah m'informe que nous
pourrions partir par la fentre, l'escalier de secours n'tant
pas trs loin sur la gauche. Les personnes frappent encore
plus fort. Deborah rpond en espagnol, faisant mine de se
rveiller. Elle demande qui frappe et pour quelle raison.
Un homme rpond qu'il dsire parler avec le dnomm Ylraw,
que c'est urgent et important. Je me rapproche de Deborah,
et lui parle doucement  l'oreille.

- On fait quoi ?

- Franchement ils ne m'inspirent pas confiance, moi je suis
pour qu'on se tire en douce.

- Tu as raison, je n'ai pas envie de prendre de risques,
on ramasse nos affaires et on se casse en vitesse. Fais-les
un peu patienter en leur racontant je ne sais pas quoi.

Tout se passe alors trs vite. Nous ramassons nos rares
affaires et nous habillons en trs peu de temps. Deborah
leur demande de patienter quelques minutes, le temps de
se lever et de s'habiller. J'ouvre alors la fentre, mais
les escaliers sont plus loin que je ne le pensais quand
Deborah me l'a dit. Malheureusement, la fentre de la salle
de bain, qui se trouve plus proche, est trop petite pour
que nous puissions esprer y passer. Deborah me presse et
je me lance vers les escaliers de secours en mtal, caractristiques
de tous les immeubles dans tout bon film amricain, ou mauvais,
suivant le point de vue. Ce n'tait finalement pas si dur,
je devais tre impressionn par la hauteur plus que par
la distance relle aux escaliers. Deborah se dbrouille
beaucoup mieux que moi, et ne se fait pas du tout mal, alors
que je me suis pris un sacr coup au niveau des genoux.
Elle me demande si cela va, ce qui m'nerve beaucoup mais
nous n'avons pas le temps de nous chamailler. Durant notre
descente rapide, nous entendons ce qui sans aucun doute
est le bruit des hommes en train de dfoncer la porte. Et
quelques secondes plus tard ils sont  la fentre en train
de crier que nous ne devons pas partir, que nous devons
attendre. Nous n'y prtons aucune attention et quelques
dizaines de secondes plus tard nous sommes en train de courir
en direction du 4x4 de Deborah.

Notre dpart se passe sans encombre. Nous ne cherchons mme
pas  nous interroger sur ce que voulaient ces hommes, et
nous filons en direction de l'aroport. Aroport de Monterrey
qui se trouve au nord-est de la ville, vers Apodaca,  prs
d'une quinzaine de miles du centre ville de Monterrey, peut-tre
plus, selon Deborah. Je suis sidr par son sens de l'orientation,
mais elle m'explique qu'elle est dj venue deux ou trois
fois  Monterrey, en avion la plupart du temps, et que par
consquent elle connat un peu. De plus elle avoue ne pas
prendre le plus court chemin, mais redescendre un peu vers
le centre pour retrouver un itinraire qu'elle connat mieux.
Elle pense pouvoir aller plus vite comme cela plutt que
de chercher directement le meilleur itinraire. Mais nous
ne sommes pas extrmement presss, il semble en effet que
nos visiteurs ne nous aient pas pris en chasse.

- Comment penses-tu qu'ils t'ont retrouv ?

- Je n'en ai pas la moindre ide. Ils savaient que nous
partions pour le Mexique, qu'ils aient pu deviner que nous
irions jusqu' Monterrey, soit, mais pour nous dnicher
dans l'htel, je ne comprends pas.

- Si cela se trouve, au moment ou nous avons pris la fuite
aprs que le type sur la 75 ait t tu, ils ont peut-tre
tir un metteur sur la voiture sans que nous ne nous en
rendions compte. Peut-tre mme en avions-nous un depuis
bien avant. Auquel cas ils peuvent nous suivre facilement.

- Ils ont peut-tre aussi tout simplement transmis le descriptif
de la voiture ou de nos portraits, ce qui expliquerait qu'il
leur ait fallu toute la nuit avant de nous retrouver.

- Cela n'avait peut-tre aussi rien  voir, peut-tre devenons-nous
compltement paranos et ne voulaient-ils que nous signaler
un problme quelconque.

-  5 heures du matin ? J'en doute, de plus ils connaissaient
mon surnom, et je te rappelle que tu as pay en liquide
et donn un faux nom au grant de l'htel.

- Ha oui tu as raison, je suis bte.

- Je ne te le fais pas dire !

- Ah ! Mauvais garon !

Elle me file une tape sur la jambe. Nous rigolons un peu.
Mais cela n'claircit pas pour autant mes ides sur ce qui
se trame, et comment nous ont retrouvs ces gars-l. Deborah
a peut-tre raison, un metteur se trouve sur la voiture...
Nous arrivons  l'aroport de Monterrey. Je prends un billet
pour le premier vol pour Mexico,  6 heures, dans quinze
minutes. Je ne prendrai un vol pour Sydney qu'une fois l-bas,
plus en scurit. Les adieux sont brefs, ce n'est pas son
genre, pas plus que le mien. Je lui dis de faire attention,
que si la voiture est effectivement suivie, il se pourrait
qu'elle ait quelques ennuis. Elle me rpond que c'est 
moi qu'ils en veulent, et qu'ils la lcheront quand ils
verront qu'elle est seule.  son tour de promulguer des
conseils, puis nous nous embrassons, srement pour la dernire
fois.

- Salut cowboy, prends garde  tes fesses, et repasse dans
le coin mettre un peu d'aventure, c'est vrai que ma vie
va paratre bien monotone maintenant,  ct de tes pripties...
Tu m'criras la suite, j'espre, et n'hsite surtout pas
 passer un coup de fil ou un mail si tu as besoin que je
t'envoie de l'argent.

- Merci pour tout, Deborah, je reviendrai te voir.

- Allez va, ne fais pas de promesse que tu ne tiendras pas,
casse-toi.

Il est vrai que je suis, pour l'instant en tous cas, on
ne peut plus dubitatif sur ce point. Pourrai-je revenir
lui rendre visite ? Je prfre ne pas penser  tout cela,
et je me dirige vers mon terminal. Je peux embarquer ds
 prsent, et c'est d'autant plus rapide que je n'ai pas
de bagages. Le vol se passe sans encombre.

Aroport de Mexico. Le but maintenant est de dnicher un
vol pour Sydney. Dbarquement, je vais au premier guichet
d'une compagnie arienne que je connais,  savoir British
Airways pour l'occasion, et je me renseigne sur les vols
pour Sydney au dpart de Mexico. Manque de chance ils ont
tous une escale  Los Angeles. De plus le prix est loin
d'tre ngligeable, prs de deux mille dollars pour le premier
prix. Je n'aurais pas cru que ce soit si cher. Je tente
une autre compagnie, mais les trajets de vol, tout comme
les prix, sont les mmes. Et si je tente de passer par un
trajet diffrent, les billets cotent beaucoup plus cher
que ce que je peux payer, il faut en effet que je conserve
un peu d'argent sur mon compte pour une fois que je serai
 Sydney. D'autant plus que je ne sais mme pas si ma carte
bleue fonctionne encore. Mais j'aimerais ne pas l'utiliser
sauf en dernier recours, car c'est la seule rserve d'argent
qu'il me reste. De plus cela pourrait leur permettre de
me localiser. Je me rends compte aussi  quel point je suis
stupide. J'aurais d vrifier les vols avant, sur internet
chez Deborah par exemple. Mais je ralise toutefois qu'alors
je ne pensais pas aller  Sydney mais  Paris, et que cela
change un peu la donne. Bref je m'interroge sur la meilleure
chose  faire, tout en cherchant un accs internet d'o
je pourrais trouver plus d'informations sur les moyens de
transport disponibles pour aller du Mexique vers l'Australie.

Concentr sur ma recherche, je ne me rends pas compte que
trois hommes me suivaient. Ils m'interpellent, et alors
que l'un d'eux me saisit par le bras, un autre me parle
en espagnol. Mais il s'exprime beaucoup trop rapidement
pour que je le comprenne. Le premier homme me tient fermement
par le bras gauche, le deuxime me parle et le troisime
semble regarder autour pour vrifier que personne ne les
observe. Ils sont habills  peu prs pareil, de vieilles
vestes en cuir. Ils sont de mme tous mal rass, donnant
l'impression de baroudeurs embauchs pour se charger d'une
sale affaire. Cela me suffit pour ne pas apprcier leur
compagnie mme si  bien y rflchir, je dois avoir exactement
le mme look qu'eux en ce moment. Je leur parle en franais.

- coutez les mecs, je vous trouve cools, mais franchement
un truc  quatre c'est pas mon trip, et puis vous savez,
les mexicains, tout a...

Alors que je dis cela, je serre le poing, me cambre lgrement
et loigne un peu mon bras droit pour avoir plus d'lan.
Ma phrase pas encore termine je dcoche un crochet du droit
 l'homme qui me tient. J'ai une fois de plus mis toutes
mes forces, en tournant mon buste sur mes hanches pour avoir
d'autant plus de puissance. Il me lche et va bousculer
plusieurs personnes derrire avant de s'crouler au sol.
Je ne prends pas le temps de m'assurer qu'il est KO, et
pars sur le champ au pas de course en zigzaguant entre les
gens. Les deux autres sont surpris mais ne mettent pas longtemps
avant de me courir aprs. Il est trs difficile de courir
 l'intrieur de l'aroport, entre les gens, les barrires,
et les petites machines qui portent les bagages, qui sont
beaucoup moins marrantes que d'habitude du coup. Je tente
de me diriger vers l'extrieur. Je sors en trombe et acclre
quand je vois que l'un des deux hommes est encore  mes
trousses. Je tente de m'loigner de l'aroport, traverse
les parkings, marche mme par-dessus les voitures qui me
barrent le passage. Mais mon poursuivant ne tient pas mon
rythme, et je suis sur le point de le distancer quand je
remarque une fourgonnette qui se dirige vers moi. Je suis
oblig de changer de direction et faire en sorte de passer
par des endroits impraticables en voiture. Mais elle parvient
malgr tout  retomber sur mes traces. Quelques minutes
passent, nous nous trouvons dsormais de l'autre ct de
l'aroport. Je suis essouffl et oblig de diminuer un peu
mon rythme. Trois personnes avaient saut de la fourgonnette
pour me prendre en chasse en courant. Et, ironie du sort,
c'est la personne que j'ai assomme en m'enfuyant qui me
surprend alors qu'elle ressortait de l'aroport. Elle m'attrape
 bras le corps en arrivant sur mon ct gauche. Ma vitesse
et la sienne nous dsquilibrent et nous roulons au sol.
Je me dbats et me libre, mais alors que je me relve,
deux autres hommes arrivent sur moi et me saisissent. De
rage, je donne un violent coup de pied dans le torse de
celui devant moi, qui se plie sous la douleur, et un coup
de tte en arrire pour tenter de me librer de celui me
tenant par derrire. Il ne lche pas prise. Je lance un
autre coup de pied  un troisime qui voulait m'attraper
les jambes, et je me projette en arrire pour dstabiliser
mon agresseur. Cela fonctionne et nous nous retrouvons tous
les deux au sol. Je me retourne rapidement et lui assne
un coup de poing alors que deux autres sont en train de
me saisir et de me soulever par la taille. J'carte avec
force mes deux bras pour les frapper de concert. Ils lchent
prise mais le gars que j'avais frapp le premier s'est relev
et me rend la pareille. Un puissant crochet du droit qui
m'tourdit et me projette. Un autre semble lui dire d'y
aller doucement. Pendant ce temps, trois autres me sont
arrivs dessus et me tiennent par les bras et la taille.
Je me dbats mais sens bien que je ne pourrai pas leur tenir
tte. L'un d'entre eux me met alors un tissu sur la bouche
et le nez. Je prsume  raison que ce doit tre un somnifre
et quitte les bras oppressants de mon agresseur pour ceux
rconfortants de Morphe.

Je me fais rveiller  l'arrire d'une voiture par une personne
assise  ma droite. J'ai des menottes aux poignets, et 
ma gauche un molosse me tient le bras droit  plat sur ma
jambe, et porte un revolver de son autre main. La personne
 ma gauche me parle en anglais :

- Eh bien, Monsieur Aulleri, tes-vous toujours aussi affectueux
envers les personnes qui vous accueillent dans un nouveau
pays ? Nous en avons dcousu avec vous, et il s'en fallait
de peu pour que la police ne nous repre.

Il change alors de langue et me parle en espagnol.

- Vous parlez espagnol ?

Je lui rponds en anglais.

- Trs peu, mais je le comprends plus ou moins.

Il semble surpris.

- trange, j'avais cru comprendre par votre organisation
que vous deviez le parler.

- Pour votre information, je ne suis au sein d'aucune organisation.

- Oui, bien sr, bien sr. Pardon.

Comment cela pardon ? Je crois que je perds patience. Mais
qu'est ce que c'est encore que ces salades ? Que me veut
ce type ?

- Qui tes-vous, et que me voulez-vous ?

Je tente sans succs de garder mon calme, mais je m'agite
un peu et l'homme  ma droite me tire le bras et me fait
signe de me calmer.

- Vous avez raison, je manque  tous mes devoirs. Je suis
Juan Mendez Medina,  votre droite vous trouvez Jamn.

Je me retourne, il me fait un signe de la tte.

- Au volant vous avez Cristina, et  sa droite Javier.

Je salue tout ce beau monde, mais me retourne vers Juan
pour lui demander ce qu'il me veut. Il est un peu hsitant,
me regarde quelques instant fixement, puis rpond finalement.

- Nous sommes membres d'une formation rvolutionnaire qui
tente de mettre  mal le pouvoir soi-disant dmocratique
du prsident. En effet nous avons plusieurs raisons de penser
que la prtendue dmocratie n'est en fait qu'une couverture.
Nous pensons de mme que le prsident, ou certains de ses
conseillers, agissent pour le compte d'une organisation
cache, de toute vidence au bnfice des tats-Unis.

- Mais que viens-je faire l dedans ?

- De ce que nous en avons dduit, certaines personnes au
sein mme de cette organisation sont opposes  ses mthodes,
ou  son mode de fonctionnement. Ces mmes personnes sont
entres en contact avec nous pour nous indiquer votre arrive
au Mexique. Nous avons dans un premier temps tent de vous
joindre  votre htel de Monterrey, mais vous vous tes
chapp. Nous avons alors employ des mthodes un peu plus
directes  l'aroport de Mexico.

- Mais que vous ont dit ces personnes  mon sujet ?

- De ce que nous avons compris, elles risquent beaucoup
en tentant de rentrer en contact avec nous, et nous ne savons
gure plus que vous arriviez au Mexique, en fuite de l'organisation,
et que votre aide nous serait prcieuse.

- Mais cette organisation, vous pouvez m'en dire plus ?

- Malheureusement pas beaucoup. Je n'ai rencontr que deux
de ses membres, des personnes semblerait-il haut places
dans les classes dirigeantes, ici au Mexique. Celles-ci
ne m'ont parl que quelques minutes il y a de cela plusieurs
mois. Tout ce que j'ai compris, c'est qu'elles soutenaient
la cause de ma formation rvolutionnaire, mais que la tche
serait dure car l'organisation possde d'innombrables ramifications.
Par la suite, certains d'entre nous ont rencontr d'autres
membres de l'organisation, ou des personnes proches travaillant
pour elle. Ces personnes tentaient de nous communiquer des
informations sur les futures dcisions de l'quipe gouvernementale,
pour que nous tentions de leur mettre des btons dans les
roues et rallier une partie de la population  nos cts.
Depuis quelque temps les contacts sont beaucoup plus rares.
De plus notre mouvement est de plus en plus recherch et
perscut par le gouvernement et l'arme, sous le couvert
de personnes en civil. J'ai perdu douze de mes proches camarades
au cours des trois derniers mois. Et aprs prs de deux
mois de silence, ce n'est qu'hier qu'une personne est venue
nous expliquer votre arrive au Mexique. Je n'ai eu que
peu de dtails et je pensais que votre rle tait de nous
soutenir. C'est pour cela que vos questions m'tonnent beaucoup,
tout comme le fait que vous ne parliez pas espagnol, et
du mal que nous avons eu  vous attraper  l'aroport. J'en
suis mme venu  douter que ce soit bien vous. Mais la description,
la voiture et la fille ce matin  Monterrey, et la photo
que l'on m'a transmise de vous, de mme que vos papiers
d'identit que je me suis permis de vrifier, ne laissent
aucun doute.

- La fille, vous lui avez fait quelque chose ?

- Non, pas du tout, elle ne nous intressait pas et nous
pensions qu'elle n'tait qu'une excutante pour vous.

Je suis rassur, mais pas compltement dans la mesure o
il y a l'autre partie, cette organisation, qui peut encore
lui chercher des noises au Texas. Il faudra que je lui passe
un coup de fil ds que possible pour tre sr. Tout semble
se compliquer  mesure mme que je dcouvre des lments
qui devraient au contraire me faire voir plus clair.

- Je ne fais pas partie de cette organisation, enfin je
pense que je n'en fais pas partie. Il m'arrive tellement
de choses tranges que j'en viens  douter de tout. Par
contre elle me poursuit, a c'est vrai, mais je ne sais
pas pourquoi. Peut-tre pour les mmes raisons qu'elle semble
vous perscuter vous aussi,  savoir que vous dtenez des
informations  son sujet.

- J'avoue que je suis bien perplexe, je pensais que vous
auriez de nombreuses informations  nous fournir. Mais que
savez-vous ? N'avez-vous pas des documents ou entendu des
choses que vous pensez pouvoir nous tre utiles ?

- Je n'ai que trs peu d'informations. Je possdais des
cahiers crits par l'un des membres de l'organisation, mais
certains m'ont t subtiliss et les autres dtruits avant
mme que je n'aie pu en tirer vraiment quelque chose. Il
y a ce bracelet aussi, qui me parat omniprsent, et que
chaque membre de l'organisation semble avoir.

- Un bracelet ? Que voulez-vous dire ?

- Un bracelet, banal, un bijou ou peut-tre un signe de
reconnaissance. J'en ai eu un moi-mme, dont je me suis
dbarrass, et j'en ai retrouv plusieurs tout au long de
mon parcours.

- Mais vous venez d'o ? Cela fait combien de temps que
vous fuyez l'organisation ?

- Tout a vraiment commenc il y a deux semaines, en France.
J'ai ensuite t captur, puis emmen  Washington, aux
tats-Unis, d'o je me suis enfui pour arriver au Texas,
et au Mexique ensuite.

La voiture roule toujours, ne connaissant pas du tout le
coin je demande  Juan o nous sommes et o nous allons.
Il m'explique que nous avons travers le centre de Mexico
pour aller de l'autre ct de la ville par rapport  l'aroport,
dans une des cachettes de son mouvement. Deux voitures forment
le convoi, celle dans laquelle je me trouve et la camionnette
bleue qui nous suit. La mme que j'ai vue  l'aroport.
Nous roulons encore en ville, dans des rues qui ne sont
pas trs larges, pas trs frquentes non plus, semblerait-il.
Soudain, alors que nous circulons dans une rue troite,
une camionnette qui venait en sens inverse tourne brutalement
devant nous pour nous barrer la route. Sa porte coulissante
s'ouvre et trois types avec des pistolets ou des mitraillettes
commencent  nous tirer dessus. La vitre avant de notre
voiture explose en partie. Je sens une vive douleur dans
mon paule gauche. Je crie. Juan et Jamon tirent eux aussi
avec leurs pistolets en direction de la camionnette. Juan
me pousse et me fait allonger entre les siges arrire et
les siges avant. Je pense avoir reu une balle dans l'paule,
elle me fait terriblement mal. Les coups de feu rsonnent
et me font trs mal aux tympans, je n'entends presque plus
rien. Du sang gicle de partout, je ne sais pas si c'est
le mien ou bien celui de Juan, juste au dessus de moi. La
fusillade se poursuit. Des personnes semblent tirer du ct
dsormais, j'entends les impacts de balles dans la portire.
Je suis paralys, bloqu entre les siges, quelque chose
tombe sur moi, ce doit tre Jamon ou Juan. Les tirs continuent,
il y a toujours du sang qui coule sur mon visage. Je ne
sais pas si j'ai reu de nouvelles balles. Je suis cras
et compltement tordu au sol. J'ai du mal  respirer, j'ai
la tte qui tourne. Cela semble durer, toujours des coups
de feu, toujours. Je respire par petites inspirations, cras
sous le poids de Juan ou Jamon, ou des deux. Mon corps me
brle, comme si tous mes muscles taient contracts et tremblants
sous la pression et la panique. Cela dure encore et encore...

Les coups de feu cessent. Tout redevient calme. Je ne saurais
dire combien de temps a dur la fusillade. Je lutte pour
ne pas perdre conscience. Je rle sous la souffrance. Un
long rle peupl de contractions quand la douleur me lance.
J'ai tellement mal. Je ne peux pas bouger mon bras gauche,
trop douloureux. J'ai encore les menottes. Je tente sans
succs avec mon bras droit de me soulever, mais je n'y parviens
pas. Je me concentre un peu pour reprendre des forces et
du courage, mais j'ai peur qu'ils ne soient plutt au contraire
en train de me quitter. Je me contrle pour respirer plus
calmement, mais je ne peux pas prendre mon inspiration compltement,
cela provoque de vives douleurs dans l'paule.

Je reste de longues minutes sans bouger. J'ai toujours du
mal  rester veill, mais je tente nanmoins une nouvelle
fois de me dplacer. Mon corps entier me brle. Je pivote
lgrement. Je dplace mon bras droit, ce qui tire par la
mme occasion mon bras gauche au bout des menottes. Cela
ne manque pas de faire varier la pression sur mon paule
blesse, et me vaut de nombreux cris de douleur. C'est un
cri de rage qui leur fait suite pour parvenir  pivoter
encore lgrement et tendre le bras droit en direction de
l'ouverture de la portire. J'y parviens finalement, et
la porte s'ouvre sous le poids du corps de Juan qui tombe
en partie  l'extrieur.

Je dois alors tourner un peu dans l'autre sens pour me tirer
avec le rebord extrieur des siges. Je ne peux pas me servir
de mon bras gauche. Je ne sais pas s'il est possible de
s'accoutumer  la douleur, mais je n'y prends presque mme
plus garde. La moindre de mes cellules nerveuses doit tre
excite  saturation. Je ne sais plus si je crie encore
ou pas. Je ne crois pas me rappeler que je vois clair. Tout
est comme dans une sorte de nuage. J'ai du sang de partout
sur mon visage, sans doute aussi dans mes yeux qui me piquent
et me brlent. Je dois finalement m'extirper  moiti. Je
fais une pause pour calmer un peu la douleur, ou les douleurs,
ne sachant plus si mon paule est le seul endroit o j'ai
mal. J'essaie d'inspirer un peu d'air extrieur, moins charg
en odeur de chair et de sang.

Des pas. Une personne semble s'approcher. La portire s'ouvre
en grand. Deux jambes se dessinent devant moi. Je n'arrive
pas  lever plus la tte pour voir qui est l. Je dplace
un peu mes bras, les tends vers cette personne, et supplie
 l'aide. Je crois que je parle en franais, je ne suis
pas sr que je me rappelle  ce moment-l que je suis au
Mexique. Soudain je sens une main m'attraper par le col.
Puis s'ensuit comme un dchirement interne, cette personne
me tire avec une force inoue de la voiture. Je sens le
corps de Jamon glisser sur moi, puis tomber. Je suis tran
par terre  l'extrieur. J'essaie d'amortir avec mon bras
droit, mais mon gauche trane aussi au sol, ce qui me vaut
de fortes douleurs dans mon paule.

Je sens un pied se glisser sous mon ventre, puis me pousser
et me retourner au sol. Tout cela autour de mon paule gauche.
Je suis  la limite de l'vanouissement. Je ne comprends
pas. Qui est cette personne ? Pourquoi ne me tue-t-elle
pas si c'est pour me faire souffrir ainsi ? Sur le dos,
j'entr'ouvre les yeux et je distingue un homme. Trs grand,
chauve ou avec les cheveux coups trs courts, ou blonds
peut-tre, je ne suis pas capable de faire la diffrence.
Il porte des jeans bleus et un pull ou une chemise rouge.
Pour l'instant il me regarde fixement. Quelques secondes
passent. Peut-tre ne voulait-il que m'aider, me tirer de
la voiture, et qu'il n'avait pas d'autre moyen ?

Je reviens vite sur cet avis. Il se baisse et m'attrape
par le bras et la jambe gauche, me soulve du sol alors
que je hurle de douleur, et me lance telle une vulgaire
feuille contre le mur sur le bord de la route. Mur d'une
maison en ruine, certainement,  moiti dtruit, dont certaines
pierres dpassent ou sont amasses en tas au bord de la
chausse. Je suis projet sur le dos puis retombe en avant
vers le sol. Sol que je n'ai pas le temps d'atteindre tout
de suite car son poing vient tter mon estomac avec un coup
puissant qui me fait planer quelques secondes supplmentaires
avant que finalement et srement je ne m'crase par terre.
La gravit gagne toujours  la fin... Je tente tant bien
que mal en tombant de rouler un peu sur moi-mme pour limiter
le choc. Sans grand succs mais je parviens tout de mme
 pargner mon bras et mon paule gauches.

Je ne sais pas s'il est naturel de retrouver des forces
quand la situation devient critique, ou si la forte scrtion
d'adrnaline n'en fait que donner l'impression, mais je
parviens  me relever sur mes jambes. J'ai tout juste le
temps de serrer les bras contre mon torse quand il m'assne
un coup de genou en s'appuyant avec ses bras sur mon dos.
Pris en sandwich, je dcolle de plusieurs centimtres du
sol avant d'y retourner goter le sable. Cette fois-ci je
fais office de ballon de football, et il me dcoche un puissant
coup de pied qui me fait carrment voler sur un mtre. Je
roule et viens taper dans la portire de la voiture toujours
ouverte et bloque par le corps de Juan.

Je sens tout doucement la rage monter en moi. L'envie de
lui dtruire la tte, de ne pas me laisser faire. Et quand
il se baisse de nouveau pour m'attraper, cette fois-ci je
ne suis pas passif et je m'accroche  sa chemise, et je
m'y tire de toutes mes forces pour lui donner un coup de
tte dans le nez. Il est surpris et lche prise. Alors qu'il
recule de quelques pas j'en profite pour me relever. Mais
j'imagine que mon coup de tte l'a plus surpris que bless.
Il ne saigne mme pas et se relance sur moi pour de nouveau
frapper avec son poing dans mon ventre. Il a l'air plus
nerv et je suis projet cette fois-ci contre un tas de
pierres croules au sol. Ce qui ne manque pas de blesser
en de nombreux endroits dans le dos.

Mais tu ne crois pas mon gars que tu vas m'achever aussi
facilement. J'ai repris un peu mes esprits, et je lui parle
en anglais.

- J'ai rien senti, btard !

Il commence  vraiment s'nerver. Il me prend et me soulve
au-dessus de lui. Il me tient par la gorge et les testicules,
ce qui je pense complte dsormais harmonieusement l'ensemble
des douleurs possibles simultanment. Je crois en effet
qu'il ne me manquait que celle-ci. Il me lance contre le
capot de la voiture. Je roule dessus et m'croule devant
le pare-choc avant. Mais les conditions changent. Je suis
dsormais moi aussi trs nerv. Et je parviens  me relever
avant mme qu'il n'arrive de nouveau sur moi.

- Mme pas cap de le refaire, tafiole !

Je suis appuy les coudes contre le capot, pour me tenir
debout et me reposer un peu. Quand il arrive  ma porte,
je me redresse et je lui administre un coup de coude dans
le ventre de toutes mes forces. Il recule un petit peu,
mais beaucoup moins que je ne l'aurais cru aprs mon coup.
Il est beaucoup plus fort que je ne l'imaginais. Il me lance
un crochet du gauche pour m'craser contre le capot, mais
je l'vite, lui attrape le bras au passage, et en sautant
sur son dos en me roulant sur lui, il s'aplatit lui-mme
la tte contre le mtal.

- Eh ! Tu te ramollis ?

Je crois qu'il est dornavant compltement furieux. Il se
retourne subitement, m'attrape et me projette tel un vulgaire
chiffon sur les restes du pare-brise de la voiture que je
traverse pour me retrouver sur les corps de Cristina et
Javier. Je n'ai pas le temps de reprendre mon souffle qu'il
plonge ses grands bras  l'intrieur pour me rcuprer et
me lancer une nouvelle fois contre le mur. Je me demande
pourquoi je suis encore en vie aprs tout cela, pourquoi
je n'ai pas encore tous les membres de mon corps briss
tellement il dploie de force. J'ai du mal  croire qu'une
personne puisse tre aussi forte. Comment peut-il me projeter
avec autant de facilit ? Face  lui, il semble que je ne
pse que quelques kilos, voire quelques grammes. Je n'en
perds pas courage pour autant, comme si pire la situation
tait, au mieux je la surmontais. J'ai la rage en moi autant
que lui  prsent, et j'ai toujours cette sensation de brlure
interne qui surpasse presque mes autres blessures, mais
qui paradoxalement m'apporte comme de la force.

- Dj fait a, projet contre le mur ! Tu n'as plus d'ide
?

Aprs le choc, j'ai cette fois gliss le long du mur pour
me retrouver assis au sol. Je crois que je n'ai pas la force
de me relever, ou tout du moins pas le temps. Il s'approche
pour de nouveau me prendre comme tout  l'heure,  savoir
me soulever au-dessus de lui. Mais alors qu'il est en train
de me monter en l'air, je lance mes bras, toujours attachs
avec les menottes, vers son visage, je fais passer la chane
sous son cou, et, en attrapant son col et en me projetant
en arrire, je parviens  le prendre en tranglement avec
la chane. Je tiens moi aussi la chane avec mes mains pour
pouvoir tirer plus, et surtout pour ne pas avoir trop mal
aux poignets. Mon paule me fait extrmement mal, mais je
tiens bon. Il est toujours debout et n'a que faiblement
vacill en arrire. Je ne touche pas le sol, les bras replis
 tirer de toutes mes forces pour l'trangler. Il se dbat
et se secoue de droite  gauche avec force pour me faire
lcher prise. Mais je m'accroche et resserre encore mon
emprise. Il commence alors  donner de violents coups de
coude qui me font dcoller de plusieurs centimtres de son
dos  chaque fois. Mais je tiens encore. Il se projette
en arrire contre le mur en ruine, et je suis cras par
son poids contre la paroi. Mais comment fait-il pour tenir
alors que je l'trangle comme cela ? Cela fait plusieurs
dizaines de secondes que je suis accroch ainsi. J'ai du
mal  comprendre comment il rsiste.

Il finit petit  petit par avoir raison de moi en se lanant
d'avant en arrire  plusieurs reprises contre le mur. 
chaque coup je lche un peu prise. Finalement il russit
 passer sa main entre la chane et sa gorge, et je sais
qu'il a gagn. Il m'attrape de son autre main par l'arrire
de mon col, se penche en avant et me lance par-dessus lui
contre la voiture. Je heurte le montant de la portire arrire
avec mon dos, la tte en bas, et me retiens tant bien que
mal avec mes bras en tombant. Je glisse par terre au ct
de Juan, toujours tendu  moiti  l'intrieur, et  moiti
 l'extrieur.

Je remarque son pistolet, tomb au sol quand j'ai ouvert
la portire.

La roue tourne, je m'empare de l'arme juste  ct de moi,
sur le sol. Et alors mme que mon agresseur se penche sur
moi pour de nouveau m'attraper, je pointe le revolver vers
sa tte et tire. Je tire un total de cinq coups. Le recul
et mon paule blesse me faisant lever les bras  chaque
coup, je revise sa tte pour tirer de nouveau. Il recule
un peu plus  chaque. Cinq coups presque  bout portant.
Il est finalement projet en arrire, et je tire mon dernier
coup alors qu'il a dj la tte dfigure, le dos contre
le mur en ruine. Il s'effondre.

Les coups rsonnent dans ma tte. Je baisse les bras. Je
baisse la tte. Je souffle. Je viens de tuer un homme. Je
reste de nombreuses minutes assis  repenser  cela.

Le monde revient. Les bruits reviennent. L'odeur de poudre
et de sang. Le chaud et le froid. La douleur  mon paule.
Les gens au loin qui s'exclament. Je me dis que je dois
partir. Que la police ou l'arme ne va pas tarder  venir,
et que s'ils me trouvent avec Juan et ses hommes, je serais
assimil  un terroriste de son mouvement. Il faut tout
d'abord que je me dbarrasse de ces menottes. Je tente de
placer la chane au sol et de viser avec le pistolet dans
la main droite. Mais de si prs j'ai peur de recevoir un
clat. De plus je n'ai plus trs envie de me servir de cette
arme. Je rflchis quelques secondes,  un moyen, peut-tre
en utilisant les pierres croules du mur. Puis je ralise
que Jamon ou Juan devaient avoir les cls sur eux. Je me
relve alors difficilement. Toutes mes douleurs, dont je
me jouais pendant mon combat, sont dsormais plus que prsentes
et font de chaque mouvement une preuve. Je fouille les
poches de Juan, sans succs.  C'est dans les poches de jeans
de Jamon que je trouve une cl. Non sans mal car il faut
en effet que je le tire un peu pour le faire tourner. J'ai
affreusement mal  l'paule.

C'est bien la bonne cl. Cela me rassure dj un peu et
je frotte de longs instants mes poignets meurtris. Je n'ai
qu'une seule ide en tte, partir d'ici au plus vite. Je
passe sur le ct de la camionnette bleue des autres amis
de Juan. Tout le monde semble mort  l'intrieur. Je commence
 me sentir mal, la nause. Mais je continue  avancer.
Je marche en titubant vers une petite rue qui part  droite.
Rue qui longe le bord de la maison en ruine, ou de l'immeuble,
contre lequel gt dsormais le grand gaillard qui m'a agress.
Je n'ai mme pas la prsence d'esprit d'aller le fouiller.
Je marche en m'appuyant contre le mur. Ma progression est
lente. Aprs une dizaine de minutes je suis au bout de la
rue. Je dbouche sur une alle un peu plus grande. Mais
il n'y a aucune voiture. J'ai besoin de boire et de me nettoyer.
Je tente d'interpeller de rares personnes qui passent par
l, mais celles-ci s'loignent, apeures.

Finalement aprs quelque temps  boiter, sans personne pour
me venir en aide, et sentant mes forces me quitter, je dcide
de tenter de rentrer dans une maison. Mais toutes les portes
sont fermes. Il me faut quelques minutes, voire dizaines
de minutes, avant de trouver une porte non verrouille.
Je rentre  l'intrieur. Un femme apeure apparat de la
pice voisine. Elle disparat puis rapparat avec un couteau
de cuisine et me menace. Je tombe  genoux devant elle.
Elle voit que je suis  bout de forces mais me crie de sortir,
de partir de chez elle. Je cherche alors dans mes poches
o se trouve mon argent. J'en sors un billet de cent dollars
et lui tends. Je ne sais pas trop ce que j'espre. Je ne
sais pas trop  ce moment-l si je pense que l'argent est
un moyen d'obtenir ce que je veux. Je ne crois pas que je
veuille l'acheter. Je crois juste que je n'ai pas la force
de lui expliquer, et que c'est peut-tre un moyen de lui
montrer que je suis son ami, ou que je ne lui veux aucun
mal, plus exactement. Je lui demande en balbutiant en mauvais
espagnol de m'aider, que je ne veux qu'un peu d'eau et quelques
habits non souills de sang. Elle est rticente, raconte
qu'elle ne veut pas de mon argent, que c'est l'argent du
mal. Je lui explique alors que je suis ni un terroriste,
ni un bandit, ni un trafiquant. Je suis simplement un touriste
franais qui s'est fait enlever par des hommes  la sortie
de l'aroport. Je crois que je parviens  la convaincre.
Elle prend le billet et ferme la porte derrire moi. Elle
me demande ce qui s'est pass, et j'explique que des hommes
ont attaqu ma voiture et tu tout le monde sauf moi.

Elle baisse un peu sa garde et va me chercher un verre d'eau.
Je bois avidement. Elle me demande si je veux me rincer
 l'eau, mais m'explique qu'elle n'a pas de douche, juste
un robinet d'eau pour toute la maison. Je me contenterai
d'une bassine pour me dbarbouiller, lui dis-je. Elle m'apporte
cela avec un bout de pain mexicain. Je me nettoie la tte
et les bras, couverts de sang. Ma chemise et mon tee-shirt
le sont aussi, tout comme mes jeans. Je retire ma chemise
et mon tee-shirt pour regarder la plaie  mon paule gauche.
J'ai bien reu une balle. Je nettoie tant bien que mal les
bouts de tissu tout autour. Je passe ma main par dessus
mon paule pour sentir que j'ai aussi un trou de l'autre
ct, dans mon dos. Ce qui est plutt bon signe, la balle
ayant d ressortir. La blessure ne saigne pas trop, j'ai
la chance d'avoir un sang qui coagule vite. J'espre que
je n'ai pas d'hmorragie interne. Elle me tend un tissu
pour me panser ma plaie. Je l'applique tant bien que mal
et remets mon tee-shirt et ma chemise par dessus. Je lui
demande si elle n'aurait pas un poncho comme elle est en
train de porter, pour pouvoir cacher mes habits souills
par dessous. Elle s'absente et m'en apporte un, srement
pas trs neuf mais encore rsistant et en pas trop mauvais
tat. Je la remercie de tout mon coeur et lui sors un autre
billet de cent dollars. C'est la seule chose que je peux
faire pour elle  cet instant. Elle me remercie beaucoup
et me prie de rester encore un peu prendre des forces quand
je me prpare  partir. Je lui explique que d'autres hommes,
amis ou ennemis de ceux qui m'ont enlev, me recherchent
peut-tre encore, et qu'il n'est pas prudent pour elle que
je reste ici.

Vendredi 13 dcembre 2002
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Je termine son pain mexicain, puis me lve pour repartir.
Je lui demande dans quelle direction se trouve un hpital,
et s'il existe des taxis ou des moyens de transport dans
le coin. Elle m'explique comment m'y rendre, mais aussi
qu'il me faudra marcher un peu avant de trouver un taxi,
ceux-ci ne s'aventurant pas jusqu'ici, o il n'y a pas de
clients, de toute faon. Quant aux transports en commun,
il ne faut pas y compter avant plusieurs heures.

Je reprends la route. Je marche doucement. Le pain m'a donn
un peu de courage. Je boite, srement que les coups pendant
mon combat m'ont fait de nombreuses contusions. J'ai un
peu froid malgr le poncho. J'ai peut-tre perdu plus de
sang que je ne le crois. Je ne saurais dire combien de temps
j'ai march. Je m'aperois que je n'ai plus ma montre. J'ai
d la perdre dans la bataille.

Cela doit se compter en heures avant que je n'arrive dans
des quartiers un peu plus frquents. Nous devions tre
vraiment en dehors de Mexico. Car mme si je ne marche pas
trs vite j'ai d faire plusieurs kilomtres. Cinq, dix
peut-tre. La circulation s'intensifie un peu. Mais les
rares taxis que je vois ne daignent pas s'arrter pour moi.
Je prpare alors un billet de cent dollars pour l'agiter
le moment venu. Vingt minutes s'coulent encore avant que
je ne croise de nouveau un taxi. Je lui montre le billet
et il s'arrte. Je lui explique que je dois aller  un hpital
puis  l'aroport, et que s'il accepte de m'y mener il y
aura cent dollars  la cl. Il est d'accord.

Premire tape, l'hpital. Je demande au taxi de m'attendre
devant. Dans l'hpital je demande un docteur. Mais tout
le monde semble trs occup. Ils me prient tous d'attendre
mon tour et de patienter, expliquant qu'il y a plus urgent
que mon cas  rgler. Comme ils ne semblent pas vraiment
juger ma situation  sa juste valeur, je dcide de retirer
mon poncho. Les gens proches de moi se reculent tous alors
en poussant des cris d'tonnement, coeurs par ma chemise,
mon tee-shirt et mes jeans couverts de sang. Cela suffit
pour qu'une infirmire me demande de la suivre. Dans une
petite pice o se trouvent dj deux personnes, elle m'aide
 me dshabiller et commence  nettoyer ma plaie quand un
docteur arrive. Il me demande ce qu'il m'est arriv. Je
lui explique que j'ai t pris en otage par un groupe arm,
mais que celui-ci a t pris  partie par un autre groupe.
Et que dans la confusion j'ai russi  en rchapper uniquement
avec une balle dans l'paule. Je lui raconte aussi que je
suis franais et que je ne suis pour rien dans tout cela,
que je me suis fait enlever  la sortie de l'aroport ce
matin.

Il me demande de me dshabiller compltement et s'tonne
de voir  quel point je suis amoch. Il s'interroge sur
l'origine de toutes ces blessures sur mon corps, sur mon
dos, sur mes jambes. J'invente que j'ai t trs ballott
pendant la fusillade, et que je ne m'en suis pas rendu compte.
Je suis moi-mme surpris de dcouvrir toutes ces blessures.
Il me prie de passer une radio pour vrifier que je n'ai
rien de cass. Je le renseigne, cependant, que je ne sais
pas comment je dois payer, et comment fonctionne la scurit
sociale dans ce pays. Il m'explique que si je suis rellement
franais et que j'ai une scurit sociale en France, je
devrais passer un coup de fil pour me renseigner  ce sujet.
Je lui demande alors combien cela cotera approximativement,
entre les soins et les radios. Il m'explique que ce sera
de l'ordre de cent cinquante  trois cents dollars, plus
si je reste plusieurs jours  l'hpital. Je lui fais part
alors de mon dsir de rentrer en France au plus vite, que
je ne me sens pas mal, et que je me ferai soigner sur place.
Pour l'instant je veux juste une radio de mes ctes, qui
me sont trs douloureuses, mais que je ne pense pas avoir
de fractures ni dans les bras ni dans les jambes. Il ne
fait pas de complication et c'est trs bien, j'imagine qu'il
a mieux  faire que de s'occuper d'un touriste gar.

J'essaie d'courter tout cela au maximum, trop press de
quitter ce pays. Au bilan, de nombreuses blessures superficielles,
mais pas de ctes casses. Ma blessure est dsinfecte et
panse. Comme je m'en doutais, j'ai eu la chance que la
balle ne s'y soit pas loge d'une part, et qu'aucune veine
ou artre importante ne soit touche d'autre part. Le mdecin
me donne tout de mme quelques mdicaments anti-douleur,
de quoi tenir jusqu' mon retour en France. Je ne reste
en tout et pour tout qu'un peu plus de deux heures dans
l'hpital. J'insiste pour partir au plus vite. Je rgle
les deux cents dollars que je dois, mme si je pressens
qu'ils ont quelque peu gonfl la note. Je sors de l'hpital
et je suis tonn d'y retrouver devant mon taxi.

Aroport de Mexico, deuxime essai. Cette fois-ci je ne
me pose mme pas la question de Los Angeles, je prends le
premier vol pour Sydney. Il y fait bien escale, mais aprs
tout, je suis moins effray  prsent de prendre ce risque.
Je n'aspire qu' me retrouver enfin assis dans l'avion,
pour me reposer et dormir. J'avoue qu' ce moment je ne
me soucie pas le moins du monde de savoir ce que je ferai
une fois  Sydney, m'imaginant sans doute que je trouverai
mon marabout, comme par miracle, pour m'accueillir  l'aroport.
Le billet cote mille neuf cent cinquante dollars et des
poussires, mais je n'ai plus sur moi que mille huit cent
dollars aprs avoir dpens quatre cent dollars entre la
dame chez qui je me suis dbarbouill et l'hpital. Je n'ai
pas envie de me servir de ma carte bancaire, et je finis
par ngocier mon billet pour mes dollars restants. Il est
15 heures 30. Le vol est  16 heures 30. Il va durer prs
de dix-neuf ou vingt heures, avec en plus plusieurs heures
d'attente  Los Angeles. De quoi me reposer un minimum,
j'espre. Je prie pour que tout se passe bien et que je
ne rencontre plus personne qui me cherche des ennuis du
reste de la journe, ou plus prcisment jusqu' mon arrive
 Sydney.

Je ne souffle que lorsque l'avion dcolle. Et c'est une
faon de parler car souffler est trs douloureux avec mon
paule ! Je profite enfin d'un peu de calme. Il fait un
peu froid comme dans tous les avions mais je me tiens bien
au chaud sous mon poncho. J'accepte avec plaisir les boissons
chaudes qui me sont proposes, ainsi qu'un frugal encas.
Je remets un peu d'ordre dans ma tte. Comme si je digrais
avec beaucoup de temps de retard ce que m'a racont Juan
et le reste de la journe. Pauvre Juan. Moi qui tait cens
l'aider, je crois que je lui ai plutt port la poisse.

Je n'ai finalement pas appris grand-chose sur cette organisation
par rapport  ce que je savais dj. J'ai toutefois dsormais
la certitude qu'elle tente bien de contrler d'une certaine
faon le pouvoir tabli, et se trouve dans de nombreux pays,
comme le suggraient les cahiers traduits par David. Pauvre
David. Je me rends compte  quel point toute cette histoire
devient tragique... Je continue ma synthse. Je possde
dans cette organisation des allis, des personnes qui pensent
que je peux les aider  la dmanteler. Par contre, je ne
sais toujours pas en quoi je suis vraiment utile. Je reste
pensif quelques instants, puis ressasse le reste des vnements.
Je suis trs intrigu par cet homme qui m'a attaqu aprs
la fusillade. Qui tait-il ? Juste un maraudeur qui voulait
piller les corps de Juan et de ses camarades, et qui ne
voulait pas que je le reconnaisse ? Ou un de mes poursuivants,
qui voulait s'assurer que j'tais bien mort ? Je regrette
de ne pas avoir pris le temps de le fouiller avant de partir.

Plong dans mes penses je pense subitement  ma pierre.
L'ai-je toujours ? Elle me sort plus facilement de l'esprit
depuis que je peux me passer du bracelet sans avoir  la
tenir continuellement dans ma main. Je farfouille dans ma
poche et la retrouve avec soulagement. J'imagine sans aucun
doute que ce n'est que le pur fruit de mon imagination,
mais en la serrant fort dans ma main, j'ai comme une bouffe
de chaleur, de rconfort. Mes douleurs s'estompent, et je
m'endors alors rapidement, avec elle, en oubliant un peu
tous mes soucis.

La descente vers Los Angeles me rveille. Je me redresse
et range ma pierre dans ma poche. Je me sens un peu mieux,
mon court sommeil et le goter servi par les htesses m'ont
redonn un peu de forces. J'ai toutefois encore trs mal
 l'paule. Au changement d'avion  Los Angeles, je me dirige
rapidement vers la porte pour le vol vers Sydney et je fais
en sorte de me faire tout petit pour les quelques heures
d'attente. Je pourrais faire un tour dans les boutiques,
et changer mes habits compltement souills de sang, mais
je n'aspire qu' une seule chose, c'est monter dans l'avion
ds que possible.

Mais cela aurait t trop beau. Je sommeille quelque temps
plus ou moins quand soudain je suis tir de mes penses
car je remarque, un peu trop tard, deux personnes en costume
gris se dirigeant dans ma direction. Ce ne pourrait tre
qu'un hasard mais j'ai peur et par prudence je me lve pour
partir dans la direction oppose. Manque de chance un de
leurs camarades post l me saisit. Je me dbats, lui donne
un coup et crie  l'aide. Les gens se retournent. Alors
un des hommes montre sa plaque et explique que tout va bien,
qu'ils procdent simplement  une interpellation. Les deux
hommes me tiennent, et j'ai beaucoup de mal  bouger avec
mon paule gauche qui m'est trs douloureuse.

Je me concentre quelques instants, laisse s'apaiser un peu
la douleur pour me prparer  avoir de nouveau trs mal
quand je vais me dcider  tenter de m'chapper. Mais 
ce moment-l deux hommes arrivent. Ils n'ont rien de particulier,
deux civils, plutt grands. Ils s'approchent des trois hommes,
qui taient en train de m'emmener, et leur demandent de
me laisser. Les trois hommes sont surpris et font signe
 ces deux personnes de s'loigner et de les laisser faire
leur travail. Les deux hommes refusent et leur redemandent
de me laisser. nerv l'un de mes agresseurs sort sa plaque
et explique qu'il fait partie de la CIA et que s'ils ne
se poussent pas, il va les arrter tous les deux.

Je suis trs tonn par la situation et j'avoue que je suis
curieux de savoir qui sont ces amis providentiels. Tellement
que je n'ai mme pas profit de la confusion des trois agents
de la CIA pour tenter de leur fausser compagnie. L'un des
deux hommes s'approche de celui qui a sorti sa plaque, la
lui prend et l'attrape par le col. Il lui parle alors 
voix basse dans l'oreille, sans que je n'entende rien. Ses
deux camarades ne savent pas quoi faire. Quand l'un d'eux
tente finalement de venir en aide  son copain, l'autre
homme lui barre la route et l'attrape par le bras. L'agent
se plie alors sous la douleur et le supplie de le lcher.
Il s'excute puis vient vers moi et dit quelques mots 
l'oreille de l'homme qui me tient. Je ne comprends pas ce
qu'il dit mais j'ai presque la certitude que ce n'est pas
de l'anglais et que c'est la mme langue que parlent toutes
les personnes de l'organisation que j'ai rencontres.  Pendant
ce temps, l'autre homme termine de parler au premier agent
de la CIA. Celui-ci acquiesce et fait signe  ses deux collgues
de laisser tomber et de le suivre. Sur ce, les deux hommes
m'invitent  retourner me prparer pour mon vol. L'embarquement
a commenc. Je les remercie, ne sachant pas trop quoi dire
de plus, et me dirige vers ma zone d'embarquement. Une dizaine
de minutes plus tard je suis  ma place dans l'avion.

Le vol dure plus de quatorze heures. tant parti de Los
Angeles un peu aprs 22 heures 30, je n'arriverai que le
surlendemain matin vers 6 heures 30. D'ici l, je reprends
ma pierre dans la main, et je m'endors de nouveau. Je manque
malheureusement le repas du soir, et ne me rveille courbatur
que le lendemain matin pour le petit djeuner. J'ai trs
faim et je parviens  en ngocier un deuxime auprs de
l'htesse. J'ai toujours mon poncho et je commence  avoir
un peu chaud. Mais je ne peux pas me permettre de l'enlever,
ma chemise tache de sang ferait dsordre. Je mange avidement
et me distrais avec le film en train de passer.

J'ai dormi plus de dix heures. Je me sens beaucoup mieux,
mme si je dois sentir trs mauvais. Je n'ai pas pris de
douche depuis ma nuit dans l'htel de Monterrey, et je dois
empester. Je profite d'tre dans l'avion pour aller aux
toilettes et me rincer un peu  l'eau. Je m'asperge le visage,
mais, mme si l'espace d'un instant j'ai envie de retirer
mes vtements pour me frotter un peu, je me ravise en ralisant
qu'il y a de toute vidence une camra qui surveille l'intrieur
des toilettes. Je retourne  ma place et je tente de mettre
un peu d'ordre dans mes ides. Tout d'abord qui taient
ces hommes qui m'ont port secours  Los Angeles ? Les trois
hommes prtendument de la CIA devaient sans aucun doute
tre des personnes de l'organisation, mais les deux autres
? D'aprs Juan les opposants  l'organisation font trs
attention et font tout pour ne pas se faire connatre, c'est
donc trs trange que ces deux personnes, si elles taient
vraiment des opposants, aient pu parvenir  convaincre les
trois hommes de me laisser partir. L'organisation aurait-elle
plusieurs courants, opposs les uns aux autres, en plus
de personnes voulant la quitter ? Peut-tre aprs tout que
personne ne veut quitter l'organisation, mais qu'il existe
plusieurs tendances qui se livrent un combat pour le pouvoir
? Quant  expliquer comment savaient ces personnes pour
mon passage  Los Angeles, j'imagine que suite  mon accident
 Mexico, ils ont cherch  vrifier si j'tais bien mort.
J'ai d montrer mon passeport  l'aroport pour rserver
mon ticket, ils ont pu savoir  ce moment-l o j'allais,
et  quelle heure. Il est possible que cet homme qui m'a
agress aprs la fusillade devait rendre compte de ma mort,
et celui-ci ne donnant pas de signe de vie, ils en ont conclu
que je m'en tais tir, et ont cherch  me localiser. Ensuite
c'tait un jeu d'enfant pour eux de m'accueillir ici. Mais
je me demande aussi si l'organisation n'aurait pas des ennemis.
Et cela confirmerait ce qu'avait trouv David dans les cahiers.
Il disait qu'elle semblait sous l'emprise d'un danger, et
ce depuis le dbut. Peut-tre que ce danger est en fait
une autre organisation, ou un autre groupe de personnes,
avec qui elle est en comptition. Si l'homme qui m'a libr
a vraiment parl en hbreu ancien ou en phnicien  celui
qui me tenait, c'est qu'il le connaissait ou qu'il savait
qu'il comprendrait. Mais qu'est-ce qu'il a bien pu lui dire
?

Je n'arrive pas  trouver plus d'lments pour me permettre
d'y voir plus clair. Bien au contraire, j'ignore toujours
pourquoi ils m'en veulent. Et maintenant s'ajoutent en plus
des personnes qui sont de mon ct. C'est plus simple de
n'avoir que des ennemis, au moins quand quelqu'un connat
mon nom, je sais que la meilleure chose  faire c'est de
lui filer un coup de poing puis de prendre mes jambes 
mon cou. Maintenant avec ces histoires je ne saurai plus
qui est mchant et qui est gentil !

Pour les quelques heures de voyage qui restent, je me dtends
un peu en lisant les revues qui tranent, et tente de me
remettre un tantinet au courant de l'actualit. Nous sommes
le dimanche 17 novembre, il est 4 heures, heure de Sydney.
Il faut que j'appelle chez moi, pour prvenir mes parents
et mes amis que je vais bien. Enfin, que je ne suis pas
mort plutt, parce qu'aller bien serait lgrement exagr.
Je pense aussi  Deborah, j'espre qu'elle est bien rentre.

Sydney ! Australie ! J'y mets les pieds pour la premire
fois, et franchement je ne pensais pas y arriver par le
Pacifique. Dbarquement. Je n'ai plus d'argent, il va falloir
que j'utilise ma carte bancaire, ne serait-ce que pour trouver
un htel, de nouveaux habits et de quoi manger. Je trouve
un distributeur, et alors que je suis sur le point de chercher
mon portefeuille dans ma poche, quelqu'un me dit :

- Monsieur Ylraw ?

Je suis en face du distributeur, et avant de me retourner
je me dis : "Oh non c'est pas vrai !" et je m'appuie la
tte sur mon bras contre le mur quelques secondes, en me
disant qu'il est impossible de rester tranquille plus de
cinq minutes, et que si cela continue je vais bientt tre
plus clbre qu'une pop-star internationale. Je me retourne
et demande :

- Vous tes qui ?

- Cela n'a pas d'importance.

Cette rflexion a le don de m'nerver au plus haut point,
et je passe en quelques secondes d'une profonde lassitude
en rage sordide. Trois hommes sont l et m'entourent. Je
donne un coup de poing dans le visage de celui qui m'a parl.
Il valdingue sur plusieurs mtres. Je lui crie en mme temps
:

- Si ! a a de l'importance ! Connard !

Je me lance alors dans les deux autres et tente de les bousculer,
mais j'ai lgrement fait l'impasse sur mon paule. La douleur
s'tait attnue pendant mon trajet, mais la bousculade
me fait de nouveau hurler de souffrance. J'ai un moment
d'hsitation, qui m'est fatal. Je m'endors alors en quelques
secondes, sous l'action d'un somnifre qu'a d m'administrer
un des hommes...

C'est le froid qui me rveille plus que la voix forte qui
semble s'adresser  moi. Je suis assis sur une chaise. Je
n'ai pas de menottes ou d'attaches pourtant je ne peux pas
bouger. Je suis comme paralys. Je parviens  tourner la
tte lgrement,  respirer, mais mes bras et mes jambes
ne rpondent pas, comme s'ils taient endormis. Il fait
trs sombre, j'ai du mal  distinguer les choses. Je ne
suis pas totalement rveill, et si ce n'tait ce froid,
je crois que je me rendormirais volontiers pour quelque
temps.

Mais je reprends assez rapidement mes esprits en comprenant
l'urgence de la situation, et en me rappelant mes derniers
souvenirs,  l'aroport de Sydney. Je ne peux vraiment pas
bouger. Et je ne distingue aucun lien. Ils ont du me faire
prendre une drogue immobilisante. Je suis dans une salle,
assis au milieu. Les murs semblent tre en mtal. Une lourde
porte, un peu comme celle des coffre-fort dans les banques,
ferme l'accs. Face  moi se trouvent huit personnes, sans
rien de particulier, plutt jeunes, sauf deux qui ont l'air
ges. Elles se trouvent assises derrire une range de
tables en arc de cercle. Il y a six hommes et deux femmes.
Les deux femmes sont extrmement belles.

L'une des personnes ges, qui se trouve au centre, me parle.
 vrai dire elle n'a pas cess de me parler depuis que je
suis rveill.  moins qu'elle parle tout haut. Je ne comprends
strictement rien  ce qu'elle dit. Cela me semble tre encore
et toujours cette mme langue. Cela me renseigne au moins
sur un point, c'est que ce sont bien des personnes de l'organisation.
 moins que ce ne soit encore un autre courant qui veut
m'utiliser pour je ne sais quoi. J'attends quelques minutes,
le temps de rflchir un peu  la situation. De toute manire,
paralys sur cette chaise, les options sont plutt limites.
J'ai vraiment trs froid.

- Bonjour, quelqu'un pourrait-il mettre le chauffage et
allumer les lumires s'il vous plat ?

Je me suis exprim en franais, rpliquant au fait qu'ils
parlent en leur langue en parlant la mienne. Ils sont surpris
de m'entendre et redoublent de plus belle avec ce que je
pense tre des questions.

- Je m'excuse mais je ne comprends strictement rien  ce
que vous me dites, et je vous rappelle que je ne parle pas
un mot de votre langue.

Je suis  mon tour surpris de la rponse de l'homme g,
formule en franais :

- Pourquoi continuer cette mascarade, Ylraw, nous savons
trs bien qui vous tes !

- Ah ? Et je suis qui pour vous ? a m'intresse.

Ils semblent tous trs nervs. C'est trs trange. Pourtant
ils ne parlent pas entre eux, ils me regardent fixement,
peut-tre avec un peu le regard dans le vide, comme s'ils
pensaient  autre chose. Je remarque soudain qu'ils ont
tous un bracelet, et que moi-mme j'en ai un !

- C'est grotesque ! Vous savez trs bien que nous pouvons
dcouvrir ce que vous savez, et que vous tes dmasqu,
alors cessez ce jeu !

- Que vous soyez capables de savoir ce que je sais, cela
ne fait aucun doute pour moi, je suis prt  tout vous dire,
en effet. Mais je pense que vous vous trompez sur un point.
C'est que je ne suis pas celui que vous croyez.

- Et qui tes-vous alors ? Et que nous voulez-vous ? Pourquoi
vous acharner ?

Je suis estomaqu. Moi, m'acharner ! Ils plaisantent j'espre
! Je m'crie.

- Quoi ! Mais c'est vous qui me courez aprs depuis le dbut
! C'est vous qui m'emmenez au Pentagone pour je ne sais
quoi, qui me poursuivez jusqu' Raleigh, qui tuez David,
puis dtruisez ma voiture, me prenez en chasse vers le Mexique
et peut-tre aussi vous qui tentez de me tuer l-bas, et
maintenant qui me retenez prisonnier je ne sais o ! Bordel
mais c'est vous qui m'avez mis dans ce merdier innommable
depuis le dbut ! Alors  votre tour arrtez vos salades
et expliquez-moi un peu ce qui se passe ici !

L'nervement me rchauffe un peu, et me permet de sentir
un peu plus mes membres, qui n'en restent toutefois pas
beaucoup moins engourdis. Suite  mon exclamation, une des
deux femmes s'exclame.

- Il est trs fort !

Les autres se tournent vers elle avec un regard noir. Elle
s'excuse.

- Euh... pardon...

Pourquoi parle-t-elle en franais, je n'en ai aucune ide.

- Aaaaaaaaaah !

Une douleur me transperce soudain la tte, la mme que j'ai
dj ressentie au Pentagone. Je hurle de toutes mes forces.
Ils se lvent tous les huit et se regardent les uns les
autres, d'un air interrogatif. Je suis parcouru par des
tremblements. Je rle doucement pour me remettre de la souffrance.
Pas pour longtemps cela recommence au bout de quelques secondes.
Je crie encore plus fort que la premire fois et tente de
me dbattre, mais mes membres sont toujours paralyss.

Ils sont  leur tour affols, comme s'ils ne comprenaient
pas ce qu'il m'arrive. Ils parlent entre eux. Je n'entends
rien et je ne sais pas si c'est en franais ou pas. Je me
concentre pour faire face  la douleur. Je ralise alors
que la source doit tre le bracelet, que c'est lui qui doit
me provoquer ces crises. Dj au Pentagone ce devait tre
lui. J'enrage de ne pouvoir bouger pour m'en dbarrasser.
Je pense aussi  ma pierre, ma pierre qui pourrait tant
m'aider !

J'ai de nouveau une crise de douleur. Je n'ai jamais t
lectrocut, mais j'imagine que la sensation est tout comme.
Cette fois-ci  force de tenter de rsister en me concentrant
je finis par avoir une dtente de mes jambes qui me projettent
en arrire en basculant la chaise. Les personnes se dirigent
vers moi, alors que j'agonise au sol, toujours incapable
de bouger. Elles me regardent d'un air trs inquiet. Brusquement
la douleur recommence. Toujours plus intense. Toujours plus
insoutenable. Je hurle.

- Noooooooonnnnnn !

Je tente de me concentrer, je crie de plus en plus fort,
je parviens petit  petit  sentir de nouveau mes muscles
qui rpondent. Mon corps me brle de plus en plus. Mon bras
gauche se dirige doucement vers la poche de mon pantalon
o se trouve la pierre, sous le poncho. La progression est
lente, et la dcharge ne cesse pas au bout de quelques secondes
comme les fois prcdentes. La tension monte en moi. La
douleur comme la rage s'intensifient. De longues secondes
passent, plusieurs minutes peut-tre. Le bracelet me brle
le poignet. Jusqu' un paroxysme o je saisis enfin la pierre.
Je la prends fermement dans la main et soudain plusieurs
choses se passent simultanment. Une explosion se produit
au niveau de la porte de la pice et la fait littralement
fondre sur place. Nous sommes tous projets par le souffle.
Mais alors que je suis propuls en direction des parois,
je me libre de l'emprise du bracelet, et je sens comme
une autre explosion en moi, peut-tre est-ce l'cho de la
premire onde de choc sur les murs. Mes habits partent en
lambeaux. Cette seconde explosion parcourt brusquement la
salle et soufflent les huit personnes en changeant leurs
trajectoires. Mais moi comme les autres finissons tous par
un violent choc contre les parois.

Oh mon Dieu, est-ce que je suis en train de mourir ?...

Thomas
------



Gap
---



Ils prirent la voiture de Thomas et se rendirent  St Martin,
au mme restaurant dans lequel ils s'taient croiss pour
la premire fois.

Ils eurent de la chance que le patron connt Carole et acceptt
de les servir malgr l'heure tardive. Ils prirent tout de
mme le temps pour djeuner, et le patron ainsi qu'un serveur
se joignirent mme  eux. Carole parla beaucoup de la vie
de l'le avec ces derniers, Thomas couta vaguement la conversation
mais tait plus proccup par ce Ylraw. Il ne croyait toujours
pas que Carole eut pu trouver sa piste en dix minutes simplement
avec un moteur de recherche. Il eut envie d'en savoir plus.
Il se demanda si Xavier, son copain des renseignements gnraux,
ne serait pas comme souvent au travail. Finalement la conversation
ne se terminant pas, et se poursuivant longuement aprs
les dessert, il s'absenta un instant, s'isolant dans un
coin du restaurant, pour appeler au cas o, comme il l'esprait,
Xavier pt lui rpondre.

Il tait l, Thomas lui demanda tout un tas de renseignements,
puis revint le sourire aux lvres  la table. Carole lui
demanda si tout allait bien, il lui rpondit qu'il avait
pu avoir de nouveaux renseignements sur Ylraw. Carole en
fut moustill, et Thomas fut content de lui donner envie
d'enfin terminer sa longue conversation.

Il en fut d'autant plus satisfait que le patron leur offrit
le repas, sous-entendant vaguement que si Carole pouvait
parler de lui dans ses livres, il pourrait remettre cela
 l'occasion.

- Alors ?

Carole le pressa aussitt sortie du restaurant.

- J'ai appel au renseignements gnraux au cas o un ami
s'y trouvait.

"Trouvt", pensa Carole qui n'osa pas le corriger.

- Et ?

- Et bien Franois Aulleri est mort !

- Mort ! Quand ?

- Il a t retrouv mort dans les rue de Sydney, en Australie,
le 3 janvier de cette anne.

- En Australie ! Mon Dieu mais que faisait-il l-bas ?

- Je ne sais pas, il semble que les lments de l'enqute
aient t omis. Xavier pense qu'il y a eu intervention pour
retir les dtails, car ce n'est pas normal que le dcs
d'un franais dans des conditions suspectes sur le sol tranger
n'ait pas entran plus d'investigations.

- Tu veux dire que quelqu'un a cherch  cacher les dtails
ou les raisons de sa mort.

- C'est son interprtation, en ce qui me concerne il est
plus probable qu'il soit parti en trip drogue l-bas et
que a se soit mal fini.

- Il est mort de quoi ?

- L'autopsie n'a rien rvl, crise cardiaque, vraisemblablement.

- Crise cardiaque  25 ans ? Pas de trace de drogue alors
?

- Ce n'est pas indiqu dans le dossier, en tout cas.

- Qu'est-ce qu'il y a alors dans le dossier, tu es rest
longtemps au tlphone, pourtant, tu as eu son adresse,
non, j'ai cru entendre ?

Thomas fut vex par cette remarque, comme si ce qui lui
avait dj dit ne suffisait pas  l'impressionner.

- Oui, j'ai l'adresse de ses parents. Ils habitent un petit
village pas loin de Gap, Chteauvieux.

- Cool ! Tu vas all les interroger ?

Thomas fut encore froiss par cette question. Il pensait
que de le savoir mort aurait suffi  calmer sa curiosit,
mais au contraire elle avait l'air encore plus excite...

- Et bien, je ne sais pas, tu penses qu'il faudrait ?

- Bien sr !... On fait un tour sur le port ?

- Si tu veux... Mais que pourront-ils me dire de plus ?

Ils montrent un petit talus pour arriver aux renforts qui
donnaient sur la mer.

- Et bien, ils savent peut-tre pourquoi il tait en Australie.
Si les informations ont t retirer du dossier, elles ne
l'ont sans doute pas t de leur mmoire, je pense qu'il
est plus vident de s'y rendre que de les interroger au
tlphone, ils se mfieront sans doute beaucoup moins s'ils
ont la certitude que tu es bien de la police.

- Sans doute...

- Ah c'est bte, je serai bien all avec toi, mais j'ai
un rendez-vous important lundi matin, tu penses qu'il faut
combien de temps pour aller  Gap en voiture ?

-  Gap ? C'est de l'autre ct de la France !

- Oui, il doit falloir la journe facile.

- Tu parles, il doit y avoir huit cents ou neuf cents bornes,
et pas sr qu'il y ait de l'autoroute !

- Mouais, il doit falloir une dizaine d'heures, mais peut-tre
qu'en partant ce soir, avec une pause au milieu, tu peux
y tre pour demain dans la matine.

Thomas tomba des nues, elle se prenait pour son chef ou
quoi ?

- Quoi ? Tu veux que je parte tout de suite ? Mais il est
mort de toute faon, il ne va pas s'envoler !

- Oui, mais, excuse-moi si je suis tellement curieuse...
Mais tu n'as pas envie de savoir toi ? Quand mme, ton ancienne
petite amie s'est faite assassine, tu dcouvres qu'en fait
elle suivait depuis des annes une autre personne, tu n'es
pas curieux d'en dcouvrir plus ? C'est une histoire dmente
! Franchement  ta place je serai dj parti pour Gap sans
aucune hsitation !

Thomas rflchit quelques instants intrieurement, en s'appuyant
sur le muret, il y avait un petit vent frais. Il regarda
au large, il pensa  Seth. Carole s'appuya elle-aussi sur
le muret. Ils restrent silencieux. Finalement Thomas tenta
de se justifier.

- Je suis un peu paum je pense.

- Peut-tre que tu as un peu peur aussi ? Peut-tre aprs
tout que tu ne veux pas vraiment savoir, que tu prfres
oublier. Peut-tre que c'est trop tt. Je suis dsol si
je te pousse, c'est vrai que c'est un preuve pour toi,
je ne me rends pas compte, je prends a comme une petite
enqute policire, un jeu de piste, mais la fille qui est
morte dans l'histoire, tu as vcu avec elle depuis quatre
ans, je l'oublie un peu vite.

- Je ne sais pas, peut-tre. Mais c'est vrai que j'ai du
mal  rflchir, j'ai toujours l'image de Seth qui revient.
Je dors mal depuis que c'est arriv, je fais des cauchemars
toutes les nuits...

- Peut-tre que tu devrais contact un psychologue ?

L'ide mme fit faire la moue  Thomas.

- Tu fais la tte, tu as tort. Dans l'esprit des gens allez
voir un psy c'est toujours synonyme de dpression, de problmes,
de trucs ngatifs. Comme si aller chez le psy c'tait juste
passer des heures allonger  parler de soi et dbourser
trente euros parce qu'il a eu la gentillesse de nous couter...
Mais ce n'est pas du tout a, c'est positif au contraire.
Nous ne savons pas vraiment nous-mmes comment nous fonctionnons,
ce qui nous fait aller bien ou mal, et un psy c'est important
pour apprendre  nous connatre, apprendre  pouvoir nous
gurir tout seul, apprendre  savoir nos peurs et nos angoisses,
 les rvler plutt qu' les refouler sans cesse.

Thomas admit intrieurement qu'il tentait depuis la mort
de Seth d'enterrer toute cette histoire. Il se dit qu'aprs
tout dcouvrir la ralit serait peut-tre un remde, un
remde  ses cauchemars, un remde  ses angoisses... Mais
est-ce que a pourrait tre un remde  sa brlure ?...

- Tu as raison, c'est vrai que je tente plus de refouler
tout a plutt que de mettre les choses au clair, tu as
raison...

- Oui, enfin, je ne suis pas psy non plus, je dis juste
ce que j'en pense. Mais c'est en gros ce que me disait le
mien.

- Tu as vu un psy pour quoi ?

Carole hsita un instant.

- Je prfre ne pas en parler, si cela ne te drange pas...

- Excuse-moi.

- Ya pas de mal.

Thomas rflchit un instant. Pourquoi tait-il venu ici
? Pour Carole,  n'en pas douter, il se moquait bien du
vieux. Mais cet Ylraw ? Il ne savait pas trop qu'en penser.
Carole lui plaisait, mme si elle tait  cent mille lieux
de penser comme lui, elle lui plaisait. Et il savait qu'en
continuant l'enqute, il pourrait continuer  la voir, 
lui parler,  tenter de la sduire. Mais il avait peur aussi,
peur de cet Ylraw, peur de trouver un homme trop parfait,
trop fort pour lui. Peur de dcouvrir que Seth le voulait
depuis si longtemps et que lui n'avait t qu'un passe-temps,
qu'un amant pratique pour avoir un logement sur Paris, qu'un
idiot qui croyait pouvoir plaire  la femme parfaite...
Mais s'il voulait Carole il lui fallait tre fort, il lui
fallait aller de l'avant, et de plus il avait promis  Stphane.

- Tu as raison, je vais y aller.

-  Gap ?

- Oui, il est 18 heures passes, le temps de te ramener
et de trouver l'itinraire il sera 19 heures. Je peux rouler
jusqu' minuit, et si je repars tt demain matin je peux
y tre avant midi.

Carole retrouva le sourire.

- OK, rentrons, alors !

Ils rejoignirent la voiture et prirent le chemin de la maison
de Carole. Mappy donna huit cent quatre-vingt-dix-sept kilomtres
entre l'le de R et Gap. Thomas pourrait sans doute faire
un pause aux alentours de Clermond-Ferrand, mais dormir
dans sa voiture dans une aire d'autoroute ne lui faisait
pas peur. Carole lui donna un paquet de biscuit et deux
canettes de coca.

- Elle sont primes, mais bon, je ne pense pas qu'il y
ait grand risque  boire du coca prim. Enfin pas plus
que du non prim, je veux dire.

Thomas la quitta le sourire aux lvres, satisfait de la
simple bise  laquelle il a eu droit en partant, accompagn
d'un "fais bonne route, mon chevalier". Il quitta l'le,
et suivit scrupuleusement l'itinraire imprim que lui avait
donn Carole. Il roula vite pour ne pas avoir  penser.
Il ne savait pas trop ce qu'il allait trouver l-bas. Il
ne savait pas trop ce qu'il voulait trouver. Qu'Ylraw tait
un minable, peut-tre, mais aprs ? Pourquoi le suivait-elle.
Peut-tre que c'tait son frre, ou son cousin, ce serait
pour lui le plus grand des rconforts, qu'elle ait sous
son aile son petit frre, le surveille et l'aide dans l'ombre.
Le vieux Thodore avait peut-tre bien raison, aprs tout,
c'tait peut-tre bien son protg... Il se rassura avec
cette pense et mis la musique  fond.

Il fit une premire pause vers 22 heures, o il mangea la
boite de biscuit de Carole et but une canette. Il s'arrta
ensuite vers une heure du matin, quand il sentit que ses
yeux ne tiendraient plus ouverts trs longtemps. Il jugea
qu'il avait dj pay assez de page d'autoroute pour ne
pas encore dpenser de quoi se payer un htel, et il dormit
trois heures dans la voiture. Il dormit bien, mme si la
position allonge sur le dos ne lui convenait gure, il
prfrait de loin dormir sur le ventre. Parfaitement rveill
 4 heures 30 du matin, il but l'autre canette et repartit.

Il croula de nouveau de fatigue trois heures plus tard quand
il prit l'embranchement vers Grenoble, il s'arrta de nouveau
et dormit deux bonnes heures. Rveill par un camion qui
klaxonna, il alla s'acheter un sandwich et but deux cafs.
Il tait 10 heures du matin passes quand il reprit la route.
La dernire partie du trajet fut la plus dure, la route
entre Grenoble et Gap tait vraiment un calvaire. Il s'nerva
plusieurs fois, coinc derrire une caravane ou un tracteur.
Il arriva  Gap tout juste aprs midi. Il mourrait de faim
et ne rflchit pas avant d'avoir enfin trouv le McDonald's
et aval deux Big Macs. Il appela Carole, pour lui dire
qu'il tait enfin arriv, et surtout pour lui demander o
se trouvait ce village, dont il avait compltement oubli
de prendre le plan. Elle lui dicta l'itinraire par tlphone
et dix minutes plus tard il prenait la direction de Tallard
sur la nationale 85. Il trouva sans trop de difficult l'embranchement
vers Chteauvieux, et vingt minutes plus tard il tait gar
sur la place du village, sans trop savoir que faire  ce
point.

La place se trouvait juste aprs l'glise, contigu au cimetire,
et avant de demander pour trouver la maison de Franois
Aulleri, il se rendit  pieds vrifier de ses yeux si toute
cette histoire n'tait pas compltement dmente.

Il ne contempla pas plus de trente seconde l'glise qui
n'avait vraiment rien d'exceptionnel, et rentra en poussant
le petit portail en fer dans le cimetire en pente. Il n'y
avait pas normment de tombes, il ne lui faudrait sans
doute pas longtemps pour trouver celle des Aulleri. Il y
avait un jeune, devant l'une d'elle, naturellement il se
rendit d'abord vers celle-ci. C'tait bien celle des Aulleri.
Il y avait plusieurs messages adresss  Franois, et mme
un pour Ylraw.

Thomas resta un instant  regarder les inscriptions. "Franois
Aulleri - 10 juin 1976 - 3 janvier 2003". L'inscription
prcdente tait "Alphonse Aulleri - 7 janvier 1908 - 23
mars 2001". Son grand-pre sans doute, se dit-il... Il l'a
rejoint plus tt que prvu... Il se permis ensuite de dranger
le jeune qui regardait aussi pensivement les inscriptions.

- Vous le connaissiez ?

- Vaguement, mais c'tait un connard...